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9 août 2009 7 09 /08 /août /2009 21:58


La réunion s’est bien tenue dans la capitale du Mozambique du 5 au 9 août. Les quatre ex, actuels et éventuels futurs chefs de l’Etat étaient bien là : Marc Ravalomanana, le Président en titre, exilé depuis mars 2009 en Afrique du Sud, Didier Ratsiraka exilé à Paris depuis juillet 2002, Zafy «empêché» par le parlement puis battu aux élections en 1996 et Andry Rajoelina, chef de la Transition non reconnu par la communauté internationale après son coup d’état du 17 mars 2009.

 

Il n’y avait pas que l’atmosphère qui était lourde, les curriculums vitae aussi. A l’exception d’Albert Zafy, incontestable démocrate malgré quelques penchants tribalistes qui se sont atténués avec le temps, les trois autres invités bataillent avec leur conscience. Il n’est donc pas étonnant que les premières discussions se soient focalisées sur la question de l’amnistie.

 

Ratsiraka, surnommé l’amiral rouge, et pas simplement à cause de son idéologie, fut le premier à tirer son épingle du jeu. «Je n’ai jamais demandé l’amnistie. Je ne suis pas coupable. Je ne veux pas d’amnistie. Annulation mais pas amnistie» déclarera-t-il à la presse. Il obtiendra satisfaction dès le 3ème jour de discussion. Exit donc la condamnation par contumace à 10 ans de travaux forcés pour «détournements de deniers publics» et les 5 ans de prison ferme pour «atteinte à la sûreté de l’Etat» prononcée en 2003.

 

Pour Ravalomanana, l’attente fut plus éprouvante. Il avait écopé de 4 ans de prison lors d’un procès inique le 3 juin 2009 pour «conflits d’intérêt» dans l’achat de Force One II (voir article : «Champagne pour "Roméo Papa"»). Le prévenu n’était pas présent et la défense n’avait pas eu droit à la parole. Simplement, comme le Président a utilisé les mêmes méthodes pour condamner Didier Ratsiraka, son rival d’alors, il n’a pas trop insisté sur cet aspect. Ce n’est que le samedi 8 août qu’il obtiendra l’annulation de son jugement. Andry Rajoelina, son jeune tombeur ne voulait pas en entendre parler. En échange, le Président accepte de se tenir en retrait pendant les mois qui viennent «Dans l’intérêt supérieur de la nation et après concertation, il me semble raisonnable de ne pas participer personnellement à la transition. Cependant, la mouvance Marc Ravalomanana participera activement au sein de différents organes de transition. Il faut tourner la page. Mon retour à Madagascar dépend de la situation… J’exhorte tous les Malgaches, notamment mes partisans… de retourner à leurs occupations et de rester mobilisés pour la réussite de la transition consensuelle…» précisera-t-il.

 

L’ambiance était très crispée car Andry Rajoelina ne supportait pas devoir dialoguer avec Ravalomanana. La première victoire du jeune putschiste fut d’abord sur lui-même. Comme l’avait noté le journaliste de Jeune Afrique Cheick Yerim Seck, lors du débat sur France 24 face à Niry Jules de Sobika.com le vendredi 7 août, le jeune dirigeant faisait un véritable «blocage psychologique» et ressentait de la «haine» envers son prédécesseur. Un homme d’état doit pouvoir passer outre ses sentiments personnels pour ne pas léser la nation. Andry Rajoelina a enfin réussi. Il pourra prendre plus librement ses futures décisions.

 

Conforme à ce qu’on attendait de lui, le professeur Zafy a fait pression dans le sens de l’ouverture et d’un pardon réciproque. Il n’a pas défrayé la chronique. Les gens honnêtes n’ont pas d’histoires.

 

Cet accord, accepté sous l’égide de la SADC montre les capacités de cette organisation à gérer les conflits de la région et son indépendance vis-à-vis des ex-puissances coloniales. Elle avait suspendu Madagascar de ses instances fin mars qui en retour avait décidé de quitter cette union régionale. Cinq mois après, La HAT (Haute autorité de transition), prise à la gorge, a dû faire le voyage jusqu’au Mozambique.    

 

Le tristement célèbre commandant Charl s’est invité dans l’avion d’Andry Rajoelina le 4 août à la place d’un garde de corps. A peine la délégation est-elle arrivée à Maputo que les colonels mutins du Capsat, devenus chefs d’état-major et ministre de la Défense, ainsi que le chef de la police, menaçaient de ne pas reconnaître sa signature si jamais un accord permettait le retour de Ravalomanana au pays. En acceptant de ne pas jouer un rôle politique actif dans l’immédiat, le Président l’aide donc à passer ce cap(sat). Ces sorties intempestives des militaires malgaches n’ont pas impressionné Joaquim Chissano, principal responsable de la médiation. «Chacun est libre de déclarer ce qu’il veut, mais que cela n’entrave en rien aux discussions entamées à Maputo. Le GIC (Groupe International de Contact) est toujours disposé à entendre toutes propositions conduisant à une sortie de crise à Madagascar» se contentera-t-il d’indiquer sobrement.

 

Andry Rajoelina a indéniablement fait preuve de courage en cherchant un consensus permettant de lever les sanctions qui asphyxient l’économie et réduisent à la misère la population. Mais ceux qui profitent du système risquent de ne pas apprécier, en particulier l’aile dure de la HAT qui n’hésite plus à le contredire publiquement.

 

Dans 10 jours, place à Maputo II pour la composition de la Transition, en version «consensuelle et inclusive». Selon l'accord, le futur gouvernement de coalition comprendra un président, un vice-président, un premier ministre, trois vice-premiers ministres et 28 ministres. Ceux qui y participeront ne pourront pas se présenter aux élections qui auront lieu au plus tard dans 15 mois, en 2010, à l'exception du président.

 

Photo : Marc Ravalomanana à côté de Joaquim Chissano à Maputo (Photo Sobika)

 

Alain Rajaonarivony 




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Published by Alain Rajaonarivony
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