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  • : Le blog de Alain Rajaonarivony
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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 21:40


Après l’épopée lamentable de Bruxelles (voir article : «TGV Paris-Bruxelles»), la HAT (Haute Autorité de transition) tente de reprendre la main. Son  jeune président  a annoncé le 10 juillet que des élections présidentielles pourraient se tenir avant la fin de l’année, une condition posée dès le mois d’avril par la communauté internationale, en particulier les Etats-Unis. Mais il maintient le référendum constitutionnel pour septembre, ce qui signifie qu’il passe outre les recommandations de l’Union Européenne. Celle-ci considère que les conditions de transparence et de sérénité ne sont pas réunies dans une consultation précipitée, organisée de manière unilatérale.

 

Les principaux artisans, si on peut dire, de la débandade du 6 juillet, sont Ny Hasina Andriamanjato, «ministre des affaires étrangères de la HAT», et Norbert Ratsirahonana, conseiller de Andry Rajoelina. Ils ont géré cette réunion de manière calamiteuse, démontrant qu’ils ne maîtrisaient ni la diplomatie, ni les normes régissant les relations internationales. A un moment, Norbert Ratsirahonana a pris la parole en lieu et place de son «président» au mépris des règles protocolaires. Les Malgaches ne se sont aperçus de rien mais les Européens l’ont relevé. Si l’on voulait démontrer qu’Andry Rajoelina n’était pas le vrai patron, on ne pouvait faire mieux. Il ne faut donc pas s’étonner du discrédit total du pouvoir transitoire dès qu’il passe les frontières.

 

A l’intérieur, le régime ne tient que par l’armée, à qui il a offert primes et surprimes, des nouveaux équipements dont bientôt des hélicoptères... et une impunité pour les militaires qui ont été impliqués dans les actes les plus violents (voir article : «un peuple blessé»). La France a plusieurs officiers et sous-officiers sur le terrain dans le cadre de la coopération militaire. Elle a livré un petit avion de reconnaissance à l’armée, un «Tetras» ultra-léger le 19 juin, juste au moment où on parlait d’un possible retour du Président en exil en Afrique du Sud. Bon ! Ce n’est pas non plus un «Rafale», mais s’agissant d’un cadeau, comme on dit, c’est le geste qui compte, et surtout, dans ce contexte, l’impact psychologique qu’il peut avoir sur l’adversaire.

 

 Marc Ravalomanana avait dénoncé la volonté de l’ancienne puissance coloniale de vouloir l’éliminer à tout prix et de soutenir la HAT dans une allocution diffusée le 28 mai. La France condamne le «coup d’état», en s’alignant ainsi sur l’Union Européenne mais se singularise en maintenant l’intégralité de son aide et en renforçant le volet militaire. Ce grand écart tient à ses intérêts propres. Si la France prend ce risque, c’est qu’elle ne peut se permettre de laisser Madagascar échapper à sa zone d’influence. Il en va de son propre avenir. Imaginer la France sans l’Afrique, c’est observer la Belgique sans le Zaïre (Congo) : un petit état européen, dont les querelles entre Wallons et Flamands font parfois des morts et qui fait ricaner le reste du monde, ses anciennes colonies en particulier. La France a besoin de l’Afrique pour garder son statut de grande puissance, non seulement pour les matières premières, les bases militaires mais aussi pour les voix à l’ONU et le rayonnement de la langue française.

 

Ceci explique pourquoi Sarkozy s’est précipité aux obsèques d’Omar Bongo, le président gabonais, qui avait préféré se faire hospitaliser en Espagne plutôt que dans l’Hexagone, le 16 juin dernier en prenant la précaution de se faire accompagner de Jacques Chirac. Peine perdue, ce dernier a eu droit aux applaudissements mais son remplaçant s’est fait huer. Les propos peu amènes et perçus comme arrogants de Sarkozy concernant l’Afrique pendant et après la campagne présidentielle de 2007 ont marqué le continent. Le président français a compris un peu tard que la France a un besoin vital de l’Afrique. L’inverse n’est pas tout à fait vrai malgré toute la rhétorique tendant à démontrer le contraire. La Chine, les Etats-Unis, l’Inde et d’autres puissances émergentes lorgnent vers les richesses du continent, y compris ses terres arables. Le coup d’état à Madagascar s’est greffé sur ce contexte.

