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Lundi 30 novembre 2009


Ce n’est pas un épisode de la série «Kaamelott» où le roi Arthur a un mal de chien à garder un peu de solennité à la réunion de chefs aussi rustres que susceptibles. Non, cela se passe en vrai, en Lémurie, et plus précisément au Palais d’état d’Iavoloha. Le co-président Emmanuel Rakotovahiny est arrivé en retard, si tant est qu’il était au courant de l’heure exacte de la réunion, au Conseil des ministres présidé par Andry Rajoelina le 26 novembre. Un haut technocrate, spécialiste de la chose publique, commente, désabusé : «Dans tout pays civilisé, il y a un huissier qui annonce l’arrivée d’une personnalité lors d’un Conseil de ministres». «Il est arrivé sans prévenir… et nous reproche ensuite de n’être pas venu le saluer», se défend une ministre qui se trouvait aux premières loges. Le co-président a, en tout cas, poussé une «gueulante» sur le savoir-vivre en République et exigé des ministres le minimum de respect dû à son rang. Le Premier-ministre Eugène Mangalaza n’était pas là. Il n’avait pas voulu venir, l’autre co-président, Fetison Rakoto Andrianirina non plus. Ce dernier a expliqué ne pas vouloir répondre à une convocation «faite soudainement et unilatéralement par le Président de la Transition». Des ministres de l’ancienne équipe, qui auraient dû démissionner depuis longtemps,  se sont donc réunis sans le Premier-ministre de consensus nouvellement désigné.

 

La démarche préconisée par Mamy Andriamasomanana dans sa lettre ouverte (voir article précédent) pour débloquer la situation a retenu l’attention d’Andry Rajoelina qui devait en discuter avec Albert Zafy le 27 novembre. Au dernier moment, le président de la Transition s’est envolé pour Morondava.  La formation du nouveau gouvernement ne semble pas être la priorité absolue. La population continuera en attendant de souffrir. La levée de la quarantaine internationale est conditionnée à la mise en place effective de toutes les institutions prévues par les accords. Les sociétés exportatrices ferment les unes après les autres. La dernière à faire la Une est Prime View, une entreprise textile dont les clients se trouvent aux Etats-Unis. Ses 1500 employés sont au chômage technique depuis le 25 novembre, avant sans doute d’être licenciés définitivement. Mais comme la moitié des 150 usines du secteur travaillent pour le marché américain, ce n’est peut-être que les prémices d’une catastrophe annoncée. Dans le cadre de «l’African Growth and Opportunity Act» (AGOA), le dossier de la Grande Ile sera étudié par le gouvernement Obama à partir du 4 décembre. La non-reconduction de l’accès préférentiel mettra sur le carreau plusieurs dizaines de milliers de personnes. Les conséquences atteindront l’île voisine de Maurice dont les hommes d’affaires ont beaucoup investi dans les zones franches malgaches.

 

 Les anciens médiateurs sont très contents de prendre le large. Le cas malgache les a épuisés et ils désirent tourner la page. Ghassim Wane, chef de la nouvelle délégation de l’Union Africaine sur place, a réaffirmé que les Malgaches devaient trouver eux-mêmes la solution. Les insulaires veulent apparaître comme des politiciens respectables en faisant mine de se conformer aux accords mais en en violant l’esprit. Certains cherchent à contourner leurs signatures et les textes, dans la lignée de «l’extra-constitutionnel». Une telle mentalité à un tel niveau de concertation (patronnée par les Nations Unies) est assez inédite ! Les Malgaches ont beaucoup appris au monde !

