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Mardi 17 juin 2014 2 17 /06 /Juin /2014 00:13

 

0603sri-lank-rosewood-container.jpgRoger Kolo partait lui aussi avec un à-priori favorable mais, malgré son âge, n’a pas résisté à la tentation du copinage. L’opinion publique a été très étonnée de voir par exemple 3 membres de la Fédération de football, aux parcours lamentables, nommés ministres. Ils feraient partie de la «grande famille» du premier-ministre. Calculs et népotisme habituels ont effacé le message de «réconciliation», qui voulait s’inspirer de Nelson Mandela. En un mois, la crédibilité du nouveau pouvoir a été ruinée, et la population s’est souvenue que le nouveau président avait été soutenu et adoubé par Andry Rajoelina. Il serait donc normal que les sales affaires de la Transition continuent, des accaparements de terres (voir article précédent) aux trafics de Bois de rose, dont 34 containers d’une valeur de 12,8 millions de dollars ont été saisis au port de Mombassa, le 27 mai 2014. Et début juin, c’est Singapour qui intercepte 3000 tonnes de Bois de rose, un record puisque cela fait 5 fois plus qu’au Kenya (500 tonnes), quelques jours auparavant. Et pourtant Hery Rajaonarimampianina avait annoncé solennellement qu’il prendrait la tête de la lutte contre ce trafic (voir article : «Reconciliation ? Madagascar in the loop !»). Comme seule réaction, il annoncera que les bois saisis par les autorités des pays tiers seront vendus sur place après un appel d’offres car cela reviendrait trop cher de les rapatrier. On fait mieux comme combattant : aucune enquête, aucune arrestation n’a suivi ces prises spectaculaires. Sa ministre de la justice avait affirmé qu’elle manquait de preuves pour diligenter quoique ce soit malgré les noms avancés par l’ancien premier-ministre Omer Beriziky et la presse. Il reste à espérer que l’argent finira bien au Trésor Public malagasy et non dans un compte off-shore.

 

L’insécurité continue de plus belle, aussi bien dans les centres urbains qu’en brousse et pourrit la vie de la population. Mais le fait le plus préoccupant est le phénomène Dahalo, dans le Sud, qui a pris des proportions insoupçonnées. Les vendettas traditionnelles (cycles razzias-vengeances), comme celles entre les villages d’Andranondambo et Ambatotsivala ont fait des dizaines de morts depuis le début du mois de Mai. Les gendarmes lancés dans une opération baptisée «Coup d’arrêt» affirment avoir perdu 9 hommes dans les affrontements avec les Daholo disposant, selon les officiers, de Kalachnikovs et de fusils d’assaut chinois. Ces fameux «voleurs de zébus traditionnels» seraient aussi bien armés et entraînés que l’armée. Le 15 et 16 mai, une centaine de Dahalos ont attaqué le bourg de Fenaivo dans le district d’Amboasary-Sud. Des milliers d’habitants de la commune rurale ont dû s’enfuir et se réfugier dans les villages environnants. Mais dans le même district, à Besakao, les habitants accusent la gendarmerie de bavure. Ils ont diffusé une vidéo sur Internet, montrant les sévices et les vols qu’ils ont subis. On y voit aussi le corps d’un homme venant d’Esira et que les militaires auraient tué.  

 

Devant cette situation catastrophique, les députés, sous l’impulsion des élus du Sud, ont voté une résolution le 19 mai en proposant au gouvernement des mesures très pragmatiques : octroi de véhicules 4×4 pour les régions à risque, suspension de l’exportation des bovidés, suppression des Fiches Individuelles des Bovidés (FIB)... Une dizaine de jours après, ces parlementaires interpelleront durement le gouvernement. «Le président Hery Rajonarimampianana et le Premier-ministre Kolo Roger n’ont même pas pris la peine de descendre dans le Sud… » lâchera, ulcéré, l’un d’eux. Ils dénoncent en même temps la corruption des forces de l’ordre et de l’administration, qui favoriserait cette situation. Face à cette fronde, le Premier-ministre a pris la mesure de l’urgence et dès son retour d’un séjour familio-professionnel à Genève fin mai, s’est précipité à l’assemblée où il a promis de rénover… les logements de fonction des députés... Ce n’est que le 7 juin que Kolo se rendra à Tuléar pour remettre 16 véhicules 4x4 à la Gendarmerie. Il fera un Reset de l’opération «Coup d’arrêt», histoire de faire oublier les couacs et les bavures de la première phase, jetant ainsi la confusion chez les observateurs sur le début effectif de la campagne militaire.

 

Quand le 14 juin, le président descendra enfin sur le terrain, la population lui confirmera que ce sont des étrangers qui poussent les Dahalo à attaquer les villages car la zone est «riche en produits miniers». Ces personnes ont la malchance d’occuper des terres regorgeant d’uranium et d’autres minerais. C’est durant la Transition que l’insécurité s’est vraiment installée dans cette région. Cela arrangerait certains si les habitants avaient la bonne idée d’aller s’établir ailleurs (voir article : «Guerre des Dahalo et minerais stratégiques»).

 

Corruption et insécurité sont les deux mamelles de trafics juteux qui continuent de plus belle. Pour le Malagasy moyen, rien n’a changé avec l’avènement du nouveau pouvoir. «L’état de droit» se résume pour l’instant à «des tas de droits» pour les dirigeants. Aucun trafiquant de Bois de rose de haut vol n’a jamais était arrêté, les députés ne cherchent qu’à avoir toujours plus d’avantages et ne défendent aucune idéologie ou idéal, les ministres recrutent leurs familles sans tenir compte des compétences. L’«état de droit» se réduit à une singerie des mœurs des nations démocratiques et l’espoir suscité auprès des citoyens s’est évaporé comme la rosée au soleil.

