Si Andry Rajoelina voulait consolider son pouvoir en se débarrassant de son ministre de la Défense, le Général Noël Rakotonandrasana, il a été très mal inspiré. La réaction de l’armée a été virulente lors du face-à-face qu’il a eu avec ses représentants le 12 avril, quelques jours après ce limogeage. Les officiers ont confirmé dans une conférence de presse tenue aussitôt après qu’ils ont exigé du pouvoir une «feuille de route» pour sortir de la crise, exigence que beaucoup de journaux ont traduite par «ultimatum», ce qui n’est pas inexact.
Dans son faux-direct télévisé du 14 avril, le président de la HAT (Haute autorité de transition) annonçait qu’il était prêt à se rendre à Johannesburg pour rencontrer son rival, l’ancien président Marc Ravalomanana. Le pouvoir de facto avait juré que l’heure n’était plus aux discussions et qu’il fonçait vers les élections. L’armée en a décidé autrement et Andry Rajoelina s’est exécuté, effectuant ainsi une véritable volte-face. La rencontre est fixée pour le 25 avril.
Contraints de se déjuger, les dirigeants ont tenté d’affaiblir leurs adversaires en essayant de découpler Marc Ravalomanana de ses alliés de circonstance, les anciens présidents Albert Zafy et Didier Ratsiraka. La manœuvre a fait long feu et ces derniers seront bien présents dans la capitale sud-africaine. Mais il n’y a pas que les putschistes à avaler leur chapeau puisque le «former président» fait depuis quelques jours des œillades à la France après l’avoir accusé, non sans quelques raisons, d’être derrière le coup d’état. Mais quand on sait qu’il projette de se rendre à Paris le 28 avril, on comprend mieux ce revirement.
Les tractations vont bon train et l’autre actrice, souvent citée par l’un ou l’autre camp, «nos amis français» ou «les soutiens des putschistes», c’est selon, se démène pour apparaître de manière plus positive. Elle aussi a tourné casaque et considère maintenant qu’il faut au moins respecter l’esprit de Maputo après avoir affirmé haut et fort que la seule solution était des élections rapides, les accords étant dépassés. Elle est partie prenante dans ce futur round de négociations, aux côtés de l’Afrique du Sud et la Sadc.
Il est certain qu’une solution émergera car les belligérants sont à bout de souffle. Si Andry Rajoelina revient les mains vides, il n’aura plus qu’à reprendre l’avion pour Paris et tenir compagnie à Didier Ratsiraka. Au moins, ce sera un binational qui aura l’heur de plaire à Jean-Marc Châtaigner, l’ambassadeur de France qui s’est fendu d’une «interview» sur «Sobika.com», le site de référence avec ses 2 millions de connexions par mois. Mais en fait d’interview, il s’agit plutôt d’un publi-reportage, le texte ayant été fourni «clés en mains» à la journaliste du site. Ce sont les responsables de la com de l’Ambassade qui ont fait les questions et les réponses. La journaliste a quand même affirmé à sa direction ne pas avoir touché de «felaka» (enveloppe). A défaut de transparence, la déontologie sauve les meubles.
Sachant cela, il devient intéressant d’analyser les propos de l’ambassadeur. Le ton est volontaire, parfois agressif. L’implication personnelle sonne comme une blessure. Il est vrai qu’il participe lui-même de cette ambiguïté hexagonale, qu’il aimerait effacer, en débarquant à Madagascar dès le surlendemain du coup d’état, le 19 mars 2009, et en se précipitant illico au Palais d’Ambotsirohitra pour voir Andry Rajoelina (voir article : «ce n’est pas encore le mot de la fin»). Pour la petite histoire, il était dans le même avion qui ramenait Mialy Rajoelina de Paris. Lors de la réception du 14 juillet, il ne s’est pas gêné pour critiquer vertement le président en exil alors qu’il n’avait pas encore présenté ses lettres de créance, enfreignant largement son devoir de réserve. Cet acte indispensable ne pourra être accompli qu’au retour d’Andry Rajoelina d’Addis-Abeba le 10 novembre 2009 (voir article : «Ambassadeurs et protocoles»). Il sera le seul diplomate à devoir se faire accréditer par la Transition.
