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  • : Le blog de Alain Rajaonarivony
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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 00:13

 

0603sri-lank-rosewood-container.jpgRoger Kolo partait lui aussi avec un à-priori favorable mais, malgré son âge, n’a pas résisté à la tentation du copinage. L’opinion publique a été très étonnée de voir par exemple 3 membres de la Fédération de football, aux parcours lamentables, nommés ministres. Ils feraient partie de la «grande famille» du premier-ministre. Calculs et népotisme habituels ont effacé le message de «réconciliation», qui voulait s’inspirer de Nelson Mandela. En un mois, la crédibilité du nouveau pouvoir a été ruinée, et la population s’est souvenue que le nouveau président avait été soutenu et adoubé par Andry Rajoelina. Il serait donc normal que les sales affaires de la Transition continuent, des accaparements de terres (voir article précédent) aux trafics de Bois de rose, dont 34 containers d’une valeur de 12,8 millions de dollars ont été saisis au port de Mombassa, le 27 mai 2014. Et début juin, c’est Singapour qui intercepte 3000 tonnes de Bois de rose, un record puisque cela fait 5 fois plus qu’au Kenya (500 tonnes), quelques jours auparavant. Et pourtant Hery Rajaonarimampianina avait annoncé solennellement qu’il prendrait la tête de la lutte contre ce trafic (voir article : «Reconciliation ? Madagascar in the loop !»). Comme seule réaction, il annoncera que les bois saisis par les autorités des pays tiers seront vendus sur place après un appel d’offres car cela reviendrait trop cher de les rapatrier. On fait mieux comme combattant : aucune enquête, aucune arrestation n’a suivi ces prises spectaculaires. Sa ministre de la justice avait affirmé qu’elle manquait de preuves pour diligenter quoique ce soit malgré les noms avancés par l’ancien premier-ministre Omer Beriziky et la presse. Il reste à espérer que l’argent finira bien au Trésor Public malagasy et non dans un compte off-shore.

 

L’insécurité continue de plus belle, aussi bien dans les centres urbains qu’en brousse et pourrit la vie de la population. Mais le fait le plus préoccupant est le phénomène Dahalo, dans le Sud, qui a pris des proportions insoupçonnées. Les vendettas traditionnelles (cycles razzias-vengeances), comme celles entre les villages d’Andranondambo et Ambatotsivala ont fait des dizaines de morts depuis le début du mois de Mai. Les gendarmes lancés dans une opération baptisée «Coup d’arrêt» affirment avoir perdu 9 hommes dans les affrontements avec les Daholo disposant, selon les officiers, de Kalachnikovs et de fusils d’assaut chinois. Ces fameux «voleurs de zébus traditionnels» seraient aussi bien armés et entraînés que l’armée. Le 15 et 16 mai, une centaine de Dahalos ont attaqué le bourg de Fenaivo dans le district d’Amboasary-Sud. Des milliers d’habitants de la commune rurale ont dû s’enfuir et se réfugier dans les villages environnants. Mais dans le même district, à Besakao, les habitants accusent la gendarmerie de bavure. Ils ont diffusé une vidéo sur Internet, montrant les sévices et les vols qu’ils ont subis. On y voit aussi le corps d’un homme venant d’Esira et que les militaires auraient tué.  

 

Devant cette situation catastrophique, les députés, sous l’impulsion des élus du Sud, ont voté une résolution le 19 mai en proposant au gouvernement des mesures très pragmatiques : octroi de véhicules 4×4 pour les régions à risque, suspension de l’exportation des bovidés, suppression des Fiches Individuelles des Bovidés (FIB)... Une dizaine de jours après, ces parlementaires interpelleront durement le gouvernement. «Le président Hery Rajonarimampianana et le Premier-ministre Kolo Roger n’ont même pas pris la peine de descendre dans le Sud… » lâchera, ulcéré, l’un d’eux. Ils dénoncent en même temps la corruption des forces de l’ordre et de l’administration, qui favoriserait cette situation. Face à cette fronde, le Premier-ministre a pris la mesure de l’urgence et dès son retour d’un séjour familio-professionnel à Genève fin mai, s’est précipité à l’assemblée où il a promis de rénover… les logements de fonction des députés... Ce n’est que le 7 juin que Kolo se rendra à Tuléar pour remettre 16 véhicules 4x4 à la Gendarmerie. Il fera un Reset de l’opération «Coup d’arrêt», histoire de faire oublier les couacs et les bavures de la première phase, jetant ainsi la confusion chez les observateurs sur le début effectif de la campagne militaire.

