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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 01:29

 

 

La fin de l’année a été palpitante pour les Malgaches car Andry Rajoelina n’a cessé de louvoyer pour la mise en place de la feuille de route, concoctée sous l’égide de la SADC. Afin d’obtenir enfin la reconnaissance internationale, valant absolution et respectabilité, il s'y conforme avec mauvaise grâce, tout en usant de toutes les ficelles pour empêcher le retour du dernier président élu. Le 15 décembre, un Notam (Notice to Airmen) a été ainsi émis pour interdire aux commandants de bord d'embarquer Marc Ravalomanana au cas où ce dernier aurait la nostalgie du pays. Mais aucune autorité, du Premier ministre aux responsables de l’Aviation civile, n’était au courant d’une telle directive. Difficile de faire plus perfide! Cinq jours plus tard, l’interdiction a été annulée tout aussi discrètement.

 

Après la mise en place du gouvernement Beriziky, la France a embrayé aussitôt la promotion du désormais ex-putschiste, en l’invitant à une rencontre avec Nicolas Sarkozy à Paris le 7 décembre. Las, Andry Rajoelina n’arrive pas à se défaire du cliché de DJ inconscient et inculte. Son entourage fait grand cas de sa maîtrise du français, en le comparant avantageusement à l’ancien président, pour démontrer ainsi qu’il est francophile. Le borgne étant roi au pays des aveugles, notons simplement pour ne pas être désagréable que le français de Andry est correct, sans plus. On est loin de Léopold Sédar Senghor…

 

satrokaranavalonaLa stratégie de la France a consisté dès 1896, début officiel de la colonisation, à détruire les racines et les élites des Malgaches. Comme dirait Christian Chadefaux, journaliste zanatany expulsé de manière irréfléchie par Ravalomanana (ce qui n’a pas arrangé sa réputation de francophobe), le Maroc était aussi un protectorat. Quand la France en est partie, elle a ramené le roi Mohammed V de son exil d’Antsirabe et l’a remis sur son trône, permettant ainsi au royaume chérifien de retrouver ses racines et sa culture de gouvernance. Rien de tel avec Madagascar où la France a tenté d’imposer une caricature de République, mais sans en respecter les règles. Elle a d’abord monté les côtiers contre la royauté, qualifiée de gouvernement hova, puis a créé de toutes pièces le Padesm, pseudo parti des déshérités, pour contrer les mouvements nationalistes.

 

Mais les familles et traditions princières qui ont été ostracisées durant la colonisation et les 50 ans d’indépendance reviennent petit à petit sur le devant de la scène, avec une solidarité et une cohésion des dynasties des quatre coins de l’Ile. Leurs manifestations sont de plus en plus médiatisées et le gouvernement n’y peut rien. Le 29 décembre, des familles princières représentant l’ensemble des noblesses du pays, ont procédé à un rite de purification pour toutes les profanations, dans l’enceinte même du Rova. Plus d’un siècle après, cette renaissance marque finalement l’échec des Français dans la tentative d’effacer de la mémoire collective la royauté et de reconstruire l’histoire de Madagascar à la gloire des colonisateurs.

 

Malgré une république de façade, la royauté était omniprésente dans l’Inconscient des dirigeants (et de leurs conseillers français) depuis la Première République. On n’échappe pas à ses racines. Pendant la révolution socialiste, Didier Ratsiraka prenait la pose de Radama 1er sur sa photo officielle, et le Palais de Iavoloha, qu’il s’est fait construire par les Nord-Coréens l’a été sur le modèle du Palais de la Reine. Le village où a été édifié ce complexe présidentiel s’appelait à l’origine Mavoloha («Tête jaune») et a été rebaptisé Iavoloha («Tête haute»).

 

 Sous Albert Zafy, le Palais de la Reine brûle. Le 6 novembre 1995, d’énormes flammes s’échappent du «Rovan’i Manjakamiadana» sous les yeux consternés des Tananariviens. Bloqués par les véhicules des curieux qui encombraient les rues de la vieille ville, les pompiers ne pourront rien faire. Incendie criminel dont on ne retrouvera jamais les auteurs ni les commanditaires, la rumeur populaire parlera de mercenaires vazaha... Aux élections présidentielles suivantes, en 1996, les Malgaches avec un taux d’abstention record boycottent Albert Zafy qui perd face à Didier Ratsiraka.

