Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Alain Rajaonarivony
  • Contact

Profil

  • Alain Rajaonarivony

Recherche

30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 13:59

 

 

ra8-33-TanaNews.jpg

 

La campagne pour le second tour des Présidentielles a officiellement démarré le 29 novembre. Une semaine auparavant, le 22 novembre, et à l’heure dite (10 heures du matin), la Cour Electorale Spéciale (CES) a donné solennellement les résultats définitifs du 1er tour. A quelques annulations de voix près comme les 5774 voix enlevées au candidat Hery Rajaonarimampianina dans la région de Tamatave, pour utilisation abusive des médias publics ou pression sur les fonctionnaires, elle a confirmé les résultats de la CENIT. Ce fut un soulagement pour un certain nombre d’observateurs qui craignaient des manœuvres déstabilisatrices. Des bruits ont couru avec insistance, indiquant que le candidat arrivé sur la troisième marche (10,54%), Hajo Andrianainarivelo, serait préféré par le pouvoir et pourrait prendre la place du second, qui serait disqualifié à cause de violations lourdes de la loi électorale. Finalement, le scrutin sera respecté. Les finalistes seront Hery Rajaonarimampianina (15,85%), candidat «officiel» d’Andry Rajoelina, et ce depuis l’interview accordée par ce dernier au journal Le Monde, et Jean Louis Robinson (21,16%) représentant la mouvance de l’ancien président Marc Ravalomanana.

 

saraha-3 Photo Tsilavo RapieraAussitôt après cette proclamation, le Parti des Verts dont la représentante, Saraha Georget Rabeharisoa, a obtenu le score honorable de 4,52% à l’élection, annonce son ralliement au Dr Jean Louis Robinson. Les écologistes considèrent que ce dernier partage, «à peu près, le même projet de société et les mêmes visions…» qu’eux-mêmes. Qui plus est, «Jean Louis Robinson…n'a pas participé au coup d'Etat menant le pays dans une crise de près de cinq ans... et propose une gestion transparente du pays…et dont le secteur de l'environnement est une priorité».

 

D’autres anciens candidats attendront le dernier moment et le début du second tour pour s’exprimer. C’est le cas de Hajo Andrianainarivelo qui manifeste sa déception «puisque la CES a officiellement reconnu le bien fondé des multiples réclamations déposées que ce soit par certains candidats, des groupements politiques ou de simples individus, au regard des anomalies, dérives et abus constatés dans le cadre du scrutin». Il choisit donc de ne pas choisir laissant Hery Rajaonarimampianina bien esseulé. Mais pour ce dernier, le pire était encore à venir, car quelques heures après, Camille Vital qui avait engrangé 6,85% des voix au premier tour, décide de rejoindre Jean Louis Robinson. Le château de cartes échafaudé par Andry Rajoelina, qui claironnait que les candidats de la «révolution» de 2009 avaient totalisé 55% des voix, est en train de s’écrouler.

 

Ma prise de position, dans mon dernier article, en faveur de Robinson, m’a valu ces réflexions d’un ami, dont je reproduis quelques extraits mais dont la totalité se trouve dans la partie «commentaires» (voir article : «Présidentielles sous ingérence et sous pressions ?... ») :  

« Alain,

Marc Ravalomanana a choisi le Dr Robinson parce que ce dernier est, avec tout le respect que je lui dois, le moins susceptible de lui faire de l'ombre… J'ai bien peur, de ce fait, que tes espoirs de "vérité et réconciliation" à la sud-africaine, soient très vite déçus... 

Je comprends tout à fait que tu veuilles, comme beaucoup de nos compatriotes, donner un coup de pied au cul à Tgv et sa clique. Mais il ne faut pas te bercer d'illusions, Madagascar sous Ravalomanana, par Robinson interposé, ne sera pas un pays de réconciliation et de démocratie.

Bien à toi.»