En réalité, en 2002 comme en 2009, la France a pratiqué l’ingérence et a été contre ses propres valeurs (et donc contre ses ressortissants) et le peuple malgache au nom de la défense de ses intérêts géopolitiques et économiques. Total, Bolloré, les îles éparses… valent bien quelques entorses aux principes de la république et de la démocratie. Dès septembre 2008, Andry Rajoelina me disait que des diplomates français venaient le voir en lui confiant qu’il était «leur seul espoir» face à un président francophobe et proche des Américains. On était en pleine période Le Lidec, le prédécesseur de Châtaigner, qui en avait pris plein la figure et mal fini sa carrière. Et quand on voit ce qui est arrivé à Ravalomanana, le «mauvais œil» a bel et bien frappé !
Très cyniquement, la France a pris acte du rapport de forces qui tourne en défaveur des putschistes. Ce n’est pas faute de s’être impliquée, en continuant à soutenir militairement le régime par exemple, en livrant des armes et en maintenant ses instructeurs, ce qui lui a valu une remarque au vitriol du département d’état américain. Mais le peuple, diaspora compris, comme en 2002, a résisté.
Que l’ambassadeur s’appuie sur une interview «préparée», pour ne pas dire «pipotée», pour justifier la diplomatie tricolore illustre la guerre de communication qui se déroule sur Internet. Coïncidence fâcheuse, Midi Madagasikara, quotidien proche des légalistes, suspendait ses forums où, il est vrai, l'ancienne puissance coloniale était attaquée de manière virulente, le 14 avril, le jour même où le texte de l’ambassadeur était envoyé à Sobika.com.
La France n’a qu’un moyen pour renverser le sentiment d’hostilité, non seulement du peuple malgache mais aussi des citoyens français établis à Madagascar, de plus en plus violent à son égard : contribuer au retour le plus rapide possible de la légalité. En 2002, l’alerte a été chaude et De Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, a dû se rendre en catastrophe à Antananarivo pour renouer les liens. Les Etats-Unis avaient reconnu le pouvoir de Marc Ravalomanana lors de la cérémonie de l’Indépendance du 26 juin, boycottée par l’ambassadeur de France, cette année là. En 2010, après des mois d’errements, la réaction a été plus rapide mais la moindre erreur de l’Hexagone se paiera désormais cash.
Car contrairement à ce que semble penser les responsables de la diplomatie française, les Malgaches et leur intelligentsia font très bien la différence entre les intérêts de la Francafrique et les valeurs de la France et en ont assez de la confusion des genres. Comme le souligne Nirina Rajaonison dans son petit ouvrage, «Première démocratie, Madagascar IVème république?» (Azalées éditions), «dans la crise actuelle… la politique sarkozienne s’est engouffrée dans une voie qui rappelle approximativement la «Françafrique» et qui, de ce fait, l’oblige à prendre un double langage diplomatique inintelligible». L’auteur est un ancien de l’Institut d’études politiques de Strasbourg et son livret est une contribution intéressante à la réflexion générale pour sauver les générations futures.
En attendant, ce 18 avril, un énième coup d’état aurait été déjoué. Des réservistes auraient programmé d’attaquer le palais de la Primature à Mahazoarivo, à une heure du matin. Ils n’avaient pas d’armes, qui leur auraient été distribuées avant l’attaque… Ca tombe mal (ou on ne peut mieux, ça dépend où l’on se place) juste avant Johannesburg !
Alain Rajaonarivony
Ce fut chaud !
Nadine Ramaroson est sortie de ses gonds. Mais la question posée n’était pas non plus très cool ! Andry Rajoelina était simplement en train de lui demander si elle préparait un coup d’état.
La ministre de la population a si peu mâché ses mots que son interlocuteur a dû tenter de la calmer : «Il ne faut pas me menacer !» Mauvaise pioche en tout cas pour le président de la
HAT (Haute autorité de la transition) qui s’est vu suggérer par sa ministre de décréter plutôt «un état d’urgence social» pour s’occuper des pauvres.
