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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 22:53

 

Mardi 12 janvier 2010 à 16h50, un grondement sourd, puis le silence total…. Quelques minutes après, des cris s’élèvent, la vie a basculé…Sans doute près de 100.000 morts d’après les dernières estimations de l’OMS, 3 millions de blessés et de sans abris, des hôpitaux dépassés par l’afflux des victimes, des quartiers entiers transformés en cimetière. Les cadavres sont alignés dans les rues…. Mais d’autre part, les couloirs aériens sont saturés par les vols de secours, l’ONU lance un appel urgent pour récolter 550 millions de dollars, 100 millions sont promis par la Banque mondiale, autant par les Etats-Unis, des dizaines de pays et d’organisations internationales sont mobilisés…


Des chiffres fous
, à l’image du séisme de magnitude 7 (sur l’échelle de Richter qui en compte 9) qui a frappé Haïti. Pays le plus pauvre du continent américain, c’est aussi la première nation noire indépendante (1804). Port-au-Prince, la capitale est anéantie, tout comme son palais présidentiel. Tous les immeubles, les églises, les hôtels… se sont écroulés. Partout des campements de fortune sont érigés de préférence loin des bâtiments qui risquent encore de s’effondrer lors d’une probable réplique.  Ce qui s’est passé d’ailleurs ce matin 15 janvier. La population, très croyante, est sortie dans les rues et a chanté pour conjurer le sort.



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La déliquescence des services publics surmultiplient les problèmes pour la population laissée à elle-même. La faim a entraîné des scènes de pillages. Il manque des vivres, de l’eau, des médecins… L’Etat haïtien était sous perfusion avant le tremblement de terre. Ce sera sans doute la communauté internationale qui prendra en mains de manière effective la reconstruction du pays. D’ores et déjà, les Américains assument la gestion de l’espace aérien. Jeudi 14 janvier, on a compté jusqu’à 44 appareils au sol en cours de déchargement. Les avions doivent parfois tourner pendant 2 heures avant d’atterrir. Les pilotes se posent à vue car la tour de contrôle et le radar sont détruits. Mais ils peuvent le faire de nuit car l’éclairage de l’unique piste fonctionne. Les Américains disposent d’un éclairage de secours en cas de défaillance et leurs paras sécurisent l’aéroport. Le port est, par contre, dévasté. La coordination des secours a été transférée aux Nations-Unies

 

Le gouvernement du Président René Préval doit faire face à des soucis hors du commun comme l’ensevelissement des cadavres… L’ancien président Aristide, accusé de despotisme et chassé du pouvoir par l’armée, en exil actuellement en Afrique du Sud, évoque aujourd’hui son retour au pays pour «aider à reconstruire». Venise, une habitante de Port-au-Prince, craque au micro d’un reporter français, 72 heures après le drame : «Le pays est en voie de disparition. Il n’y a plus d’Haïti, il n’y a plus d’Haïti !» dit-elle dans un sanglot. Un humanitaire déclare : «Il faut maintenant penser aux vivants !». 

 

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Ce malheur immense est peut-être une chance pour Haïti. Le Président Obama a promis de mettre toute la puissance des Etats-Unis au service de sa petite voisine. 3 heures après le séisme, la Croix-rouge américaine commençait son intervention. 10.000 GI’s seront sur zone à partir de lundi. Nicolas Sarkozy n’est pas en reste et veut initier une conférence internationale. «La France sera puissamment aux côtés du peuple haïtien pour l'aider à surmonter cette épreuve», a-t-il promis, le 13 janvier au soir. Toute l’aide matérielle qui manquait cruellement au peuple haïtien avant cette catastrophe aurait donc de fortes chances d’être débloquée.

 

Haïti fera la Une des médias internationaux pendant plusieurs mois. On verra des équipes de secours, composées de ressortissants de pays développés (occidentaux ou asiatiques) soignant et soulageant de pauvres hères, noirs, figurants au masque de douleur d’une scène retransmise en mondovision. Et dans quelques temps, on sortira des films d’aventure comme ce fut le cas pour le tsunami de 2004 en Asie.

 

Triste destin qui remonte très loin. Battus par le Général haïtien Dessalines, les Français, sous la houlette de Napoléon Bonaparte, accorderont l’indépendance mais ne laisseront pas grande chance au futur état. Ils avaient la volonté d’en miner les fondements avant de devoir abandonner l’île. Pour cela, ils chercheront à le déstabiliser économiquement et à en éliminer l’élite (voir l’article concis mais instructif d’Achille à ce sujet). Sans des individus éclairés pour servir de balises, la dictature s’installe d’elle-même. Celle des Duvalier, qui s’étendra de 1957 à 1986, sera célèbre pour ses «tontons macoutes».

 

Il y a une autre île, perdue au fin fond de l’Océan Indien, tellement déconnectée du monde que ses journaux ont à peine mentionné la catastrophe d’Haïti. Il y est aussi question de dictature, d’implication de la communauté internationale, de la France, des Américains, d’un ex-président en exil en Afrique du Sud et d’aides extérieures. C’est normal ! Elle a commencé à perdre ses élites à partir de 1972. Depuis, l’hémorragie ne s’est pas arrêtée… Pour l’instant, on la laissera dans son coin ! Peut-être à l’occasion d’un prochain cyclone dévastateur…à moins que les insulaires, dans un sursaut de bon sens et de dignité, ne se sortent d’affaires eux-mêmes en se réconciliant…

 

 

Alain Rajaonarivony




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Published by Alain Rajaonarivony
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commentaires

Kudeta 16/01/2010 15:18



Il est vrai ,Alain, qu'en Amérique du Nord beaucoup d'Haïtiens ont démontré toute l'étendue de leur talent et génie : la gouverneure générale du Canada (représentante de la Reine Elisabeth II)
est d'origine haïtienne, des grands artistes et chefs d'entreprises  sont haïtiens aux Etats Unis.


Les spécialistes prévoient d'autres répliques au séisme.


 


Que dire ? Nous sommes tous Haïtiens.



Alain Rajaonarivony 16/01/2010 17:49


Oui, nous sommes tous des Haïtiens.
J'ai eu des amis originaires de cette île quand j'étais étudiant, durant la période duvaliériste. Ils m'ont bien expliqué comment la dictature luttait contre son propre peuple en leur pourrissant
la vie, dans les petits détails. Par exemple, un membre de la diaspora n'avait pratiquement pas le droit de ramener sa voiture au pays. Toute initiative était bloquée administrativement et
rackettée, les intellectuels n'étaient pas bien vus...  Aucune classe moyenne n'a pu émerger de ce fait, seules les grandes familles détenant le pouvoir pouvaient tenir le haut du pavé.
C'était le but! Au pays des aveugles, les borgnes peuvent jouer les rois.
L'élite est restée à l'extérieur et Haïti est devenu un des pays les plus pauvres du monde.


achille63 16/01/2010 07:10


Parfaitement résumé, et déjà l'effet commence à retomber. Je suis décu par les médias qui font de belles photos de cadavres, mais rien en profondeur. Pour le moment, les aides vont affluer, mais je
pense qu'il n'y aura plus personne pour la reconstruction dans les années à venir