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  • Alain Rajaonarivony

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 12:52

 

 

 

I survivedCela faisait plusieurs jours que Niry balançait des messages sibyllins à ses amis sur Facebook. Mais ils n’ont eu le fin mot de l’histoire que dans l’édito sorti dans la nuit du 29 mars, date symbolique s’il en est*. Niry annonçait qu’il quittait Sobika.com, site devenu incontournable en 10 ans, très sobrement...

 

Nous avions fait connaissance en 2002. C’était aussi une année mémorable. A l’époque, j’étais le rédacteur-en-chef de « tiako.org » qui menait la vie dure à la Francafrik et aux ratsirakistes, «le» site de référence avec 1 million de connexions au bout de…euh…1 an... ! Chiffre ridicule maintenant, à l’époque, c’était top…et ça en faisait le premier portail malgache. Sobika démarrait mais possédait déjà en germe ce quelque chose qui allait lui permettre d’exploser.

 

Quand l’équipe de «tiako.org» a tiré sa révérence, Niry m’a fait l’honneur de m’interviewer. Le contact professionnel s’est mué en amitié au fil des années. En 2003, je lui livre le fruit de ma réflexion : «c’est sûrement toi qui prendra notre succession car la diaspora ressent le besoin d’avoir un lien qui le rattache au pays». Niry protestait alors : «Tu sais, ce n’est qu’un petit site qui n’annonce que les soirées et les manifestations artistiques gasy. La politique, ce n’est pas mon truc». Je lui répondais simplement : «Tu verras !» 

 

Presque 10 ans après, au rythme de 2,5 millions de connexions par mois et d’un édito politique tous les soirs depuis le début de la crise, on rigole tous les deux quand je lui rappelle cette conversation. Depuis fin 2008, on se téléphonait presque tous les soirs pour recouper et échanger nos infos, plusieurs fois dans la journée aux moments les plus chauds. Il arrivait alors parfois qu’il y avait un peu de moi dans ses éditos et inversement. Une de nos préoccupations était d’éviter la désinformation et la manipulation.

 

Les éditos de Niry s’écrivaient dans la nuit : des convictions fortes, des idées originales et…des fautes d’orthographe. A la fin, les forumistes ne relevaient même plus et c’est devenu une marque de fabrique… «Mais pourquoi tu n’utilises pas le correcteur de Word ?» finis-je par lui demander. «J’écris directement sans passer par Word et je n’ai pas toujours le temps de corriger». Cela n’empêchait pas des dizaines de milliers de personnes de le lire tous les jours. Beaucoup d’ouverture d’esprit, pas mal de culture générale contrairement à ce que certains pourraient penser, une analyse teintée d’une ironie permettant la distance, c’était l’esprit Sobika… Sans avoir l’air d’y toucher, Niry faisait souvent mouche, ce qui lui valait l’ire aussi bien des TIM que des TGV… et l’approbation du plus grand nombre. 

 

Que dire de plus ? Le repreneur de Sobika ? Euh…lisez les posts des forums, le nom est sorti plusieurs fois. Quand Niry a voulu vendre, trois personnes étaient intéressées dont Marc Ravalomanana. Un outil identique se négocie des millions d’Euros ailleurs (en Europe ou aux Etats-Unis). A Madagascar, on n’en est pas là car peu de décideurs ont compris la puissance et la capacité d’influence d’Internet. Mais si l’ancien président a trouvé le prix trop élevé, l’accord avec l’heureux acquéreur a été assez incitatif pour que Niry saute le pas et en profite pour tourner une page et en ouvrir une nouvelle dans sa vie.

 

Sobika possède une réputation bien établie. Ce n’est pas par hasard si Niry est régulièrement invité par les médias internationaux pour commenter l’actualité de Madagascar ou si le site est cité dans les dépêches d’agence. Mais sa va vraie richesse, c’est la fidélité de ses lecteurs. Le challenge du repreneur sera de garder cet esprit où se mélange liberté, impertinence et amour de Mada… Avec ce site, les Gasy ont l’impression d’avancer au rythme du monde tout en revendiquant leurs racines… Modernité rime avec démocratie et liberté de parole… d’autant plus précieuses qu’elles sont mises à mal au pays…

 

Et qui dit lecteurs, dit audience….et de la valeur ajoutée car la diaspora et ceux qui s’intéressent à Madagascar dans le monde, c’est aussi du pouvoir d’achat.

 

C’est bien cet esprit qui a entraîné la réussite économique. Les centaines de posts de sympathie reçus par le fondateur de Sobika à l’annonce de son départ sont explicites. Ils le remerciaient d’avoir ouvert cet espace unique ou tous pouvaient s’exprimer et appréhendaient qu’il ne se referme avec le nouveau repreneur… Crainte qu’il appartient à la nouvelle équipe de dissiper. Les spots publicitaires pourront ainsi continuer de clignoter au milieu de pages de forums où tout le monde peut écrire n’importe quoi !

 

Le soir même où Niry écrivait son dernier édito, Mamy Rakotoarivelo bénéficiait d’une liberté provisoire (voir article précédent). Aucun lien… sauf peut-être le goût de la liberté.

 

A+, Niry

 

Alain

 

*29 mars 1947 : début de l'insurrection des Malgaches contre l'oppression et l'exploitation coloniale française.

 

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

niry (pas celui de Sobika) 10/04/2011 14:18



N'empêche, quelle publicité ça aurait fait si Ra8 avait racheté Sobika (merci pour l'info!).. Mais je crois sincèrement que quel qu'en ait été le prix proposé, Niry de Sobika n'aurait jamais été
interéssé de vendre son bijou à Ra8.. par pure conviction..



kudeta 04/04/2011 12:01



Bel hommage à un des pionners du web sur Madagascar !


Il y a un constant effort d'inclusivité et de consensualité, c'est très remarquable :-) qualités qui manquent à Kivousavez.