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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 22:00

 

 

La réunion de Prétoria s’est donc achevée le 30 avril, dans la nuit, sur un optimisme forcé de Joaquim Chissano, le médiateur : «A l'issue de ces consultations, les leaders des quatre mouvances se sont engagés à se rencontrer dans 15 jours en Afrique du Sud pour résoudre toutes les questions en suspens. Pour ce faire, ils poursuivront le dialogue et les consultations avec toutes les parties prenantes», a déclaré à la presse l'ex-président mozambicain.

 

Didier-Ratsiraka-a-Pretoria-IMG_0076.jpgOfficiellement, personne n’a parlé d’«échec», ni les médiateurs, ni les émissaires français, pas plus que les politiciens des 3 mouvances, pour ne pas être accusé d’avoir allumé la mèche… Sauf Andry Rajoelina qui, aussitôt arrivé à Antananarivo le samedi 1er mai, s’est précipité pour démentir son retour pour un Prétoria II, reniant une fois de plus sa parole. Ce qui fera réagir Didier Ratsiraka au micro de RFI (Radio France Internationale) : «…C’est la palinodie, c’est la valse-hésitation, c’est un velléitaire. On ne peut pas jouer avec le sort du pays, le sort de 20 ou 21 millions de Malgaches comme ça. On dit une chose la veille, on dit autre chose le lendemain. On n’insulte pas ses hôtes comme ça, en disant que ce n’est pas un terrain neutre. Mais on ne l’a pas obligé à venir…Est-ce que c’est un chef…est-ce qu’il a l’étoffe d’un homme d’état ?...»

 

Et pourtant,…prévue pour débuter le 24 à Johannesburg, reportée au 25, la première rencontre débutera finalement à Prétoria le 28 avril. Andry Rajoelina avait bien pris l’avion pour voir Marc Ravalomanana et n’a pas claqué la porte le premier jour bien qu’il lui ait fallu entrer dans une véritable négociation et non pas simplement signer un protocole préparé d’avance comme il l’avait laissé entendre. Mais il n’avait vraiment pas le choix.

 

Une semaine auparavant, le dimanche 18 avril, ses «amis» de la HAT (Haute autorité de transition) lui avaient concocté un «coup d’état» fait maison avec, comme pour les bombinettes (voir article : «La fuite en avant»), des commanditaires connus d’avance. Les journalistes étaient conviés à l’arrestation en direct de ceux chargés de l’exécution de l’opération : une vingtaine d’individus, civils pour la plupart, à l’apparence plus de chômeurs malnutris que de redoutables commandos. L’investigateur aurait été, bien entendu, Marc Ravalomanana. Ce dernier a démenti le jour même, toute implication. Le but était de dissuader Andry Rajoelina d’effectuer son périple en terre sud-africaine. Les extrémistes de la HAT ont raté leur objectif et se sont mis en plus à dos les officiers de la FIGN (Forces d’intervention de la Gendarmerie nationale). Ils avaient accusé ces derniers d’avoir trempé dans ce coup foireux, histoire de leur faire payer sans doute le scandale de 500 millions d’Ariary (voir article : «Les illusions perdues…mais pas pour tout le monde») qu’ils avaient soulevé.

 

Mal leur en a pris ! De chasseurs, ils sont devenus gibiers car les gendarmes ont menacé de les attaquer s’ils tentaient la moindre arrestation d’un des leurs. Dès cet instant, le «coup d’état», dont le scénario très «cheap» avait provoqué les moqueries des chroniqueurs, (un seul pistolet de 9 mm pour une vingtaine de personnes sensés prendre d’assaut une Primature où sont stockées 800 kalachnikovs), a disparu de l’actualité.

 

La rencontre de Prétoria s’est donc bien déroulée avec tous les participants attendus. Le Quai d’Orsay a ménagé au maximum les susceptibilités de Didier Ratsiraka et d’Albert Zafy qui ne voulaient pas juste jouer les simples faire-valoir. Leur présence était indispensable pour la solennité et la légitimité des accords. Andry Rajoelina, qui les avait récusés, n’a pas eu gain de cause.