 

La perplexité et le pessimisme de cet ami, de gauche, démocrate et fidèle car il a assisté à toutes les audiences qui m’ont opposé au vice-premier ministre dans l’affaire Nadine Ramaroson (voir article : «Vice-premier ministre contre le blog»), sont logiques, cohérents et éminemment respectables. Ils reflètent même, je pense, l’opinion d’une large partie des électeurs, qui ne supportent plus le comportement du pouvoir de transition, ses exactions, ses prédations maffieuses mais se demande si Marc Ravalomanana a vraiment évolué dans sa vision du monde et du pouvoir. On dépasse largement le cadre de l’analyse politique pour rentrer dans les valeurs et la psychologie. N’oublions jamais que l’Afrique du Sud a évité le chaos et la guerre civile car Nelson Mandela et quelques autres responsables ont fait preuve de clairvoyance, de magnanimité et de force morale. Toutes ces qualités tiennent du mental et dépasse largement le calcul politique, surtout celui qui s’affuble du qualificatif de «haute politique». Cette dernière ne se base que sur les rapports de force, les intérêts et les évolutions possibles de la situation. Il n’y a de place, ni pour la compassion, ni pour la repentance, ni pour l’honnêteté. C’est un comportement de pouvoir honteux mais qu’à Madagascar, on a considéré comme très «intellectuel». Le maître incontesté de cette amoralité est Norbert Ratsirahonana, père de l’empêchement du professeur Zafy le 5 septembre 1996, obtenu par la corruption des parlementaires, et du «changement extra-constitutionnel» du 17 mars 2009, réussi par la manipulation d’officiers côtiers (voir article : «Ce n’est pas encore le mot de la fin»). Les adeptes de cette «haute politique» considèrent que la fin justifie les moyens, de la trahison au meurtre et évidemment le mensonge. Le résultat est une déstabilisation permanente du pays depuis 1972. Et en 2013, Madagascar a décroché la palme du «pays le plus pauvre du monde», avec 92% de sa population qui vit avec moins de 2 dollars par jours, selon les rapports de la Banque Mondiale.  

 

madagascar_cycle-document-Banque-Mondiale.jpg

 

Ce qu’on attend donc de Marc Ravalomanana est exactement l’attitude inverse, le respect de sa parole, de la vie humaine, des institutions et du droit, et tant pis si c’est de la «basse politique». L’ancien président se réclame en plus d’une certaine foi chrétienne puisqu’il est vice-président de l’église protestante. Il devrait donc, sans se forcer, se retrouver sur la même longueur d’ondes que Nelson Mandela et son ami Monseigneur Desmond Tutu. De plus, à son corps défendant, il a passé un certain nombre d’années en Afrique du Sud et ce séjour vaut mieux pour lui que toutes les théories. Il a pu voir comment un pays qu’on pensait voué à une guerre civile ou à une situation chaotique est en train de devenir une puissance économique et une référence morale pour le monde.

 

Je crois savoir qu’effectivement, l’ancien président a quand même changé. Les 27 ans que Nelson Mandela a passé à Robben Island, loin de le détruire, ont élevé sa réflexion (voir article : «Madagascar : Invictus!...»). Les 5 ans d’exil de Marc Ravalomanana ont peut-être produit les mêmes effets. Certains évènements et  épreuves peuvent montrer à l’être humain la vanité des choses matérielles qu’affectionnent la société et la profondeur de certaines attitudes morales qui sont tout simplement la vie. On le verra à son retour mais c’est le pari que je prends (et je ne dois pas être le seul). L’ancien président doit désormais se comporter comme un vrai raiamandreny en laissant le nouveau président (Robinson) libre de mener sa propre politique. Plutôt que de jouer les éminences grises, il sera inspiré de rester plutôt dans le rôle du conseiller qu’on viendrait consulter, en respectant un impératif devoir de réserve. Bref, il acquerra le statut de sage, en se comportant comme Nelson Mandela quand ce dernier a quitté volontairement le pouvoir.

 

Quant à Robinson, il devra imprimer sa marque en intégrant un volet social cruellement absent du programme de Marc Ravalomanana qui s’est attelé aux infrastructures en oubliant que c’est l’humain qui est la première richesse à valoriser. Malgré un taux de croissance moyen avoisinant les 6%, l’injustice sociale et les abus de pouvoir ont fini par entraîner un fort mouvement de contestation exploitée ensuite par ceux qui ont dirigé le putsch.

