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Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /2010 16:45



C'était il y a une année, un siècle, c'était il y a un jour, et c'est aujourd'hui encore.

Aussi longtemps que la réalité l'impose, des âmes perdues et apeurées seront parties.
Des enfants de la République que l'on a arrachés à leur mère, des maris qui ont promis à leurs moitiés de les accompagner pour le meilleur et pour le pire, des pères qui protégeaient leurs familles malgré la fragilité du cristal de vie.

Tous ces hommes et ces femmes ont été mis au monde par des matrices autant bienveillantes que possible, ces mères sur lesquelles reposait la lourde responsabilité de faire grandir des Hommes... ont perdu leurs enfants, leurs tripes, et vont mourir deux fois, la seconde sera leur dernier souffle, la première mort c'est de perdre son sang, son Soi.

Rendez-vous compte de l'errance insoutenable dans laquelle se trouvent vraisemblablement ces âmes gaspillées, les combats de coq n'ont pas cessé, le pouvoir déraisonne l'homme, le persécute et le laisse insensible, comme irréel.

"Qui à ce jour, mais qui dira que les vies perdues sont le prix à payer, et où retrouve-t-on la voix du Sage, celle du Tuteur, celle de ces âmes, où trouve-t-on la Morale, Andriamanitra... qu'avons-nous fait..."

Quittons les questions bassement terre à terre, élevons le débat au plus haut puisqu' il nous dépasse déjà.
Comment ne pas pleurer de rage, de honte, de douleur, pour ce que nous avons fait.
Oui je dis "nous" car dites-le vous bien, des tenants aux aboutissants nous sommes responsables, coupables, il n'y a pas de fumée sans feu et chaque homme a allumé son brasier, tout jugement viendra à temps et jamais nous n'aurons assez de Pouvoir, de coeur et d'esprit pour rattraper l'irréparable.

Si les petites idées étau de certains hommes ont décapité des vies,
Si ces petits hommes se disent bienfaiteurs et Pères de la Nation,
Si ces petits pas en avant et ces grands pas en arrière, d'aveugles à mille à l'heure ont projeté des vies un mur en pleine face,
Si la seule issue était de trouver la mort,
Si le petit homme s'est pris pour Dieu, à reprendre la Vie,
Si la souffrance et la répression sont nos seuls refuges donnés...
Si le ventre doit être vide un peu comme un signe héréditaire.
Si les petits hommes ont fortune, croix et qu'ils aiment leurs enfants...
...
Dites à leurs enfants qu'ils ont été trahis.
Que mon fils est ton fils,
Que mon sang est à même le sol,
Qu'ils m'ont tout pris,
Que je te regarde et que je ne te laisserai jamais plus,
Que ta peau sera aussi un jour la mienne,
Que ton coeur sera à la place du mien, et que je l'aurai à mon tour au creux de ma main.
Et que à travers toi - petit homme, je vivrai jusqu'à ce qu'à ton tour, tu fermes les yeux.

Hommes d'hier ne dansez pas sur cette marche de requiem de ce furieux Samedi Rouge.
Hommes de demain, n'ôtez pour rien au monde de vos inconscients collectifs ce pour quoi vous êtes.
Hommes de demain tenez vos promesses enfin.
Redonnez à nos enfants ce qui leur a été confisqué.
La simplicité d'être vivants, libres et aimés.
Comme le Tout Puissant nous a aimés.
Si on nous avait dit qu'au bout du chemin de blanc nous serions vite embaumés,
Si on nous avait dit qu'on avait tort d'être ensemble et de se faire confiance, et que cela ne serait que pour seule fois dans notre vie...
Nous ne sommes pas des âmes jetables.
Si seulement on nous avait dit que les petits hommes se déchiquetteraient nos peaux.


Et si maintenant tout ces gens disparaissaient comme le moment instantané qui nous a percé la chair.
Alors nous serions en paix,
Ici bas ou au Ciel,
Ce que nous voulons c'est avoir la Paix,
Vivre en Paix et grandir.
Mourir en Paix et s'élever.


