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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 12:30

 

 

Tenant parole et suivant la promesse qu’ils ont faite à Jean-Marc Koumba en prison (voir article précédent : «Jean-Marc Koumba – Marc Ravalomanana : Mensonges d’Etat»), les 2 témoins qui l’ont accusé se sont rétractés dans une lettre et sont revenus sur leurs dépositions. Ils expliquent comment les enquêteurs les ont obtenues.

 

Lila Koumba, la femme de Jean-Marc, s’est faite l’écho de leur déclaration lors d’une conférence de presse ce 29 novembre 2014.

 

Documents : Leur lettre originale, en malagasy, écrite sur 2 feuilles sorties clandestinement de la prison, suivie de la traduction en français.

 

 

Page 1 IMG 4125

 

Page 2 IMG 4126Maison centrale d’Antsiranana, le 27 Novembre 2014

 

Tompoko.

 

Ny alakamisy 23 octobre 2014 dia nalain’ny andiana mpitandro filaminana teo amin’ny toeram-piasanay teo amin’ny Aérodrome Antsirabe izahay mba hanaovana fanadihadiana fotsiny ihany raha ny nambaran’izy ireo ka telo notanana teny amin’ny «Groupement de la gendarmerie» Antanimenakely fa ny iray kosa nohidina «violon» avy hatrany teny Andranomadio.

 

Ny roalahy dia natao enquête ny 23 octobre 2014 ; Vonjy sy Haja ; Ny roa kosa dia natao ny 24 octobre nanomboka maraina ka hatramin’ny hariva.

 

Marihinay mazava fa, efa nanambara ny marina  hatramin’ny voalohany izahay izay niasa tamin’ny 12 octobre 2014 fa olona malagasy mainty fiodirana, lava ranjanana sy nofosana ary miteny malagasy madio tsy miakanakana na misy fangarony no tonga naka entana teo amin’ny TARMAC sy niresaka tamin’ilay mpanamory efa antitra sy osa izay nambaranay  fa any olona nivoaka tamin’ilay fiara manidina araka ny zava-misy marina natrehanay ; tamin’ny teny Anglais moa no nifempiresahan’izy ireo.

 

Tamin’io andro nanaovana enquête io ihany koa dia marihiko (NIAINA) fa nisy fotoana efa nasehon’ireo mpanao famotorana ahy ny sarin’i Mr Jean Marc Koumba ka nolaviko fa tsy io no olona naka ilay entana satria izay no marina.

 

Rehefa nandroso ny fotoana, dia nisy manam-bononahitra avy any Antananarivo tonga tany Antsirabe (lehiben’ny CIRGN) sy lehilahy iray manao palitao sy velondrirana  izany hoe olo manan-kaja raha ny fiheverako azy ary nampiantso ahy manokana tao amina birao kely mitokana (NIAINA). Nilaza tamiko izy ireo fa tsy misy dikany aminy ny aiko ary tena ho amboariny  raha toa ka tsy manondro ilay olona izay alain’ilay élément ho irahiny ; Ary izaho aza tamin’izay dia mbola niangavy azy nanao hoe : «Na izy na tsy izy ve tompoko dia tsimaintsy tondroiko». Ka novaliany sy ilay namany hoe : «Zay raha te ho avotra ny ain’ialahy». Maizina tamiko ny tany aman-danitra ka dia niaiky tsy satry ka rehefa tonga i Mr Jean Marc Koumba dia tsimaintsy nanondro.

 

Izaho (VONJY) efa vita enquête ary efa nihidy tany amin’ny violon Andranomadio dia nalaina indray ka nampidirina tao amin’ilay trano tsy mirehitra jiro ary andro diva efa maizina ka nanontaniana hoe : «Io ilay olona naka entana» ary namaly aho hoe tsy izy tompoko » ka nibetroka ireo manam-pahefana maromaro tao hoe : «Ekeo hoe izy io» nefa mbola nanda ny tenako ka tamin’izany no nanomboka ny tehamaina sy daka ary nolazaina fa ho tofiriny fa tsy misy dikany ainy na maty. Ko dia nanaiky tsy fidiny.

 

Marihinay fa nandritra izany fotoana izany dia nandeha ny opa sy teny ratsy ary ny toerana nasaina nanondroanay ilay olona dia toerana izay tsy misy jiro ary ny fiheveranay azy dia mamo izy ireo satria nisy tavoahangy toaka (J&B) sy vera nisy toaka tao ary nisy nitana vera.

 

Rehefa izany dia noraisina an-tsoratra indray izany ; nandritra ireo fotoana rehetra ireo dia efa tsy tompon’ny tenanay intsony izahay satria ny fikorontanan-tsaina sy ny tahotra no nibahantoerana satria tsy mba nisy na dia olona hankahery ny tenanay ; Tsy mba nisy afaka na dia hiantso ny fianakaviana aza ary na nisy tonga aza dia tsy afaka niresaka.

RAKOTOARISOA Vonjy

RAKOTONIAINA Solofo Jean Désiré 

 

 

Maison centrale d’Antsiranana, le 27 Novembre 2014

 

Mesdames, Messieurs,

 

Le jeudi 23 octobre, les forces de l’ordre sont venues sur notre lieu de travail à l’aérodrome d’Antsirabe et nous ont prié de les suivre pour une enquête de routine, nous ont-ils dit. Trois d’entre nous ont été emmenés au «Groupement de la Gendarmerie» d’Antanimenakely et l’un directement interné au «violon» d’Andranomadio.

 

Deux,  Vonjy et Haja, ont été enquêtés le 23 octobre 2014, les autres l’ont été le 24 octobre et cela du matin jusqu’au soir.

 

Nous soulignons que ceux d’entre nous en service le 12 octobre avaient déclaré, - et cela dès le début, au matin -, que l’individu qui avait réceptionné un colis sur le TARMAC et parlé au pilote, était noir de peau, grand, costaud et s’exprimait dans un malagasy parfait et sans accent. Lui et le pilote, déjà vieux et fatigué, avaient discuté en anglais. Nous avons vu et dit que ce colis appartenait à quelqu’un qui est descendu de l’avion.

 

Je précise également, moi, NIAINA, qu’en ce même jour de l’enquête, on m’avait déjà montré la photo de Mr Jean-Marc Koumba, et j’avais répondu que ce n’était pas la personne qui a réceptionné le colis car c’était simplement la vérité.

 

Plus tard dans la journée, des personnalités sont arrivées à Antsirabe, venant d’Antananarivo,  un officier (le chef de la CIRGN) et un homme en manteau et costume, sans doute un homme important me suis-je dit. Ils ont demandé à me parler (moi, NIAINA) en tête-à-tête dans un petit bureau à l’écart. Ils m’ont déclaré que ma vie ne valait rien pour eux et qu’ils allaient vraiment s’occuper de moi si je ne désignais pas la personne que leurs éléments allaient ramener. A ce moment là, j’ai encore essayé de les supplier : «Que ce soit la bonne personne ou non, suis-je obligé de dire que c’est elle ?». Et ils me répondirent : «C’est cela, si tu veux sauver ta peau !». Le ciel s’est obscurci pour moi et j’ai dû accepter sans le vouloir. Quand  Mr Jean-Marc Koumba est arrivé, j’ai dû le désigner.

 

Moi (VONJY), quand l’enquête fût finie et alors que j’étais déjà au violon d’Andranomadio, on m’a de nouveau fait venir. On m’a fait entrer dans une pièce où la lumière ne s’allumait pas et comme c’était déjà le crépuscule, il faisait sombre. Et on m’a posé la question : «C’est la personne qui a pris le colis ?» Et j’ai répondu : «Non, monsieur, ce n’est pas lui !». Plusieurs hauts responsables se mirent à vociférer : «Dis que c’est lui !». Comme je continuais mes dénégations, les gifles et les coups de pieds ont commencé à tomber et on m’avertit qu’on allait me tirer dessus, que même si je mourrais, ma vie n’avait aucune espèce d’importance. Je me suis résigné à acquiescer.

 

Nous soulignons que pendant ce laps de temps, les insultes pleuvaient. L’endroit d’où ils nous ont montré la personne était sans lumière et, à notre avis, ils étaient soûls parce qu’il y avait des bouteilles de whisky (J&B) et des verres d’alcool, et certains d’entre eux tenaient des verres.

 

Après cela, on a pris de nouveau nos dépositions par écrit. Pendant tout ce temps, nous n’étions plus maîtres de nous-mêmes. C’est la peur et l’angoisse qui nous taraudaient et occupaient nos esprits car nous n’avons pu nous appuyer sur personne. Nous n’avons même pas pu appeler nos familles, et quand elles se sont déplacées, elles n’ont pas obtenu l’autorisation de nous parler.

 

RAKOTOARISOA Vonjy

RAKOTONIAINA Solofo Jean Désiré  (Niaina) 

 

Alain Rajaonarivony

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 00:07

 

 

Le dimanche 23 novembre, Lila Koumba Randriambololona a enfin pu prendre l’avion pour Diego-Suarez afin d’y visiter son mari Jean-Marc, incarcéré à la prison de Diego-Suarez depuis un mois avec 4 agents de l’ACM (Aviation civile de Madagascar) d’Antsirabe.

 

Ils avaient été arrêtés le 24 octobre pour leur «complicité» présumée dans le retour au pays de l’ancien président Marc Ravalomanana, qui aurait atterri discrètement sur l’aéroport d’Antsirabe le 12 octobre 2014 sans avoir l’aval officiel du pouvoir en place.

 

Après un interrogatoire musclé mené par le colonel Florens Rakotomahanina à la gendarmerie d’Antsirabe, ils seront transférés à Antananarivo où ils resteront 3 jours en détention. Quand le 29 octobre, cet officier dégagera la responsabilité de la gendarmerie pour la suite dans une conférence de presse, les prévenus étaient déjà en train d’être convoyés vers Diego-Suarez, à l’extrême-nord du pays, où ils arriveront après 2 jours de route.

 

Le 31 octobre, vers midi, Lila Koumba sera avertie par un diplomate allemand, que son mari (qui dispose de la nationalité allemande) va passer en jugement dans la journée. Ne trouvant pas de vol régulier pour rallier Diego-Suarez à cette heure, elle loue un avion-taxi à la compagnie GS Aviation pour elle, sa secrétaire et son avocat. De 14 heures à 17 heures30, ils attendront l’autorisation de décoller. En temps normal, une notification est délivrée au pilote en un quart d’heure par l’ACM, mais elle n’arrivera jamais. L’avion restera cloué sur le tarmac. Jean-Marc Koumba sera présenté au parquet en pleine nuit et sans la présence de son avocat. Quand cet épisode sera connu de l’opinion, pour sauver les apparences et accréditer l’image d’un état de droit, le secrétaire général du ministère de la justice, Charles Andriamiseza affirmera que l’ACM avait bien délivré une autorisation de vol. Ce qui entraînera une réponse cinglante de Lila Koumba via son compte Facebook où elle donnera les détails de cette journée et terminera par «Aurait-on besoin de témoins là aussi ? Car il y en a eu, et non des moindres…».

 

L’A.C.M. continuera de se prendre les pieds dans le tapis, car après avoir annoncé qu’elle n’était pas plaignante dans ce procès, le pouvoir lui plantera le couteau dans le dos en affirmant le contraire par la voix du même secrétaire général de la justice. Le ministre des Transports tentera ensuite de minimiser le rôle de cette organisation dans cet imbroglio en précisant que «les attributions de l’ACM sont purement techniques» et que dans cette affaire «politique», «seule la justice est habilitée à trancher».