 

Malgré les réticences de la communauté internationale, les autochtones tiennent absolument à leur petite balade à l’extérieur afin, disent-ils, de finir de monter le gouvernement (voir article : «les mouvances ne «mouvent» plus»). Comme l’idée émane du co-président Fetison Rakoto Andrianirina, à n’en pas douter, Marc Ravalomanana est derrière.  Sur 31 postes, une dizaine resterait à pourvoir. Les exigences d’une mouvance induisant des interactions avec celles des autres, les stratégies et les revendications s’adaptent et changent en permanence. Chacune a en ligne de mire les élections. Comme me l’a si bien expliqué un ministre rescapé pour l’instant de la HAT (Haute autorité de transition), en l’absence d’un nouveau gouvernement, la Communication est très importante dans ce cadre. Ce qui semble assez évident. Mais l’Agriculture l’est aussi, car «qui dit agriculture, dit 4x4 et une multitude de motos». Ces véhicules ne serviront donc pas uniquement à contrôler des pâturages. Cette bataille pour les ministères vise à s’accaparer des moyens de l’Etat pour les futures joutes électorales.

 

Comme Paris n’a pas été retenu, les Français étant eux-mêmes réticents, les têtes de file ont proposé Maputo. Les dates du 3 et 4 décembre avaient même été avancées pour la rencontre. Mais Andry Rajoelina, qui en avait accepté le principe au début, a déclaré à Morondava que les divergences devaient être réglées sur place. Ce 30 novembre, il a proposé que les entrevues se fassent en visioconférence. Et Joaquim Chissano devrait débarquer à Antananarivo cette semaine.

 

Les bailleurs de fonds sont très circonspects. Ce qu’ils voient actuellement les rend encore plus méfiants. L’embargo économique est toujours d’actualité. Maria Perez, chargée d’affaires de l’UE (Union Européenne) à Madagascar ne peut que déplorer la situation : «Les sanctions risquent de tomber» étant donné la «lenteur» dans la mise en place du nouveau gouvernement. Dans leur volonté de marquer des points, Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana sont les premiers responsables du blocage. Mais seul le peuple en subit les conséquences au quotidien de plus en plus durement.

 

 

Alain Rajaonarivony




Par Alain Rajaonarivony
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Mercredi 25 novembre 2009


André Rasolo

Ancien Ministre. Professeur de sociologie politique

Université d’Antananarivo

Mamy Andriamasomanana

Directeur territorial. Professeur agrégé

 

 

À l’attention de

Monsieur Andry Nirina Rajoelina

Chef de l’État. Président de la Transition

Monsieur Eugène Mangalaza

Premier Ministre. Chef du Gouvernement d’Union Nationale de la Transition 

 

Objet : « sortir des blocages » - lettre ouverte au Président et au Premier ministre

 

Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre,

 

Comme de nombreuses voix qualifiées qui s’élèvent et la majorité de la population qui vient à désespérer des blocages qui empêchent la constitution du Gouvernement d’Union Nationale de la Transition, nous avons voulu apporter quelques propositions que nous avons pris le soin d’asservir au travers de discussions et d’échanges avec

 

- des représentants locaux – non-officiellement mandatés - des mouvances politiques,

- des autorités politiques, civiles et militaires de la transition,

- des émissaires locaux – délégués intermittents ou permanents - de chancelleries locales et d’institutions internationales,

- d’anciens premier-ministres, ministres et chefs d’institutions,

- et surtout de deux des chefs de file des mouvances.


Parce que vous êtes, conjointement, les deux principales personnalités qui êtes qualifiées au regard des accords signés devant la communauté internationale et mandatées par ces accords - « Au nom du Peuple Malagasy » - nous vous interpellons respectueusement et solennellement pour exercer l’entièreté de vos prérogatives dans l’urgente constitution de ce gouvernement.


Pour ce faire, nous proposons une procédure simple, entièrement conforme, à la fois

- à la Charte de la Transition et aux quotas de répartition arrêtés par l’acte additionnel d’Addis-Abeba,

- au décret de nomination anticipée du Premier ministre.


Tout d’abord, nous nous permettons tout simplement de rappeler que conformément aux articles 4 et 5 de la Charte de la transition signée à Maputo : « Le Président de la transition qui exerce les fonctions de Chef de l’État […] Nomme et révoque, sur proposition du Premier Ministre, les membres du Gouvernement ».


