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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 07:34


Vers 2 heures du matin, le 19 juillet, une vingtaine d’hommes vêtus d’uniformes militaires, certains cagoulés, armés de kalachnikovs et de lance-roquettes ont pris d’assaut le Water Front, quartier où est implanté l’immeuble de Viva, la radio-tv d’Andry Rajoelina, président de la HAT (Haute autorité de transition). Ils ont abattu deux vigiles et ont échangé quelques tirs avec les militaires préposés à la surveillance du lieu avant de décrocher.

 

Quelques heures auparavant, une bombe a explosé dans une Peugeot 104 tuant 1 personne et en blessant gravement 2 autres. Un quatrième individu, se trouvant à l’extérieur du véhicule à ce moment là est indemne. C’est lui qui aurait involontairement fait sauter ses compagnons en voulant appeler sa petite amie, d’après la première version de la gendarmerie. Il se serait trompé de numéro et tapé celui du portable servant de déclencheur à distance de l’engin. Le siège de la CNME (Commission nationale mixte d’enquête) à Ambohibao aurait été la cible. Une seconde explication sera donnée dans la journée du dimanche, par le colonel Richard Ravalomanana (un homonyme du chef de l’état en exil en Afrique du Sud). C’est en voulant téléphoner à des complices qu’il aurait fait une fausse manœuvre et appuyé accidentellement sur le bouton commandant l’explosion.

 

Dans la nuit, vers 23 heures, 5 militaires débarquent dans l’enceinte de Magro, lieu de rassemblement des légalistes depuis que la Place de la démocratie et autres sites publics leur sont interdits. Ils ont cherché des armes sans succès. Avant de quitter les lieux, ils ont brûlé les posters du Président, les banderoles, drapeaux nationaux et obligé les membres de la sécurité à mettre les chaises dans un 4x4.

 

D’autres attaques auraient été programmées contre les représentants de l’ordre comme la gendarmerie d’Ankadilàlana ou le commissariat central de Tsaralalàna mais auraient été déjouées. Et le lundi 20, une bombe était découverte près des locaux de la Mairie à Tsimbazaza.

 

Ces événements ont démarré le jour de la passation de commandement entre les officiers à Mahamasina et à 4 jours de la conférence d’Addis-Abeba, qui aurait dû réunir tous les acteurs de la crise pour essayer de trouver une sortie.

 

Les représentants du Président Ravalomanana nient toute implication dans ces affaires et rappellent que toutes leurs manifestations ont toujours été pacifiques et sous le signe du «fihavanana» (rapports sociaux non conflictuels)

 

Le colonel Richard Ravalomanana, chargé de l’enquête est convaincu, quant à lui, que des militaires ne sont pas impliqués malgré les uniformes et l’armement lourd chez Viva. Officiellement, l’armée est unie derrière la HAT, ce qui est évidemment faux. Les noms des présumés commanditaires étaient sur ses lèvres mais il s’est abstenu. Leurs identités ont été révélées le lendemain, lundi.

Il s’agit de :

- Mejamirado Razafinimiary, directeur général de la société d’exploitation du chrome, «Kraomita malagasy», ex-ministre de l’Industrie,

- Andry Ralijoana, secrétaire général du MAP (Madagascar Action Plan)

- Raharinaivo Andriantoandro, qui fut questeur à l’Assemblée nationale,

- Henri Razakariasy, ex-secrétaire général du ministère des Finances et du budget et ministre des Finances et du Budget au sein du gouvernement de Manandafy Rakotonirina,

et de Henri Rabesahala, ancien directeur de la bonne gouvernance à la présidence.

 

Ces noms laissent dubitatifs parce que ces personnes sont connues par avoir plutôt prôné la voie de la non-violence, se déclarant «prêtes au dialogue» en particulier Raharinaivo Andrianantoandro. Toujours présent au Magro, calmant les jeunes excités, et refusant d’enfreindre les consignes des forces de l’ordre quand celles-ci leur interdisaient une marche ou une manifestation, il a même été traité de «tiède» par certains. Mais ils auraient été « balancés » par le survivant de la 104. 

 

Dignement et courageusement, plusieurs des accusés dont les noms ont été jetés en pâture à l’opinion publique se sont présentés dès le lendemain 21 juillet à la gendarmerie de Fiadanana, chargée des investigations. Raharinaivo Andrianatoandro a déclaré : « Je n’ai rien à me reprocher, et je suis contre la violence, c’est pourquoi je suis à la disposition des forces de l’ordre pour les enquêtes. Ils n’ont pas respecté les droits de l’homme en annonçant nos noms, avant même le début d’une enquête officielle. Tout ceci est fait pour stopper le mouvement "légaliste" d’Ankorondrano ».

