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Dimanche 18 avril 2010 7 18 /04 /Avr /2010 22:18

 

 

Si Andry Rajoelina voulait consolider son pouvoir en se débarrassant de son ministre de la Défense, le Général Noël Rakotonandrasana, il a été très mal inspiré. La réaction de l’armée a été virulente lors du face-à-face qu’il a eu avec ses représentants  le 12 avril, quelques jours après ce limogeage. Les officiers ont confirmé dans une conférence de presse tenue aussitôt après qu’ils ont exigé du pouvoir une «feuille de route» pour sortir de la crise, exigence que beaucoup de journaux ont traduite par «ultimatum», ce qui n’est pas inexact.

 

Dans son faux-direct télévisé du 14 avril, le président de la HAT (Haute autorité de transition) annonçait qu’il était prêt à se rendre à Johannesburg pour rencontrer son rival, l’ancien président Marc Ravalomanana. Le pouvoir de facto avait juré que l’heure n’était plus aux discussions et qu’il fonçait vers les élections. L’armée en a décidé autrement et Andry Rajoelina s’est exécuté, effectuant ainsi une véritable volte-face. La rencontre est fixée pour le 25 avril.

 

Contraints de se déjuger, les dirigeants ont tenté d’affaiblir leurs adversaires en essayant de découpler Marc Ravalomanana de ses alliés de circonstance, les anciens présidents Albert Zafy et Didier Ratsiraka. La manœuvre a fait long feu et ces derniers seront bien présents dans la capitale sud-africaine. Mais il n’y a pas que les putschistes à avaler leur chapeau puisque le «former président» fait depuis quelques jours des œillades à la France après l’avoir accusé, non sans quelques raisons, d’être derrière le coup d’état. Mais quand on sait qu’il projette de se rendre à Paris le 28 avril, on comprend mieux ce revirement.

 

Les tractations vont bon train et l’autre actrice, souvent citée par l’un ou l’autre camp, «nos amis français» ou «les soutiens des putschistes», c’est selon, se démène pour apparaître de manière plus positive. Elle aussi a tourné casaque et considère maintenant qu’il faut au moins respecter l’esprit de Maputo après avoir affirmé haut et fort que la seule solution était des élections rapides, les accords étant dépassés. Elle est partie prenante dans ce futur round de négociations, aux côtés de l’Afrique du Sud et la Sadc.

 

Il est certain qu’une solution émergera car les belligérants sont à bout de souffle. Si Andry Rajoelina revient les mains vides, il n’aura plus qu’à reprendre l’avion pour Paris et tenir compagnie à Didier Ratsiraka. Au moins, ce sera un binational qui aura l’heur de plaire à Jean-Marc Châtaigner, l’ambassadeur de France qui s’est fendu d’une «interview» sur «Sobika.com», le site de référence avec ses 2 millions de connexions par mois. Mais en fait d’interview, il s’agit plutôt d’un publi-reportage, le texte ayant été fourni «clés en mains» à la journaliste du site. Ce sont les responsables de la com de l’Ambassade qui ont fait les questions et les réponses. La journaliste a quand même affirmé à sa direction ne pas avoir touché de «felaka» (enveloppe). A défaut de transparence, la déontologie sauve les meubles.

 

Sachant cela, il devient intéressant d’analyser les propos de l’ambassadeur. Le ton est volontaire, parfois agressif. L’implication personnelle sonne comme une blessure. Il est vrai qu’il participe lui-même de cette ambiguïté hexagonale, qu’il aimerait effacer, en débarquant à Madagascar dès le surlendemain du coup d’état, le 19 mars 2009, et en se précipitant illico au Palais d’Ambotsirohitra pour voir Andry Rajoelina (voir article : «ce n’est pas encore le mot de la fin»). Pour la petite histoire, il était dans le même avion qui ramenait Mialy Rajoelina de Paris. Lors de la réception du 14 juillet, il ne s’est pas gêné pour critiquer vertement le président en exil alors qu’il n’avait pas encore présenté ses lettres de créance, enfreignant largement son devoir de réserve. Cet acte indispensable ne pourra être accompli qu’au retour d’Andry Rajoelina d’Addis-Abeba le 10 novembre 2009 (voir article : «Ambassadeurs et protocoles»). Il sera le seul diplomate à devoir se faire accréditer par la Transition.

