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  • : Le blog de Alain Rajaonarivony
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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 18:43


Depuis le 17 mars, vers 11h30 où le Président a remis à un Directoire militaire les pouvoirs qu’il détenait de par le suffrage universel, la responsabilité de tous les événements qui se succèdent dans le pays incombe désormais à la Haute Autorité de Transition.

 

Si la démarche du Président n’est pas explicitement écrite dans la Constitution, il y a néanmoins une jurisprudence dont il s’est inspiré. Il a suivi l’exemple du Président Philibert Tsiranana en 1972. Ce dernier, voyant qu’il perdait le contrôle de la situation, a délégué tous ses pouvoirs à l’Armée pour faire revenir l’ordre. Il avait alors demandé au Général Gabriel Ramanantsoa, le plus ancien dans le grade le plus élevé, de gérer cette période délicate. En confiant au Vice Amiral Hyppolite Ramaroson Raharison la tâche de sortir le pays de la crise et d’organiser des Assises nationales, Marc Ravalomanana était dans les traces de son prédécesseur.

 

Ce qui n’est pas prévu dans la Constitution par contre, mais vraiment pas, c’est que des soldats sous les ordres d’un commandant braquent leurs fusils sur des médiateurs, des diplomates et des généraux pour arracher la décision en faveur d’un futur « président ». Les hauts gradés qui devaient diriger le Directoire ainsi qu’un médiateur, le Pasteur Lala Rasendrahasina ont été bousculés, menacés et emmenés de force à la caserne du Capsat, siège des militaires contestataires. De là est ressorti une ordonnance qui transférait les pouvoirs du Directoire à Andry Rajoelina, sans contrainte bien sûr. Cette mascarade a ensuite était validée par la Haute Cour Constitutionnelle, sous l’impulsion de l’ancien responsable de cette Institution, Norbert Ratsirahonana.

 

Le Pasteur Lala Rasendrahasina, un des médiateurs, connu pour ses sympathies envers le Président, a eu droit à un « traitement spécial » tenant de la torture psychologique.

 

Le FFKM (Conseil œcuménique des Eglises), faisant office de facilitateur, représente la plus haute autorité morale du pays. L’ambassadeur menacé était celui d’un pays ami, les Etats-Unis d’Amérique, la plus grande puissance du monde. « J'ai pu voir de mes propres yeux jusqu'à quel point on a eu recours à la force dans ce coup d'Etat. Moi-même, j'ai été menacé verbalement et avec des fusils…» racontera-t-il dans un quotidien. Quand aux officiers molestés, ce sont les plus hauts gradés de l’Armée, représentant l’autorité suprême pour ceux qui portent un uniforme.

 

Andry Rajoelina a donc maintenant le pouvoir, mais au prix de toutes les transgressions morales et juridiques. Et ce ne sont pas les circonvolutions sur la sémantique constitutionnelle de Norbert Ratsirahonana, magistrat et ancien chef d’Etat par intérim qui y changeront quelque chose. En apparaissant ainsi au dernier moment pour tenter de justifier ce coup de force, il a fait le désespoir d’un certain nombre de Malagasy. Il a lui aussi perdu son aura de « raiamandreny » (parent empreint de sagesse), tout comme Jacques Sylla. L’ancien Premier ministre traîne maintenant sa réputation de « traître » depuis son apparition surprise sur la place du 13 mai le samedi 14 mars. Il était le chef de la délégation présidentielle lors des négociations, ce qui amène à se demander s’il ne les a pas torpillées sciemment pour accélérer la chute du Président.   

 

Une des premières décisions de la Haute Autorité de Transition fut de suspendre un parlement moribond, dont beaucoup de membres s’apprêtaient pourtant à retourner leurs vestes, le jeudi 19 mars. La charge symbolique était trop forte et a décidé Paris à condamner « le coup d’état », bien après la Norvège, la SADC (Southern African Development Community) dont fait partie la puissante Afrique du Sud, l’Union Africaine, l’Union Européenne, les Etats-Unis…

 

Au plus fort de la crise, le Président Ravalomanana a présenté des excuses à la Nation et demandé la tenue d’Assises nationales pour débattre des problèmes ailleurs que dans la rue. Cette proposition a été rejetée par Andry Rajoelina. Le chef de l’Etat a alors proposé de mettre son poste en jeu dans un référendum. Son jeune adversaire n’a pas voulu non plus de cette solution. Acculé, le Président a transféré ses pouvoirs à un Directoire militaire. On sait ce qu’il en est advenu.

