Partager l'article ! Balade parisienne pour oublier un complot: Andry Rajoelina a débarqué à Paris le mercredi 27 janvier, en catimini. Les journalistes et p ...
Andry Rajoelina a débarqué à Paris le mercredi 27 janvier, en catimini. Les journalistes et politiciens de la Grande Ile ne l’ont appris qu’après coup, informés du voyage par Internet. Qualifié de «privé», puisque rien ne peut être officiel avec un régime mis au ban des nations, le président de la transition unilatérale a pu avoir des entretiens avec des responsables français dont le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant et le secrétaire d’état à la coopération Alain Joyandet.
Cette petite sortie était nécessaire pour s’aérer un peu et oublier l’atmosphère étouffante de la Grande Ile. La HAT (Haute autorité de transition) est aux abois après un an à la direction du pays. Le désastre est patent dans tous les domaines et l’impopularité croissante. Les chômeurs ne sont pas simplement des statistiques en hausse, ils se retrouvent par milliers dans les rues d’Antananarivo, transformés en marchands ambulants pour survivre. Ils sont pourchassés impitoyablement par les responsables de la CUA (Commune urbaine d’Antananarivo) car ils déparent dans le paysage et multiplient les désagréments en ville. Les médecins des hôpitaux sont en grève depuis des semaines pour réclamer une revalorisation de leurs traitements. Ils ont fait remarquer qu’à Bac+8, ils sont moins bien payés qu’un policier du niveau du BEPC. Mais ne disposant que d’un thermomètre et d’un stéthoscope en lieu et place de la kalachnikov et du lance-roquettes, les instruments nécessaires pour bénéficier d’une prime, ils risquent d’attendre longtemps…
Sur le plan économique et social, la situation est
catastrophique mais les turbulences sont aussi violentes dans le milieu politique. La chasse aux journalistes est ouverte et plusieurs ont été menacés ou jetés en prison, comme ceux de Radio
Fahazavana, une radio protestante. Le colonel Ravalomanana (homonyme de l’ancien président), rendu célèbre par l’affaire des bombinettes (voir article : «La fuite en avant») remet ça et en impute maintenant la responsabilité au co-président Fetison. Il aura ainsi fait le tour des
opposants, des GTT (association légaliste dont les membres se trouvent en Europe), aux leaders du Magro et maintenant les responsables désignés par l’acte additionnel d’Addis-Abeba. Mais les
vrais responsables, des spécialistes en explosifs, courent toujours.
Le passage à Paris a pour Andry Rajoelina quelque chose de vivifiant et de thérapeutique dans les moments de tension, comme ce fut le cas après le sommet de New-York (voir article : «Paris au grand cœur»). Paris est une ville agréable, sans des petits marchands-chômeurs à tous les coins de rue. On s’y fait rarement agresser, à part peut-être par les GTT quand on est putschiste. Mais le séjour cette fois-ci se passe assez bien, du moins pour l'instant..
A Antananarivo, après le Black Monday et l’anniversaire de l’autoproclamation du 31 janvier, se profile celui du massacre du 7 février. Ces évènements sont d’une parfaite logique et ont été prémédités mais on ne peut en voir la cohérence si on ignore que l’opposition à Marc Ravalomanana recouvrait deux aspects bien distincts. A l’époque, les analystes se sont perdus en conjecture sur l’attitude d'Andry Rajoelina. Le mouvement populaire qui avait suivi la fermeture de Viva (voir tous les articles de ce blog datant de décembre 2008) était d’abord civique et réclamait simplement le respect des droits et des libertés. Il était mené par la société civile qui s’était alliée au Maire de la capitale, persécuté par le pouvoir central. Il n’avait pas de revendication politique. C’est pour cela qu’il a bénéficié d’une large adhésion de la population et de la sympathie des chancelleries étrangères. Marc Ravalomanana était en train de partir en «live» et se croyait tout permis, répondant aux manifestations pacifiques par la menace et la répression. Avec le recul, peut-être l’a-t-on poussé à avoir cette attitude le rendant odieux, en sachant que son entourage et son gouvernement étaient déjà infiltrés par les comploteurs. Car c’est là le deuxième visage, aussi bien caché que celui d’une femme par la burqua, de la contestation.