 

Andry Rajoelina aurait été un peu plus «professionnel» et les choses auraient été plus simples. L’éviction de Marc Ravalomanana, qui s’était mis à dos une grande partie de la population après le début de son deuxième mandat (vente des terres des paysans à des multinationales, destruction des entreprises concurrentes, pouvoir personnel…), se serait passée sans trop de vagues. Mais le jeune Maire s’est laissé phagocyter par les revanchards, traîtres et autres corrompus qui l’ont entraîné à sa perte (voir article : «De la lutte des femmes au F.A.M.»). L’utilisation systématique de la violence initiée par Alain Ramaroson par «cellule tactique» interposée, dissoute depuis (une recommandation d’Amnesty International), mais remplacée maintenant par le FIS (Forces d’intervention spéciales), a fini par écoeurer la population. La HAT est sûrement un des régimes les plus impopulaires que la Grande Ile ait connu depuis son indépendance malgré les rodomontades de ses membres qui parlent en permanence au nom du «peuple» tout en prenant bien soin de l’empêcher de s’exprimer. La diaspora demeure une des seules caisses de résonance du mécontentement des citoyens, raison pour laquelle elle est devenue la cible des gouvernants. Internet est la bête noire, car elle permet de contrer efficacement la désinformation du pouvoir. Les instructeurs militaires français en sont réduits à donner des cours d’informatique au Capsat.

 

La France, dans son combat à mort mais feutré avec les Etats-Unis, pour garder un ascendant sur la Grande Ile (gisements de pétrole et de minerais, bases stratégiques, zones linguistiques…) soutient, faute de mieux, la HAT. Ce dernier, dont les membres n’arrêtent pas de donner des gages de bonne volonté à leurs «sponsors» assurant leur survie politique, voire leur survie tout court, est un allié encombrant. Un des émissaires de la HAT à Paris m’a déclaré : «Nous préférons les Français !». Il n’est pas sûr que l’inverse soit vrai. La France raisonne à long terme et en termes de stratégie et d’intérêts de l’Etat, pas de personnes.

 

La Grande Ile est riche, sinon il n’y aurait pas eu toutes ces violences faites au peuple, soutenues de l’extérieur. A chaque fois, les Malagasy se sont battus pour un mieux-être, plus de démocratie et d’équité sociale (1972, 1991, 2002, 2009). Et à chaque fois, la lutte a été dévoyée et détournée. Mais si le pays est dans cet état, c’est d’abord à cause des Malagasy eux-mêmes, qui ne veulent pas permettre à leurs propres élites d’avoir leur place. Celles-ci s’épanouissent ailleurs ou se délitent dans l’ombre. La compétence et l’intégrité ne pèsent pas lourd face aux intérêts claniques et à la confusion psychologique et morale qui minent la société (voir articles : «un peuple blessé» et «Madagascar : a vexed and troubled people»). La jalousie est pathologique, la corruption devenue normale, l’esprit de revanche prime sur l’intérêt du plus grand nombre…et maintenant, la violence devient un mode d’expression acceptable. Les traîtres et les «collabos» ne sont pas issus de l’étranger, même s’ils ont parfois un double passeport. On n’est respecté par les autres que si l’on se respecte soit même.

 

 Et si Rajoelina engageait sans attendre directement le dialogue avec Ravalomanana ? Les Malagasy leur pardonneraient sans doute beaucoup. Et ce serait un geste de vrai homme d’Etat…

 

Photo 1 : Marc Ravalomanana, avec Niels Marquardt, l’ambassadeur américain et le Général William E. Ward, commandant l’Africom le 20 janvier 2009 (Photo Kenneth Filder) 

 

Photo 2 : Les instructeurs militaires français, seuls étrangers dans la tribune en l’absence des diplomates, lors du défilé de l’Indépendance le 26 juin 2009 (Photo HAT)

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

diercool 17/07/2009 09:50

Excellente analyse, faite avec beaucoup de recul et de la tête froide.

Rondro 16/07/2009 16:25

Excellent. De loin l'analyse la plus lucide jamais lue sur la crise.