 

Seule la communauté internationale s’ébaudit de cette «démocratie» qui permet d’effacer le coup d’état de 2009 (et son ingérence) à l’image de l'une des observatrices de la mission européenne, Françoise Castex. Cette députée PS dont la carrière est au point mort, et plus spécialisée dans la défense des droits d’auteur que dans les coups d’état exotiques, avait  osé affirmer que «rien ne permet…de dire…que le scrutin a été faussé». Et cela malgré toutes les contestations et les preuves apportées sur les fraudes ayant entaché les Présidentielles. Depuis, la réalité de la situation s’est imposée et les analystes parlent maintenant d’un «apaisement de façade».

 

La Constitution de la IVème république, adoptée dans la triche (voir articles : «Laissez respirer les enfants !» et «Demain sera un autre jour…»), prévoit le statut d’un parti d’opposition (article 14, article 78b). Mais personne ne veut l’incarner malgré les noms d’oiseaux échangés pendant la campagne électorale et après. C’est normal, la notion de République n’a finalement jamais été assimilée dans la culture malgache et ce d’autant moins que celle qui en faisait la promotion, la France, l’a souvent manipulée dans le sens de ses intérêts. Ce sont les autorités coloniales qui ont introduit les premières fraudes lors des élections pour éliminer «démocratiquement» les nationalistes. Seules ces perversions du système ont été retenues !

 

Députés sommeillants 10352382 10203119723292903 570090151 La nouvelle assemblée nationale aurait beaucoup de mal à redorer le blason de la République. La députée Jocelyne Rahelihanta a accusé nommément devant les médias son collègue Laisoa Jean Pierre  comme trafiquant de bois de rose notoire. On y trouve aussi des pédophiles déjà condamnés comme Jao Jean que Nadine Ramaroson avait justement dénoncé (voir la lettre de Nadine dans : «28 août : Nadine»). Les parlementaires ont exigé des passeports diplomatiques, pour eux et leurs familles. Les analystes soupçonnent quelques arrière-pensées de se livrer à diverses activités lucratives mais illégales impunément. Il n’y aurait aucune raison de réserver le trafic d’or ou de pierres précieuses aux membres de l’exécutif.

 

Début juin 2014, les députés ont déjà menacé le gouvernement d’une motion de censure, officiellement parce que ce dernier n’arrive pas à remettre de l’ordre dans la situation chaotique prévalant dans le Sud, où les morts se comptent par dizaines et les déplacés par milliers. Officieusement, cette motion, qui a recueilli 109 signatures sur 151, y compris parmi les élus ayant affiché leur soutien au président, serait retirée si l’exécutif renonce à les contraindre de déclarer leur patrimoine conformément à la loi. Finalement, le 3 juin, Roger Kolo est revenu dare-dare à l’Assemblée et un «compromis» a été trouvé avec l’exécutif. Le salaire de chaque député est porté à plus de 5 millions d’Ariary par mois, plus 5 autres millions d’indemnités diverses. Cela fait à peu près 166 fois le SMIC local. Mais les députés sont encore en négociation pour avoir des Toyota 4x4 V8 chacun et pour être exonérés d’impôts. Un Premier-ministre qui s’enferme à huit-clos avec des députés à la Chambre basse pour négocier des compensations financières en échange du retrait d’une motion de censure, cela s’appelle de la corruption active dans une vraie démocratie.

 

La tradition républicaine est tellement peu ancrée dans l’esprit de ces dirigeants que le nouveau président a pompé son discours d’investiture sur celui de Nicolas Sarkozy, et le premier-ministre, son PGE (Programme Général de l’Etat) sur le SNRD (Stratégie Nationale de Relance du Développement), un document du PNUD. Ce dernier a présenté son Programme en français, devant des députés médusés, dont certains ont avoué ne pas comprendre correctement cette langue. Des parlementaires n’ont parfois que le niveau du collège. Ce faux pas du Premier-ministre (un véritable «acte manqué») montre bien que les responsables étatiques Gasy se sentent plus redevables à leurs sponsors, les bailleurs de fonds internationaux (et euh…nationaux), que devant les 22 millions de Babakoto*. Le seul terme technique que tout le monde doit saisir, c’est «commission», que ce soit dans le sens de «commission parlementaire» où l’on se bouscule pour les indemnités, ou dans ses autres significations. On échange les liasses de billets jusque dans les toilettes de l’Assemblée.

 

Dans ces conditions, quelles idées républicaines auraient pu être intégrées? La France a été le meilleur procureur contre la République dans la Grande Ile en trahissant ses propres idéaux. Dans la crise de 2009, elle s’était empêtrée dans la défense de ses intérêts économiques et diplomatiques. L’attitude des Etats-Unis d’Amérique a été nettement plus cohérente que la sienne. La victoire du Front national (extrême-droite xénophobe), devenu première force politique depuis les élections européennes du 25 mai 2014 (25% des voix contre 20,80% pour l’UMP et 14% pour le PS) ne contribuera pas à rendre plus attractif le modèle hexagonal pour ses anciennes colonies d’Afrique. Elle est due à l’inconséquence et la corruption des élites politiques françaises. L’idée de démissionner a frôlé François Hollande à l’annonce des résultats, et des personnalités comme le centriste François Bayrou considère qu’il pourrait ne pas terminer son mandat.  