Il est vrai que Magro avait fait le plein le samedi 18 juillet. Marc Ravalomanana, au téléphone, avait parlé d’espérance, lancé un appel aux forces armées pour qu’elles protègent le peuple et leur a assuré de son pardon. Les militants ont scandé à plusieurs reprises «Reviens, reviens !». Le mouvement de contestation ne faiblit pas et s’étend même en province.

 

L’arrestation des leaders, tout comme celle du Premier ministre Manandafy, arrangerait donc les affaires de la HAT. En décapitant le mouvement légaliste, elle pense avoir une petite chance d’inverser la tendance.

 

Le déroulement de toutes ces opérations, la désignation expresse des coupables et les déclarations des gouvernants laissent un profond sentiment de malaise. Ces derniers en ont profité pour refuser d’aller à la réunion d’Addis-Abeba prévue aujourd’hui 22 juillet car «on ne négocie pas avec les terroristes». Mais là aussi, tous les analystes savaient depuis plusieurs jours que le pouvoir n’avait aucune envie de faire le déplacement, traumatisé par la déculottée de Bruxelles (voir article : «TGV Paris-Bruxelles»).

La seule chose qui soit clair dans ce cloaque, c’est qu’il y a beaucoup de manipulations et qu’il faudra prendre avec beaucoup de prudence les déclarations d’un régime aux abois.

 

La HAT, en plein désarroi, cherche tous les moyens pour s’en sortir sans passer par la case «dialogue avec Ravalomanana». Se sentant lâchée par les Français, elle se tourne maintenant vers les Américains. Roindefo Monja, le «premier ministre», a d’abord fait allusion au discours d’Obama au Ghana demandant pour l’Afrique non « des hommes forts mais des institutions fortes». Ce même responsable avait vertement rabroué, il y a peu, l’Ambassadeur des Etats-Unis, Niels Marquardt, lui demandant «ce qu’il faisait encore là». Ensuite, la décision d’Andry Rajoelina d’organiser les élections avant la fin de l’année va dans le sens du souhait des USA. Cela a déclenché une tension extrême au sein du pouvoir car certains se voyaient encore profiter du système un certain temps. Et maintenant, la HAT guette désespérément un signe de la communauté internationale marquant sa solidarité face à ces «attentats». Le problème, c’est que les grandes nations ont des services de renseignements très performants. Ils savent donc pertinemment qui sont derrière ces actes ignobles.

 

Le colonel Richard avait déjà avancé le nombre de 6000 bombes, dont 42 auraient été trouvées. D’où sort ce chiffre énorme? Et pourquoi dans ce cas, seul un nombre infime a été mis à jour, toutes questions qui ont été déjà posées par les internautes (voir par exemple l’édito du 21 juillet de Niry sur Sobika.com). Il a aussi accusé les citoyens engagés dans le collectif GTT  (Gasy Tia Tanindrazana, « Malagasy patriotes »), d’avoir commandité et financé les attentats depuis Paris. Il avait promis des noms qu’on attend avec impatience. La France étant un état de droit, la procédure à la mode HAT n’est pas de mise. L’accusation devra être circonstanciée et les normes juridiques rigoureusement suivies. Sinon, c’est le gouvernement «non légal» qui risque de se retrouver devant une cour européenne en tant qu’accusé. Contrairement à Madagascar, les Droits de l’homme sont sacrés en Europe.

 

Seules certitudes pour l’instant, malgré les dénégations des autorités : les assaillants de Viva sont bien des militaires. Légalistes ou pro-HAT, cela reste à déterminer. Le lynchage médiatique des leaders légalistes sont hors de tout critère démocratique. Et il y a bien une part de «cinéma» mise en scène par la HAT, dans une proportion qu’il faut établir. Les comportements erratiques de la HAT finissent par désorienter les observateurs. Il est probable que ses membres eux-mêmes ne savent plus dans quelle direction se diriger. Les semaines qui viennent n’apporteront probablement aucun répit.