 

Marc Ravalomanana, arrivé au pouvoir en 2002, annonce très vite son intention de reconstruire ce patrimoine national. La première phase des travaux débuteront effectivement en  2006 dans une certaine opacité puisque les plans n’étaient pas accessibles pour des raisons de sécurité. Pour une simple réhabilitation de musée, c’était un peu bizarre, ce qui a fait poser question sur les véritables intentions du président. En 2008, des cendres royales ont été transférées en catimini, une de ces profanations dénoncées par les Andriana. En décembre 2008, les phases 1 et 2 des travaux étaient achevées.

 

midina.jpgLe chantier sera stoppé net par Andry Rajoelina dès la réussite de son coup d’état, le 17 mars 2009 pour ne pas permettre à son rival de se prévaloir de quelque chose. Ce qui ne l’a pas empêché le 11 décembre 2010 de prendre la tête d’un véritable carnaval avec son épouse, déguisés en souverains. Ils descendront du Palais situé sur les hauteurs, jusqu’au nouvel hôtel de ville reconstruit, entouré de «gardes royaux» (des soldats travestis pour la circonstance). Rebelote un an après, où après s’être congratulé avec Sarkozy, il a tenu à faire tirer un feu d’artifice à partir du Rova pour fêter le premier anniversaire d’une IV république que personne ne reconnaît à part les putschistes eux-mêmes. Or, la couronne de Ranavalona Ière venait d’être volé au palais d’Andafiavaratra (le palais du Premier ministre devenu un musée) dans la nuit du 3 au 4 décembre. C’en est trop pour les Andriana qui crient au mépris et à la profanation. Le pays devrait être en deuil après ce vol, argumentent-ils. Malgré les mises en garde, Andry Rajoelina procèdera à ses festivités incomprises par la majeure partie de la population qui se débat dans une crise économique profonde.

 

Le 11 décembre 2011, Andry Rajaoelina faisait donc sa fiesta au milieu de la désapprobation et de la misère générales, tout en promettant de reprendre les travaux de réhabilitation du Rova qu’il a lui-même arrêté. Le 11 décembre 1885, un décret rattachait Madagascar au ministère des colonies. Ce que Andry fêtait ce jour là n’est peut-être pas ce qu’on croyait….

 

Concernant le vol de la couronne, je vous conseille de lire un article du blog de Jentilisa, en malgache, où il explique le symbolisme de ce vol dans l’ésotérisme et la culture malgaches. Ce qui est certain, c’est qu’il ne faut pas chercher un gang international mais des personnes qui sont en rapport avec le pouvoir et les symboliques de la royauté.

 

Avec un tel arrière-plan, la République partait déjà avec un handicap. N’importe quel petit détenteur de pouvoir se comporte comme un potentat. Les Français, qui sont régicides et ont envoyé Louis XVI à l’échafaud avec leur reine, auraient bien voulu imposer leur vision du pouvoir, le fameux triptyque «Liberté – Egalité – Fraternité». En même temps, le gouvernement colonial était le premier à violer ces principes à Madagascar. Et l’âme impérialiste reste d’actualité dans les rapports entre la France et  la Grande Ile.

 

Toutes les élections ont été truquées depuis l’Indépendance en 1960, et l’étaient déjà sous la colonisation. Pendant la Première république, ce sont les coopérants français qui se chargeaient de «briefer» les dirigeants sur la façon d’éliminer les opposants et de falsifier les résultats. Ceux qui sont arrivés après ont bien appris la leçon.

 

Les francophiles africains se sont souvent trouvés dans une situation schizophrénique. D’un côté, la diplomatie officielle française se conforme en apparence aux grands principes démocratiques, parlant de Droits de l’homme et de non-ingérence. De l’autre, elle appuie discrètement tout ce qui va dans le sens de ses intérêts. Suivant les époques, elle n’a pas hésité à assassiner, déstabiliser, voire intervenir militairement. Le grand public est désormais au courant de ces manœuvres secrètes, des documentaires télévisés sur la Francafrique en ayant fait le récit détaillé, notamment celui de Patrick Benquet, diffusé en décembre 2010 (voir aussi article : «Madagascar, la Francafrique à l’œuvre»).