 

La même chose guette Hery Rajaonarimampianina. La caricature de république qui existe dans la Grande Ile est moins semi-parlementaire que semi-féodale. Il n’y a pas d’opposition, même si son statut est protégé par la loi, car les «politiciens» préfèrent deviser à la Cour qu’avec les gueux des bas-quartiers. Les seuls qui s’en réclament sont ceux qui n’ont pas été élus car le représentant de l’opposition bénéficiera automatiquement du titre de député et de vice-président de l’assemblée. Bref, tant que princes et rois pourront se servir, tout ira bien, il n’y aura pas de vagues pour le pouvoir. Jusqu’à ce que la plèbe se révolte dans la rue… Ainsi chemine la Ripouxblique de Madagasikara !…

 

 

Alain Rajaonarivony

 

Babakoto : «petits singes» (prononcez «babakoutou»). Depuis que le conseiller d’Andry Rajoelina, Patrick Leloup, a utilisé ce terme pour qualifier les Malagasy dans un enregistrement audio, tout le monde l’utilise désormais par auto-dérision.

 

Photo1 : Avant Mombassa et Singapour, c'est le Sri-Lanka qui avait intercepté des containers de Bois de rose en provenance de Madagascar en avril 2014. Douaniers sri-lankais inspectant un des containers...

Photo2 : Députés malagasy luttant contre le sommeil durant une session. Une des photos qui ont fait le tour du Net et provoqué la colère des intéressés...

 


Par Alain Rajaonarivony
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Samedi 7 juin 2014 6 07 /06 /Juin /2014 16:11

 

 

Hery Rajaonarimampianina s’est envolé pour Israël le 5 juin afin d’y effectuer une visite officielle de quelques jours où volets économiques et militaires sont au programme. Celui-ci a débuté dès le lendemain, 6 juin, par l’inauguration de la Chambre de commerce israélo-malgache à Tel-Aviv. Mais la visite des lieux saints est également prévue, y compris sans doute le Mur des lamentations, comme c’est l’habitude maintenant pour les dirigeants malagasy. Andry Rajoelina et Ny Hasina Andriamanjato (le Maire désigné d’Antananarivo) n’ont pas manqué cette étape lors de leur périple dans l’état hébreu, et c’était moins des escapades touristiques qu’un pèlerinage spirituel, voire une quête mystique. Ce n’est peut-être pas par hasard que ce voyage tombe à la Pentecôte. Le lieu et le moment étant propices, le président de la Grande Ile pourra peut-être y cogiter sur ce que subissent ses compatriotes, eux qui n’ont pas besoin d’aller jusqu’en Terre Sainte pour se lamenter et en appeler à Dieu de les sauver de l’arbitraire et de la force brutale.

 

Bulldozer Filatex Photo MM JpegCe matin du 19 mai, les habitants du quartier pauvre d’Ankadimbahoaka Andrefana, situé dans la capitale s’étaient calfeutrés chez eux, en entendant les militaires et l’huissier. Les grenades lacrymogènes finiront par les faire sortir. Femmes, enfants et vieillards étaient en nombre. Aussitôt, le bulldozer entrera en action pour raser leurs maisons, qui tenaient plus des favelas de Rio que des villas de Hollywood. Plusieurs de ces familles occupaient ces terrains depuis des dizaines d’années et n’avaient pas été prévenues de leur expulsion. L’action était si violente et si soudaine qu’ils n’ont pas eu le temps de ramasser leurs affaires. Est-ce vraiment l’émanation de «l’état de droit», qui était le leitmotiv, avec «la réconciliation», du nouveau président Hery Rajaonarimampianina durant sa campagne? En tout cas, le verset biblique, «On donne à celui qui a, mais à celui qui n’a pas, on lui enlèvera même ce qu’il croit avoir» (Luc 8 :18), a été appliquée de manière particulière mais à la lettre. Près d’une centaine de familles se sont retrouvées du jour au lendemain avec le statut peu enviable mais de plus en plus répandu à Antananarivo, de SDF.

 

Les terres occupées par ces citoyens malagasy ont été octroyés au groupe Filatex, dirigé par le richissime clan de l’homme d’affaires karana Abdoul Rassoul, dont ce n’est pas le premier litige foncier à Antananarivo. Entre autres, en juillet 2012, cette société avait déjà défrayée la chronique par un remblayage illicite à grande échelle dans la plaine d’Antananarivo. Le PDS (maire désigné) Edgar Razavifindravahy et le ministre chargé de l’Aménagement du territoire d’alors, Hajo Andrianainarivelo, s’étaient renvoyés la balle. En fait, en recoupant les deux versions, les observateurs sont arrivés logiquement à la conclusion que c’est le ministère qui a vendu le terrain et la Mairie donné l'autorisation de remblaiement. Des parcelles appartenant initialement à la Seimad (société étatique chargée normalement de la construction d’habitats sociaux) ont été souvent citées dans ces types de conflits.

