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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 22:28

 

 

Mandridake-a-Paris.JPGLe professeur Elimberaza Mandridake («Limby» pour ses étudiants) est de retour au bercail. Le 18 septembre, vers 5 heures du matin, il débarquait à Paris, mettant fin à l’angoisse de ses proches. Mais 7 membres de sa famille ont été arrêtés au pays et sont toujours en détention pour délit d’opinion. Quand on est du mauvais côté de la kalachnikov, nul besoin de casser ou de voler pour se retrouver à l'ombre. Il suffit de vouloir «l’ouvrir»…

 

Les pétitions et les appels pour sa libération n’ont plus de raison d’être. Il s’est débrouillé tout seul pour s’en sortir. Certes, il a été arrêté chez lui, à Tuléar, vers minuit dans la nuit du 27 août, après une manif avortée sur la Place de la démocratie, par des hommes encagoulés. «Dans ma tête, je pensais qu’ils allaient m’emmener dans un camp militaire ou en prison. Mais je me suis retrouvé dans une maison où ils ont tenté de m’intimider pendant 2 jours».

 

«De toute manière, cela ne sert à rien ce que vous faites. Et si vous continuez, on va s’en prendre à votre famille». Le message était clair. Pour ce professeur d’université, spécialiste des radars chez EADS, le groupe européen d’aéronautique et de défense, la réalité du pays de ses ancêtres apparaissait dans toute sa dureté. Mais il avait quelques atouts. «L’Etat ne maîtrise plus les forces armées à Madagascar… J’étais au courant des ordres me concernant dès qu’ils étaient émis. Mais je suis mal à l’aise pour parler de tout cela car ce serait trahir». Il sera relâché au bout de deux jours. Après avoir vu ses partisans discrètement dans différentes villes, il réussira à s’échapper de la Grande Ile malgré un Notam transmis aux aéroports stipulant qu’il était interdit de sortie du territoire.

 

Pour quel crime cet universitaire était-il pourchassé ? Celui d’avoir tenu des conférences de presse à Antananarivo et à Tuléar où il dénonçait les conditions désastreuses du coup d’état sur la vie de la population. Il aurait été sollicité par le pouvoir mais aurait refusé de faire partie d’un «gouvernement Bois de rose». Très réservé, Limby est néanmoins connu par la haute sphère puisqu’il a été en contact aussi bien avec Didier Ratsiraka qu’avec Andry Rajoelina ou Marc Ravalomanana. A l’époque des médiations à l’Episcopat puis au Hintsy en février 2009 (voir article : «La rencontre : un peu de sagesse inspirée par la peur»), il avait rencontré le chef des négociateurs, l’évêque Odon Razanakolona et avait préconisé «la réconciliation avant la vérité» afin d’éviter le chaos. Mais son interlocuteur avait récusé cette idée en considérant que l’ancien président devait être puni pour ses actes. Drôle d’évangile et surtout drôle de médiateur! En fait, le coup d’état était déjà programmé et son dénouement sera accéléré par les atermoiements de Marc Ravalomanana.

 

Comme beaucoup de ses concitoyens, Limby Mandridake a dénoncé les abus et dérives de l’ancien président, exilé depuis en Afrique du Sud, mais sa conscience de républicain n’a jamais accepté la prise de pouvoir par la violence (voir article : «Tous pourris sauf…»).

 

Pendant que le professeur était en cavale, se tenait  à Antananarivo une énième conférence «nationale» de sortie de crise où les principaux opposants, les 3 mouvances des anciens chefs d’état élus, étaient absents. Du 13 au 18 septembre, les congressistes ont discuté des graves problèmes du pays. Initialement, il devait y avoir 12 représentants par district, mais ils sont passés brutalement de 2000 à plus de 4000, le surnombre étant des partisans du régime. On retiendra surtout les batailles pour les packs d’eau minérale, la «grève» de plusieurs centaines d’entre eux pendant une matinée pour toucher une indemnité de 100.000 Ariary (38 Euros) et leur incompréhension totale du statut de journaliste, ce qui entraînera une protestation de ces derniers. Sur la page Facebook du Collectif des journalistes, on pourra lire des commentaires sarcastiques comme : «Ils ont confondu la Charte de Munich avec la charte de Maputo». Sur d’autres forums, l’humour noir l’a aussi emporté : «Au moins, ce sont des Gasy comme nous qui crèvent de faim et qui se battent pour pouvoir manger». On est très loin de la nomenklatura qui s’étale avec les millions de dollars du Bois de rose.

 

Les résolutions votées sans surprise (et pour cause) vont exactement dans le sens prôné par le pouvoir.

