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  • : Le blog de Alain Rajaonarivony
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28 février 2010 7 28 /02 /février /2010 22:37


Après le terme «extraconstitutionnel», les Malgaches doivent intégrer un nouveau néologisme : «auto-putsch». Madagascar est bien un pilier de la Francophonie et aurait mérité d’abriter le Sommet, initialement prévu à Antananarivo en 2010 et récupéré par la Suisse. Les élus helvétiques se chamaillent à cause du budget qu’il va falloir débloquer et se soucient fort peu du rayonnement de la langue française.

 

Depuis que Ny Hasina Andriamanjato a quitté le bateau, on se demandait quelle direction allait choisir la HAT (Haute autorité de transition). On est désormais fixé. C’est celle du durcissement et de la crispation, le plus mauvais choix en ces temps de menaces de sanctions et de destruction de l’économie. Le remplaçant nommé le 24 février, le vice-amiral Hyppolite Raharison Ramaroson, est moins connu pour ses faits d’armes et ses actes de courage que pour les enveloppes qu’il a touchées.

 

A sa décharge, les «primes» en tout genre sont devenues une tradition, du haut en bas de l’échelle, dans la Grande Ile. Marc Ravalomanana lui- même a révélé à ses partisans réunis au Magro le 23 février, via le téléphone, qu’il a bien octroyé des «aides financières» aux éléments des forces armées durant la crise, début 2009. Le problème, c’est que les hauts-gradés n’ont pas «redispatché» ensuite à la troupe cette «marque de reconnaissance». Mouillée par l’ancien président, Cécile Manorohanta ancienne ministre de la Défense, en charge actuellement de l’Intérieur, s’est défendue d’avoir profité de ces largesses. Du côté  des partisans du changement «extraconstitutionnel» (le coup d’état, quoi !), la distribution avait été plus équitable et cela s’est vu dans la motivation des bidasses du Capsat.

 

Le vice-amiral est bien celui qu’on voit le 17 mars 2009 à l’ECAR (siège catholique), complètement décomposé, bousculé par des militaires vociférant des propos haineux et amené à la caserne du Capsat d’où il ne ressortira que quelques heures plus tard. Ce séjour avec d’autres généraux dans cette résidence accueillante leur a permis de réfléchir et de transférer, «de leur plein gré», le pouvoir du directoire militaire à Andry Rajoelina. Il n’aurait ainsi pas voulu de la direction du pays avec ses collèges officiers généraux mais accepte sans rechigner un poste dont son prédécesseur a voulu se débarrasser par peur des sanctions internationales.On pourra ajouter à son Curriculum Vitae qu’il a inventé le terme «autoputsch» pour enfoncer l’ancien chef de l’état et se justifier de ses voltes-faces. Son visage livide face aux soldats du Capsat, et qu’on peut revisualiser en vidéo ne reflétait donc en rien son état d’esprit. Il était en parfait accord avec ce qui se passait. D’ailleurs, il avait anticipé sa nomination officielle et convoqué une conférence de presse pour annoncer sa promotion ministérielle, une hâte peut-être destinée à faire oublier les accusations de lâcheté lors du coup d’état.

 

Kaleta, un sénateur qui avait trahi le président Ravalomanana juste à temps, a déclaré : «Hyppolite Ramaroson est un officier honnête et intègre». Il a dû oublier «et courageux». Cette nomination n’a pas grand sens et s’apparente à une provocation, ridicule et humiliante pour le pays. En tout cas, ce n’est pas comme cela que la HAT s’en sortira face à la communauté internationale. Contrairement à leurs homologues africains -le Niger vient de se rajouter à la liste-, les putschistes malgaches ne veulent pas assumer leurs actes et aimeraient être acceptés comme des démocrates.

 

Andry Rajoelina n’échappera pas aux accords qu’il a signés. Par contre, il peut arguer que l’évolution de la situation peut nécessiter quelques aménagements sans trahir l’esprit de Maputo. Il sauvera ainsi la face tout en faisant valoir quelques unes de ses idées, comme de placer des législatives avant des présidentielles dans l’échéancier. Mais pour cela, il faut d’abord un gouvernement authentiquement d’union nationale. La nomination de Camille Vital pose problème aux légalistes. Andry Rajoelina peut proposer de nommer conjointement un Premier-ministre neutre, chargé de préparer les élections et qui aura en charge aussi les Affaires étrangères. Cela résoudra du même coup l’attribution de ce ministère tiraillé de partout et rentre dans une cohérence. Le nouveau gouvernement n’aura comme mission que de conduire les élections de la manière la plus transparente possible avec l’aide des partenaires et des bailleurs de fonds internationaux. Cette personne existe. Tous les chefs de mouvance ainsi que le GIC l’apprécient. Elle a aussi beaucoup d’ennemis, en particulier des proches de ces mêmes responsables qui risquent de voir leur importance relativisée.