 

Du Mapar d’Andry Rajoelina au Docteur Robinson en passant par l’ancien président Albert Zafy et les réseaux sociaux, ce fut une levée de bouclier générale. Le scandale fut tel, que personne n’a voulu endosser la moindre responsabilité dans cette nouvelle affaire. En panique, le conseil des ministres du 28 mai sortira une décision qui contredira celle du conseil de gouvernement du 27 mai. Ce dernier approuvait «la démolition de maisons d’habitations à Ankadimbahoaka construites sur la propriété dite «SITARA» Titre n°59.089-A acquise par la Société Filatex…». Mais la «communication» du conseil des ministres «relative à l’expulsion et à la démolition de maisons d’habitation à Ankadimbahoaka» en prend le contre-pied : «Pour la préservation du bien-être de la population, l'Etat a suspendu toutes procédures de démolitions et d'expulsions relatives à cette affaire, jusqu'à ce que les ambigüités entourant ce dossier soient éclaircies. Notons qu'il s'agit d'un différend entre des particuliers et qui n'implique en rien l'Administration». La dernière phrase est bien sûr juste destinée à protéger le pouvoir.

 

Olga et une mère de famille en pleurs DSCF1593

 

Les citoyens expropriés ont interpellé le gouvernement, et en particulier la nouvelle ministre de la Population, et rappelé que Nadine Ramaroson ou sa tante Olga, qui avait repris le poste après l’assassinat de cette dernière (voir article : «28 août : Nadine») les auraient défendus. Las ! Olga  Ramaroson a été débarquée malgré la promesse présidentielle qui lui aurait été faite de la garder à son poste pour son travail remarquable. Les pauvres n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Ce ministère étrenné par Nadine n’est plus que l’ombre de lui-même et accumule les accusations de népotisme et de mauvaise gestion de l’aide.

 

Hery Rajaonarimampianana a donc trébuché sur la dernière marche. Il avait pourtant accompli l’essentiel, bataillant pendant près de 3 mois contre Andry Rajoelina et son Mapar (voir article : «Madagascar : Des ordures de politiques») et avait réussi à imposer Kolo Roger comme premier-ministre le 18 avril. C’est ce dernier qui s’est désisté en sa faveur aux Présidentielles.

 

Avec ses 70 ans et son cursus bien rempli de médecin, Kolo faisait figure de vieux sage, le fameux «raiamandreny» qui traîne dans l’imaginaire des Malagasy. De plus, le message de réconciliation était très porteur et fédérait la plus grande partie de la population. La formation d’un vrai gouvernement qui symbolisait cette idée forte devait couronner l’édifice et mettre définitivement Hery Rajoanarimampianina à l’abri de mauvaises surprises…

 

(A suivre…)

 

Alain Rajaonarivony

 

Puisque le moment s’y prête, notons que l’Ancien Testament donne des indications précises concernant la possession de la terre et les avertissements sont nombreux. Tout accaparement et détournement sont prohibés pour les Israélites sous peine de malédiction, en particulier si les terres appartiennent aux plus faibles qui ne peuvent se défendre :

 

- «Ne déplace pas la borne ancienne, que tes pères ont posée…» Proverbes 22 :28

- «Tu ne reculeras point les bornes de ton prochain, posées par tes ancêtres, dans l'héritage que tu auras au pays dont l'Eternel, ton Dieu, te donne la possession» Deutéronome 19:14

- «Maudit soit celui qui déplace les bornes de son prochain!» Deutéronome 27:7
-
«Ne déplace pas la borne ancienne, Et n'entre pas dans le champ des orphelins» Proverbes 23 :10.

 

Les Malagasy sont aussi évidemment profondément croyants et certains croient même qu’ils ont des origines hébraïques….

 

Photo 1 : Le bulldozer en action le 19 mai 2014 pour détruire les maisons de citoyens malagasy. Les journalistes n’étaient pas les bienvenus, et les sites d'infos ont passé cette seule photo (publiée à l’origine, je crois, par Midi Madagasikara. Merci en tout cas à l’auteur !).

Photo 2 : Expulsion à Antohomadinika, après la démolition d'habitations, dans la banlieue d'Antananarivo en décembre 2011. La ministre de la Population, Olga Ramaroson, était alors au milieu des sinistrés en pleurs…

 

 


Par Alain Rajaonarivony
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Jeudi 3 avril 2014 4 03 /04 /Avr /2014 00:00

 

 

«Une source fait-elle jaillir par la même ouverture de l’eau douce et de l’eau amère ?»**

Le questionnement de l’apôtre Jacques recadrant brutalement les chrétiens ayant tendance à appliquer un double standard pourrait être repris aisément par les analystes de la crise malgache qui essaieraient de suivre l’évolution des positions politiques ces trois derniers mois. Ce serait d’autant plus pertinent que les politiciens de la Grande Ile, toutes idéologies confondues, ont tendance à embarquer Dieu avec eux, citant à tout va des versets bibliques, ou s’affichant dans les évènements cultuels. L’apôtre prévient ses ouailles qu’avec un comportement qui contredit leurs discours, ils aboutissent  à discréditer le Seigneur qu’ils prétendent servir et sèment le chaos dans leurs assemblées. Cela fait bientôt 3 mois que le nouveau président sensé ramener l’état de droit bataille contre le double langage de ses «ex-amis» qui le traite de «traître», et de ses «anciens ennemis», devenus de fait parfois ses alliés.

 

Elu officiellement président depuis le 17 janvier avec 53,49% des voix, Hery Rajaonarimampianina voit son investiture le 25 janvier saluée par une grenade lancée dans la foule le soir même. Cet attentat coûtera la vie à 3 personnes, dont 2 enfants et fit plusieurs blessés graves. Un avertissement de la part de qui?