 

Non seulement, les membres de la Haute Autorité de Transition n’ont pas cherché à exploiter les possibilités présentées ou à faire des contre-propositions, mais semblent avoir souhaité l’humiliation du chef de l’Etat. Un mandat d’arrêt a même  été lancé contre lui sur la place du 13 mai. La seule constante dans la démarche était de vouloir mettre Andry Rajoelina dans le fauteuil du Président. On est loin de la demande de respect des libertés fondamentales du début du mouvement.

 

Le parcours du jeune maire est un copier-coller de celui du Président poussé à la démission. Le « meurtre du père » est un phantasme qui tient une place centrale dans l’Œdipe. Il fait partie des phases normales du développement psychique. Il se résout quand l’enfant trouve un autre objet d’amour et ne rentre plus en concurrence avec la figure paternelle. Le phantasme disparaît et l’enfant passe à un autre stade. S’il perdure, c’est qu’il y a un problème qui implique parfois la responsabilité du père et que le psychologue doit analyser. Mais ce n’est pas à toute une nation d’en subir les conséquences.

 

La HAT a juste quelques jours pour démontrer qu’elle a des capacités exceptionnelles à gouverner, étant donnée la montée des périls dans le pays et l’isolement total au niveau international. Passé ce délai, la violence dont elle a fait preuve pour arracher le pouvoir risque de se retourner contre elle.

 

Pierrot Rajaonarivelo, !’ancien vice-Premier ministre en exil, a fait état de ses liens avec le Maire et qualifié « d’amateurisme » sa façon de procéder.

 

La France, une fois de plus, s’est trompée dans le timing. Elle a été la dernière à reconnaître en 2002 la victoire de Marc Ravalomanana. Cette fois-ci, son nouvel ambassadeur, Jean-Marc Châtaigner s’est précipité au Palais d’Ambotsirohitra le 19 mars, dès sa descente d’avion, pour rencontrer le nouvel homme fort, donnant l’impression d’être le premier diplomate et le seul à apporter son onction au coup de force. Sans une mise au point rapide et convaincante de ce geste ostentatoire, l’ancienne puissance coloniale peut s’attendre d’ors et déjà à un retour de bâtons dans les futures relations bilatérales car Andry Rajoelina est mal parti. Comme disait Jean Faure, Président du groupe interparlementaire d’amitié France-Madagascar, « dans une démocratie, on ne prend pas le pouvoir à la pointe du fusil » (voir l’article : «La France impliquée dans la crise, de gré ou de force»). Le 17 mars, devant les ecclésiastiques et les diplomates ébahis, cette scène fut jouée au premier degré.

 

Ce samedi 21 mars, le stade de Mahamasina était plein pour « l’investiture » du Maire à la tête de la Haute Autorité de Transition, à l’image de celle de Marc Ravalomanana en 2002, officialisant sa victoire aux élections présidentielles. Tout pareil !

 

Aucun ambassadeur n’était présent à la cérémonie. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté contre le nouveau pouvoir sur la place de la démocratie à Ambohijatovo.

 

Nicolas Sarkozy, le Président français a « mis en garde » le nouveau pouvoir sur la prévention de « l’intégrité physique » du Président Ravalomanana. Histoire d’éviter un « passage à l’acte ». L’ancien chef de l’Etat aurait décidé de rester dans la Grande Ile…

 

Photo 1 : un blindé devant le palais présidentiel d'Ambotsirohitra

Photo 2 : politicien, militaire et diacre, le trio gagnant pour réussir un coup d'état mais à éviter dans une démocratie

Photo 3 : Andry Rajoelina recevant l'ambassadeur de France, jean-Marc Châtaignier le 19 mars


 Alain Rajaonarivony

 

 


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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

vololona 26/03/2009 08:44

Alain RAJAONRIVONY n'est pas le seul à mener combat contre Andry RAJOELINA. La preuve, regardez le nombre de personnes qui descendent dans la rue  ne cesse de croitre.Les malgaches ne sont pas des veaux lorsqu'ils ne sont pas contents ils manifestent voila la démocratie.Andry RAJOELINA prend ses désirs pour des réalités en organisant des élections législatives anticipées, en procédant à la modification  de la constitution surement en sa faveur. Il se donne deux ans au maximum.La majorité des malgaches est contre lui. Alain a trouvé le terme exact en le qualifiant d'"apprenti dictateur". La majorité des malgaches est impatiente de voir cet apprenti dictateur s'en aller.merci Alain et à bientôt.

