Pour commémorer le 13 mai 1972, jour de révolte des Tananariviens contre la répression du gouvernement Tsiranana, Jeannot Ramambazafy a pondu dans Madagate un long article. Mais ce «dossier» semble surtout prétexte à attaquer Marc Ravalomanana puisqu’il arrive finalement au 7 février 2009. Au milieu de cette prose assez indigeste, entrecoupée de copiés-collés et de photos, TanaNews a relevé une pépite aussitôt relayée sur la toile : «J'ai réussi à prendre des séquences où il y avait bien des éléments de la garde présidentielle aux fenêtres du Louvres. Cependant, dans la débandade, devant l’ancien Shopsprite, je suis tombé à la renverse et ma caméra a été détériorée. Mais je peux témoigner qu’il n’y a eu aucun tir de sommation, aucun jet de grenades lacrymogènes mais immédiatement des crépitements d’armes automatiques issus de trois côtés différents : du Palais, du Trésor et du Louvre…»
L’éditorialiste de Madagate confirme ainsi les analyses des bloggers et sites d’infos qui ont cherché à comprendre ce massacre du 7 février. Les différents éléments et
aveux dont on dispose actuellement mènent bien vers un complot destiné à détruire l’image de l’ancien président. Dans mon premier article écrit sur le vif, j’avais fait mention de tirs venant des
immeubles bordant les rues menant au Palais, mais sans trop y croire moi-même tant cela me paraissait gros (voir article : «Carnage devant le Palais»). En fait, ce sont mes informateurs qui avaient raison.
A l'occasion du procès des présumés coupables de ce bain de sang, en septembre 2010, je replaçais en partie les pièces du puzzle dans un autre article. Mon entretien avec Roindefo Monja, l’ancien premier-ministre nommé sur la place du 13 mai ce jour là et qui a failli être éliminé aussitôt devant le Palais, n’a fait que conforter la thèse d’une tuerie programmée (voir article : «Massacre du 7 février : auto-acquittement de la HAT»).
Le lieutenant-colonel Charles Andrianasoavina (le «commandant Charles»), dans ses aveux, en forme de mea–culpa (voir aussi article : «Les lémuriens du 7 février»), avait identifié ceux qui ont ouvert le feu comme des militaires sous les ordres du commandant Lilyson. Promu depuis lieutenant-colonel, Lilyson est un des officiers de confiance d’Andry Rajoelina. Le «commandant Charles» a pris lui aussi une part prépondérante au coup d’état puisqu’il est celui qui a violemment pris à parti ses supérieurs et les négociateurs à l’Episcopat le 17 mars 2009 (voir article : «Ce n’est pas encore le mot de la fin»).
Seules les têtes pensantes semblaient être au courant du complot, certains acteurs de la Révolution orange ayant même failli se faire tuer ce jour du 7 février. Le secret était bien gardé. Et jusqu’à présent, la thèse officielle, qui a fait condamner Marc Ravalomanana était simple. La garde présidentielle en faction devant le Palais, sous la pression de la foule, a ouvert le feu inconsidérément, faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. Le général en retraite Dolin Rasolosoa, à la tête des manifestants, avait parlementé pendant une heure avec les responsables de la garde avant de transmettre aux contestataires qu’elle allait tirer s’ils persistaient à vouloir envahir le Palais. Ce que ces derniers firent quand même.
Toute
autre hypothèse avait été officiellement rejetée, et surtout la possibilité qu’il aurait pu y avoir d’autres tireurs, car cela pouvait disculper la garde présidentielle. Or, les tirs ont bien eu
lieu, mais d’abord dans le dos de la foule avant que la garde, surprise, ne tente de riposter. Ce qui cadre avec tous les récits et rapports connus jusqu’à présent, que ce soit celui de Jeannot
Ramambazafy, du «commandant Charles» ou du Général Jean Heriniaina Raoelina. Ce dernier affirme
que 19 militaires de la Garde étaient de faction au palais. Or, il y a eu une trentaine de morts et 800 blessés, précise-t-il dans son rapport. Même s’ils avaient tous vidé les chargeurs de leur
AK47 sur la foule, ça faisait 570 cartouches. En considérant que chaque balle ait fait mouche, il pose alors la question : «…cela ne ferait que 570 victimes, alors les 260 autres victimes
ont été tuées et blessées par qui ?»
Jeannot Ramambazafy écrit qu’ «il y avait bien des éléments de la garde présidentielle aux fenêtres du Louvres…». L’information à retenir est qu’il y avait des hommes armés aux fenêtres de l’hôtel, ce qui a toujours été nié par le pouvoir et jamais relevé par leur commission d’enquête. Il s’agit là d’un témoignage oculaire, parfaitement recevable devant un tribunal.
Quant à l’affirmation du journaliste précisant qu’il s’agit de la «garde présidentielle», elle pourrait être facilement contestable. La garde n’avait pas d’uniforme spécifique et à moins de connaître personnellement les individus qui la composent, rien ne les distingue des autres militaires. Le «commandant Charles» avait précisé qu’il s’agissait de «gendarmes armés ne faisant pas partie de l’EMMONAT». On laissera donc le soin à PapiZano (Jeannnot Ramambazafy) de démontrer qu’il s’agit bien de gardes présidentiels.