 

Le 29 mars 2014, jour de la commémoration du massacre des Malagasy patriotes par les colonialistes français, Le Mapar (voir article : «Madagascar : Des ordures de politiques») regroupant les partisans d’Andry Rajoelina organise des manifestations. Bien que ces militants ne soient qu’une poignée, les accusations de «dictature» et de «traîtrise» contre le chef de l’état ont bien fusé. La présidence a réagi contre ces «comportements honteux» qui ont sali «la mémoire de nos martyrs».

 

Hery et FabiusToujours est-il que début avril, Hery Rajaonarimampianina s’est envolé pour Bruxelles, sans avoir pu nommer un nouveau Premier-ministre. Omer Beriziky joue donc les prolongations avec son gouvernement. Quelques semaines auparavant, le président était aux Etats-Unis, et a rencontré, entre autres, les responsables de la Banque Mondiale et du FMI, qui ont entériné la normalisation de la collaboration avec la Grande Ile. Sur le chemin du retour, il s’est arrêté à Paris, et a reçu le 20 mars le ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius à la résidence de Madagascar. Le nouveau chef de l’état peut au moins se consoler d’une reconnaissance certaine et sans failles sur le plan international. Le 1er avril, le sous-secrétaire d’état aux Affaires africaines américain, Robert Jackson, était à Antananarivo. Ses déclarations étaient sans ambiguïté : «Ce n’est pas un accident si je viens à Madagascar tout de suite après la visite du président Hery Rajaonarimampianina aux Etats-Unis… Le moment est venu pour rétablir la relation qui s’est dégradée ces cinq dernières années». Les pays partenaires ont hâte de tourner la page afin de reprendre les affaires. Madagascar regorge d’énormes potentialités dont, pour l’instant, seul le peuple malagasy ne profite pas.

 

Mais le nouveau président pourra emporter l’adhésion de toute la population s’il arrive à concrétiser ce qui semble être son leitmotiv : la Réconciliation. Il l’a répété sur tous les tons, aussi bien dans les tribunes internationales qu’au pays et a même souligné, dès le premier conseil des ministres, le 29 janvier, que c’était «non négociable». Cela n’a pas plu à l’aile dure issue du coup d’état de 2009, qui l’a soutenu lors de sa campagne électorale, où Hery Rajaonarimampianina avait pourtant bien parlé de sa volonté de réconciliation. Mais comme Andry Rajoelina, qui s’affichait comme son mentor, disait exactement le contraire, ses propos sont restés inaudibles. Ses premières mesures cueilleront donc l’opinion par surprise. Lors de ce premier conseil, il fera dissoudre les FIS (Forces d’intervention spéciale) et la DST (sécurité du territoire), organes de répression directement rattachés à l’ancienne présidence. Certes, c’était une revendication ancienne de la communauté internationale, principal bailleur de fonds des élections, au nom des Droits de l’homme. Mais le symbole était quand même très fort. Il mettra aussi le holà à l’accaparement des terres en interdisant toute vente des terrains de l’Etat.

 

Une semaine après, il récidivera en déclarant qu’ «il est inadmissible que des stocks de bois de rose  saisis, ayant déjà fait l’objet de décomptes, soient encore pillés et qu’il est également inadmissible que des coupes de bois de rose continuent à sévir jusqu’à actuellement». Il annonce dans la foulée qu’il va personnellement «diriger ce combat contre les trafics de bois de rose». Or, tout le monde sait depuis longtemps que plusieurs barons de la Transition sont mouillés jusqu’au cou dans ce commerce maffieux.

 

Toutes ces mesures lui ont valu la haine de ses anciens alliés et la sympathie des opposants. On a donc assisté à un basculement de la sémantique et aussi des alliances. Ceux qui l’ont encensé le vouent désormais aux gémonies et inversement. Le Docteur Robinson, son ancien challenger, se dit prêt à collaborer avec le pouvoir. Même Marc Ravalomanana fait preuve d’une large compréhension.

 

Mais les vrais démocrates apprécient surtout les efforts du nouveau président d’aller vers l’état de droit, quand bien même il n’aurait pas été leur candidat préféré aux Présidentielles. Il reste à espérer que toutes ces résolutions ne demeurent pas au stade des mots. Une autre métaphore biblique, dans ce cadre, est aussi bien appropriée : «On voit l’arbre à ses fruits». Les citoyens attendent la mise en œuvre de cette réconciliation dans les faits et le nouveau président n’aura pas, lui non plus, droit à l’erreur (voir article : «Vérité et réconciliation : Robinson n’aura pas droit à l’erreur»). Réconcilier, c’est rassembler, et c’est l’exact contraire de la devise des colonialistes : «Diviser pour mieux régner». Le 22 mars, lors du congrès de son parti, le vieil amiral Didier Ratsiraka lui-même demandera pardon au peuple malagasy tout en conseillant amicalement au chef de l’état : «Si vous voulez durer, du moins deux mandats, réconciliez les Malgaches». C’est la vraie clé qui permettra à Madagascar, où la vengeance succède trop souvent à la violence, d’être libéré de ses vieux démons, de retrouver la stabilité et de redécoller économiquement.

 

*To be in the Loop, littéralement «être dans la boucle», signifie en anglais «être dans le coup» ou «être au courant», en référence aux difficultés de communication. Cette expression pour les pilotes a aussi un sens spécifique : être engagé dans des combats aériens tournoyants, très rapides et dangereux. Les 2 sens s’appliquent pour Hery Rajaonarimampianina qui tente d’imposer la «réconciliation» comme un fait incontournable en en faisant mention en toute occasion. Mais ce sera aussi son combat, où il devra déterminer très vite qui sont «amis» et «ennemis».

