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  • Alain Rajaonarivony

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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 20:34


Le 31 mars, le ton est donné. La place de la Démocratie, instituée par Andry Rajoelina le 17 janvier afin que chacun puisse exprimer librement son opinion était occupée par les détenus politiques qu’il a fraîchement graciés. Ces derniers ont décrété que la place était désormais interdite à leurs adversaires, les « légalistes » demandant le retour du Président par respect pour la Constitution, avec forces menaces à l’encontre des responsables de ce mouvement. Il n’y a eu que peu d’incidents, les « légalistes » ayant annulé leur rassemblement pour éviter la confrontation. Les ex-détenus politiques et leurs amis ont donc pu s’exprimer sur une place aux trois-quarts vide, sécurisée par des militaires.

 

Le nouveau pouvoir vient aussi de décider qu’il fallait désormais une autorisation pour occuper cet endroit. 41 nouveaux membres de la « Haute autorité de la transition » (HAT) ont  été nommés. Pour la plupart connus pour avoir fait partie des différents régimes qui se sont succédés (Zafy, Ratsiraka ou Ravalomanana), leurs attributions exactes ne sont pas encore clairement définies. Tantely Andrianarivo et Pierrot Rajaonarivelo, ex-Premier ministre et vice-Premier ministre en exil ont fait part de leur intention de rentrer au pays.


Ny Hasina Andriamanjato, le ministre des Affaires étrangères de la HAT était arrivé le même jour, le 31 mars à Paris pour une réunion de la Francophonie. Emissaire d’un gouvernement non reconnu sur le plan international, son périple n’est pas de tout repos. Dès sa descente d’avion, il a été hué par quelques compatriotes à l’aéroport de Roissy. Les représentants de l’Union Européenne ont refusé de discuter avec lui au sein de la CPF (Commission Permanente de la Francophonie). Les tentatives de contacts avec le Quai d’Orsay (Ministère des Affaires étrangères français) demeurent pour l’instant infructueuses. Les propos du secrétaire d’Etat français à la coopération, Alain Joyandet, le 29 Mars lors d’une émission sur TV5, étaient sans ambiguïté : Marc Ravalomanana est le seul « Président en titre ». Aucune rencontre officielle n’est prévue, mais peut-être par la petite porte… Quant aux relations avec l’Ambassade de la Grande Ile dont le chef vient d’être destitué par la HAT, elles risquent d’être aussi compliquées.


Pendant ce temps, Marc Ravalomanana est reçu avec tous les honneurs partout où il passe. Au Swaziland où il se trouvait la semaine dernière pour une réunion de la SADC, il a bénéficié d’un traitement de chef d’Etat, résidant dans une propriété luxueuse, à titre d’invité et « non comme refugié » a bien précisé le royaume. Cette organisation a demandé à Andry Rajoelina de quitter le palais présidentiel et suspendu Madagascar de toutes ses institutions.

 

Les sanctions commencent à être durement ressenties dans le système scolaire. La Norvège, qui finance une grande partie du programme « Education pour tous » a marqué sa désapprobation du « changement inconstitutionnel » en gelant sa participation. Elle s’élevait à 32 millions de dollars entre 2004 et 2007 et à 14 millions pour l’année en cours. Le Collectif représentant les 36.000 enseignants menacés dans leurs emplois, ont révélé que ce sont 2 millions d’enfants qui seront privés d’éducation.

 

L’Ariary a commencé à décrocher depuis une semaine passant d’environ 2500 Ar pour 1 Euro à 2605 Ar le 31 mars. Les observateurs s’attendaient, après des mois de vives tensions, à des négociations qui auraient permis une pacification de la situation et une relance du tourisme et des investissements. Ils sont désormais plus pessimistes. Les nouveaux chômeurs se comptent déjà par dizaines de milliers.

 

Les partisans du nouveau pouvoir, arrivé par la rue et contesté par la rue, estiment qu’ils sont victimes de la désinformation pour expliquer leur échec, en particulier à l’international. Les mises en garde d’Augustin Andriamananoro, ministre de l’Information de la HAT, à l’endroit des journalistes, ressemblent étrangement à celles de son prédécesseur, que nous avons pourtant dénoncé tous en chœur lorsqu’il était  webmaster de Madagate.com. (voir article : «Viva la libertad !»).

 

Les « légalistes », loin d’être tous des pro-TIM (Parti présidentiel), tentent de s’organiser pour faire entendre leurs voix. Leur mobilisation lors des dernières manifestations ont démontré qu’ils étaient au moins aussi nombreux que les sympathisants du nouveau pouvoir. Les véhicules de service et les fauteuils ministériels ont changé de propriétaires mais le peuple est toujours dans la rue pour réclamer ce qui lui est dû : la liberté et la justice.

