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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 22:47


Les Malgaches sont de nouveau dans l’expectative. Les membres de l’Union africaine ont fait preuve d’un sens de l’humour (noir). Ils ont fixé la fin du délai de grâce au 16 mars 2010 pour la HAT (Haute autorité de transition). Les sanctions individuelles tomberont dès le 17 mars si le régime ne s’est pas conformé entretemps aux accords de Maputo et à l’acte additionnel d’Addis-Abeba, signés par toutes les parties. Cette date ne vous rappelle rien ? Mais si, le pasteur Lala, médiateur, traîné par son col par un militaire, l’ambassadeur américain s’engouffrant dans sa voiture, protégé par ses gardes de corps, des généraux balancés dans le coffre d’un break par des trouffions, et le chef des médiateurs, l’évêque Odon Razanakolona, regardant la scène du haut d’un balcon, le sourire en coin… C’était le 17 mars 2009, un anniversaire qui risque d’être gâché pour les tenants du changement «extraconstitutionnel».

 

Le 18 février,  pendant que l’organisation panafricaine étudiait le cas de Madagascar, au Niger, le colonel Dijibrilla Hima Hamidou dit «Pelé», 45 ans, commandant de la compagnie d’appui des blindés de Niamey, amenait ses troupes à l’assaut de la Présidence. Le chef de l’état, Mamadou Tandja, au pouvoir depuis 1999, a été proprement déposé. La Constitution lui commandait de quitter son fauteuil après deux mandats. Il l’a changé, faisant dire à ses adversaires qu’il a commis un «coup d’état constitutionnel». Les Nigériens ont eu droit en réaction à un «coup d’état» tout court ayant fait plusieurs morts. Les militaires ont promis des élections en assurant qu’ils voulaient «une transition courte prenant fin le plus tôt possible». Ces déclarations ont rasséréné les observateurs, car les putschistes admettent eux-mêmes qu’ils ne sont pas dans une normalité démocratique. En attendant, le pays est suspendu de l’Union africaine.

 

tele-france24.gifEn Côte-d’Ivoire, cela ne va pas mieux. Le président Laurent Gbagbo a dissous le gouvernement et la Commission électorale indépendante (CEI)  le 12 février. Des troubles ont éclaté devant ce coup d’éclat, qualifié de «coup d’état» par ses adversaires, car lui permettant d’ajouter du rab à son mandat normalement expiré depuis 2005. 5 personnes sont mortes à Gagnoa le 19 février à la suite de la répression d’une manifestation de l’opposition. La chaîne d’information France24 a été «suspendue» ce 22 février pour «traitement non professionnel de l'information» concernant «l'actualité politique» par l’organe ivoirien de régulation des médias.  Le président burkinabé Blaise Compaoré, tente actuellement une médiation à Abidjan.

 

C’est dans cette ambiance que Denise Epoté, de TV5 Monde, a reçu dans son émission «Et si vous me disiez toute la vérité ?» traitant de l’actualité du continent, un invité malgache, Mamy Andriamasomanana. Aussitôt après sa diffusion le 21 février, les réactions ont fait un «buzz» sur les forums malgaches, essentiellement de la diaspora. Beaucoup d’échos positifs sont remontés d’Afrique francophone, où TV5 est largement diffusée. Car le consultant du GIC (Groupe international de contact) avait replacé le cas de la Grande Ile dans le contexte global de l’Afrique contemporaine. Mamy Andriamasomanana renoue ainsi avec la tradition des penseurs politiques noirs d’avant et pendant les indépendances.

 

DSCF1966.JPGDans son exposé, Mamy Andriamasomanana considère que le modèle français en matière d’élections, héritage de la puissance coloniale, n’est pas «l’horizon indépassable» et qu’il faudrait trouver des solutions originales et spécifiques. Des législatives permettraient de mettre en place un contre-pouvoir, avec une meilleure représentation des forces réelles des composantes politiques. Et cela, avant que le pouvoir d’un seul homme ne se mette en place avec les présidentielles. Des «institutions fortes» donc, plutôt que des «hommes forts» qui ont la propension à abuser de leurs prérogatives, dans la droite ligne des déclarations d’Obama lors de son passage au Ghana. Sinon, quel que soit le président, une autre crise ne peut qu'advenir. Les législatives contribueraient ainsi à la sécurisation des institutions mais pour être crédibles, elles doivent être organisées en concertation avec l'ensemble des acteurs de manière consensuelle.

 

Ces idées sont les siennes depuis toujours mais l’actualité du «pays de ses ancêtres» les replace dans le débat d’une manière aigüe. Il a éprouvé une certaine «honte» devant les tractations pour les ministères ou les voitures de fonction après la signature des accords de Maputo et de l’acte additionnel d’Addis-Abeba. Ses compatriotes ont montré ainsi leurs véritables préoccupations, «incompréhensibles pour la communauté internationale», habituée à traiter de l’intérêt supérieur des états. Aucune des parties en lice n’a été épargnée.