 

En réalité, en 2002 comme en 2009, la France a pratiqué l’ingérence et a été contre ses propres valeurs (et donc contre ses ressortissants) et le peuple malgache au nom de la défense de ses intérêts géopolitiques et économiques. Total, Bolloré, les îles éparses… valent bien quelques entorses aux principes de la république et de la démocratie. Dès septembre 2008, Andry Rajoelina me disait que des diplomates français venaient le voir en lui confiant qu’il était «leur seul espoir» face à un président francophobe et proche des Américains. On était en pleine période Le Lidec, le prédécesseur de Châtaigner, qui en avait pris plein la figure et mal fini sa carrière. Et quand on voit ce qui est arrivé à Ravalomanana, le «mauvais œil» a bel et bien frappé !

 

Très cyniquement, la France a pris acte du rapport de forces qui tourne en défaveur des putschistes. Ce n’est pas faute de s’être impliquée, en continuant à soutenir militairement le régime par exemple, en livrant des armes et en maintenant ses instructeurs, ce qui lui a valu une remarque au vitriol du département d’état américain. Mais le peuple, diaspora compris, comme en 2002, a résisté.  

 

Que l’ambassadeur s’appuie sur une interview «préparée», pour ne pas dire «pipotée», pour justifier la diplomatie tricolore illustre la guerre de communication qui se déroule sur Internet. Coïncidence fâcheuse, Midi Madagasikara, quotidien proche des légalistes, suspendait ses forums où, il est vrai, l'ancienne puissance coloniale était attaquée de manière virulente, le 14 avril, le jour même où le texte de l’ambassadeur était envoyé à Sobika.com.

 

La France n’a qu’un moyen pour renverser le sentiment d’hostilité, non seulement du peuple malgache mais aussi des citoyens français établis à Madagascar, de plus en plus violent à son égard : contribuer au retour le plus rapide possible de la légalité. En 2002, l’alerte a été chaude et De Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, a dû se rendre en catastrophe à Antananarivo pour renouer les liens. Les Etats-Unis avaient reconnu le pouvoir de Marc Ravalomanana lors de la cérémonie de l’Indépendance du 26 juin, boycottée par l’ambassadeur de France, cette année là. En 2010, après des mois d’errements, la réaction a été plus rapide mais la moindre erreur de l’Hexagone se paiera désormais cash.

 

Car contrairement à ce que semble penser les responsables de la diplomatie française, les Malgaches et leur intelligentsia font très bien la différence entre les intérêts de la Francafrique et les valeurs de la France et en ont assez de la confusion des genres. Comme le souligne Nirina Rajaonison dans son petit ouvrage, «Première démocratie, Madagascar IVème république?» (Azalées éditions), «dans la crise actuelle… la politique sarkozienne s’est engouffrée dans une voie qui rappelle approximativement la «Françafrique» et qui, de ce fait, l’oblige à prendre un double langage diplomatique inintelligible». L’auteur est un ancien de l’Institut d’études politiques de Strasbourg et son livret est une contribution intéressante à la réflexion générale pour sauver les générations futures. 

 

En attendant, ce 18 avril, un énième coup d’état aurait été déjoué. Des réservistes auraient programmé d’attaquer le palais de la Primature à Mahazoarivo, à  une heure du matin. Ils n’avaient pas d’armes, qui leur auraient été distribuées avant l’attaque… Ca tombe mal (ou on ne peut mieux, ça dépend où l’on se place) juste avant Johannesburg !

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

Par Alain Rajaonarivony
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Jeudi 8 avril 2010 4 08 /04 /Avr /2010 13:50

 

 

Photo 016Ce fut chaud ! Nadine Ramaroson est sortie de ses gonds. Mais la question posée n’était pas non plus très cool ! Andry Rajoelina était simplement en train de lui demander si elle préparait un coup d’état. La ministre de la population a si peu mâché ses mots que son interlocuteur a dû tenter de la calmer : «Il ne faut pas me menacer !» Mauvaise pioche en tout cas pour le président de la HAT (Haute autorité de la transition) qui s’est vu suggérer par sa ministre de décréter plutôt «un état d’urgence social» pour s’occuper des pauvres.

 

Cette «conversation» s’est déroulée le jour même où le lieutenant-colonel Charl Andrianasoviana, de son nom de scène «commandant Charl», avait mis en état d’alerte ses hommes autour du Palais présidentiel d’Ambotsirohitra. Les lance-roquettes étaient de sortie pour contrer une hypothétique attaque ce vendredi 2 avril. Alain Ramaroson, responsable de la cellule tactique de sécurité de la HAT, a été cité comme un des possibles auteurs de cette éventuelle action. Ce qui tend à prouver qu’il n’a aucune autorité sur les FIS (Forces d’intervention spéciales), qui assurent la sécurité d’Andry Rajoelina. Ce corps tristement célèbre est considéré par la Commission des Droits de l’Homme de l’Union Européenne comme une police politique.