Aussi, en respect à la hiérarchie des normes, rien ne peut s’opposer à ce que le Premier ministre vienne à proposer au Chef de l’État des noms correspondant à chaque portefeuille ministériel.


Il sera alors de la responsabilité du Président

- d’une part de confirmer ou d’infirmer les propositions avancées – en tenant compte des consultations prescrites par l’acte additionnel d’Addis-Abeba,

- d’autre part de s’astreindre à respecter les quotas de répartition définis par le même acte.


Toutefois, conscients des contingences politiques, nous avançons aussi les trois propositions complémentaires qui visent à réduire les pressions et les blocages qui ont, jusqu’alors, compromis la constitution du gouvernement d’Union nationale.


1. Le nombre de 31 portefeuilles ministériels a été arrêté, non seulement en correspondance avec les ministères actuels, mais aussi pour des motifs évidents de pertinence d’exécution et de préparation budgétaires : les engagements 2009 sont aujourd’hui exécutés et la préparation de la loi de finances 2010 s’est déjà faite sur la base des nomenclatures actuelles.


Aussi, sans céder à l’incantation de « l’intérêt supérieur de Nation », nous sommes convaincus que l’évident intérêt financier du pays, les problématiques d’organisation fonctionnelle (dont quelques soubresauts de contestations sont déjà apparus),ainsi que les contraintes de délais - qui s’imposent à ce gouvernement de la Transition, invitent tout simplement à ne modifier ni les appellations, ni les nomenclatures, ni les services rattachés à chaque portefeuille ministériel actuel.


2. Il est proposé de mettre un terme aux « marchandages » relatifs aux portefeuilles ministériels – y compris les ministères qualifiés de souveraineté.


Pour ce faire, les « mouvances » pourraient tout simplement proposer, au moins, autant de noms que de ministères à pourvoir – c’est-à-dire au moins un nom en face de chaque portefeuille ministériel (au moins 31 propositions de noms par mouvance, correspondant aux 31 ministères actuels).


Le Premier ministre dans ses prérogatives de propositions et le Chef de l’État dans son pouvoir de nomination et de révocation (et d’équilibre politique), pourront et sauront alors prendre leurs responsabilités !!!!


À titre indicatif, l’appartenance d’une personnalité à telle ou telle mouvance ne le qualifie et ne le disqualifie pas a priori pour un portefeuille ministériel, y compris de souveraineté…


3. En référence au décret de nomination du Premier ministre, si certaines des propositions correspondant aux nominations relatives à certains ministères, venaient continuer à poser de « réelles crises politiques », cela impliquerait que les ministres en exercice continuent à exercer leur mission conservatoire…


Cette situation induirait, à la fois, une réduction des surenchères de chaque mouvance, mais aussi une possibilité de renouveler les propositions sans préjudice à l’effectivité et la conduite de l’action gouvernementale : ceux qui voudront alors « bloquer » auront tout simplement choisi de conserver les ministres en exercice….


Parce que nous sommes conscients de la difficulté de vos tâches respectives ; parce que nous restons particulièrement attachés au respect de la dignité des fonctions que vous exercez, nous nous sommes permis, en tant que responsables politiques – qui avions été sollicités pour « candidater » au titre de telle ou telle mouvance dans ce futur gouvernement - mais surtout en tant qu’intellectuels de la chose publique, de vous soumettre ces quelques préconisations. Celles-ci, nous semble-t-il, diffèrent des déclarations comminatoires que d’aucuns se permettent d’enjoindre autant au Chef de l’État, qu’au Chef du Gouvernement que vous êtes respectivement.


Nous restons à votre entière disposition.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, l’assurance de notre plus haute et respectueuse considération.


