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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 22:26


Une délégation imposante de la HAT  (Haute autorité de transition) est arrivée à Bruxelles le 6 juillet pour «dialoguer» avec l’Union Européenne, dans le cadre de l'article 96 de l'accord de Cotonou qui régit les relations  de cette dernière avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). L’enjeu est le retour des aides gelées depuis le coup d’état du 17 mars et un satisfecit de l’UE valant honorabilité.  Vue de la Grande Ile, la présence d’Andry Rajoelina, président de l’autorité transitoire flanqué de Norbert Ratsirahonana, ancien chef d’Etat par intérim et ancien responsable de la Haute Cour Constitutionnelle aurait dû valoir toutes les courbettes. 

 

Mais les règles internationales ne sont pas celles qui ont cours sous les tropiques et cela s’est très mal passé pour les émissaires de la HAT. Qu’un des ambassadeurs européens soit obligé de demander à l’un de ses collaborateurs  « qui c’est, celui là ? » en désignant Ratsirahonana montre bien le décalage.

 

Roindefo Monja, le « premier ministre de la transition» s’était pourtant prévalu des assises régionales tenues il y a quelques jours et dont les conclusions ont d’ailleurs été forcées. Les provinces avaient demandé le maintien de l’âge légal pour se présenter  au poste présidentiel à 40 ans. Le pouvoir s’est débrouillé pour faire croire que les motions majoritaires demandaient l’abaissement de cet âge à 30 ans. C’est la démocratie à la malgache mais aux yeux du monde, tout cela ne vaut pas une bonne élection.

 

Bref, l’Union Européenne n’a pas été convaincue de la bonne volonté des auteurs du coup d’état à revenir dans les chemins de la légalité et de la non-violence. Leurs propositions «restent dans un cadre non constitutionnel» et  ne présentent pas de «perspectives crédibles».  Il y aurait même un recul par rapport à ce qui a été défini avec le groupe de contact international. Les Européens n’ont pas apprécié l’idée d’un référendum organisé unilatéralement en septembre pour changer la Constitution. La HAT a eu droit au qualificatif de «pouvoir putschiste» qui devrait s’efforcer de «rentrer dans la légalité» de la part de Stefano Manservisi, directeur général pour le Développement à la Commission européenne. «Les résultats aujourd'hui n'étaient pas satisfaisants du tout» dira-t-il aux journalistes après la réunion.

 

«Actuellement, un portefeuille de 630 millions d'euros est gelé», précisera-t-il. Echec donc pour la HAT, et même une grosse gifle ! La catastrophe économique sera difficile à éviter.Les Français, qui avaient discrètement «coaché» Andry Rajoelina, n’en peuvent plus. Amateurisme, intransigeance et incompétence ruinent toute velléité de sortie de crise. Ils prospectent pour une solution de rechange, toujours aussi discrètement. Cette personnalité doit pouvoir mener à bien ce fameux «dialogue inclusif». Roland Ratsiraka qui est partisan d’une amnistie et ne rejette plus à priori la possibilité de retour du Président au pays, contrairement à l’aile extrémiste de la HAT, pourrait avoir le profil. D’ailleurs, l’ancien maire de Tamatave prépare le terrain. Il a offert une dizaine de zébus lors d’un pique-nique à quelques milliers de tananariviens au nom du « Fihavanana » (des bonnes relations sociales) le 5 juillet. Et il prône l’intégration de responsables du TIM (le parti présidentiel) dans la transition, un discours qui tranche résolument avec la ligne dure officielle.

 

A Bruxelles, les GTT (Gasy Tia Tanindrazana) ont rassemblé plusieurs centaines de Malagasy de la diaspora pour protester contre les responsables du coup d’état. La délégation de la HAT ne fut vraiment pas à la fête. Mais comme d’habitude, ses membres ont parlé de la réussite, au moins en demi-teinte, de leur mission.

 

En Côte-d’Ivoire, le chef d'état-major des armées, le général de division Philippe Mangou s’est emporté, le 6 juillet, contre un opposant lui demandant d’intervenir dans la vie politique : « ..Nous avons réagi pour dire à cet homme politique que l'Armée ne fera pas comme à Madagascar. Notre mission est de protéger les institutions de la République. Et le président est une institution de la République…. Il n'appartient à personne, quels que soient les griefs que cette personne nourrit contre le président, de l'injurier. Nous ne pouvons pas l'accepter. Et surtout, nous ne pouvons pas accepter que des hommes politiques lancent des appels voilés au soulèvement à l'Armée. Voilà ce qui nous a amenés à réagir. C'est notre manière à nous de lui dire que, contrairement à ce qui s'est passé à Madagascar, les choses ne se passeront pas ainsi en Côte d'Ivoire ».

 

 La Grande Ile devient un repoussoir et perd son aura, chèrement acquise en 2002…

 

 

* TGV est le surnom que ses partisans ont donné à Andry Rajoelina, en référence à son caractère fonceur

Photo : manifestation de la diaspora devant le siège de l’UE le 6 juillet (photo posté sur un forum. Merci à l’auteur !)

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

niry 21/08/2009 23:41

Article riche, agrémenté d'anecdotes et de faits judicieusement placés. La lecture de votre plume est un régal