 

Cette démonstration de force a ensuite été dédramatisée par les membres de la HAT. L’armée serait unie derrière le régime. C’est sans doute pour cela que ce 7 avril, le ministre de la défense, le général Noël Rakotonandrasana, a été démis de ses fonctions. Cet officier, commandant du CAPSAT, est un de ceux qui ont permis le basculement de l’armée en faveur d’Andry Rajoelina le 8 mars 2009 (voir article : «Attention aux erreurs d’appréciations fatales»). Il est soupçonné de tremper dans la préparation d’un coup d’état. Depuis la mi-mars, la HAT a cherché à arrêter l’ancien Premier-ministre Roindefo Monja, sans y parvenir. Il paie aussi sans doute pour le peu d’empressement des militaires à obéir à cet ordre. Ses fonctions sont désormais assurées par le colonel Camille Vital, Premier-ministre.

 

On aurait pu craindre que ce dernier ne soit surchargé de travail. Heureusement pour lui, cela fait maintenant une quinzaine de jours qu’il n’y a plus de conseil de ministres. Il est vrai que la dernière fois, Gilbert Raharizatovo, le ministre de la Culture favorable au dialogue avec l’opposition et à la réconciliation nationale, a fait une sortie qui a plombé l’ambiance. Depuis, Andry Rajoelina assure la direction du pays avec quelques proches, ceux-là même qui ont susurré le nom de Nadine Ramaroson...

 

L’ambassadeur américain, Niels Marquardt, sur le départ après 3 ans de mission à Madagascar, a profité de l’inauguration de la nouvelle ambassade ce 2 avril pour mettre les points sur les i : «Pas d’élections reconnues sans réconciliation». Il répondait ainsi à Alain Joyandet, secrétaire d’état français à la coopération, en visite-éclair le 30 mars et dont la position avait été résumée dans un communiqué : «La clé d'une sortie de crise consensuelle réside dans l'organisation et la tenue d'élections crédibles dans les meilleurs délais possibles». La France n’arrivera donc pas à rendre obsolètes les accords de Maputo et l’acte additionnel d’Addis-Abeba pour passer directement à la case «élections».

 

DSCF7918 ambassade usa

 

La nouvelle chancellerie des Etats-Unis, s’étendant sur presque 5 hectares, est la plus grande existant sur la Grande Ile. Construite aux dernières normes de sécurité, c’est un véritable bunker qu’on ne peut rater en débarquant à Antananarivo. Il se situe entre la ville et l’aéroport. Il a été terminé avec 4 mois d’avance et les Américains ont loué les compétences des ouvriers malgaches qui leur font économiser ainsi 5 millions de dollars. Le diplomate aura eu cette satisfaction après un séjour qui ne fut pas de tout repos. S’il est détesté par certains dirigeants putschistes, à qui il a dit leurs faits, il est par contre considéré un défenseur de la démocratie par nombre de citoyens et laissera des regrets

 

Depuis le 30 mars, 18 détenus politiques sont en grève de la faim pour réclamer leur libération. Ces personnes ont été arrêtées entre avril 2009 et janvier 2010 et attendent toujours leurs jugements. Andry Rajoelina prend le même chemin que son prédécesseur. L’autoritarisme de son régime est de plus en plus décrié. Il est totalement coupé de sa base. Le jeune leader prend ses décisions sans en référer à quiconque. Les ministres se plaignent de n’être au courant de rien, à l’image de celui de la défense, limogé sans avoir été tenu informé de la décision le concernant. Un groupement de la société civile demande un audit des finances publiques car les cas de corruption et d’enrichissement rapide de certains dirigeants sont trop flagrants.

 

Le cortège présidentiel se fait siffler maintenant systématiquement dans les rues de la capitale. La popularité d’Andry Rajoelina est au fond des abysses. L’enquête sur le massacre du 7 février 2009 risque de tourner en sa défaveur. La thèse de tireurs, autres que ceux de la garde présidentielle semble se confirmer. Les autopsies des victimes révèlent des calibres de balles différents de ceux des kalachnikov utilisés ce jour là par la garde. Des Mat-49 seraient à mettre en cause. D’autre part, l’attitude d’Andry Rajoelina pose aussi question. Il aurait dû monter vers le Palais aves Roindefo Monja, mais un de ses proches l’a pris à part et après leur conversation, il disparaîtra. Enfin, la chaîne de commandement a connu une faille qui se situe quelque part entre le ministre des forces armées de l’époque et les officiers. Tous ces éléments seront rendus publics en cas de procès. Si Marc Ravalomanana réclame une enquête internationale avec insistance, ce n’est sans doute pas par hasard.  

