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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 16:21



Après la claque reçue par Alain Joyandet, secrétaire d’Etat français à la coopération lors de son passage à Antananarivo le 11 février, la France se faisait très discrète. Il avait alors eu droit à quelques minutes d’entretien avec le Président malgache, dans une atmosphère glaciale, de quoi refroidir les meilleures bonnes volontés. Et pourtant, l’ex-puissance coloniale avait pris la précaution de s’intégrer dans une délégation de bons offices de la COI (Commission de l’Océan Indien), regroupant les états de la région dont elle fait partie grâce à l’Ile de la Réunion, pour être moins voyante. Cela n’avait pas suffi ! Dans la journée, lors du meeting de soutien au Président, les banderoles anti-françaises (« Français, arrêtes ton cinéma sinon dehors ! ») étaient bien visibles.


Le vendredi 6 mars, les élèves du Lycée Français de Tananarive (LFT) se sont retrouvés coincés entre les forces de sécurité et les comités de vigilance populaire (andriamasom-pokonolona) protégeant le Maire. Dans la nuit du 5 au 6 mars, le Président avait donné l’ordre d’arrêter son adversaire mais l’intervention a échoué devant la résistance des citoyens défendant les barrages. Andry Rajoelina ayant été exfiltré dans la matinée du 6, les affrontements se sont ensuite déroulés devant une résidence vide.


 Il était totalement irresponsable de la part du pouvoir d’ordonner des combats à deux pas d’un établissement scolaire qui accueille 1600 jeunes. Il était tout aussi ignoble d’instrumentaliser les enfants comme l’ont fait les responsables des barrages. La situation a dégénéré quand une ambulance est arrivée au LFT. Elle a pu passer sans encombre mais à un moment, la rumeur s’est répandue dans la foule que ce véhicule devait servir à récupérer en douce quelques rejetons de ministres. Les manifestants ont alors exigé des contrôles. L’arrivée d’un des hélicoptères de la Présidence au-dessus de l’établissement a brutalement accru la tension alors que les négociations étaient sur le point d’aboutir pour la sortie des élèves.


Si tout s’est finalement terminé de manière heureuse, c’est beaucoup grâce au sang-froid des responsables du Lycée. Cette prise en otages non préméditée de ses jeunes ressortissants devrait en tout cas inciter la France à se montrer un peu plus active sur le plan diplomatique. Après tout, en tant que vieille nation démocratique ayant gardé des liens très forts avec la Grande Ile, aussi bien économiques qu’affectifs, elle a autant de légitimité que d’autres, pays ou organisations amis, à aider au dialogue et à la réconciliation inter-malagasy.


A côté de la France étatique, il y a aussi la France citoyenne représentée par ses élus. Jean Faure est de ceux-là. Questeur du Sénat en 2002, il n’avait pas hésité à prendre fait et cause pour le peuple malagasy et son champion de l’époque, Marc Ravalomanana, contre les positions officielles du Quai d’Orsay. Son intérêt pour la Grande Ile ne s’est pas démenti depuis et ce vécu apporte une certaine crédibilité à son analyse. Président du groupe interparlementaire d’amitié France-Madagascar et pays de l’Océan Indien, il donne son sentiment sur les évènements actuels.



Jean Faure le 5 mars au Sénat, 

 juste avant les incidents du LFT.


« C’est trop douloureux de voir ce qui se passe actuellement. Madagascar est un pays qui possède une culture de non-violence. Historiquement, mises à part quelques flambées, toutes les crises se sont toujours réglées par l’écoute.


Depuis 50 ans,  Madagascar a pris l’habitude d’évoluer lentement mais sûrement vers un fonctionnement démocratique. Il faut retrouver les chemins du dialogue. On peut régler les problèmes sans affrontements brutaux. Il est impensable de voir le sang versé dans un pays où la discussion est une des bases de la culture.


Les rouages de l’Etat ont été institués de façon démocratique. Il faut juste les faire fonctionner correctement, y compris pour l’opposition. On ne prend pas le pouvoir à la pointe du fusil contrairement aux révolutions maoïstes. C’est valable pour tous les acteurs de cette crise. On doit avoir un mode d’expression qui n’est pas basé sur la force.


On ne peut gagner le pouvoir vite dans une démocratie. C’est bien ce qui évite les morts et les abus. Une jeune démocratie comme Madagascar doit évoluer à son rythme et ne pas revenir en arrière ».



Photo 1 : le LFT accueille des gosses de ministres ou de diplomates mais aussi des petits Malagasy méritants, bénéficiaires d’une bourse et des enfants de simples citoyens.


Photo 2 : Jean Faure, Président du groupe interparlementaire d’amitié France-Madagascar le 5 mars au Sénat.



Alain Rajaonarivony




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Published by Alain Rajaonarivony
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david 10/03/2009 18:58

Pour mr Faure, comment fait-on vivre une "jeune démocratie" quand les appareils économiques, financiers et politiques sont verrouillés fermement par un seul homme (ou une même famille) et sa cour?Attendre 2012 aurait signifié pour l'opposition la même déconvenue qu'en 2007. Trop d'abus, de monopoles, et surtout d'ingérence dans tous les secteurs de l'île finissent par faire éclater le ras-le-bol d'une population et surtout de certaines de ces élites frustrées de voir le pays géré comme un gâteau où toutes les parts sont baffrées par un seul homme!Et quand on a le ventre creux... L'Histoire est faite de répétitions.