Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Alain Rajaonarivony
  • Contact

Profil

  • Alain Rajaonarivony

Recherche

10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 22:55


 

Le ciel de Paris était grisâtre, avec parfois une ondée qui passait. Cela n’a pas entamé la bonne humeur des participants à la marche pour la liberté qui se déroulait de la Place de la République à celle de la Bastille. Ce fut une foule estimée à 3000 personnes selon la police, donc sans doute un peu plus, qui s’étira sur les grands boulevards jusqu’au génie juché sur sa colonne.

 

Au soleil près, les slogans, rires et chansons de ce samedi 9 mai était presque un remake du 29 juin 2002, jour d’une autre marche historique qui avait emprunté le même itinéraire et rassemblé 5000 personnes. Les mobilisations massives de la diaspora sont rares et constituent un signal fort. Elles indiquent une prise de conscience du danger qui menace la nation. Cela signifie surtout que désormais un travail de lobbying sera effectué contre les politiciens désignés comme responsables. En 2002, Didier Ratsiraka s’était enfui quelques jours après la marche.

 

 

La diaspora s’est ensuite retirée pour plusieurs années.  Blasée et dégoûtée des dérives de Ravalomanana en matière de bonne gouvernance, elle a été de toute façon mise à l’écart et n’a pas obtenu le droit de vote contrairement aux promesses de 2002. Outre les grandes démocraties, la plupart des pays africains, y compris les plus pauvres (Sénégal, Mali, Maroc, Algérie…) accordent cette possibilité à leurs ressortissants.

 

Mais la HAT, au fur et à mesure des arrestations, répressions et délires de «jeunesse», a fini par la faire sortir de sa réserve. La désapprobation a grandi jusqu’à finalement entraîner cet engagement collectif. Il s’agit moins d’un soutien à Ravalomanana que d’un rejet de la HAT, et surtout de ses méthodes (tirs à balles réelles, arrestations illégales, humiliations publiques de personnalités). Vers 17h30, le Président «en titre» a annoncé une fois de plus son retour par téléphone aux manifestants qui ont applaudi à la nouvelle. Ils ont dansé l’ «afindrafindrao», la traditionnelle farandole devant l’Opéra Bastille. L’ambiance était festive et décontractée mais les conversations empreintes de gravité.

 

 

On aura remarqué la présence de beaucoup de jeunes au milieu des «anciens combattants» de 2002. Ces derniers ont eu pour la plupart le même cheminement dans leurs réflexions : une grande sympathie pour Andry Rajoelina au début de son combat qui s’est mué en une énorme déception puis en une attitude critique devant les violences perpétrées par l’Autorité qu’il préside.

 

 

 

Le 8 mai, une stèle a été inaugurée à Ambotsirohitra par la HAT en mémoire des victimes du 7 février. J’avais condamné cette tuerie innommable (voir article : «Carnage devant le palais»). Le comportement de la HAT consistant à récupérer cette tragédie pour légitimer son arrivée au pouvoir oblige à dire que ce jour là, sur la place du 13 mai, tout n’était pas «clean». Andry Rajoelina a fait dans la surenchère : « ni les fusils, ni les canons ne nous feront reculer ! » avait-il clamé. Ensuite, Monja Roindefo s’est empressé de demander à la foule de s’emparer du Palais d’Ambotsirohotra. Elle s’est alors scindée en deux car beaucoup n’approuvaient pas cette démarche. Devant le Palais, le Général Dolin a tenté une médiation de la dernière chance. Il est revenu vers les manifestants en disant : «ils vont tirer». C’est à ce moment que l’homme désigné par les forums comme celui «au complet gris» demandera aux jeunes gens des premiers rangs d’avancer malgré tout. La suite, on la connaît. Quand le moment sera venu de juger les responsables de cet épisode, Andry Rajoelina, Roindefo Monja et cet individu identifié comme un membre du parti «Tambatra» auront une petite place dans le box. Car ce drame semble avoir été souhaité par certains politiciens pour accélérer la chute du Président Ravalomanana.   

 

L’Union Européenne a réitéré solennellement sa condamnation du coup d’état le 7 mai.

L’Autorité de transition est dans l’impasse totale mais s’obstine à refuser toute négociation. C’est une phase par laquelle elle devra pourtant passer. Plus tôt elle sera engagée et plus vite le pays sortira d’une crise qui n’a pas lieu d’être. Ce serait le signe d’un vrai courage politique de la part du président de la HAT…

 


Photo 1 : une banderole parmi beaucoup d'autres

Photo 2 : l'"Afindrafindrao" devant l'Opéra Bastille 

Photo 3 : Jeune et ancien "combattants": Vony, responsable juridique du GTT (Gasy Tia Tanindrazana), organisateur de la marche, et Lucien, déjà là en 2002.


Alain Rajaonarivony

 

 


Partager cet article

Published by Alain Rajaonarivony
commenter cet article

commentaires

Rakelifinoana 12/05/2009 14:00

J'aimerai bien savoir en quoi ces gens qui manifestaient samedi dernier sont des Tia Tanindrazana?Suffit-il d'avoir une dénomination pour l'être? A mon humble avis, s'ils aiment vraiment leur patrie, ils ne seraient déjà pas là mais en train d'oeuvrer positivement pour le pays, in situ. Et excusez-moi, comment une manif qui se dit apolitique se fait manipuler et récupérer par le TIM, dont je connais personnellement certaines têtes, et par des politiciens de tout bord qui ne pensent qu'à remplir leur quota de participants pour une crédibilité somme toute relative?

Lil'O 11/05/2009 22:52

Rigueur intellectuelle, je veux bien, charisme, faut pas abuser...D'après ce que j'en ai vu lors du débat sur France24, elle était loin d'être charismatique. Froide, crispée, les yeux fixes, sur la défensive, il n'y avait rien de charismatique là-dedans. Rien de bien naturel non plus.Après, qu'elle ait fait de très bonnes études, qu'elle soit intelligente, cultivée, qu'elle ait un certain sens de l'engagement, qu'elle aime son pays, oui (quoi qu'elle me semble bien plus réunionnaise que malgache...). Mais charismatique ? Absolument pas. Remettons chaque chose à sa place.

R. Allain 11/05/2009 04:08

Parlant de la ''nouvelle'' stèle d'Ambohitsorohitra, juste une proposition qui n'a peut-ëtre pas son importance dans le contexte actuel:On ne ferait pas partie des ''démolisseurs'' en la gardant là où elle a été placée comme ''monument commémoratif''. Cependant on pourra bien changer l'inscription qui y a étét gravée (''SORONA HO AN'NY FAHAFAHANA'') par une autre du genre: ''VOAFITAKA SY VOAFAHANA'' !!!En effet, quelles que furent leurs motivations, ces victimes méritent notre respect (un adage malgache dit: ''Tsy miady amam-paty''

kudeta 11/05/2009 00:01

La jeune juriste a bluffé son auditoire, vu sa rigueur intellectuelle avec un bon charisme.Sinon, Alain , j'approuve point par point les éléments de votre article, écrit avec un style de haut niveau ....A noter que le président Ravalomanana au lendemain du drame du 07/02/09 avait initié une commission d'enquète vite étouffée par les Tgvistes qui ne pensaient qu'à la prise du pouvoir.Il me semble vous avoir vu lors de cette manifestation réussie-)mais le chemin à parcourir reste long et tortueux.