 

Le président de la HAT se trouve exactement dans la même position que son prédécesseur, il y a un peu plus d’un an : isolé et entouré d’incapables qui le poussent à sa perte. Ces derniers ne veulent pas d’un rapprochement pacifique avec l’opposition car ils profitent largement du système. Ceux qui récusent la violence sont donc mis sur la sellette. L’armée commence à prendre ses distances. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Andry Rajoelina connaîtra sans doute à brève échéance le même sort que Marc Ravalomanana. Il n’y aura pas de coup d’état, tout juste un «changement extraconstitutionnel». Comment ça, c’est la même chose ? La seule possibilité qui reste au président de la HAT pour retourner le cours des évènements serait d’annoncer qu’il ne présentera pas à la présidentielle, comme il l’a d’ailleurs proclamé dès janvier 2009. Il se repositionnera ainsi comme responsable d’une simple transition et annihilera les accusations de dictateur en devenir. Pour être respecté, il faut se respecter soi-même, c’est-à-dire tenir sa parole ou sa signature. Le temps est court, très court, pour prendre la bonne décision. La fin de la période d’incertitudes approche très vite de toute façon. Pour le meilleur ou pour le pire !

 

Photo 1 : Nadine Ramaroson, la populaire ministre de la…Population n’est pas toujours souriante. Andry Rajoelina l’a appris à ses dépens le 2 avril. Mais quelle idée aussi de poser des questions qui fâchent ?

 

Photos 2 et 3 : La forêt de grues a laissé la place à un domaine diplomatique s’étendant sur plusieurs hectares, le plus grand implanté à Madagascar. Les Etats-Unis affichent leur intérêt et leur puissance.

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 


Par Alain Rajaonarivony
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Lundi 29 mars 2010 1 29 /03 /Mars /2010 14:31


medicis.jpgMédicis, un musicien de talent révélé par l’Alliance française, a succombé à ses blessures dans la nuit de vendredi à samedi. A la sortie d’un concert, l’accordéoniste malgache avait voulu défendre sa femme, alors qu’ils étaient attaqués dans une rue d’Antananarivo. Il a pris un coup de couteau. Triste nouvelle! L’insécurité règne désormais dans la Grande Ile. La capitale a perdu sa joie de vivre. Il y a quelques jours, c’est la police qui abattait en plein jour et en centre-ville deux bandits équipés de Mat-49, un fusil-mitrailleur utilisé par... la police. Les circonstances de cette fusillade sont tellement rocambolesques qu’on ne peut s’empêcher de se poser des questions. Mais de manière plus discrète, des épiceries, des villas, des passants dans la rue sont victimes de braquages se terminant parfois en meurtres. En plus des car-jacking pour vous délester de votre 4x4, il existe la version locale du scooter-jacking. Sur les routes nationales, les taxi-brousse roulent en convoi de 10 véhicules, ce qui ne les empêche pas d’être attaqués par des bandes armées de kalachnikovs. Dans les campagnes, ce n’est pas mieux, et un gendarme a été récemment tué après l’attaque de leur poste, toujours à la kalachnikov.

 

Madagascar était un pays tranquille, la délinquance restait dans l’ensemble à des niveaux très raisonnables. Mais cette dernière connaît une véritable explosion et une escalade dans la furie et la barbarie depuis l’avènement de la HAT (Haute autorité de transition), il y a un an. Outre le fait que des militaires se livrent désormais au trafic d’armes, la violence qui a précédé et accompagné la prise de pouvoir a contribué à détruire les repères moraux de la société. En brutalisant pasteurs, vieillards ou femmes (le pasteur Lala, négociateur pendant la crise, Manandafy Rakotonirina, un politicien de 71 ans ou la sénatrice Eliane Naika) devant les caméras pour terroriser leurs adversaires, les auteurs du coup d’état ont ravagé sans le savoir toutes les normes culturelles et les codes de conduite. La transgression des tabous a été en quelque sorte légitimée par le comportement des gouvernants. La désinhibition venant d’en haut, le retour aux valeurs morales devra aussi passer par là.

