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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 13:29


Roindefo Monja a bien fait les choses : fanfare, ambassadeurs et protocole. Ce 13 novembre, le rituel républicain qui entourait la passation avec son successeur Eugène Mangalaza aurait presque fait oublier que lui-même avait été nommé un certain 7 février sur la place du 13 mai. Monja s’est un peu racheté en forçant ses «amis» putschistes à abandonner leur tradition du viol de la Constitution et des lois de la république. Niels Marquardt, l’Ambassadeur américain en poste à Antananarivo ne s’y est pas trompé. Il était présent à la cérémonie, alors même que Monja l’avait pris à parti violemment il y a quelques mois, justement parce qu’il dénonçait ces manquements au respect des fondamentaux de l’état de droit. Le diplomate a fait part de sa satisfaction «d’être le témoin d’un pas très positif vers le rétablissement de l’ordre constitutionnel». «…La passation de pouvoir dans la paix entre les deux Premier-ministres montre la volonté politique d’apaiser la situation et d’aller de l’avant» ajoutera-t-il. C’est un satisfecit qui vaut son pesant d’or pour Roindefo Monja, réhabilité aux yeux de la communauté internationale. Car parmi les diplomates se trouvaient aussi les représentants de la Chine, de la Norvège ou de l’Afrique du Sud, des nations qui n’ont pas spécialement apprécié le coup d’état.

 

Son avenir politique est désormais plus ouvert et plus clairement tracé. Il peut se projeter dans l’après-transition en ayant réussi à se défaire en partie des casseroles du putsch. Son nouveau média, «24heures.mg», n’a pas hésité à titrer sur l’ingérence française et la Françafrique. Il prend ainsi à contre-pied son «ex-ami» Andry Rajoelina et ses sponsors. Ce dernier, qui a été récupéré à Addis-Abeba pour permettre enfin une sortie de crise, continue à batailler sur des questions de protocole avec ses co-présidents. C’est le grand n’importe-quoi et un combat d’arrière-garde. Son sort risque d’être définitivement scellé dans quelques mois mais sûrement pas en devenant un président élu. Il serait plus intelligent pour lui de profiter de ce court laps de temps  pour tenter de laisser une trace plus positive dans l’histoire.

 

Le co-président Fetison Rakoto Andrianirina, a reçu l’Ambassadeur de Chine, Wo Ruidi, dans sa suite au Carlton le 12 novembre. Il doit donner ses audiences à l’hôtel puisqu’il ne dispose pas d’un bureau, tout comme son collègue, l’autre co-président, Emmanuel Rakotovahiny, depuis la signature des accords d’Addis-Abeba le 6 novembre. Il est clair que les ex-putschistes cherchent à humilier les co-présidents en ne leur accordant pas le moindre égard. Le diplomate chinois a fait part de la disponibilité de son pays à octroyer une aide pouvant atteindre 4 milliards de dollars à Madagascar.

 

Juste au retour d’Andry Rajoelina d’Addis-Abeba, où on lui a offert le rang protocolaire de chef d’état, mais sans les pouvoirs de ce dernier, l’Ambassadeur français s’est précipité au palais d’Iavoloha le 10 novembre pour présenter ses lettres de créance. Il était temps ! Depuis le 19 mars, date de son arrivée dans la Grande Ile, il s'exprime et s’implique, prenant ainsi des libertés avec les usages diplomatiques, qui demandent la réserve tant que ces lettres n’ont pas été remises. On peut comprendre qu’il ne voulait pas laisser la part belle à son homologue américain et tenait à être plus «qu’un chef d’escale d’Air France» (le mot étant de Nicolas Sarkozy, pour les récriminations, prière de s’adresser à son auteur). Mais que faisait le drapeau malgache sur son véhicule? Normalement, c’est un privilège réservé aux visites d’état. Il témoigne en tout cas de la haute estime dans lequel il est tenu par les ex-putschistes.

 

Andry Rajoelina et Fetison Rakoto Andrianirina devraient représenter la Grande Ile au sommet mondial de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) qui se tient à Rome du 16 au 18 novembre. Une note de l’Ambassade malgache en Italie provoque depuis quelques jours l’ire et les délires des partisans du coup d’état : «…chefs de délégations : conjointement M. Andry Rajoelina et Fetison Rakoto Andrianirina, respectivement Président et Co-président de la Transition (institutionnellement, ces deux personnalités doivent être traitées et considérées à égalité)…».

 

Raharinaivo Andrianantoandro, ex-député, porte-parole du TIM et leader légaliste, en prison depuis le 15 septembre et hospitalisé à la suite de la dégradation alarmante de sa santé, a entamé une grève de la faim depuis le dimanche 15 novembre. Les prisonniers politiques n’ont toujours pas été libérés malgré les engagements d’Addis-Abeba. C’est un sujet grave, non seulement pour les victimes, mais aussi pour la société qui attendait une prise de responsabilité des gouvernants. Mais apparemment, ils sont encore accaparés par les histoires de protocoles. A chacun ses soucis !

 

 

Alain Rajaonarivony




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Published by Alain Rajaonarivony
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