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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 09:23

 

 

 

Réunions et rencontres se multiplient depuis des semaines entre les membres de la société civile et les politiciens de tout bord. Le but : trouver une solution pacifique et la plus large possible pour sortir le pays du désastre. Pour tenter de sauver l'île à la dérive, chacun y met du sien. Et juste à ce moment, Andry Rajoelina et la HAT (Haute autorité de transition) montent un procès inique contre l’ancien président Marc Ravalomanana.

 

Droits de la défense bafoués, avocats commis d’office au dernier moment, absence de l’accusé interdit de retour sur le territoire, le procès d’un crime qui aurait dû demander une enquête internationale pour assurer son impartialité a été liquidé en quelques jours par une cour criminelle ordinaire. Toute cette manipulation juridique porte bien sûr le sceau du gourou d’Andry Rajoelina, Norbert Ratsirahonana, son conseiller. Ancien président de la Haute cour constitutionnelle, ancien chef d’état par intérim, ex-candidat malheureux aux élections présidentielles, il demeure surtout l’ennemi irréductible du président en exil.

 

Le samedi 28 août, le verdict, sans surprise, est tombé dans l’indifférence générale : condamnation à perpétuité pour Ravalomanana. La cour s’est déshonorée et toute la justice malgache avec. Mais le régime de transition n’est plus à cela près. Depuis qu’elle gouverne, la nation n’a cessé d’être humiliée.

 

Les faits sont assez faciles à retracer (voir l’article écrit à chaud : «Carnage devant le palais» où je mentionnais déjà les rumeurs sur des snipers). Mais ce sont les circonstances qui ont amené à l’irréparable qui restent des plus mystérieuses. Le premier moment d’émotion passé, le doute s’est insinué dans l’esprit des analystes. L’enchaînement des évènements est tel qu’on ne peut qu’arriver à la question : Et si ce massacre avait été voulu et programmé ?

 

Roindefo-Monja-lors-de-notre-conversation.JPGAu moment même où ça tirait de partout, les informations que d’autres tireurs étaient embusqués au ministère des finances ou à l’hôtel du Louvre m’arrivaient aussi bien sur mon ordinateur que mon téléphone. La veille, un coup de fil m’annonçait qu’il y aura un bain de sang le lendemain. Sur l’instant, je n’y accordais pas trop foi, sachant que Ravalomanana était plus mégalomane que sanguinaire. L’info se révèlera malheureusement vraie. Qui avait intérêt à un carnage devant les caméras des reporters du monde entier ? Et pourquoi Ravalomanana n’avait pas été informé par ses services secrets ?

 

Petit à petit, la trame du complot commençait à se préciser. Les trajectoires des balles et les douilles relevées qui ne correspondaient aux kalachnikovs de la Garde présidentielle attestaient qu’il y avait d’autres tireurs. C’est devenu un secret de polichinelle au premier anniversaire du drame (voir en particulier l’enquête remarquable de Njnb sur son blog). 

 

Depuis, j’ai eu une longue conversation avec Roindefo Monja.

- «Pourquoi êtes-vous allé à Ambosirohitra (le palais présidentiel) ?»

- «Je ne le savais pas. Pour moi, c’était Mahazoarivo, la Primature. Je n’ai appris qu’on montait au palais d’Ambotsirohitra que sur la Place du 13 mai. Je ne pouvais plus reculer. Il fallait que j’assume.»

- «Vous saviez que vous étiez le seul leader du mouvement à être présent ? Andry a été prévenu par un de ses proches et a quitté la manifestation juste avant l’arrivée devant le palais. Vous n’aviez pas l’impression d’être le dindon de la farce ?»

- «Effectivement !... »

 

Son garde de corps sera blessé. Lui-même tentera de secourir une femme qui s’est affalée sur lui, criblée de balles. J’ai la conviction que Roindefo Monja devait mourir ce jour-là. Portant un nom très respecté dans le Sud, il s’en serait suivi immanquablement une révolte des provinces côtières contre Ravalomanana. Les têtes du complot tirant les ficelles ont manipulé aussi bien Andry Rajoelina que l’ancien président. Ce procès bâclé n’a pour seul but que de protéger leurs arrières et d’empêcher toute enquête sérieuse qui mettrait en évidence d’autres responsabilités que celles des deux gogos (Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana) qui pensaient jouer les premiers rôles.

 

L’ex-chef de l’état s’était entouré de traîtres (il ne supportait pas les intellectuels à la trop forte personnalité), qui l’ont mené exactement là où on voulait : s’enferrer dans une position inextricable. Quant à Andry Rajoelina, son inconscience l’a empêché de voir les implications gravissimes de ses actes et de ses paroles. Sur la place du 13 mai, il avait martelé : «Ni les fusils, ni les canons ne nous feront reculer» mais il s’est enfui avant, laissant Roindefo Monja se faire canarder aussi bien de face que de dos…

 

Ce procès devra être réouvert sous contrôle international afin d’en garantir l’équité. Pour l’instant, la défense de l’ancien président est absolument brouillonne et contre-productive. Il a accusé Charles Rabemananjara, son ancien premier-ministre, d’avoir donné l’ordre de tirer. Ce dernier s’est défendu d’être intervenu dans ce sens. Les manifestants ont violé sciemment une «zone rouge». Un Américain a été tué récemment devant le Capitole, à Washington, par les forces de l’ordre pour n’avoir pas respecté une telle zone. Ce n’est donc pas la réaction des responsables de la sécurité du lieu qui est à blâmer mais sa disproportion. L’ordre de tuer a bel  et bien été donné, mais sans doute pas par les gouvernants de l’époque…

 

Les militaires impliqués ont tous été relâchés à trois exceptions près. L’armée a remarquablement couvert les siens. Mais l’ancien président a payé un max. Pour le plus grand bien des criminels en col blanc…

 

Photo : Monja Roindefo lors de notre entretien. L’étoffe et l’inconscience d’un héros mais encore trop vert face aux vieux crocodiles de la politique prêts à tout…

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

 

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

Manjary 09/09/2010 14:04



Horrible fait en effet. Monja Roindefo a des devoirs de mémoire envers ceux qui sont tombés sous les balles ce jour là. Mais il reste curieusement silencieux... Est-il menacé?


Pourquoi ne se désolidarise-t-il pas de ces personnes?


A-t-il commenté le verdict du 7 février dans la presse?


Beaucoup de questions sur son attitude qui laissent perplexe ...