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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 21:54


Ce n’est pas un épisode de la série «Kaamelott» où le roi Arthur a un mal de chien à garder un peu de solennité à la réunion de chefs aussi rustres que susceptibles. Non, cela se passe en vrai, en Lémurie, et plus précisément au Palais d’état d’Iavoloha. Le co-président Emmanuel Rakotovahiny est arrivé en retard, si tant est qu’il était au courant de l’heure exacte de la réunion, au Conseil des ministres présidé par Andry Rajoelina le 26 novembre. Un haut technocrate, spécialiste de la chose publique, commente, désabusé : «Dans tout pays civilisé, il y a un huissier qui annonce l’arrivée d’une personnalité lors d’un Conseil de ministres». «Il est arrivé sans prévenir… et nous reproche ensuite de n’être pas venu le saluer», se défend une ministre qui se trouvait aux premières loges. Le co-président a, en tout cas, poussé une «gueulante» sur le savoir-vivre en République et exigé des ministres le minimum de respect dû à son rang. Le Premier-ministre Eugène Mangalaza n’était pas là. Il n’avait pas voulu venir, l’autre co-président, Fetison Rakoto Andrianirina non plus. Ce dernier a expliqué ne pas vouloir répondre à une convocation «faite soudainement et unilatéralement par le Président de la Transition». Des ministres de l’ancienne équipe, qui auraient dû démissionner depuis longtemps,  se sont donc réunis sans le Premier-ministre de consensus nouvellement désigné.

 

La démarche préconisée par Mamy Andriamasomanana dans sa lettre ouverte (voir article précédent) pour débloquer la situation a retenu l’attention d’Andry Rajoelina qui devait en discuter avec Albert Zafy le 27 novembre. Au dernier moment, le président de la Transition s’est envolé pour Morondava.  La formation du nouveau gouvernement ne semble pas être la priorité absolue. La population continuera en attendant de souffrir. La levée de la quarantaine internationale est conditionnée à la mise en place effective de toutes les institutions prévues par les accords. Les sociétés exportatrices ferment les unes après les autres. La dernière à faire la Une est Prime View, une entreprise textile dont les clients se trouvent aux Etats-Unis. Ses 1500 employés sont au chômage technique depuis le 25 novembre, avant sans doute d’être licenciés définitivement. Mais comme la moitié des 150 usines du secteur travaillent pour le marché américain, ce n’est peut-être que les prémices d’une catastrophe annoncée. Dans le cadre de «l’African Growth and Opportunity Act» (AGOA), le dossier de la Grande Ile sera étudié par le gouvernement Obama à partir du 4 décembre. La non-reconduction de l’accès préférentiel mettra sur le carreau plusieurs dizaines de milliers de personnes. Les conséquences atteindront l’île voisine de Maurice dont les hommes d’affaires ont beaucoup investi dans les zones franches malgaches.

 

 Les anciens médiateurs sont très contents de prendre le large. Le cas malgache les a épuisés et ils désirent tourner la page. Ghassim Wane, chef de la nouvelle délégation de l’Union Africaine sur place, a réaffirmé que les Malgaches devaient trouver eux-mêmes la solution. Les insulaires veulent apparaître comme des politiciens respectables en faisant mine de se conformer aux accords mais en en violant l’esprit. Certains cherchent à contourner leurs signatures et les textes, dans la lignée de «l’extra-constitutionnel». Une telle mentalité à un tel niveau de concertation (patronnée par les Nations Unies) est assez inédite ! Les Malgaches ont beaucoup appris au monde !

 

Malgré les réticences de la communauté internationale, les autochtones tiennent absolument à leur petite balade à l’extérieur afin, disent-ils, de finir de monter le gouvernement (voir article : «les mouvances ne «mouvent» plus»). Comme l’idée émane du co-président Fetison Rakoto Andrianirina, à n’en pas douter, Marc Ravalomanana est derrière.  Sur 31 postes, une dizaine resterait à pourvoir. Les exigences d’une mouvance induisant des interactions avec celles des autres, les stratégies et les revendications s’adaptent et changent en permanence. Chacune a en ligne de mire les élections. Comme me l’a si bien expliqué un ministre rescapé pour l’instant de la HAT (Haute autorité de transition), en l’absence d’un nouveau gouvernement, la Communication est très importante dans ce cadre. Ce qui semble assez évident. Mais l’Agriculture l’est aussi, car «qui dit agriculture, dit 4x4 et une multitude de motos». Ces véhicules ne serviront donc pas uniquement à contrôler des pâturages. Cette bataille pour les ministères vise à s’accaparer des moyens de l’Etat pour les futures joutes électorales.

 

Comme Paris n’a pas été retenu, les Français étant eux-mêmes réticents, les têtes de file ont proposé Maputo. Les dates du 3 et 4 décembre avaient même été avancées pour la rencontre. Mais Andry Rajoelina, qui en avait accepté le principe au début, a déclaré à Morondava que les divergences devaient être réglées sur place. Ce 30 novembre, il a proposé que les entrevues se fassent en visioconférence. Et Joaquim Chissano devrait débarquer à Antananarivo cette semaine.

 

Les bailleurs de fonds sont très circonspects. Ce qu’ils voient actuellement les rend encore plus méfiants. L’embargo économique est toujours d’actualité. Maria Perez, chargée d’affaires de l’UE (Union Européenne) à Madagascar ne peut que déplorer la situation : «Les sanctions risquent de tomber» étant donné la «lenteur» dans la mise en place du nouveau gouvernement. Dans leur volonté de marquer des points, Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana sont les premiers responsables du blocage. Mais seul le peuple en subit les conséquences au quotidien de plus en plus durement.

 

 

Alain Rajaonarivony




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Published by Alain Rajaonarivony
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impact 01/12/2009 00:21



La mise en place des accords de Maputo et d’Addis Abbeba est un echec total. Naif celui qui croit encore que les Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana et autre Didier Ratsiraka ont un interet a la
formation d’un gouvernement de consensus et Joachim Chissano en ait conscient. Non, ne soyez pas stupide a ce point si vous y croyez encore, oubliez. Ces Messieurs sont deja dans un processus de
reflexion sur comment s’organiser et quelle strategie appliquer pour gagner la prochaine election presidentielle ? Les precipitations de Andry Rajoelina a entrer quasiment en campagne au
retour d’Addis Abbeba en allant a Brickaville et Nosy-Be sont la pour le rappeler. Il y a panique a bord.


Par consequence essayer de former un gouvernement de concensus au meme titre que la nomination du president de transition et les co-presidents clairement n’est pas la SOLUTION pour sortir
Madagascar de la crise actuelle. Et je regrette de le dire, les cervaux et eminences grises qui ont cru a cette option se sont lourdement trompes.


La solution pour sortir de la crise actuelle c’est l’organisation rapide d’une election presidentielle democartique. Cette election pourrait etre organisee et supervisee directement par l’ONU
reconnaissant l’echec des autres organisations internationales ayant tentees de denouer la crise. Ce processus passe l’annulation de l’autorite de facade actuelle, transfert des competences et
gestions des affaires courantes aux gestionaires nomes par l’ONU, qui rapidement devrait mobiliser les ressources et organise le pays pour un election presidentielle. C’est le seul salut du
peuple Malgache..Malheureusement.