 

André Rasolo                                                                Mamy Andriamasomanana



Par Alain Rajaonarivony
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Dimanche 22 novembre 2009


«Formation.gouv.mg…..Page actuellement en construction. Veuillez vous reconnecter ultérieurement»

 

C’est la page d’accueil sur laquelle les internautes en recherche désespérée des noms des nouveaux ministres malgaches auraient pu tomber. Mais ce site n’existe pas, tout comme le gouvernement. Depuis les accords du 6 novembre à Addis-Abeba, de deadline en deadline, le peuple attend sa mise en place. Le dernier report date du samedi 21 novembre. En deux semaines, les responsables politiques n’ont pas été capables de s’entendre et certains réclament de nouveau l’intervention de la communauté internationale.

 

S’il n’y avait pas eu autant de souffrances et de morts, la vie politique que l’on nous sert depuis un an tiendrait du grand guignol. Le professeur Zafy a d’ailleurs de nouveau avoué sa honte pour le pays. On peut comprendre pourquoi 50 ans d’indépendance n'ont généré que l'appauvrissement d'une grande majorité. La notion «d’intérêt supérieur de la nation» n’a pas le même sens dans la Grande Ile que dans le reste du monde. 

 

Quel est le problème insurmontable sur lequel achoppent les dirigeants ? Après s’être disputé sur le nombre de fauteuils à accorder à chacune des 4 mouvances signataires, sur le protocole et le bling-bling (voitures, bureaux, rang protocolaire), ils butent maintenant sur 2 ministères : celui de la justice et celui des Affaires étrangères.

 

Pour la Justice, tout le monde aura compris pourquoi : Les deux mouvances, celle d’Andry Rajoelina et de Marc Ravalomanana ont tout à craindre. Ce ne sont pas les affaires, y compris les crimes de sang qui manquent. Les partisans du coup d’état ressassent en boucle le 7 février mais les enquêtes pourraient s’étendre au reste. On peut citer de manière non exhaustive :

- Le «Black Monday», le 26 janvier, avec presque une centaine de morts dans une journée de «manifestations», qui a viré au pillage des entreprises du groupe Tiko dans toute l’île (voir article : «Un cauchemar dont il faut sortir»).

- Le 7 février, la tentative par la foule d’investir le Palais d’Etat d’Ambotsirohitra (ce n’était pas une simple manifestation) : 28 morts officiellement, mais une cinquantaine officieusement.

- Le 17 mars, coup d’état avec prise en otage de généraux et de négociateurs (pasteur Lala entre autres), menaces de diplomates…

- De mars à octobre, répressions des manifestations pacifiques ayant fait des morts (qu’on a cherché souvent à cacher) et des dizaines de blessés, des arrestations arbitraires, tortures et disparitions.

- Une pseudo-campagne de terrorisme, avec des bombinettes médiatisées, des innocents accusés, et des personnes tuées comme ces jeunes qui étaient sensés être les poseurs de bombes (aucune preuve), les 2 vigiles de Viva exécutés froidement par une vingtaine d’hommes en uniforme, agissant en opération, et armés d’AK47 et de lance-roquettes.(voir article : «La fuite en avant»). Le colonel de gendarmerie, promu depuis, en charge de l’enquête, n’a rien trouvé de mieux que d’accuser les membres du GTT (citoyens légalistes) qui manifestaient à Paris. Aucun militaire n’a été inquiété.

 

