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  • : Le blog de Alain Rajaonarivony
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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 22:58

 

 

Onitiana Really, présentatrice vedette de TV Plus dénonce la veille du scrutin qu’elle n’a pas reçu sa carte d’électrice ainsi que tous les membres de sa famille. Elle révèle en même temps que deux collègues de la télévision ont reçu des cartes d’électeurs à leur domicile au nom de leur grand-père et père, tous deux décédés. «Si à 3 kilomètres de la capitale, il y a de tels dysfonctionnements, on peut craindre ce qui se passera dans la brousse lointaine» souligne-t-elle à l’écran. Les reportages vont se succéder et montrer que la désorganisation est générale sur tout le territoire.

 

Photo 25.10.2013 à 06h45 Fokontany Tsarafara JM Koumba ElLes bureaux de vote ont ouvert dès 6 heures du matin le vendredi 25 octobre. Aussitôt, les photos de longues files d’attente ont afflué sur les réseaux sociaux, sur Facebook en particulier, ainsi que les plaintes de citoyens qui n’étaient pas recensés malgré le passage des responsables du fokontany (administration de quartier) chez eux. D’autres se lamentaient de ne pas avoir reçu leurs carte d’électeurs et étaient ainsi privés de leur droit de vote.

 

La sénégalaise Fatma Samoura, représentante des Nations-Unies à Madagascar, lors  d’une interview à la télévision, a bien montré sa méconnaissance des réalités et des mœurs locales. Elle considérait que les Malagasy privés du droit de choisir leurs dirigeants «n’avaient qu’à s’en prendre à eux-mêmes !». Ils n’avaient qu’à vérifier leurs noms sur les listes, ajoutera-t-elle, et évidemment il n’était plus question pour la CENIT, la commission électorale, de combler les lacunes et de rajouter ces personnes sur les listes entre les deux tours. Et pourtant, Béatrice Atallah elle-même, présidente de cette commission, a cité l’article 31 du droit malagasy qui permet, 15 jours  avant le second tour, la distribution des cartes d’électeurs manquantes si le tribunal de 1ère instance le décide.

 

Le soir même, François Goldblatt, l’ambassadeur français, annonçait via son compte twitter : « Le premier tour du scrutin présidentiel s’avère en première analyse un vrai succès en termes de participation et d’organisation ». Mais la réalité sur le terrain, en termes d’organisation, était bien loin de l’optimisme du diplomate.

 

Les Etats-Unis étaient pour une élection « open » où auraient pu concourir à la fois, Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina. La France, elle, roulait pour le «ni-ni», ni Ravalomanana, ni Rajoelina. Elle a donc crié au scandale et s’est appuyée sur la candidature hors délai et complètement délirante d’Andry Rajoelina (voir article : «Présidentielles : Andry Nirina Rajoelina, mieux que le King Julien XIII») qui n’aurait été acceptée par les juges que sous la menace, si l’on en croit les confidences distillées sur les réseaux sociaux. L’offensive a commencé par le discours du 14 juillet 2013 de l’ambassadeur, un morceau d’anthologie : « Car il y a un avant 3 mai, et un après 3 mai… » proclamera-t-il avec emphase sans réussir à convaincre grand monde. Certains lui ont rappelé qu’il y avait surtout un avant 6 août 1896 et un après 6 août 1896, date de l’annexion de Madagascar par la France.

 

Les médias malgaches n’avaient d’ailleurs pas manqué de rappeler à l’époque qu’Andry Rajoelina débarquait juste de Paris, après son pèlerinage à Rome, quand il a déposé sa candidature. Plusieurs commentateurs ont fait le rapprochement et ont accusé Paris d’être derrière cette manœuvre. Selon la technique classique du cheval de Troie, Andry Rajoelina aurait été introduit à l'intérieur du processus de désignation des candidats pour l’exploser de l’intérieur. Bref, après avoir obligé les Malagasy à se déjuger, éliminé les juges de la Cour électorale spéciale (CES) pour les remplacer par une CES2 qui ont enlevé les noms de ceux et surtout de celle -Lalao Ravalomanana- qui gênaient, la «communauté internationale» a affiché sa satisfaction. Il ne restera plus que 33 candidats sur les 50 en lice. Tout ceci s’est fait au prix de tripatouillages juridiques inouïs, qui violaient allègrement les lois malagasy.