 

Beaucoup d’électeurs voteront au second tour d’abord pour «donner un coup de pied au cul à Tgv et sa clique», comme l’écrit familièrement mais très clairement cet ami. Il ne s’agira pas d’un blanc-seing donné à Robinson, encore moins à Marc Ravalomanana. Les inconditionnels de l’ancien président sont loin d’être assez nombreux pour constituer une majorité. Le gros des électeurs du second tour voteront d’abord pour mettre dehors la Haute Autorité de Transition, devenue au fil des mois une Haute Autorité de Trahison, qui après avoir éliminé les idéalistes s’est vendue aux intérêts étrangers. Terres, forêts primaires (bois de rose), or, souveraineté, etc…, tout a été bradé par des politiciens avides qui se sont parfois mués en criminels.

 

Ni Jean Louis Robinson, ni Marc Ravalomanana ne devront se tromper sur cette future victoire. L’exemplarité dans leurs conduites sera exigée sous peine d’en subir rapidement les conséquences. La réconciliation nationale, qui ne doit pas méconnaître la justice, sera une des clés qui conditionnera la stabilité du prochain gouvernement. Marc Ravalomanana l’a promis en 2002 sans la mettre en œuvre. L’action sociale sera enfin une priorité car c’est elle qui assurera la pérennité de la croissance. Les fruits du travail équitablement distribués éviteront des crises à répétition. La refondation et la valorisation de l’armée (voir article : «Refondation : L’armée malgasy aussi, svp !...») recentrée sur ses missions régaliennes, la défense de la nation et de tous nos territoires, lui évitera la tentation de se mêler de politique. Au vu des attentes de la population après ces 5 ans d’enfer, la feuille de route qu’elle aimerait voir suivre semble relativement claire. Elle a assez souffert et n’accordera plus de droit à l’erreur. Comme nos dirigeants ex et futurs ont tendance à démarrer certains de leurs meetings par des prières, qu’on les voit ostensiblement assister à des messes et autres cultes, on leur rappellera l’exhortation du prophète Michée aux enfants d’Israël alors en pleine débandade : «On t’a fait connaître, homme, ce qui est bien et ce que l’Eternel demande de toi ; c’est que tu mettes en pratique le droit, que tu aimes la bonté et que tu marches humblement avec ton Dieu.» (Michée 5 : 8).  On est loin de la «haute politique» et de l’arrogance ambiante…

 

Photo 1 : Pour l’instant, Marc Ravalomanana soutient loyalement Jean Louis Robinson depuis l’Afrique du Sud (photo TanaNews).

 

Photo 2 : La leader des Verts, Saraha Georget Rabeharisoa, a fait rentrer durablement l’écologie dans la sphère politique malagasy grâce à son score honorable (Photo Tsilavo Rapiera. Merci à l’auteur pour son accord ! http://www.tsilavorapiera.com/).

 

Photo 3 : le cycle de crise malagasy. Chaque période de croissance est suivie par une crise politique. La frustration d’une majorité de la population, qui ne voit aucune répartition des richesses mais assiste à l’opulence arrogante des dirigeants et de la nomenklatura, entraîne toujours une réaction. La justice sociale, une démocratie réelle et le contrôle effectif des richesses du pays par le peuple, via le Parlement et les diverses institutions (y compris les médias), résoudra ce problème définitivement. (Document Banque Mondiale)

 

Alain Rajaonarivony

 

Partager cet article

Published by Alain Rajaonarivony
commenter cet article

commentaires

Zandry_empak'adalana 02/12/2013 13:30


En tout cas, ces votes protestataires qui basculent á chaque fois contre l'équipe en place, juste pour être contre et par manque d'alternative credible, ca met beaucoup d'incertitude. Aussi, ces
candidatures farfelus comme celle de la pseudo-vert Sarah, qui n'a même pas été foutu en 4ans de pondre un vrais programme credible, n'ont que déshonoré ce pays.


Maintenant elle essaie comme les autres de s'assurer une chaise au gouvernement ou parlement (...) Pour un pas en avant, c'est vraiment un tout petit pas miserable! C'est á croire que Madagascar,
c'est l'eldorado des profiteurs et imposteurs.


Je n'aimerais pas être dans la peau du prochain vainqueur, quand on pense á la pressions permanente qu'on va essayer de lui soumettre, dans le dos, de face et à l'interieur de son camps, jusqu'á
ce qu'il ...(change de chemise).