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27 janvier 2009 2 27 /01 /janvier /2009 23:26


La journée du 26 janvier restera dans les annales, mais sa nuit aussi. A l’exception de quelques radios qui diffusaient des chants évangéliques, les autres médias d’Antananarivo ont fermé l’antenne les uns après les autres, de gré ou de force. En fin d’après-midi, Radio Antsiva restait seule en lice. C’est sur ses ondes que successivement, le Premier Ministre et le Maire d’Antananarivo ont appelé au calme. Cette bataille sans merci pour la maîtrise de l’opinion (voir article « c’est la guerre : 2 morts lors de l’attaque de MBS ») a fait d’énormes dégâts sur les infrastructures et dans les têtes.

 

Toutes les agences de presse internationales ont annoncé que les manifestants ont incendié une partie de l’immeuble de la RNM (la radio nationale). En fait, il semble qu’une grenade ait éclaté à l'intérieur des bâtiments. C'est donc un militaire qui serait à l'origine du sinistre et non les contestataires. Mais l’annonce était vraisemblable étant donné que partout ailleurs, ça flambait. La lutte politique s’est doublé d’actes de vandalisme qui faisaient penser aux émeutes des ghettos noirs américains. Les exclus se précipitaient pour s’emparer de tout ce qui était symbole de la société de consommation. Des pilleurs se sont rués sur les supermarchés et autres grands magasins.

 

Etrangement, et jusqu’à tard dans la nuit, les forces de l’ordre étaient absentes et c’est le Maire qui est descendu sur le terrain pour aider les pompiers. Quant au Président, il était introuvable. « La-croix.com », édition en ligne du journal catholique La Croix, affirme qu’il est resté cloîtré chez lui toute la journée, sous haute protection. En tout cas, les Malagasy ont attendu vainement ce jour-là un discours à la nation de sa part. Les tananariviens ont vécu une nuit d’angoisse, car le complexe du Zoom étant resté en feu, on a craint un moment que les flammes n’atteignent les dépôts d’hydrocarbures situés de l’autre côté du boulevard, d’autant qu’une rumeur destinée à semer la panique avait été lancée. Des bandes auraient été prêtes à s’attaquer à ces énormes citernes. Cela aurait été suicidaire car tout aurait explosé dans un rayon de plusieurs kilomètres.

 

Ce sont les nerfs à vif que les habitants de la capitale se sont réveillés ce matin du 27 janvier.

Ils ont entendu le Maire leur annoncer, toujours sur Radio Antsiva, que toutes les manifestations étaient suspendues afin de pouvoir distinguer le bon grain de l’ivraie : les manifestants d’un côté, les pillards de l’autre.

 

Et effectivement, plusieurs auditeurs de Radio Antsiva ont annoncé en direct sur les ondes que des jeunes oisifs de leur fokontany (quartier) avait été payé 5.000 Ariary chacun pour participer aux désordres et aux pillages. 25 cadavres ont été découverts dans les décombres d’un centre commercial incendié quand le jour s’est levé. Ces personnes, selon toute vraisemblance des pillards, auraient été surprises par les flammes.

Dans l’après-midi, 5 autres individus ont été abattus par les forces de l’ordre à Behoririka où ils s’apprêtaient à commettre un forfait.

 

La mise à sac des Magro (magasins de gros appartenant au Président) s’est poursuivie toute la journée dans toute l’île : Majunga, Tuléar, Nosy-be… La ville de Sambava est complètement dévastée et les 70 motos destinées aux Maires entreposées là-bas ont aussi changé de mains.

Andry Rajoelina a déclaré qu’il n’était pas question de négociations, contrairement à ce que les médias internationaux ont annoncé, tant que les étudiants arrêtés ne seraient remis en liberté et que les soldats en faction devant MBS responsables de mort d’homme n’étaient pas entre les mains de la justice.

 

Le Président lui aussi a enfin parlé. Les velléités de démission de ses ministres ont été remises au placard. Dans un discours très ambigu où il a promis que « dans peu de temps, il n’y aura plus de pillards, de gêneurs et de manifestants », il a demandé la solidarité des Tananariviens, de « ceux qui se sont sentis trompés »,et appelé les « autres » à réfléchir. Apparemment, cette exhortation ne s’adressait à pas lui-même.

 

En milieu de matinée, Viva Radio a de nouveau émis.

Comme en 2002, la diaspora a été informée en temps réel et tous les sites ont explosé leurs statistiques de visites. Chose étrange, Moov.mg, qui s’autoproclame « premier portail Internet de Madagascar » a très peu parlé des évènements, faisant sa Une sur l’International. Ses forums sont hors-service. Et cet après-midi à Paris, Madagate.com, qui soutient Andry Rajoelina, a été déconnecté du réseau. Joint au téléphone, son responsable Augustin Andriamananoro, estime la panne technique peu probable.

 

Le couvre-feu est décrété de 21 heures à 4 heures du matin.

 

Alain Rajaonarivony



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Published by Alain Rajaonarivony
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