Erika Colognon Blog 08.02.2010Erika Cologon 

 

Erika Cologon est journaliste, basée à Dakar et attachée à ses racines malgaches






Par Alain Rajaonarivony
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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /2010 11:40


Bingu wa Mutharika[UNSET]L’Union africaine a donc réussi à se débarrasser de son charismatique mais encombrant président, le colonel Mouammar Kadhafi, qui se voyait un peu comme le roi du continent. Le Guide a cédé sa place le 31 janvier 2010 avec quelque amertume. Bingu wa Mutharika, chef d’état du Malawi, lui a succédé, au nom de la tradition non écrite de la présidence régionale tournante. Le dirigeant libyen avait pris l’habitude de parrainer les putschistes, de la Mauritanie à la Guinée en passant par Madagascar au grand dam de Jean Ping, fervent partisan du respect des Constitutions. Ce changement tombe au plus mal pour la HAT (Haute autorité de transition) malgache. Kadhafi était un des rares chefs d’état à avoir reçu Andry Rajoelina. Cette visite en Libye (voir article : «Les voyages forment la jeunesse») a d’ailleurs été présentée à l’époque comme le début de la reconnaissance internationale par le régime. Et le chef de la transition, tablant sur une réélection du Guide, avait prévu d’aller le voir de nouveau. Le voyage a été annulé.

 

L’actualité de ces derniers jours a montré combien Madagascar est devenu dépendant de l’extérieur et n’est plus maître de son destin depuis l’avènement de la HAT. L’exemple venant d’en haut, Andry Rajoelina s’est éternisé à Paris sans en informer les Malgaches au point que la diaspora était plus au fait de ses propos et gestes que certains hauts responsables de l’état. Il a tenté de trouver dans l’Hexagone un contrefeu à ce qui venait de se passer à Addis-Abeba. Car avec l’avènement du Malawi à la tête de l’UA, la SADC reprend aussi la main dans les négociations inter-malgaches. 

 

Le passage du président de la transition unilatérale le 2 février devant les groupes d’amitié parlementaires à l’Assemblée nationale et au Sénat, devant quelques élus, n’a rien du triomphe diplomatique décrit par la propagande. Il y a d’ailleurs eu un échange avec le Quai d’Orsay et les responsables du Sénat ; La visite pouvait se faire à condition que le gouvernement français ne soit pas officiellement impliqué. Jean-François Mancel, un des députés UMP qui a reçu Andry Rajoelina avec sympathie, précise : «Notre but en tant que groupe d’amitié est de recevoir amicalement. Mais il ne rentre pas dans nos attributions de sortir des communiqués (au nom de l’Assemblée)… ». Il a simplement apporté des appréciations personnelles sur la situation. Le Parlement français compte plusieurs centaines d’élus dont un grand nombre sont hostiles, par principe, à tout coup d’état. En cela, ils sont en phase avec la position officielle de la France.

 

Deux jours après, le 4 février, toujours à Paris, a eu lieu un colloque économique sur Madagascar organisé par UBI France (établissement public de soutien aux entreprises), avec la participation de l’ambassadeur français Jean-Marc Châtaigner et des responsables de Total et d’Orange. La ligne de défense adoptée par l’Hexagone, accusée d’ingérence, est apparue assez clairement à cette occasion. L’ancienne puissance coloniale est à Madagascar pour des raisons «affectives», étant donné les liens historiques, les importantes communautés de part et d’autre, ainsi que les valeurs communes. Mais Madagascar ne représente qu’ «1/1000ème du commerce extérieur français» et les «journalistes malgaches qui citent toujours les mauvais intérêts (économiques et géostratégiques)…se trompent». Dont acte ! On passera donc pudiquement sous silence l’intervention de Nicolas Sarkozy auprès d’Angela Merkel, la chancelière allemande, pour lui demander de transmettre un message à Marc Ravalomanana alors en voyage officiel à Berlin en 2008. Ce dernier a changé son agenda pour passer par Paris. Le contrat entre Total et l’état malgache fut finalisé cette année là. De même, on ne parlera pas de la base de Diego-Suarez. L’US Navy devait assurer la sécurisation de Madagascar lors du sommet de l’Union africaine, regroupant des dizaines de chefs d’état, prévu en juillet 2009. Le renversement du président élu est arrivé juste à temps…