 

Ce 1er avril pourtant, des informations pour l’instant confidentielles incitent à l’optimisme. Andry Rajoelina serait en contact suivi avec Marc Ravalomanana depuis plusieurs jours. Cela se ferait à l’insu des « anciens » de la HAT qui n’auraient pas apprécié la démarche. Mais le jeune dirigeant, malgré ses « côtés gamins » relevés par le reporter de France 24, Valérie Herz, aurait très vite saisi que sa nouvelle stature d’homme d’Etat impliquait de faire passer l’intérêt de la nation avant ceux de ses courtisans et ses inimitiés personnelles. Tout se serait passé par le canal diplomatique d’une puissance amie. Ce ne fut pas facile car la méfiance était de mise. Le dernier incident daterait du discours de Marc Ravalomanana devant la SADC. Andry Rajoelina aurait vertement reproché à son aîné d’affabuler. Mais finalement, ils se seraient mis d’accord sur le processus et un calendrier. Le Président « en titre » reviendrait d’ici quelques jours pour participer aux Assises. Son successeur s’est engagé à respecter pour ce faire sa dignité et son rang. Il sera reçu avec les honneurs. Une déclaration commune sera faite, sans attendre la conclusion des colloques qui risquent de durer, pour rassurer les investisseurs et ramener la paix civile. Pour faire passer la pilule auprès de ses alliés intransigeants, Andry Rajoelina a commencé à octroyer des postes afin de les calmer. Finalement, l’impact de la crise sera peut-être beaucoup moins important que ce qu’on craignait. Mais comme c’est le 1er avril, tout ce dernier paragraphe n’est qu’un poisson. Pardon à tous ceux qui remerciaient déjà le ciel de la sagesse et du « fihavanana » retrouvés.


La tentation était trop forte, à défaut de rêver, de faire de l’humour noir. De toute façon, il paraît que nous ne sommes plus Africains.

 

 

Alain Rajaonarivony

   


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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

Patrick (lalatiana pitchboule) 03/04/2009 12:53

Ah la vache  !!! J'en suis resté ébahi au moins 30 secondes ...Merci de nous avoir désillusionnés dès la fin de l'article ... J'étais déja en train de rédiger dans ma tête...Merci pour votre blog. Je vous mets un lien sur le mein.A bientotPatrick

kudeta 03/04/2009 10:03

Toute ressemblance avec des situations réelles existantes ne saurait être que fortuite :-)AFP 02/04/09:









Vingt-et-un partis d'opposition de Guinée-Bissau, pays pauvre et instable d'Afrique de l'Ouest, ont appelé jeudi à la démission du gouvernement après les agressions perpétrées par des militaires contre un ancien Premier ministre et un avocat. "Le gouvernement semble incapable de contrôler les militaires", a déclaré à l'AFP Silvestre Alves, dirigeant du Mouvement démocratique (bissau-)guinéen (MDG), une petite formation sans siège au Parlement, et porte-parole du collectif. Le collectif des 21 partis faisait notamment allusion à l'agression mercredi par des militaires non identifiés de l'ancien Premier ministre et actuel président de la Cour des comptes et opposant José Fadul. "Trop c'est trop, plus personne n'est à l'abri des brutalités des militaires qui cherchent à tout contrôler. Le gouvernement, ne pouvant rien faire pour mettre un terme à cette terreur, doit tout simplement démissionner pour démontrer qu'il ne cautionne pas l'acte des militaires", a ajouté M. Alves. "Nos téléphones sont sous écoute, des militaires peuvent débarquer à tout moment dans nos résidences et nous agresser en toute impunité. Nous vivons dans un état dictatorial", a-t-il lancé. Plusieurs autres dirigeants politiques, comme Carlos Vamain du Forum civique (petite formation sans siège au Parlement), ont affirmé que les militaires régnaient "en maîtres absolus et le gouvernement ne dit rien".

Holy 02/04/2009 23:47

 Mince, ce n'est pas juste : je me suis fait prendre au piège, j'y ai cru... Sauf qu'on n'est le 02 avril . Le poisson, c'était hier. 

Lili 02/04/2009 17:10

Ah non! ...J'y ai cru. Dommage que ce ne soit pas la realite.

kudeta 02/04/2009 13:47

"Mais finalement, ils se seraient mis d’accord sur le processus et un calendrier."Bien essayé Alain ! Hélàs je ne vois que le pourissement de la situation, sauf s'il y a une intervention internationale.