 

Tous ces faux-fuyants et incohérences des représentants de l’Etat n’ont en fait qu’un seul objectif : cacher un désastre sur le plan juridique et des Droits de l’homme. Car les dossiers des 5 prévenus, à savoir :

- Jean-Marc Koumba,

- Solofo Désiré Rakotoniaina,
- Vonjy Rakotoarisoa,
- Mamy Randriamihaja,
- Mahery Rafanomezantsoa,

respectivement ancien chef des gardes-de-corps du président Marc Ravalomanana, et employés de l’ACM d’Antsirabe en qualité de gardiens et d’agents d’aérodrome, sont vides.

 

L’accusation repose sur 2 témoins dont les noms n’ont pas été rendus publics par les «enquêteurs» et qui auraient affirmé que Jean-Marc Koumba était au bord de la piste, en train d’attendre l’avion du président Ravalomanana le 12 octobre. Ces 2 témoins sont en réalité… les 2 employés de l’ACM en service ce jour là. Comme ils sont co-détenus avec Jean-Marc Koumba, ils sont venus le voir en pleurant pour demander pardon. Ils ont été «tabassés» disent-ils et «ont eu peur». On les aurait obligé à donner son nom. Maintenant, ils sont prêts à revenir sur ces aveux extorqués. Ils en ont d’ailleurs parlé à l’avocat de l’ex-bodyguard qui a entamé la procédure, contrecarrée pour l’instant par le tribunal d’Antananarivo, pour prendre en compte ces déclarations.

 

Deux jours après l’arrivée des 5 déportés, l’ancien président, en résidence surveillée dans la même ville apprend la présence de son ancien garde-de-corps et s’indigne : «Il n’a rien à voir avec tout cela ! Relâchez-le ! Cela ne se fait pas de mettre des innocents en prison !» Sur ce, il refuse la confrontation prévue sans la présence de son avocat. Les enquêteurs n’oseront l’y contraindre, sachant sans doute qu’ils ont déjà largement outrepassé la loi. La procédure est donc arrêtée. Et depuis, plus rien… Cela fait plus d’un mois que 5 pères de famille sont en prison sans motif, puisque la personne dont ils sont sensés être «complices» n’est même pas enquêtée, ni inculpée.

 

Jean-Marc Koumba a perdu 15 kilos à cause de sa grève de la faim de 8 jours et la mauvaise alimentation de la prison, mais comme il est parti avec 105 kilos de muscles, il garde le moral. Il a dû se faire arracher une dent qui aurait pu être soignée et a contracté une maladie de peau, due à l’insalubrité des lieux. La prison de Diego-Suarez, ce n’est ni l’Amirauté, ni un hôtel 5 étoiles. Ses compagnons d’infortune sont aussi mal en point physiquement mais semblent tenir le coup psychiquement. D’où leur volonté d’ailleurs de revenir sur ces aveux forcés. Il est plus facile de terroriser quatre petits employés de l’ACM qu’un ancien champion du monde de kick-boxing. Le lendemain de l’arrestation de son mari, Lila Koumba est passée aussi par la case gendarmerie et a subi près de 3 heures d’interrogatoire. Elle a attesté  des pressions pour lui faire avouer que son époux était absent le 12 octobre. Or, ce jour-là, elle était souffrante et Jean-Marc était resté auprès d’elle. Un quinzaine de personnes peuvent en témoigner, dont 2 diplomates tenus pour l’instant au devoir de réserve mais qui pourraient le confirmer le moment venu.

 

Entre autres suggestions faites aux inculpés, l’ancien président leur aurait donnés de fortes sommes. Seuls 2 employés de l’ACM étaient de faction ce jour-là à l’aérodrome d’Antsirabe. Concernant les 2 autres, l’un était à l’église (oui, on était dimanche), l’autre, semble-t-il, assistait à un évènement familial. Pourquoi ont-ils été arrêtés ? Mystère, peut-être pour le fun…

 

Pour l’instant, les autorités jouent la montre et attendent tranquillement les vacances judiciaires prévues pour le 15 décembre. Jean-Marc Koumba craint même que le pouvoir n’ait la tentation de l’expulser pour étouffer ce fiasco judiciaire et éviter que cela ne débouche sur un scandale. «L’état de droit» en prendrait un sale coup…

 

Le chef de l’état actuel a manifestement été dépassé par les extrémistes de son camp dans la gestion du retour de l’ancien président. Il redorerait son blason en faisant libérer immédiatement les 5 pères de familles, devenus des otages dans un conflit politique qui les dépasse largement et où ils sont des dégâts collatéraux sans importance pour ceux qui veulent à tout prix atteindre Marc Ravalomanana.

 

DSCF2271 Lila et Jean-Marc à la gare

 

Pour l’instant, le gouvernement, pour se défendre, a accusé Lila Koumba et son avocat de mensonges. Ce n’est, ni très digne, ni très courageux. Car, dans cette affaire, le mensonge est bien du côté de l’Etat. Et des voix commencent à s’élever, comme celle du député Rossy, ami de Jean-Marc Koumba, qui a interpellé le gouvernement à l’Assemblée nationale sur le motif de cette arrestation.

 

Hery Rajaonarimampianina veut jouer un rôle de premier plan dans la réconciliation nationale, aux côtés de la FFKM (Fédération des églises de Madagascar). Il a là une occasion en or de montrer qu’il détient effectivement le pouvoir… Mais s’il laisse perdurer cette situation, cette affaire se  retournera contre lui et il perdra toute crédibilité.

 

Photo : Mai 2005, Jean-Marc Koumba vient d'être expulsé de Madagascar... En même temps que son job, il perdra une bonne partie de ses illusions... et de ses relations. Nous nous retrouverons en France où je l'attends, lui et son épouse Lila, sur le quai de la gare...

 

Alain Rajaonarivony

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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 23:11

 

 

Andriamatoa Filoha,

 

Raha nitafa tamin’ireo  mpanao gazety ny mpitondratenin’ny governemanta tamin’ny fihaonany farany teo dia nanatitratitra izy fa ianao izay Filoham-pirenena dia Raiamandreny tokoa ho an’ny mpiray tanindrazana, izany hoe:  olokendry sy matotra, mahazaka ny adidiny, tsy hitsinjo izay ho an’ny tenany fa izay mahasoa  ny be sy ny maro, indrindra fa ireo madinika sy ireo tsy nambinina  araka any toe-tsaina sy lalam-piainana izay lova iraisantsika rehetra. Noho izany no mahatonga ny tenako hanoratra ity taratasy ity.

 

Andriamatoa Filoha, misy toe-javatra  mitranga  amin’ny fianakaviana iray eto amintsika ka misarika fahasahiranana sy fijaliantsaina ho an’ireo mpianakavy izay iharan’izao toe-javatra izao:

 

Andriamatoa  Jean-Marc KOUMBA, raim-pianakaviana ary namana akaiky sy fantatro tsara tokoa, dia nalain’ny zandary tao an-tranony, any Antsirabe,  tamin’ny zoma 24 oktobra  tolakandro teo, ary teo imason’ireo zanany niara-nikarakara  sy nanondraka ny zaridaina teo antokotaniny. Nolazaina tamin’izy ireo fa tsy ho ela dia hiverina ny rainy fa misy resaka tsotra hifanaovana aminy (“enquête de routine”). Efa folo andro taoriana dia mbola miandry ireo ankizy! Ramatoa vadiny sy ny mpisolovava azy dia mbola tsy nampafatarina ny antony itazonana an’i Jean-Marc Koumba tsy hody any an-tranony. Ny Kolonely Florens Rakotomahanina izay tonga manokana avy any Antananarivo mba hitarika ny famotopotorana dia nilaza teo imason’ny mpanao gazety tamin’ny 29 oktobra fa ny zandarimaria dia tsy manan’andraikitra amin’izay fandehan’io raharaha io. Ny tompon’andraikitra politika sy ny ACM (Aviation Civile de Madagascar) izao no topo-teny eo imasom-bahoaka. 

 

Ataoko fa fantatrao tsara ny tohin’ny fisamborana an’Andriamatoa Jean-Marc KOUMBA: hatrami’izao, Ramatoa vadiny dia mbola tsy nahazo nihaona taminy. Nanantena izy fa ho afaka hanatrika ny fitsarana an’i Jean-Marc Koumba tany Antsiranana tamin’ny 31 oktobra teo: ny fiaramanidina izay tokony hitondra dia voasakan’ny ACM tsy nahazo niainga teny Ivato. Dia notsaraina tsy misy solombava nanampy azy i Jean-Marc Koumba, ary mbola voatana any am-ponja miaraka amin’ny olona efatra mpiasan’ny ACM. voasambotra tany Antsirabe.

 

Mino aho fa ianao no afaka hanazava sy hampiato izao toe-javatra  mitera-pasahiranana sy  fijaliana izao  ka mba tsy hisarika laza ratsy ho an’ny firenentsika toy ny tanin’ny tsy mahay miara-monina , tsy mitandro ny zo maha olona. 

 

Andriamatoa Filoha, Raiamandreny ary olona manam-pinoana ianao. Ny anaranao no ho voasoratra ao amin’ny tantaram-pirenena fa tsy ny an’ireo mpanolotsaina izay tsy voahositry ny safidim-bahoaka. Hoy ny Soratra Masina: “Ny rariny no ampandrian’ny mpanjaka ny tany”: tsy misy izay mahasakana  anao tsy hiara-mijoro amin’ ireo izay tandro sy ohatra ho an’i Afrika sy izao tontolo izao  ka  reharehan’ny fireneny. Na ianao hampizotra  ny firenena eo amin’ny lalan’ny fifampanajan’ny mpiara-monina sy ny fitsimbinana ny rariny sy ny fahamarinana toy ny nataon’i Nelson MANDELA tany Afrika atsimo : tsy ny basy aman-defona no handaminana ny fiainam-pirenena fa ny fahaiza-mifamela ka hialana amin’ny fisarahambazana tsy misy fetra. Na ny fitondrana mety ho voarebirebin’ireo izay mitady valifaty ka hisalasala lava tsy hiroso eo amin’izay mahasoa ny be sy ny maro: ny vahoaka anefa tsy hiandry lava …

 

Ho anao sy ho an’ny firenena, aza atao diso fanantenana ny Malagasy.

 

    Alain RAJAONARIVONY

 

 

Lettre ouverte à M. Le Président Hery Rajaonarimampianina

 

 

Monsieur Le Président,

 

Le porte-parole du gouvernement a récemment souligné, lors d’une rencontre avec les journalistes, qu’en tant que chef de l’état, vous étiez un raiamandreny. La sagesse, la pondération, l’esprit de responsabilité et la capacité à aller au-delà de ses propres intérêts pour protéger le plus grand nombre, et en particulier les plus faibles dont il a la charge, caractérisent ces personnes dans notre culture. Et c’est donc à ce titre que je m’adresse à vous.

 

Monsieur Le Président, vous pouvez intervenir pour mettre fin à une action injuste qui rend des familles malheureuses mais, par son retentissement, donne aussi une image de notre pays très biaisée, loin de notre réputation de tolérance et de respect de la dignité humaine.

 

Jean-Marc Koumba, un ami personnel et père de famille, a été interpellé par la Gendarmerie d’Antsirabe le vendredi 24 octobre dans l’après-midi, dans le cadre d’une « enquête de routine ». Il était en train d’arroser son jardin avec ses enfants et devait juste faire l’aller-retour du domicile à la gendarmerie. Plus de dix jours après, les enfants attendent toujours le retour de leur papa. Ni Lila Koumba, son épouse, ni leur avocat, ne savent quel est le motif exact de cette incarcération. Le colonel Florens Rakotomahanina, venu spécialement d’Antananarivo pour conduire l’audition du prévenu, a dégagé la responsabilité de la Gendarmerie pour la suite de cette affaire lors de sa conférence de presse du 29 octobre. Ce sont donc maintenant les autorités politiques et l’Aviation Civile de Madagascar (ACM), à la fois plaignante et actrice, qui sont en première ligne et sous le regard de l’opinion.