 

Quand le responsable de Total a annoncé lors de ce colloque que sa société avait l’intention d’investir entre 9 et 13 milliards de dollars à Bemolanga à l’horizon 2019,  un participant a demandé malicieusement si c’était aussi un investissement «affectif» (en fait, il s'agissait de Solofo Rafeno, dont le blog est en lien)… La France a maintenu sa coopération militaire avec la HAT (voir article : «Coup d’état : les vrais enjeux»), ce qui a entraîné une remarque au vitriol des Etats-Unis. Amnesty International vient de rappeler ce 4 février la vraie nature de ce régime en demandant une enquête sur le massacre du 7 février 2009 mais aussi sur la période qui a suivi. Avec l’arrivée d’Andry Rajoelina au pouvoir le 17 mars, «ces violations n’ont pas diminué…les forces de sécurité…sont fréquemment intervenues pour disperser des manifestations de l’opposition, et il y a eu des morts et des blessés… » 

 

lci Sur LCI, une télévision française, le lundi 1er février, le président de la HAT s’est fait descendre sans même s’en apercevoir. Il a été traité de «putschiste» et globalement, cette prestation a été plutôt négative pour son image. Lors de son interview dans l’Express du 2 février, Andry Rajoelina a accepté la possibilité du retour de Didier Ratsiraka à Madagascar, pas celui de Marc Ravalomanana. Pourquoi ? Les arguments sécuritaires et les troubles possibles ne tiennent pas, les violences étant plutôt actuellement l’apanage du régime. TanaNews a cité les propos d’Alain Ramaroson, responsable de la sécurité de la HAT : «Je ne suis pas derrière les arrestations arbitraires, ni les envois de milices pour intimider mes adversaires». Quels que soient les responsables, cette déclaration confirme que ces pratiques existent bel et bien.   

 

7-fevier-2010-memorial.jpgOn pourrait alors voir dans le refus de Rajoelina une peur de la popularité de l’ancien président. Les dirigeants de la HAT sont perçus de plus en plus par l’opinion comme inféodés à l’ancienne puissance coloniale. Que l’actualité malgache se passe à Paris pendant presque deux semaines, au moment même où la communauté internationale examine les propositions des politiciens en conflit, ne va pas la dissuader du contraire. La chute pourrait être dure mais certains ont déjà préparé leurs arrières. Les quelques patriotes convaincus qui sont encore dans la HAT risquent d’être les cocus de l’histoire,… comme Roindefo Monja le 7 février. Sur ce tragique évènement, je vous conseille de vous reporter encore à un article de TanaNews qui recense les enquêtes, les vidéos et les analyses du Net, car d’enquête officielle, il n’y en aura pas… Pour tous ces pauvres gens tués, blessés ou disparus, il restera la journée commémorative comme celle d’aujourd’hui pour en rappeler le souvenir.

 

Photo 1 : Bingu wa Mutharika, dont la présidence à la tête de l’Union Africaine est crainte par la HAT

Photo 2 : le journaliste Vincent Hervouët, lors de son émission, le «Journal du Monde», a éreinté Andry Rajoelina

Photo 3 : cérémonie du souvenir le 7 février 2010. Une pierre en hommage aux blessés et aux disparus…mais toujours pas d’enquête.

