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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 00:10


La Croix Rouge malagasy a donné une estimation révisée de la journée sanglante du 7 février. On compte maintenant une cinquantaine de morts et près de 433 blessés. Comme le souligne si bien un journal de l’Ile de la Réunion, dans un autre pays, un tel évènement aurait donné lieu à un moment de recueillement et à un deuil national. Mais ce n’est pas le cas.


Dès le 11 février, le TIM a organisé une fête pour soutenir le Président Ravalomanana au stade municipal de Mahamasina. D’une capacité de 30.000 places, il fut rempli. Certes, des minibus ont convoyé des participants payés, venant parfois d’Ambatolampy (à 70 kilomètres de la capitale), les fonctionnaires ont aussi été « invités » et plus curieux, on a retrouvé de-ci de-là des petites gens des quartiers populaires présents sur la place du 13 mai. Les manifs sont devenues une source intéressante de revenus en ces temps de crise économique d’autant que les deux partis n’hésitent pas à payer.


Au-delà de ce folklore, des personnes sont venues de leur plein gré dont des partisans de Andry Rajoelina de la première heure. La schizophrénie n’est pas loin. Par leur présence, ils veulent signifier que Ravalomanana représente la « légalité », et que ses manquements ne justifient pas une prise de pouvoir par la rue. Des fans purs et durs du Président, à part ceux qui profitent du système, familles et membres du cercle des gouvernants, sont difficiles à dénicher.    


De ceux-là font partie Yvan Randriasandratriniony, Président du Sénat et du parti présidentiel TIM. Il n’a pas hésité à soutenir effrontément devant des journalistes étrangers qu’il y a eu des tirs de sommation lors de la tuerie d’Ambotsirohitra malgré les témoignages et les vidéos attestant du contraire.


Entre un assassin « légal » et un provocateur de moins en moins « légitime », les Tananariviens qui ont soutenu les deux tour à tour cherchent désespérément une issue. « Ni TIM, ni TGV, simplement démocrate » m’écrivait un internaute. Cela semble être le credo d’une population déboussolée. Aucun des deux « chefs » ne donne satisfaction à la majorité, qui ne se résout pas à les rejeter totalement.


L’idéal semble être une condensation de TGV pour le courage de dénoncer, de Ravalomanana pour la légalité internationale et de « il doit bien exister quelque part une élite honnête » pour l’éthique et le respect des règles républicaines. Bref, en pleine dissonance cognitive, les Malagasy sont perdus.


« Une troisième force », « une voie alternative » permettant de réconcilier leur passé (Ravalomanana et 2002), leur présent (Andry en 2009) et leur futur (des plus incertains) leur ferait retrouver un peu l’équilibre.


Ce sera difficile ! L’émergence de l’élite (elle existe) ne peut se faire que dans un environnement sain. Dans un contexte de concurrence déloyale au niveau économique, d’intimidations sur le plan politique, de népotisme dans les attributions des postes à responsabilité…, les meilleurs vont ailleurs et appliquent l’adage : « pour vivre heureux, vivons cachés ». Très vicieusement, Ravalomanana a récupéré les méthodes de Ratsiraka alors qu’on attendait de lui qu’il les dénonce. Andry Rajoelina a repris le flambeau, ranimant l’espoir, mais il a lui-même dérapé le 31 janvier, jour de son auto-proclamation. Depuis, les Malagasy ne savent plus à quel saint se vouer. Quant au FFKM (Fédération des Eglises), ses représentants se sont fait huer lors de la chapelle ardente en l’honneur des victimes du « samedi sanglant » (« Bloody Saturday » pour les agences).


L’ambassadeur américain Niels Marquardt se voulait modérément optimiste le 11 février : « Le dialogue commence, il faut le maintenir et c’est dans ce dialogue qu’il faut trouver une issue malgache ». Haile Menkeiros, l’émissaire de l’ONU est reparti. Amara Essy, le représentant de l’Union Africaine parle d’une « affaire interne » et semble déjà avoir jeté l’éponge.