Alain Rajaonarivony 26/03/2009 13:57


Bonjour Vololona,

Le terme "apprenti dictateur" n'est pas de moi, mais étant donné la tournure des événements, j'aurai pu effectivement l'utiliser.
Deuxièmement, je ne lutte pas contre Andry Rajoelina mais contre ses dérives. Le jour où il se remettra dans les clous, je pourrais tout à fait l'encourager. Il en est de même de Marc
Ravalomanana.

Merci de votre sympathie


Patoune 23/03/2009 21:12

Bonsoir Alain Rajaonarivony,Je vais me permettre deux commentaires, si vous le voulez bien1°/ Concernant votre lettre à Marc Ravalomanana : primo, la première partie aurait pu être écrite par tous ceux qui, de près ou de loin, ont cotoyé Marc Ravalomanana, car ce que vous dites est vrai (l'espoir qu'il portait, les 1ères années positives de son premier mandat, ses dérapages au niveau de son entourage proche); deuxio, je trouve dommage que vous ne lui ayiez pas envoyé votre analyse plutôt, afin de contribuer avec le peu de gens SENSES et HONNETES qui sont restés à ses côtés à le faire réagir à temps; tertio, je respecte votre opinion mais je ne me rallie pas à vous pour pleurer son départ car il porte seul la responsabilité du massacre des Malgaches devant le palais d'Ambotsirohitra perpétré par sa garde présidentielle, ainsi que le pillage de Madagascar à des fins personnels.2°/ Concernant votre article "ce n'est pas le mot de la fin": je suis une de vos fidèles lectrices, même si j'interviens très peu, car j'apprécie la modération de votre blog et vos interventions objectives qui ont toujours su élever le débat, contrairement à bien d'autres sites sur Madagascar. Force m'est pourtant de constater, avec Jean-Loup Gajac, que là vous personnalisez, un tant soit peu, un combat contre Andry Rajoelina. La preuve en est, lorsque vous lisez attentivement les échanges qui découlent de cet article, que les interventions se centrent inévitablement sur les personnes, et donc interventions sans aucun intérêt pour élever le débat. Vous-même avez perdu de vue que Jean-Loup Gajac vous invite à vous interroger sur la crédibilité de l'Union Africaine, présidée par Khadafi, Union Africaine, qui, je vous le rappelle a osé demander le report de la décision de justice de la Cour pénal International contre le Président du Soudan coupable de crime contre l'humanité pour le massacre de 300000 personnes au Darfour! Jean-Loup Gajac vous interpelle aussi, en s'adressant à l'analyste, sur tous ces contrats passés avec des sociétés étrangères pour exploiter les richesses minières et énergétiques de Madagascar. Madagascar n'est pas pauvre, Alain Rajaonarivony, Madagascar ne va pas mourir si les bailleurs de fonds coupent les vivres. Madagascar sera juste réduit au rang de pays comme Haïti, dont tout le monde se fout sauf les ONG, SI des personnes de bonne volonté comme vous baissez les bras de l'objectivité parce qu'un supposé apprenti-dictateur a pris le pouvoir par la force. Andry Rajoelina a dit au Figaro qu'il va organiser des élections législatives anticipées, il faut y veiller; qu'il va faire procéder à la modification de la constitution, peu importe c'est le suffrage universel qui décidera; qu'il se donne 2 ANS AU MAXIMUM pour les présidentielles, il faut contribuer à accélérer le processus. Et puis, surtout, surtout, ne pensez-vous pas qu'il serait temps de faire de l'éducation populaire, la démocratie çà ne s'impose pas, çà s'apprend. Marc Ravalomanana a démissionné, il faut en prendre acte. Andry Rajoelina est au pouvoir, il faut en prendre acte. On ne va quand même pas redescendre dans la rue pour le "faire sauter" parce qu'il a molesté un Pasteur et un Ambassadeur !!!???Pour terminer, petit coup de gueule personnel, si vous le permettez: ce qui me fait suer, par exemple, c'est d'apprendre que Ny Hasina Andriamanjato (ex-ministre de Didier Ratsiraka) va partir faire allégeance à Khadafi! Vous voyez, il y a du travail!Cordialement.

