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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 00:52




Les Malagasy aiment à passer pour un peuple d’esprit, ayant une haute idée de la tolérance et de la dignité humaine. Cela se reflète dans les différents proverbes émaillant les « kabary » (discours) à chaque moment fort de la vie comme un mariage, un deuil, ou l’inauguration d’une réalisation quelconque.


Ils ont cultivé l’art du lien social avec la notion de « fihavanana » (les bons rapports avec autrui), permettant de désamorcer les conflits, de trouver des compromis satisfaisants en évitant si possible les humiliations, bref, de trouver ce qu’on appellerait des accords « win-win ».


Devant cette tension qui perdure, la capacité des dirigeants à retrouver la réalité de leur culture semble réduite et se limiter à son vernis. Le mot d’ordre serait plutôt le credo moderne, « profit-rentabilité » par tous les moyens y compris si nécessaire en sacrifiant l’humain et sans faire l’économie de la violence.


Ce mercredi 4 mars 2009 marque un tournant dans la crise qui secoue Madagascar depuis des mois. Dès 7h30, l’Emmonat (forces mixtes de maintien de l’ordre) ont bloqué tous les accès à l’avenue de l’Indépendance au milieu de laquelle se trouve la Place du 13 Mai, lieu devenu habituel pour les rassemblements de la contestation.


Dès que les premiers militants sont arrivés, les échauffourées ont démarré. Elles dureront toute la journée dans les différents quartiers de la ville : grenades lacrymogènes et balles en caoutchouc contre jets de pierres. Les étudiants déclareront l’Université « zone rouge » pour les forces de l’ordre. Les radios Viva et Antsiva, favorables à la contestation, sont brouillées.


La vie de la cité a été complètement bouleversée. Si le centre-ville était interdit aux manifestants, il l’était aussi pour les automobilistes et les transports en commun. Dans plusieurs quartiers, les protestataires ont élevé des barrages de bric et de broc,  blocs de pierres ou bacs à ordures. Et comme les affrontements n’étaient plus circonscrits à un endroit mais se déplaçaient en fonction des courses-poursuites entre contestataires et forces de l’ordre, des embouteillages se sont formés un peu partout.


Le pouvoir passe à l’action et menace dans le même temps tous les médias audiovisuels qui n’épousent pas la ligne officielle. Le Président affiche un ton décidé dans son appel à la population et déclare qu’il n’acceptera pas de transgression de la loi. Cette escalade dans la violence de l’Etat n’est pas la conséquence de prises de positions de l’opposition mais d’un ultimatum de l’Union Africaine.


Son représentant, le diplomate algérien Ramtane Lamamra, a demandé à Marc Ravalomanana de rétablir la paix dans les quinze jours sous peine de perdre l’organisation du Sommet prévue au mois de juillet. Le Président malgache a donc réagi à cette injonction par la fermeté prenant de cours les médiateurs du FFKM (Conseil œcuménique des églises) soutenus par l’ONU et engagés dans des négociations difficiles entre les deux partis.


On déplore encore la mort d’un jeune homme d’une vingtaine d’années à Antananarivo et celles de deux personnes, dont un petit garçon de 12 ans, à Ambositra, tombés sous les balles des forces de l’ordre. A cela s’ajoute, le décès de deux manifestants blessés gravement vendredi dernier à Fianarantsoa.


Le mouvement de fronde s’étend maintenant à tout Madagascar et le pouvoir n’a toujours pas trouvé le langage approprié pour favoriser la recherche d'un terrain d’entente avec ses opposants. La répression généralisée s’avèrera sans doute contreproductive. Surprise par le changement de stratégie du régime, la contestation a déjà commencé à organiser la résistance. La violence va redoubler pour une raison simple. Les opposants doivent tenir coûte que coûte une quinzaine de jours afin de faire couler le Sommet. Pour des motifs exactement inverses, le gouvernement va vouloir mater la révolte d’une bonne partie de sa population dans le même laps de temps. Après le massacre d’Ambotsirohitra (voir l’article : « Carnage devant le palais »), on ne peut s’empêcher d’appréhender un autre coup de folie possible.

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Cette rencontre internationale semble être une véritable obsession pour le pouvoir au point qu’elle l’amène à mettre en péril les efforts déployés par les conciliateurs. La première série de prise de contacts entre les deux belligérants s’est terminée en queue de poisson (voir l’article : «jusqu’à la lie»). La seconde pourrait pâtir de ces nouveaux rebondissements. De nouveau, l’impartialité du FFKM est remise en cause, chose curieuse, par les deux camps.


Ce régime a en tout cas réussi à diviser les Tananariviens, les chrétiens et bientôt sans doute l’Armée. Plusieurs officiers supérieurs n’approuveraient pas la répression menée par l’Emmonat, considérant que leur mission est de défendre la population et non de leur tirer dessus. On leur prête l’intention de sortir un communiqué sous peu.