 

Photo blog Augustin

 

Olga-et-une-mere-de-famille-en-pleurs-DSCF1593.jpg

Ceux qui ont voulu obliger Ravalomanana à respecter la Constitution sans pour autant perpétrer un coup d’état (ce serait paradoxal) en 2009 ont été doublés par les équipiers de la Francafrique. Les dénégations de Châtaigner, l’ambassadeur de France, concernant une antipathie de l’Hexagone envers l’ancien président, arrivent un peu tard. Le mal est fait. La francophobie est en train de s’exacerber au sein d’une population humiliée et réduite à la misère par des dirigeants pourris qui n’arrêtent pas de se réclamer du soutien de l’ancienne puissance coloniale… Que ce soutien soit réel ou non n’est désormais plus la question. Les Malgaches étant des affectifs assez rancuniers, il faudra beaucoup de finesse à la diplomatie française pour dissocier son image de celle d’une HAT qui est sûrement le gouvernement le plus honni de l’histoire.  

 

La position des Etats-Unis a été beaucoup plus claire pendant cette crise. Ils ont mis en garde Marc Ravalomanana et condamné ses dérives, en particulier fin 2008 quand la situation commençait vraiment à se tendre. En même temps, dès le coup d’état perpétré, ils ont immédiatement levé toute ambiguïté dans leur perception de la situation. Andry Rajoelina s’est emparé du pouvoir de manière violente et illégale, avec l’aide d’une partie de l’armée mutinée. La France, quant à elle, a continué à maintenir tranquillement sa coopération militaire durant toute cette période… 

 

* Le roi Julien XIII est le maki qui règne dans le dessin animé «Madagascar», un roi auto-proclamé plus ou moins débonnaire qui aime la fiesta et dont les sujets n’ont pas à se plaindre car ils n’ont pas le choix.

 

Photo 1 : La couronne volée que tout le monde veut se mettre sur la tête

Photo 2 : Le rival de King Julien et Mialy en longue robe rouge, la couleur royale. Mais elle n'a pas la couronne (pas encore)...

Photo 3 : Enfin une militante orange sexy made in France. Sacré Augustin ! C’est bien plus sympa que les bonnes femmes des bas-quartiers qui pleurent parce que les forces de l’ordre ont détruit leurs baraquements pour le profit d’un gros bonnet.

Photo 4 : Olga Ramaroson, nouvelle ministre de la Population et des affaires sociales, et tante de Nadine Ramaroson, assassinée dans ses fonctions, en train de consoler une mère dont la maison vient d’être rasée. C’était le 7 décembre, pendant qu’Andry Rajoelina était à l’Elysée.

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

Olombelona 15/01/2012 21:38


Bonsoir Alain,


- Ok, un droit de reponse un peut á la quicky-


me qualifier de révisionniste et de pro-colonialiste, me dit que tu n'as pas vraiment apprécié mes questions sur notre histoire. Je sais des choses, mais je ne sais pas tout. Un certitude
cependant : pour devenir révisionniste, il faut d'abord établir l'histoire officielle et complète de Madagascar (pas que les environs 150 années de la dernière dynastie Merina et de l’après
Gallieni, en oubliant toutes les autres royaumes de l’île). Je n'ai pas peur des questions gênantes. Les quelques anecdotes que tu cites ne répondent pas a ceux là. Puis ce que je souhaite
eviter, ce sont les embellissements et les retouches subjectives de notre histoire, que nous faisons trop souvent. On veut nous vendre, que nous sommes super et que si nous sommes tombés si bas,
c'est à cause de l’étranger. La victimisation ou le sentiment permanent d’être toujours les victimes, c'est mauvais pour notre évolution. Le temps fumeux du Rastafarisme, des victimes de
Babylone, c'est fini et j'en suis heureux. Nous sommes à l'air Mandela/Obama : « just do it, dont talk about it » ; il n'est pas question d’idéologie, il est question de
forcer la vision de société qu'on veut construire pour notre avenir et avant tout, pour celles de nos enfants. Si nous étions des imbéciles et des utopistes, que nos enfants le sache pour qu'ils
ne répètent les même erreurs que nous. C'est pour cela qu'on devrait raconter notre histoire vraie à tous le monde. C'est la seule manière de sortir de cycle infernale dans laquelle nous
gravitons depuis un-demi-siècle. On se réconcilie avec ses ennemis pour pouvoir construire son monde en paix, un monde meilleur.


