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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 00:01


La rentrée parlementaire n’a pas eu lieu le 5 mai à Antananarivo. La HAT (Haute autorité de transition) avait pris soin de faire interdire l’entrée de l’Assemblée nationale par des militaires. Les manifestants «légalistes» étaient là pour rappeler le calendrier au nouveau pouvoir qui avait «dissous» ou «suspendu» le Parlement on ne sait trop sur quelle base légale. Pour une fois, ces contestataires pacifiques n’ont pas été pourchassés par les forces de l’ordre.

 

Le message qu’un réseau d’intellectuels malagasy a fait transmettre à Alain Ramaroson, responsable de la commission «Défense et sécurité» de la HAT serait-il passé ? Ces derniers lui ont demandé de «lever le pied» pour préserver l’avenir. Une modération de la «violence officielle» ne peut que faciliter une cohabitation future. Inversement, un «climat de terreur» enclencherait un cycle de violence dont tôt ou tard les membres de la HAT seraient aussi victimes.

 

Il règne une atmosphère étrange à Antananarivo en ce mois de Mai. Plusieurs mondes s’y côtoient sans se comprendre ni se mélanger. Le peuple, dans sa définition première, subit des crises d’angoisse. Le chômage a explosé, l’insécurité est omniprésente et le mal-être perceptible. Les affrontements politiques ont des incidences directes sur la vie quotidienne. A plusieurs reprises, on me parlera de craintes de tensions ethniques. Cette préoccupation était totalement absente il y a simplement quelques mois mais le comportement de certains militaires a ravivé des blessures à peine cicatrisées (voir article précédent : «sales impressions»). Les politiciens qui s’appuient sur cette fraction de l’armée jouent aux apprentis-sorciers.

 

Totalement imperméables à ces sentiments ressentis par la population, les responsables de la HAT sont encore dans l’euphorie de la victoire arrachée le 17 mars. Ils sont convaincus de leur bon droit et de leur réussite. De fait, leur seul véritable soutien demeure l’armée, en particulier la garnison mutinée du Capsat. Le 29 avril en soirée, des éléments de ce corps ont arrêté Manandafy Rakotonirina, Premier ministre «légal», et quelques uns de ses compagnons à l’hôtel Carlton. Agé de 71 ans, le vieux politicien était armé d’un redoutable pyjama, ce qui justifie sans doute la brutalité du Commandant Charles Andrianasoavina , déjà célèbre pour l’épisode de l’Episcopat du 17 mars (voir article : «ce n’est pas encore le mot de la fin»). Pour les partisans du nouveau régime, le «terroriste», c’est Manandafy. Il est depuis en résidence surveillé à Mantasoa.

 

Les «légalistes» attendent toujours le retour de «Dada», surnom qu’ils ont donné à Marc Ravalomanana. Le Président a annoncé depuis l’Afrique du Sud son retour imminent à plusieurs reprises. Mais le chef de l’Etat tarde à concrétiser sa promesse et la ferveur de ses partisans tend à se déliter. Le risque d’une arrestation, voire d’un assassinat est sans doute réel, mais manquer de courage en ces circonstances signifie à coup sûr sa mort politique.

 

Après quelques signes de sympathie pour Andry Rajoelina au début de la crise, les provinces se désintéressent et se lassent d’une affaire «entre Mérina». La famine dans le Sud, les zones balnéaires sinistrées depuis la disparition des touristes sont des motifs d’inquiétude plus immédiats et plus importants.

 

La HAT se raccroche à toute invitation reçue de n’importe quelle organisation possédant un tant soit peu une dimension internationale pour se prévaloir à chaque fois d’un début de reconnaissance internationale. La réalité est moins brillante. Les condamnations du coup d’état sont toujours d’actualité. Les méthodes de gouvernance sont maintenant aussi sur la sellette. Les arrestations, fermetures de médias ou répressions des manifestations ont entraîné des rappels sur la nécessité de respecter les Droits de l’homme. Les cas des prisonniers politiques, en particulier celui du Premier ministre «légal» ont été rapportés à Amnesty International et à l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture).

 

La célébration de la journée de la presse du 3 mai a été suivie de l’arrestation d’un journaliste de Radio Mada. Andry Rajoelina, président de la HAT, a disparu des écrans depuis une quinzaine de jours mais se plaint en privé de l’attitude de certains de ses ministres qui commenceraient déjà à «taper» dans les caisses. Les arrêts-maladie se multiplient dans l’administration. C’est le moyen que les fonctionnaires ont trouvé pour échapper aux pressions tout en préservant leurs jobs.

 

Internet est la bête noire des nouvelles autorités. Ce serait un outil de désinformation utilisé par la partie adverse. Or, le Tim (parti présidentiel) a porté exactement les mêmes accusations au début de la crise contre Sobika.com ou ce blog par exemple, maintenant vilipendés par les TGV (partisans du Maire). La vérité est plus prosaïque. Une mauvaise politique ne peut jamais être rattrapée, sauf ponctuellement, par une communication, si performante soit-elle. Les informations passent en temps réel, les sources sont multiples et impossibles à contrôler par des Etats du Tiers-monde.

 

La HAT est aux commandes d’un pays en ruines. Les engagements arabes suscitent des inquiétudes tant ils rappellent les «financements parallèles» de l’époque Zafy Albert, qui furent un véritable fiasco. Ravalomanana est reconnu par les autres Etats et a les capacités de débloquer toutes les aides et accords de coopération suspendus. Cela représente des centaines de millions de dollars et des dizaines de milliers d’emplois. Mais les gouvernants actuels ne veulent d’aucun compromis ou dialogue. La crise risque dans ce cas de perdurer. Le FFKM (Confédération des Eglises), habituel recours moral, est complètement discrédité. Le comportement de quelques officiers a porté atteinte à l’unité de l’armée qui a perdu sa neutralité. Quel espoir reste-t-il pour les Malagasy, sinon de s’en remettre une fois de plus à Dieu ?

 

 Alain Rajaonarivony



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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

kudeta 08/05/2009 00:05

"HAT est aux commandes d'un pays en ruine", et ces gens s'en accomodent de ce bordel (à la manière des pirates Somaliens), car ils peuvent continuer à racketer, intimideer, rouler en 4X4 à 50 000€, siroter leur Johny Walker... le petit peuple (ancien ou non du 13 mai) ben, il s'enfonce. ! Il faut être nombreux ce samedi !
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