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Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 00:01

 

 

Dès que le vol Airlink SA 8252 se fut posé à Ivato, avec 2 heures de retard et sans Lalao Ravalomanana ce 4 février, Mamy Rakotoarivelo, chef de la mouvance de l’ancien chef de l’état et président du Congrès de la transition, la chambre basse, a fait une déclaration. Abandonnant sa réserve habituelle, il a demandé à la communauté internationale de prendre des sanctions fermes à l’égard de la HAT pour ses «violations répétées de la feuille de route». Il a aussi surtout fustigé la position «très ambigüe» de la France. La mise en cause officielle de l’ancienne puissance coloniale par un haut responsable de l’Etat malgache, de l’opposition mais haut responsable quand même, est une première… 

 

Militaires français et leur Transall 408023 3046329289819Trois jours après, Jean-Marc Châtaigner, l’ambassadeur de France, assure avoir «pris connaissance avec étonnement» de cette réaction. Dans le même temps, une quarantaine de militaires français débarquaient à Ivato, sous couvert de coopération de l’armée malgache avec la Fazsoi (Forces armées de la zone Sud de l’Océan Indien), basée à La Réunion. Ils viennent s’ajouter aux coopérants déjà sur place, plus la frégate «Floréal» qui mouille à Diego pour des mois, dans le cadre de la lutte contre la piraterie somalienne. En fait, il n’y a jamais eu autant de soldats français sur le sol malgache depuis la fermeture de leurs dernières bases en 1975. Plus que leur nombre inhabituel, c’est le timing choisi par la France pour les déployer qui surprend. Andry Rajoelina et ses derniers fidèles sont en grande difficulté, rejetés de plus en plus ouvertement par la population qui n’hésite donc pas à faire facilement le lien. Ces militaires français seraient là pour les protéger…

 

Lalao Ravalomanana a dû descendre de l’avion à Johannesburg, c’était la seule certitude au moment du retour manqué jusqu’à ce que les pièces du puzzle puissent être reconstituées dans la soirée, car personne ne voulait en endosser la responsabilité. Le ministre des transports avait annoncé la veille qu’il n’y aurait pas de Notam comme lors du 21 janvier (voir article : «Madagascar : Assez !!!»). Tenu par cette promesse, il a contourné la difficulté en adressant une mise en garde à Airlink l’avertissant qu’il ne garantissait en rien la sécurité de ce vol si l’ex-première dame se trouvait à son bord. Dans le même temps, le ministre de la Sécurité intérieure, le contrôleur général Arsène Rakotondrazaka, téléphonait à Rodger Foster, un des responsables de la compagnie aérienne, pour le menacer dans le même sens, intimidations confortées ensuite par l’ACM (Aviation Civile de Madagascar). Mis au courant, Marius Fransman, vice-premier ministre sud-africain et médiateur dans la crise malgache, aurait alors conseillé à Airlink de partir sans son illustre passagère. Lalalao Ravalomanana est descendue de l’appareil. Ses bagages et ses compagnons de voyage sont par contre arrivés à bon port.

 

LalaoMalgré une foule aussi importante que lors du 21 janvier, il n’y a pas eu d’incidents à déplorer. Il est vrai de l’Emmo-Reg du Général Ravalomanana, qui avait pourchassé de paisibles citoyens en train de rentrer chez eux ce jour-là en provoquant la mort de l’un d’eux, s’était fait discret (voir article précédent). A l’annonce de ce retour refusé par la HAT au mépris de toutes les conventions internationales, les sympathisants de l’ancienne Première dame ont simplement souligné qu’ils n’étaient pas découragés et qu’ils reviendraient. Les observateurs ont été surpris du calme et de la maîtrise de ces dizaines de milliers de personnes. Comme d’habitude maintenant, Omer Beriziky, le premier-ministre, a avoué n’avoir pas été au courant des manigances de ses subordonnés et a convoqué le ministre des transports…

 