** Livre de Jacques 3 : 11

 

Photo : Le président malagasy avec Laurent Fabius, à Paris

 

Alain Rajaonarivony

Par Alain Rajaonarivony
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Lundi 13 janvier 2014 1 13 /01 /Jan /2014 00:20

 

 

- «Vous êtes allé voter ?»

- «Oui, mais il n’en sortira rien. «Ils» vont faire en sorte que les deux candidats aient des scores très proches, et dire ensuite qu’il y a eu tellement de fraudes qu’il est impossible de les départager. Cela servira de prétexte pour annuler les élections afin d’éviter une guerre civile…»

Ce dialogue s’est tenu le 20 décembre 2013, le jour même du second tour des Présidentielles. Et comme cette source était la même que celle qui m’avait annoncé la veille du 7 février 2009 qu’il y aurait un bain de sang le lendemain, et que je n’y avais pas cru à l’époque, j’ai été très attentif (voir article : «Massacre du 7 février : Le témoignage qui disculperait Marc Ravalomanana »). En analysant le déroulement des évènements, effectivement, jusqu’à présent, tout se déroule comme prévu.

 

Dès le soir du 20 décembre, la Télévision Nationale (la TVM) s’est mise à égrener les résultats en commençant par des bureaux de vote situés au fin fond des provinces réputées acquises à Hery Rajaonarimampianina, le candidat du pouvoir. Des bureaux de la capitale, à quelques arrêts d’autobus du bâtiment de la télévision, mais favorables à Jean-Louis Robinson, attendront plusieurs jours avant d’être comptabilisés. Hery, largement distancé au 1er tour par son adversaire, se retrouvait ainsi de cette manière, à toujours caracoler en tête, du moins pour les médias d’Etat. Les accusations de fraudes qui apparaîtront aussitôt, avec des reportages par exemple sur TVPlus, et des témoignages très précis, n’y changeront rien. La manipulation psychologique était bien maîtrisée.

 

Le 3 janvier, la Cenit (Commission électorale) annonçait la victoire officieuse de Hery Rajaonarimampianina avec 53,50% des voix, sous réserve de validation par la CES (Cour électorale spéciale). Au même moment, Jean Louis Robinson considérait qu’il l’avait emporté avec 52,87% et dénonçait des «fraudes massives».

 

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Des observateurs qui ne servent à rien

 

Urnes bourrées à Marovoay 1488127 579654295438403 9161845Tout était «libre, transparent et crédible !» selon les observateurs internationaux. Mais ce n’est pas au siège de la Cenit ou dans quelques bureaux de vote des grandes villes qu’ils auraient pu observer quoique ce soit. Nous ne sommes plus dans les années 60, avec des bureaux sans isoloir et des militaires dans les bureaux, ou dans un pays d’Afrique en guerre où des milices tirent sur les électeurs et enlèvent des candidats. Le scrutin s’est déroulé de manière pacifique et calme. Mais les observateurs n’étaient pas là quand, en pleine nuit dans les petits bureaux de vote, on obligeait les scrutateurs nationaux à sortir lors des décomptes, ou quand on menaçait les responsables qui refusaient d’avaliser des procès-verbaux falsifiés. Ce sont ces procès-verbaux qui sont ensuite envoyés à la Cenit. Parfois, les décomptes ont dû être arrêtés quand le nombre de bulletins dépassaient le nombre d’électeurs inscrits, mais ça, ce n’était pas mentionné sur les scans repris informatiquement devant les observateurs internationaux très satisfaits. Quant aux échanges d’urnes, c’est du classique surtout quand on rate le rendez-vous avec l’hélicoptère de ramassage dans les régions enclavées ou quand on doit trimballer les urnes d’un endroit à un autre avant de prendre le taxi-brousse. Et les manipulations statistiques, elles, sont indolores. Les fraudes se passaient en amont et en aval avec une certaine finesse.

 

Observ inter 2 JpegOn est bien loin d’une élection sans fraude, comme l’affirmait Francis Kpatindé, journaliste et consultant du PNUD à Madagascar, sur France 24 le 5 janvier. Francis, je le connais personnellement, du temps où l’on était tous les deux à Jeune Afrique, et il n’est pas question de remettre en cause son honnêteté intellectuelle. Cependant, il méconnaît la psychologie des Malgaches, champions de la triche, l’exemple le plus abouti étant Norbert Ratsirahonana, qui a réussi à transformer un coup d’état (et que le monde entier appelle comme tel désormais) en «changement extraconstitutionnel». En fait, d’après des Malagasy qui ont côtoyé des observateurs étrangers, certains ont bien surpris des actes frauduleux mais les ont passés sous silence pour «ne pas faire d’histoire». Ce qui confirme l’analyse de Pierre Boutry, responsable de la commission Afrique du Parti de Gauche français, concernant entre autres, le décret qui a permis à Andry Rajoelina de participer à la Propagande. «…«Oui, ce texte a violé la Feuille de route (de sortie de crise signée en septembre 2010), mais elle n’a pas perturbé le vote», a déclaré benoîtement la chef de la Mission de l’UE. Cette légèreté s’inscrit dans le prolongement de l’empressement de la plupart des observateurs internationaux à déclarer que le scrutin du premier tour s’était déroulé sans problèmes et à couvrir le fait que 10% des électeurs n’ont pas pu voter dans un pays où seuls 7,8 millions d’individus sont inscrits sur les listes électorales pour une population de 22 millions d’habitants !»

