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  • Alain Rajaonarivony

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 11:53

 

 

La FFKM, fédération des églises regroupant les catholiques et les grandes organisations protestantes de Madagascar, bataille ferme depuis deux semaines pour essayer de trouver une solution viable à la crise que vivent les Malgaches depuis maintenant 4 ans. Par sa grande concertation ouverte le 18 avril et réunissant les parties antagonistes, elle essaie de se racheter de son indignité de 2009. A cette époque, elle s’était totalement départie de son rôle de recours moral.

 

La FFKM parle maintenant de refondation de l’Etat, de la nation, de la Constitution, etc… Je lui propose aussi très pragmatiquement de se pencher sur une refondation de l’armée. Car cette institution a été instrumentalisée depuis 1975 par les politiciens et a perdu son âme au même titre que la magistrature ou d’autres institutions. Mais sa déchéance a des conséquences terribles sur la vie de la nation. Plusieurs officiers ont participé au coup d’état. Certains généraux ont accepté d’être corrompus par Marc Ravalomanana avant de se mettre au service de son rival. D’autres ont cru vraiment agir pour quelque chose de positif, comme le «commandant Charles» qui n’en finit pas de faire son mea-culpa (voir article : «Les lémuriens du 7 février»). Certains enfin, ont été mis en prison sous une fausse accusation, comme le Général Raoelina, afin de couvrir les agissements d’officiers félons.  

 

Soafara-et-Ratsirahonana-2.JPG

 

Didier Ratsiraka, dès son accession au pouvoir après l’assassinat du colonel Ratsimandrava le 11 février 1975, a fait emprisonner plusieurs de ses collègues, abattre d’autres, des témoins gênants. Il a fusionné les états-majors de l’armée de Terre, Mer et Air pour mieux les contrôler et institué le recrutement ethnique en lieu de la compétence à l’Académie militaire, introduisant ainsi une rivalité malsaine qui se retrouve dans l’armée jusqu’à présent. De cette manière, il a réussi à maîtriser cette dernière, devenue le pilier de son pouvoir. C’est lui qui a commencé à nommer des généraux, sans tenir compte de l’importance numérique des troupes. On en est maintenant à 150 généraux pour 30.000 hommes (un chiffre pléthorique totalement hors-normes) car ses successeurs ont perduré dans l’habitude de nommer leurs «copains». A son crédit, parce qu’il était lui-même officier, il avait modernisé l’armée, en particulier l’aviation. N’importe quelle puissance aurait réfléchi à 2 fois avant d’intervenir à Madagascar et ce n’est pas pour rien que dans les années 80, la France avait pré-positionné des Jaguar à La Réunion. La Grande Ile pouvait parler de souveraineté.

 

Après sa chute en 1991, tout s’est écroulé au sein des militaires. Il n’en restait plus que les mauvais côtés : indiscipline, corruption, incompétence, matériel non entretenu et non renouvelé… une armée au service des politiciens et non du peuple. Cela s’est ressenti particulièrement durant la période 2009-2012. Sentant sans doute le vent tourner, des généraux sont passés des déclarations tonitruantes contre le retour de l’ancien président à une discrétion plus conforme à leur statut, d’autres prônent une neutralité de leurs corps. Trop tard ! Le peuple a bien vu la déliquescence de cette institution, plus efficace pour combattre les femmes légalistes pacifiques que les dahalo de Remenabila. Le général Richard Ravalomanana lui-même, devenu responsable de la gendarmerie à la vitesse du TGV, reconnaît que ses troupes ne savent pas se battre et prônent des sanctions contre ceux qui s’enfuiraient lors des combats. Ces derniers mois, plusieurs militaires ont été littéralement violés par les dahalo avant d’être libérés. 

 

Or, Madagascar a besoin de son armée pour se protéger des périls qui montent. Ce pays est tellement riche en matières premières que des puissances en décadence économique n’hésiteraient pas à y intervenir pour s’en emparer si nécessaire. On l’a vu en Libye. Et si la Syrie ne connaît pas encore une invasion des troupes occidentales, c’est que sa défense anti-aérienne efficace et le soutien sans faille de la Russie la protègent des appétits déguisés en croisade pour les Droits de l’homme et des pénétrations des avions hostiles.

 

 

Lieutenant Colonel ANDRIAMASINARIVO Lalaina, Pilote de chasJ’en veux particulièrement à Marc Ravalomanana d’avoir détruit l’armée de l'air car ses ressentiments personnels ont pris le dessus sur l’intérêt de la nation (voir article : «L’armée ? De l’air...»). En février 2003, à Paris, je lui avais suggéré lors d’un entretien de remettre en état l’aviation de défense. Il m’avait alors répondu «qu’un avion qui ne vole pas coûte cher». Mais Madagascar n’est pas une immense laiterie (pas plus qu’une piste de danse géante comme a tendance à le penser un DJ inculte) et la souveraineté nationale a un prix. Au lieu de cela, il a fait détruire les hélicos Mi8 qui pouvaient servir contre les Dahalo ou amener du secours pendant les cyclones, parce que les pilotes de ces appareils ont convoyé des armes contre lui pendant la crise de 2002. Il a fait de même pour les transports Antonov ainsi que les chasseurs Mig qui coûtaient des millions de dollars pièce. Il a même commencé à détruire la base aérienne d’Ivato sous prétexte d’agrandir l’aéroport. Avec le prix de Force One II, à 60 millions de dollars, on aurait pu remettre en état une escadrille. Fin 2008, les avions de Tiko et les hélicos de la présidence pouvait constituer une force plus puissante que l’armée de l’air. C’était sans doute un traumatisme de 2002 mais c’était indigne et l’ancien chef de l’état a commencé à creuser sa propre tombe dès 2003. La réaction d’une partie de l’armée en 2009 n’est qu’une façon de lui rendre la monnaie de sa pièce. Marc Ravalomanana aurait pu faire de l’armée son alliée, mais il n’a su se comporter en vrai homme d’état.

