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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 19:09

 

 

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Alors que le 15ème Sommet de l’Union africaine s’ouvrait à Kampala, Joaquim Chissano débarquait à Antananarivo. Loin de l’Afrique qui décolle économiquement et diplomatiquement, il a écouté les différents protagonistes d’une crise qui s’éternise. Comme d’habitude, diraient les plus blasés! Il y eut quand même une nouveauté : la présence de la coalition de la société civile, capable si elle s’en donne les moyens, de jouer le rôle d’interface entre les belligérants. Elle pourrait, avec l’aide de la communauté internationale, amener les politiciens à accepter enfin des élections crédibles qui mettraient fin à une Transition, de plus en plus honteuse pour le pays. Chissano est reparti le 27 juillet, «avec une image claire de la situation» et en espérant avoir trouvé une alliée pour une solution malgacho-malgache en synergie avec la médiation internationale (voir interview dans Sobika.com).

 

La Grande Ile s’embourbe pour l’instant, comme les camions chargés de Bois de rose de contrebande sur les pistes des zones sensées être des réserves protégées. Un rapport d’enquête indépendant (voir article précédent) signale que la «Task Force» (mission interministérielle chargée de faire appliquer la loi)  y est surnommée par les autochtones «la «Tax Force», en raison du droit qu’elle prélève à chaque passage du bois interdit, au lieu de…saisir» les cargaisons.

 

Une richesse qui s’en va ailleurs, des autorités corrompues du haut en bas de l’échelle et une population réduite à la misère et à l’impuissance, c’est l’exacte image de Madagascar en 2010. Le 25 juillet, le «président» de cette île de plus en plus lointaine s’est épanché pendant plus d’une heure sur la situation du pays à la télévision nationale. Les téléspectateurs ont davantage retenu son look que son discours. Majunga, une ville de la côte Ouest d’où l’émission a été enregistrée, ce n’est pas encore Saint-Tropez mais on s’y croyait presque. Très décontracté et tout de blanc vêtu, Andry Rajoelina semblait descendre de son yacht (qu’il n’a pas encore). 

 

Sur le trafic de Bois de rose, où des hautes personnalités sont impliquées, il n’a pas révélé grand-chose et a incité ses ministres «à dévoiler l’identité des trafiquants». Hilarité générale ! Officiers supérieurs ou membres du gouvernement sont mouillés dans cette histoire. Sans cela, les mesures prises pour enrayer cette destruction des forêts primaires, biens de l’humanité, pourraient être efficaces. Pour l’instant, seul le nom du propriétaire du «Soavina III», le bateau qui a convoyé 300 tonnes de bois de rose clandestinement vers les Comores a été balancé le 29 juillet à la presse. Mais comme il serait en cavale à La Réunion, il ne risque pas de donner les noms des commanditaires.

 

Jacques Le Guen, député UMP chargé par Nicolas Sarkozy d’une mission d’évaluation de la dégradation des forêts dans le monde s’indignait sur RFI le 18 juillet : «C’est scandaleux, c’est scandaleux, cette affaire,… l’année dernière a vu quitter Madagascar 56.000 tonnes de bois précieux, de bois de rose. En sachant que c’est vendu 6 Euros le kilo, ça fait 370 millions d’Euros. C’est la moitié de l’aide accordée par les bailleurs de fonds au développement de Madagascar. On marche sur la tête ! Il faut de la transparence, il faut mettre en prison les gens qui trafiquent et qui détruisent le patrimoine environnemental de Madagascar. Ce n’est pas acceptable ! Les Brésiliens ont inventé une cour de justice spécialisée sur les crimes environnementaux. Et bien, il faudra faire la même chose à Madagascar et passer au tribunal tous ces gens qui se conduisent comme des voyous, des malfrats et des maffieux.» Oui ! Mais les villas poussent, les Hummer et limousines remplissent les rues d’Antananarivo. Les générations futures n’auront que leurs yeux pour pleurer ! Qui a dit : «Après moi, le déluge !» ?...

