Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Alain Rajaonarivony
  • Contact

Profil

  • Alain Rajaonarivony

Recherche

17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 13:44


Mamy Rakotoarivelo, ancien vice-président de l’Assemblée nationale avait été choisi par la mouvance Ravalomanana à Addis-Abeba pour diriger le Congrès de la transition. Cette instance doit faire office de chambre basse, pendant les quelques mois de cohabitation préludant à la IVème République. Lors de la passation entre Jacques Sylla, ancien président de l’Assemblée, et lui-même, le 12 novembre, il a fait preuve d’un véritable esprit de conciliation et repris certains députés de son propre parti qui chahutaient son prédécesseur, qualifié de «traître». 

 

Les membres du Congrès qui représenteront le chef d’état sortant seront choisis parmi les anciens élus dont le mandat a été arbitrairement suspendu par la HAT (Haute autorité de transition) en mars, après le coup d’état. Ils sont au complet, contrairement aux autres mouvances, dont certains représentants ne savent pas encore s’ils seront ministres ou députés de la transition.

 

Mamy Rakotoarivelo se veut optimiste malgré tous les blocages actuels au niveau du gouvernement car, selon sa formule, «nous sommes tous co-responsables (les 4 mouvances)». Certains ministères sont particulièrement sensibles «car ils peuvent influencer directement sur le déroulement de la future campagne présidentielle» ajoute-t-il. Il s’agit notamment de la Justice, de la Défense nationale et de la Décentralisation. Pour le premier cité, «on pourrait envisager de mettre un magistrat qui serait une personnalité neutre». Il suit avec attention le dossier des prisonniers politiques.

 

Dès la formation du gouvernement consensuel et la mise en route des institutions de la nouvelle transition, «on pourrait envisager le retour du président Ravalomanana, conformément aux accords signés. Raisonnablement, on peut espérer ce retour pour janvier 2010». Venant de la bouche du nouveau responsable du Congrès, très proche de l’ancien président, on peut considérer que ce n‘est pas une simple supputation. Les événements risquent de s’accélérer.

 

Photo : Mamy Rakotoarivelo (au 1er plan) avec Marc Ravalomanana à Addis-Abeba le 6 Novembre (Sobika)

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

Repost 0
Published by Alain Rajaonarivony
commenter cet article
16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 13:29


Roindefo Monja a bien fait les choses : fanfare, ambassadeurs et protocole. Ce 13 novembre, le rituel républicain qui entourait la passation avec son successeur Eugène Mangalaza aurait presque fait oublier que lui-même avait été nommé un certain 7 février sur la place du 13 mai. Monja s’est un peu racheté en forçant ses «amis» putschistes à abandonner leur tradition du viol de la Constitution et des lois de la république. Niels Marquardt, l’Ambassadeur américain en poste à Antananarivo ne s’y est pas trompé. Il était présent à la cérémonie, alors même que Monja l’avait pris à parti violemment il y a quelques mois, justement parce qu’il dénonçait ces manquements au respect des fondamentaux de l’état de droit. Le diplomate a fait part de sa satisfaction «d’être le témoin d’un pas très positif vers le rétablissement de l’ordre constitutionnel». «…La passation de pouvoir dans la paix entre les deux Premier-ministres montre la volonté politique d’apaiser la situation et d’aller de l’avant» ajoutera-t-il. C’est un satisfecit qui vaut son pesant d’or pour Roindefo Monja, réhabilité aux yeux de la communauté internationale. Car parmi les diplomates se trouvaient aussi les représentants de la Chine, de la Norvège ou de l’Afrique du Sud, des nations qui n’ont pas spécialement apprécié le coup d’état.

 

Son avenir politique est désormais plus ouvert et plus clairement tracé. Il peut se projeter dans l’après-transition en ayant réussi à se défaire en partie des casseroles du putsch. Son nouveau média, «24heures.mg», n’a pas hésité à titrer sur l’ingérence française et la Françafrique. Il prend ainsi à contre-pied son «ex-ami» Andry Rajoelina et ses sponsors. Ce dernier, qui a été récupéré à Addis-Abeba pour permettre enfin une sortie de crise, continue à batailler sur des questions de protocole avec ses co-présidents. C’est le grand n’importe-quoi et un combat d’arrière-garde. Son sort risque d’être définitivement scellé dans quelques mois mais sûrement pas en devenant un président élu. Il serait plus intelligent pour lui de profiter de ce court laps de temps  pour tenter de laisser une trace plus positive dans l’histoire.

