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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 18:37




Des dizaines de milliers de personnes s’étaient de nouveau donné rendez-vous sur la place du 13 Mai ce samedi 7 Février. Bien que la foule fût bien plus importante que la dernière fois, une espèce de routine s’était installée. On imaginait qu’il n’y aurait pas d’incidents et que les forces de l’ordre ne s’opposeraient pas violemment. En effet, les responsables de l’Emmo-Nat (Etat-major mixte opérationnel) ont toujours su trouver un terrain d’entente avec les dirigeants de la contestation pour éviter tout débordement. C’est ce qui a d’ailleurs valu le limogeage de son plus haut responsable la semaine dernière par le Président.


Il faisait beau,  les ombrelles étaient de sortie et les vendeurs de limonade ne se plaignaient pas de leur journée. Comme promis le Maire Andry Rajoelina a révélé le nom de celui qui devrait diriger son gouvernement de transition, Roindefo Monja. Les qualités du « Premier ministre » sont surtout d’être originaire du Sud, région délaissée depuis toujours, et d’être le fils de son père Monja Jaona, un grand nationaliste irréductible, qui a connu la prison à plusieurs reprises pour ses idéaux. Car le cursus politique de Roindefo est pour l’instant des plus minces.


Le Maire a promis devant la foule enthousiaste que toutes les régions seraient représentées dans son gouvernement. Le « Premier ministre » de ce contre-gouvernement s’est ensuite dirigé de concert avec la foule vers le Palais d’Ambotsirohitra, situé non loin de là avec l’intention de s’y installer. Tout le monde n’a pas suivi, mais ils étaient quand même nombreux, surtout issus des  bas quartiers. Certains jeunes ne semblaient pas très fréquentables puisqu’ils ont failli molester un photographe et ne lui ont laissé son appareil qu’en échange d’un peu d’argent. Du racket, quoi !


La marche s’est déroulée sans incidents jusqu’au Palais où l’immense cortège s’est retrouvé face à des cordons de forces anti-émeutes mixtes (policiers, gendarmes et militaires). Le statut-quo a duré une bonne heure. Pendant ce temps, le général Dolin à la tête d’une petite délégation essayait de parlementer avec les officiers. Il informa ensuite les manifestants qu’il n’y avait aucun « décideur » à l’intérieur du Palais. Sur un mouvement de la foule, tout d’un coup, une explosion retentit (sans doute une grenade), suivi de coups de feu nourris.


Les témoignages, y compris des journalistes présents, convergent pour dire que les rafales provenaient de l’intérieur du palais, par des hommes encagoulés, qui ont tiré à balles réelles sur des manifestants qui ne semblaient pas encore avoir franchi la zone rouge.


Ces tirs tendus ont immédiatement couché par terre des dizaines de victimes, mortellement ou gravement blessées. Parmi elles figure un caméraman de la RTA, tué en première ligne pour le droit d'informer. On se précipite pour transporter les blessés. Une seconde salve cueille les secouristes.


Il n’y a pas eu de tirs de sommation préalables en l’air, contrairement à ce qu’affirme la version officielle.


Ensuite, c’est la panique et l’heure des rumeurs. On parle de mercenaires, de snipers sur les toits des immeubles, de saccages de l’hôtel du Louvre et du Colbert. Quelques casseurs ne perdent pas la tête et tentent de s’en prendre au Ministère des finances ou à des commerces à proximité. Au milieu des blessés, on les verra courir avec des ordinateurs et autres babioles sous les bras.


La morgue de l’Hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona est vite remplie. On fait appel aux donneurs de sang et aux étudiants en médecine. Dans la soirée, Médecins du Monde annonce l’envoi de matériels chirurgicaux pour le traitement de 300 blessés. Des tirs sporadiques seront entendus jusqu'à 4heures et demi du matin.


Ce dimanche 8 février, le bilan de la gendarmerie fait état de 28 morts et 212 blessés, les sources hospitalières de 43 morts. Beaucoup de familles cherchent encore les leurs, disparus depuis hier.


 Une veillée mortuaire s’est tenue au stade couvert de Mahamasina dans l’après-midi. Monseigneur Odon Razanakolona  a pris la parole mais pas ses autres collègues du FFKM (Fédération des Eglises), hués par l'assistance.


Depuis le Black Monday du 26 janvier, la situation n’a cessé d’empirer. Juste avant l’auto-proclamation du Maire du samedi 31 janvier, des négociations prévues entre les deux parties avaient été annulées car le Président avait choisi de partir en province.


La veille de ce samedi rouge, les émissaires des deux camps avaient pu enfin se parler. Ils étaient trois de chaque côté de la table. Jacques Sylla, Président de l’Assemblée Nationale, Noël Rakotondramboa, vice-président du Sénat, Harison Edmond Randriarimanana, ministre de l’environnement représentaient le pouvoir. Nirhy Lanto Andriamahazo, adjoint-au-maire de la Capitale, le journaliste Gilbert Raharizatovo et Ny Hasina Andriamanjato portaient les propositions de la partie adverse. Pour qu’une négociation soit efficace, il faut qu’il y ait un minimum de concessions réciproques. Les émissaires présidentiels, semble-t-il, n’auraient rien voulu lâcher. Les discussions avaient duré toute la journée.


