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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 11:22


La situation chaotique de Madagascar ressemble décidément  à un film à rebondissements. Manandafy Rakotonirina, Premier ministre « légal » choisi par Marc Ravalomanana, a fait son apparition sur la Place de la démocratie le 16 avril sous les vivas. Son décret de nomination a été signé le 10 avril à Tripoli, en Libye. Protégé par une partie des militaires, il a souhaité prendre ses quartiers au Palais d’Andafiavaratra, demeure historique des Premiers ministres de Madagascar d’avant la colonisation, en contrebas du Palais de la Reine, encore en reconstruction depuis l’incendie criminel de 1996.

 

Au-delà de la raréfaction des résidences gouvernementales à Antananarivo, du fait de l’inflation de têtes couronnées plus ou moins autoproclamées, ce choix n’est peut-être pas simplement d’ordre pratique. Petit à petit, le combat entre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina se double d’une autre dimension : celle des patriotes nationalistes contre la France. Car le jeu ambigu de l’ancienne puissance coloniale depuis le début de cette crise suscite les plus vives suspicions sur ses intentions (voir article : «ce n’est pas encore le mot de la fin»). Il se murmure de plus en plus qu’elle n’est pas totalement étrangère à la déstabilisation de la Grande Ile, ou pour le moins, qu’elle n’a rien fait pour que cela s’arrange. Tout en reconnaissant Ravalomanana comme «président en titre», elle apprécierait de le voir loin des côtes malgaches.

 

Ce samedi 18 avril, le Premier ministre «légal» avait programmé de rencontrer des diplomates au Carlton. Tout s’est passé sans encombre avec l’ambassadeur français Jean-Marc Chataîgnier, - qui n’a pas encore eu l’occasion de présenter ses lettres de créance -, dans la matinée.  Il en fut autrement avec l’ambassadeur américain Niels Marquardt. Prévu vers 16 heures, une intervention musclée de militaires qui ont procédé à l'évacuation d'une partie des clients du Carlton, a fait reporter le rendez-vous pour le lundi 20 avril. Dans la journée pourtant, la foule de «légalistes» avait envahi tout Antananarivo, aussi bien la Place de la démocratie que les abords de cet hôtel car les rumeurs sur une arrestation du représentant du Président «en titre» avait courue. L’attention s’était relâchée dans l’après-midi.

 

La HAT (Haute Autorité de Transition), en panne d’inspiration depuis des semaines pour compléter son gouvernement, a dû mettre les bouchées doubles. Finalement, après moults hésitations et sous la pression des événements, elle avait pourvu les postes vacants le 17 avril au soir. Deux nominations retiennent l’attention. Tout d’abord, celui du ministère de la Défense, qui échoit au Colonel Noel Rakotonandrasana. C’est lui qui a entraîné à la désobéissance la garnison du Capsat (voir article : « Attention aux erreurs d’appréciations fatales »), mettant fin aux répressions contre les partisans d’Andry Rajoelina. Ensuite, il s’est fait relativement discret et c’est le colonel André Ndriarijoana, chef d’état-major autoproclamé, qui a pris les choses en mains, en particulier les brutalités et les menaces des forces de l’ordre contre les «légalistes». Ce sera donc un colonel qui commandera des généraux y compris au sein du gouvernement puisque le Général Claude Ravelomanana, chargé de la gestion de la Gendarmerie n’est que Secrétaire d’Etat. C’est  donc la victoire des ultras.

 

Le deuxième nom remarquable est celui de Nadine Ramaroson. Une analyse superficielle pourrait conclure à une logique respectée. Elle était la seule à être aux côtés d’Andry Rajoelina au début de la lutte pour le respect des libertés  (voir un des premiers articles : «Arrestations : passage à l’acte»). Mais ce qui est évident ailleurs ne l’est toujours dans la Grande Ile, on l’a bien vu depuis le début de cette crise. Présente dans les moments les plus durs, elle avait brutalement disparu de la tribune après l’auto-proclamation du 31 janvier (voir l’article : «De la lutte des femmes au F.A.M.»). Sa popularité demeure très importante dans les quartiers pauvres où elle mène depuis des années des actions en faveur des défavorisés bien avant les tensions politiques actuelles. Son ministère, celui de la «Population et des affaires sociales» s’inscrit parfaitement dans cette démarche. Au téléphone, elle dira qu’elle est là pour essayer de soulager la souffrance du peuple.

 

La nouvelle ministre n’a pas que des amis au sein de la HAT. Elle avait traité les vieux politiciens véreux qui ont conduit Andry Rajoelina dans sa situation inextricable actuelle d’ «affamés». Elle est sans doute la seule à avoir été proposée par les militants du 13 mai. Une pétition de plusieurs milliers de signatures avait réclamé sa nomination (voir article : «Démocrates, faites un miracle»). Elle n’avait pas donné suite à l’époque. Mais les péripéties de ces derniers jours ont poussé la HAT à l’appeler. Elle apparaît incontournable  et se retrouve dans le gouvernement à un double titre. D’abord, le «petit peuple», soutien de la HAT, demande sa nomination. Et en tant que Secrétaire générale du Conecs (Conseil économique et social), elle représente l’ouverture sur la société civile.

 

Pendant des semaines, Madagascar n’a disposé que d’un gouvernement atrophié, non reconnu à l’extérieur. Bientôt, ce sera l’abondance car le Premier ministre «légal» va tenter de monter le sien. Ce serait normalement celui qui aura l’aval de la communauté internationale. En attendant, la HAT vient d’interdire Manandafy Rakotonirina de sortie du territoire.

 

Marc Ravalomanana a fait annoncer qu’il différait son retour prévu le 18 avril pour des raisons de sécurité. Les «légalistes» sont de plus en plus nombreux dans la rue et  dépassent maintenant en importance les manifestations pro-Rajoelina d’antan. Le faux-bond de «Dada» (surnom du Président) a fait l’effet d’une douche froide. Et pourtant la démonstration était impressionnante. Si Ravalomanana veut encore jouer un rôle, il faudrait qu’il ait le courage de tenir ses promesses vis-à-vis de ses partisans, quitte à prendre un risque. Car la HAT et les militaires mutins semblent prêts à tout pour l’empêcher de revenir. La tension est encore montée d’un cran. A tout moment, un dérapage dans la violence généralisée peut maintenant se produire.

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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