Dès que le vol Airlink SA 8252 se fut posé à Ivato, avec 2 heures de retard et sans Lalao Ravalomanana ce 4 février, Mamy Rakotoarivelo, chef de la mouvance de l’ancien chef de l’état et président du Congrès de la transition, la chambre basse, a fait une déclaration. Abandonnant sa réserve habituelle, il a demandé à la communauté internationale de prendre des sanctions fermes à l’égard de la HAT pour ses «violations répétées de la feuille de route». Il a aussi surtout fustigé la position «très ambigüe» de la France. La mise en cause officielle de l’ancienne puissance coloniale par un haut responsable de l’Etat malgache, de l’opposition mais haut responsable quand même, est une première…
Trois jours après, Jean-Marc Châtaigner, l’ambassadeur de France, assure avoir «pris connaissance avec
étonnement» de cette réaction. Dans le même temps, une quarantaine de militaires français débarquaient à Ivato, sous couvert de coopération de l’armée malgache avec la Fazsoi (Forces armées de la
zone Sud de l’Océan Indien), basée à La Réunion. Ils viennent s’ajouter aux coopérants déjà sur place, plus la frégate «Floréal» qui mouille à Diego pour des mois, dans le cadre de la lutte
contre la piraterie somalienne. En fait, il n’y a jamais eu autant de soldats français sur le sol malgache depuis la fermeture de leurs dernières bases en 1975. Plus que leur nombre inhabituel,
c’est le timing choisi par la France pour les déployer qui surprend. Andry Rajoelina et ses derniers fidèles sont en grande difficulté, rejetés de plus en plus ouvertement par la population qui
n’hésite donc pas à faire facilement le lien. Ces militaires français seraient là pour les protéger…
Lalao Ravalomanana a dû descendre de l’avion à Johannesburg, c’était la seule certitude au moment du retour manqué jusqu’à ce que les pièces du puzzle puissent être reconstituées dans la soirée, car personne ne voulait en endosser la responsabilité. Le ministre des transports avait annoncé la veille qu’il n’y aurait pas de Notam comme lors du 21 janvier (voir article : «Madagascar : Assez !!!»). Tenu par cette promesse, il a contourné la difficulté en adressant une mise en garde à Airlink l’avertissant qu’il ne garantissait en rien la sécurité de ce vol si l’ex-première dame se trouvait à son bord. Dans le même temps, le ministre de la Sécurité intérieure, le contrôleur général Arsène Rakotondrazaka, téléphonait à Rodger Foster, un des responsables de la compagnie aérienne, pour le menacer dans le même sens, intimidations confortées ensuite par l’ACM (Aviation Civile de Madagascar). Mis au courant, Marius Fransman, vice-premier ministre sud-africain et médiateur dans la crise malgache, aurait alors conseillé à Airlink de partir sans son illustre passagère. Lalalao Ravalomanana est descendue de l’appareil. Ses bagages et ses compagnons de voyage sont par contre arrivés à bon port.
Malgré une foule aussi importante que lors du 21 janvier, il n’y
a pas eu d’incidents à déplorer. Il est vrai de l’Emmo-Reg du Général Ravalomanana, qui avait pourchassé de paisibles citoyens en train de rentrer chez eux ce jour-là en provoquant la mort de
l’un d’eux, s’était fait discret (voir article précédent). A l’annonce de ce retour refusé par la HAT
au mépris de toutes les conventions internationales, les sympathisants de l’ancienne Première dame ont simplement souligné qu’ils n’étaient pas découragés et qu’ils reviendraient. Les
observateurs ont été surpris du calme et de la maîtrise de ces dizaines de milliers de personnes. Comme d’habitude maintenant, Omer Beriziky, le premier-ministre, a avoué n’avoir pas été au
courant des manigances de ses subordonnés et a convoqué le ministre des transports…
Cela fait maintenant 2 mois que les magistrats exercent leur droit de retrait après l’assassinat du procureur de Tuléar, Michel Rehavana, par des policiers furieux de voir l’un des leurs inculpé dans une affaire d’attaques à main armée. Sur TVplus le 6 février, les représentants de la justice ont déclaré que la loi est faite actuellement par ceux qui possèdent les armes et «les premiers responsables de l’Etat en ont peur». Quand les militaires réclament quelque chose, ils sont exaucés tout de suite, «de crainte qu’ils ne se retournent ». Les autres corps de la fonction publique, de l’Education nationale à la Santé en passant par la Justice peuvent toujours attendre… «Ce qui s’est passé à Tuléar est une violation au plus haut niveau de l’état de droit», car des policiers ont assiégé une prison pour tenter de libérer un des leurs ont-ils asséné. Les militaires et les gendarmes ont refusé d’intervenir pour défendre le procureur de la vindicte des policiers. Les magistrats se battent désormais pour une véritable indépendance et pour «pouvoir juger simplement selon la loi et leur conscience», en faisant fi des pressions de la hiérarchie et du pouvoir politique. Ils seraient prêts à donner leur avis sur le déroulement du jugement de Marc Ravalomanana, en sous-entendant des vices de procédures…