 

Quand le 14 juin, le président descendra enfin sur le terrain, la population lui confirmera que ce sont des étrangers qui poussent les Dahalo à attaquer les villages car la zone est «riche en produits miniers». Ces personnes ont la malchance d’occuper des terres regorgeant d’uranium et d’autres minerais. C’est durant la Transition que l’insécurité s’est vraiment installée dans cette région. Cela arrangerait certains si les habitants avaient la bonne idée d’aller s’établir ailleurs (voir article : «Guerre des Dahalo et minerais stratégiques»).

 

Corruption et insécurité sont les deux mamelles de trafics juteux qui continuent de plus belle. Pour le Malagasy moyen, rien n’a changé avec l’avènement du nouveau pouvoir. «L’état de droit» se résume pour l’instant à «des tas de droits» pour les dirigeants. Aucun trafiquant de Bois de rose de haut vol n’a jamais était arrêté, les députés ne cherchent qu’à avoir toujours plus d’avantages et ne défendent aucune idéologie ou idéal, les ministres recrutent leurs familles sans tenir compte des compétences. L’«état de droit» se réduit à une singerie des mœurs des nations démocratiques et l’espoir suscité auprès des citoyens s’est évaporé comme la rosée au soleil.

 

Seule la communauté internationale s’ébaudit de cette «démocratie» qui permet d’effacer le coup d’état de 2009 (et son ingérence) à l’image de l'une des observatrices de la mission européenne, Françoise Castex. Cette députée PS dont la carrière est au point mort, et plus spécialisée dans la défense des droits d’auteur que dans les coups d’état exotiques, avait  osé affirmer que «rien ne permet…de dire…que le scrutin a été faussé». Et cela malgré toutes les contestations et les preuves apportées sur les fraudes ayant entaché les Présidentielles. Depuis, la réalité de la situation s’est imposée et les analystes parlent maintenant d’un «apaisement de façade».

 

La Constitution de la IVème république, adoptée dans la triche (voir articles : «Laissez respirer les enfants !» et «Demain sera un autre jour…»), prévoit le statut d’un parti d’opposition (article 14, article 78b). Mais personne ne veut l’incarner malgré les noms d’oiseaux échangés pendant la campagne électorale et après. C’est normal, la notion de République n’a finalement jamais été assimilée dans la culture malgache et ce d’autant moins que celle qui en faisait la promotion, la France, l’a souvent manipulée dans le sens de ses intérêts. Ce sont les autorités coloniales qui ont introduit les premières fraudes lors des élections pour éliminer «démocratiquement» les nationalistes. Seules ces perversions du système ont été retenues !

 

Députés sommeillants 10352382 10203119723292903 570090151La nouvelle assemblée nationale aurait beaucoup de mal à redorer le blason de la République. La députée Jocelyne Rahelihanta a accusé nommément devant les médias son collègue Laisoa Jean Pierre  comme trafiquant de bois de rose notoire. On y trouve aussi des pédophiles déjà condamnés comme Jao Jean que Nadine Ramaroson avait justement dénoncé (voir la lettre de Nadine dans : «28 août : Nadine»). Les parlementaires ont exigé des passeports diplomatiques, pour eux et leurs familles. Les analystes soupçonnent quelques arrière-pensées de se livrer à diverses activités lucratives mais illégales impunément. Il n’y aurait aucune raison de réserver le trafic d’or ou de pierres précieuses aux membres de l’exécutif.