Cela fait maintenant 2 mois que les magistrats exercent leur droit de retrait après l’assassinat du procureur de Tuléar, Michel Rehavana, par des policiers furieux de voir l’un des leurs inculpé dans une affaire d’attaques à main armée. Sur TVplus le 6 février, les représentants de la justice ont déclaré que la loi est faite actuellement par ceux qui possèdent les armes et «les premiers responsables de l’Etat en ont peur». Quand les militaires réclament quelque chose, ils sont exaucés tout de suite, «de crainte qu’ils ne se retournent ». Les autres corps de la fonction publique, de l’Education nationale à la Santé en passant par la Justice peuvent toujours attendre… «Ce qui s’est passé à Tuléar est une violation au plus haut niveau de l’état de droit», car des policiers ont assiégé une prison pour tenter de libérer un des leurs ont-ils asséné. Les militaires et les gendarmes ont refusé d’intervenir pour défendre le procureur de la vindicte des policiers. Les magistrats se battent désormais pour une véritable indépendance et pour «pouvoir juger simplement selon la loi et leur conscience», en faisant fi des pressions de la hiérarchie et du pouvoir politique. Ils seraient prêts à donner leur avis sur le déroulement du jugement de Marc Ravalomanana, en sous-entendant des vices de procédures…

 

j omer 2

 

Ce 6 février, pendant que les magistrats expliquaient qu’ils préparaient des Assises nationales pour exiger leur indépendance effective, le commissaire Charlie Nakany, de la DST (Direction de la sécurité du territoire), un organisme rattaché directement à Andry Rajoelina, débarquait à des heures indues chez Tojo Ravalomanana, le fils de l’ancien président, à Antsirabe. Se fiant à une intox lancée par un journaliste travaillant pour le ministère de la communication (et limogé depuis), il pensait y trouver des armes et des hommes prêts à se lancer dans une opération de déstabilisation. C’était ridicule car le déplacement de 5000 hommes, équivalent à 4 régiments, aurait forcément attiré l’attention depuis les régions Sud (Tuléar et Fort-Dauphin) d’où ils étaient sensés venir. Perquisitionnant bien au-delà des heures légales, après 19 heures, Charlie Nakany et ses fins limiers ont usé de la violence, tirant en l’air pour intimider le maître des lieux et le fokonolona venu à la rescousse, blessant un gardien et faisant un carton sur le chien, découpant à la meule électrique les cadenas. N’ayant rien trouvé, ils ont accusé Tojo de trafic de drogue, les policiers ayant pu ramasser fort opportunément quatre paquets de cannabis dans les écuries au moment où ils y passaient. L’avocate de la famille a démenti toutes ces allégations… Euh, comme d’habitude, Omer Beriziky, le premier-ministre, n’était pas au courant  de cette perquisition et s’est dit «consterné» etc, etc…

 

Il faut avouer que si l’efficacité d’Omer Beriziky est pour l’instant proche de zéro, c’est quand même le plus sympa et le plus cool de la bande. Raison pour laquelle tous les regards se tournent vers lui et qu’on commence à le voir comme une alternative crédible pour mener le pays vers l’apaisement et une véritable réconciliation… Son impuissance semble être portée à son crédit par l’opinion. Il lui reste à le transformer en force morale et politique…

 

Photo 1 : Les militaires français sur le tarmac à côté de leur Transall, «sans Notam», comme le feront remarquer les Facebookers…

Photo 2 : Lalao Ravalomanana empêchée de revenir par 3 fois. La peur et la rancune amènent Andry Rajoelina à s’en prendre à l’épouse et au fils de l’ancien président.

Photo 3 : Jean Omer Beriziky, le Premier-ministre, le plus sympa à défaut d’être le plus respecté par ses subordonnés…

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

Par Alain Rajaonarivony
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Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 18:12

 

 

Kung-Fu 401325 278612025533993 100001555936755 769525 21566L’avion d’AirLink, vol 8252, a dû faire demi-tour au-dessus du Canal de Mozambique, à quelques dizaines de minutes de l’atterrissage prévu à Ivato pour 14heures10.

Et Njaka Lalaina Rabemiarana ne connaîtra jamais l’épilogue du bras de fer qui oppose Marc Ravalomanana à Andry Rajoelina. Il a succombé à un traumatisme crânien. Car même lorsque les forces de l’ordre malgaches n’utilisent pas des armes létales, elles arrivent à tuer en ne respectant pas les procédures. On ne balance pas une grenade lacrymogène en tir tendu, au milieu de la foule, au risque de la faire exploser sur quelqu’un.