 

Alain Rajaonarivony




Par Alain Rajaonarivony
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Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /2010 21:02


Andry Rajoelina a débarqué à Paris le mercredi 27 janvier, en catimini. Les journalistes et politiciens de la Grande Ile ne l’ont appris qu’après coup, informés du voyage par Internet. Qualifié de «privé», puisque rien ne peut être officiel avec un régime mis au ban des nations, le président de la transition unilatérale a pu avoir des entretiens avec des responsables français dont le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant et le secrétaire d’état à la coopération Alain Joyandet.

 

Cette petite sortie était nécessaire pour s’aérer un peu et oublier l’atmosphère étouffante de la Grande Ile. La HAT (Haute autorité de transition) est aux abois après un an à la direction du pays. Le désastre est patent dans tous les domaines et l’impopularité croissante. Les chômeurs ne sont pas simplement des statistiques en hausse, ils se retrouvent par milliers dans les rues d’Antananarivo, transformés en marchands ambulants pour survivre. Ils sont pourchassés impitoyablement par les responsables de la CUA (Commune urbaine d’Antananarivo) car ils déparent dans le paysage et multiplient les désagréments en ville. Les médecins des hôpitaux sont en grève depuis des semaines pour réclamer une revalorisation de leurs traitements. Ils ont fait remarquer qu’à Bac+8, ils sont moins bien payés qu’un policier du niveau du BEPC. Mais ne disposant que d’un thermomètre et d’un stéthoscope en lieu et place de la kalachnikov et du lance-roquettes, les instruments nécessaires pour bénéficier d’une prime, ils risquent d’attendre longtemps…

 

 journalistes.jpgSur le plan économique et social, la situation est catastrophique mais les turbulences sont aussi violentes dans le milieu politique. La chasse aux journalistes est ouverte et plusieurs ont été menacés ou jetés en prison, comme ceux de Radio Fahazavana, une radio protestante. Le colonel Ravalomanana (homonyme de l’ancien président), rendu célèbre par l’affaire des bombinettes (voir article : «La fuite en avant») remet ça et en impute maintenant la responsabilité au co-président Fetison. Il aura ainsi fait le tour des opposants, des GTT (association légaliste dont les membres se trouvent en Europe), aux leaders du Magro et maintenant les responsables désignés par l’acte additionnel d’Addis-Abeba. Mais les vrais responsables, des spécialistes en explosifs, courent toujours.

 

Le passage à Paris a pour Andry Rajoelina quelque chose de vivifiant et de thérapeutique dans les moments de tension, comme ce fut le cas après le sommet de New-York (voir article : «Paris au grand cœur»). Paris est une ville agréable, sans des petits marchands-chômeurs à tous les coins de rue. On s’y fait rarement agresser, à part peut-être par les GTT quand on est putschiste. Mais le séjour cette fois-ci se passe assez bien, du moins pour l'instant..

 

A Antananarivo, après le Black Monday et l’anniversaire de l’autoproclamation du 31 janvier, se profile celui du massacre du 7 février. Ces évènements sont d’une parfaite logique et ont été prémédités mais on ne peut en voir la cohérence si on ignore que l’opposition à Marc Ravalomanana  recouvrait deux aspects bien distincts. A l’époque, les analystes se sont perdus en conjecture sur l’attitude d'Andry Rajoelina. Le mouvement populaire qui avait suivi la fermeture de Viva (voir tous les articles de ce blog datant de décembre 2008) était d’abord civique et réclamait simplement le respect des droits et des libertés. Il était mené par la société civile qui s’était alliée au Maire de la capitale, persécuté par le pouvoir central. Il n’avait pas de revendication politique. C’est pour cela qu’il a bénéficié d’une large adhésion de la population et de la sympathie des chancelleries étrangères. Marc Ravalomanana était en train de partir en «live» et se croyait tout permis, répondant aux manifestations pacifiques par la menace et la répression. Avec le recul, peut-être l’a-t-on poussé à avoir cette attitude le rendant odieux, en sachant que son entourage et son gouvernement étaient déjà infiltrés par les comploteurs. Car c’est là le deuxième visage, aussi bien caché que celui d’une femme par la burqua, de la contestation.