 

Vous savez sûrement que l’épouse de Jean-Marc Koumba n’a pas eu le droit de voir son mari depuis son arrestation. Que désirant assister à son procès qui s’est déroulé le 31 octobre à Diego-Suarez, à l’extrême-nord du pays, elle a vu l’avion qu’elle a affrété pour elle, sa secrétaire et son avocat bloqué sur le tarmac de l’aéroport d’Ivato car l’ACM leur a refusé l’autorisation de décoller. Jean-Marc Koumba s’est ainsi retrouvé au parquet sans avocat. C’est un déni de justice de plus, qui en suit d’autres, et une entorse à nos propres lois. Dans la même situation et la même cellule se trouvent aussi quatre employés de l’ACM arrêtés à Antsirabe.  

 

Monsieur le Président, vous êtes le Raiamandreny. L’histoire retiendra votre nom, pas celui de vos conseillers qui ne disposent pas comme vous de la légitimité élective. « Le trône s’affermit par la justice » dit la Bible. Soit vous rentrez dans l’histoire comme celui qui a su passer outre les contingences et les vicissitudes politiques et appliquer une vraie Haute Politique, comme l’a fait Nelson Mandela qui a su pardonner à ses propres bourreaux pour le salut de la nation sud-africaine. Vous serez alors un exemple car il faut plus de courage à appliquer la miséricorde et le droit qu’à utiliser la force pour régler les tensions dans un pays, et bien peu l’ont réussi. Soit, vous utiliserez comme beaucoup de chefs d’Etat la maxime « la fin justifie les moyens » et tout mettre sous la « raison d’Etat », quitte à emprisonner ou tuer des innocents, et vous serez maudit par les victimes. A un moment ou à un autre, la population réagira.

 

Vous êtes croyant, Monsieur le Président, et vous avez la capacité d’être cet exemple pour l’Afrique et le monde. Pour vous-même, pour votre pays, redonnez l’espoir aux Malagasy.

 

Votre dévoué

Alain Rajaonarivony

Journaliste, théologien et psychologue.

 

  Jean-Marc-Koumba-et-sa-famille.jpg

 

Photo : La famille Koumba : Jean-Marc, Lila et les enfants.

 

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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 00:13

 

0603sri-lank-rosewood-container.jpgRoger Kolo partait lui aussi avec un à-priori favorable mais, malgré son âge, n’a pas résisté à la tentation du copinage. L’opinion publique a été très étonnée de voir par exemple 3 membres de la Fédération de football, aux parcours lamentables, nommés ministres. Ils feraient partie de la «grande famille» du premier-ministre. Calculs et népotisme habituels ont effacé le message de «réconciliation», qui voulait s’inspirer de Nelson Mandela. En un mois, la crédibilité du nouveau pouvoir a été ruinée, et la population s’est souvenue que le nouveau président avait été soutenu et adoubé par Andry Rajoelina. Il serait donc normal que les sales affaires de la Transition continuent, des accaparements de terres (voir article précédent) aux trafics de Bois de rose, dont 34 containers d’une valeur de 12,8 millions de dollars ont été saisis au port de Mombassa, le 27 mai 2014. Et début juin, c’est Singapour qui intercepte 3000 tonnes de Bois de rose, un record puisque cela fait 5 fois plus qu’au Kenya (500 tonnes), quelques jours auparavant. Et pourtant Hery Rajaonarimampianina avait annoncé solennellement qu’il prendrait la tête de la lutte contre ce trafic (voir article : «Reconciliation ? Madagascar in the loop !»). Comme seule réaction, il annoncera que les bois saisis par les autorités des pays tiers seront vendus sur place après un appel d’offres car cela reviendrait trop cher de les rapatrier. On fait mieux comme combattant : aucune enquête, aucune arrestation n’a suivi ces prises spectaculaires. Sa ministre de la justice avait affirmé qu’elle manquait de preuves pour diligenter quoique ce soit malgré les noms avancés par l’ancien premier-ministre Omer Beriziky et la presse. Il reste à espérer que l’argent finira bien au Trésor Public malagasy et non dans un compte off-shore.

 

L’insécurité continue de plus belle, aussi bien dans les centres urbains qu’en brousse et pourrit la vie de la population. Mais le fait le plus préoccupant est le phénomène Dahalo, dans le Sud, qui a pris des proportions insoupçonnées. Les vendettas traditionnelles (cycles razzias-vengeances), comme celles entre les villages d’Andranondambo et Ambatotsivala ont fait des dizaines de morts depuis le début du mois de Mai. Les gendarmes lancés dans une opération baptisée «Coup d’arrêt» affirment avoir perdu 9 hommes dans les affrontements avec les Daholo disposant, selon les officiers, de Kalachnikovs et de fusils d’assaut chinois. Ces fameux «voleurs de zébus traditionnels» seraient aussi bien armés et entraînés que l’armée. Le 15 et 16 mai, une centaine de Dahalos ont attaqué le bourg de Fenaivo dans le district d’Amboasary-Sud. Des milliers d’habitants de la commune rurale ont dû s’enfuir et se réfugier dans les villages environnants. Mais dans le même district, à Besakao, les habitants accusent la gendarmerie de bavure. Ils ont diffusé une vidéo sur Internet, montrant les sévices et les vols qu’ils ont subis. On y voit aussi le corps d’un homme venant d’Esira et que les militaires auraient tué.  

 

Devant cette situation catastrophique, les députés, sous l’impulsion des élus du Sud, ont voté une résolution le 19 mai en proposant au gouvernement des mesures très pragmatiques : octroi de véhicules 4×4 pour les régions à risque, suspension de l’exportation des bovidés, suppression des Fiches Individuelles des Bovidés (FIB)... Une dizaine de jours après, ces parlementaires interpelleront durement le gouvernement. «Le président Hery Rajonarimampianana et le Premier-ministre Kolo Roger n’ont même pas pris la peine de descendre dans le Sud… » lâchera, ulcéré, l’un d’eux. Ils dénoncent en même temps la corruption des forces de l’ordre et de l’administration, qui favoriserait cette situation. Face à cette fronde, le Premier-ministre a pris la mesure de l’urgence et dès son retour d’un séjour familio-professionnel à Genève fin mai, s’est précipité à l’assemblée où il a promis de rénover… les logements de fonction des députés... Ce n’est que le 7 juin que Kolo se rendra à Tuléar pour remettre 16 véhicules 4x4 à la Gendarmerie. Il fera un Reset de l’opération «Coup d’arrêt», histoire de faire oublier les couacs et les bavures de la première phase, jetant ainsi la confusion chez les observateurs sur le début effectif de la campagne militaire.

 

Quand le 14 juin, le président descendra enfin sur le terrain, la population lui confirmera que ce sont des étrangers qui poussent les Dahalo à attaquer les villages car la zone est «riche en produits miniers». Ces personnes ont la malchance d’occuper des terres regorgeant d’uranium et d’autres minerais. C’est durant la Transition que l’insécurité s’est vraiment installée dans cette région. Cela arrangerait certains si les habitants avaient la bonne idée d’aller s’établir ailleurs (voir article : «Guerre des Dahalo et minerais stratégiques»).

 

Corruption et insécurité sont les deux mamelles de trafics juteux qui continuent de plus belle. Pour le Malagasy moyen, rien n’a changé avec l’avènement du nouveau pouvoir. «L’état de droit» se résume pour l’instant à «des tas de droits» pour les dirigeants. Aucun trafiquant de Bois de rose de haut vol n’a jamais était arrêté, les députés ne cherchent qu’à avoir toujours plus d’avantages et ne défendent aucune idéologie ou idéal, les ministres recrutent leurs familles sans tenir compte des compétences. L’«état de droit» se réduit à une singerie des mœurs des nations démocratiques et l’espoir suscité auprès des citoyens s’est évaporé comme la rosée au soleil.

 

Seule la communauté internationale s’ébaudit de cette «démocratie» qui permet d’effacer le coup d’état de 2009 (et son ingérence) à l’image de l'une des observatrices de la mission européenne, Françoise Castex. Cette députée PS dont la carrière est au point mort, et plus spécialisée dans la défense des droits d’auteur que dans les coups d’état exotiques, avait  osé affirmer que «rien ne permet…de dire…que le scrutin a été faussé». Et cela malgré toutes les contestations et les preuves apportées sur les fraudes ayant entaché les Présidentielles. Depuis, la réalité de la situation s’est imposée et les analystes parlent maintenant d’un «apaisement de façade».

 

La Constitution de la IVème république, adoptée dans la triche (voir articles : «Laissez respirer les enfants !» et «Demain sera un autre jour…»), prévoit le statut d’un parti d’opposition (article 14, article 78b). Mais personne ne veut l’incarner malgré les noms d’oiseaux échangés pendant la campagne électorale et après. C’est normal, la notion de République n’a finalement jamais été assimilée dans la culture malgache et ce d’autant moins que celle qui en faisait la promotion, la France, l’a souvent manipulée dans le sens de ses intérêts. Ce sont les autorités coloniales qui ont introduit les premières fraudes lors des élections pour éliminer «démocratiquement» les nationalistes. Seules ces perversions du système ont été retenues !

 

Députés sommeillants 10352382 10203119723292903 570090151La nouvelle assemblée nationale aurait beaucoup de mal à redorer le blason de la République. La députée Jocelyne Rahelihanta a accusé nommément devant les médias son collègue Laisoa Jean Pierre  comme trafiquant de bois de rose notoire. On y trouve aussi des pédophiles déjà condamnés comme Jao Jean que Nadine Ramaroson avait justement dénoncé (voir la lettre de Nadine dans : «28 août : Nadine»). Les parlementaires ont exigé des passeports diplomatiques, pour eux et leurs familles. Les analystes soupçonnent quelques arrière-pensées de se livrer à diverses activités lucratives mais illégales impunément. Il n’y aurait aucune raison de réserver le trafic d’or ou de pierres précieuses aux membres de l’exécutif.

 

Début juin 2014, les députés ont déjà menacé le gouvernement d’une motion de censure, officiellement parce que ce dernier n’arrive pas à remettre de l’ordre dans la situation chaotique prévalant dans le Sud, où les morts se comptent par dizaines et les déplacés par milliers. Officieusement, cette motion, qui a recueilli 109 signatures sur 151, y compris parmi les élus ayant affiché leur soutien au président, serait retirée si l’exécutif renonce à les contraindre de déclarer leur patrimoine conformément à la loi. Finalement, le 3 juin, Roger Kolo est revenu dare-dare à l’Assemblée et un «compromis» a été trouvé avec l’exécutif. Le salaire de chaque député est porté à plus de 5 millions d’Ariary par mois, plus 5 autres millions d’indemnités diverses. Cela fait à peu près 166 fois le SMIC local. Mais les députés sont encore en négociation pour avoir des Toyota 4x4 V8 chacun et pour être exonérés d’impôts. Un Premier-ministre qui s’enferme à huit-clos avec des députés à la Chambre basse pour négocier des compensations financières en échange du retrait d’une motion de censure, cela s’appelle de la corruption active dans une vraie démocratie.

 

La tradition républicaine est tellement peu ancrée dans l’esprit de ces dirigeants que le nouveau président a pompé son discours d’investiture sur celui de Nicolas Sarkozy, et le premier-ministre, son PGE (Programme Général de l’Etat) sur le SNRD (Stratégie Nationale de Relance du Développement), un document du PNUD. Ce dernier a présenté son Programme en français, devant des députés médusés, dont certains ont avoué ne pas comprendre correctement cette langue. Des parlementaires n’ont parfois que le niveau du collège. Ce faux pas du Premier-ministre (un véritable «acte manqué») montre bien que les responsables étatiques Gasy se sentent plus redevables à leurs sponsors, les bailleurs de fonds internationaux (et euh…nationaux), que devant les 22 millions de Babakoto*. Le seul terme technique que tout le monde doit saisir, c’est «commission», que ce soit dans le sens de «commission parlementaire» où l’on se bouscule pour les indemnités, ou dans ses autres significations. On échange les liasses de billets jusque dans les toilettes de l’Assemblée.

