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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 00:00

 

 

«Une source fait-elle jaillir par la même ouverture de l’eau douce et de l’eau amère ?»**

Le questionnement de l’apôtre Jacques recadrant brutalement les chrétiens ayant tendance à appliquer un double standard pourrait être repris aisément par les analystes de la crise malgache qui essaieraient de suivre l’évolution des positions politiques ces trois derniers mois. Ce serait d’autant plus pertinent que les politiciens de la Grande Ile, toutes idéologies confondues, ont tendance à embarquer Dieu avec eux, citant à tout va des versets bibliques, ou s’affichant dans les évènements cultuels. L’apôtre prévient ses ouailles qu’avec un comportement qui contredit leurs discours, ils aboutissent  à discréditer le Seigneur qu’ils prétendent servir et sèment le chaos dans leurs assemblées. Cela fait bientôt 3 mois que le nouveau président sensé ramener l’état de droit bataille contre le double langage de ses «ex-amis» qui le traite de «traître», et de ses «anciens ennemis», devenus de fait parfois ses alliés.

 

Elu officiellement président depuis le 17 janvier avec 53,49% des voix, Hery Rajaonarimampianina voit son investiture le 25 janvier saluée par une grenade lancée dans la foule le soir même. Cet attentat coûtera la vie à 3 personnes, dont 2 enfants et fit plusieurs blessés graves. Un avertissement de la part de qui?

 

Le 29 mars 2014, jour de la commémoration du massacre des Malagasy patriotes par les colonialistes français, Le Mapar (voir article : «Madagascar : Des ordures de politiques») regroupant les partisans d’Andry Rajoelina organise des manifestations. Bien que ces militants ne soient qu’une poignée, les accusations de «dictature» et de «traîtrise» contre le chef de l’état ont bien fusé. La présidence a réagi contre ces «comportements honteux» qui ont sali «la mémoire de nos martyrs».

 

Hery et FabiusToujours est-il que début avril, Hery Rajaonarimampianina s’est envolé pour Bruxelles, sans avoir pu nommer un nouveau Premier-ministre. Omer Beriziky joue donc les prolongations avec son gouvernement. Quelques semaines auparavant, le président était aux Etats-Unis, et a rencontré, entre autres, les responsables de la Banque Mondiale et du FMI, qui ont entériné la normalisation de la collaboration avec la Grande Ile. Sur le chemin du retour, il s’est arrêté à Paris, et a reçu le 20 mars le ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius à la résidence de Madagascar. Le nouveau chef de l’état peut au moins se consoler d’une reconnaissance certaine et sans failles sur le plan international. Le 1er avril, le sous-secrétaire d’état aux Affaires africaines américain, Robert Jackson, était à Antananarivo. Ses déclarations étaient sans ambiguïté : «Ce n’est pas un accident si je viens à Madagascar tout de suite après la visite du président Hery Rajaonarimampianina aux Etats-Unis… Le moment est venu pour rétablir la relation qui s’est dégradée ces cinq dernières années». Les pays partenaires ont hâte de tourner la page afin de reprendre les affaires. Madagascar regorge d’énormes potentialités dont, pour l’instant, seul le peuple malagasy ne profite pas.

 

Mais le nouveau président pourra emporter l’adhésion de toute la population s’il arrive à concrétiser ce qui semble être son leitmotiv : la Réconciliation. Il l’a répété sur tous les tons, aussi bien dans les tribunes internationales qu’au pays et a même souligné, dès le premier conseil des ministres, le 29 janvier, que c’était «non négociable». Cela n’a pas plu à l’aile dure issue du coup d’état de 2009, qui l’a soutenu lors de sa campagne électorale, où Hery Rajaonarimampianina avait pourtant bien parlé de sa volonté de réconciliation. Mais comme Andry Rajoelina, qui s’affichait comme son mentor, disait exactement le contraire, ses propos sont restés inaudibles. Ses premières mesures cueilleront donc l’opinion par surprise. Lors de ce premier conseil, il fera dissoudre les FIS (Forces d’intervention spéciale) et la DST (sécurité du territoire), organes de répression directement rattachés à l’ancienne présidence. Certes, c’était une revendication ancienne de la communauté internationale, principal bailleur de fonds des élections, au nom des Droits de l’homme. Mais le symbole était quand même très fort. Il mettra aussi le holà à l’accaparement des terres en interdisant toute vente des terrains de l’Etat.

 

Une semaine après, il récidivera en déclarant qu’ «il est inadmissible que des stocks de bois de rose  saisis, ayant déjà fait l’objet de décomptes, soient encore pillés et qu’il est également inadmissible que des coupes de bois de rose continuent à sévir jusqu’à actuellement». Il annonce dans la foulée qu’il va personnellement «diriger ce combat contre les trafics de bois de rose». Or, tout le monde sait depuis longtemps que plusieurs barons de la Transition sont mouillés jusqu’au cou dans ce commerce maffieux.

 

Toutes ces mesures lui ont valu la haine de ses anciens alliés et la sympathie des opposants. On a donc assisté à un basculement de la sémantique et aussi des alliances. Ceux qui l’ont encensé le vouent désormais aux gémonies et inversement. Le Docteur Robinson, son ancien challenger, se dit prêt à collaborer avec le pouvoir. Même Marc Ravalomanana fait preuve d’une large compréhension.

 

Mais les vrais démocrates apprécient surtout les efforts du nouveau président d’aller vers l’état de droit, quand bien même il n’aurait pas été leur candidat préféré aux Présidentielles. Il reste à espérer que toutes ces résolutions ne demeurent pas au stade des mots. Une autre métaphore biblique, dans ce cadre, est aussi bien appropriée : «On voit l’arbre à ses fruits». Les citoyens attendent la mise en œuvre de cette réconciliation dans les faits et le nouveau président n’aura pas, lui non plus, droit à l’erreur (voir article : «Vérité et réconciliation : Robinson n’aura pas droit à l’erreur»). Réconcilier, c’est rassembler, et c’est l’exact contraire de la devise des colonialistes : «Diviser pour mieux régner». Le 22 mars, lors du congrès de son parti, le vieil amiral Didier Ratsiraka lui-même demandera pardon au peuple malagasy tout en conseillant amicalement au chef de l’état : «Si vous voulez durer, du moins deux mandats, réconciliez les Malgaches». C’est la vraie clé qui permettra à Madagascar, où la vengeance succède trop souvent à la violence, d’être libéré de ses vieux démons, de retrouver la stabilité et de redécoller économiquement.

 

*To be in the Loop, littéralement «être dans la boucle», signifie en anglais «être dans le coup» ou «être au courant», en référence aux difficultés de communication. Cette expression pour les pilotes a aussi un sens spécifique : être engagé dans des combats aériens tournoyants, très rapides et dangereux. Les 2 sens s’appliquent pour Hery Rajaonarimampianina qui tente d’imposer la «réconciliation» comme un fait incontournable en en faisant mention en toute occasion. Mais ce sera aussi son combat, où il devra déterminer très vite qui sont «amis» et «ennemis».

** Livre de Jacques 3 : 11

 

Photo : Le président malagasy avec Laurent Fabius, à Paris

 

Alain Rajaonarivony

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Published by Alain Rajaonarivony
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