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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 18:18


Andry Rajoelina a retenté le coup des Assises nationales. La première fois, ce fut au mois d’avril 2009, juste après sa prise de pouvoir (voir article : «Robin des Bois») et ce fut un fiasco total. L’inclusivité unilatérale sont deux termes incompatibles mais les têtes pensantes de la HAT (Haute autorité de transition) semblent avoir du mal à le comprendre.

Centre-de-conferences-Ivato-IMG_5721.jpgLes autorités de fait ont encore dépensé des millions d’Ariary pour monter un Atelier destiné à redorer leur blason le 4 et 5 mars 2010 au centre de conférences internationales d’Ivato, joujou légué par Marc Ravalomanana qui a servi à tout sauf à des conférences internationales. Ce colloque n’avait même pas l’envergure d’un dialogue «inter-partis» puisqu’il a été boudé par les principaux opposants. Les premières assises furent une grande messe pro-HAT. Cela aurait pu être encore le cas cette fois-ci. Mais en l’absence des courants des 3 anciens chefs d’état (Didier Ratsiraka, Albert Zafy et Marc Ravalomanana), la fronde fut interne. Des 912 inscrits le premier jour, ils ne furent plus que 515 à voter le second, les autres ayant montré leur mauvaise humeur en claquant la porte. 203 ont choisi le referendum constitutionnel et 308 approuvé le projet de constituante présenté par le pouvoir. Cela fait donc moins de 34% des inscrits. Et pourtant, les vrais adversaires n’étaient pas présents.

Qu’en restera-t-il sinon une humiliation de plus pour la HAT ? Car elle sera non seulement récusée par la communauté internationale mais aussi par la majorité des politiciens de la place. Même Roindefo Monja, l’ancien Premier-ministre à qui Andry Rajoelina doit beaucoup, a déclaré que «ce ne sont pas 500 personnes qui vont décider de l’avenir du pays déjà sombre». Cet entêtement a empêché les responsables de discerner que la démarche du GIC (Groupe international de contact), qui avait convoqué une réunion des 4 chefs de file du 8 au 10 mars, était en fait une dernière perche tendue. Cette session d’urgence était destinée à éviter les sanctions à Madagascar.

Andry Rajoelina a refusé de s’y rendre alors que sa présence était considérée comme impérative pour la réussite du sommet. Il avait décidé d’y envoyer une délégation composée, entre autres, du Premier ministre Camille Vital et d’Hyppolite Ramaroson le nouveau ministre des Affaires étrangères. Le GIC a tout simplement supprimé la rencontre et rendu inutile ce déplacement mais la HAT veut à tout prix présenter ses conclusions.

La RNM (radio nationale), le 7 mars, a prétendu que cette annulation était due à l’état de santé d’un des anciens chefs d’état, ce qui a obligé Didier Ratsiraka à transmettre qu’il allait bien. Il ne reste plus qu’à attendre stoïquement les sanctions individuelles qui tomberont le 17 mars.

50 ans d’indépendance ont été lamentablement gaspillés par des politiciens dont la sale mentalité semble faire école. En 50 ans, la Corée du Sud dont le niveau de développement n’était pas très éloigné de celui de la Grande Ile, a vu sa production multipliée par 50 et son PIB par 40. La fierté nationale avait poussé les grands patrons à se solidariser contre les firmes étrangères et les ouvriers à accepter des sacrifices pour faire tourner leurs entreprises et se donner une chance pour l’avenir. C’était la période du «capitalisme d’état».

A Madagascar, la démarche serait plutôt inverse. Beaucoup de sociétés locales ont subi une concurrence déloyale désastreuse et jusqu’à présent, des nouvelles entités comme Madamobil-Life dans la téléphonie ou le brasseur NBM (la bière Skol), prêtes à créer des centaines d’emplois, sont victimes de tracasseries administratives. Des collusions d’intérêts politico-économiques et des considérations politiques détruisent tout dynamisme et toute créativité. La mentalité des Malgaches ressemble plus à celle des Haïtiens que des Coréens. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le complexe du colonisé amène à rejeter les siens. Vazaha, Karana ou Chinois peuvent faire fortune mais un Malgache expatrié est traité de «faux Malgache» par certains zélateurs du pouvoir de fait. Inutile donc d’attendre une évolution, des idées nouvelles transmises par des enfants de la Grande Ile ayant eu l’occasion de se confronter au monde extérieur.

C’est la pauvreté morale qui entraîne la misère économique à Madagascar et non l’inverse. C’est à ce point vrai que le pasteur Rajakoba, ecclésiastique et politicien farouchement opposé à Marc Ravalomanana, a fini par reconnaître que «tous les politiciens actuels ne pensent qu'à l'argent, au pouvoir et sont tous des pourris». Diagnostic tardif mais pas forcément faux.

Andry Rajoelina est entraîné à sa perte par un environnement hyper-malsain qui règne depuis 50 ans. Lui qui est sensé incarner la jeunesse et le changement applique des recettes datant des indépendances pour essayer de se faire reconnaître. Inutile de préciser quelle génération de politiciens lui sert d’inspiratrice. La gérontocratie n’est pas le reflet idéal de l’audace et de la nouveauté. Les méthodes utilisées pour tenter de donner le change datent de la Guerre froide. Depuis, même l’Afrique a évolué. Si le président de la HAT ne se ressaisit pas, c’en sera bientôt fini pour lui !

Pour revenir à notre époque, on peut saluer Sobika.com qui a lancé le fil Info en malagasy et un autre pour les infos internationales. Certains Malgaches y croient encore et veulent continuer à mettre leur pays au diapason du monde…

Photo : le centre de conférences internationales (Sobika)

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

Blackfoot 09/03/2010 21:53


Bravo pour la phrase si juste pour Mada,c'est la pauvreté morale qui engendre la
misère économique,et non l'inverse.Même l'Afrique est en moins mauvaise posture.
L'insularité est un facteur aggravant. Prendre exemple sur l'Angleterre.Les
Malgaches s'enferment ds des cycles infernaux.La France n'est plus responsable
de cet enlisement fatal.
Instruction,culture,la vraie,celle qui est reconnue,qui a fait ses preuves,voilà les indispensables viatiques pour renouer avec le progrès.


S 09/03/2010 12:53


Echec et mat! Il ne reste plus qu'a faire un miracle... et si seulement on en etait capable?
Avec tout l'energie et la bonne volonte d'un politicien il prendra plusieurs annee avant d'arriver a un certain niveau de corruption optimal. Dans la politique on cultivent l'individualisme, un
projet de societe peut donc voir le jour dans ces condition.
Il faut apprendre a dire NON...