 


Je provoque souvent et insiste sur le fait que nous même devrions êtres nos premiers critiques. Cette habitude de cacher et barrer les accès a notre histoire, c'est aussi la source première de
régression. On a brûlé nos archives ; jusqu’à nos jours, on nous empêche d’accéder aux documents, qui nous permettent de nous réconcilier avec notre histoire. C'est cela Madagascar... Et les
Français n'y sont pour rien, même si nous ne les aimons pas.


Tes anecdotes sur les cendres de Ranavalona III, n'effaceront en rien, sa vraie histoire, que je pense connaître aussi bien. Sa vérité aussi, il faudra la raconter á tous les malgaches. Lorsque
j'ai vu Ratsiraka fêter sa descente à Ivato, je me suis demandé, qui serait amnésique ? Pourquoi on ne raconte pas toute son histoire toute, sans émotion et juste pour informer le
peuple ? Le peuple est capable de juger de lui-même ce que ces personnes ont fait.


Voilà un peu de ce que je pense. Je pourrai en dire bien plus, mais il faudrait pour cela, du temps, un bon repas et une bonne bouteille de vin. Je ne veux offenser personne, je veux juste savoir
ce que je devrais savoir en tant que malgache. Les racourcis de l'histoire, je m'en mefi un peu... surtout à Madagascar


Bonsoir




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Itsarahafatra 14/01/2012 12:11


Miarahaba anao AR tafaverina soa aman-tsara eto indray. Mahaliana tokoa ny zavatra soratanao. Ary ianao irery ihany aloha hatreto amin'ny mpanao gazety malagasy no hitako fa mahalaza zavatra
faobe tahaka izao amin'ny lahatsoratra fohy nefa mafonja, tsy misy fankahalana ary "mitaiza" ny mpamaky. Mankasitraka tompokolahy. Itsarahafatra

Alain Rajaonarivony 14/01/2012 12:50



Misaotra, tompoko !
Ary mirary fahombiazana ho anao sy ny ankohonanao amin’ity taona vaovao ity !
Tahin’Andriamanitra, tompoko!


 



Olombelona 13/01/2012 16:43


Bonne Année Alain,


voici une description fort amusante et appétissante des derniers 1,5 siècle de notre histoire. Ces dizaines de sujets que vous survolez, mériteraient quand-même des discussions, voir des débats
de société. Je trouve dommage que cela n'a pas lieu. La plus part des discussions passionnelles, se limitent aux querelles politiques. Des avis souvent trop diamétralement opposés et trop
catégoriques, pour permettre des échanges constructives.


Mais je vais quand-même poser mes question ?


La Couronne


Cette couronne ainsi que les palais de la Region d'Antananarivo :


ne trouvez vous pas qu'il y a une grosse confusion voir même incompréhension ?


Pour Madagascar, il s'agit du patrimoine historique nationale.


Pour les Hova, on veut en faire des objets et lieux mystiques, symboles de pouvoir familiales et ethnique.


Les Sectes et mouvements (para-)religieux de l'Air Ravalomananien ont re-alimenté les croyances parallèles occultes. J'ai écouté, a plusieurs reprises, les « Blablabla » des
guides-touristique du Rova et autres palais. C'est incroyable comme ils ont revu, réinventé et mystifié l'histoire. Je me demande même, d’où ont ils obtenu leurs diplôme de guides touristique.


 


La France


Pouquoi camoufler notre propre incapacité á gerer notre évolution, par l'accusation permanente de l'ex-colonisateur ?


Ce sont nous qui avions invité la France à venir nous coloniser.


Ce sont les tananrivéens qui ont demandé á la France de leur épargner de la dernière Dynastie Merina. Les français ne voulaient que faire des affaires et assurer la route des Indes. Les
tananrivéens ont insistés devant Laborde puis Gallieni pour leur débarrasser de cette famille, qui ensuite a été entièrement expatrié ou tué.


De nos jours aussi, pour revenir de ces deals mafieux avec les Chinois, ils ont rappelé les Français, sans se demander ce que la France veut.