Concernant le MAE (ministère des Affaires étrangères), le problème est un peu différent. Andry Rajoelina est traumatisé par les épisodes de Bruxelles et des Nations-Unies (voir articles : «TGV Paris-Bruxelles» et «Humiliations au Sommet»). Il ne désire en aucun cas revivre ce genre de moments et ne veut laisser ce poste à la mouvance Ravalomanana. Cette dernière utilise ce ministère comme monnaie d’échange mais ne cherche pas à s’y accrocher à tout prix. Elle exige une personnalité neutre pour la justice, «un magistrat» suggère Mamy Rakotoarivelo, le nouveau président du Congrès (voir article précédent). Des techniciens neutres, donc hors mouvance, pour ces deux ministères feraient le bonheur de tout le monde. Un nom brûle toutes les lèvres pour le MAE. C’est celui du rédacteur des accords, y compris l’acte additionnel d’Addis-Abeba, Mamy Andriamasomanana. Mais chacun doit faire avec les extrémistes de son camp. Didier Ratsiraka ne verrait pas d’un mauvais œil l’arrivée de cette personnalité qu’il connaît. Le 20 novembre, dans un entretien par téléphone sur TVPlus, il confirmait que le blocage ne venait pas de lui. La rivalité paralysante se transpose aussi sur le terrain. Andry Rajoelina et le co-président Fetison Rakoto Andrianirina multiplient les tournées en province, chacun de son côté. Et cela, à défaut d’un voyage en commun à Rome pour le sommet de la FAO, annulé au dernier moment pour cause de dissensions protocolaires. Le Premier-ministre Eugène Mangalaza et ses appels au sens des responsabilités lancés dans le vide, se retrouve bien esseulé dans la capitale.

 

Las d’attendre sa libération conformément aux accords de Maputo et d’Addis-Abeba, Raharinaivo Andrianantoandro, ex-député et leader légaliste avait entamé une grève de la faim, il y a une semaine, pour attirer l’attention de l’opinion sur le sort des prisonniers politiques. Il a obtenu gain de cause vendredi 20 novembre sous la forme d’une liberté provisoire. Il continue néanmoins son action pour ses compagnons d’infortune au nombre de plusieurs dizaines, dont des femmes. Sans son courage, ce dossier qui aurait dû être traité en priorité pour rester dans l’esprit des accords, serait passé après la lutte pour les bureaux et les préséances de prestige.

 

On a commémoré ces jours-ci le vingtième anniversaire de la signature de la Convention internationale des droits de l'enfant adoptée par l'assemblée générale des Nations Unies le 20 novembre 1989. Dans les pays libres, les gouvernants ont fait le bilan de ce qui a été fait pour protéger les plus vulnérables et de ce qui restait à faire. Des journées de sensibilisations ont été organisées dans les écoles, des reportages diffusés à la télévision… A Madagascar, nous n’en sommes pas là. Des gosses fouillent les poubelles pour survivre mais les politiciens préfèrent laisser ce problème au père Pedro. C’est au point qu’un des seuls ministères n’ayant fait l’objet d’aucune bataille entre mouvances fut celui de la Population. Au moins Nadine Ramaroson peut envisager, sauf coup bas de dernière minute, de continuer ses actions en faveur de ses concitoyens délaissés. Elle aura été la seule ministre à avoir visité un hôpital psychiatrique ou un centre du troisième âge depuis bien longtemps. Le personnel soignant et les pensionnaires ont parfois été émus aux larmes en la voyant. «Les femmes et les enfants d’abord», encore une formule qui n’est pas en vogue à Madagascar…

 

Les accords de Maputo et d’Addis-Abeba voulaient renouer les fils du dialogue et parier sur la volonté des Malgaches de les exploiter pour sauver leur île. Les négociateurs n’ont sûrement pas anticipé tous les calculs d’épicier, croyant qu’ils avaient affaire à des gens intelligents, conscients de l’urgence et de la gravité de la situation. En fait, les politiciens n’ont rien à faire du peuple. Il aurait fallu des accords, balisés et contraignants à la virgule près pour ne plus laisser d’échappatoire. La moindre liberté d’interprétation est utilisée pour le pire. Finalement, seul Roindefo Monja a gardé un peu de dignité en partant la tête haute et en effectuant la passation à la Primature dans les règles. Le pays est à l’image de ses politiciens, au plus bas ! On en est maintenant à programmer une rencontre entre responsables de mouvances pour finaliser la formation du gouvernement. Le nom de Paris a été avancé car Didier Ratsiraka ne veut plus voyager. Il habite Neuilly. Sinon, on aurait pu suggérer New-York. Les chefs des «mouvances mouvantes» auraient été ainsi dans le bon contexte pour reprendre tous en chœur «I like to move it. Move it…»* et «bouger» enfin pour sortir leur patrie du gouffre…