Marc Ravalomanana a transmis ses condoléances à la famille de ce père de deux enfants présent à l’aéroport, avec une centaine de milliers d’autres personnes, pour l'accueillir ce 21 janvier.

Cet après-midi là, le ministre de la communication, Harry Laurent Rahajason alias Rolly Mercia, plein de bagout mais profondément menteur, annonce sans rire qu’il n’y a pas de Notam alors que TVPlus en avait déjà donné les références et que des milliers d’internautes ont pu en voir les photos. Le ministre, devenu en l’occurrence celui de la désinformation, s’est lancé dans un roman où il était question de faire atterrir l’avion sur un autre aéroport afin de pouvoir procéder à l’arrestation de Marc Ravalomanana, loin de la foule qui aurait empêché cette démarche. Rappelons que c’est le même individu qui a donné des leçons de déontologie aux journalistes, il y a quelques semaines.

Airlink-British-Aerospace-Avro-RJ85 Rolly Mercia aura quand même donné une indication importante sans le vouloir : il y avait bien une foule considérable pour l’accueil de l’ex-président, estimée selon les sources entre 30.000 et 200.000 personnes. C’est au moins autant, sinon plus qu’au plus fort du soutien à Andry Rajoelina début 2009, alors Maire persécuté d’Antananarivo. 

La HAT a peaufiné au fur et à mesure le scénario, précisant qu’elle avait demandé au pilote d’atterrir à Morondava. Le mieux étant l’ennemi du bien, elle sera contredite par Rodger Foster, un des responsables d’AirLink qui affirmera que sa compagnie n’était pas au courant de cette proposition. Prévenu au dernier moment de l’interdiction de se poser à Ivato, le commandant de bord devait prendre une décision immédiate pour ne pas mettre en danger la vie de ses passagers. Hormis Morondava, qui n’est pas un aéroport international, Majunga, Tamatave, Tuléar et Fort-Dauphin, qui sont les aéroports de dégagement étaient également fermés par Notam. Très logiquement, le pilote a fait demi-tour. Un BA Avro RJ85 possède à peine un peu plus de 3000 kilomètres d’autonomie. Celui ou ceux qui ont signifié les interdictions aussi tard ont donc fait courir un réel péril aux passagers. Mais c’était sûrement le cadet de leurs soucis, obnubilés qu’ils étaient par leurs calculs politiques. 

Ra8 et Lalao dans l'avion 401383 2478077872075 1256349061 3Les Notam étaient signés par les initiales «PHAT», Président de la Haute autorité de transition. Omer Beriziky, le Premier ministre, a affirmé au micro de Radio France Internationale, qu’il ignorait leur existence. Andry Rajoelina a dû aller au charbon car le gouvernement avait refusé de les promulguer. Le Général Richard Ravalomanana s’était attribué dans la foulée la paternité de ces prescriptions, dans le but de dédouaner le responsable, sans être crédible. Par le passé, lui aussi n’avait pas hésité à mentir, ce qui lui avait valu la réponse cinglante d’une ministre mise en cause (voir l’article : «Affaire Bionnexx : Nadine Ramaroson contredit le Général Ravalomanana»). Ce n’est que le 27 janvier, après le retour de Beriziky et des autres composantes de la transition de Prétoria, où ils étaient convoqués d’urgence par la SADC, qu’Andry Rajoelina, terré jusque là, a ramené sa superbe en déclarant qu’il assumait la délivrance des Notam.

Le 24 janvier, la SADC a renvoyé les protagonistes dos-à-dos. Marius Fransman, le médiateur sud-africain a considéré qu’il était «irresponsable» de la part de Marc Ravalomanana d’avoir voulu revenir dans un contexte encore très tendu, même s’il considère ce retour comme inéluctable et nécessaire pour dénouer la crise. Andry Rajoelina, quant à lui, n’avait pas à agiter la menace d’une arrestation au moment où l’on parle de réconciliation et d’amnistie, ingrédients indispensables pour que le pays retrouve une situation pacifiée.