- L’amnistie sera sélective et ne comprendra pas les évènements de 2008-2009. En clair, tout le monde échappe à la justice sauf Marc Ravalomanana, le but étant d’éliminer ce dernier.

- L’âge minimum requis pour pouvoir se présenter à une élection présidentielle est abaissé de 40 à 35 ans. C’est une revendication d’Andry Rajoelina depuis son coup de force. Il veut devenir un «vrai»  président, quitte à tricher comme ses prédécesseurs. Il s’y préparerait d’ailleurs. Son PC de campagne serait déjà prêt. Il a donné sa parole de ne pas se présenter. Mais comme on ne compte plus les engagements et les signatures reniés par le jeune chef de la transition, tout demeure donc de l’ordre du possible…

 

Cette fameuse conférence a aussi demandé la destitution des maires élus pour les remplacer par des PDS (président de délégation spéciale). Devant le tollé, Andry Rajoelina a proposé des élections anticipées pour les municipales. Ce serait pour le 20 décembre.

 

Ce blog semble avoir quelques lecteurs fidèles. A peine avais-je suggéré qu’Andry Rajoelina invite les anciens chefs d’état au pays pour faire la paix (voir article : «Issue de secours») que l’idée était reprise au point d’être maintenant une des principales revendications de la mouvance légaliste. Quelques heures après la mise en ligne de l’article, «Massacre du 7 février : auto-acquittement de la HAT» où je critiquais la ligne de défense de l’ancien président, un recentrage était effectué. Le communiqué de Marc Ravalomanana mettait enfin l’accent sur des tirs venant de l’extérieur, reprenant ainsi mon argumentation.

 

vignette-lemonstredespangalanes.jpgLe 17 septembre, France 3, dans son émission «Thalassa», diffusait un reportage sur «le monstre des Pangalanes». Un petit village, Ambalavontaka, se trouvant au bord de ce fleuve, était terrorisé par un énorme saurien depuis 8 ans. «Le crocodile du Nil, si c’est un mâle qui a atteint un certain poids et a goûté à la chair humaine,… éloigne ses congénères et se choisit un village isolé pour servir de garde-manger…Il ne tolère pas la présence d’un autre mâle…» explique Marc, le scientifique blanc. Il fait partie de l’équipe appelée à la rescousse par les habitants et qui comprend aussi un chasseur malgache, Arfa, d’origine karana, semble-t-il.

 

Après avoir étudié la situation et repéré le coin favori du reptile qui nageait tranquillement entre deux eaux, le scientifique propose un plan pour le capturer. Mais sa fiabilité n’est pas assurée totalement et ses failles n’échappent pas aux villageois. Si la bête déjoue le piège, il disparaîtra pour revenir au moment opportun. Le conseil du village opte donc à l’unanimité pour la solution radicale. Le chasseur tuera le monstre d’une seule balle entre les deux yeux, «là où se trouve le cerveau», en pleine nuit et sans lunette de visée…

 

Andry Rajoelina manque de sagesse mais ses conseillers encore plus, malgré parfois leur âge avancé. Marc Ravalomanana devrait donc être sage pour deux et éviter les coups tordus car il ne sera jamais aussi retors que Norbert et ses AVI. Maputo III fut la stupidité du siècle (voir article : «Exceptionnel bazar de Noël»). «Fahamarinana» et «Fahamasinana» seraient la bonne démarche… Dans les futurs accords, Andry Rajoelina doit être assuré d’être respecté, et dans sa personne et dans son éventuelle fonction…

 

Les dirigeants malgaches ont besoin d’un peu de plomb dans la tête. Il serait dommage pour eux que ce soit de manière irrémédiable. Si la souffrance devenait intenable pour la  population malgache et si les politiciens continuent de se comporter en prédateurs, grande serait la tentation de faire confiance à n’importe quel chasseur… Plus que jamais, l’esprit de conciliation, la pondération et la sagesse seront de mise dans les semaines à venir…

 

Photo 1 : le professeur Limby le 19 septembre. Il est venu en voiture à notre rendez-vous mais je lui ai demandé de poser devant un arrière-plan typiquement parisien pour rassurer ses étudiants et ses partisans, du moins ceux qui ne sont pas en prison.

 

Photo 2 : Les villageois d’Ambalavontaka en fête après la mort du crocodile. «Celui qui tuera le caïman sera honoré et revêtu de ses crocs». Quand les responsables du pays respecteront les gens honnêtes et compétents en leur accordant les places qui leur reviennent, ils se feront moins trahir et le pays décollera…

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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