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Mardi 23 décembre 2008 2 23 /12 /Déc /2008 00:01


Malgré la distance, la diaspora continue de suivre les évènements de la Grande Ile en temps réel grâce à Internet. Ainsi lundi matin 22 décembre, l’hôtel 5 étoiles d’Ivato, en cours de construction par les Chinois et pièce maîtresse de la réception de l’Union Africaine en juillet 2009, a connu un début d’incendie. Circonscrite à temps, les dégâts sont limités. Ouf ! un sujet brûlant et polémique de moins dans une série d’évènements dont le chef d’orchestre est le pouvoir depuis plusieurs jours.

Contrôler l’information est devenu un tel enjeu pour les dirigeants que le seul véritable espace de liberté reste, hélas, comme en 2002, Internet. Quand la station Viva TV fut fermée sur ordre de l’Etat dans la nuit du samedi 13 décembre, Sobika.com fut le premier de tous les médias de masse à l’annoncer dans l’après-midi du dimanche avant même la mise en ligne des journaux malgaches.

La fameuse vidéo de Didier Ratsiraka, dont la diffusion fut le prétexte de cette brutale suspension, a battu des records de visionnage sur DailyMotion. Madagate.com a donné subtilement le lien vers Madagasikara-soa.com  qui avait affiché la vidéo en 3 parties. Diaspora et communauté internationale ont donc eu le droit de juger par eux-mêmes la prestation de l’ancien chef de l’Etat, pas les Tananariviens, infantilisés par un régime aux comportements de plus en plus hiératiques. Tous les sites cités sont basés à l’extérieur de la Grande Ile.

La déclaration d’un vieil homme dans une langue malgache ciselée (bon point dans la vulgarité ambiante), quelques infos inédites, une longue liste des dérives du régime que tout le monde connaît déjà, une bonne dose de mauvaise foi et une amnésie sélective… Bref ! un vrai politicien dans toute sa splendeur mais point « d’atteinte à la sécurité de l’Etat »! Le pouvoir aurait voulu prouver sa faiblesse en matière de respect des libertés qu’il ne s’y serait pas pris autrement ! Et en mondiovision de surcroît !
 
Andry Rajoelina, Maire de la capitale et actionnaire de Viva TV a donné jusqu’au 13 janvier aux responsables pour revenir sur leur décision. Pendant ce temps, MBS, propriété du Président, sous couvert d’essai technique, émet sur la totalité du territoire, normalement un privilège uniquement dévolu à TVM.Une parfaite illustration de la fable de La Fontaine : « que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir»

TVM et RNM, télévision et radio nationales continuent d’ailleurs de censurer les informations gênantes pour le régime comme au bon vieux temps. Et les leaders d’opinions (syndicalistes, politiciens ou intellectuels), autres que ceux qui manient la brosse à reluire, sont interdits d’antenne.

La fibre optique devant relier Madagascar au reste du monde et permettre le haut débit  n’a pas vu le jour depuis 2002. L’Etat l’a toujours remis au lendemain alors que c’est une priorité économique… Finalement, c’est un opérateur privé français, Orange, qui va peut-être concrétiser le projet d’ici quelques mois, via La Réunion.

En attendant, il est permis de surfer sans modération car comme de coutume, la démocratie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas.


Alain Rajaonarivony




Par Alain Rajaonarivony
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Dimanche 21 décembre 2008 7 21 /12 /Déc /2008 00:01


                                                         
                      Le Christ, placé sur une hauteur comme à Rio de Janeiro, bénit Antananarivo.
                      C'est le Père Pedro qui a fait construire cette promenade au-dessus du village
                      d'Akamasoa, devenu synonyme de dignité et connu mondialement.          


Le pouvoir a reculé. Les menaces d’arrestations n’étaient pas que des rumeurs, malgré les dénégations officielles. La volonté de passer à l’acte existait bel et bien mais des dissensions dans la chaîne d’exécution ont bloqué la machine. La meilleure preuve en est les hésitations de la ministre de la justice devant la presse.