 

Dans ces conditions, quelles idées républicaines auraient pu être intégrées? La France a été le meilleur procureur contre la République dans la Grande Ile en trahissant ses propres idéaux. Dans la crise de 2009, elle s’était empêtrée dans la défense de ses intérêts économiques et diplomatiques. L’attitude des Etats-Unis d’Amérique a été nettement plus cohérente que la sienne. La victoire du Front national (extrême-droite xénophobe), devenu première force politique depuis les élections européennes du 25 mai 2014 (25% des voix contre 20,80% pour l’UMP et 14% pour le PS) ne contribuera pas à rendre plus attractif le modèle hexagonal pour ses anciennes colonies d’Afrique. Elle est due à l’inconséquence et la corruption des élites politiques françaises. L’idée de démissionner a frôlé François Hollande à l’annonce des résultats, et des personnalités comme le centriste François Bayrou considère qu’il pourrait ne pas terminer son mandat.  

 

La même chose guette Hery Rajaonarimampianina. La caricature de république qui existe dans la Grande Ile est moins semi-parlementaire que semi-féodale. Il n’y a pas d’opposition, même si son statut est protégé par la loi, car les «politiciens» préfèrent deviser à la Cour qu’avec les gueux des bas-quartiers. Les seuls qui s’en réclament sont ceux qui n’ont pas été élus car le représentant de l’opposition bénéficiera automatiquement du titre de député et de vice-président de l’assemblée. Bref, tant que princes et rois pourront se servir, tout ira bien, il n’y aura pas de vagues pour le pouvoir. Jusqu’à ce que la plèbe se révolte dans la rue… Ainsi chemine la Ripouxblique de Madagasikara !…

 

 

Alain Rajaonarivony

 

Babakoto : «petits singes» (prononcez «babakoutou»). Depuis que le conseiller d’Andry Rajoelina, Patrick Leloup, a utilisé ce terme pour qualifier les Malagasy dans un enregistrement audio, tout le monde l’utilise désormais par auto-dérision.

 

Photo1 : Avant Mombassa et Singapour, c'est le Sri-Lanka qui avait intercepté des containers de Bois de rose en provenance de Madagascar en avril 2014. Douaniers sri-lankais inspectant un des containers...

Photo2 : Députés malagasy luttant contre le sommeil durant une session. Une des photos qui ont fait le tour du Net et provoqué la colère des intéressés...

 


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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 16:11

 

 

Hery Rajaonarimampianina s’est envolé pour Israël le 5 juin afin d’y effectuer une visite officielle de quelques jours où volets économiques et militaires sont au programme. Celui-ci a débuté dès le lendemain, 6 juin, par l’inauguration de la Chambre de commerce israélo-malgache à Tel-Aviv. Mais la visite des lieux saints est également prévue, y compris sans doute le Mur des lamentations, comme c’est l’habitude maintenant pour les dirigeants malagasy. Andry Rajoelina et Ny Hasina Andriamanjato (le Maire désigné d’Antananarivo) n’ont pas manqué cette étape lors de leur périple dans l’état hébreu, et c’était moins des escapades touristiques qu’un pèlerinage spirituel, voire une quête mystique. Ce n’est peut-être pas par hasard que ce voyage tombe à la Pentecôte. Le lieu et le moment étant propices, le président de la Grande Ile pourra peut-être y cogiter sur ce que subissent ses compatriotes, eux qui n’ont pas besoin d’aller jusqu’en Terre Sainte pour se lamenter et en appeler à Dieu de les sauver de l’arbitraire et de la force brutale.

 

Bulldozer Filatex Photo MM JpegCe matin du 19 mai, les habitants du quartier pauvre d’Ankadimbahoaka Andrefana, situé dans la capitale s’étaient calfeutrés chez eux, en entendant les militaires et l’huissier. Les grenades lacrymogènes finiront par les faire sortir. Femmes, enfants et vieillards étaient en nombre. Aussitôt, le bulldozer entrera en action pour raser leurs maisons, qui tenaient plus des favelas de Rio que des villas de Hollywood. Plusieurs de ces familles occupaient ces terrains depuis des dizaines d’années et n’avaient pas été prévenues de leur expulsion. L’action était si violente et si soudaine qu’ils n’ont pas eu le temps de ramasser leurs affaires. Est-ce vraiment l’émanation de «l’état de droit», qui était le leitmotiv, avec «la réconciliation», du nouveau président Hery Rajaonarimampianina durant sa campagne? En tout cas, le verset biblique, «On donne à celui qui a, mais à celui qui n’a pas, on lui enlèvera même ce qu’il croit avoir» (Luc 8 :18), a été appliquée de manière particulière mais à la lettre. Près d’une centaine de familles se sont retrouvées du jour au lendemain avec le statut peu enviable mais de plus en plus répandu à Antananarivo, de SDF.

 

Les terres occupées par ces citoyens malagasy ont été octroyés au groupe Filatex, dirigé par le richissime clan de l’homme d’affaires karana Abdoul Rassoul, dont ce n’est pas le premier litige foncier à Antananarivo. Entre autres, en juillet 2012, cette société avait déjà défrayée la chronique par un remblayage illicite à grande échelle dans la plaine d’Antananarivo. Le PDS (maire désigné) Edgar Razavifindravahy et le ministre chargé de l’Aménagement du territoire d’alors, Hajo Andrianainarivelo, s’étaient renvoyés la balle. En fait, en recoupant les deux versions, les observateurs sont arrivés logiquement à la conclusion que c’est le ministère qui a vendu le terrain et la Mairie donné l'autorisation de remblaiement. Des parcelles appartenant initialement à la Seimad (société étatique chargée normalement de la construction d’habitats sociaux) ont été souvent citées dans ces types de conflits.

 

Du Mapar d’Andry Rajoelina au Docteur Robinson en passant par l’ancien président Albert Zafy et les réseaux sociaux, ce fut une levée de bouclier générale. Le scandale fut tel, que personne n’a voulu endosser la moindre responsabilité dans cette nouvelle affaire. En panique, le conseil des ministres du 28 mai sortira une décision qui contredira celle du conseil de gouvernement du 27 mai. Ce dernier approuvait «la démolition de maisons d’habitations à Ankadimbahoaka construites sur la propriété dite «SITARA» Titre n°59.089-A acquise par la Société Filatex…». Mais la «communication» du conseil des ministres «relative à l’expulsion et à la démolition de maisons d’habitation à Ankadimbahoaka» en prend le contre-pied : «Pour la préservation du bien-être de la population, l'Etat a suspendu toutes procédures de démolitions et d'expulsions relatives à cette affaire, jusqu'à ce que les ambigüités entourant ce dossier soient éclaircies. Notons qu'il s'agit d'un différend entre des particuliers et qui n'implique en rien l'Administration». La dernière phrase est bien sûr juste destinée à protéger le pouvoir.

 

Olga et une mère de famille en pleurs DSCF1593

 

Les citoyens expropriés ont interpellé le gouvernement, et en particulier la nouvelle ministre de la Population, et rappelé que Nadine Ramaroson ou sa tante Olga, qui avait repris le poste après l’assassinat de cette dernière (voir article : «28 août : Nadine») les auraient défendus. Las ! Olga  Ramaroson a été débarquée malgré la promesse présidentielle qui lui aurait été faite de la garder à son poste pour son travail remarquable. Les pauvres n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Ce ministère étrenné par Nadine n’est plus que l’ombre de lui-même et accumule les accusations de népotisme et de mauvaise gestion de l’aide.

 

Hery Rajaonarimampianana a donc trébuché sur la dernière marche. Il avait pourtant accompli l’essentiel, bataillant pendant près de 3 mois contre Andry Rajoelina et son Mapar (voir article : «Madagascar : Des ordures de politiques») et avait réussi à imposer Kolo Roger comme premier-ministre le 18 avril. C’est ce dernier qui s’est désisté en sa faveur aux Présidentielles.

 

Avec ses 70 ans et son cursus bien rempli de médecin, Kolo faisait figure de vieux sage, le fameux «raiamandreny» qui traîne dans l’imaginaire des Malagasy. De plus, le message de réconciliation était très porteur et fédérait la plus grande partie de la population. La formation d’un vrai gouvernement qui symbolisait cette idée forte devait couronner l’édifice et mettre définitivement Hery Rajoanarimampianina à l’abri de mauvaises surprises…

 

(A suivre…)

 

Alain Rajaonarivony

 

Puisque le moment s’y prête, notons que l’Ancien Testament donne des indications précises concernant la possession de la terre et les avertissements sont nombreux. Tout accaparement et détournement sont prohibés pour les Israélites sous peine de malédiction, en particulier si les terres appartiennent aux plus faibles qui ne peuvent se défendre :

 

- «Ne déplace pas la borne ancienne, que tes pères ont posée…» Proverbes 22 :28

- «Tu ne reculeras point les bornes de ton prochain, posées par tes ancêtres, dans l'héritage que tu auras au pays dont l'Eternel, ton Dieu, te donne la possession» Deutéronome 19:14

- «Maudit soit celui qui déplace les bornes de son prochain!» Deutéronome 27:7
-
«Ne déplace pas la borne ancienne, Et n'entre pas dans le champ des orphelins» Proverbes 23 :10.

 

Les Malagasy sont aussi évidemment profondément croyants et certains croient même qu’ils ont des origines hébraïques….

 

Photo 1 : Le bulldozer en action le 19 mai 2014 pour détruire les maisons de citoyens malagasy. Les journalistes n’étaient pas les bienvenus, et les sites d'infos ont passé cette seule photo (publiée à l’origine, je crois, par Midi Madagasikara. Merci en tout cas à l’auteur !).

Photo 2 : Expulsion à Antohomadinika, après la démolition d'habitations, dans la banlieue d'Antananarivo en décembre 2011. La ministre de la Population, Olga Ramaroson, était alors au milieu des sinistrés en pleurs…

 

 


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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 00:00

 

 

«Une source fait-elle jaillir par la même ouverture de l’eau douce et de l’eau amère ?»**

Le questionnement de l’apôtre Jacques recadrant brutalement les chrétiens ayant tendance à appliquer un double standard pourrait être repris aisément par les analystes de la crise malgache qui essaieraient de suivre l’évolution des positions politiques ces trois derniers mois. Ce serait d’autant plus pertinent que les politiciens de la Grande Ile, toutes idéologies confondues, ont tendance à embarquer Dieu avec eux, citant à tout va des versets bibliques, ou s’affichant dans les évènements cultuels. L’apôtre prévient ses ouailles qu’avec un comportement qui contredit leurs discours, ils aboutissent  à discréditer le Seigneur qu’ils prétendent servir et sèment le chaos dans leurs assemblées. Cela fait bientôt 3 mois que le nouveau président sensé ramener l’état de droit bataille contre le double langage de ses «ex-amis» qui le traite de «traître», et de ses «anciens ennemis», devenus de fait parfois ses alliés.

 

Elu officiellement président depuis le 17 janvier avec 53,49% des voix, Hery Rajaonarimampianina voit son investiture le 25 janvier saluée par une grenade lancée dans la foule le soir même. Cet attentat coûtera la vie à 3 personnes, dont 2 enfants et fit plusieurs blessés graves. Un avertissement de la part de qui?

 

Le 29 mars 2014, jour de la commémoration du massacre des Malagasy patriotes par les colonialistes français, Le Mapar (voir article : «Madagascar : Des ordures de politiques») regroupant les partisans d’Andry Rajoelina organise des manifestations. Bien que ces militants ne soient qu’une poignée, les accusations de «dictature» et de «traîtrise» contre le chef de l’état ont bien fusé. La présidence a réagi contre ces «comportements honteux» qui ont sali «la mémoire de nos martyrs».

