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16 août 2009 7 16 /08 /août /2009 14:34


Les 4 signataires des accords de Maputo, les chefs d’état malgaches élus de 1975 à 2009, Didier Ratsiraka, Albert Zafy et Marc Ravalomanana, plus leur cadet Andry Rajoelina ont finalement fait preuve de dignité et rehaussé un peu l’image du pays. Au-delà de leurs intérêts respectifs, ceux de la nation ont été aussi préservés. L’environnement international, les politiciens étrangers de très haut niveau servant de médiateurs, ont permis aux Malgaches de donner le meilleur d’eux-mêmes. Ils ont joué loyalement le jeu, sauvant ainsi leur pays. A la fin de la conférence, Marc Ravalomanana déclarait sereinement aux journalistes : « je suis maintenant un « former president » (ancien président) comme Joaquim Chissano ». Quant à Andry Rajoelina, il a accepté le principe d’une vraie transition consensuelle regroupant les grandes tendances représentées par ses prédécesseurs.

 

Les partenaires privilégiés de la Grande Ile, comme les Etats-Unis, ont salué cette avancée et encouragé à continuer «dans un véritable esprit de négociation et de compromis».

 

Las, c’était compter sans les politiciens du pays à la mentalité tellement dégénérée qu’ils ne saisissent plus la gravité d’un manquement à la parole donnée. Si les légalistes ont arrêté toutes manifestations pour respecter l’esprit de Maputo, les tenants du coup d’état n’ont pas cessé de multiplier les crocs-en-jambes à celui qui est sensé être leur leader.

 

Andry Rajoelina est à peine revenu de Maputo, qu’il a dû affronter certains de ses «amis». L’accueil qu’il avait reçu à son arrivée était déjà loin d’être triomphal le 9 août et les officiers putschistes faisant partie de son gouvernement n’ont pas pris la peine de se déplacer à l’aéroport. Ces derniers l’avaient mis en garde sur ce qu’il allait signer et n’ont apparemment pas apprécié.

 

Les militaires se sont un peu calmés, surtout depuis qu’ils ont appris qu’ils étaient aussi concernés par l’amnistie accordée à Maputo à tous les acteurs de la vie politique malgache s’étant rendus coupables de délits, crimes et autres méfaits de 2002 à aujourd’hui. Cette concession au droit a été acceptée pour permettre à un droit encore plus important d’advenir : celui du peuple de vivre dans la paix, la sécurité et le respect de ses libertés fondamentales. Les 3 officiers désignés par la HAT (Haute autorité de transition) pour diriger l’armée et la gendarmerie ont néanmoins fait une déclaration publique le 13 août pour contester l’article 22 de Maputo demandant la création d’un Comité de réflexion sur la défense et la sécurité nationales.

 

La remise à zéro de Maputo n’arrange pas certains qui voient passer sous leur nez les postes et les rentes de situation tant convoités. Regroupés sous l’obscure étiquette «Forces du changement», en fait pour la plupart des groupuscules qui ne représentent rien, ils remettent en cause les accords signés sous l’égide des Nations Unies. Ils considèrent que les responsabilités de la future Transition ne doivent pas simplement être assumées par les 4 signataires mais que les 150 partis existants devraient aussi avoir leur place. Rappelons que la majorité d’entre eux ne pèsent que quelques dizaines de membres, et parfois ne comprennent que les responsables de l’association. Ils ne disposent évidemment d’aucun élu. Au risque d’humilier Madagascar qui s’est engagé par l’intermédiaire de ses 4 chefs d’état, le pasteur Andriamanjato, 79 ans et toute sa verve, s’est fait le porte-parole des «oubliés du partage».

 

Ce qui est étonnant, c’est que son propre fils, Ny Hasina Andriamanjato, «ministre des Affaires étrangères», faisait partie de la délégation officielle de la HAT et a donc participé aux négociations.

 

Les «amis» d’Andry Rajoelina ont aussi ergoté sur «l’amnistie» de Marc Ravalomanana ou son «retour». De tous les belligérants de cette crise, seul Marc Ravalomanana, selon eux, aurait dû rester incriminé et être le seul à ne pas avoir le droit de revenir dans son pays. Cette logique simplement compréhensible des putschistes prend à contre-pied l’esprit de Maputo. Ces comportements ont obligé le groupe de médiateurs internationaux à dépêcher un émissaire. Le 11 août, Edem Kodjo, dans une conférence de presse tenue à Antananarivo, a remis les pendules à l’heure et les politiciens malgaches pro-HAT devant leur irresponsabilité.

 

 Face à la détresse vécue au quotidien par la population, seule la ministre, justement chargée de la population et des affaires sociales, Nadine Ramaroson a mis de côté les polémiques stériles pour essayer d’être un peu efficace. Elle avait donné l’exemple en prenant le balai dans les rues de la capitale lors d’une campagne d’hygiène, initié des mesures en faveur des enfants déshérités et des personnes âgés, cherché des financements pour des bornes fontaines... On est très loin des discussions sur les avantages des dirigeants. Mais il est vrai que la ministre a un profil atypique (voir article : «Deux gouvernements sinon rien !»).

 

Pour la classe politique malgache, qualifiée de «la plus bête du monde» déjà en 1997 par un conseiller de Zafy, elle n’est sûrement pas l’exemple à suivre. Cupide et stupide, l’urgence maintenant est de déstabiliser Andry Rajoelina pour avoir part au gâteau, quitte à décrédibiliser définitivement Madagascar aux yeux du monde. Pour beaucoup de ces politiciens, c’est certainement le chant du cygne.

 

Les accords de Maputo rentrent dans leur phase active. Pour ne pas se faire griller sur le poteau, Andry Rajoelina s’est de nouveau autoproclamé chef de la nouvelle Transition dans un discours le 14 août alors qu’il était prévu de désigner tous les responsables en concertation lors de Maputo II, dans quelques jours. Les quatre dirigeants légalistes accusés d’être les «commanditaires» des poseurs de bombes (voir article : «la fuite en avant») ont été libérés le vendredi 14 août dans la soirée. Le seul suspect survivant qui les aurait dénoncés, présenté comme superficiellement blessé, est finalement décédé entretemps à l’hôpital.

 

Sous les coups de butoir de ses «partisans» qui le poussent à renier sa signature, Andry Rajoelina se retrouve bien seul. Marc Ravalomanana ne peut même plus servir de bouc émissaire, il s’est retiré du jeu, et avec dignité, le 8 août à Maputo. Soit donc, il affronte encore la situation et sera sans doute enfin reconnu à Maputo II, soit, il cède aux exigences de plus en plus insistantes des dinosaures et des véreux qui lui demandent de faire l’impasse sur ce second rendez-vous et perdra toute sa crédibilité. La nation ou les «amis», il lui faut choisir !

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

Parole 18/08/2009 10:40

Le chant dy cygne (et non du signe) : le cygne est un bel oiseau réputé pour son dernier chant avant de mourir.

Alain Rajaonarivony 18/08/2009 13:13


Merci beaucoup pour la remarque. Et en plus, je l'avais en tête. Je corrige tout de suite.
Meilleures salutations


Hyacinthe Befeno T 17/08/2009 19:11

Edito très sensé...et comme on dit "il faut imaginer le pire et ensuite multipier par 100 pour approcher la réalité"