Ce 6 février, pendant que les magistrats expliquaient qu’ils préparaient des Assises nationales pour exiger leur indépendance effective, le commissaire Charlie Nakany, de la DST (Direction de la sécurité du territoire), un organisme rattaché directement à Andry Rajoelina, débarquait à des heures indues chez Tojo Ravalomanana, le fils de l’ancien président, à Antsirabe. Se fiant à une intox lancée par un journaliste travaillant pour le ministère de la communication (et limogé depuis), il pensait y trouver des armes et des hommes prêts à se lancer dans une opération de déstabilisation. C’était ridicule car le déplacement de 5000 hommes, équivalent à 4 régiments, aurait forcément attiré l’attention depuis les régions Sud (Tuléar et Fort-Dauphin) d’où ils étaient sensés venir. Perquisitionnant bien au-delà des heures légales, après 19 heures, Charlie Nakany et ses fins limiers ont usé de la violence, tirant en l’air pour intimider le maître des lieux et le fokonolona venu à la rescousse, blessant un gardien et faisant un carton sur le chien, découpant à la meule électrique les cadenas. N’ayant rien trouvé, ils ont accusé Tojo de trafic de drogue, les policiers ayant pu ramasser fort opportunément quatre paquets de cannabis dans les écuries au moment où ils y passaient. L’avocate de la famille a démenti toutes ces allégations… Euh, comme d’habitude, Omer Beriziky, le premier-ministre, n’était pas au courant de cette perquisition et s’est dit «consterné» etc, etc…
Il faut avouer que si l’efficacité d’Omer Beriziky est pour l’instant proche de zéro, c’est quand même le plus sympa et le plus cool de la bande. Raison pour laquelle tous les regards se tournent vers lui et qu’on commence à le voir comme une alternative crédible pour mener le pays vers l’apaisement et une véritable réconciliation… Son impuissance semble être portée à son crédit par l’opinion. Il lui reste à le transformer en force morale et politique…
Photo 1 : Les militaires français sur le tarmac à côté de leur Transall, «sans Notam», comme le feront remarquer les Facebookers…
Photo 2 : Lalao Ravalomanana empêchée de revenir par 3 fois. La peur et la rancune amènent Andry Rajoelina à s’en prendre à l’épouse et au fils de l’ancien président.
Photo 3 : Jean Omer Beriziky, le Premier-ministre, le plus sympa à défaut d’être le plus respecté par ses subordonnés…
Alain Rajaonarivony
L’avion d’AirLink, vol 8252, a dû faire demi-tour au-dessus du Canal de Mozambique, à quelques dizaines de
minutes de l’atterrissage prévu à Ivato pour 14heures10.
Rolly
Mercia aura quand même donné une indication importante sans le vouloir : il y avait bien une foule considérable pour l’accueil de l’ex-président, estimée selon les sources entre 30.000 et 200.000
personnes. C’est au moins autant, sinon plus qu’au plus fort du soutien à Andry Rajoelina début 2009, alors Maire persécuté d’Antananarivo.
Les Notam étaient signés par les initiales «PHAT», Président de la Haute autorité de transition. Omer
Beriziky, le Premier ministre, a affirmé au micro de Radio France Internationale, qu’il ignorait leur existence. Andry Rajoelina a dû aller au charbon car le gouvernement avait refusé de les
promulguer. Le Général Richard Ravalomanana s’était attribué dans la foulée la paternité de ces prescriptions, dans le but de dédouaner le responsable, sans être crédible. Par le passé, lui aussi
n’avait pas hésité à mentir, ce qui lui avait valu la réponse cinglante d’une ministre mise en cause (voir l’article : «
La stratégie de la France a consisté
dès 1896, début officiel de la colonisation, à détruire les racines et les élites des Malgaches. Comme dirait Christian Chadefaux, journaliste zanatany expulsé de manière irréfléchie par
Ravalomanana (ce qui n’a pas arrangé sa réputation de francophobe), le Maroc était aussi un protectorat. Quand la France en est partie, elle a ramené le roi Mohammed V de son exil d’Antsirabe et
l’a remis sur son trône, permettant ainsi au royaume chérifien de retrouver ses racines et sa culture de gouvernance. Rien de tel avec Madagascar où la France a tenté d’imposer une caricature de
République, mais sans en respecter les règles. Elle a d’abord monté les côtiers contre la royauté, qualifiée de gouvernement hova, puis a créé de toutes pièces le Padesm, pseudo parti des
déshérités, pour contrer les mouvements nationalistes.
Le chantier sera stoppé net par Andry Rajoelina dès la
réussite de son coup d’état, le 17 mars 2009 pour ne pas permettre à son rival de se prévaloir de quelque chose. Ce qui ne l’a pas empêché le 11 décembre 2010 de prendre la tête d’un véritable
carnaval avec son épouse, déguisés en souverains. Ils descendront du Palais situé sur les hauteurs, jusqu’au nouvel hôtel de ville reconstruit, entouré de «gardes royaux» (des soldats travestis
pour la circonstance). Rebelote un an après, où après s’être congratulé avec Sarkozy, il a tenu à faire tirer un feu d’artifice à partir du Rova pour fêter le premier anniversaire d’une IV
république que personne ne reconnaît à part les putschistes eux-mêmes. Or, la couronne de Ranavalona Ière venait d’être volé au palais d’Andafiavaratra (le palais du Premier ministre devenu un
musée) dans la nuit du 3 au 4 décembre. C’en est trop pour les Andriana qui crient au mépris et à la profanation. Le pays devrait être en deuil après ce vol, argumentent-ils. Malgré les mises en
garde, Andry Rajoelina procèdera à ses festivités incomprises par la majeure partie de la population qui se débat dans une crise économique profonde.
Derniers Commentaires