Pour Marc Ravalomanana, c’était une opération «win-win». S’il débarquait, il recevait l’accueil triomphal de ses partisans. S’il était refoulé, il démontrait la mauvaise foi de Andry. Et s’il avait été arrêté, il déclenchait une révolte générale. En fait, cette venue était un piège à c… Andry est tombé dedans !  

La seule vraie victime dans cette affaire, c’est encore et toujours le peuple qui aspire à un peu de paix et de normalité. A l’exception d’Albert Zafy, tous les dirigeants ont du sang sur les mains, y compris Andry Rajoelina, criminel à la tête pouponne. Quant aux abus de pouvoir et au pillage des richesses de la nation, il n’y a pas grand monde qui puisse donner des leçons. Le peuple serait pourtant prêt à les pardonner, s’ils faisaient simplement l’effort d’arrêter cette crise pour aboutir à une réconciliation.

Les Malgaches en ont assez de ces pseudo-pères-la-vertu qui transpirent la haine, l’esprit de vengeance et la lâcheté. Ils veulent pouvoir respirer, envoyer leurs enfants à l’école, bosser honnêtement dans une économie qui tourne normalement, sans maffias et prédateurs nationaux et étrangers … Si pour y arriver, le sang doit continuer de couler, alors que ce ne soit plus celui de citoyens innocents mais celui des gouvernants responsables de cet enfer. Qu’Andry relise l’histoire de son pays (je parle de Madagascar) et qu’il en tire les enseignements… avant qu’il ne soit trop tard ! 

Photo 1 : Beaucoup de monde à Ivato pour accueillir l’ancien président

Photo 2 : British Aerospace Avro RJ85 : une autonomie limitée 
Photo 3 : Marc et Lalao Ravalomanana : un aller-retour rapide Johannesburg-Tana... mais un bénéfice d'image certain.
 

Alain Rajaonarivony

 

 

Par Alain Rajaonarivony
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Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 00:00

 

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17 janvier 2009 : Gilbert m’envoie le récit de sa journée détaillée (voir article : «J’y étais»), exaltante ! Tout le monde croyait alors que la démarche pacifiste, marque de fabrique des luttes démocratiques des Malgaches, depuis 1972, 1991 et 2002, allait une fois de plus primer. Hélas, c’était compter sans la cécité du Président en place (trahi de l’intérieur par ceux qu’il avait nommés), la haine de vieux politiciens véreux (comme Norbert Ratsirahonana et d’autres) et la volonté de la Françafrique d’en finir avec Ravalomanana par tous les moyens. Cette dernière avait déjà son pion mais les Tananariviens pensaient que c’était encore leur champion…

Avec Andry Rajoelina, Nadine Ramaroson sera la vedette de cette journée. Son engagement entraînera l’adhésion des couches populaires des quartiers les plus pauvres qui viendront renforcer la petite et moyenne-bourgeoisie, électorat du Maire d’alors (et de Ra8)…

Depuis, Nadine Ramaroson, qui voulait rester fidèle à l’esprit initial, a été tuée. Deux semaines avant sa mort, Nadine demandera à plusieurs reprises en vain une audience à Andry pour lui parler des menaces qu’elle reçoit…

Interdiction de manifester, fermetures de médias, intimidations et arrestations d’opposants…, l’ère Rajoelina ressemble à la dernière période de l'ère Ravalomanana mais en bien pire... On a en plus les déclarations tonitruantes de certains officiers, trop impliqués pour faire machine arrière sans rechigner, et surtout une économie détruite. Des centaines de milliers d’emplois ont été perdus, et un million d’enfants (950.000 exactement selon les chiffres de l’Unicef) sont désormais privés de scolarisation.

La chute d’un régime corrompu, plein de morgue et d’arrogance pour son peuple et s’appuyant sur des franco-karana et des politiciens profondément pourris, viendra bientôt. C’est le vœu de tous les citoyens et des démocrates… comme en 2009 !