 

Cette dimension secrète, la société civile l’ignorait sans doute ou elle n’en avait pas la juste mesure. Il y avait les acteurs visibles, et en danger permanent, comme Andry Rajoelina lui-même ou Nadine Ramaroson. Ils étaient indéniablement populaires, leur objectif rejoignant les aspirations de la plupart des Malgaches : la recherche d’une équité sociale et la fin des dérapages de plus en plus pénibles de Marc Ravalomanana qui s’en prenait à tout le monde. Cet art de se faire des ennemis a d’ailleurs précipité sa chute. Bien à l’abri et dans l’ombre, les comploteurs suivaient l’évolution du mouvement sans se mouiller. Quand mi-janvier 2009, l’inauguration de la place de la démocratie (voir article : «Le cœur d’Antananarivo bat pour la liberté») a montré l’ampleur de la fronde anti-gouvernementale, les têtes pensantes de la conspiration, dont le but était tout autre, ont commencé à faire du lobbying auprès du jeune Maire. Les conjurés, dont la haine personnelle pour le Président transcendait toute autre considération, voulaient tout simplement sa peau. Ils n’apparaîtront qu’au dernier moment quand ils seront arrivés à leurs fins, sur la tribune du 13 mai, le 14 mars 2009. Ravalomanana finira par réagir dans le bon sens, en présentant ses excuses à la nation et en demandant un référendum (voir article : «Attention aux erreurs d’appréciations fatales»). Trop tard ! 

 

Jusque là linéaire, la trajectoire d’Andry Rajoelina allait alors devenir erratique. Ce sera l’auto-proclamation du 31 janvier 2009 (voir article : «Place du 13 mai : lieu de toutes les proclamations historiques»). Quelques jours auparavant, il affirmait pourtant ne pas vouloir du pouvoir. Les hésitations du Maire étaient perceptibles et ses décisions évoluaient au gré du comportement de Ravalomanana. Ce dernier a eu tout faux et a agi exactement comme le désiraient les conspirateurs, le summum de cette manipulation étant le massacre du 7 février devant les caméras de tous les médias internationaux, en particulier français (voir article : «Carnage devant le Palais»). En demandant à la foule d’envahir un Palais présidentiel défendu par la garde, les comploteurs savaient pertinemment que tous les dérapages étaient possibles comme lors du 10 août 1991. D’ailleurs, certains d’entre eux avaient déjà pris part à la planification de cette marche historique désastreuse qui a failli coûter la vie à Albert Zafy et fait des dizaines de morts. Cette fois-ci, il s’en est fallu de peu pour que Roindefo Monja endosse malgré lui le rôle de «martyr». Les «autres» étaient ailleurs pendant que les balles fusaient. Comme lors du Black Monday, les principales victimes furent des personnes des bas-quartiers défavorisés, sciemment sacrifiées.  Cela n’enlève en rien la responsabilité de Marc Ravalomanana en tant que chef de l’état.

 

Andry Rajoelina se trouve maintenant à la croisée des chemins. Le président de la transition unilatérale a émis le désir de visiter l’Assemblée nationale et le Sénat français dans les jours qui viennent. Le cadre de ces temples de la démocratie, représentant l’émanation véritable de la voix du peuple, l’inspirera peut-être et l’amènera à faire le bon choix. Son amour pour Paris place en porte-à-faux le gouvernement français qui ne tient pas à se mettre à dos la communauté internationale. Toutes ces rencontres n’ont donc pas de caractère officiel. L’embarras de la France est visible. La seule voie honorable pour Andry Rajoelina, demeure encore et toujours la réconciliation, à l’exemple d’un Nelson Mandela. Cette démarche sauvegardera les intérêts supérieurs de la nation tout en lui apportant la respectabilité. C’est la voie royale préconisée par les grandes démocraties, y compris actuellement en Afghanistan, et que redoutent les conjurés qui ont tout à y perdre. Tout dépend maintenant des capacités morales du jeune dirigeant à résister à leurs pressions…