 

D’autre part, pour éliminer toute suspicion de manipulation des élections, Andry Rajoelina devra tenir sa promesse de ne pas se présenter lui-même et l’annoncer rapidement. Et ceci malgré des conseillers avisés qui aiment abattre les cartes au dernier moment pour surprendre l’adversaire. L’heure n’est plus aux joutes stratégiques mais à la survie du pays. En faisant cela, le président de la HAT sortira par la grande porte et sauvegardera son image pour l’avenir. Et il affaiblira ses adversaires en leur enlevant plusieurs de leurs arguments principaux.

 

La crise démarrée en 2008 s’avère en final opposer des corrompus roublards à des violents, qui en quelques mois, se sont révélés aussi corrompus que les premiers. Aucun de ces deux courants ne mérite le qualificatif de «démocrate» et c’est pour cela d’ailleurs qu’ils n’arrivent pas à concrétiser une solution négociée. Si les accords ont pu être signés, c’est grâce à la pression de la communauté internationale, se faisant le porte-voix d’une troisième force qui est montée petit à petit en puissance. Il s’agit de la majorité de la population, militant pour la non-violence, le respect des institutions, et l’arrêt des abus de pouvoir des politiciens. C’est elle qui souffre des embargos, des arrêts de financements, de l’insécurité perpétrée pas des hommes disposant d’armes de guerre et souvent en uniformes, des fermetures d’usines….

 

Après la stupidité de Maputo III (voir article : «Madagascar : exceptionnel bazar de Noël»), la roublardise de trop, et la réplique d’Andry Rajoelina qui a rejeté sa propre signature, la violence de trop, les légalistes ont rampé pendant 2 mois. A partir du 17 mars 2010, ce sera au tour des putschistes, si aucune solution de consensus n’est trouvée. Pendant ce temps, le pays est plus bas que terre, mais cela n’empêche pas les membres de la HAT de tenir le verbe haut. Comme avant les sanctions de l’Agoa dont on voit les résultats maintenant.

 

Etre légaliste ne veut pas dire forcément être «pro-Ravalomanana» et justifier tous les abus de l’ancien président. Cela signifie simplement avoir le respect des Institutions, c’est-à-dire de soi-même et revendiquer l’exercice de son droit citoyen aux échéances prévues. Personne n’a donné une procuration au Capsat pour «voter» au nom du peuple. Et exiger le changement de comportement de la part des détenteurs du pouvoir n’est pas cautionner un putsch. Le vrai peuple ne se trouve pas dans les discours de propagande des uns et des autres et c’est pour cela que la communication de la HAT n’a aucun impact. Son échec tient moins aux supposées subventions de Ravalomanana à quelques sites Internet qu’à l’inanité de ses arguments. La «diabolisation» de ce dernier est aussi ridicule que sa «messianisation» par ses plus chauds partisans.

 

Le peuple malgache est beaucoup plus mature que ne le laisse penser les démocrates à la kalachnikov mais les institutions, parlement ou justice par exemple, sciemment affaiblis par les dirigeants successifs ne lui ont jamais permis de s’exprimer durablement et d’asseoir une vraie démocratie. Mais il veut reprendre ses droits. L’incapacité des putschistes à se faire reconnaître, la combativité de la diaspora qui ne faiblit pas ou la résistance de la population qui plie mais ne se rompt pas sont des avertissements aux politiciens de tout bord : Respectez le peuple ou vous finirez mal. J’ai eu l’occasion de le dire à Jean François Mancel, député UMP qui suit de près les affaires de la Grande Ile : «Les Malgaches ont pu dégager Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana. Ils peuvent faire de même pour Andry Rajoelina». 