 

Dans son interview à Jeune Afrique le 7 janvier, le docteur Robinson avait raison de dire qu’il n’y avait «jamais eu de fraude d’une telle ampleur». Le lendemain, dans le journal Le Monde il précisera : «Ce que nous voulons…c’est la transparence : procéder à la vérification des bulletins de vote, annuler ceux qui présentent des anomalies et procéder à un recompte des voix. A ce moment-là, nous accepterons devant le monde entier les résultats.»

 

 Robinson peut nourrir des regrets

 

Mais Robinson a aussi une part de responsabilité dans la déconvenue qui lui arrive. Il aurait pu mener avec une telle avance que les fraudes, si sophistiquées soient-elles, n’auraient pu cacher sa victoire. Car la population, en butte à une misère parfois sans nom et à une insécurité quotidienne, n’en pouvait plus de l’étalage de luxe et des méthodes violentes des dirigeants et était prête à voter «tout sauf la continuité de la HAT». Robinson bénéficiait d’une bonne image. Le 11 décembre, dans un débat face à son rival, il a parlé de Nelson Mandela comme «d’un saint homme pour l’Afrique, un sage» qui «a montré une tolérance inégalable… à la source de la réussite de l’Afrique du Sud… Nelson Mandela est pour moi un grand frère, un exemple et pour nous, à Madagascar, il devrait servir d’exemple de tolérance et de réconciliation… Il a fait 27 ans de prison, et à la sortie, il a pardonné. C’est ce que nous devrions faire à Madagascar. Les crises et les situations inextricables sont dues à nous-mêmes et celles-ci pourraient être effacées par la tolérance et la réconciliation nationale». C’est exactement ce à quoi la population aspirait et il l’a dit d’autant plus simplement que ce discours correspondait à ses convictions.

 

Et brutalement, dans les jours qui ont suivi, son message a changé. Le ton est devenu plus agressif, le contenu aussi. Il a fait des jeux de mots douteux sur les Foza (écrevisses) et les Procambarus, nom scientifique de ce crustacé. Les Foza désignent les partisans de la Révolution orange, en référence à la couleur, mais dans le langage courant, il désigne aussi, par exemple, un téléphone portable bas de gamme, bref, c’est un terme péjoratif. Or, tous les partisans de la Révolution orange n’étaient pas des putschistes, et parmi ceux qui l’ont été, beaucoup l’ont regretté, en s’apercevant amèrement qu’ils avaient été trompés. Il aurait fallu qu’il parle de reconstruction morale et économique au lieu de s’étaler sur des attaques inutiles qui ont blessé plusieurs de ses électeurs potentiels. Voyant la victoire à portée de mains, les faucons de son mouvement lui ont sans doute inspiré ce changement de ton, qui aurait pu plaire à une frange plus revancharde (et encore, ce n’est pas sûr !). Le résultat a été désastreux et s’est traduit par une abstention plus importante. Ceux qui ne voulaient plus de Andry (par Hery interposé) mais ne pouvaient pas se reconnaître dans le discours de Robinson, se sont vus abandonnés (voir article : «Vérité et réconciliation à Madagascar : Robinson n’aura pas droit à l’erreur»).

 

Emilien--tue-par-L-Emmoreg-1535634_10202949448407744_52642.jpgDepuis, Robinson est revenu à son modèle (Mandela). Si personne ne remet plus en doute l’existence des fraudes à quelques jours de la proclamation officielle des résultats par la Cour électorale, sa victoire supposée est plus étriquée, et ses adversaires ne manqueront pas de jouer là-dessus. Un analyste français prédit, pessimiste : «Ca va se passer comme partout en Afrique. On va annuler quelques voix pour faire plaisir à Robinson, mais en final, c’est le candidat du pouvoir qui gagnera !»

 

En fait, que ce soit Hery Rajaonarimampianina qui gagne ou Jean-Louis Robinson n’est pas le plus important. Mais il faudrait à tout prix que l’élection du vainqueur ne soit pas entachée de suspicion, ferment de la nouvelle crise à venir. Le plus simple est de procéder à un recomptage des voix, ce qui ne prendrait que quelques jours, mais évidemment, le pouvoir fait pression pour que cela ne se fasse pas.

 

Le 10 janvier 2014 à Majunga, les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles sur des étudiants qui manifestaient. Elles auraient épuisé leurs grenades lacrymogènes et tiré pour se défendre, en tir tendu. Bilan, plus d’une dizaine de blessés parmi les étudiants, dont certains gravement touchés à l’abdomen. L’un d’eux décédera le lendemain. Quelques membres des forces de l’ordre ont aussi été blessés. Le Général Richard Ravalomanana déclarera : «Si les étudiants persistent à manifester, nous n'hésiterons pas à faire usage de nos armes pour faire régner la loi.» Un avant-goût de la future «démocratie» ?

 

Photo 1 : Jean Louis Robinson et Hery Rajaonarimampianina : les 2 protagonistes d’une nouvelle crise, à moins d’un miracle de sagesse…

Photo 2 : Des urnes contenant des bulletins falsifiés surprises par la population à Marovoay

Photo 3 : Les Malagasy ne se sont pas entretués, les observateurs internationaux sont satisfaits. Quant aux fraudes, faut pas trop en demander non plus d’un pays sous-développé…

Photo 4 : «Touché à l'abdomen, Tiamanajarakoto Tianjarafitia Emilien, 3ème année à l'IBA, de Bealanana vient de décéder». Commentaire et photo, qui ont fait le tour de Facebook, de l’étudiant tombé sous les balles des forces de l’ordre.