 

* Refrain qui fait partie de la bande-son du dessin animé «Madagascar»


Photo 1 : Razily et son drapeau lors d'une manifestation violemment réprimée le 28 mars 2009

Photo 2 : des enfants dans la rue. L'avenir de la nouvelle génération n'est pas la priorité des politiciens malgaches

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

Par Alain Rajaonarivony
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Mardi 17 novembre 2009


Mamy Rakotoarivelo, ancien vice-président de l’Assemblée nationale avait été choisi par la mouvance Ravalomanana à Addis-Abeba pour diriger le Congrès de la transition. Cette instance doit faire office de chambre basse, pendant les quelques mois de cohabitation préludant à la IVème République. Lors de la passation entre Jacques Sylla, ancien président de l’Assemblée, et lui-même, le 12 novembre, il a fait preuve d’un véritable esprit de conciliation et repris certains députés de son propre parti qui chahutaient son prédécesseur, qualifié de «traître». 

 

Les membres du Congrès qui représenteront le chef d’état sortant seront choisis parmi les anciens élus dont le mandat a été arbitrairement suspendu par la HAT (Haute autorité de transition) en mars, après le coup d’état. Ils sont au complet, contrairement aux autres mouvances, dont certains représentants ne savent pas encore s’ils seront ministres ou députés de la transition.

 

Mamy Rakotoarivelo se veut optimiste malgré tous les blocages actuels au niveau du gouvernement car, selon sa formule, «nous sommes tous co-responsables (les 4 mouvances)». Certains ministères sont particulièrement sensibles «car ils peuvent influencer directement sur le déroulement de la future campagne présidentielle» ajoute-t-il. Il s’agit notamment de la Justice, de la Défense nationale et de la Décentralisation. Pour le premier cité, «on pourrait envisager de mettre un magistrat qui serait une personnalité neutre». Il suit avec attention le dossier des prisonniers politiques.

 

Dès la formation du gouvernement consensuel et la mise en route des institutions de la nouvelle transition, «on pourrait envisager le retour du président Ravalomanana, conformément aux accords signés. Raisonnablement, on peut espérer ce retour pour janvier 2010». Venant de la bouche du nouveau responsable du Congrès, très proche de l’ancien président, on peut considérer que ce n‘est pas une simple supputation. Les événements risquent de s’accélérer.

 

Photo : Mamy Rakotoarivelo (au 1er plan) avec Marc Ravalomanana à Addis-Abeba le 6 Novembre (Sobika)

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

Par Alain Rajaonarivony
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Lundi 16 novembre 2009


Roindefo Monja a bien fait les choses : fanfare, ambassadeurs et protocole. Ce 13 novembre, le rituel républicain qui entourait la passation avec son successeur Eugène Mangalaza aurait presque fait oublier que lui-même avait été nommé un certain 7 février sur la place du 13 mai. Monja s’est un peu racheté en forçant ses «amis» putschistes à abandonner leur tradition du viol de la Constitution et des lois de la république. Niels Marquardt, l’Ambassadeur américain en poste à Antananarivo ne s’y est pas trompé. Il était présent à la cérémonie, alors même que Monja l’avait pris à parti violemment il y a quelques mois, justement parce qu’il dénonçait ces manquements au respect des fondamentaux de l’état de droit. Le diplomate a fait part de sa satisfaction «d’être le témoin d’un pas très positif vers le rétablissement de l’ordre constitutionnel». «…La passation de pouvoir dans la paix entre les deux Premier-ministres montre la volonté politique d’apaiser la situation et d’aller de l’avant» ajoutera-t-il. C’est un satisfecit qui vaut son pesant d’or pour Roindefo Monja, réhabilité aux yeux de la communauté internationale. Car parmi les diplomates se trouvaient aussi les représentants de la Chine, de la Norvège ou de l’Afrique du Sud, des nations qui n’ont pas spécialement apprécié le coup d’état.

