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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 16:11

 

 

Hery Rajaonarimampianina s’est envolé pour Israël le 5 juin afin d’y effectuer une visite officielle de quelques jours où volets économiques et militaires sont au programme. Celui-ci a débuté dès le lendemain, 6 juin, par l’inauguration de la Chambre de commerce israélo-malgache à Tel-Aviv. Mais la visite des lieux saints est également prévue, y compris sans doute le Mur des lamentations, comme c’est l’habitude maintenant pour les dirigeants malagasy. Andry Rajoelina et Ny Hasina Andriamanjato (le Maire désigné d’Antananarivo) n’ont pas manqué cette étape lors de leur périple dans l’état hébreu, et c’était moins des escapades touristiques qu’un pèlerinage spirituel, voire une quête mystique. Ce n’est peut-être pas par hasard que ce voyage tombe à la Pentecôte. Le lieu et le moment étant propices, le président de la Grande Ile pourra peut-être y cogiter sur ce que subissent ses compatriotes, eux qui n’ont pas besoin d’aller jusqu’en Terre Sainte pour se lamenter et en appeler à Dieu de les sauver de l’arbitraire et de la force brutale.

 

Bulldozer Filatex Photo MM JpegCe matin du 19 mai, les habitants du quartier pauvre d’Ankadimbahoaka Andrefana, situé dans la capitale s’étaient calfeutrés chez eux, en entendant les militaires et l’huissier. Les grenades lacrymogènes finiront par les faire sortir. Femmes, enfants et vieillards étaient en nombre. Aussitôt, le bulldozer entrera en action pour raser leurs maisons, qui tenaient plus des favelas de Rio que des villas de Hollywood. Plusieurs de ces familles occupaient ces terrains depuis des dizaines d’années et n’avaient pas été prévenues de leur expulsion. L’action était si violente et si soudaine qu’ils n’ont pas eu le temps de ramasser leurs affaires. Est-ce vraiment l’émanation de «l’état de droit», qui était le leitmotiv, avec «la réconciliation», du nouveau président Hery Rajaonarimampianina durant sa campagne? En tout cas, le verset biblique, «On donne à celui qui a, mais à celui qui n’a pas, on lui enlèvera même ce qu’il croit avoir» (Luc 8 :18), a été appliquée de manière particulière mais à la lettre. Près d’une centaine de familles se sont retrouvées du jour au lendemain avec le statut peu enviable mais de plus en plus répandu à Antananarivo, de SDF.

 

Les terres occupées par ces citoyens malagasy ont été octroyés au groupe Filatex, dirigé par le richissime clan de l’homme d’affaires karana Abdoul Rassoul, dont ce n’est pas le premier litige foncier à Antananarivo. Entre autres, en juillet 2012, cette société avait déjà défrayée la chronique par un remblayage illicite à grande échelle dans la plaine d’Antananarivo. Le PDS (maire désigné) Edgar Razavifindravahy et le ministre chargé de l’Aménagement du territoire d’alors, Hajo Andrianainarivelo, s’étaient renvoyés la balle. En fait, en recoupant les deux versions, les observateurs sont arrivés logiquement à la conclusion que c’est le ministère qui a vendu le terrain et la Mairie donné l'autorisation de remblaiement. Des parcelles appartenant initialement à la Seimad (société étatique chargée normalement de la construction d’habitats sociaux) ont été souvent citées dans ces types de conflits.

 

Du Mapar d’Andry Rajoelina au Docteur Robinson en passant par l’ancien président Albert Zafy et les réseaux sociaux, ce fut une levée de bouclier générale. Le scandale fut tel, que personne n’a voulu endosser la moindre responsabilité dans cette nouvelle affaire. En panique, le conseil des ministres du 28 mai sortira une décision qui contredira celle du conseil de gouvernement du 27 mai. Ce dernier approuvait «la démolition de maisons d’habitations à Ankadimbahoaka construites sur la propriété dite «SITARA» Titre n°59.089-A acquise par la Société Filatex…». Mais la «communication» du conseil des ministres «relative à l’expulsion et à la démolition de maisons d’habitation à Ankadimbahoaka» en prend le contre-pied : «Pour la préservation du bien-être de la population, l'Etat a suspendu toutes procédures de démolitions et d'expulsions relatives à cette affaire, jusqu'à ce que les ambigüités entourant ce dossier soient éclaircies. Notons qu'il s'agit d'un différend entre des particuliers et qui n'implique en rien l'Administration». La dernière phrase est bien sûr juste destinée à protéger le pouvoir.