 

Photo : Manifestation des journalistes le 12 janvier 2010 pour protester contre l'arrestation de leurs collègues de Radio Fahazavana le 8 janvier dernier.  Ils sont toujours en détention actuellement (photo Sobika) 

 

Alain Rajaonarivony



Par Alain Rajaonarivony
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Mardi 26 janvier 2010 2 26 /01 /2010 22:19


Ce fut un déferlement de violence, des incendies dans toute la ville qui perdureront toute la nuit… En fait, c’était la préparation du coup d’état, la fin des idéaux de libertés et de l’action pacifique qui a rendu Madagascar si populaire dans le monde. Mais le comportement de Ravalomanana et l’enchaînement des évènements n’ont pas permis de s’en rendre compte immédiatement (Lire l’article écrit à chaud, ce jour là : «C’est la guerre : 2 morts lors de l’assaut de MBS» ainsi que les commentaires). Ce 26 janvier 2009, quelque chose a basculé, pas seulement un rapport de forces mais aussi des certitudes morales. Les victimes étaient en train de se comporter comme leurs bourreaux, avant de finalement prendre leur place le 17 mars.

 

Radio-Madagascar-P1100154.jpgSale anniversaire qui a vu les archives de RNM et de TVM, mémoire de l’histoire, partir en fumée. J’apprendrai dans la soirée par un de mes correspondants sur place que c’est une grenade qui aurait pu y déclencher le feu et non les émeutiers. Les grandes agences avaient déjà désigné ces derniers comme responsables de l’incendie. Il n'y avait pas eu de véritable enquête.

 

«> > > > Envoyé le : Lundi, 26 Janvier 2009, 20h...

> > > > Objet : Re …
> > > > la grenade a éclaté à l'intérieur de RNM
> > > > cad que c'est un militaire qui est à l'origine
> > > > du feu pas les manifestants.»
 
Ce jour là, le doute s’est insinué dans le cœur de ceux qui ont soutenu Andry Rajoelina au nom de la démocratie et des libertés.

 

Je recevrai un message très peu de temps après, de la part d’un groupe d’intellectuels patriotes basés à Antananarivo, avec qui j’étais en contact, et jusqu’alors, assez favorables à la «révolution orange». « Comment se fait-il que Andry refuse toute négociation? Nous pensons que TGV est manipulé par les ratsirakistes et qu'on pousse Ravalo à utiliser la violence...
On a soumis ce texte à la FFKM…»

Suit l’appel des intellectuels, publié sur le blog (voir le texte de l’Appel), qui exhortait les deux parties à négocier et à faire des concessions.

Ils n’avaient pas tort ! Les vieux caciques étaient en train de récupérer le mouvement et de pousser Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana à la faute, pour leur plus grand profit. Malheureusement, la FFKM (Confédération des Eglises), présidée par Monseigneur Odon Razanakolona, dont on apprendra plus tard qu’il était dans le complot, ne sera pas d’un grand secours. Quant à Marc Ravalomanana, aveuglé par un sentiment d’orgueil et de toute-puissance, il fera exactement les erreurs qu’on attendait de lui. Son chef de délégation aux négociations, Jacques Sylla, grand serviteur de l’état décédé le 26 décembre 2009, a eu la faiblesse lui aussi de se ranger du côté des comploteurs.

 

Un an après, Andry Rajoelina est toujours à la recherche de la reconnaissance internationale et d’un peu de dignité. Mais ceux qui l’ont conseillé de passer du statut de jeune Maire élu prometteur à celui du plus jeune putschiste violent se sont enrichis et ont profité de son inexpérience. Et ce n’est pas une lettre ouverte au Wall Street Journal qui changera quelque chose. C’est juste quelques milliers de dollars de perdus (voir l’article de Solofo à ce sujet)...