Regard sur Nous


Nous avons suffisamment de gens super diplômés de divers disciplines; des personnes intelligents venant de notre pays et même vivant dans notre pays.


Pourquoi sommes nous incapables d'utiliser toutes ces capacités pour vraiment trouver nos intérêts communs et les defendre ?


Pourquoi ne débattons nous pas sur des themes nous permettant de converger pour sortir de l'impasse?


Pourquoi devient-il plus pressant de se remplir ses poches que de servir son pays lorsqu’on accède au pouvoir ?


J'espere qu'on comprend mes questions.


Salut et Bonne Annès 2012 à tous




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Alain Rajaonarivony 13/01/2012 23:48



Bonsoir,

Si je pense comprendre le sens de vos questions, votre plaidoyer pro-colonialiste fleure bon la thèse révisionniste concernant l’histoire de Madagascar. Personne n’a demandé à la France de venir
et surtout pas les Tananariviens, même si quelques «has been» à la cour voulaient profiter de l’occasion pour avoir des postes de gouverneurs promis par Galliéni ou ses adjoints. Mais en final,
ils se sont faits avoir par les Français, qui ont dû faire fusiller publiquement des princes patriotes pour arrêter la révolte des Tananariviens qui couvait.

Lors du retour des cendres de Ranavalona III, le 10 octobre 1938, il y avait une foule immense pour rendre un dernier hommage à la Reine. Cette ferveur avait surpris les Français. Au passage, je
vous signale que la Reine a été faite prisonnière puis exilée par le pouvoir colonial, de peur que sa présence sur le sol national ne ravive la flamme des Malgaches dans le combat contre
l’occupant.

Je vous rappelle simplement quelques faits. Dans les années 1880, le taux de développement de Madagascar était proche de celui du Japon, et le taux de scolarité sur les Hautes-terres identique à
celui de l’Europe. Sous prétexte qu’il était inadmissible que les temples et les églises servent d’école pendant la semaine dans une république laïque, les Français ont fait reculer le taux
d’alphabétisation.

Il y avait déjà une école de médecine en 1870. Et une école spécialisée dans la chirurgie et l’obstétrique était inaugurée en 1875. Ce sont les Anglais et les Norvégiens qui ont aidé à leurs
mises en place. Les professeurs (des princes pour la plupart) ont été formés en Angleterre et des hôpitaux publics assuraient le suivi sanitaire de la population. Dès que les Français sont
arrivés, ils ont dégradé la qualité des enseignements pour que les Malgaches ne puissent pas rivaliser avec les Français. Les Malgaches ne pouvaient plus dépasser Bac+5, seuls ceux que les
Français ont choisi pouvaient aller jusqu’à Bac+7 (en France), et avoir le titre plein de «docteur». Cette double filière médicale n’a été abolie qu’après le mouvement de 1972. C’était une des
revendications des étudiants.

Vous me direz qu’en 1960, année de l’Indépendance, le pays était au même niveau que la Corée du Sud. C’est vrai ! Mais cela ne justifie en aucune façon la stratégie  des Français pour
vassaliser Madagascar. Croyez-vous que les Malgaches n’auraient pas pu trouver une solution entre eux si les Français (et les franco-karana) n’avaient pas systématiquement déséquilibré le rapport
de forces en faveur des putschistes depuis 3 ans ? La France fait tout pour évincer les Chinois, non seulement de Madagascar, mais aussi de toute l’Afrique. C’est de bonne guerre sauf que pour y
arriver, elle a contribué à réduire le peuple malgache à la misère au lieu de le prendre comme allié.

La haine contre la France que cette politique a produite est perceptible maintenant de l’élite aux couches les plus défavorisées. Mais les conséquences se verront à retardement. Ceci étant, la
France peut agir ainsi car la classe politique malgache est composée en majorité de vendus et de corrompus qui n’hésitent pas à éliminer leurs concitoyens patriotes. Ce sont ces Malgaches pourris
qui font le lit des corrupteurs… Et là, il faudra sans doute parler de la dégradation des valeurs morales du Malgache. Cela risque de nous emmener loin, de l’histoire à la psychologie et la
sociologie…

Merci pour vos vœux et recevez les miens en retour.
Et que cette nouvelle année soit aussi profitable pour notre pauvre pays !