 

Olga et une mère de famille en pleurs DSCF1593

 

Les citoyens expropriés ont interpellé le gouvernement, et en particulier la nouvelle ministre de la Population, et rappelé que Nadine Ramaroson ou sa tante Olga, qui avait repris le poste après l’assassinat de cette dernière (voir article : «28 août : Nadine») les auraient défendus. Las ! Olga  Ramaroson a été débarquée malgré la promesse présidentielle qui lui aurait été faite de la garder à son poste pour son travail remarquable. Les pauvres n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Ce ministère étrenné par Nadine n’est plus que l’ombre de lui-même et accumule les accusations de népotisme et de mauvaise gestion de l’aide.

 

Hery Rajaonarimampianana a donc trébuché sur la dernière marche. Il avait pourtant accompli l’essentiel, bataillant pendant près de 3 mois contre Andry Rajoelina et son Mapar (voir article : «Madagascar : Des ordures de politiques») et avait réussi à imposer Kolo Roger comme premier-ministre le 18 avril. C’est ce dernier qui s’est désisté en sa faveur aux Présidentielles.

 

Avec ses 70 ans et son cursus bien rempli de médecin, Kolo faisait figure de vieux sage, le fameux «raiamandreny» qui traîne dans l’imaginaire des Malagasy. De plus, le message de réconciliation était très porteur et fédérait la plus grande partie de la population. La formation d’un vrai gouvernement qui symbolisait cette idée forte devait couronner l’édifice et mettre définitivement Hery Rajoanarimampianina à l’abri de mauvaises surprises…

 

(A suivre…)

 

Alain Rajaonarivony

 

Puisque le moment s’y prête, notons que l’Ancien Testament donne des indications précises concernant la possession de la terre et les avertissements sont nombreux. Tout accaparement et détournement sont prohibés pour les Israélites sous peine de malédiction, en particulier si les terres appartiennent aux plus faibles qui ne peuvent se défendre :

 

- «Ne déplace pas la borne ancienne, que tes pères ont posée…» Proverbes 22 :28

- «Tu ne reculeras point les bornes de ton prochain, posées par tes ancêtres, dans l'héritage que tu auras au pays dont l'Eternel, ton Dieu, te donne la possession» Deutéronome 19:14

- «Maudit soit celui qui déplace les bornes de son prochain!» Deutéronome 27:7
-
«Ne déplace pas la borne ancienne, Et n'entre pas dans le champ des orphelins» Proverbes 23 :10.

 

Les Malagasy sont aussi évidemment profondément croyants et certains croient même qu’ils ont des origines hébraïques….

 

Photo 1 : Le bulldozer en action le 19 mai 2014 pour détruire les maisons de citoyens malagasy. Les journalistes n’étaient pas les bienvenus, et les sites d'infos ont passé cette seule photo (publiée à l’origine, je crois, par Midi Madagasikara. Merci en tout cas à l’auteur !).

Photo 2 : Expulsion à Antohomadinika, après la démolition d'habitations, dans la banlieue d'Antananarivo en décembre 2011. La ministre de la Population, Olga Ramaroson, était alors au milieu des sinistrés en pleurs…

 

 


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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

Olombelo Empaka Jaly 08/06/2014 01:12


On se croirait de plus en plus enfoncé dans un vieux Western (avec les Gary Cooper et les hors-la-lois).


Est-ce cela la société que nous voulons avoir? Est ce celá dont rêve notre Hery-malemilemy et son Docteur "Cool" pour Madagascar demain? Acceptent-ils de subir les influences trop dominantes des
plus dangereux arrivistes et parvenus qui gravitent autour du pouvoir? Et sont-ils conscient que s'ils echouent, seulement leurs 2 noms seront retenu par le peuple et par l'histoire?


Ce serait bien dommage de repartir sur un mauvais pied et decevoir tout le monde encore une fois.

Alain Rajaonarivony 21/06/2014 14:23



Je crois qu'on est mal parti. Il faudrait du courage politique pour arrêter des hautes personnalités impliquées dans les trafics du Bois de rose ou les accaparements de terre. Il en faut aussi
pour effectuer un remaniement gouvernemental car il est déjà patent au bout de quelques mois que des ministres n'ont aucune compétence. l'un d'eux est même cité par la presse internationale comme
étant un corrompu (Quatargate).


Mais les dirigeants malagasy n'ont jusqu'à présent pas fait preuve, ni de courage, ni de lucidité, ni du sens de l'honneur, à l'exception de Zafy qui est parti la tête haute sans trahir la
démocratie...