Madagate appartient
à Augustin Andriamananoro, un membre de la diaspora engagé dans la lutte avec Andry Rajoelina, et que ce dernier a par la suite nommé ministre puis conseiller. Mais c’est PapiZano qui garde la
boutique. Après la mort de Nadine Ramaroson, une ministre à laquelle le journaliste vouait une certaine admiration, il a eu le droit de suivre Andry Rajoelina dans tous ses déplacements à
l’étranger. Celui qui donne ce témoignage est donc proche du pouvoir et ne peut être suspecté de vouloir faire le jeu de l’ancien président.
Ce qu’il écrit en tout cas ouvre la voie à de nouvelles investigations. Au Louvre, on n’entre pas comme dans un moulin. Il y a des gardiens, des réceptionnistes sans parler des propriétaires. Toutes ces personnes sont susceptibles de témoigner et dire qui étaient aux fenêtres. Mais en tout état de cause, les éléments s’accumulent pour démentir le récit officiel.
On ne fera pas l’injure à Jeannot Ramambazafy de penser qu’il a sorti ces informations par inadvertance, après s’être tu pendant 4 ans. Peut-être a-t-il voulu allumer un contrefeu devant le faisceau de preuves qui tend à démontrer la thèse du massacre prémédité ?... Ou peut-être pas… Le point à 3 bandes n’existe pas qu’au billard, on peut aussi l’utiliser en communication…
On est en tout cas content que Jeannot ait pu réchapper à ce massacre du 7 février 2009. Un jeune confrère de 25 ans, cameraman à la RTA (Radio Télévision Analamanga), Ando Ratovonirina n’a pas eu autant de chance. Il était dos au palais, en train de filmer la foule qui avançait, quand il a été atteint d’une balle dans le cou… sa caméra aussi… Il était idéalement placé pour avoir dans son viseur d’éventuels tireurs postés aux fenêtres… et inversement… Cela peut aussi expliquer pourquoi personne ne se précipite pour témoigner.
PapiZano, futur héros des Zanak’i Dada (nom paternaliste des pro-Ra8, «enfants de Dada») ? Comme tout est désormais possible à Madagascar…
Photo 1 : Une de ces photos bizarres de ce 7 février 2009. Sur un agrandissement, il semble bien que ce soit des départs de flamme qui sortent des fenêtres du Trésor (photo récupérée sur une enquête de TanaNews).
Photo 2 : Barrage de policiers devant l’Hôtel du Louvre. Ce barrage sera enfoncé par les manifestants.
Photo 3 : Le Général Raoelina n’était plus en charge de la Garde Présidentielle mais il a été condamné de manière inique, pour couvrir les vrais criminels. Toujours en prison, l’officier supérieur a maintenant des problèmes de santé.
Photo 4 : Jeannot Ramambazafy à New-York, cigarette au bec devant un panneau d’«interdiction de fumer». A lui tout seul, il symbolise ces tourments contradictoires du vrai Gasy qui souffre, rien à voir avec ces «faux Malgaches de la diaspora qui n’ont même pas le droit de vote».
Alain Rajaonarivony
49 candidats
s’étaient inscrits dont 1, Me Avoko qui s’est désisté. Edgar Razafindravahy, le maire désigné (PDS) d’Antananarivo a fermé la marche à 2 minutes de la clôture des bureaux en ce dimanche 28 avril
2013 (voir article : «
J’en veux particulièrement à Marc Ravalomanana d’avoir détruit l’armée de l'air car ses ressentiments
personnels ont pris le dessus sur l’intérêt de la nation (voir article : «
Dans les démocraties, la population applaudit les soldats qui la défendent, à Madagascar, les simples citoyens ont
plus peur des uniformes que les malfrats. Désormais, les états-majors doivent bien être dissociés comme dans toute armée moderne. Il n’est pas normal que la gendarmerie, la police et l’armée
s’unissent au sein de l’Emmo-Reg pour taper sur les manifestants pacifiques alors qu’elles sont incapables d’assurer un minimum de sécurité dans les villes ou les campagnes. L’armée de l’air doit
être réactivée, et pas avec des Alouette II pourris achetés d’occasion en Belgique, juste pour permettre aux corrompus et leurs amis intermédiaires blancs de toucher des commissions juteuses. La
Russie dispose d’appareils performants et bien adaptés. Il ne s’agira pas d’une décision idéologique mais patriotique. L’armée malgache disposera de nouveau de ses propres avions et n’aura pas
besoin d’aller former ses parachutistes ailleurs. Dans le temps, les paras sautaient des Dakotas, puis des Antonov. Sans la corruption au plus haut niveau, le pillage organisé des ressources, la
destruction psychologique des forces vives par la terreur et l’injustice, Madagascar aurait les moyens d’assurer son développement et sa défense. Le jour où il y aura une conférence
internationale à Madagascar, ce ne sera pas à la marine américaine, encore moins à l’armée française d’assurer la protection du sommet, mais à l’armée malagasy. Ceux qui ne lui feront pas
confiance n’auront qu’à aller se réunir ailleurs. Aucun contingent militaire étranger ne devra plus intervenir sur le territoire national…
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