 

Photo 1 : l’immeuble Viva, cible de l’attaque

Photo 2 : La foule à Magro, le cauchemar de la HAT (photo Sobika)

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

Andry 22/07/2009 21:14

Je pense, toutes proportions gardées, que personne n'est dupe concernant ce mauvais scénario. Il est tout de meme éffarant de voir que la HAT est prête à tout pour museler ses adversaires. Les vrais attentats terroristes ne s'embarassent pas de tels pétards mouillés, et l'excés de zèle du Colonel Richard Ravalomanana commence à deveir suspect.

Joseph 22/07/2009 20:42

Bonjour, vous ne manquez pas d'humour noir, vous osez dire que certains pays auraient des services secrets si performants, qu'ils savent mieux que les Malgaches eux-mêmes qui sont les commanditaires de ces crimes ! Vous désignez ainsi une provocation de la HAT elle-même ou d'opposants militaires, puisque vous mettez en doute la bonne foi des enquêteurs Malgaches.C'est un peu abusif comme analyse, d'autant que la France a aussitôt condamné ces actes terroristes, ce que vous emblez ignorer. les autres se fichent de Madagascar et des Malgaches comme de leur première chemise.Mais à quoi sert-il de dialoguer encore avec quelqu'un qui est un partisan aussi inconditionnel de Ravalomanana, chez qui on devine d'avance ce qu'il a écrit avant même de l'avoir lu ? Vous reprenez les poncifes primaires qu'on retrouve dans tous les blogs des pro-Ravalo.Par exemple, vous semblez découvrir que la HAT n'a aucune envie d'aller dialoguer avec Ravalomanana, comme si c'était nouveau et comme si la HAT avait besoin de prétextes (jusqu'à faire assassiner ses propres partisans ?) pour boycotter cette mascarade. La HAT a déjà analysé, et depuis longtemps en profondeur la nature des réseaux économico -mafieux qui entouraient votre héros. la Communauté Internationale n'est pas un bloc homogène, c'est un panier de crabes où se cotoient le meilleur et le pire. Vous le savez très bien.Même avant ces attentats, on sait tous que Ravalomanana envisage toutes les voies, y compris celles de la violence et du crime pour tenter de reprendre SON pouvoir absolu sur Madagascar. Il a contacté des officines mercenaires en Afrique du Sud, c'est dénoncé dans les journaux Sud-Africains. Il a assassiné tant de gens, il n'est pas à quelques vies près. La HAT a TOUJOURS dit qu'elle ne négocie pas avec un assassin corrompu et corrupteur. Alors votre analyse ne tient pas sur ce qui serait un coup monté par la HAT pour avoir un prétexte de ne pas aller à Addis-Abbeba. La HAT refuse de dialoguer avec celui qui est un terroriste depuis des années.La HAT a déjà exprimé à cette nébuleuse de coquins Internationaux qui se prétend missionnée par les Droits de l'Homme Universels pour imposer à Madagascar ses 4 volontés, qu'elle refuse de négocier avec l'ancien dictateur.Il est d'une profonde violence et hautement méprisant pour les Malgaches, que des pays eux-mêmes gérés par des dictatures ou  des régimes ultra libéraux peu démocratiques, qui bradent les richesses nationales aux Sociétés Etrangères des pays riches, se permettent de dicter à Madagascar leurs règles "démocratiques" dont on sait l'hypocrisie complète.On impose des élections rapides, puis on critique la HAT qui accepte de les organiser très vite ... L'hypocrisie est TOTALE, ABSOLUE, parce que le but n'est pas le dialogue, mais de donner sa chance à Ravalo de revenir en prédateur. C'est un mode de fonctionnement néocolonialiste de type mafieux (à visage démocratique si vous voulez),  qui pousse certains membres de la SADC, de l'ONU et Compagnie à exiger la présence de leur dictateur favori dans des discussions pipées d'avance.On peut être fiers d'avoir à Madagascar en la personne de Rajoelina, une résistance solide à la corruption et au retour de l'ancien régime dont vous avez tant la nostalgie.Je vous salue bien. J'espère que vous avez pu aller en Allemagne saluer votre ami et l' assurer de votre ardent soutien.

Alain Rajaonarivony 22/07/2009 21:42


Bonjour,
Je publie votre post parce que la démocratie est une belle chose.
De plus, vous exposez très bien tous les motifs, souvent caricaturaux, avancés par les inconditionnels de la HAT pour refuser tout dialogue et tenter de passer en force. Condamner les actes
terroristes ne veut pas dire valider les accusations d'un pouvoir épinglé par Amnesty International, Reporters sans Frontières, L'EU, les USA etc... Dans un état de droit, il y a ce qu'on appelle
la présomption d'innocence.
Recevez mes salutations.