 

Pour faire passer la pilule, la «communauté internationale», grand seigneur, a permis aux candidats éjectés de désigner des remplaçants. Andry Rajoelina s’est empressé de faire adouber son ministre des finances Hery Rajaonarimampianina, par 2 sous-fifres éliminés de la course à la Présidentielle pour dossier non-conforme. Ce nouveau candidat avait déjà fait la une des journaux dans l’attribution de milliers d’hectares de terres à la société italienne Tozzi Green sur le plateau de l’Ihorombe, et ce malgré l’opposition farouche des paysans dépossédés. L’opération aurait été menée avec l’aide de son collègue de l’Aménagement du territoire, Hajo Andrianainarivelo, qui a signé le contrat (voir article : «Présidentielles en république bananière»). Dernièrement, l’ex-ministre des finances a permis aussi la cession des parts du Crédit Agricole dans la BNI, première banque de Madagascar, à un groupe opaque basé aux Iles Vierges, composé de Mauriciens et de franco-karana, et cela en violation de la loi malgache.

 

Lalao Ravalomanana avait droit aussi à un joker. Son ancien président de mari choisira donc son ex-ministre de la santé, le docteur Jean Louis Robinson. Ce dernier est le père des CSBII (Centre de santé de base de niveau 2), qui avaient permis d’améliorer sensiblement la couverture sanitaire de la population et qu’Andry Rajoelina s’est empressé d’abandonner au profit d’hôpitaux « manara-penitra » (aux normes), des éléphants blancs inefficaces. Du jour où il a obtenu la bénédiction de Marc Ravalomanana, Jean Louis Robinson passera du statut d’obscur candidat à celui de favori.

 

Fokontany-Antsirabe-2-a-la-lueur-des-lampes-tempete.jpg

 

Les premiers résultats du scrutin, qui arrivent au compte-goutte, le confortent bien à cette place car il mènera largement devant le candidat d’Etat, avec près de 30% des voix contre environ 15% à ce dernier jusqu’à ce que son avance s’étiole. Les autres candidats, à quelques exceptions qui sont entre 5 et 10%, se contentent de faire de la figuration. Un grand nombre d’entre eux sont à moins de 1% des voix. Mais dès le 28 octobre, la CENIT, qui dispose d’une dizaine de jours pour proclamer les résultats, arrête de publier le décompte des votes sur son site, en faisant état d’un piratage informatique. Or, Béatrice Attalah avait justement affirmé que le logiciel de la commission était sécurisé. Les choses n’iront que de mal en pis car les réseaux sociaux publient des captures d’écran où le nombre d’inscrits changent brutalement et le candidat Robinson chute dans les bureaux de vote éloignés, peu accessibles et dont le contrôle est difficile. On ne sait plus où est la part de piratage, d’incompétence ou de tentative de fraudes mais la méfiance est désormais de mise envers une CENIT de plus en plus décriée, y compris par des candidats comme l’ex-premier ministre Camille Vital qui se plaint de sa lenteur à sortir les résultats. Toujours est-il que des haut-gradés, dont le ministre de la défense, se déplaceront en son siège l’après-midi du 28 octobre pour étudier, semble-t-il, les moyens de la protéger d’une colère populaire éventuelle.

 

Si le docteur Robinson bénéficie encore d’une large avance au 1er tour, rien n’est gagné pour lui. Les observateurs internationaux ne seront pas d’un grand secours en cas de fraudes, de contestations ou de tensions. Le titre de Ndimby dans son édito sur Tribune, les traitant de «touristes» ayant déjà «validé l’élection mal fagotée» résume la perception de la population à leur égard. Ils ne sont pas là pour faire du zèle, mais pour donner une caution morale à une élection au forceps voulue par la communauté internationale et dont l’organisation est contestable.

 

FB-1006368_308816279257003_1442242702_n.jpg

 

Le peuple malagasy s’est exprimé, avec sagesse et dignité, et cela malgré le meurtre d’un chef fokontany à Beninitra, dans le Sud et tous les coups bas. Didier Ratsiraka a accusé, sur TV Plus le 11 septembre 2013,  nommément la France de l’avoir démarché pour organiser le coup d’état de mars 2009. La France aurait donc trahi les démocrates francophiles malagasy pour s’acoquiner avec les  maffieux franco-karana et des individus totalement corrompus dont elle s’est aperçue sur le tard qu’ils ne respectaient aucun principe. Un combat civique et pacifique a été transformé en un putsch sanglant et désastreux.