 

Il a agi d’ailleurs de même avec les autres industriels malagasy. Au lieu d’être leur leader et de les pousser à constituer un pool économique national puissant comme l’ont fait les Coréens du Sud, il a cherché à les détruire pour assurer son pouvoir. La réponse à cette attitude, on la connaît aussi, toujours en 2009. En fait, Marc Ravalomanana avait prôné le «changement de mentalité» mais il est redevenu finalement très gasy, un mpamisavy malemy, un sorcier aux faibles pouvoirs qui ne touche que ses proches et affaiblit les siens, avec un esprit revanchard. Andry Rajoelina a agi de même, en pire. Il a fait brûler et piller les entreprises Tiko, mettant au chômage des milliers de personnes. Ces usines auraient pu continuer à tourner, quitte à ce que l'Etat les nationalise éventuellement en partie pour rembourser les arriérés d’impôts.

 

Cette crise horrible qui est en train de détruire le pays doit au moins servir à quelque chose. Il faut redonner à chacun sa place dans la nation. Concernant l’armée, elle doit redevenir républicaine, ne plus se mêler de politique, ni tirer contre le peuple qui se saigne aux quatre veines pour payer leurs soldes. Les officiers les plus engagés dans le coup d’état doivent être sanctionnés par une cour martiale à moins qu’ils ne bénéficient des mesures d’amnistie et de réconciliation. C’est à eux de faire en sorte que le peuple ne demande pas leurs têtes, en se rachetant d’une manière ou d’une autre, par exemple en appuyant toutes les mesures d’apaisement et en cessant de réprimer tous les individus qui exercent leurs droits légitimes à manifester.

 

Mig 21 biplace pour la formation des futurs pilotesDans les démocraties, la population applaudit les soldats qui la défendent, à Madagascar, les simples citoyens ont plus peur des uniformes que les malfrats. Désormais, les états-majors doivent bien être dissociés comme dans toute armée moderne. Il n’est pas normal que la gendarmerie, la police et l’armée s’unissent au sein de l’Emmo-Reg pour taper sur les manifestants pacifiques alors qu’elles sont incapables d’assurer un minimum de sécurité dans les villes ou les campagnes. L’armée de l’air doit être réactivée, et pas avec des Alouette II pourris achetés d’occasion en Belgique, juste pour permettre aux corrompus et leurs amis intermédiaires blancs de toucher des commissions juteuses. La Russie dispose d’appareils performants et bien adaptés. Il ne s’agira pas d’une décision idéologique mais patriotique. L’armée malgache disposera de nouveau de ses propres avions et n’aura pas besoin d’aller former ses parachutistes ailleurs. Dans le temps, les paras sautaient des Dakotas, puis des Antonov. Sans la corruption au plus haut niveau, le pillage organisé des ressources, la destruction psychologique des forces vives par la terreur et l’injustice, Madagascar aurait les moyens d’assurer son développement et sa défense. Le jour où il y aura une conférence internationale à Madagascar, ce ne sera pas à la marine américaine, encore moins à l’armée française d’assurer la protection du sommet, mais à l’armée malagasy. Ceux qui ne lui feront pas confiance n’auront qu’à aller se réunir ailleurs. Aucun contingent militaire étranger ne devra plus intervenir sur le territoire national…

 

Le chantier est immense pour la FFKM. Quant à l’armée, jusqu’aux élections, que les dates soient maintenues ou reculées, elle ne doit plus apparaître en tant que force d’oppression. Si c’était le cas, le prochain gouvernement démocratiquement élu et le peuple s’en souviendront et c’en sera fini d’elle. Car elle apparaîtra alors comme une corporation de traîtres et de vendus aux intérêts étrangers dont la nation n’a pas besoin…

 

Photo1 : Soafara Raoelina, la fille du Général Raoelina, demandant des comptes à Norbert Ratsirahonana de passage à Paris le 3 février 2013, sur l’emprisonnement de son père, le Général Raoelina. Ce petit bout de femme, courageuse, est intervenue à visage découvert et sans violence, avec une pointe d’humour noir dans ses pancartes. Cela n’a pas empêché des soutiens du régime de parler de «terroriste», et les membres de l’AVI de «procès». La mésaventure juridique du Vice-premier ministre Hajo Andrianainarivelo, débouté pour l’instant de son procès à Paris contre moi (en attendant son appel), devrait calmer un peu leurs ardeurs belliqueuses (photo fournie par Soafara Raoelina).

 

Photo2 : Cet article a été inspiré par une discussion avec un lecteur et par une photo dans le fil info Facebook, présentée comme celle du Lieutenant-Colonel Andriamasinarivo Lalaina, la seule femme Pilote de l'armée de l'air malagasy, avec comme précision, Base Aéronavale d'Ivato (BANI) en 1997, 3ème Escadrille Malagasy. Mais un autre lecteur m'a précisé qu'il s'agit plutôt d'une pilote de la Corne de l'Afrique, dont plusieurs pays disposaient effectivement des mêmes appareils que la Tafika Anabakabaka Malagasy. Il s'agit en fait de la lieutenant Haimanot Gebremariam, une pilote de l'armée de l'air éthiopienne, qui s'était opposée avec 3 de ses collègues pilotes à la dictature de leur pays en 2007. Ils avaient été condamnés à mort et ont dû s'exiler.

 

Photo 3 : Chasseur Mig21 biplace pour la formation des jeunes pilotes, de la Tafika Anabakabaka Malagasy.

 

 

Alain Rajaonarivony

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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