 

Hery et FabiusToujours est-il que début avril, Hery Rajaonarimampianina s’est envolé pour Bruxelles, sans avoir pu nommer un nouveau Premier-ministre. Omer Beriziky joue donc les prolongations avec son gouvernement. Quelques semaines auparavant, le président était aux Etats-Unis, et a rencontré, entre autres, les responsables de la Banque Mondiale et du FMI, qui ont entériné la normalisation de la collaboration avec la Grande Ile. Sur le chemin du retour, il s’est arrêté à Paris, et a reçu le 20 mars le ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius à la résidence de Madagascar. Le nouveau chef de l’état peut au moins se consoler d’une reconnaissance certaine et sans failles sur le plan international. Le 1er avril, le sous-secrétaire d’état aux Affaires africaines américain, Robert Jackson, était à Antananarivo. Ses déclarations étaient sans ambiguïté : «Ce n’est pas un accident si je viens à Madagascar tout de suite après la visite du président Hery Rajaonarimampianina aux Etats-Unis… Le moment est venu pour rétablir la relation qui s’est dégradée ces cinq dernières années». Les pays partenaires ont hâte de tourner la page afin de reprendre les affaires. Madagascar regorge d’énormes potentialités dont, pour l’instant, seul le peuple malagasy ne profite pas.

 

Mais le nouveau président pourra emporter l’adhésion de toute la population s’il arrive à concrétiser ce qui semble être son leitmotiv : la Réconciliation. Il l’a répété sur tous les tons, aussi bien dans les tribunes internationales qu’au pays et a même souligné, dès le premier conseil des ministres, le 29 janvier, que c’était «non négociable». Cela n’a pas plu à l’aile dure issue du coup d’état de 2009, qui l’a soutenu lors de sa campagne électorale, où Hery Rajaonarimampianina avait pourtant bien parlé de sa volonté de réconciliation. Mais comme Andry Rajoelina, qui s’affichait comme son mentor, disait exactement le contraire, ses propos sont restés inaudibles. Ses premières mesures cueilleront donc l’opinion par surprise. Lors de ce premier conseil, il fera dissoudre les FIS (Forces d’intervention spéciale) et la DST (sécurité du territoire), organes de répression directement rattachés à l’ancienne présidence. Certes, c’était une revendication ancienne de la communauté internationale, principal bailleur de fonds des élections, au nom des Droits de l’homme. Mais le symbole était quand même très fort. Il mettra aussi le holà à l’accaparement des terres en interdisant toute vente des terrains de l’Etat.

 

Une semaine après, il récidivera en déclarant qu’ «il est inadmissible que des stocks de bois de rose  saisis, ayant déjà fait l’objet de décomptes, soient encore pillés et qu’il est également inadmissible que des coupes de bois de rose continuent à sévir jusqu’à actuellement». Il annonce dans la foulée qu’il va personnellement «diriger ce combat contre les trafics de bois de rose». Or, tout le monde sait depuis longtemps que plusieurs barons de la Transition sont mouillés jusqu’au cou dans ce commerce maffieux.

 

Toutes ces mesures lui ont valu la haine de ses anciens alliés et la sympathie des opposants. On a donc assisté à un basculement de la sémantique et aussi des alliances. Ceux qui l’ont encensé le vouent désormais aux gémonies et inversement. Le Docteur Robinson, son ancien challenger, se dit prêt à collaborer avec le pouvoir. Même Marc Ravalomanana fait preuve d’une large compréhension.

 

Mais les vrais démocrates apprécient surtout les efforts du nouveau président d’aller vers l’état de droit, quand bien même il n’aurait pas été leur candidat préféré aux Présidentielles. Il reste à espérer que toutes ces résolutions ne demeurent pas au stade des mots. Une autre métaphore biblique, dans ce cadre, est aussi bien appropriée : «On voit l’arbre à ses fruits». Les citoyens attendent la mise en œuvre de cette réconciliation dans les faits et le nouveau président n’aura pas, lui non plus, droit à l’erreur (voir article : «Vérité et réconciliation : Robinson n’aura pas droit à l’erreur»). Réconcilier, c’est rassembler, et c’est l’exact contraire de la devise des colonialistes : «Diviser pour mieux régner». Le 22 mars, lors du congrès de son parti, le vieil amiral Didier Ratsiraka lui-même demandera pardon au peuple malagasy tout en conseillant amicalement au chef de l’état : «Si vous voulez durer, du moins deux mandats, réconciliez les Malgaches». C’est la vraie clé qui permettra à Madagascar, où la vengeance succède trop souvent à la violence, d’être libéré de ses vieux démons, de retrouver la stabilité et de redécoller économiquement.

 

*To be in the Loop, littéralement «être dans la boucle», signifie en anglais «être dans le coup» ou «être au courant», en référence aux difficultés de communication. Cette expression pour les pilotes a aussi un sens spécifique : être engagé dans des combats aériens tournoyants, très rapides et dangereux. Les 2 sens s’appliquent pour Hery Rajaonarimampianina qui tente d’imposer la «réconciliation» comme un fait incontournable en en faisant mention en toute occasion. Mais ce sera aussi son combat, où il devra déterminer très vite qui sont «amis» et «ennemis».

** Livre de Jacques 3 : 11

 

Photo : Le président malagasy avec Laurent Fabius, à Paris

 

Alain Rajaonarivony

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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 00:20

 

 

- «Vous êtes allé voter ?»

- «Oui, mais il n’en sortira rien. «Ils» vont faire en sorte que les deux candidats aient des scores très proches, et dire ensuite qu’il y a eu tellement de fraudes qu’il est impossible de les départager. Cela servira de prétexte pour annuler les élections afin d’éviter une guerre civile…»

Ce dialogue s’est tenu le 20 décembre 2013, le jour même du second tour des Présidentielles. Et comme cette source était la même que celle qui m’avait annoncé la veille du 7 février 2009 qu’il y aurait un bain de sang le lendemain, et que je n’y avais pas cru à l’époque, j’ai été très attentif (voir article : «Massacre du 7 février : Le témoignage qui disculperait Marc Ravalomanana »). En analysant le déroulement des évènements, effectivement, jusqu’à présent, tout se déroule comme prévu.

 

Dès le soir du 20 décembre, la Télévision Nationale (la TVM) s’est mise à égrener les résultats en commençant par des bureaux de vote situés au fin fond des provinces réputées acquises à Hery Rajaonarimampianina, le candidat du pouvoir. Des bureaux de la capitale, à quelques arrêts d’autobus du bâtiment de la télévision, mais favorables à Jean-Louis Robinson, attendront plusieurs jours avant d’être comptabilisés. Hery, largement distancé au 1er tour par son adversaire, se retrouvait ainsi de cette manière, à toujours caracoler en tête, du moins pour les médias d’Etat. Les accusations de fraudes qui apparaîtront aussitôt, avec des reportages par exemple sur TVPlus, et des témoignages très précis, n’y changeront rien. La manipulation psychologique était bien maîtrisée.

 

Le 3 janvier, la Cenit (Commission électorale) annonçait la victoire officieuse de Hery Rajaonarimampianina avec 53,50% des voix, sous réserve de validation par la CES (Cour électorale spéciale). Au même moment, Jean Louis Robinson considérait qu’il l’avait emporté avec 52,87% et dénonçait des «fraudes massives».

 

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Des observateurs qui ne servent à rien

 

Urnes bourrées à Marovoay 1488127 579654295438403 9161845Tout était «libre, transparent et crédible !» selon les observateurs internationaux. Mais ce n’est pas au siège de la Cenit ou dans quelques bureaux de vote des grandes villes qu’ils auraient pu observer quoique ce soit. Nous ne sommes plus dans les années 60, avec des bureaux sans isoloir et des militaires dans les bureaux, ou dans un pays d’Afrique en guerre où des milices tirent sur les électeurs et enlèvent des candidats. Le scrutin s’est déroulé de manière pacifique et calme. Mais les observateurs n’étaient pas là quand, en pleine nuit dans les petits bureaux de vote, on obligeait les scrutateurs nationaux à sortir lors des décomptes, ou quand on menaçait les responsables qui refusaient d’avaliser des procès-verbaux falsifiés. Ce sont ces procès-verbaux qui sont ensuite envoyés à la Cenit. Parfois, les décomptes ont dû être arrêtés quand le nombre de bulletins dépassaient le nombre d’électeurs inscrits, mais ça, ce n’était pas mentionné sur les scans repris informatiquement devant les observateurs internationaux très satisfaits. Quant aux échanges d’urnes, c’est du classique surtout quand on rate le rendez-vous avec l’hélicoptère de ramassage dans les régions enclavées ou quand on doit trimballer les urnes d’un endroit à un autre avant de prendre le taxi-brousse. Et les manipulations statistiques, elles, sont indolores. Les fraudes se passaient en amont et en aval avec une certaine finesse.

 

Observ inter 2 JpegOn est bien loin d’une élection sans fraude, comme l’affirmait Francis Kpatindé, journaliste et consultant du PNUD à Madagascar, sur France 24 le 5 janvier. Francis, je le connais personnellement, du temps où l’on était tous les deux à Jeune Afrique, et il n’est pas question de remettre en cause son honnêteté intellectuelle. Cependant, il méconnaît la psychologie des Malgaches, champions de la triche, l’exemple le plus abouti étant Norbert Ratsirahonana, qui a réussi à transformer un coup d’état (et que le monde entier appelle comme tel désormais) en «changement extraconstitutionnel». En fait, d’après des Malagasy qui ont côtoyé des observateurs étrangers, certains ont bien surpris des actes frauduleux mais les ont passés sous silence pour «ne pas faire d’histoire». Ce qui confirme l’analyse de Pierre Boutry, responsable de la commission Afrique du Parti de Gauche français, concernant entre autres, le décret qui a permis à Andry Rajoelina de participer à la Propagande. «…«Oui, ce texte a violé la Feuille de route (de sortie de crise signée en septembre 2010), mais elle n’a pas perturbé le vote», a déclaré benoîtement la chef de la Mission de l’UE. Cette légèreté s’inscrit dans le prolongement de l’empressement de la plupart des observateurs internationaux à déclarer que le scrutin du premier tour s’était déroulé sans problèmes et à couvrir le fait que 10% des électeurs n’ont pas pu voter dans un pays où seuls 7,8 millions d’individus sont inscrits sur les listes électorales pour une population de 22 millions d’habitants !»

 

Dans son interview à Jeune Afrique le 7 janvier, le docteur Robinson avait raison de dire qu’il n’y avait «jamais eu de fraude d’une telle ampleur». Le lendemain, dans le journal Le Monde il précisera : «Ce que nous voulons…c’est la transparence : procéder à la vérification des bulletins de vote, annuler ceux qui présentent des anomalies et procéder à un recompte des voix. A ce moment-là, nous accepterons devant le monde entier les résultats.»

 

 Robinson peut nourrir des regrets

 

Mais Robinson a aussi une part de responsabilité dans la déconvenue qui lui arrive. Il aurait pu mener avec une telle avance que les fraudes, si sophistiquées soient-elles, n’auraient pu cacher sa victoire. Car la population, en butte à une misère parfois sans nom et à une insécurité quotidienne, n’en pouvait plus de l’étalage de luxe et des méthodes violentes des dirigeants et était prête à voter «tout sauf la continuité de la HAT». Robinson bénéficiait d’une bonne image. Le 11 décembre, dans un débat face à son rival, il a parlé de Nelson Mandela comme «d’un saint homme pour l’Afrique, un sage» qui «a montré une tolérance inégalable… à la source de la réussite de l’Afrique du Sud… Nelson Mandela est pour moi un grand frère, un exemple et pour nous, à Madagascar, il devrait servir d’exemple de tolérance et de réconciliation… Il a fait 27 ans de prison, et à la sortie, il a pardonné. C’est ce que nous devrions faire à Madagascar. Les crises et les situations inextricables sont dues à nous-mêmes et celles-ci pourraient être effacées par la tolérance et la réconciliation nationale». C’est exactement ce à quoi la population aspirait et il l’a dit d’autant plus simplement que ce discours correspondait à ses convictions.