Photo : Invitation d’Albert Zafy pour déposer une gerbe sur la Place de la démocratie ce jour.
Document :  Une des 3 pages de menaces soigneusement consignées. C’est ce qu’a coûté à Nadine et à ses  collaborateurs leur engagement pour défendre le peuple. On retrouve pêle-mêle dans la liste des «grandes gueules» Hajo Andrianainarivelo, Riaz Barday, etc…
«Si tu continues à agir ainsi, je finirai par avoir ta peau…»

 

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Alain Rajaonarivony

 

 

Par Alain Rajaonarivony
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Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 01:29

 

 

La fin de l’année a été palpitante pour les Malgaches car Andry Rajoelina n’a cessé de louvoyer pour la mise en place de la feuille de route, concoctée sous l’égide de la SADC. Afin d’obtenir enfin la reconnaissance internationale, valant absolution et respectabilité, il s'y conforme avec mauvaise grâce, tout en usant de toutes les ficelles pour empêcher le retour du dernier président élu. Le 15 décembre, un Notam (Notice to Airmen) a été ainsi émis pour interdire aux commandants de bord d'embarquer Marc Ravalomanana au cas où ce dernier aurait la nostalgie du pays. Mais aucune autorité, du Premier ministre aux responsables de l’Aviation civile, n’était au courant d’une telle directive. Difficile de faire plus perfide! Cinq jours plus tard, l’interdiction a été annulée tout aussi discrètement.

 

Après la mise en place du gouvernement Beriziky, la France a embrayé aussitôt la promotion du désormais ex-putschiste, en l’invitant à une rencontre avec Nicolas Sarkozy à Paris le 7 décembre. Las, Andry Rajoelina n’arrive pas à se défaire du cliché de DJ inconscient et inculte. Son entourage fait grand cas de sa maîtrise du français, en le comparant avantageusement à l’ancien président, pour démontrer ainsi qu’il est francophile. Le borgne étant roi au pays des aveugles, notons simplement pour ne pas être désagréable que le français de Andry est correct, sans plus. On est loin de Léopold Sédar Senghor…

 

satrokaranavalonaLa stratégie de la France a consisté dès 1896, début officiel de la colonisation, à détruire les racines et les élites des Malgaches. Comme dirait Christian Chadefaux, journaliste zanatany expulsé de manière irréfléchie par Ravalomanana (ce qui n’a pas arrangé sa réputation de francophobe), le Maroc était aussi un protectorat. Quand la France en est partie, elle a ramené le roi Mohammed V de son exil d’Antsirabe et l’a remis sur son trône, permettant ainsi au royaume chérifien de retrouver ses racines et sa culture de gouvernance. Rien de tel avec Madagascar où la France a tenté d’imposer une caricature de République, mais sans en respecter les règles. Elle a d’abord monté les côtiers contre la royauté, qualifiée de gouvernement hova, puis a créé de toutes pièces le Padesm, pseudo parti des déshérités, pour contrer les mouvements nationalistes.

 

Mais les familles et traditions princières qui ont été ostracisées durant la colonisation et les 50 ans d’indépendance reviennent petit à petit sur le devant de la scène, avec une solidarité et une cohésion des dynasties des quatre coins de l’Ile. Leurs manifestations sont de plus en plus médiatisées et le gouvernement n’y peut rien. Le 29 décembre, des familles princières représentant l’ensemble des noblesses du pays, ont procédé à un rite de purification pour toutes les profanations, dans l’enceinte même du Rova. Plus d’un siècle après, cette renaissance marque finalement l’échec des Français dans la tentative d’effacer de la mémoire collective la royauté et de reconstruire l’histoire de Madagascar à la gloire des colonisateurs.

 

Malgré une république de façade, la royauté était omniprésente dans l’Inconscient des dirigeants (et de leurs conseillers français) depuis la Première République. On n’échappe pas à ses racines. Pendant la révolution socialiste, Didier Ratsiraka prenait la pose de Radama 1er sur sa photo officielle, et le Palais de Iavoloha, qu’il s’est fait construire par les Nord-Coréens l’a été sur le modèle du Palais de la Reine. Le village où a été édifié ce complexe présidentiel s’appelait à l’origine Mavoloha («Tête jaune») et a été rebaptisé Iavoloha («Tête haute»).