 

Hery  Rajaonarimampianina dispose d’un budget de 43 millions de dollars (octroyés par qui ?) selon les analystes. Rappelons que Nicolas Sarkozy a été sanctionné par le Conseil Constitutionnel car il a dépassé de 400.000 Euros en 2012 le plafond de 22,5 millions d’Euros fixé par la loi pour chaque candidat. Avec une telle masse d’argent, le candidat de l’Etat peut se permettre beaucoup de choses. Seul l’engagement citoyen des Malagasy, par leurs votes et le contrôle qu’ils effectueront après, leur permettra de retrouver leur liberté et la reprise en mains de leurs richesses…

 

En ce qui me concerne, j’avais soutenu de tout mon cœur et de toutes mes forces, Nadine Ramaroson, dont les idéaux de justice sociale, de respect retrouvé du peuple malagasy, et de souveraineté économique et politique correspondaient aux miens. Elle a été sauvagement éliminée (voir article : «Premières révélations sur l’assassinat de Nadine Ramaroson»). Néanmoins, ses idées n’ont pas été englouties avec elle dans les eaux de Sonierana-Ivongo. Que ce soit du côté de la HAT ou de l’opposition, beaucoup reconnaissent qu’elle est allée jusqu’au bout de son combat. Des membres de la famille Ravalomanana lui ont rendu hommage et considèrent qu’elle a été tuée parce qu’elle avait défendu le petit peuple. Tout cela m’a amené à demander à ceux qui me font confiance à Madagascar de voter pour le docteur Robinson dès le 1er tour car le candidat présenté par Andry Rajoelina est l’antithèse même des idéaux que nous défendions,  Nadine et moi. Ce choix m’a été d’autant plus simple que je n’ai jamais coupé le contact avec les partisans de l’ancien président.

 

L’erreur fatale de Marc Ravalomanana a été de s’être livré de lui-même aux mains des étrangers, ne pas avoir fait confiance à l’intelligence et au patriotisme des Malagasy et de s’en être fait des ennemis. Il faudra au Dr Robinson revenir au Fihavanana malagasy, que tout le monde proclame sans jamais le respecter, quitte à marginaliser la frange la plus extrémiste de ses sympathisants. Il ratissera alors assez large pour constituer une majorité si écrasante que les manipulations informatiques n’y pourront rien. A l’exception des Etats-Unis, la «communauté internationale» considère les Malagasy comme des «gens de peu», des pauvres dans un pays riche qu’on peut humilier chez eux, dont on peut violer les lois, à qui on peut imposer ses dirigeants… Si le Dr Robinson arrive à rassembler au-delà de ses propres partisans, en s’inspirant de la démarche «Vérité et réconciliation» de Nelson Mandela, Madagascar et les Malagasy pourront enfin relever la tête…

 

Photo 1 : La file s’allonge dès 6 heures du matin devant les bureaux de vote d’une commune rurale d’Antsirabe (Photo Jean-Marc Koumba).

 

Photo 2 : Le décomptage des voix à la lueur d’une lampe tempête. Les Malagasy se battent pour éviter les fraudes mais face à des batteries d’ordinateurs, le combat est inégal… (photo Jean-Marc Koumba)

 

Photo 3 : Le 28 octobre 2013, entre 14h 59 et 20h 53, le nombre d'inscrits a brutalement augmenté de 140 619 (capture d’écran publié immédiatement sur Facebook). Commentaire de TanaNews : «Maintenant, on n’a donc plus 7 823 305 électeurs inscrits sur la liste électorale, on en a 7 963 924, soit 140 619 électeurs en plus. Ça aussi c’est dû à un piratage du site de la CENI-T ?» 

 

Alain Rajaonarivony

 

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commentaires

letsara 10/11/2013 13:35


Monsieur,


Nadine Ramaroson est morte! C'est triste mais c'est ainsi. Elle ne reviendra plus ! Il faut que vous l'acceptiez un jour parce que j'ai remarqué que vous la citez toujours dans chacun de vos
articles comme le seul sauveur de M/car. Il faut faire avec les vivants ! Départissez-vous de cette manie mortifère malagasy qui consiste à perdre son temps à ressasser en permanence le passé -
qu'on idéalise bêtement - et à pertuber la paix des morts.

