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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 18:22

 

 

Air France n'assure plus qu'une rotation sur deux et pourtant l'avion n'était pas rempli. La Grande Ile est à la peine et on se demande comment le ministre du tourisme de la HAT (Haute Autorité de Transition) a fait sa prévision de 150.000 touristes pour cette année.

 

Antananarivo est relativement propre. On m'explique que le nettoyage a commencé il y a quelques jours. Profitant d'un arrêt à une station-service, j'offre le café aux quelques personnes qui sont avec moi. L'un d'eux me glisse alors à l'oreille : «On n'a jamais vu cela, M. Alain. On ne mange plus qu'une fois par jour». Celui qui me fera cette confidence n'est ni un chômeur, ni un marginal. Il travaille, et beaucoup!

 

L'angoisse et l'atmosphère oppressante sont assez vite ressenties pour peu que l'on soit à l'écoute de ses interlocuteurs. Au fur et à mesure de mon séjour, on me parlera des manifs quotidiennes, des répressions... et du Capsat. Loin d'être des héros, ils seraient plutôt considérés comme des milices sans états d'âme. «Ce sont pour la plupart des Antandroy. Ils obéissent à ceux qui les paient», me dira-t-on. Effectivement, je sais que ces militaires ne se sont pas simplement mutinés par patriotisme, comme l'affirme la propagande pro-HAT. Ils ont été rémunérés, parfois largement. Cela explique la violence exercée à l'égard des rassemblements «légalistes», mais aussi le comportement assez spécifique des éléments de ce corps. Ils ont pris goût au pouvoir et à l'argent. Les officiers se sont parfois servis en véhicule de service hors de toute démarche légale. Sur la route d'Antsirabe, j'ai été dépassé par deux 4x4 qui roulaient à tombeau ouvert. Ils sortaient manifestement de la concession et étaient non immatriculés, donc interdits de circulation, Mais aucun gendarme ne prendra le risque d'arrêter un chauffard en uniforme qui prend la route du Sud. En ville, certains soldats ont pris l'habitude de consommer sans payer. Quand on a le pouvoir, on ne s'embarrasse pas de la loi.

 

Le Capsat se comporte comme en pays conquis et cristallise la haine des Tananariviens. Si la rivalité Côtiers-Mérina était connue, elle était plutôt de l'ordre du folklore. Elle est train de prendre une autre dimension avec cette crise. Les habitants de la Capitale ne supportent plus ces individus qui n'hésitent pas à utiliser leurs kalachnikovs pour tirer sur des femmes qui font une marche pacifique. Un professeur de sport est sans illusions : «Tout cela se terminera par une guerre ethnique». La HAT continue d'opposer la Capitale aux provinces, y compris dans les discours officiels, pour essayer de se donner une légitimité qui n'existe plus.

 

Un de mes écrits a fait «tilt» auprès de certains de mes lecteurs (voir article : «La HAT et le Capsat défient Antananarivo»). Quelques uns m'ont soupçonné de racisme. Pour se faire une idée de mes convictions propres, on peut se reporter à mon article : «Obama, Métis, Côtiers, Mérina et Pouvoir». J'ai dû alors répondre à des personnes qui m'accusaient de trahir la cause Mérina en défendant des idéaux. Aborder certains problèmes semble politiquement incorrect. Plutôt qu'une justification, je préfère un article d'atmosphère qui rendra le vécu des Tananariviens et pourrait expliquer leurs réactions.

 

La HAT gouverne comme une junte militaro-civile. Censures, répressions, violences attisent la frustration et la haine. La tension ethnique qui monte repose sur des faits. C'est pour cela qu'elle est dangereuse. L'autorité de transition en est en grande partie responsable.

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

Blackfoot 13/05/2009 06:08

Bien dit.Moi aussi,  une vazaha,depuis le la crise,je lis tout.Ce qui devient de plus en plus frappant,c'est l'absence de cohésion nationale.Les tensions  ethniques se manifestent .Le sentiment d'être malgache domine de moins en moins,alors que c'est ce qui devrait vs unir.Question de maturité. Le chemin à parcourir est plus long que pour les pays africains. Mada est une île qui évacue difficilement ses difficultés.Impression d'un chaudron où recuisent chroniquement les mêmes querelles,jamais réglées . Enfermement tragique.Peu de Malgaches quittent leur île et qd c'est le cas ,ils ne reviennent pas.L'Ile Rouge pour l'instt, ne fait plus partie des destinations qui attirent . Et pourtant,le tourisme était un atout majeur pour tous les peuples fatigués de ce Meilleur des Mondes qui vs fait rêver.Aurea mediocritas à trouver donc sans perdre son âme .Vous avez perdu l'occasion de faire parler de vous au niveau international par le Sommet Africain et en 2010 par le Sommet de la Fancophonie .Annulé, tout ça!!!!La fièreté nationale ne va pas loin,car elle n'existe probablement pas .Le plus gd nombbre ne pense qu'au bol de riz de demain ,on ne peut leur reprocher, mais les autres ne pensent qu'au 4x4 lié à tel ou tel poste,ça, on peut le leur reprocher . Gamins. Viens de passer qq semaines au Japon .L'anti-Mada! Amen! 