 

Pour l’instant, on n’y est pas encore ! Andry Rajoelina est dans sa bulle, avec ses proches conseillers, et continue de croire à la fiction d’une violence légitime. Menaces et arrestations sont toujours au programme. Il faudrait casser cette spirale infernale…

 

Ils se sont rendus eux-mêmes «inéligibles» par une ordonnance qu’ils ont signée le 12 mars. «On ne peut que se réjouir d'une telle décision qui vient confirmer un engagement qu'ils ont fait… trois jours après le coup d'Etat», a déclaré Saïd Djinnit, représentant du secrétaire général de l'ONU en Afrique de l'Ouest.

 

Les putschistes avaient affirmé vouloir mettre fin aux dérives dictatoriales du président élu, qui s’était fait prolonger son mandat au mépris de la Constitution, et non s’emparer du pouvoir. Ils sont en train de tenir parole. Parce qu’ils se conforment jusqu’à présent à leurs engagements, on ne parle pas de sanctions mais d’élections. Ils sont applaudis par la population quand ils sortent dans les rues de la capitale, sont reçus au Quai d’Orsay ou à la Francophonie et obtiennent le satisfecit des Nations Unies.

 

Il s’agit bien sûr des putschistes du Niger. Ah ! Vous pensiez que… ? Non, à Madagascar, il n’y a pas eu coup d’état mais «changement extraconstitutionnel» et depuis peu un «auto-putsch». Après avoir attaqué avec des blindés le Palais présidentiel devant les caméras (encore !) dans la nuit du 16 mars 2009 (voir article : «Le Président résiste»), les militaires ont contraint son locataire à la démission et à l’exil. Comme ils ont appelé les reporters internationaux, ça fait des vidéos qui se baladent un peu partout y compris dans les commissions des droits de l’homme et les réunions de diverses instances mondiales.

 

Le président justement, enfin, le «former président», a donné une conférence de presse par téléphone le 25 mars. Pendant presque une heure, en direct sur Radio Fahazavana, il a répondu aux questions des journalistes. Et il a fait allusion à la Guinée en demandant à ses interlocuteurs de suivre l'évolution de la situation dans ce pays. «Les militaires doivent prendre leurs responsabilités. Leur devise est «pour la patrie»… C’est pour cela que je leur ai transmis le pouvoir… » a-t-il argumenté.

 

«Les accords (de Maputo) sont clairs. Il faut préparer les élections mais il faut d’abord passer par une réconciliation». En attendant, l’ancien chef de l’état joue au golf ou au tennis avant de participer à des safaris. D’ailleurs, il a 12,8 de tension, ce qui est excellent pour son âge. Marc Ravalomanana a toujours su trouver les mots pour ulcérer ses adversaires. Le pauvre Andry Rajoelina, lui, court dans toute l’île, pour tenter de secourir les sinistrés du dernier cyclone et se donner une petite stature. Accessoirement, cela lui évite de rester à Tana, où il subit plus qu’il ne dirige les derniers développements de la crise.

 

DSCF8038Il a remis à l’armée 4 vieux hélicoptères Alouette II, achetés d’occasion à la Belgique ce 27 mars. Son Premier-ministre Camille Vital n’a pas réussi à monter son ersatz de gouvernement d’union nationale avec d’éventuels transfuges des 3 mouvances. Il reste donc avec la totalité de l’équipe de son prédécesseur, Roindefo Monja. C’est un Premier-ministre qui n’aura nommé aucun de ses ministres, à l’exception de celui des Affaires étrangères dont le titulaire a démissionné. Et Ravalomanana ne l’a même pas cité une seule fois durant ses différentes déclarations, ce qui l’a mortifié.

 

Sinon, en ce 29 mars, on commémore le soulèvement de 1947 contre les forces coloniales qui a fait entre 80.000 et 200.000 victimes, quelques centaines d’Européens, le reste étant des autochtones. Jacques Chirac avait reconnu la responsabilité de la France lors de son passage dans la Grande Ile en juillet 2005. Tout le monde se dispute évidemment l’héritage de la résistance et fait le parallèle avec la crise actuelle sauf… qu’on combat ses compatriotes, parfois son voisin ou sa famille. 

 

Il est temps pour les politiciens malgaches de quitter les chemins de la violence verbale, physique ou psychologique. Sinon, ils s’y perdront, et le pays avec…

 

Photo 1 : Médicis, victime d'un crime crapuleux la veille du week-end (photo Sobika)

Photo 2 : En arrière-plan, une Alouette II sur l'aire de...Radio Viva en 2008. Andry Rajoelina l'utilisait quand il était Maire.