On est très loin du « Fihavanana ». Après le « Fahamarinana » et « Fahamasinana » (« droiture » et « sainteté » ou « éthique »), ce n’est qu’un concept sacré des Malagasy de plus qui est foulé au pied. Avec des « Raiamandreny » (« parents empreints de sagesse ») indignes qui font tirer sur leurs «enfants» ou utilisent la violence verbale, la misère morale s’ajoute à l’indigence matérielle. Ce pays a besoin que ses hommes et femmes de conscience se lèvent. C’est devenu une urgence vitale.



Alain Rajaonarivony


 


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Published by Alain Rajaonarivony
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Ravao 26/03/2009 20:05

Salut Alain,La mentalité de celui qui a écrit ce texte ne correspond plus à celle qui règne à Mada en ce moment.Les gens ne sont plus assez bien instruits, la qualité des enseignants se dégrade, les fihavanana et les valeurs que vous avez décrites, ils vivent encore dans la société malgache en-dehors de Madagascar.Pour moi, les problèmes politiques actuels ne sont que le reflet de ce manque d'éducation.Npus pouvons essayer par tous les moyens d'aider nos proches restés dans le pays, mais nous ne pouvons pas arreter cette dégradation irréductible qui fait que de plus en plus les pays se range au niveau commun africain.Il faudrait des statistiques pour compter le nombre de médecins, ingénieurs, avocats, informaticiens, etc malgaches qui après leurs études ne sont pas rentrés dans le pays. Il manque cruellement des intellectuels à Madagascar. C'est dur pour moi aussi de reconnaitre que ce refus de revenir pour construire le pays constitue en très grande partie à son éffondrement, car pour moi il s'agit bel de bien de ca, et de rien d'autre.Les médias étrangers n'en parlent pas: ils ont intéret à ce que nous restions chez eux.Personnellement, je me sens d'ame complètement malgache, mais le pas est très dur à franchir: revenir .....Qui sait, peut-etre oserai-je un jour, quand la coupe sera trop pleine?

Patton 06/03/2009 17:29

Ecoutez, on ne comprend plus rien a cette situation !! Est ce que ce fanjakan'ny baroa va se terminer ?  Apparemment - a moins que ce ne soit un homonyme - vous etes le porte parole d'une association qui a un certain entregent ou un entregent certain, eclairez un peu le commun des mortels malagasy.

Ragasy Mafyloha 06/03/2009 08:44

A mon sens, malgré les négociations secrètes qui se poursuivent, RA8 ne pouvait plus faire autrement, injonction ou pas de l'UA.Il ne pouvait pas éternellement faire le dos rond au risque d'apparaître comme un indécis ou un faible.D'autant que dans son dernier discours public, Andry Rajoelina annonçait que ce sera une lutte jusqu'à la chute de RA8.L' échec sanglant d' Ambohitsorohitra, de la prise des ministères et de la grève générale ont dû aussi le persuader que le mouvement TGV était en perte de vitesse.De ce point de vue, que TGV eût été surpris de la réaction de RA8 est étonnant. Peut-être pensait-il que RA8 était en position de faiblesse.Alors soit c'est une reprise en main définitive par le pouvoir, soit c'est une manière de montrer sa force et peser sur les négociations qui ne se sont jamais interrompues ou presque.D'une certaine manière, TGV ne doit pas être mécontent que RA8 commence à bouger ses pièces, parce que jusqu'à maintenant toutes les initiatives de TGV se sont toutes mal passées. En utilisant un langage sportif, on dirait que TGV est un joueur de contre : il n'est pas pour quelque chose, il est d'abord contre RA8. Ce qui pourrait le relancer.En définitive, ce n'est qu' un jeu...dangereux où les malgaches de tout bord ne sont que des pions que l'on fait avancer, reculer, sacrifier en fonction de la tactique décidée par l'un ou par l'autre.Il ne reste plus qu' à espérer que cela se termine par une partie nulle.Ou alors qu'une partie tierce arrive à faire arrêter la partie et à en imposer. Si on exclut un directoire militaire ou quelque chose d'approchant, il ne reste plus que le FFKM, qui doit devenir le Raiamandreny suprême et qui doit sortir impérativement de son rôle d'arbitre pour devenir une force de propositions se situant au-dessus, au-delà des deux parties, quitte à être taxé de partialité dans un premier temps.  

yves 05/03/2009 13:35

Vos commentaires sont trés justes. Il est de notoriété publique que la chine est un grand financier de l'OUA.Ses interets dans Rino Tinto viennent d'être démontrés, le maintient d'un bas prix des minerais extraits de Mada l'a justifié.Tout est argent et pouvoir, cher Monsieur. voyez la KOBAMA sacrifiée sur l'hotel du tissus industriel du président...Un pays n'est pas seulement un terrain de bonnes affaires pour quelques milliardaires... 

Alain Rajaonarivony 05/03/2009 16:02


Bonjour et merci,

Une des grandes richesses de Madagascar, c'est sa culture de la non-violence. Il faudrait que les nouvelles générations puissent encore en hériter.