 

Début juin 2014, les députés ont déjà menacé le gouvernement d’une motion de censure, officiellement parce que ce dernier n’arrive pas à remettre de l’ordre dans la situation chaotique prévalant dans le Sud, où les morts se comptent par dizaines et les déplacés par milliers. Officieusement, cette motion, qui a recueilli 109 signatures sur 151, y compris parmi les élus ayant affiché leur soutien au président, serait retirée si l’exécutif renonce à les contraindre de déclarer leur patrimoine conformément à la loi. Finalement, le 3 juin, Roger Kolo est revenu dare-dare à l’Assemblée et un «compromis» a été trouvé avec l’exécutif. Le salaire de chaque député est porté à plus de 5 millions d’Ariary par mois, plus 5 autres millions d’indemnités diverses. Cela fait à peu près 166 fois le SMIC local. Mais les députés sont encore en négociation pour avoir des Toyota 4x4 V8 chacun et pour être exonérés d’impôts. Un Premier-ministre qui s’enferme à huit-clos avec des députés à la Chambre basse pour négocier des compensations financières en échange du retrait d’une motion de censure, cela s’appelle de la corruption active dans une vraie démocratie.

 

La tradition républicaine est tellement peu ancrée dans l’esprit de ces dirigeants que le nouveau président a pompé son discours d’investiture sur celui de Nicolas Sarkozy, et le premier-ministre, son PGE (Programme Général de l’Etat) sur le SNRD (Stratégie Nationale de Relance du Développement), un document du PNUD. Ce dernier a présenté son Programme en français, devant des députés médusés, dont certains ont avoué ne pas comprendre correctement cette langue. Des parlementaires n’ont parfois que le niveau du collège. Ce faux pas du Premier-ministre (un véritable «acte manqué») montre bien que les responsables étatiques Gasy se sentent plus redevables à leurs sponsors, les bailleurs de fonds internationaux (et euh…nationaux), que devant les 22 millions de Babakoto*. Le seul terme technique que tout le monde doit saisir, c’est «commission», que ce soit dans le sens de «commission parlementaire» où l’on se bouscule pour les indemnités, ou dans ses autres significations. On échange les liasses de billets jusque dans les toilettes de l’Assemblée.

 

Dans ces conditions, quelles idées républicaines auraient pu être intégrées? La France a été le meilleur procureur contre la République dans la Grande Ile en trahissant ses propres idéaux. Dans la crise de 2009, elle s’était empêtrée dans la défense de ses intérêts économiques et diplomatiques. L’attitude des Etats-Unis d’Amérique a été nettement plus cohérente que la sienne. La victoire du Front national (extrême-droite xénophobe), devenu première force politique depuis les élections européennes du 25 mai 2014 (25% des voix contre 20,80% pour l’UMP et 14% pour le PS) ne contribuera pas à rendre plus attractif le modèle hexagonal pour ses anciennes colonies d’Afrique. Elle est due à l’inconséquence et la corruption des élites politiques françaises. L’idée de démissionner a frôlé François Hollande à l’annonce des résultats, et des personnalités comme le centriste François Bayrou considère qu’il pourrait ne pas terminer son mandat.  

 

La même chose guette Hery Rajaonarimampianina. La caricature de république qui existe dans la Grande Ile est moins semi-parlementaire que semi-féodale. Il n’y a pas d’opposition, même si son statut est protégé par la loi, car les «politiciens» préfèrent deviser à la Cour qu’avec les gueux des bas-quartiers. Les seuls qui s’en réclament sont ceux qui n’ont pas été élus car le représentant de l’opposition bénéficiera automatiquement du titre de député et de vice-président de l’assemblée. Bref, tant que princes et rois pourront se servir, tout ira bien, il n’y aura pas de vagues pour le pouvoir. Jusqu’à ce que la plèbe se révolte dans la rue… Ainsi chemine la Ripouxblique de Madagasikara !…

 

 

Alain Rajaonarivony

 

Babakoto : «petits singes» (prononcez «babakoutou»). Depuis que le conseiller d’Andry Rajoelina, Patrick Leloup, a utilisé ce terme pour qualifier les Malagasy dans un enregistrement audio, tout le monde l’utilise désormais par auto-dérision.

 

Photo1 : Avant Mombassa et Singapour, c'est le Sri-Lanka qui avait intercepté des containers de Bois de rose en provenance de Madagascar en avril 2014. Douaniers sri-lankais inspectant un des containers...

Photo2 : Députés malagasy luttant contre le sommeil durant une session. Une des photos qui ont fait le tour du Net et provoqué la colère des intéressés...

 


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Published by Alain Rajaonarivony
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