 

n1494988022_30194374_2550.jpgLe 26 janvier 2009, la malédiction a de nouveau frappé les Malgaches alors qu’ils croyaient s’en être débarrassés en 2002. Des dizaines de morts carbonisés dans les entrepôts de Tiko, les grandes surfaces et les magasins qu’ils étaient en train de dévaliser…

Ces pillages étaient planifiés…Pourquoi les forces de l’ordre étaient absentes ?

La France apparaîtra petit à petit comme moins neutre qu'elle n'y paraît, et cela de l’aveu même de membres de la HAT, et les accusations du Président Ravalomanana à son encontre ne sont pas dénuées de fondements.  

 

Quelle solution pour les Malgaches ? Une seule, la droiture, qui concerne en premier lieu Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana. Si les deux veulent s’en sortir, il faudra qu’ils se reparlent et trouvent une solution entre hommes d’état, en mettant de côté leurs propres ressentiments et en respectant leurs paroles et leurs engagements. Sinon, une troisième force, soutenue ou non par une puissance tierce, tirera les marrons du feu. Ils joueront alors à qui sera «The biggest loser». 

 

Photo : RNM en train de brûler

Vignette : amoncellement de corps carbonisés, de pauvres qui voulaient profiter de la manne. Qui et pourquoi ? Norbert Ratsirahonana et les pseudos-intellectuels de l’AVI qui conseillent le président de la transition unilatérale pourraient sans doute répondre. Image choquante mais nécessaire pour montrer la réalité et les conséquences de la violence. Haute politique ou politique sans scrupules ?

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 


Par Alain Rajaonarivony
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Mardi 19 janvier 2010 2 19 /01 /2010 21:37



Bill Clinton, juché sur un chariot élévateur, aide à sortir les cartons de la soute d’un avion sur l’aéroport de Port-au-Prince, ce 18 janvier. Cette scène, médiatiquement très réussie, symbolise l’engagement des Etats-Unis auprès du peuple haïtien. Les USA n’ont pas lésiné sur les moyens et ont de fait pris le leadership, en faisant grincer des dents quelques pays sud-américains qui se méfient de l’impérialisme de l’oncle Sam, et surtout la France. Le même jour, sur l’antenne d’Europe1,  Alain Joyandet, secrétaire d’état à la coopération s’épanche, amer : «...il s'agit d'aider Haïti, il ne s'agit pas d'occuper Haïti». Ses propos ont choqué les humanitaires. Sur place, on voit bien que la logistique de l’armée américaine permet à toutes les ONG d’être efficaces. L’heure n’est pas à la polémique.  

 

Les Français sont vexés. L’île est francophone, et pour cause, c’est une ancienne colonie qui a arraché son indépendance en 1804, et dû payer un impôt exorbitant de 90 millions de francs, l’équivalent de 21 milliards de dollars actuels, pour garder sa liberté. Face aux 12.500 hommes déployés par les Etats-Unis, les escadres d’hélicoptères et d’avions-cargos, les quelques 707 Français, y compris le personnel médical et les sapeurs-pompiers, ne pèsent pas très lourd, même s’ils accomplissent un travail remarquable.

 

palais-marines1.JPGLe gouvernement haïtien, ou ce qu’il en reste car plusieurs hauts responsables ont été victimes du séisme, a décrété l’état d’urgence pour un mois. 70.000 corps ont déjà dû être enterrés dans des fosses communes. L’aide a du mal à arriver aux sinistrés à cause de l’état des routes et des infrastructures. Radio-Caraïbes assure ses émissions depuis la rue pour maintenir le fil de la vie et diffuse des annonces de recherche. Ses locaux ont été fissurés et risquent de s’écrouler. Un père français, depuis 40 ans dans le pays, explique qu’à cause des cyclones fréquents, on a souvent construit en dur. Mais les dalles de béton  sont totalement inadéquates pour un tremblement de terre et sont tombées en s’empilant.