 

Alain Rajaonarivony




Par Alain Rajaonarivony
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Jeudi 18 mars 2010 4 18 /03 /Mars /2010 11:03


Touriste
 

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Textile




















17 mars 2009 – 17 mars 2010 : Un an, ça se fête. Grenades lacrymogènes, tirs en l’air des FIS (Forces d’intervention spéciale, tristement célèbres), ce fut la fiesta dans tout Tana, de Behoririka à Anosy, Analakely ou Ampefiloha. Le but des groupes de manifestants semblait être de rejoindre le lac Anosy, quartier du Sénat…et du Carlton, point de chute habituel des diplomates. Bilan : 3 blessés.

 

Pour cet anniversaire, plutôt qu’un long discours, deux diagrammes du Rapport intermédiaire de l’Union Européenne publié le 20 février 2010 sur l’évolution de la situation économique de la Grande Ile seront plus parlants. Il s’agit de celui du tourisme et du textile mais il y en a d’autres. L’inventaire apparaît des plus négatif…

 

Le Premier-ministre de la HAT (Haute autorité de transition) a lui-même autorisé l’exportation du Bois de rose, en violation des conventions signées par Madagascar concernant cette espèce protégée. Le groupe français CMA-CGM et sa filiale Delmas qui en assure l’embarquement à partir du port de Vohémar ont beau jeu de s’appuyer sur ce genre de texte pour affirmer qu’ils sont en conformité avec les lois malgaches. Le «Kiara», bateau de la compagnie, est parti le 17 mars à destination de l’Asie avec 273 containers de bois à bord. Ce sont les biens et ressources des générations futures qui sont pillés, par une déforestation massive et durable, mais l’enrichissement rapide est à ce prix. Selon une enquête de l’EIA (Environmental investigation agency) et de Global Witness, l’abattage des bois précieux  dans les parcs et zones protégés a rapporté à leurs auteurs de 88.000 à 460.000 dollars par jour, dans les mois qui ont suivi le coup d’état. Cela fait donc des centaines de millions de dollars volés au pays. En 2003, Marc Ravalomanana s’était engagé à conserver 10 pour cent du territoire national comme sanctuaire naturel.

 

Ce scandale des bois précieux est une parfaite illustration de la trahison des idéaux de la place du 13 mai. Plusieurs membres de la HAT sont devenus millionnaires en dollars américains en très peu de temps. Les entreprises du groupe Tiko ont été détruites ou pillées pour le plus grand profit de certains dirigeants actuels mais leurs organes de propagande continuent à faire leurs choux gras des abus économiques de Ravalomanana lors de sa législature. En termes de prédation, la HAT n’a rien à envier à l’ancien président, elle fait même pire car son temps est compté. Comme le disait Nadine Ramaroson, ministre de la population, dès janvier 2009 : «Ce sont tous des affamés !» (voir article : «De la lutte des femmes au F.A.M.»)

 

Nadine-a-Antsohy-Picture_221_Medium_Large_.jpgElle est une des rares à être restée fidèle au sens de son combat. Pratiquement la dernière à être nommée, après une pétition de militants, elle a pris en charge un ministère que les précédents régimes avaient supprimé. Ses actions et son dévouement en font la seule responsable gouvernementale à bénéficier encore d’une certaine popularité. Des personnes âgées aux orphelins, elle tente d’organiser une protection sociale. Elle s’est engagée dans la défense des 6.000 petites bonnes malgaches qui travaillent au Liban parfois dans des conditions effroyables, puisque plusieurs d’entre elles ont été violées ou assassinées. Elle veut les rapatrier et engager des poursuites pénales. Mais bien des responsables du pouvoir sont loin de ce genre de préoccupations.

 

De part cette attitude, Nadine Ramaroson gêne énormément et des politiciens de tout bord, y compris au sein de la HAT, ne verrait pas d’un mauvais œil qu’elle se casse la figure. On tente de l’atteindre à travers l’entreprise de son père, la Savonnerie Tropicale, unité industrielle créée il y a une quarantaine d’années. Persécutées durant la Révolution dirigée par Didier Ratsiraka dans les années 70-80, la société et la famille ont souffert. En 2002, ils se sont engagés auprès de Marc Ravalomanana, et la Savonnerie Tropicale a accordé des facilités de trésorerie à Tiko. En retour, l’ancien président a importé du savon illicitement détaxé, le fameux «Citron Plus», sensé être fabriqué à l’Ile Maurice pour bénéficier des facilités douanières, mais en réalité produit en Asie. Le pouvoir avait même sorti une loi pour essayer d’empêcher les camions de la Savonnerie de rouler (voir article : «Conduite à droite, conduite facho ?»). Et actuellement, d’énormes quantités de savon illégalement importé sont déversées sur le marché. L’argent des trafics n’est pas perdu pour le monde et en même temps qu’il est blanchi, il permet d’éliminer un adversaire politique. De vieille souche protestante, André Ramaroson, le père de la ministre, a aussi créé le premier centre pour handicapés de la Grande Ile, les «Orchidées blanches». La sensibilité sociale de Nadine prend ses racines dans la culture familiale.