 

 Sous Albert Zafy, le Palais de la Reine brûle. Le 6 novembre 1995, d’énormes flammes s’échappent du «Rovan’i Manjakamiadana» sous les yeux consternés des Tananariviens. Bloqués par les véhicules des curieux qui encombraient les rues de la vieille ville, les pompiers ne pourront rien faire. Incendie criminel dont on ne retrouvera jamais les auteurs ni les commanditaires, la rumeur populaire parlera de mercenaires vazaha... Aux élections présidentielles suivantes, en 1996, les Malgaches avec un taux d’abstention record boycottent Albert Zafy qui perd face à Didier Ratsiraka.

 

Marc Ravalomanana, arrivé au pouvoir en 2002, annonce très vite son intention de reconstruire ce patrimoine national. La première phase des travaux débuteront effectivement en  2006 dans une certaine opacité puisque les plans n’étaient pas accessibles pour des raisons de sécurité. Pour une simple réhabilitation de musée, c’était un peu bizarre, ce qui a fait poser question sur les véritables intentions du président. En 2008, des cendres royales ont été transférées en catimini, une de ces profanations dénoncées par les Andriana. En décembre 2008, les phases 1 et 2 des travaux étaient achevées.

 

midina.jpgLe chantier sera stoppé net par Andry Rajoelina dès la réussite de son coup d’état, le 17 mars 2009 pour ne pas permettre à son rival de se prévaloir de quelque chose. Ce qui ne l’a pas empêché le 11 décembre 2010 de prendre la tête d’un véritable carnaval avec son épouse, déguisés en souverains. Ils descendront du Palais situé sur les hauteurs, jusqu’au nouvel hôtel de ville reconstruit, entouré de «gardes royaux» (des soldats travestis pour la circonstance). Rebelote un an après, où après s’être congratulé avec Sarkozy, il a tenu à faire tirer un feu d’artifice à partir du Rova pour fêter le premier anniversaire d’une IV république que personne ne reconnaît à part les putschistes eux-mêmes. Or, la couronne de Ranavalona Ière venait d’être volé au palais d’Andafiavaratra (le palais du Premier ministre devenu un musée) dans la nuit du 3 au 4 décembre. C’en est trop pour les Andriana qui crient au mépris et à la profanation. Le pays devrait être en deuil après ce vol, argumentent-ils. Malgré les mises en garde, Andry Rajoelina procèdera à ses festivités incomprises par la majeure partie de la population qui se débat dans une crise économique profonde.

 

Le 11 décembre 2011, Andry Rajaoelina faisait donc sa fiesta au milieu de la désapprobation et de la misère générales, tout en promettant de reprendre les travaux de réhabilitation du Rova qu’il a lui-même arrêté. Le 11 décembre 1885, un décret rattachait Madagascar au ministère des colonies. Ce que Andry fêtait ce jour là n’est peut-être pas ce qu’on croyait….

 

Concernant le vol de la couronne, je vous conseille de lire un article du blog de Jentilisa, en malgache, où il explique le symbolisme de ce vol dans l’ésotérisme et la culture malgaches. Ce qui est certain, c’est qu’il ne faut pas chercher un gang international mais des personnes qui sont en rapport avec le pouvoir et les symboliques de la royauté.

 

Avec un tel arrière-plan, la République partait déjà avec un handicap. N’importe quel petit détenteur de pouvoir se comporte comme un potentat. Les Français, qui sont régicides et ont envoyé Louis XVI à l’échafaud avec leur reine, auraient bien voulu imposer leur vision du pouvoir, le fameux triptyque «Liberté – Egalité – Fraternité». En même temps, le gouvernement colonial était le premier à violer ces principes à Madagascar. Et l’âme impérialiste reste d’actualité dans les rapports entre la France et  la Grande Ile.

 

Toutes les élections ont été truquées depuis l’Indépendance en 1960, et l’étaient déjà sous la colonisation. Pendant la Première république, ce sont les coopérants français qui se chargeaient de «briefer» les dirigeants sur la façon d’éliminer les opposants et de falsifier les résultats. Ceux qui sont arrivés après ont bien appris la leçon.