 

Sur place, le chaos cède petit à petit la place à un semblant d’organisation, sous l’impulsion des Américains, à l’extérieur, l’aide se coordonne très vite et Internet monte encore en puissance. Comme le note Owni.fr, par exemple, «le site collaboratif Ushahidi, d’origine africaine, propose une page spéciale agrégeant de multiples fonctions (infos, aides, incidents, dons, cartes géographiques, zone de soins, flux de population…) alimenté par le web et les téléphones mobiles en plusieurs langues. Il travaille avec l’Onu et de nombreuses autres organisations humanitaires et technologiques». Sur Facebook, les personnes qui suivent le désastre se comptent en centaines de milliers. Les dons dépassent ceux du tsunami de 2004 en Asie, qui a vu pourtant un élan de générosité exceptionnel. A ce jour, un milliard de dollars sont promis sur la planète, dont 190 millions pour les seuls Etats-Unis. Il aura fallu ce drame effroyable pour que Haïti soit réhabilité aux yeux du monde et qu’on se souvienne que c’est le premier pays où l’esclavage a été aboli et les Droits de l’homme proclamés effectivement.

 

10-01-17-earthquake-PAP-48-photo-Sophia-Paris.jpgLe secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, est arrivé à la mi-journée le 17 janvier à Port-au-Prince. Devant ce qu’il considère comme la «plus grave crise humanitaire depuis des décennies», il réconfortera le Président Préval et les sinistrés. «Je suis venu ici pour vous donner de l'espoir. Le monde entier vous soutient. Ne désespérez pas! Ne désespérez pas! Ayez du courage!» déclarera-t-il. Et de fait, même les habitants des territoires palestiniens de Gaza, malheureux parmi les malheureux, ont fait des collectes pour Haïti. Abdoulaye Wade, président du Sénégal, a proposé le 18 janvier d’accueillir les Haïtiens en terre d’Afrique. Si cela lui a valu les quolibets des analystes occidentaux, l’idée en soit n’est pas saugrenue. Mais les conditions socio-économiques du continent sont telles que pratiquement, c’est impossible. 3500 casques bleus supplémentaires ont été demandés par le secrétaire général, ce qui portera leur nombre à 12.000. Ils sont chargés de la sécurité.

 

Le monde entier est avec Haïti, enfin, presque… ! Le gouvernement (de fait) de Madagascar n’a même pas envoyé un message de soutien et de solidarité au président Préval, le «former président» en exil non plus ! Et pourtant, on trouverait bien des similitudes entre les deux îles, outre leurs infortunées populations. Contrairement, par exemple, aux déclarations de l’ambassadeur français Jean-Marc Châtaigner, Madagascar est bien l’enjeu d’un conflit géostratégique entre les Etats-Unis et la France, tout comme Haïti. Les deux îles sont des bastions de la Francophonie perdues dans un monde anglophone et sont nécessaires à l’expression de la culture française dans leurs régions respectives. Les réactions épidermiques d’Alain Joyandet devant ce qu’il considère comme la mainmise américaine valent toutes les analyses. Dans les mois qui viennent, on verra si les Français sont capables de résister à la poussée américaine. «Nous avons (les Français) des rapports très particuliers avec Haïti qu’il faut absolument maintenir» a martelé Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, le 19 janvier lors d’une cérémonie de présentation de vœux. Et Madagascar ? Le Département d’Etat a réagi le 15 janvier. «Nous savons que d'autres pays évaluent actuellement leurs relations avec Madagascar, au niveau de l'aide qu'ils lui accordent. Nous trouvons que l'assistance militaire est une question particulièrement problématique et nous nous demandons pourquoi quiconque voudrait continuer à fournir une telle assistance à un régime non constitutionnel.» Mais de qui les Etats-Unis parlent-ils?

 

Liens :

The New-York Times : les photos satellite avant et après le séisme

CNN : Témoignages de bloggers

Photos : Marines devant le Palais présidentiel en ruines, Ban Ki-moon avec des sauveteurs

 


Alain Rajaonarivony



Par Alain Rajaonarivony
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