Ce n’est pas un épisode de la série «Kaamelott» où le roi Arthur a un mal de chien à garder un peu de solennité à la réunion de chefs aussi rustres que susceptibles. Non, cela se passe en vrai, en Lémurie, et plus précisément au Palais d’état d’Iavoloha. Le co-président Emmanuel Rakotovahiny est arrivé en retard, si tant est qu’il était au courant de l’heure exacte de la réunion, au Conseil des ministres présidé par Andry Rajoelina le 26 novembre. Un haut technocrate, spécialiste de la chose publique, commente, désabusé : «Dans tout pays civilisé, il y a un huissier qui annonce l’arrivée d’une personnalité lors d’un Conseil de ministres». «Il est arrivé sans prévenir… et nous reproche ensuite de n’être pas venu le saluer», se défend une ministre qui se trouvait aux premières loges. Le co-président a, en tout cas, poussé une «gueulante» sur le savoir-vivre en République et exigé des ministres le minimum de respect dû à son rang. Le Premier-ministre Eugène Mangalaza n’était pas là. Il n’avait pas voulu venir, l’autre co-président, Fetison Rakoto Andrianirina non plus. Ce dernier a expliqué ne pas vouloir répondre à une convocation «faite soudainement et unilatéralement par le Président de la Transition». Des ministres de l’ancienne équipe, qui auraient dû démissionner depuis longtemps, se sont donc réunis sans le Premier-ministre de consensus nouvellement désigné.
La démarche préconisée par Mamy Andriamasomanana dans sa lettre ouverte (voir article précédent) pour débloquer la situation a retenu l’attention d’Andry Rajoelina qui devait en discuter avec Albert Zafy le 27 novembre. Au dernier moment, le président de la Transition s’est envolé pour Morondava. La formation du nouveau gouvernement ne semble pas être la priorité absolue. La population continuera en attendant de souffrir. La levée de la quarantaine internationale est conditionnée à la mise en place effective de toutes les institutions prévues par les accords. Les sociétés exportatrices ferment les unes après les autres. La dernière à faire la Une est Prime View, une entreprise textile dont les clients se trouvent aux Etats-Unis. Ses 1500 employés sont au chômage technique depuis le 25 novembre, avant sans doute d’être licenciés définitivement. Mais comme la moitié des 150 usines du secteur travaillent pour le marché américain, ce n’est peut-être que les prémices d’une catastrophe annoncée. Dans le cadre de «l’African Growth and Opportunity Act» (AGOA), le dossier de la Grande Ile sera étudié par le gouvernement Obama à partir du 4 décembre. La non-reconduction de l’accès préférentiel mettra sur le carreau plusieurs dizaines de milliers de personnes. Les conséquences atteindront l’île voisine de Maurice dont les hommes d’affaires ont beaucoup investi dans les zones franches malgaches.
Les anciens médiateurs sont très contents de prendre le large. Le cas malgache les a épuisés et ils désirent tourner la page. Ghassim Wane, chef de la nouvelle délégation de l’Union Africaine sur place, a réaffirmé que les Malgaches devaient trouver eux-mêmes la solution. Les insulaires veulent apparaître comme des politiciens respectables en faisant mine de se conformer aux accords mais en en violant l’esprit. Certains cherchent à contourner leurs signatures et les textes, dans la lignée de «l’extra-constitutionnel». Une telle mentalité à un tel niveau de concertation (patronnée par les Nations Unies) est assez inédite ! Les Malgaches ont beaucoup appris au monde !
Malgré les réticences de la communauté internationale, les autochtones tiennent absolument à leur petite balade à l’extérieur afin, disent-ils, de finir de monter le gouvernement (voir article : «les mouvances ne «mouvent» plus»). Comme l’idée émane du co-président Fetison Rakoto Andrianirina, à n’en pas douter, Marc Ravalomanana est derrière. Sur 31 postes, une dizaine resterait à pourvoir. Les exigences d’une mouvance induisant des interactions avec celles des autres, les stratégies et les revendications s’adaptent et changent en permanence. Chacune a en ligne de mire les élections. Comme me l’a si bien expliqué un ministre rescapé pour l’instant de la HAT (Haute autorité de transition), en l’absence d’un nouveau gouvernement, la Communication est très importante dans ce cadre. Ce qui semble assez évident. Mais l’Agriculture l’est aussi, car «qui dit agriculture, dit 4x4 et une multitude de motos». Ces véhicules ne serviront donc pas uniquement à contrôler des pâturages. Cette bataille pour les ministères vise à s’accaparer des moyens de l’Etat pour les futures joutes électorales.
Comme Paris n’a pas été retenu, les Français étant eux-mêmes réticents, les têtes de file ont proposé Maputo. Les dates du 3 et 4 décembre avaient même été avancées pour la rencontre. Mais Andry Rajoelina, qui en avait accepté le principe au début, a déclaré à Morondava que les divergences devaient être réglées sur place. Ce 30 novembre, il a proposé que les entrevues se fassent en visioconférence. Et Joaquim Chissano devrait débarquer à Antananarivo cette semaine.
Les bailleurs de fonds sont très circonspects. Ce qu’ils voient actuellement les rend encore plus méfiants. L’embargo économique est toujours d’actualité. Maria Perez, chargée d’affaires de l’UE (Union Européenne) à Madagascar ne peut que déplorer la situation : «Les sanctions risquent de tomber» étant donné la «lenteur» dans la mise en place du nouveau gouvernement. Dans leur volonté de marquer des points, Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana sont les premiers responsables du blocage. Mais seul le peuple en subit les conséquences au quotidien de plus en plus durement.
Alain Rajaonarivony
- Le «Black Monday», le 26 janvier, avec presque une centaine de morts dans une
journée de «manifestations», qui a viré au pillage des entreprises du groupe Tiko dans toute l’île (voir article : «
On a commémoré ces jours-ci le vingtième anniversaire de la signature de la Convention
internationale des droits de l'enfant adoptée par l'assemblée générale des Nations Unies le 20 novembre 1989. Dans les pays libres, les gouvernants ont fait le bilan de ce qui a été fait pour
protéger les plus vulnérables et de ce qui restait à faire. Des journées de sensibilisations ont été organisées dans les écoles, des reportages diffusés à la télévision… A Madagascar, nous n’en
sommes pas là. Des gosses fouillent les poubelles pour survivre mais les politiciens préfèrent laisser ce problème au père Pedro. C’est au point qu’un des seuls ministères n’ayant fait l’objet
d’aucune bataille entre mouvances fut celui de la Population. Au moins Nadine Ramaroson peut envisager, sauf coup bas de dernière minute, de continuer ses actions en faveur de ses concitoyens
délaissés. Elle aura été la seule ministre à avoir visité un hôpital psychiatrique ou un centre du troisième âge depuis bien longtemps. Le personnel soignant et les pensionnaires ont parfois été
émus aux larmes en la voyant. «Les femmes et les enfants d’abord», encore une formule qui n’est pas en vogue à Madagascar…
Mamy Rakotoarivelo, ancien vice-président de
l’Assemblée nationale avait été choisi par la mouvance Ravalomanana à Addis-Abeba pour diriger le Congrès de la transition. Cette instance doit faire office de chambre basse, pendant les quelques
mois de cohabitation préludant à la IVème République. Lors de la passation entre Jacques Sylla, ancien président de l’Assemblée, et lui-même, le 12 novembre, il a fait preuve d’un véritable
esprit de conciliation et repris certains députés de son propre parti qui chahutaient son prédécesseur, qualifié de «traître».
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