Cette dimension secrète, la société civile l’ignorait sans doute ou elle n’en avait pas la juste mesure. Il y avait les acteurs visibles, et en danger permanent, comme Andry Rajoelina lui-même ou Nadine Ramaroson. Ils étaient indéniablement populaires, leur objectif rejoignant les aspirations de la plupart des Malgaches : la recherche d’une équité sociale et la fin des dérapages de plus en plus pénibles de Marc Ravalomanana qui s’en prenait à tout le monde. Cet art de se faire des ennemis a d’ailleurs précipité sa chute. Bien à l’abri et dans l’ombre, les comploteurs suivaient l’évolution du mouvement sans se mouiller. Quand mi-janvier 2009, l’inauguration de la place de la démocratie (voir article : «Le cœur d’Antananarivo bat pour la liberté») a montré l’ampleur de la fronde anti-gouvernementale, les têtes pensantes de la conspiration, dont le but était tout autre, ont commencé à faire du lobbying auprès du jeune Maire. Les conjurés, dont la haine personnelle pour le Président transcendait toute autre considération, voulaient tout simplement sa peau. Ils n’apparaîtront qu’au dernier moment quand ils seront arrivés à leurs fins, sur la tribune du 13 mai, le 14 mars 2009. Ravalomanana finira par réagir dans le bon sens, en présentant ses excuses à la nation et en demandant un référendum (voir article : «Attention aux erreurs d’appréciations fatales»). Trop tard !
Jusque là linéaire, la trajectoire d’Andry Rajoelina allait alors devenir erratique. Ce sera l’auto-proclamation du 31 janvier 2009 (voir article : «Place du 13 mai : lieu de toutes les proclamations historiques»). Quelques jours auparavant, il affirmait pourtant ne pas vouloir du pouvoir. Les hésitations du Maire étaient perceptibles et ses décisions évoluaient au gré du comportement de Ravalomanana. Ce dernier a eu tout faux et a agi exactement comme le désiraient les conspirateurs, le summum de cette manipulation étant le massacre du 7 février devant les caméras de tous les médias internationaux, en particulier français (voir article : «Carnage devant le Palais»). En demandant à la foule d’envahir un Palais présidentiel défendu par la garde, les comploteurs savaient pertinemment que tous les dérapages étaient possibles comme lors du 10 août 1991. D’ailleurs, certains d’entre eux avaient déjà pris part à la planification de cette marche historique désastreuse qui a failli coûter la vie à Albert Zafy et fait des dizaines de morts. Cette fois-ci, il s’en est fallu de peu pour que Roindefo Monja endosse malgré lui le rôle de «martyr». Les «autres» étaient ailleurs pendant que les balles fusaient. Comme lors du Black Monday, les principales victimes furent des personnes des bas-quartiers défavorisés, sciemment sacrifiées. Cela n’enlève en rien la responsabilité de Marc Ravalomanana en tant que chef de l’état.
Andry Rajoelina se trouve maintenant à la croisée des chemins. Le président de la transition unilatérale a émis le désir de visiter l’Assemblée nationale et le Sénat français dans les jours qui viennent. Le cadre de ces temples de la démocratie, représentant l’émanation véritable de la voix du peuple, l’inspirera peut-être et l’amènera à faire le bon choix. Son amour pour Paris place en porte-à-faux le gouvernement français qui ne tient pas à se mettre à dos la communauté internationale. Toutes ces rencontres n’ont donc pas de caractère officiel. L’embarras de la France est visible. La seule voie honorable pour Andry Rajoelina, demeure encore et toujours la réconciliation, à l’exemple d’un Nelson Mandela. Cette démarche sauvegardera les intérêts supérieurs de la nation tout en lui apportant la respectabilité. C’est la voie royale préconisée par les grandes démocraties, y compris actuellement en Afghanistan, et que redoutent les conjurés qui ont tout à y perdre. Tout dépend maintenant des capacités morales du jeune dirigeant à résister à leurs pressions…
Photo : Manifestation des journalistes le 12 janvier 2010 pour protester contre l'arrestation de leurs collègues de Radio Fahazavana le 8 janvier dernier. Ils sont toujours en détention actuellement (photo Sobika)
Alain Rajaonarivony
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