Le secrétaire d’état français à la coopération, Alain Joyandet, qui a rencontré les deux rivaux, pense tenir une dynamique. Les «deux délégations sont en train de travailler. Ces négociations sont conduites par les représentants des Eglises qui sont très importantes ici...nous avons entendu le souci d’améliorer le sort, sur le plan social et économique, de la population malgache. Et c’est important pour que cette crise prenne fin». Les insulaires ont toujours été réputés pour leur art de recevoir et ont fait preuve d’une exquise politesse envers leur hôte. Mais les promesses n’engagent que ceux qui veulent y croire. Des informations confidentielles incitent à plus de pessimisme.

 

Rien n’a avancé. Chacun campe sur ses positions. Les « sages » du FFKM ne sont pas écoutés et la société civile, un des éléments modérateurs, s’éloigne de la contestation. Elle ne participe plus à aucune décision depuis deux semaines. D’ailleurs elle aussi n’a plus été écoutée, sinon il n’y aurait jamais eu d’auto-proclamation. Les « 13may-boys », ces jeunes (et moins jeunes) loups propulsés sur le devant de la scène par la seule volonté du Maire font pendant aux « Tiko-boys ». On a vu le comportement du Président du Sénat, niant l’évidence pour défendre le « boss ». L’attrait du pouvoir rend peu lucide. Deux clans extrémistes sont maintenant face à face.

 

Ceux qui se sont vraiment battus pour  le respect des libertés fondamentales comme le FCD (Force pour le Changement Démocratique) n’arrivent plus à contenir le Maire, poussé à la surenchère par les nouveaux-venus. D’autres groupes périphériques jusqu’ici veulent aussi leur part de gâteau. Tous ces acteurs œuvrent dans l’ombre et n’ont aucun intérêt à ce que les choses s’arrangent.

 

Parce que le chef de l’Etat n’a jamais fait montre de bonne volonté, ni pour négocier (remettant toujours au lendemain les rendez-vous pris), ni pour écouter, il a fini par marginaliser tous les éléments modérés du mouvement de contestation favorables au dialogue et à la cohabitation. Il va donc se retrouver en face d’interlocuteurs parlant le même langage que lui : la force brutale et la puissance de l’argent. Ce sera un combat à mort pour avoir le pouvoir et s’enrichir très vite. Ils suivent en cela l’exemple du Président lui-même qui a fait des «petits» mais dans le mauvais sens.

 

Une seule chose peut encore sauver Madagascar : l’apparition de la « troisième force ».

 

 

Alain Rajaonarivony



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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

lolo 15/02/2009 21:49

Seuls ceux qui osent pouront accomplir quelque chose de grand. Il faut y croire. Personne ne pourra barrer la route à ceux qui sont déterminés...

liantsoa 15/02/2009 21:08

Mais ra8 ne laissera jamais une troisième voie surgir! c'est le grand problème de cette crise

lolo 15/02/2009 16:38

Si vous êtes prêt pour une troisième voie, surtout gardez cette idée. Les critiques, il y en aura toujours. C'est à travers les critiques qu'on peut avancer. L'important c'est d'être fidèle è ses convictions. L'union des idées et la force de dialogue peuvent aboutir à quelque chose de concret.

et puis quoi encore ? 14/02/2009 23:50

et vous croyez que le tgv va vous laisser tranquillement tirer les marrons du feu alors que lui il risque sa vie tous les jours tandis que vous vous êtes confortablement installé devant votre PC entrain de rever a une 3eme voie ? "faut pas rever" c'est une excellente émission sur france 3

Nono 14/02/2009 23:30

Bonjour,La troisième voie tant attendue ici ne serait-elle pas le CoXXXX et/ou le FXX ? je me pose des questions car pour moi il n'est pas anodin que vous citiez ces noms à maintes reprises.Pourquoi pas, mais pour l'instant leur légitimité fait défaut.