Un petit répit donc pour les personnalités qui ont exigé l’application effective des libertés fondamentales. Mais l’alerte a été tellement chaude qu’une mobilisation s’est effectuée. L’attitude autoritaire du régime et l’arbitraire de ses actes ont finalement produit un effet logiquement explicable en psychologie mais inattendu pour les dirigeants. L’excès d’injustice a fait sauter les atermoiements, signes d’une certaine crainte. Ce qui veut dire que désormais, les victimes désignées ne chercheront plus à se préserver. Leurs adversaires veulent les exterminer, ils feront face.

Le désarroi change de camp. On ne se bat pas de la même façon lorsqu’on défend sa vie ou des 4X4 et des villas. C’est ce qui s’est passé en 2002. Cette réalité est déniée par les partisans du pouvoir tellement elle est angoissante. Mais les mêmes causes produisent les mêmes effets et il sera intéressant de comparer les réactions de Ratsikara en 2002 et celles des gouvernants dans les semaines qui viennent.

En attendant, Alain Ramaroson a annoncé la création du FCD, « Force de Changement pour la Démocratie » le 19 décembre devant les journalistes et les représentants de la CUA, du Conecs, de Tambatra, de l’AVI….mais aussi d’un invité surprise, Monseigneur Jean Paul Randriamanana. Il était là au nom de l’Archevêque d’Antananarivo, Monseigneur Odon Razanakolona et a donné sa bénédiction. « Nous allons prier pour la réussite de votre action », a-t-il dit « car Dieu ne désire pas cette pauvreté et cette souffrance pour la population ».

Alain Ramaroson sera le président et le journaliste et écrivain Gilbert Raharizatovo, auteur de  «Madagascar 2002, Genèse et silences d’une crise», le vice-président de cette nouvelle formation.

Nadine Ramaroson confiera dans un entretien téléphonique : « Les gens n’ont plus peur. Ce pouvoir a rompu le contrat social et on ne peut pas continuer à vivre ainsi… ». La présence des plus hauts responsables de l’Eglise catholique est une véritable caution pour cette coalition. On sait quel rôle a joué le FFKM, la confédération des Eglises, en 2002  dans la montée de Marc Ravalomanana (voir justement le livre de Gilbert Raharizatovo).

La population semble approuver la démarche. Le tout-nouveau président du FCD, invité dans une émission spéciale de deux heures sur Radio Antsiva ce samedi 20 décembre a pu le constater. Sur 22 interventions d’auditeurs, une seule lui était défavorable.

La chose remarquable dans les derniers évènements, c’est que le pouvoir a permis l’éclosion d’une nouvelle génération de responsables à force de les persécuter. Andry Rajoelina et Nadine Ramaroson ont littéralement crevé l’écran. Les vieux dinosaures sont réduits à de la figuration. La relève est là et elle a un autre mental. Tout n’est peut-être pas si négatif !


Alain Rajaonarivony





Par Alain Rajaonarivony
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Vendredi 19 décembre 2008 5 19 /12 /Déc /2008 22:45


Ce vendredi 19 décembre à Antananarivo, ce sont plutôt les préparatifs des fêtes de fin d’année qui accaparent les esprits. Pourtant, derrière cette atmosphère festive, les rumeurs bruissent et chacun est à la recherche d’une confirmation. La veille, le Maire avait annoncé qu'il risquait d'être arrêté avec un certain nombre d'autres personnes. Et cet après-midi, il apparaît bien que des arrestations sont effectivement programmées. Sur la liste noire : Andry Rajoelina, Maire de la Capitale, Nadine Ramaroson, Secrétaire Générale du Conecs et directrice marketing de la Savonnerie Tropicale, Rolland Razafindramanitra, Vice-président du Conecs, Elia Ravelomanantsoa, ancienne candidate à la Présidence et collaboratrice du Maire, Alain Ramaroson, ancien ministre et fondateur du Masters…