 

Le site de TIM France (parti de l’ancien président) a supprimé les messages, pourtant dans les normes (ni insultes, ni appels à la violence), évoquant cette émission. Mais le dépit de voir l’ennemi juré depuis 2002 revenir sur le devant de la scène a provoqué un mouvement d’humeur anti-démocratique. Mamy Andriamasomanana disposant du nouveau numéro de portable de Marc Ravalomanana qui continue à échanger avec lui, ce genre d’attitude n’aura pas grande conséquence sauf peut-être pour leurs auteurs. Car la pression est de plus en plus forte sur Mamy Andriamasomanana afin qu’il quitte sa posture de réserve et s’implique davantage. .. et cela de tous côtés. La Grande Ile est en pleine détresse, comme beaucoup de membres de l’ex-empire français ayant obtenu leur indépendance en même temps qu’elle, il y a 50 ans…  Les Africains ont mal à leur démocratie !

 

Photo : Denise Epoté et Mamy Andriamasomanana sur le plateau de TV5

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

mpirenireny ela 03/03/2010 04:49


trash back
avec post sur "la tribune"
a votre intention
http://www.madagascar-tribune.com/Elections-elections-oye-oye,13641.html#forum43231
bien à vous


monpays 25/02/2010 09:29


çà fait plaisir d'entendre quelqu'un comme Mamy Andriamasimanana, et de constater qu'il existe encore des malgaches raisonnables et sensés.
Merci de cette info qui redonne de l'optimisme.


Ratovo 24/02/2010 19:06


M. Andriamasomanana a été très clair quant à l'opportunité des législatives mettant en place une assemblée constituante avant la tenue de l'élection présidentielle. Référendum constitutionnel ou
pas, il est acquis que le prochain Président sera le 1er de la IVeme République dont la Constitution NE PEUT être validée seulement APRES que le peuple ait choisi son chef d'Etat. Justement, le
peuple l'élira-til directement, comme jusqu'à présent ? S'il est vrai que le modèle français (Vème Rep) ne peut plus être repris bêtement, sur le point précis du mode d'élection du Président, les
Malgaches accepteront-ils l'accès à la magistrature suprême, autrement que par le suffrage universel direct ?


Seb 23/02/2010 19:46


Une analyse sage de la situation. Il faut aussi ajouter que la capital regroupe tout les pouvoirs,  ce qui est en un sens bien regretable et aussi facilitateur de changement de regime
dans la rue. Les renversements successif ont toujours eu lieu dans la capital, quand on dit que le peuple aspere au changement on peut a la limite se tromper! L'idee de diviser le pays en etat est
une reflexion a mon sens tres inerressante et aussi a prendre en compte, ainsi delaisser la capital d'un certain nombre de pouvoir pourrai aussi eviter dans le future de retomber dans ces crises a
repetition.


Brice Lejamble 23/02/2010 09:30


J'ai écouté l'émission en podcast mais je n'ai pas entendu Mamy Andriamasomanana dire qu'il fallait organiser ces élections législatives d'une manière consensuelle. Il parle certes de consensualité
mais comme résultat attendu des élections en question, ce qui est très différent. Le ton général est d'ailleurs "Rajoelina a fait beaucoup de concessions..."
Quid du coup de force du 17 mars et des dérives qui ont suivi ? Je considère que tolérer Rajoelina à la tête de la transition est une énorme concession et que c'est à lui de faire tout le
reste du chemin, le but n'étant pas de remettre Ravalo (ni aucun autre "ancien") au pouvoir mais bien de jeter les fondements d'une république digne de ce nom.


Alain Rajaonarivony 23/02/2010 11:17



J’ai fait un résumé en un paragraphe d’une intervention de 30 minutes.


Quelques uns des termes exacts qu’il a utilisés :


«Il est plus facile de concéder quand on n’a rien à concéder»


«L’armée ne gouverne pas en tant que telle… mais rien ne se fait sans elle»


«Accord pour que cet exercice démocratique soit conjointement organisé…»


«Là-dessus, l’accord est clair….Ensuite, c’est une question d’échéancier.»


«Andry Rajoelina qui n’a pas encore été élu…»


 


«Lorsque les contre-pouvoirs ne sont pas sécurisés…. La tentation d’avoir ce pouvoir absolu rapidement arrive assez vite aussi.»


«…Permettra que les contre-pouvoirs se mettent en place avant même que le pouvoir n’appartienne qu’à un seul homme. Ce qui est quand même aujourd’hui la plaie de nos démocraties balbutiantes…»


«La jeunesse n’est pas un gage de réussite…»


 


A travers ces quelques citations, on peut bien voir que son analyse tente de recouvrir l’ensemble des problèmes que rencontrent les nations africaines en matière de démocratie. Connaissant bien
l’intervenant et ayant conversé avec lui, je pense rendre assez fidèlement son état d’esprit bien que de manière très (trop ?) concise. L’invité n’a pas parlé de «coup d’état», de
«dictature» ou de «corruption». Son discours n’en condamne pas néanmoins clairement toute entorse à l’esprit républicain et est un plaidoyer pour une consolidation des institutions afin de sortir
de la malédiction des coups de force et de la déchéance morale et économique.


On lui a proposé le poste de ministre des Affaires étrangères après la démission de Ny Hasina Andriamanjato. Il a répondu ne pouvoir s’impliquer que dans le cadre d’un gouvernement d’union
nationale. Il y a une cohérence entre l’éthique et le discours… 


 


«Ce pays mérite beaucoup mieux et… d’autre formes de hauteur de débats que celles qu’on a pu entendre ici et là… et qui est d’ailleurs incompréhensible par la communauté internationale.» :


Une dernière citation qui indique cette volonté de changer les mœurs politiques et d’en élever le niveau