 

Un des signes les plus tangibles de l’intégration de Madagascar dans le club des nations libres serait l’octroi du droit de vote à la partie des citoyens qui en est spoliée : la diaspora. Elle a toujours fait peur au pouvoir car on ne peut la manipuler, ni l’intimider. Marc Ravalomanana a promis en 2002 de rattraper cette injustice mais il s’est gardé évidemment de tenir parole. Feu Jacques Sylla m’avait dit textuellement dans son bureau à Ambotsirohitra, alors qu’il était Premier ministre du gouvernement insurrectionnel : « J'appuierai le droit de vote de la diaspora… ». Seul Pierrot Rajaonarivelo, parmi les prétendants à la magistrature suprême, l’a intégré dans son programme. Rappelons qu’aucune nation démocratique, petite ou grande, des Etats-Unis au Sénégal, du Mali à la France ne se permet ce déni de citoyenneté car c’est un crime contre la Constitution. Mais bon ! Au pays des «extra»… 

 

1453675621-hummer-c-est-finiPour deviser d’un sujet plus léger, parlons d’automobiles. Hélas ! Il s’agit aussi d’une mauvaise nouvelle. La production des Hummer, ces énormes 4X4 conçus à l’origine pour l’armée américaine s’est officiellement arrêtée le 25 février 2010. Le groupe chinois Sichuan Tengzhong Industrial Machines, qui devait en racheter les droits à Général Motors s’est finalement désisté. Les analystes estiment que les tensions entre la Chine et les USA actuellement (visite du Dalaï Lama à Washington le 18 février, après les problèmes de Google, le sommet de Copenhague, etc…) pourraient être à l’origine de l’échec des négociations entre les deux firmes. C’est donc un symbole de l’Amérique toute puissante qui disparaît. Personnellement, qu’un véhicule qui consomme 14 litres aux 100 kms, hyper-polluant (rejet en moyenne de 372 grammes de C02/km), ne soit plus fabriqué ne me contrarie pas outre-mesure. Mais des «défenseurs du peuple» à Antananarivo vont être profondément chagrinés. Après les menaces de sanctions, les fermetures d’usines à cause de l’Agoa, cinq depuis 2 mois et 7000 chômeurs de plus, dont 2000 rien que pour Radha Fashion fin janvier, maintenant la Hummer… C’est trop ! Heureusement, ils ont une petite consolation : leurs voitures vont devenir des «collectors»…

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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Jean-Luc D. 10/03/2010 16:45


Pas d'accord avec la fin du commentaire n2.
Habiter hors des frontières de son pays ne devrait pas exclure pas ses moyens ni sa volonté d'y participer. J'entends : "ceux qui veulent ... n'ont qu'à rentrer". Toujours pas d'accord.


Mathieu P 02/03/2010 10:19


excellent article....


Alidera A.R. 02/03/2010 00:12


Effectivement, le terme auto-putsch peut faire rire et on s'en amusera volontairement. Mais, à un certain niveau faire appel à la Convention de Vienne pour régler le problème de la HAT est tout
simplement inqualifiable en terme de bêtises et d'âneries et ne fait pas rire du tout.

Dans le même ordre, le concept "extraconstitutionnel" exprime le génie malagasy dans sa capacité à vite comprendre les choses et à en faire une ou des extrapolations maniant habilement syllogisme
et sophisme à souhait. L'étonnement vient du fait qu'au bout d'un an de crise, personne n'a tenté d'expliquer ni d'étayer le vrai sens du terme "extraconstitutionnel" sachant que la Constitution
relève du Droit, ci ce n'est pas le droit.

Et, toujours dans ce domaine du droit, il serait intéressant de qualifier juridiquement ces aides financières octroyées à l'armée, gendarmerie et à  la police. Il serait intéressant aussi de
savoir, enquête non faite par nos journalistes/éditorialistes/blogueurs, pourquoi de telles aides n'ont pas réussi à retenir les corps militaires et la sécurité civile à ne pas basculer dans le
camp de l'illégalité. Telle que l'on voit les choses aujourd'hui, il est difficile de dire que c'est à cause du patriotisme.

Avant de finir, diabolisation ou messianisation, telles ne sont pas les questions à se poser, il faudra juste répondre par celui ou celle ou ceux ou celles qui nous a rapproché le plus d'une vraie
République. 

Pour finir, concernant le vote de la diaspora, autant je vis en France, autant je dis non pour plusieurs raisons. Il ne suffit pas d'envoyer des pécules par Western Union pour se voir octroyer un
droit de vote. Car qui dit droit dit devoir. Par ailleurs, le meilleur service que la diaspora puisse rendre à la nation c'est de faire en sorte que lumière soit faite sur la vraie histoire de
Madagasikara, de faire en sorte que la vérité sur les affaires du 11 février 1975, 10 aôut 1991, 26 janvier 2009, 16-17 mars 2009 soient faites, y compris toutes les complicités.


ladyhope 01/03/2010 03:47


Oui, on sait tous que cette personne existe et que c'est le "right man at the right place" mais , toujours ce "mais" !!!! il y a toujours ces gros dinosaures autour de Andry qui ne pensent
qu'à leurs intérêts propres ( ce serait plutôt sales dans ce cas de figure ) ...mais comme d'habitude, wait and see !