 

Les francophiles africains se sont souvent trouvés dans une situation schizophrénique. D’un côté, la diplomatie officielle française se conforme en apparence aux grands principes démocratiques, parlant de Droits de l’homme et de non-ingérence. De l’autre, elle appuie discrètement tout ce qui va dans le sens de ses intérêts. Suivant les époques, elle n’a pas hésité à assassiner, déstabiliser, voire intervenir militairement. Le grand public est désormais au courant de ces manœuvres secrètes, des documentaires télévisés sur la Francafrique en ayant fait le récit détaillé, notamment celui de Patrick Benquet, diffusé en décembre 2010 (voir aussi article : «Madagascar, la Francafrique à l’œuvre»).

 

Photo blog Augustin

 

Olga-et-une-mere-de-famille-en-pleurs-DSCF1593.jpg

Ceux qui ont voulu obliger Ravalomanana à respecter la Constitution sans pour autant perpétrer un coup d’état (ce serait paradoxal) en 2009 ont été doublés par les équipiers de la Francafrique. Les dénégations de Châtaigner, l’ambassadeur de France, concernant une antipathie de l’Hexagone envers l’ancien président, arrivent un peu tard. Le mal est fait. La francophobie est en train de s’exacerber au sein d’une population humiliée et réduite à la misère par des dirigeants pourris qui n’arrêtent pas de se réclamer du soutien de l’ancienne puissance coloniale… Que ce soutien soit réel ou non n’est désormais plus la question. Les Malgaches étant des affectifs assez rancuniers, il faudra beaucoup de finesse à la diplomatie française pour dissocier son image de celle d’une HAT qui est sûrement le gouvernement le plus honni de l’histoire.  

 

La position des Etats-Unis a été beaucoup plus claire pendant cette crise. Ils ont mis en garde Marc Ravalomanana et condamné ses dérives, en particulier fin 2008 quand la situation commençait vraiment à se tendre. En même temps, dès le coup d’état perpétré, ils ont immédiatement levé toute ambiguïté dans leur perception de la situation. Andry Rajoelina s’est emparé du pouvoir de manière violente et illégale, avec l’aide d’une partie de l’armée mutinée. La France, quant à elle, a continué à maintenir tranquillement sa coopération militaire durant toute cette période… 

 

* Le roi Julien XIII est le maki qui règne dans le dessin animé «Madagascar», un roi auto-proclamé plus ou moins débonnaire qui aime la fiesta et dont les sujets n’ont pas à se plaindre car ils n’ont pas le choix.

 

Photo 1 : La couronne volée que tout le monde veut se mettre sur la tête

Photo 2 : Le rival de King Julien et Mialy en longue robe rouge, la couleur royale. Mais elle n'a pas la couronne (pas encore)...

Photo 3 : Enfin une militante orange sexy made in France. Sacré Augustin ! C’est bien plus sympa que les bonnes femmes des bas-quartiers qui pleurent parce que les forces de l’ordre ont détruit leurs baraquements pour le profit d’un gros bonnet.

Photo 4 : Olga Ramaroson, nouvelle ministre de la Population et des affaires sociales, et tante de Nadine Ramaroson, assassinée dans ses fonctions, en train de consoler une mère dont la maison vient d’être rasée. C’était le 7 décembre, pendant qu’Andry Rajoelina était à l’Elysée.

 

Alain Rajaonarivony

 

 

Par Alain Rajaonarivony
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Mardi 22 novembre 2011 2 22 /11 /Nov /2011 23:20

 

 

La famille de la ministre disparue en mer le 28 août a donné une conférence de presse radio-télévisée pour donner les résultats de sa propre enquête, ce 22 novembre 2011, et ce, pour suppléer au black-out opéré par les autorités sur cette affaire. Voici, traduit en français, le rapport originellement en malgache (voir article précédent).

 

 

Rapport de la commission d’enquête sur la mort de la ministre de la Population et des Affaires sociales, Nadine Ramaroson et de ses collaborateurs.

 

Plusieurs points concernant la mort de Nadine Ramaroson et de ses collaborateurs à Soanierana Ivongo ont fait naître le doute et n’ont pas trouvé de réponses cohérentes.