Mavo 05/05/2009 12:11

Bonjour, depuis le début de la crise, je parcours tout ce qui a trait à Madagascar, je lis les pro, les anti, mais il y a quelque chose de nouveau que je découvre, c'est la détermination dans la violence de certains individus.Cela ne ressemble pas à mon peuple ; est-ce le pouvoir par les armes ? Nous avons toujours vécu plus ou moins bien nos différences ethniques ; et nous nous sommes plus ou moins bien respectés. Nous ne devons pas oublier que nous sommes MALGACHES avant tout, que nous avons la chance d'avoir une terre bénie des Dieux que beaucoup nous envient. Retrouvons la sagesse qui nous caractérisait et pensons à notre avenir, nous avons des richesses dans nos sols, nos sous-sols, nos mers mais aussi dans nos coeurs. Nous avons une carte à jouer pour l'avenir, unissons nos efforts, arrêtons nos enfantillages et prenons nous en mains avant que les autres ne le fassent à notre place... A méditer!

Noro 05/05/2009 11:02

Bonjour,
 
La tirade remplie de vitriol de Roger me rappelle un dicton réunionnais: “tortue i’ voit pas sa queue!”  Roger, telle une tortue, ne voit pas du tout sa queue. En plus, son incapacité de reconnaître la destructivité de toute forme de tyrannie reflète un refus d’affronter les réalités de la situation à Madagascar. Ce n’est pas une telle mentalité qui sortira Madagascar de l’abîme ! Ce qui est à vomir Roger, c’est la désintégration intérieure reflétée par une attitude telle que la vôtre ! C’est vous qui avez  besoin de prières !
Madagascar ne pourra pas être sauvé si ses citoyens ne sont même plus capables de voir avec leurs propres yeux et de juger avec leur propre conscience ce qui se passe, tant ils sont influencés par les diagnostics péremptoires et stéréotypés qu’on leur assène.
Nous sommes confrontés à des circonstances qui nous laissent pantois d’indignation. Pouvons-nous plutôt penser à des solutions pratiques qui peuvent placer les malgaches au large de l’horreur et à la portée de l’espoir?
Noro

solofo 04/05/2009 22:24

Alors, tu te terres?Ou tout simplement il n'y a rien à dire;Solofo 

Roger 04/05/2009 11:10

Vous parlez de dérives ethniques lorsque votre camp se trouve dans celui des victimes. Pourtant, lors de la Mérinisation à outrance de Ravalomanana, vous n'avez rien dit, au contraire, vous étiez d'accord. Maintenant, vous accusez les militaires du CAPSAT d'Antandroy donc, forcément anti-Merina. Les "victimes", selon vous du CAPSAT sont exclusivement des Merina. Quelle intelligence!Vous êtes complètement malade. Je prie fort pour que vous, les énèrgumènes, racistes, tribalistes, qui, à la moindre signe d'inconfort intellectuel criez au tribalisme alors que c'est votre spécialité.Les racistes et tribalistes de votre genre ne devrait plus exister dans la société malgache. Vous êtes à vomir.

Alain Rajaonarivony 04/05/2009 21:17


Bonjour,

Les journalistes qui ont rapporté les évènements de Bosnie-Herzégovine, de la Serbie ou du Rwanda, sont donc tous à vomir. Ils ont tous à un moment ou à un autre parlé des sentiments de la
population, d'un bord ou de l'autre, pour faire comprendre la situation à leurs lecteurs.

"Vous priez pour les racistes" mais vos propos me semblent antithétiques d'une certaine tolérance chrétienne. Je publie votre post car il peut être intéressant pour les lecteurs de voir à quel
extrêmisme on peut arriver dès qu'un journaliste ose aborder un sujet "tabou". Je vous laisse évidemment la responsabilité de vos propos.