L’image du Président est irrémédiablement ternie, celle de Andry Rajoelina aussi. Le sang versé éclabousse tout le monde. Un lecteur indigné m’a écrit qu’il fallait organiser des élections anticipées. C’est du pouvoir du législateur et de l’exécutif, mais c’est effectivement une des portes de sortie possible.


Un représentant de la diaspora m’a appelé de Dakar pour que je transmette leur appel aux deux belligérants :


«  Il est inadmissible que des Malagasy meurent car des politiciens ne sont pas capables de trouver un terrain d’entente. Nous demandons aux parties en présence de se parler maintenant afin de sortir une solution honorable et acceptable pour tous car cette situation a assez duré. Les Malagasy ont déjà beaucoup trop souffert. » 



Merci aux photographes dont certains ont risqué leur vie pour passer l’information.

Je ne publie pas les photos des personnes tuées par respect pour elles.


Alain Rajaonarivony




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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

COLOGON 16/02/2009 16:54

bonjour, je souhaiterais avoir les coordonnées de quelqu'un de représentatif pour répondre à des question sur plateau tv à DAKAR pour canalinfo news, au plus tôt, je suis journalisme là, avez-vous un profil facebook? MERCI de votre blog, il représente une source de pensées, de réflexion, non négligeable. Téna misaotra bestsaka, et à bientôt ! ERIKA

Alain Rajaonarivony 16/02/2009 17:19


Bonjour,
Pourriez-vous utiliser le "contact" en bas de page, s'il vous plaît?
Je pourrai ainsi vous répondre directement sur votre mail.
J'utilise très peu Facebook.
Merci et meilleures salutations


francesco joseph 12/02/2009 09:20

je suis entièrement d'accord sur les commentaires sauf il faut arrèter de dire que monsieur RAVOLOMANANA c'est un presidentlégitime c'est archifaut ila pris le pouvoir analakely comme le president ZAFY le seul président légitime quand n'a chassé c'est l'amiral RATSIRAKA donc quand quelqu'un vie par la rue c'est logic qu'il termine par larue , et quand les gens vie par les armes il termine par les armes.

Garcia 11/02/2009 14:21

Je ne suis pas Malgache, mais je trouve désolant que tout ceci manque de, sagesse et de discernement !

lolo 11/02/2009 10:22

Merci à l'auteur du blog de rendre hommage aux Femmes, et pour l'analyse très perspicace de la situation.Quand je pense que des personnes soutiennent encore Monsieur Ravalomanana qui a le sang sur les mains...Il serait intolérable qu'une personne pareille continue à diriger un pays, même jusqu'à la fin du mandat. Aucun respect pour les victimes. Patton a bien dit: "ayez un peu d'élégance et quittez le ring". De même, Andry Rajoelina est loin d'être crédible pour redresser la situation. Il a déjà été assez courageux de commencer à dénoncer la situation anti démocratique sur place, mais il est allé trop loin dans ses démarches. S'allier avec les amis de Didier Ratsiraka, est encore pire.J'espère vraiment qu'une tierce personne apparait. Il existe sûrement des personnes dotées de sagesse surtout et d'intelligence (ce n'est pas cela qui manque), qui pourrait relever le pays. Pourquoi pas une troisième force dans ce sens qui pourrait jouer le rôle de la transition?

hoareau jean Pierre 10/02/2009 23:34

Merci de nous donner des informations pertinentes sur les évenements du pays. Je suis un Zanatana avec du sang Malgache depuis 1670. J'ai quitté le pays en 1963 et depuis cette époque je ne vois de ce pays (mon pays puisque j'y suis né et vécu pendant 20 ans) que lutte personnelle des dirigeants et leur incapacité à sortir le peuple de la misère. Votre Pays (notre pays) a un atout : un peuple travailleur et une jeunesse instruite et intelligente. Pour sortir de cette impasse il faut faire table neuve, mettre les éléphants à la retraite et constituer une nouvelle voie politique ou les interrets du pays et du peuple seront à prendre en priorité. Vous en avez les capacités alors vous devez prendre votre sort en main, sans tenir compte des avis extérieurs. Soyez maître de votre destin et de vos décisions, développer votre pays qui a un potentiel esceptionnel, et ne vous laissez pas spoliés par certains pays étrangers dont l'objectif est de de nourir leur peuple (Chine ? Corée? Inde? USA?) moins de crainte avec la France (voir commentaire de Tsy jamba). qui garde de forts liens d'amitiés avec vous et dont les enfants de Zanatany ont maintenant 60ans et n'ont qu'un but revenir en touristes ou en retraités au pays qui leur a beaucoup manqué et où ils ont laissés des parents dans tous les cimetières. Alors je pense à tous ceux dont le sang a coulé pour un grand espoir de justice., je prie pour leur Ame et leur famille, et j'espère qu'une solution équitable et juste soit trouvée d'ici peu et que bientôt je pourrais faire connaître le pays qui m'a vu naître à mes enfants et petits enfants.