On dirait à s’y méprendre un casting pour une soirée de gala sauf que l’invitation du gouvernement serait plutôt pour une prison bien crasse. Qu’a pu bien faire tout ce beau monde ? Pas un dîner mais une réunion dans un restaurant où ils ont parlé libertés et démocratie le 17 décembre. Une fois de plus, cela a énervé certains puisqu’il y avait une nuée de journalistes. Mais chacun a droit à son heure de gloire, n’en déplaise aux membres du gouvernement qui aimeraient attirer autant de caméras. Qu’ils organisent des réunions avec des thèmes porteurs, et des réalisations à la clé quand même, et ils seront les vedettes. Faute de faire quelque chose de positif, ils marquent leur existence en empêchant les autres de vivre. Le ministre de l’information a fermé la station Viva TV, la ministre de la Justice et celui des Mines se sont acharnés sur la société « Le Quartz », celui des finances s’est illustré dans la confiscation des recettes de la CUA, le responsable des transports a pourri la vie de centaines d’automobilistes avec son interdiction des volants à droite…Il manquait le ministre de l’Intérieur (en fait, le Premier ministre lui-même, en charge des deux postes) qui devrait justifier les arrestations demain à moins qu’un contre-ordre ne vienne de très haut.  

Une fois de plus, ce serait une mauvaise décision et une politique désastreuse. Les médias internationaux sont alertés et Madagascar ferait la Une pour de fâcheuses raisons. Qui a intérêt à ce que la réputation du pays se détériore aussi vite aux yeux du monde ? On n’arrête pas les gens parce qu’ils exercent leurs droits garantis par la Constitution.

La Grande Ile est actuellement sur la sellette car elle renvoie une image ambivalente : d’un côté, des lois et institutions qui s’accordent plus ou moins avec les standards internationaux, de l’autre un comportement du pouvoir qui viole ces mêmes lois. L'attitude du peuple malgache a forcé l’admiration du monde en 2002. Cet héritage est en train d’être dilapidé par des gouvernants qui ne respectent pas les citoyens. Il y a là une escroquerie morale.


Alain Rajaonarivony




Par Alain Rajaonarivony
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Mardi 16 décembre 2008 2 16 /12 /Déc /2008 21:38
                                                                                                                                                                                                                                         

  Le siège de Viva TV à Antananarivo     




La station Viva TV n’avait pas programmé « Le Père Noël est une ordure », ce soir du samedi 13 décembre, mais ce fut tout comme, pour les employés en service. Quand ils ont vu les policiers débarquer de deux minibus, ils comprirent immédiatement que la fiesta de la fin de l’année ne serait pas tout à fait celle qu’ils avaient prévue. Ce fut expéditif ! Séance tenante, la clé fut mise sous la porte sur ordre du ministre de l’information.

Depuis le temps que le gouvernement cherchait une idée pour ébranler le maire de la Capitale, Andry Rajoelina, l’occasion était trop belle. Didier Ratsiraka, l’ancien chef de l’Etat, avait tenu la vedette pendant 45 minutes dans une vidéo diffusée cette nuit là. Rien de bien nouveau ! Les journaux en avaient parlé, d’autres télés l’avaient déjà projetée, au moins en partie, et cela faisait plusieurs jours que sur les forums, les internautes la commentaient dans tous les sens. Un vieux dictateur qui évoque nostalgiquement sa propriété d’Ambodiatafana confisquée par l’Etat, ou blâme  la non transparence et l'accaparement des richesses par quelques uns, il n’y a vraiment pas de quoi fouetter un chat !

 Le marché de dupes - win-loose -  « des terres grandes comme la moitié de la Belgique contre rien pour le peuple », avec Daewoo, société coréenne, a été condamné de manière autrement plus virulente par la société civile, politiciens, journaux et simples citoyens dans le même temps. « Atteinte à la sécurité publique » a décrété dare-dare le représentant de l’Etat à propos de la vidéo!... Une révolte populaire se prépare bien du côté de Tamatave. Mais ce sont les terres confisquées aux paysans pour les octroyer généreusement à Daewoo qui en sont la cause. Le premier responsable en est donc bien le gouvernement.

Si la décision de fermer Viva fut rapide, elle ne sera pas durable, si du moins il reste une once d’intelligence politique au pouvoir. Car si elle déstabilise le Maire, les dégâts seront nettement plus importants pour l’image de l’Etat et du Président. C’est le genre de sentence à laquelle la communauté internationale est très attentive. La liberté de presse et d’opinion est un des paramètres qui rentre en compte dans les classements des pays au niveau démocratique. C’est un critère si sensible qu’il peut jouer sur les relations diplomatiques et les aides des organismes multilatéraux. Pour Madagascar, qui ambitionne de recevoir des conférences de niveau continental ou mondial dans les mois qui viennent, c’est donc un très mauvais coup ! Nul doute que les chancelleries suivront avec beaucoup d’attention l’évolution de la situation.