 

Loin du succès planétaire de l’Afrique du Sud et de sa Coupe du Monde de Football ou des 11% de croissance de l’Ethiopie, les gouvernants malgaches appliquent les méthodes d’Idi Amin Dada pour faire disparaître la pauvreté. Il suffit de ramasser les pauvres en camions. Plus de 800 personnes du bidonville dénommé «La Réunion kely» situé le long de la voie ferrée ont été délogées et leurs abris de fortune détruits. Certains affirmaient qu’ils étaient des employés mis au chômage par la fermeture des zones franches, d’autres qu’ils avaient soutenu le mouvement du 13 mai. Ce qui a entraîné les sarcasmes de certains forumistes sur «les Oranges déversés dans la rue». Le 25 juillet, une dizaine de 4’mis (les gamins des rues), ont été embarqués dans un minibus devant le Palais des Sports. Antananarivo finira bien par être présentable pour les touristes.

 

L’Afrique étant le continent qui monte, on s’intéresse aussi à sa diaspora qui enverrait 40 milliards de dollars par an vers les pays d’origine, ce qui représenterait entre «9% et 24% des PIB» de ces derniers et «entre 80% et 750% de l’aide publique au développement», selon Séverine Deboos du projet BIT/Migrant basé à Dakar. Les gouvernements se penchent donc sur la façon de canaliser et d’utiliser au mieux cette manne. Les dirigeants malgaches se penchent aussi sur leur diaspora, en commençant par filtrer leurs sites Internet, en particulier «Sobika.com», le site de référence. Ses membres auraient dû obtenir le droit de vote après 2002, comme leurs homologues sénégalais, algériens, maliens ou marocains mais Marc Ravalomanana a changé d’avis sous l’impulsion de «vrais Malgaches*» et de quelques faux-jetons qui guignaient  les postes diplomatiques à Paris. Ils aident quand même, à l’instar des dignes filles et fils du continent noir, leur pays d’origine, leurs familles ou leurs villages.

 

Mais ne dites surtout pas que Madagascar, c’est l’Afrique ! Reporters sans Frontières rapporte les propos d’Harry Rahajason, connu sous son pseudonyme de Rolly Mercia dans le milieu journalistique et  récemment promu conseiller en communication d’Andry Rajoelina. «Les Malgaches ne sont pas des Africains. Nous, on ne se coupe pas la tête avec des coupe-coupe». Non ! A la kalachnikov, c’est mieux ! Des officiers ont reconnu que des militaires d’active ou démobilisés ont rallié, avec armes et bagages, les bandes de malfrats qui terrorisent la population dans tout Madagascar.

 

La Grande Ile a été retirée ce mois-ci de la liste des «pays sûrs» par le Conseil d’Etat français. Avec la Turquie, le Mali et l’Arménie, elle rejoint le groupe des pays n’assurant pas ou plus le «respect des principes de liberté, de la démocratie et de l’état de droit,…des droits de l’homme et des libertés fondamentales». Les Malgaches sont loin, très loin des pays-phares du continent dans tous les indices de développement, pratiquement dans les derniers mais fiers de l’être…

 

Des responsables malgaches de la HAT ne veulent en aucun cas être assimilés à des Africains… Heureusement pour l’Afrique, qui aspire à rentrer la tête haute dans le concert des nations, en demandant des sièges permanents au Conseil de sécurité!

 

* Certains défenseurs du régime, pour disqualifier les citoyens de la diaspora qui refusent en majorité le coup de force, les ont discriminés comme «faux Malgaches», les seuls vrais étant donc ceux qui ne voyagent, ni ne s’expatrient.

Photo : Joachim Chissano, le médiateur, à son départ d'Ivato le 27 juillet (Sobika).



 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

Rose 03/08/2010 07:24



Merci pour la pertinence de vos analyses :-)



tom 31/07/2010 09:20



Certains s'offusquaient contre la "grénadocratie" début 2009.


Moi, je savais malheureusement, à cette époque déja, que le vrai but de la "lutte populaire" est de faire déquerpir cet empêcheur de trafiquer en rond qui s'appele Ravalo.


Là, tout le monde s'offusque des vols perpetrés par cette bande de voyous au pouvoir, mais je sais qu'ils ne seront jamais inquiétés. Le malgache ayant la mémoire très courte.