 

Et brutalement, dans les jours qui ont suivi, son message a changé. Le ton est devenu plus agressif, le contenu aussi. Il a fait des jeux de mots douteux sur les Foza (écrevisses) et les Procambarus, nom scientifique de ce crustacé. Les Foza désignent les partisans de la Révolution orange, en référence à la couleur, mais dans le langage courant, il désigne aussi, par exemple, un téléphone portable bas de gamme, bref, c’est un terme péjoratif. Or, tous les partisans de la Révolution orange n’étaient pas des putschistes, et parmi ceux qui l’ont été, beaucoup l’ont regretté, en s’apercevant amèrement qu’ils avaient été trompés. Il aurait fallu qu’il parle de reconstruction morale et économique au lieu de s’étaler sur des attaques inutiles qui ont blessé plusieurs de ses électeurs potentiels. Voyant la victoire à portée de mains, les faucons de son mouvement lui ont sans doute inspiré ce changement de ton, qui aurait pu plaire à une frange plus revancharde (et encore, ce n’est pas sûr !). Le résultat a été désastreux et s’est traduit par une abstention plus importante. Ceux qui ne voulaient plus de Andry (par Hery interposé) mais ne pouvaient pas se reconnaître dans le discours de Robinson, se sont vus abandonnés (voir article : «Vérité et réconciliation à Madagascar : Robinson n’aura pas droit à l’erreur»).

 

Emilien--tue-par-L-Emmoreg-1535634_10202949448407744_52642.jpgDepuis, Robinson est revenu à son modèle (Mandela). Si personne ne remet plus en doute l’existence des fraudes à quelques jours de la proclamation officielle des résultats par la Cour électorale, sa victoire supposée est plus étriquée, et ses adversaires ne manqueront pas de jouer là-dessus. Un analyste français prédit, pessimiste : «Ca va se passer comme partout en Afrique. On va annuler quelques voix pour faire plaisir à Robinson, mais en final, c’est le candidat du pouvoir qui gagnera !»

 

En fait, que ce soit Hery Rajaonarimampianina qui gagne ou Jean-Louis Robinson n’est pas le plus important. Mais il faudrait à tout prix que l’élection du vainqueur ne soit pas entachée de suspicion, ferment de la nouvelle crise à venir. Le plus simple est de procéder à un recomptage des voix, ce qui ne prendrait que quelques jours, mais évidemment, le pouvoir fait pression pour que cela ne se fasse pas.

 

Le 10 janvier 2014 à Majunga, les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles sur des étudiants qui manifestaient. Elles auraient épuisé leurs grenades lacrymogènes et tiré pour se défendre, en tir tendu. Bilan, plus d’une dizaine de blessés parmi les étudiants, dont certains gravement touchés à l’abdomen. L’un d’eux décédera le lendemain. Quelques membres des forces de l’ordre ont aussi été blessés. Le Général Richard Ravalomanana déclarera : «Si les étudiants persistent à manifester, nous n'hésiterons pas à faire usage de nos armes pour faire régner la loi.» Un avant-goût de la future «démocratie» ?

 

Photo 1 : Jean Louis Robinson et Hery Rajaonarimampianina : les 2 protagonistes d’une nouvelle crise, à moins d’un miracle de sagesse…

Photo 2 : Des urnes contenant des bulletins falsifiés surprises par la population à Marovoay

Photo 3 : Les Malagasy ne se sont pas entretués, les observateurs internationaux sont satisfaits. Quant aux fraudes, faut pas trop en demander non plus d’un pays sous-développé…

Photo 4 : «Touché à l'abdomen, Tiamanajarakoto Tianjarafitia Emilien, 3ème année à l'IBA, de Bealanana vient de décéder». Commentaire et photo, qui ont fait le tour de Facebook, de l’étudiant tombé sous les balles des forces de l’ordre.

 


Alain Rajaonarivony 

 

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 09:01

 

Photo pour blog Decorations de No l a Paris la capitale e

 

Ordures Tana 1477691 567334346687267 262875953 nA l’approche de Noël, toutes les grandes métropoles du monde se parent de décorations lumineuses et de guirlandes multicolores. Les municipalités rivalisent d’ingéniosité pour créer la féérie, pour le plaisir des petits et des grands en cette période particulière où l’on parle du salut de l’humanité, des cadeaux et de bons repas de fêtes. Antananarivo a eu droit elle aussi à un traitement très spécial pour cette période de la part du gouvernement de transition. Les ordures n’ont pas été ramassées pendant des semaines, plus exactement depuis le premier tour des Présidentielles qui a vu une large victoire de Jean Louis Robinson avec près de 40% des voix dans cette capitale frondeuse. La déconfiture était totale pour le candidat du pouvoir, Hery Rajaonarimampianina, mais aussi pour le Président de la délégation spéciale (PDS, maire par intérim), Edgar Razafindravahy également candidat. Ceci expliquant cela, les Tananariviens furent punis pour leurs «mauvais» votes.

 

«Il y a une épidémie de peste actuellement à Madagascar dans cinq districts (sur 112). Quatre-vingt-six personnes ont attrapé la peste dont 39 sont décédées» indique laconiquement un communiqué du ministère de la santé le 12 décembre. Toujours au cours de ce mois, plusieurs personnes ont dues être hospitalisées à Antananarivo, à cause du choléra. Les médecins considèrent que ce sont les ordures amoncelées dans les rues de la ville qui en sont les principales responsables.

 

Nadine-en-train-de-balayer-1467342_649681491737244_17940073.jpgPeste, choléra après l’invasion de criquets, on est en plein dans les 10 plaies d’Egypte. Maladies de la misère et de la crasse, elles sont le fidèle reflet de ce que le pouvoir de la Transition a fait à ce peuple. L’image renvoyée est plus que déplorable et des tours opérators ont fait part de l’annulation de leurs séjours par de nombreux touristes. Tout ceci vient après l’annonce de la Banque Mondiale indiquant que Madagascar est désormais le pays le plus pauvre du monde avec 92% de sa population qui vit avec moins de 2 dollars par jour.

 

Les rats se baladent tranquillement dans les rues, au milieu des immondices. D’autres rats, pendant ce temps, quittent le navire, car le second tour des Présidentielles ne semble guère laisser place au doute. A moins d’un coup de théâtre improbable ou de fraudes de haut vol, le Docteur Jean Louis Robinson devrait être le prochain président de la république, tant la population a hâte de se débarrasser d’un pouvoir de transition, qui l’a réduite à une misère et une indignité sans nom.

 

Pour tenter de regagner le cœur des Tananariviens, Andry Rajoelina, et les candidats qu’il soutient pour les législatives regroupés au sein de la plateforme MAPAR, ont envoyé des camions ramasser les ordures, avec leurs affiches de propagande collées sur les cabines. Lors de son dernier débat avec son adversaire le 18 décembre à la radio-télévision nationale (RNM-TVM), Jean Louis Robinson a d’ailleurs révélé que lui aussi voulait aider la commune urbaine en mettant à sa disposition des camions. Mais ses responsables ont refusé son aide par crainte des dirigeants, en expliquant que ces derniers semblent bien utiliser ce grave problème de salubrité publique à des fins politiques.

 

Le second tour des Présidentielles auront lieu le 20 décembre et la commission électorale (CENIT) espère sortir les premiers résultats provisoires le 3 janvier. A ce moment là, les Malagasy espèrent être débarrassés des ordures…

 

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Photos 1 et 2 : Pour les décorations de fin d’année, Antananarivo est sûrement la dernière métropole du monde. Dans les années 60, on disait qu’elle était la banlieue de Paris. Ce n’est plus qu’un lointain souvenir. Paris, ville-lumière et Tana, vide-ordures ? Les Malagasy sont loin du reste du monde…

 

Photo 3 : Nadine Ramaroson, à peine nommée ministre de la Population et des Affaires Sociales en 2009 a lancé une campagne d'assainissement de la capitale et a pris elle-même le balai pour donner l’exemple. La dignité d’un peuple se voit aussi par son environnement. Elle a été éliminée (voir article : «Nadine ne les gênera plus»)… Ceux qui ont fait campagne balançaient parfois les T-shirts à leur effigie du haut de leur 4x4 à la plèbe miséreuse.

 

Photo 4 : Andry Rajoelina en premier et en gros plan sur une affiche des législatives de la plateforme MAPAR (Avec le Prezida Andry Rajoelina), au mépris de la neutralité exigée par la feuille de route et la Constitution. A sa gauche figure le chanteur Rossy. Le dernier jour de campagne, la CES (Cour électorale spéciale) a décrété l'illégalité de la démarche. Sa décision est arrivée trop tard…

 

Alain Rajaonarivony

 


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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 00:15

 

Tutu Mandela ArchM

 

Nelson Mandela «s’est éteint paisiblement», vers 20 heures 30, à son domicile de Johannesburg, le 5 décembre 2013. Il avait 95 ans, et avait passé 27 ans de sa vie à casser des cailloux au bagne de Robben Island.

 

Condamné à vie en 1964, lors du procès de Rivonia, il n’en ressortira que le 11 février 1990. Le jour de sa libération, l’ancien prisonnier matricule 46664 était radieux et souriant, alors que ses amis se demandaient s’ils n’allaient pas retrouver une personne voutée, cassée par les souffrances et les humiliations.

 

Il reprendra aussitôt son combat là où il l’avait laissé. En tant qu’avocat, il avait assuré sa propre défense lors des audiences: «J'ai lutté contre la domination blanche et j'ai lutté contre la domination noire. Mon idéal le plus cher a été celui d'une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie avec des chances égales. J'espère vivre assez longtemps pour l'atteindre. Mais si cela est nécessaire, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir».

 

27 ans après, la plaidoirie n’avait pas changé… Là encore, les militants de l’ANC (African National Congress) étaient un peu désarçonnés, eux qui rêvaient de revanche, après tant d’années de lutte. Mais Mandela poursuivit son chemin sur la réconciliation et tout le monde a suivi.

 

Il accepta de devenir président avec quelques réticences, responsabilité qu’il assumera de 1994 jusqu’en 1999. Il ne voulut faire qu’un seul mandat car il voulait, disait-il, laisser la place aux générations futures et «se reposer».

 

Aussitôt la nouvelle de sa mort connue, dans la nuit, David Cameron, le premier-ministre britannique lui rendra un émouvant hommage : «Une grande lumière s’est éteinte dans le monde» dira-t-il. Barak Obama réagira aussi très vite en reprenant les mots mêmes de Mandela sur sa lutte sur toutes les dominations, noire ou blanche. Il poursuivra sur un ton plus personnel, ému : «Je suis une des nombreuses personnes qui ont été inspirées par la vie de Nelson Mandela. Ma toute première action politique, la première chose que j’ai faite qui impliquait un rapport avec la politique, a été une manifestation contre l’apartheid. J’ai étudié ses discours et ses écrits. Le jour de sa sortie de prison m’a fait ressentir ce que les hommes peuvent faire quand ils sont guidés par l’espoir et non par la peur. Et comme beaucoup sur cette planète, je ne peux imaginer ce qu’aurait été ma vie sans l’exemple qu’a été Mandela…».

 

Les drapeaux britanniques et américains ont été mis en berne, comme le sera celui de la France quelques heures après. Le président François Hollande parlera d’un homme «qui a accéléré le cours du monde». Le gouvernement chinois encourage, quant à lui, les internautes à rendre hommage sur la toile, à Mandela, un «ami de la Chine».