 

alain_joyandet_red.jpgLa France a tout fait pour faire passer son protocole, proche des thèses de la HAT, mais n’a pas réussi. Alain Joyandet, le secrétaire d’état français à la coopération, qui conduisait la délégation tricolore avait tenté d’obtenir un entretien en tête-à-tête avec le «former président», le 2ème jour, mais celui-ci avait diplomatiquement refusé. Officiellement, c’était par respect pour les deux autres anciens chefs d’état qui ne devaient pas être exclus des discussions. Et les mandataires français n’ont pas obtenu l’aval des autorités sud-africaines pour rentrer dans la salle de l’Union Building où se déroulait la rencontre entre les 4 mouvances. Ces dernières ne voyaient pas très bien à quel titre les Français participeraient à des explications malgacho-malgaches.

 

Andry Rajoelina, qui avait tout misé sur la présence française et son fameux protocole, a été déstabilisé par les propositions de Joaquim Chissano, qui bénéficie toujours de la confiance de la communauté internationale. Celui-ci a repris les grandes lignes des précédents accords en y incluant des enquêtes internationales sur les crimes du 7 février entre autres ou un audit sur l’empire Tiko y compris sur les destructions et pillages de ses entreprises après le 17 mars. Les atermoiements du chef de la HAT a fait dire au président sud-africain Jacob Zuma : «Andry Rajoelina does not know what he wants» («Andry Rajoelina ne sait pas vraiment ce qu’il veut»). Mais le jeune dirigeant avait l’esprit pris par un autre problème. Le 30 avril, le 3ème jour, il avait dû demander par téléphone aux militaires de la Grande Ile de prolonger l’ultimatum arrivant à expiration qu’ils avaient posé à son égard (voir article : «Demi-tour général»).

 

Pris entre le marteau et l’enclume, Andry Rajoelina joue sa survie. C’est pour cela qu’il parle maintenant de monter un gouvernement civilo-militaire. C’est un plan B qui ne rencontre ni l’assentiment de la majorité de l’armée, ni celui de la classe politique. Il n’aura d’autre choix que de reprendre les négociations et d’aller enfin jusqu’au bout. Aucune de ses initiatives unilatérales n’aura l’aval de la communauté et des partenaires internationaux. L’Europe vient de suspendre l’appui budgétaire prévu dans les PIN (Programmes indicatifs nationaux) du 9ème et 10ème FED (Fonds européens de développement) en ce début mai.

 

Twitter a marché à fond pendant les négociations et les Malgaches et autres Zanatany se sont défoulés dans les commentaires laissés sur le blog d’Alain Joyandet qui a dû entendre ses oreilles siffler.

 

Niels Marquardt et Manandafy IMG 0058 lAPe54Niels Marquardt, l’ambassadeur américain en poste à Antananarivo a été invité par les autorités sud-africaines à suivre ces négociations. Contrairement aux Français qui se sont affichés pendant le premier round de Prétoria, les Etats-Unis ont été très discrets mais restent vigilants en coulisses. Il n’est pas sûr que la diplomatie-spectacle soit le meilleur moyen de mener à bien des tractations rendues encore plus complexes par la psychologie peu cartésienne des Malgaches. Joyandet en sait quelque chose… De toute façon, tous les acteurs de cette crise y sont maintenant jusqu’au cou. Sans issue positive rapide, le peuple malgache fera payer à chacun son éco…

 

 

 

 

 

Photo 1 : L'ancien président Didier Ratsiraka à Prétoria. En pleine forme!

Photo 2 : Le secrétaire d'état français à la coopération Alain Joyandet : les négociations furent ardues.

Photo 3 : L'ambassadeur américain Niels Marquardt avec Manandafy Rakotonirina au Sheraton de Prétoria.(Photos Sobika)

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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