Alain Rajaonarivony 10/11/2013 18:52



Contrairement à ce que vous pensez, ce n'est pas pour le plaisir de ressasser le passé que je reparle de Nadine Ramaroson mais pour remettre ce qu'on appelle "l'affaire Nadine Ramaroson" dans
l'actualité. L'enquête concernant tous ces morts (la ministre et ses collaborateurs) n'a jamais été menée à son terme. Au contraire, ceux qui ont essayé de la tirer au clair ont eu les pires
problèmes, des menaces aux agressions et aux procès. Moi-même, je suis passé devant les juges 4 fois à Paris sur l'accusation d'un des candidats à la Présidentielle, cité dans ce drame dans
l'enquête menée par le CST et en particulier par le responsable de la commission Défense du CST, oncle de la ministre (regardez par exemple mon petit article "Vice-premier minstre contre le
blog"). Un certain nombre de personnes aimeraient bien qu'on oublie cet évènement, comme pour l'assassinat du colonel Ratsimandrava par exemple. Mais un état de droit ne peut pas naître sur la
lâcheté de ses citoyens. Pour reprendre vos propres mots, les morts seront "en paix" quand justice sera rendue aussi bien pour ceux du 7 février 2009 que du "naufrage" de Sonierana-Ivongo. Je
suis convaincu que vous ne trouverez pas normal qu'on fasse le silence sur l'affaire du 7 février et qu'on ne recherche pas la vérité sous prétexte de ne pas ressasser le passé. Et ce serait
logique! Pourquoi en serait-il autrement pour la mort de la ministre de la Population et Affaires sociales et de ses proches collaborateurs? Il ne s'agit pas de nostalgie un peu morbide, mais de
remise en perspective de cette affaire. Parmi les raisons qui ont sans doute poussé à son élimination, il y avait son ambition de se présenter aux Présidentielles. Elle n'était peut-être pas le
sauveur mais elle représentait une voie (et une voix) différente qui gênait. Voilà pourquoi je continuerai à parler aussi bien du massacre du 7 février que de l'affaire Nadine Ramaroson ou
d'autres affaires. Jusqu'à ce que la justice de notre pays se saississe enfin de ces dossiers et mène une enquête transparente, indépendante et digne d'une démocratie...



bopa 03/11/2013 19:42


A voir les premiers resultats et donc le 2eme tour inéluctable, il semble sauf miracle que ce deuxieme tour sera un ni-ni deguisé et que Madagascar sera toujours sous le joug de Rajoelina ou
Ravalomanana!! quoique JLR a peut-etre encore qq atouts s'il sait les utiliser dont le premier est de se departir de Ra8


Le comportement de Ravalo est vraiment inacceptable, il doit apprendre la modestie, l'humilité et l'autocritique-Il téleguide tout de l'Afrique du Sud! De meme que JLR qui lors du débat sur
TVPlus a été d'une arrogance en disant qu'il n'y a que lui qui est favori!! premier tour dia vita!!! Il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages...ils ont compris
 que JLR est la marionnette de Ra8: Lalao en tant que PM et tout le pays sera encore sous la coupe de cette famille et sa clique!et JLR le president sans pouvoir!


Le peuple malgache n'a pas été dupe d'ou cet éparpillement des votes. Que faire? Rectifier la communication et dire a JLR de reprendre le flambeau en ne se faisant pas phagocyter par Ra8. Il doit
avoir le choix et non subir - choisir sa propre équipe d'autant que le JLR bashing est tres offensif. Se rallier avec qui ? car la marge est tres faible....


Il reste du temps a JLR pour redresser sa barre et maitriser sa campagne. Facile a dire mais a faire? A t-il deja trop concédé a Ra8? ou sont ses conseillers avant son ralliement ?


Madagascar mérite un renouvellement total de sa classe politique et éradiquer cette culture de l'oligarchie.


 



Antso 30/10/2013 15:17


Alain,


Marc Ravalomanana a choisi le Dr Robinson parce que ce dernier est, avec tout le respsct que je lui dois, le moins susceptible de lui faire de l'ombre. Robinson, élu Président, il s'effacera au
profit de l'ancien Président. Tout ceux qui ont fréquenté ce dernier, tu en fais partie, savent qu'il a la rancune tenace et que la vengeance est, chez lui, une seconde nature. J'ai bien peur, de
ce fait, que tes espoirs de "vérité et réconciliation" à la sud-africaine, soient très vite décus. Depuis 2002, il a largement eu le temps de procéder à une réconciliation. Au lieu de cela, il a
mis en prison ses opposants en prison, empêché l'un d'entre eux, par des Notam, de se présenter aux élections de 2006.  Les autres erreurs fatales de Marc Ravalomanana, que tu ne cites pas
et qui ont été exploitées par qui tu sais, ont été d'outrepasser ses pouvoirs: utilisation des prérogatives présidentielles au profit de son groupe et pour éliminer des adversaires politiques. Je
ne crois pas qu'il ait su tirer une quelconque leçon de ses erreurs.


Je comprends tout à fait que tu veuilles, comme beaucoup de nos compatriotes, donner un coup de pied au cul à Tgv et sa clique. Mais il ne faut pas te bercer d'illusions, Madagascar sous
Ravalomanana, par Robinson interposé, ne sera pas un pays de réconciliation et de démocratie.


Bien à toi.