 

Comme prévu, l’Union Africaine a appliqué à l’encontre des putschistes malgaches  ce 17 mars les sanctions individuelles après leur refus d’appliquer les accords de Maputo et l’acte additionnel d’Addis-Abeba. 109 personnes, proches du pouvoir, sont touchées par l’interdiction de visas ou le gel des avoirs à l’étranger. Le rejet de la parole donnée par Andry Rajoelina aura des conséquences beaucoup plus graves que ne le pense ce dernier…

 

Le cyclone Hubert a fait des ravages : plus de 50 morts et 90.000 sinistrés en quelques jours. Des régions rizicoles sont sous les eaux. Le pays sera incapable de secourir ses citoyens malgré les bonnes volontés car la préoccupation des politiciens est ailleurs.

 

Jean-Ferrat-ajf.jpg Jean Ferrat, de son vrai nom Jean Tenenbaum, vient de mourir à 79 ans ce 13 mars. Il était qualifié d’«homme fidèle», fidèle à ses convictions et à ses affections. Fils d’un immigré juif de l’est et d’une mère française, il a vu son père arrêté par les Allemands et déporté à Auschwitz alors qu’il n’avait que 11 ans. Lui-même ne devait rester en vie que par le courage et l’affection de militants communistes qui l’avaient caché. Quand il était enfant, il rêvait de voyager. C’est ainsi que devenu chanteur, il débarqua à Cuba pour 2 mois et demi en 1967, un séjour qui l’a marqué. Mais parmi ses pérégrinations, il mentionnera aussi une autre île, Madagascar. Jean Ferrat restera un sympathisant communiste, mais dénoncera la répression du printemps de Prague et chantera jusqu’au bout la tolérance et l’amour. On est toujours marqué par son vécu et l'artiste a su faire passer le message du refus de la haine apportant ainsi du baume aux cœurs meurtris.

 



Photo de Nadine : T-shirt trop grand, pantalon infâme et bottes en plastique. On est loin du Glamour mais on ne peut pas reboiser et s’occuper des pauvres en Chanel. Et pourtant, de Genève à Paris, Nadine était plutôt habituée aux 5 étoiles. Nous avons eu beaucoup de discussions au téléphone quand on lui a proposé son poste. Je lui avais conseillé de refuser pour préserver son image mais elle m’a répondu : «Qui va s’occuper du peuple ?» Avec le recul, je pense qu’elle a eu raison de prendre ce risque. La fidélité en amitié consiste aussi à le dire. Nadine fait partie des personnes de cœur dont le pays a besoin (voir article : «Où sont les grandes consciences ?»)

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 



Par Alain Rajaonarivony
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Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /Mars /2010 18:18


Andry Rajoelina a retenté le coup des Assises nationales. La première fois, ce fut au mois d’avril 2009, juste après sa prise de pouvoir (voir article : «Robin des Bois») et ce fut un fiasco total. L’inclusivité unilatérale sont deux termes incompatibles mais les têtes pensantes de la HAT (Haute autorité de transition) semblent avoir du mal à le comprendre.

Centre-de-conferences-Ivato-IMG_5721.jpgLes autorités de fait ont encore dépensé des millions d’Ariary pour monter un Atelier destiné à redorer leur blason le 4 et 5 mars 2010 au centre de conférences internationales d’Ivato, joujou légué par Marc Ravalomanana qui a servi à tout sauf à des conférences internationales. Ce colloque n’avait même pas l’envergure d’un dialogue «inter-partis» puisqu’il a été boudé par les principaux opposants. Les premières assises furent une grande messe pro-HAT. Cela aurait pu être encore le cas cette fois-ci. Mais en l’absence des courants des 3 anciens chefs d’état (Didier Ratsiraka, Albert Zafy et Marc Ravalomanana), la fronde fut interne. Des 912 inscrits le premier jour, ils ne furent plus que 515 à voter le second, les autres ayant montré leur mauvaise humeur en claquant la porte. 203 ont choisi le referendum constitutionnel et 308 approuvé le projet de constituante présenté par le pouvoir. Cela fait donc moins de 34% des inscrits. Et pourtant, les vrais adversaires n’étaient pas présents.