 

Son avenir politique est désormais plus ouvert et plus clairement tracé. Il peut se projeter dans l’après-transition en ayant réussi à se défaire en partie des casseroles du putsch. Son nouveau média, «24heures.mg», n’a pas hésité à titrer sur l’ingérence française et la Françafrique. Il prend ainsi à contre-pied son «ex-ami» Andry Rajoelina et ses sponsors. Ce dernier, qui a été récupéré à Addis-Abeba pour permettre enfin une sortie de crise, continue à batailler sur des questions de protocole avec ses co-présidents. C’est le grand n’importe-quoi et un combat d’arrière-garde. Son sort risque d’être définitivement scellé dans quelques mois mais sûrement pas en devenant un président élu. Il serait plus intelligent pour lui de profiter de ce court laps de temps  pour tenter de laisser une trace plus positive dans l’histoire.

 

Le co-président Fetison Rakoto Andrianirina, a reçu l’Ambassadeur de Chine, Wo Ruidi, dans sa suite au Carlton le 12 novembre. Il doit donner ses audiences à l’hôtel puisqu’il ne dispose pas d’un bureau, tout comme son collègue, l’autre co-président, Emmanuel Rakotovahiny, depuis la signature des accords d’Addis-Abeba le 6 novembre. Il est clair que les ex-putschistes cherchent à humilier les co-présidents en ne leur accordant pas le moindre égard. Le diplomate chinois a fait part de la disponibilité de son pays à octroyer une aide pouvant atteindre 4 milliards de dollars à Madagascar.

 

Juste au retour d’Andry Rajoelina d’Addis-Abeba, où on lui a offert le rang protocolaire de chef d’état, mais sans les pouvoirs de ce dernier, l’Ambassadeur français s’est précipité au palais d’Iavoloha le 10 novembre pour présenter ses lettres de créance. Il était temps ! Depuis le 19 mars, date de son arrivée dans la Grande Ile, il s'exprime et s’implique, prenant ainsi des libertés avec les usages diplomatiques, qui demandent la réserve tant que ces lettres n’ont pas été remises. On peut comprendre qu’il ne voulait pas laisser la part belle à son homologue américain et tenait à être plus «qu’un chef d’escale d’Air France» (le mot étant de Nicolas Sarkozy, pour les récriminations, prière de s’adresser à son auteur). Mais que faisait le drapeau malgache sur son véhicule? Normalement, c’est un privilège réservé aux visites d’état. Il témoigne en tout cas de la haute estime dans lequel il est tenu par les ex-putschistes.

 

Andry Rajoelina et Fetison Rakoto Andrianirina devraient représenter la Grande Ile au sommet mondial de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) qui se tient à Rome du 16 au 18 novembre. Une note de l’Ambassade malgache en Italie provoque depuis quelques jours l’ire et les délires des partisans du coup d’état : «…chefs de délégations : conjointement M. Andry Rajoelina et Fetison Rakoto Andrianirina, respectivement Président et Co-président de la Transition (institutionnellement, ces deux personnalités doivent être traitées et considérées à égalité)…».

 

Raharinaivo Andrianantoandro, ex-député, porte-parole du TIM et leader légaliste, en prison depuis le 15 septembre et hospitalisé à la suite de la dégradation alarmante de sa santé, a entamé une grève de la faim depuis le dimanche 15 novembre. Les prisonniers politiques n’ont toujours pas été libérés malgré les engagements d’Addis-Abeba. C’est un sujet grave, non seulement pour les victimes, mais aussi pour la société qui attendait une prise de responsabilité des gouvernants. Mais apparemment, ils sont encore accaparés par les histoires de protocoles. A chacun ses soucis !

 

 

Alain Rajaonarivony




Par Alain Rajaonarivony
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