 


Alain Rajaonarivony 

 

Par Alain Rajaonarivony
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Jeudi 19 décembre 2013 4 19 /12 /Déc /2013 09:01

 

Photo pour blog Decorations de No l a Paris la capitale e

 

Ordures Tana 1477691 567334346687267 262875953 nA l’approche de Noël, toutes les grandes métropoles du monde se parent de décorations lumineuses et de guirlandes multicolores. Les municipalités rivalisent d’ingéniosité pour créer la féérie, pour le plaisir des petits et des grands en cette période particulière où l’on parle du salut de l’humanité, des cadeaux et de bons repas de fêtes. Antananarivo a eu droit elle aussi à un traitement très spécial pour cette période de la part du gouvernement de transition. Les ordures n’ont pas été ramassées pendant des semaines, plus exactement depuis le premier tour des Présidentielles qui a vu une large victoire de Jean Louis Robinson avec près de 40% des voix dans cette capitale frondeuse. La déconfiture était totale pour le candidat du pouvoir, Hery Rajaonarimampianina, mais aussi pour le Président de la délégation spéciale (PDS, maire par intérim), Edgar Razafindravahy également candidat. Ceci expliquant cela, les Tananariviens furent punis pour leurs «mauvais» votes.

 

«Il y a une épidémie de peste actuellement à Madagascar dans cinq districts (sur 112). Quatre-vingt-six personnes ont attrapé la peste dont 39 sont décédées» indique laconiquement un communiqué du ministère de la santé le 12 décembre. Toujours au cours de ce mois, plusieurs personnes ont dues être hospitalisées à Antananarivo, à cause du choléra. Les médecins considèrent que ce sont les ordures amoncelées dans les rues de la ville qui en sont les principales responsables.

 

Nadine-en-train-de-balayer-1467342_649681491737244_17940073.jpgPeste, choléra après l’invasion de criquets, on est en plein dans les 10 plaies d’Egypte. Maladies de la misère et de la crasse, elles sont le fidèle reflet de ce que le pouvoir de la Transition a fait à ce peuple. L’image renvoyée est plus que déplorable et des tours opérators ont fait part de l’annulation de leurs séjours par de nombreux touristes. Tout ceci vient après l’annonce de la Banque Mondiale indiquant que Madagascar est désormais le pays le plus pauvre du monde avec 92% de sa population qui vit avec moins de 2 dollars par jour.

 

Les rats se baladent tranquillement dans les rues, au milieu des immondices. D’autres rats, pendant ce temps, quittent le navire, car le second tour des Présidentielles ne semble guère laisser place au doute. A moins d’un coup de théâtre improbable ou de fraudes de haut vol, le Docteur Jean Louis Robinson devrait être le prochain président de la république, tant la population a hâte de se débarrasser d’un pouvoir de transition, qui l’a réduite à une misère et une indignité sans nom.

 

Pour tenter de regagner le cœur des Tananariviens, Andry Rajoelina, et les candidats qu’il soutient pour les législatives regroupés au sein de la plateforme MAPAR, ont envoyé des camions ramasser les ordures, avec leurs affiches de propagande collées sur les cabines. Lors de son dernier débat avec son adversaire le 18 décembre à la radio-télévision nationale (RNM-TVM), Jean Louis Robinson a d’ailleurs révélé que lui aussi voulait aider la commune urbaine en mettant à sa disposition des camions. Mais ses responsables ont refusé son aide par crainte des dirigeants, en expliquant que ces derniers semblent bien utiliser ce grave problème de salubrité publique à des fins politiques.

 

Le second tour des Présidentielles auront lieu le 20 décembre et la commission électorale (CENIT) espère sortir les premiers résultats provisoires le 3 janvier. A ce moment là, les Malagasy espèrent être débarrassés des ordures…

 

prezida

 

Photos 1 et 2 : Pour les décorations de fin d’année, Antananarivo est sûrement la dernière métropole du monde. Dans les années 60, on disait qu’elle était la banlieue de Paris. Ce n’est plus qu’un lointain souvenir. Paris, ville-lumière et Tana, vide-ordures ? Les Malagasy sont loin du reste du monde…

 

Photo 3 : Nadine Ramaroson, à peine nommée ministre de la Population et des Affaires Sociales en 2009 a lancé une campagne d'assainissement de la capitale et a pris elle-même le balai pour donner l’exemple. La dignité d’un peuple se voit aussi par son environnement. Elle a été éliminée (voir article : «Nadine ne les gênera plus»)… Ceux qui ont fait campagne balançaient parfois les T-shirts à leur effigie du haut de leur 4x4 à la plèbe miséreuse.

 

Photo 4 : Andry Rajoelina en premier et en gros plan sur une affiche des législatives de la plateforme MAPAR (Avec le Prezida Andry Rajoelina), au mépris de la neutralité exigée par la feuille de route et la Constitution. A sa gauche figure le chanteur Rossy. Le dernier jour de campagne, la CES (Cour électorale spéciale) a décrété l'illégalité de la démarche. Sa décision est arrivée trop tard…

 

Alain Rajaonarivony

 


Par Alain Rajaonarivony
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