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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 11:47


Le Père Pedro n’est plus à présenter. Tout le monde connaît (et reconnaît) son action en faveur des plus vulnérables à Madagascar. Nous nous sommes connus en juin 2002 à Paris où nous avons manifesté ensemble en faveur de Marc Ravalomanana. Ce dernier représentait alors l’espoir et avec beaucoup d’autres, nous voulions alerter l’opinion internationale.

Je l’ai revu en septembre 2008 à Antananarivo. Akamasoa, la cité qu’il a construite pour les personnes sorties de la pauvreté jouxte une décharge qui en s’étendant, empoisonne maintenant l’air que respirent les milliers d’habitants de cette colline de l’espoir. Il m’avait affirmé qu’avec de la volonté politique et un budget honnête, on pourrait sauver tous les enfants, les 4 Mi (comme Misère), qui traînent et se perdent dans les rues de la Capitale.

Le Père Pedro avait été nominé pour le Prix Nobel de la Paix. Sa parole a un sens car elle est en cohérence avec ses actes. Cet appel a été lancé après le « Black Monday ».




Appel à la Paix Sociale !



Après avoir entendu le commentaire profond et attristé d'un journaliste de la Radio Antsiva présentant le drame actuel, je voudrais prolonger sa réflexion.

Bien que la situation reste très difficile et même chaotique, nous sommes en face d'une explosion sociale. Il y a déjà trop de morts et de dégâts matériels.

La destruction des infrastructures est déjà inestimable. A qui peut-elle profiter ? La colère est toujours aveugle. Lorsqu'en politique, l'hypocrisie des apparences l'emporte sur la vérité, on en paie le mensonge ! Qu'on ne s'étonne pas que des émeutes puissent surgir à tout instant !

Les politiciens se bercent dans de paroles douces et creuses, seulement pour la forme et le plaisir du moment ! Les pauvres subissent, se taisent jusqu'au moment où ils explosent telle une soupape. Certains jeunes, qu'on qualifie de bandits sont cependant tous des enfants du pays. D'où viennent leur violence, leur désir de casser et leur révolte ?

Nous pouvons tous, dès maintenant, nous interpeller sous la forme d'une responsabilité collective : l'Etat, l'Eglise, la Société Civile, les artistes et les parents. Quand on sème l'égoïsme, l'indifférence, le chacun pour soi, le capitalisme sauvage, on ne peut récolter aucun progrès. Combien de dirigeants passent leur temps de réception en réception, de séminaire en séminaire et de réunion en réunion ! Pendant ce temps des dizaines de milliers de jeunes cherchent désespérément un emploi pour se préparer un avenir ou simplement survivre.

De l'oubli de tant de jeunes, laissés en marge du progrès, on ne peut attendre la paix : la violence aveugle surgit des coeurs blessés.

Cette barbarie, ce vandalisme, cette violence sont la manifestation des laissés pour compte.
Bien que les faits soient condamnables, il est temps de se demander ce que nous pouvons faire pour ceux qui, n'ayant plus rien à perdre, ont pillé, saccagé et brûlé. Ils se sentent étrangers à une communauté humaine et nationale à laquelle ils n'ont jamais été intégrés. Beaucoup de parents malgaches n'arrivent pas à croire qu'une telle violence puisse exister chez leurs enfants.
Par ces faits les jeunes attirent notre attention. Mais combien de vieillards, de femmes seules, d'handicapés n'ont aucun moyen d'exprimer leur souffrance ! Ils représentent pourtant la partie de l'iceberg immergée, invisible, des 70% de pauvres.

Avec les dirigeants, sortons du sommeil, faisons notre travail avec un amour vrai qui débouchera nécessairement sur le partage, le respect et la dignité. Et que faisons nous pour empêcher que le pauvre soit la proie facile et manipulé par les gens sans scrupules ?
Le temps est venu de commencer ce travail à long terme. La sagesse ancestrale s'en trouvera honorée. Et que tous ceux qui se disent croyants l'expriment par le concret de leur vie, de leurs actes et leur parole.

Mon expérience de plus de trente-cinq ans au milieu des pauvres prouve qu'avec eux, lorsqu'ils sont reconnus, cet espoir est possible. Ceci est un voeu de tous ceux qui aiment Madagascar.
La Paix de la Nation est entre les mains de chacun de nous !



Père Pedro Opeka
Antananarivo, le 29 janvier 2009

 

Illustration: le Père Pedro à Akamasoa en septembre 2008

Cet appel a déjà paru sur Sobika.com et dans les journaux. Mais je pense qu'il est nécessaire d'amplifier la voix de ceux qui appellent à la raison et à la réflexion dans cette période cruciale. 



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Published by Alain Rajaonarivony
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