 

Plus de 90 chefs d’état et chefs de gouvernement seront présents en terre sud-africaine, à partir du 10 décembre pour les funérailles, autant dire le monde entier…

 

Mandela, Tutu, mes potes et moi…

 

Voix d'Afrique n°1Obama l’a souligné, il est une des «nombreuses personnes» influencées par Mandela. A Paris, nous étions une bande de copains africains, étudiants dans les années 80, qui suivaient avec passion le combat contre l’apartheid. Comme certains d’entre nous poursuivions nos cours en partie à la Sorbonne, en «Histoire et Théologie de la Réforme», en partie dans d’autres facs car nous suivions d’autres formations, nous avons monté une petite association dénommée «Comité Chrétien Africain de Solidarité», qui existe encore et dont j’étais le président. Les Africains sont croyants, et donc nous aussi. La foi est une force quand elle n’est pas pervertie par le fatalisme ou la superstition, foi et intelligence n’étant pas antithétiques à nos yeux.

 

Nous étions tout à fait conscients d’être des privilégiés malgré notre vie en mode «galère», qui nous obligeait à faire des petits boulots pour payer nos études. Chacun voyant midi à sa porte, notre association devait permettre à de jeunes africains de poursuivre des études au pays, car nous pensions que l’éducation permettrait de combler le gap avec les Blancs. Dans notre groupe, Congolais, Centrafricain, Malien, Ivoirien, Tchadien ou…Malagasy, nous voulions apporter notre pierre à la libération de l’Afrique. Et effectivement, nous avions réussi à payer les études de quelques jeunes Africains (dont des Malagasy). L’apartheid était pour nous une insulte et à notre niveau, nous voulions la combattre.

 

C’est ainsi que j’ai écrit à Desmond Tutu pour le féliciter de son Prix Nobel en 1984, et ce dernier m’a répondu personnellement, en me donnant des conseils sur un travail universitaire que je voulais faire contre l’apartheid. Néanmoins, nous pensions que la lutte armée était inévitable contre les Blancs arrogants et haineux, qui déniaient l’humanité des Noirs. Dans notre feuille de choux, Voix d’Afrique, j’écrivais dans un article sur l’apartheid en 1986 : «…Il semble que cette explosion de violence soit maintenant irréversible. Les Noirs, après avoir tenté par des manifestations pacifiques, durant de nombreuses années, de secouer le joug, laissent aujourd’hui éclater leurs désespoirs et leurs haines envers un régime immonde qui se réclame du christianisme et que le Révérend Desmond Tutu, prix Nobel de la Paix, qualifie à juste titre de diabolique…».

 

Bref, quand Nelson Mandela est sorti de prison le 11 février 1990, ce fut l’explosion de joie. Mais surtout, la suite allait profondément nous bouleverser. Nous savions comment les luttes de libération s’étaient terminées au Mozambique, en Angola ou au Zimbabwe. Mandela nous a tous pris à contrepied par sa politique de réconciliation. Des Zoulous fascistes avaient alors été manipulés par les Afrikaners pour susciter une guerre civile et je me disais que les Blancs allaient anticiper et prendre l’avion. Mais Mandela a réussi son pari et nous a tous marqué intellectuellement au fer rouge. Plusieurs de mes amis étaient devenus de hauts responsables dans leurs pays, ministres ou conseiller de leur président. Dans mes analyses politiques, la méthode Nelson Mandela est désormais un fil conducteur comme on peut le lire dans mon précédent article (écrit juste 5 jours avant la mort de Madiba) où je conseille à Robinson de l’appliquer pour sauver Madagascar. Dans la crise que traverse la Grande Ile, depuis le départ, je n’ai pas varié, prêchant dans le désert (voir par exemple «Un mauvais procès» écrit le 13 mars 2009).

 

Et Madagascar dans tout cela ?Lettre Desmond Tutu

 

Le 6 décembre au soir, France 24 a fait défiler toutes les Unes des journaux du globe sur la mort de Nelson Mandela. Il y avait une belle unanimité, du Canada aux Etats-Unis en passant par la France. En montrant les Unes des journaux malgaches, le présentateur a eu cette réflexion : «Il n’y en a aucune sur Nelson Mandela. C’est assez étonnant !». Les rédactions ont sans doute été prises de cours par le décalage horaire. Ca ne doit pas être dans la tradition de changer la Une, à 23 heures, comme cela s’est fait en France et surtout, comme d’habitude, les Malgaches sont assez centrés sur eux-mêmes. Toujours est-il que la remarque de France 24 a mis dans une colère noire certains journalistes malgaches, comme ceux de La Gazette, qui rappelle que Madagascar abritait une antenne de l’ANC quand l’Hexagone collaborait avec le régime de l’apartheid. Cependant, Didier Ratsiraka, l’ancien chef de l’état, acteur de cette lutte contre le pouvoir raciste de Prétoria, a pu donner son sentiment dans la journée sur RFI en parlant «d’une étoile qui s’est éteinte» et comparera la mort de Mandela à celle de Nasser ou de Mao-Tse-Toung. Il n’y aurait pas eu Mandela, sans Martin Luther King, et de Martin Luther King sans Gandhi a-t-il poursuivi.

 

Le Docteur Robinson a, quant à lui, réagi aussi assez vite, de manière forte. On pouvait lire dans Midi Madagasikara du 7 décembre qu’il avait présenté ses condoléances à la famille Mandela et à l’Afrique du Sud. «Le monde a perdu un homme, l’humanité a perdu un de ses fervents défenseurs » dira-t-il. «…Nous connaissons les mêmes dangers que nos voisins sud-africains, ils ont réussi à les surmonter grâce à la persévérance d’un homme, accompagné de la confiance d’un peuple. Je veux être cet homme, soyez ce peuple». Le parallèle est ainsi fait entre la situation malgache d’aujourd’hui et celle sud-africaine de l’époque. L’ambition est louable mais la barre est très haute! N’est pas Mandela qui veut et il devra se surpasser car pendant cette crise à Madagascar, les pleutres et les retourneurs de veste semblaient bien plus nombreux que les combattants de la liberté. Pour l’aider un peu, quelques pistes pourraient lui être utiles. La Commission «Vérité et Réconciliation» était alors présidée par l’archevêque Desmond Tutu et avait fait un travail moral et psychologique extraordinaire pour panser les plaies. La Confédération des Eglises (FFKM), entité bien acceptée, pourrait donner un coup de main important dans cette réconciliation car là, elle est dans son registre, étant donné qu’il s’agit d’un travail sur les blessures morales de tout un peuple.

 

Amener les uns à la repentance, demander à d’autres de passer de l’amertume et de la haine au pardon qui libère, sera plus difficile que de faire 6% de croissance avec les robinets de l’aide internationale grand ouverts. Et pourtant, c’est indispensable si on veut libérer les Malagasy de toutes les entraves du passé qui déstabilisent systématiquement le pays et amènent à un comportement autodestructeur et suicidaire. Ce n’est pas un hasard si Madagascar est maintenant le pays le plus pauvre du monde. Quand un ministre ose affirmer que «les Malgaches ne sont pas des Africains» (voir article : «Madagascar n’est pas l’Afrique !...») car ils ne sont pas aussi sauvages que ces derniers, il montre sa pauvreté intellectuelle et morale. Mais c’est une pensée très répandue.

 

Le racisme n’est pas aussi spectaculaire qu’en Afrique du Sud sous l’apartheid mais à Madagascar, il est latent et assez hypocrite. Aux strates sociales classiques d’une division entre une noblesse dirigeante, les hommes libres et les esclaves ou serfs (Andriana, Hova, Andevo, etc…), les Français en ont superposé une autre plus redoutable pour se maintenir : Côtiers contre Merina.

 

Diviser pour régner a été une doctrine appliquée à toute l’Afrique dont les conséquences dramatiques se sont vues au Rwanda. Dans la Grande Ile, les dégâts étaient plus souterrains jusqu’à ce que Didier Ratsiraka, à partir de 1975, fasse venir cet ethnisme en surface, en imposant un quota par province pour les concours, au lieu de la sélection sur les seules performances académiques. Le niveau des reçus a immédiatement chuté. On l’a perçu à l’école d’aviation d’Arivonimamo mais aussi à l’académie militaire, à l’école de la magistrature, ou dans les universités... Si l’objectif était de faire de la «discrimination positive», c’était raté car la dimension ethnique était trop prépondérante. Comme les notes ne rentraient plus que pour une part relative dans la sélection, ce fut la porte ouverte à toutes les fraudes et la corruption. Tous les concours souffrent de ces maux actuellement. Si Madagascar est le dernier du globe depuis juin 2013, en terme économique, son classement global au niveau intellectuel ne doit pas être très brillant non plus.

 

Comme conséquence collatérale, il y a la compensation de l’incompétence par le paraître, et les «hauts responsables» affichent leurs statuts, non par leurs formations, leur travail ou leurs résultats,  mais par leurs grosses 4x4 et leurs costumes haut de gamme. C’est pourquoi des 4x4 lustrées roulent dans des rues défoncées, au milieu de gosses qui fouillent les poubelles pour survivre. L’autorité a perdu de sa légitimité aux yeux du peuple tout simplement parce qu’il n’y a plus les bonnes personnes aux bonnes places.

 

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Les Malagasy sont le fruit d’un métissage du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, et un mélange d’Africains, d’Asiatiques, d’Arabes et même un peu d’Européens. En réalité,  Madagascar est aussi une autre nation arc-en-ciel, tout comme les autres îles de l’Océan Indien (La Réunion ou l’Ile Maurice). Le jour où les Malagasy reconnaîtront leurs propres racines, ils changeront de mentalité et ne chercheront plus à retrouver un peu d’estime de soi en écrasant leurs propres compatriotes. Le respect des autres est aussi le respect de soi-même et on ne peut pas aimer les autres si l’on ne s’aime pas. En aidant les Malagasy à faire cette démarche intérieure qui leur permettra enfin de s’épanouir, la FFKM pourra reprendre sa place de repère moral au sein de la société et de garant neutre face aux politiques.

 

Madagascar a soif de grandeur, de liberté et d’indépendance tout comme l’Afrique du Sud qui a réussi à se libérer de tous les jougs, économiques, militaires et surtout moraux.


Le docteur Robinson n’a pas fait 27 ans de bagne et ne détient pas un passé de combattant. Mais il ne traîne pas de casseroles et possède des ascendances sino-franco-malagasy, ce qui lui donnera peut-être une certaine sensibilité pour cerner le combat de Madiba. Et il dispose quand même d’un atout. Tout comme le peuple sud-africain, les Malagasy sont très croyants et les notions de «repentance» et de «pardon» font partie de la culture, du moins en théorie… S’il est élu, on attend donc qu’il tienne sa promesse : faire monter ce peuple et le rendre meilleur par l’exemple de ceux qui vont le diriger ! Tout comme Mandela ! Merci encore, Madiba !

 

Photo 1 : L’Evêque Desmond Tutu et Nelson Mandela. 2 prix Nobel de la Paix, 2 combattants de la liberté, icônes de toute une génération. Desmond Tutu ne pourra pas retenir ses larmes, en lisant son communiqué, le lendemain de la mort de son ami, «un symbole de réconciliation, de pardon et de magnanimité».  (Archive Madiba)

 

Photo 2 : Le premier numéro de Voix d’Afrique en janvier 1986 où je dénonce l’escroquerie de l’Apartheid qui s’appuie sur la Bible en arguant du concept de la Terre promise. Les Afrikaners comme les Noirs sud-africains sont très croyants, et les Ecritures étaient aussi utilisées dans la bataille. Le titre «Voix d’Afrique» était notre propriété, et un grand groupe qui a voulu utiliser le même titre n'a pas pu le faire…

 

Photo 3 : Lettre de Desmond Tutu, qui venait de recevoir son Prix Nobel en 1984, à l’étudiant que j’étais, accompagnée de quelques conseils. «…The following books might be useful to you for your thesis on ”Theology and Apartheid”…» Nous étions un petit groupe à suivre le combat contre l’apartheid et à le soutenir avec nos moyens.