RAJAONARIVONY M. 23/03/2009 19:35

En réponse à l'auteur du blog : Ce n'est point une attaque personnelle, mais une constatation des faits de vos écrits.Vous dites que vous avez rencontré ANDRY RAJOELINA en septembre 2008; tout comme vous avez conseillé RAVALOMANANA de changer de stratégie en 2005 : résultat, vos paroles restaient vaines envers ces, 2 personnes.Pensez-vous qu'en étalant sur votre blogue votre vision "raffinée" changera les cours des choses?N'avez-vous pas d'autres suggestions plus concrètes que de rester derrière votre PC pour rédiger votre frustration de ne plus être en tête du cortège de la révolution?Dieu sait, que vous étiez un homme honnête, cultivé, doté d'une volonté immense pour faire avancer MADA. Vos idées étaient réalistes, mais les maux de MADA en étaient une autre.En réponse à NORO :Aucun "pays du tiers monde" pour ne pas dire "sous-développé" n'a subit une prise de pouvoir en toute légalité.Il est inutile de comparer MADA ou son président à un dictateur africain, pourquoi ? Deux personnalités différentes, de par son nom que par son origine. TOut est question d'éducation chère NORO.Votre comparaison divague du sujet. Qui n'a pas cru en RAVALOMANANA malgré son manque de savoir faire en matière de politique. il a su s'entourer des meilleurs éléments au début, pour asseoir son pouvoir et obtenir la confiance du peuple : mais qu'a t-il fait de ses COMPAGNONS de lutte ? Demandez à Monsieur RAJAONARIVONY le sort que lui a réservé l'idole des malgaches (jadis).Conslusion adressée à vous deux : ma position n'est ni pour, ni contre ANDRY, par contre, j'approuve le combat qu'il a mené malgré le prix que ça va lui coûter. En ce qui concerne la LEGALITE que vous criez haut et fort : sujet hautement sensible, car même dans un pays comme les Etats-Unis ou la France, la légalité est toujours bafouée, mais de manière plus douce.Pourquoi sommes-nous frustrés de voir les autres réussir : par que les GASY SONT ORY HAVA-MANANA.Mon intervention sur ce blogue s'arrête là. Libre à vous Monsieur RAJAONARIVONY de le publier ou non, c'est votre droit le plus absolu. Dommage tout simplement pour NORO.

Alain Rajaonarivony 24/03/2009 08:05


Réussir, oui, mais pas au mépris de la justice et du droit. Ce mauvais exemple est en train de faire école et des députés et des maires sont en train de s'autoproclamer à Antsirabe ou Tamatave


bbs 23/03/2009 14:06

Ce n'est pas encore le mot de la fin. Je suis bien curieux sur ce qui va suivre...Celà m'a traversé l'esprit : Andry Rajoalina voudra-t-il quitter le pouvoir de la même façon de Marc Ravalomanana? Puisque celà pourrai très bien lui arriver vu les préssions internationnal et la contre manifestation qui se met en place á Tana.Il s'incombe d'une fonction hautement éjectable! Ìl a mis 2 mois á y arriver et je mise un ariary s'il tient aussi longtemps au pouvoir qui ne lui ait pas légitime!

bbs 23/03/2009 12:34

Á jean-Loup Gaja : je voudrai que vous le sachiez que je ne fais pas partie de cette majorité dont le mouvement TGV á toujours mentionné, que je n'ai pas été á la place du 13 mai pour manifester et que pour moi la prise de pouvoir du gouvernement de transition est un Coup d'État... et puis on a de quoi craindre pour le future puisque TGV = Ratsiraka + Ravalomanana sinon pire encore !J'ajoute encore traduire Marc Ravalomanana devant les tribunaux apportera quoi á la HAT ? Insinuez-vous par là qu'il est le seul et l'unique responsable ? Comment peut on juger une personne de manière juste quand la justice est dépendante du gouvernement ? Le gouvernement de transition ne rendra jamais la justice indépendante car si elle venait á le faire, j'en ferai partie des premiers á la saisir et je vous laisse devinez pourquoi.Alain mercie pour ton article, j'apprécie ton travail sur ce blog. L'espoire fait vivre et l'envie d'un future équitable est toujours possible. On ne peut faire pire alors prenons le devant des choses.