Qu’en restera-t-il sinon une humiliation de plus pour la HAT ? Car elle sera non seulement récusée par la communauté internationale mais aussi par la majorité des politiciens de la place. Même Roindefo Monja, l’ancien Premier-ministre à qui Andry Rajoelina doit beaucoup, a déclaré que «ce ne sont pas 500 personnes qui vont décider de l’avenir du pays déjà sombre». Cet entêtement a empêché les responsables de discerner que la démarche du GIC (Groupe international de contact), qui avait convoqué une réunion des 4 chefs de file du 8 au 10 mars, était en fait une dernière perche tendue. Cette session d’urgence était destinée à éviter les sanctions à Madagascar.

Andry Rajoelina a refusé de s’y rendre alors que sa présence était considérée comme impérative pour la réussite du sommet. Il avait décidé d’y envoyer une délégation composée, entre autres, du Premier ministre Camille Vital et d’Hyppolite Ramaroson le nouveau ministre des Affaires étrangères. Le GIC a tout simplement supprimé la rencontre et rendu inutile ce déplacement mais la HAT veut à tout prix présenter ses conclusions.

La RNM (radio nationale), le 7 mars, a prétendu que cette annulation était due à l’état de santé d’un des anciens chefs d’état, ce qui a obligé Didier Ratsiraka à transmettre qu’il allait bien. Il ne reste plus qu’à attendre stoïquement les sanctions individuelles qui tomberont le 17 mars.

50 ans d’indépendance ont été lamentablement gaspillés par des politiciens dont la sale mentalité semble faire école. En 50 ans, la Corée du Sud dont le niveau de développement n’était pas très éloigné de celui de la Grande Ile, a vu sa production multipliée par 50 et son PIB par 40. La fierté nationale avait poussé les grands patrons à se solidariser contre les firmes étrangères et les ouvriers à accepter des sacrifices pour faire tourner leurs entreprises et se donner une chance pour l’avenir. C’était la période du «capitalisme d’état».

A Madagascar, la démarche serait plutôt inverse. Beaucoup de sociétés locales ont subi une concurrence déloyale désastreuse et jusqu’à présent, des nouvelles entités comme Madamobil-Life dans la téléphonie ou le brasseur NBM (la bière Skol), prêtes à créer des centaines d’emplois, sont victimes de tracasseries administratives. Des collusions d’intérêts politico-économiques et des considérations politiques détruisent tout dynamisme et toute créativité. La mentalité des Malgaches ressemble plus à celle des Haïtiens que des Coréens. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le complexe du colonisé amène à rejeter les siens. Vazaha, Karana ou Chinois peuvent faire fortune mais un Malgache expatrié est traité de «faux Malgache» par certains zélateurs du pouvoir de fait. Inutile donc d’attendre une évolution, des idées nouvelles transmises par des enfants de la Grande Ile ayant eu l’occasion de se confronter au monde extérieur.

C’est la pauvreté morale qui entraîne la misère économique à Madagascar et non l’inverse. C’est à ce point vrai que le pasteur Rajakoba, ecclésiastique et politicien farouchement opposé à Marc Ravalomanana, a fini par reconnaître que «tous les politiciens actuels ne pensent qu'à l'argent, au pouvoir et sont tous des pourris». Diagnostic tardif mais pas forcément faux.

Andry Rajoelina est entraîné à sa perte par un environnement hyper-malsain qui règne depuis 50 ans. Lui qui est sensé incarner la jeunesse et le changement applique des recettes datant des indépendances pour essayer de se faire reconnaître. Inutile de préciser quelle génération de politiciens lui sert d’inspiratrice. La gérontocratie n’est pas le reflet idéal de l’audace et de la nouveauté. Les méthodes utilisées pour tenter de donner le change datent de la Guerre froide. Depuis, même l’Afrique a évolué. Si le président de la HAT ne se ressaisit pas, c’en sera bientôt fini pour lui !

Pour revenir à notre époque, on peut saluer Sobika.com qui a lancé le fil Info en malagasy et un autre pour les infos internationales. Certains Malgaches y croient encore et veulent continuer à mettre leur pays au diapason du monde…

Photo : le centre de conférences internationales (Sobika)

 

Alain Rajaonarivony

 

 

Par Alain Rajaonarivony
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