Médicis, un musicien de talent révélé par l’Alliance française, a
succombé à ses blessures dans la nuit de vendredi à samedi. A la sortie d’un concert, l’accordéoniste malgache avait voulu défendre sa femme, alors qu’ils étaient attaqués dans une rue
d’Antananarivo. Il a pris un coup de couteau. Triste nouvelle! L’insécurité règne désormais dans la Grande Ile. La capitale a perdu sa joie de vivre. Il y a quelques jours, c’est la police qui
abattait en plein jour et en centre-ville deux bandits équipés de Mat-49, un fusil-mitrailleur utilisé par... la police. Les circonstances de cette fusillade sont tellement rocambolesques qu’on
ne peut s’empêcher de se poser des questions. Mais de manière plus discrète, des épiceries, des villas, des passants dans la rue sont victimes de braquages se terminant parfois en meurtres. En
plus des car-jacking pour vous délester de votre 4x4, il existe la version locale du scooter-jacking. Sur les routes nationales, les taxi-brousse roulent en convoi de 10 véhicules, ce qui ne les
empêche pas d’être attaqués par des bandes armées de kalachnikovs. Dans les campagnes, ce n’est pas mieux, et un gendarme a été récemment tué après l’attaque de leur poste, toujours à la
kalachnikov.

Elle est une des rares à être restée fidèle au sens de son combat. Pratiquement la dernière à être nommée, après une pétition de militants, elle a pris en charge un ministère que les
précédents régimes avaient supprimé. Ses actions et son dévouement en font la seule responsable gouvernementale à bénéficier encore d’une certaine popularité. Des personnes âgées aux orphelins,
elle tente d’organiser une protection sociale. Elle s’est engagée dans la défense des 6.000 petites bonnes malgaches qui travaillent au Liban parfois dans des conditions effroyables, puisque
plusieurs d’entre elles ont été violées ou assassinées. Elle veut les rapatrier et engager des poursuites pénales. Mais bien des responsables du pouvoir sont loin de ce genre de préoccupations.
Jean Ferrat, de son vrai nom Jean Tenenbaum, vient de
mourir à 79 ans ce 13 mars. Il était qualifié d’«homme fidèle», fidèle à ses convictions et à ses affections. Fils d’un immigré juif de l’est et d’une mère française, il a vu son père arrêté par
les Allemands et déporté à Auschwitz alors qu’il n’avait que 11 ans. Lui-même ne devait rester en vie que par le courage et l’affection de militants communistes qui l’avaient caché. Quand il
était enfant, il rêvait de voyager. C’est ainsi que devenu chanteur, il débarqua à Cuba pour 2 mois et demi en 1967, un séjour qui l’a marqué. Mais parmi ses pérégrinations, il mentionnera aussi
une autre île, Madagascar. Jean Ferrat restera un sympathisant communiste, mais dénoncera la répression du printemps de Prague et chantera jusqu’au bout la tolérance et l’amour. On est toujours
marqué par son vécu et l'artiste a su faire passer le message du refus de la haine apportant ainsi du baume aux cœurs meurtris.
Les autorités de fait ont encore dépensé des millions d’Ariary pour monter un Atelier destiné à redorer leur blason le 4 et 5 mars 2010 au centre de conférences internationales
d’Ivato, joujou légué par Marc Ravalomanana qui a servi à tout sauf à des conférences internationales. Ce colloque n’avait même pas l’envergure d’un dialogue «inter-partis» puisqu’il a été boudé
par les principaux opposants. Les premières assises furent une grande messe pro-HAT. Cela aurait pu être encore le cas cette fois-ci. Mais en l’absence des courants des 3 anciens chefs d’état
(Didier Ratsiraka, Albert Zafy et Marc Ravalomanana), la fronde fut interne. Des 912 inscrits le premier jour, ils ne furent plus que 515 à voter le second, les autres ayant montré leur mauvaise
humeur en claquant la porte. 203 ont choisi le referendum constitutionnel et 308 approuvé le projet de constituante présenté par le pouvoir. Cela fait donc moins de 34% des inscrits. Et pourtant,
les vrais adversaires n’étaient pas présents.
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