Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Alain Rajaonarivony
  • Contact

Profil

  • Alain Rajaonarivony

Recherche

31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 23:42

 

 

Après les accords du 17 septembre, dont beaucoup ne donnaient pourtant pas cher (voir article précédent), une autre étape a été franchie le 28 octobre 2011. Dans la soirée, au Palais présidentiel de Iavoloha, Andry Rajoelina a donné le nom du nouveau premier-ministre, choisi parmi une quinzaine de prétendants acceptés par la communauté internationale. Il aura fallu presque quatre heures, propices à toutes les supputations,  avant que les invités ne soient libérés du stress de l’attente. Jean Omer Beriziky, présenté par le professeur Zafy, est en final l’heureux élu, un outsider sur lequel peu d’analystes aurait parié.

 

Mamy Rakotoarivelo, représentant de Marc Ravalomanana, est sorti de la salle pour protester contre cette nomination avant d’expliquer le lendemain que son mouvement d’humeur était plus contre le procédé (sa mouvance n’aurait pas été consultée) que la personne.

 

Il n’est pas le seul à avoir eu une montée d’adrénaline. Quelques heures avant cette cérémonie officielle, Jean-Marc Châtaigner a provoqué un incident diplomatique au Colbert. Après son entretien avec Marius Fransman, l’envoyé sud-africain de la SADC, chargé de contrôler le respect des accords et de parrainer la nomination du premier-ministre, il s'en est pris verbalement et physiquement au même Mamy Rakotoarivelo. L’ambassadeur français n’aurait pas apprécié la mise en cause de la France par les légalistes. Cet épisode, qui s’est déroulé en public, ne devrait pas rester sans conséquence.

 

Andry Rajoelina aurait préféré le Général en retraite Sylvain Rabotoarison, ancien ministre de l’environnement de Marc Ravolamanana mais qui aurait juré que ce dernier ne reviendrait jamais s’il était promu. Présenté au dernier moment par on ne sait quel tour de passe-passe, puisqu’il n’était pas dans la liste officielle initiale des premier-ministrables, ce candidat aurait été récusé par Marius Fransman pour respecter le principe accepté par toutes les parties, de neutralité de l’armée. Au passage, on remarquera que l’ancien président avait le chic de choisir des collaborateurs qui finissent toujours par le trahir. Cela devrait être une leçon pour les futurs dirigeants. Il vaut mieux des conseillers ayant le cran de vous dire vos 4 vérités que des laudateurs qui vous poignarderont ensuite dans le dos.

 

J.Omer 2Jean Omer Beriziky était un partisan du professeur Zafy en 1991 qui l’a par la suite nommé ambassadeur à Bruxelles en 1994, où il a été maintenu par Ratsiraka en 1997. Il a rallié Ravalomanana en 2002, ce qui lui a valu de sauver son poste de diplomate jusqu’en 2007, date à laquelle il est rentré au pays.  Il a intégré le Leader Fanilo dont il est membre actuellement. Depuis le 28 octobre, il est donc le Premier-ministre d’Andry Rajoelina, grâce au professeur Zafy. Bref, il a le profil du politicien gasy classique, qui sait surnager, ni plus méchant, ni plus malhonnête qu’un autre. Mais pour les balises morales auxquelles tout un pays peut se raccrocher, comme Nelson Mandela, il faudra attendre un peu.

 

Les légalistes sont paumés. Malgré l’explication un peu tarabiscotée de Mamy Rakotoarivelo, certains ont l’impression de s’être fait avoir par leur allié Albert Zafy. Seul Mahery Lanto Manandafy a immédiatement présenté ses félicitations sur Facebook au nouveau chef du gouvernement. Tout à leur introspection, un fait important leur a échappé. L’armée est éloignée du champ politique, ce qui peut être considéré comme une victoire pour tous les modérés. Et pourtant, des généraux ont donné de la voix transformant la «Grande muette» en «grande gueule», tant les déclarations se sont succédées ces derniers jours.

 

Si dans les démocraties, les militaires mettent un point d’honneur à ne jamais intervenir dans les débats politiques, le comportement de certains officiers à Madagascar montre à quel point l’armée s’est éloignée de sa vocation première. Ses généraux actuels, contrairement à ceux de la génération 60, ne se sont illustrés sur aucun champ de bataille, à moins que matraquer des manifestants pacifiques ne soient considérés comme des faits d’armes. En fait, l’armée est autant malade que les autres corps de la société, de l’éducation nationale, à la Justice. La contagion s’étend jusqu’à la fédération des églises (FFKM) qui s’est fourvoyée dans la politique. Début 2009, au moment où la crise pouvait encore se dénouer, Monseigneur Odon Razanakolona, chef de la fédération des églises, en position de médiateur, a violé gravement l’éthique en prenant parti. Il a ainsi contribué à enfoncer le pays dans un gouffre moral, qui s’est rajouté au désastre économique et social. Ceci explique pourquoi la FFKM s’est repliée sur elle-même et refuse désormais de s’impliquer.

 

Madagascar n’est pas encore sortie de l’auberge. Mais un pas a été fait vers la normalisation. Un pays à l’agonie attend de ses politiciens corrompus un épilogue rapide. Ces derniers vont maintenant passer à l’épisode le plus intéressant pour eux : le partage du gâteau… Nul doute qu’ils vont prendre leur temps et remettre en cause à chaque fois le processus pour grignoter quelques avantages… Mais malgré les pressions, Andry Rajoelina fera tout pour terminer au plus vite une transition devenue totalement impopulaire et illégitime depuis l’assassinat de Nadine Ramaroson, l’ex-ministre de la Population (voir articles : «Nadine ne les gênera plus» et «Les vrais hommes de ce pays… sont les femmes»). La fin de la transition signifierait «l’oubli» du trafic de Bois de rose - destruction par les dirigeants du patrimoine des générations futures -, des détournements massifs d’argent public, de la désagrégation de l’économie et… du sang versé…

 

Omer Beriziky va être jaugé à ses premières décisions. La population attend les mesures d’apaisement (concernant en particulier les prisonniers politiques et les exilés) susceptibles d’orienter favorablement la communauté internationale à son égard, et permettant de desserrer l’étau du boycott…

 

Photo : Jean Omer Beriziky, le nouveau premier-ministre de Madagascar

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

Partager cet article

Published by Alain Rajaonarivony
commenter cet article

commentaires