Il est temps pour le Président de réagir dans le bon sens pour rattraper une image considérablement dégradée. Mais peut-être n’y a-t-il personne dans son entourage pour oser lui dire que ce genre d’attitude est d’abord néfaste à lui-même ? Dans ce cas, le pouvoir n’a besoin de personne pour s’écrouler. Il le fait si bien tout seul…


Alain Rajaonarivony





Par Alain Rajaonarivony
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Lundi 8 décembre 2008 1 08 /12 /Déc /2008 00:01
Parmi les informations en provenance de la Grande Ile cet été, il y en avait une qui semblait relativement neutre et non connotée politiquement. Les journaux étaient alors saturés des prises de décision du gouvernement contre la CUA ; confiscation des recettes fiscales, gestion de la gare routière et ramassage des ordures ménagères retirés à la Mairie, etc... L'interdiction des voitures à conduite à droite prise le 21 août 2008, au-delà de sa pertinence, semblait s'inscrire dans un processus plus normal.

Néanmoins, un certain nombre d'analystes se demandaient si les véhicules à volant à droite étaient vraiment plus dangereux que les charrettes à zébus, les pousse-pousses, vélos sans lumière et autres chariots à bras qui encombrent routes et rues du pays. Le motif officiel de renforcement de la sécurité routière n'a pas convaincu en tout cas les quelques centaines de propriétaires victimes de cette loi qui, bizarrement, devait être rétroactive, puisque les dit-engins devaient être retirés de la circulation en Novembre.

En droit, la rétroactivité n'existe pas et cette loi est par conséquent illégale, ce qui est le comble pour une loi. Ce qui explique sans doute la gêne des responsables et la porte hermétiquement close du ministère à toute demande d’explications formulée par l'association des conducteurs. En désespoir de cause, ces derniers finiront par déposer un recours auprès de la justice.

Le colonel, directeur général des Transports, lâchera laconiquement : « Je n'ai rien à dire à ce sujet. C'est un ordre qui vient d'en haut » quand il sera interrogé par les journalistes de la place. Il aurait sans doute pu ajouter « de très haut! ».

Devant l'impopularité de la mesure, les dirigeants l'ont discrètement passée à l'as. Mais pourquoi  une telle loi (juridiquement tangente), aussi dure (retrait des véhicules) et dans une telle urgence (trois mois) se demande le grand public? Etant donné l'état de l'économie, il y avait là comme un non-sens. D'autant que l'argument du risque sécuritaire ne tient pas. D'après un avocat qui a suivi cette affaire, aucun des accidents de la route qu'il a traité ne concernait ce type de véhicule.


En arrière-plan, les camions Saurer tout-terrains,

           objets de toutes les attentions



Statistiquement d'ailleurs, les chiffres recoupent cette affirmation. La logique ne s'y retrouve pas.


Ou est donc la cohérence? Pour la discerner, il faut savoir contre qui cette décision était dirigée et alors tout devient limpide. Comme les responsables de la Savonnerie Tropicale exaspèrent au plus haut point le pouvoir, il fallait trouver un moyen discret et légal de les atteindre. On a donc sorti une loi pour empêcher que les camions 4X4 Saurer, importés de Suisse avec volant à droite d'origine, qui servent à distribuer les savons dans les bourgades les plus reculées,  ne puissent continuer de rouler.


Les simples citoyens sont ainsi à la merci d'un exécutif qui promulgue des lois au gré de ses intérêts et de ses inimitiés. Il y a eu la loi anti-Star (interdiction de la publicité de la bière), les décrets anti-CUA... Pour l'équilibre de l'information, notons qu'il y a eu aussi des lois « pro », l'amnistie fiscale pour ceux qui ont grugé l'Etat par le non-payement de la TVA, de l'impôt sur les bénéfices et autres taxes douanières. Qui a dit que le Président ne se souciait pas des entreprises malagasy? Mais comme la Savonnerie Tropicale a toujours payé ses impôts, comme toute maison citoyenne qui se respecte, elle n'a pas pu en profiter. Vraiment pas de chance!


Alain Rajaonarivony



Par Alain Rajaonarivony
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