 

Photo 4 : Le Docteur Robinson a l’intention d’appliquer la méthode Mandela à Madagascar pour guérir ce pays de ses crises et divisions. On ne peut que l’encourager…

 

 

Alain Rajaonarivony

 


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30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 13:59

 

 

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La campagne pour le second tour des Présidentielles a officiellement démarré le 29 novembre. Une semaine auparavant, le 22 novembre, et à l’heure dite (10 heures du matin), la Cour Electorale Spéciale (CES) a donné solennellement les résultats définitifs du 1er tour. A quelques annulations de voix près comme les 5774 voix enlevées au candidat Hery Rajaonarimampianina dans la région de Tamatave, pour utilisation abusive des médias publics ou pression sur les fonctionnaires, elle a confirmé les résultats de la CENIT. Ce fut un soulagement pour un certain nombre d’observateurs qui craignaient des manœuvres déstabilisatrices. Des bruits ont couru avec insistance, indiquant que le candidat arrivé sur la troisième marche (10,54%), Hajo Andrianainarivelo, serait préféré par le pouvoir et pourrait prendre la place du second, qui serait disqualifié à cause de violations lourdes de la loi électorale. Finalement, le scrutin sera respecté. Les finalistes seront Hery Rajaonarimampianina (15,85%), candidat «officiel» d’Andry Rajoelina, et ce depuis l’interview accordée par ce dernier au journal Le Monde, et Jean Louis Robinson (21,16%) représentant la mouvance de l’ancien président Marc Ravalomanana.

 

saraha-3 Photo Tsilavo RapieraAussitôt après cette proclamation, le Parti des Verts dont la représentante, Saraha Georget Rabeharisoa, a obtenu le score honorable de 4,52% à l’élection, annonce son ralliement au Dr Jean Louis Robinson. Les écologistes considèrent que ce dernier partage, «à peu près, le même projet de société et les mêmes visions…» qu’eux-mêmes. Qui plus est, «Jean Louis Robinson…n'a pas participé au coup d'Etat menant le pays dans une crise de près de cinq ans... et propose une gestion transparente du pays…et dont le secteur de l'environnement est une priorité».

 

D’autres anciens candidats attendront le dernier moment et le début du second tour pour s’exprimer. C’est le cas de Hajo Andrianainarivelo qui manifeste sa déception «puisque la CES a officiellement reconnu le bien fondé des multiples réclamations déposées que ce soit par certains candidats, des groupements politiques ou de simples individus, au regard des anomalies, dérives et abus constatés dans le cadre du scrutin». Il choisit donc de ne pas choisir laissant Hery Rajaonarimampianina bien esseulé. Mais pour ce dernier, le pire était encore à venir, car quelques heures après, Camille Vital qui avait engrangé 6,85% des voix au premier tour, décide de rejoindre Jean Louis Robinson. Le château de cartes échafaudé par Andry Rajoelina, qui claironnait que les candidats de la «révolution» de 2009 avaient totalisé 55% des voix, est en train de s’écrouler.

 

Ma prise de position, dans mon dernier article, en faveur de Robinson, m’a valu ces réflexions d’un ami, dont je reproduis quelques extraits mais dont la totalité se trouve dans la partie «commentaires» (voir article : «Présidentielles sous ingérence et sous pressions ?... ») :  

« Alain,

Marc Ravalomanana a choisi le Dr Robinson parce que ce dernier est, avec tout le respect que je lui dois, le moins susceptible de lui faire de l'ombre… J'ai bien peur, de ce fait, que tes espoirs de "vérité et réconciliation" à la sud-africaine, soient très vite déçus... 

Je comprends tout à fait que tu veuilles, comme beaucoup de nos compatriotes, donner un coup de pied au cul à Tgv et sa clique. Mais il ne faut pas te bercer d'illusions, Madagascar sous Ravalomanana, par Robinson interposé, ne sera pas un pays de réconciliation et de démocratie.

Bien à toi.»

 

La perplexité et le pessimisme de cet ami, de gauche, démocrate et fidèle car il a assisté à toutes les audiences qui m’ont opposé au vice-premier ministre dans l’affaire Nadine Ramaroson (voir article : «Vice-premier ministre contre le blog»), sont logiques, cohérents et éminemment respectables. Ils reflètent même, je pense, l’opinion d’une large partie des électeurs, qui ne supportent plus le comportement du pouvoir de transition, ses exactions, ses prédations maffieuses mais se demande si Marc Ravalomanana a vraiment évolué dans sa vision du monde et du pouvoir. On dépasse largement le cadre de l’analyse politique pour rentrer dans les valeurs et la psychologie. N’oublions jamais que l’Afrique du Sud a évité le chaos et la guerre civile car Nelson Mandela et quelques autres responsables ont fait preuve de clairvoyance, de magnanimité et de force morale. Toutes ces qualités tiennent du mental et dépasse largement le calcul politique, surtout celui qui s’affuble du qualificatif de «haute politique». Cette dernière ne se base que sur les rapports de force, les intérêts et les évolutions possibles de la situation. Il n’y a de place, ni pour la compassion, ni pour la repentance, ni pour l’honnêteté. C’est un comportement de pouvoir honteux mais qu’à Madagascar, on a considéré comme très «intellectuel». Le maître incontesté de cette amoralité est Norbert Ratsirahonana, père de l’empêchement du professeur Zafy le 5 septembre 1996, obtenu par la corruption des parlementaires, et du «changement extra-constitutionnel» du 17 mars 2009, réussi par la manipulation d’officiers côtiers (voir article : «Ce n’est pas encore le mot de la fin»). Les adeptes de cette «haute politique» considèrent que la fin justifie les moyens, de la trahison au meurtre et évidemment le mensonge. Le résultat est une déstabilisation permanente du pays depuis 1972. Et en 2013, Madagascar a décroché la palme du «pays le plus pauvre du monde», avec 92% de sa population qui vit avec moins de 2 dollars par jours, selon les rapports de la Banque Mondiale.  

 

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Ce qu’on attend donc de Marc Ravalomanana est exactement l’attitude inverse, le respect de sa parole, de la vie humaine, des institutions et du droit, et tant pis si c’est de la «basse politique». L’ancien président se réclame en plus d’une certaine foi chrétienne puisqu’il est vice-président de l’église protestante. Il devrait donc, sans se forcer, se retrouver sur la même longueur d’ondes que Nelson Mandela et son ami Monseigneur Desmond Tutu. De plus, à son corps défendant, il a passé un certain nombre d’années en Afrique du Sud et ce séjour vaut mieux pour lui que toutes les théories. Il a pu voir comment un pays qu’on pensait voué à une guerre civile ou à une situation chaotique est en train de devenir une puissance économique et une référence morale pour le monde.

 

Je crois savoir qu’effectivement, l’ancien président a quand même changé. Les 27 ans que Nelson Mandela a passé à Robben Island, loin de le détruire, ont élevé sa réflexion (voir article : «Madagascar : Invictus!...»). Les 5 ans d’exil de Marc Ravalomanana ont peut-être produit les mêmes effets. Certains évènements et  épreuves peuvent montrer à l’être humain la vanité des choses matérielles qu’affectionnent la société et la profondeur de certaines attitudes morales qui sont tout simplement la vie. On le verra à son retour mais c’est le pari que je prends (et je ne dois pas être le seul). L’ancien président doit désormais se comporter comme un vrai raiamandreny en laissant le nouveau président (Robinson) libre de mener sa propre politique. Plutôt que de jouer les éminences grises, il sera inspiré de rester plutôt dans le rôle du conseiller qu’on viendrait consulter, en respectant un impératif devoir de réserve. Bref, il acquerra le statut de sage, en se comportant comme Nelson Mandela quand ce dernier a quitté volontairement le pouvoir.

 

Quant à Robinson, il devra imprimer sa marque en intégrant un volet social cruellement absent du programme de Marc Ravalomanana qui s’est attelé aux infrastructures en oubliant que c’est l’humain qui est la première richesse à valoriser. Malgré un taux de croissance moyen avoisinant les 6%, l’injustice sociale et les abus de pouvoir ont fini par entraîner un fort mouvement de contestation exploitée ensuite par ceux qui ont dirigé le putsch.

 

Beaucoup d’électeurs voteront au second tour d’abord pour «donner un coup de pied au cul à Tgv et sa clique», comme l’écrit familièrement mais très clairement cet ami. Il ne s’agira pas d’un blanc-seing donné à Robinson, encore moins à Marc Ravalomanana. Les inconditionnels de l’ancien président sont loin d’être assez nombreux pour constituer une majorité. Le gros des électeurs du second tour voteront d’abord pour mettre dehors la Haute Autorité de Transition, devenue au fil des mois une Haute Autorité de Trahison, qui après avoir éliminé les idéalistes s’est vendue aux intérêts étrangers. Terres, forêts primaires (bois de rose), or, souveraineté, etc…, tout a été bradé par des politiciens avides qui se sont parfois mués en criminels.

 

Ni Jean Louis Robinson, ni Marc Ravalomanana ne devront se tromper sur cette future victoire. L’exemplarité dans leurs conduites sera exigée sous peine d’en subir rapidement les conséquences. La réconciliation nationale, qui ne doit pas méconnaître la justice, sera une des clés qui conditionnera la stabilité du prochain gouvernement. Marc Ravalomanana l’a promis en 2002 sans la mettre en œuvre. L’action sociale sera enfin une priorité car c’est elle qui assurera la pérennité de la croissance. Les fruits du travail équitablement distribués éviteront des crises à répétition. La refondation et la valorisation de l’armée (voir article : «Refondation : L’armée malgasy aussi, svp !...») recentrée sur ses missions régaliennes, la défense de la nation et de tous nos territoires, lui évitera la tentation de se mêler de politique. Au vu des attentes de la population après ces 5 ans d’enfer, la feuille de route qu’elle aimerait voir suivre semble relativement claire. Elle a assez souffert et n’accordera plus de droit à l’erreur. Comme nos dirigeants ex et futurs ont tendance à démarrer certains de leurs meetings par des prières, qu’on les voit ostensiblement assister à des messes et autres cultes, on leur rappellera l’exhortation du prophète Michée aux enfants d’Israël alors en pleine débandade : «On t’a fait connaître, homme, ce qui est bien et ce que l’Eternel demande de toi ; c’est que tu mettes en pratique le droit, que tu aimes la bonté et que tu marches humblement avec ton Dieu.» (Michée 5 : 8).  On est loin de la «haute politique» et de l’arrogance ambiante…

 

Photo 1 : Pour l’instant, Marc Ravalomanana soutient loyalement Jean Louis Robinson depuis l’Afrique du Sud (photo TanaNews).

 

Photo 2 : La leader des Verts, Saraha Georget Rabeharisoa, a fait rentrer durablement l’écologie dans la sphère politique malagasy grâce à son score honorable (Photo Tsilavo Rapiera. Merci à l’auteur pour son accord ! http://www.tsilavorapiera.com/).

 

Photo 3 : le cycle de crise malagasy. Chaque période de croissance est suivie par une crise politique. La frustration d’une majorité de la population, qui ne voit aucune répartition des richesses mais assiste à l’opulence arrogante des dirigeants et de la nomenklatura, entraîne toujours une réaction. La justice sociale, une démocratie réelle et le contrôle effectif des richesses du pays par le peuple, via le Parlement et les diverses institutions (y compris les médias), résoudra ce problème définitivement. (Document Banque Mondiale)

 

Alain Rajaonarivony

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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