 

- Le capitaine n’avait pas d’autorisation de transporter des passagers de Sainte-Marie à Soanierana Ivongo, et son aide n’était pas un marin disposant du «livret professionnel» mais avait été recruté parmi le tout-venant.

 

- Le propriétaire de la vedette n’a pas été auditionné, ni mis en examen bien qu’il ait enfreint la loi, sa vedette ne disposant pas de l’autorisation de transporter des passagers en haute mer (Sainte-Marie – Soanierana Ivongo), mais étant juste dédiée aux promenades en mer (visite des baleines).

 

- Le responsable de l’AMPF à Sainte-Marie n’était pas au courant du trajet de la vedette et de  son intention de faire la traversée jusqu’à Soanierana Ivongo, ce qui est confirmé par l’absence de «manifeste».

 

- L’explosion a été traitée de manière superficielle dans les journaux, la radio et la télévision nationales, alors qu’elle a provoqué la mort de plusieurs personnes.

 

Qui protège qui? Qui s’efforce de cacher la vérité? Qui n’a pas pu mener à bien l’enquête? Et pourquoi n’y a-t-il pas eu des dispositions prises depuis? Ni la famille, ni le CSDN n’ont reçu de rapports jusqu’à présent.

 

 

Plusieurs évènements se sont produits avant ce drame :

 

- La ministre avait fait savoir par l’intermédiaire d’une télévision privée qu’elle disposait de preuves sur des actes de corruption de haut niveau et sur le trafic du «bois de rose», et avait martelé qu’elle ne désirait pas être complice de tout cela.

 

- Elle avait déposé une plainte le 17 juin 2011 (voir article : «Nadine était menacée de mort»), pour les menaces de mort qu’elle et ses collaborateurs avaient reçues. Sa plainte était celle d’un membre du gouvernement mais personne n’a écouté, enquêté ou donné un quelconque poids à cette requête.

 

- Elle avait déjà été menacée, et pourtant, on l’avait encore désigné par trois fois pour des missions situées en «Zone rouge», dans la région du Melaky. Elle n’a pas pu choisir, comme ses collègues. 

 

- Les litiges fonciers qui ont choqué la ministre par ses aspects injustes et inacceptables, Amparihingidro, Faharetana Arivonimamo… lui ont valu d’autres menaces aussi bien par téléphone que par divers canaux.

 

 

La ministre avait beaucoup d’ennemis à cause de la Justice et de la Droiture dont elle a fait preuve, et à cause de l’amour qu’elle avait pour son pays et pour ses concitoyens.

 

 

Certaines attitudes du pouvoir lors de la mort de la ministre et de ses collaborateurs posent questions :

 

- Le ramassage du journal «Ao Raha»… qui avait titré «Des hautes personnalités mises en cause dans la mort de Nadine Ramaroson» (par une 4x4 blanche dans tout Antananarivo)

 

- L’absence de «minute de silence», simple marque de respect, pendant toutes les cérémonies officielles sur le territoire national, surtout à Miarinarivo Itasy lors de la Journée internationale des femmes rurales, où le chef de district de Miarinarivo a pris la parole. Lors de son discours, il a affirmé que «la nouvelle ministre de la Population est la femme du Premier-ministre (Vital)». Cette annonce a été faite devant les personnalités venues assister à cette célébration.

 

A cause de tout cela, et de toutes les preuves qui sont en notre possession, nous déclarons de manière publique et ferme qu’il ne s’agit pas d’un accident mais d’un « ASSASSINAT »

 

La vedette ne s’est pas retournée à cause d’un transfert de poids comme vous le constaterez sur les photos !

 

Et parce qu’il y a une commission désignée spécialement pour mener l’enquête, dont on n’a obtenu aucun résultat 3 mois après la mort de la ministre de la Population et des Affaires sociales,

 

Nous demandons à cette «commission tripartite» de sortir les résultats de ses investigations à brève échéance. Ceux-ci doivent être à la hauteur du temps qu’elle a pris pour enquêter.

 

Nous sommes dans l’obligation de tout faire pour sortir la vérité ! Nous avons besoin de connaître la juste réalité !

 

Nous donnons l’assurance au peuple que la suite de nos recherches sera bientôt publiée.

 

 

 

Par Alain Rajaonarivony
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