 

Le co-président Fetison Rakoto Andrianirina, a reçu l’Ambassadeur de Chine, Wo Ruidi, dans sa suite au Carlton le 12 novembre. Il doit donner ses audiences à l’hôtel puisqu’il ne dispose pas d’un bureau, tout comme son collègue, l’autre co-président, Emmanuel Rakotovahiny, depuis la signature des accords d’Addis-Abeba le 6 novembre. Il est clair que les ex-putschistes cherchent à humilier les co-présidents en ne leur accordant pas le moindre égard. Le diplomate chinois a fait part de la disponibilité de son pays à octroyer une aide pouvant atteindre 4 milliards de dollars à Madagascar.

 

Juste au retour d’Andry Rajoelina d’Addis-Abeba, où on lui a offert le rang protocolaire de chef d’état, mais sans les pouvoirs de ce dernier, l’Ambassadeur français s’est précipité au palais d’Iavoloha le 10 novembre pour présenter ses lettres de créance. Il était temps ! Depuis le 19 mars, date de son arrivée dans la Grande Ile, il s'exprime et s’implique, prenant ainsi des libertés avec les usages diplomatiques, qui demandent la réserve tant que ces lettres n’ont pas été remises. On peut comprendre qu’il ne voulait pas laisser la part belle à son homologue américain et tenait à être plus «qu’un chef d’escale d’Air France» (le mot étant de Nicolas Sarkozy, pour les récriminations, prière de s’adresser à son auteur). Mais que faisait le drapeau malgache sur son véhicule? Normalement, c’est un privilège réservé aux visites d’état. Il témoigne en tout cas de la haute estime dans lequel il est tenu par les ex-putschistes.

 

Andry Rajoelina et Fetison Rakoto Andrianirina devraient représenter la Grande Ile au sommet mondial de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) qui se tient à Rome du 16 au 18 novembre. Une note de l’Ambassade malgache en Italie provoque depuis quelques jours l’ire et les délires des partisans du coup d’état : «…chefs de délégations : conjointement M. Andry Rajoelina et Fetison Rakoto Andrianirina, respectivement Président et Co-président de la Transition (institutionnellement, ces deux personnalités doivent être traitées et considérées à égalité)…».

 

Raharinaivo Andrianantoandro, ex-député, porte-parole du TIM et leader légaliste, en prison depuis le 15 septembre et hospitalisé à la suite de la dégradation alarmante de sa santé, a entamé une grève de la faim depuis le dimanche 15 novembre. Les prisonniers politiques n’ont toujours pas été libérés malgré les engagements d’Addis-Abeba. C’est un sujet grave, non seulement pour les victimes, mais aussi pour la société qui attendait une prise de responsabilité des gouvernants. Mais apparemment, ils sont encore accaparés par les histoires de protocoles. A chacun ses soucis !

 

 

Alain Rajaonarivony




Repost 0
Published by Alain Rajaonarivony
commenter cet article
8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 15:26


C’était très mal parti. L’ancien président Ravalomanana dès son arrivée le 1er novembre dans la capitale éthiopienne, avait tancé vertement Ablassé Ouedraogo, «simple consultant de l’Union Africaine» pour ses propos concernant les réunions du 6 octobre au Carlton. Outrepassant son devoir de réserve, Ouedraogo avait émis publiquement l’idée que la présidence de la nouvelle transition était acquise à Andry Rajoelina, même sans la signature des 4 responsables des mouvances engagées dans les négociations quadripartites. Il voulait sans doute appuyer la position française, exprimée par Alain Joyandet, secrétaire d’état à la coopération : Andry Rajoelina est le président de la transition, reconnu par la communauté internationale. Du moins, c’était le vœu le plus cher de l’Hexagone.

 

Ravalomanana a changé d’hôtel pour ne plus dépendre de l’organisation de l’Union africaine et demandé aux autorités éthiopiennes d’assurer sa sécurité. «La responsabilité des uns et des autres, devant l'Histoire, est pleinement engagée, et aucune considération particulière, aussi légitime fût-elle, ne saurait valoir devant la primauté indiscutable de l'intérêt général» déclarera Jean Ping, le président de la commission de l’Union africaine lors de son discours d’ouverture. Il mentionnera la «lassitude quasi-générale» de la population, ressentie aussi par les médiateurs. 

 

Comme à Maputo II, les discussions se sont immédiatement focalisées sur la présidence de la nouvelle transition. Andry Rajoelina considérait qu'elle lui était acquise depuis Maputo I et le Carlton. Marc Ravalomanana, lui,  persistait dans son refus : il ne voulait pas d’un putschiste à la tête de cette entité. Les 3 jours de négociations sont ainsi passés. Le 5 novembre à minuit, le temps officiel imparti était épuisé mais les Malgaches continuaient de discuter. Alors qu’on entamait la journée du 6, vers 1heure et quart du matin, Andry Rajoelina provoque un incident diplomatique. «Je pars, je pars !  S'ils ne veulent pas de ma présidence, je pars. Mais ils en seront les responsables» clame-t-il en sortant de la salle avec sa suite.

 

Consternation des autres participants, à commencer par Joaquim Chissano. Choqué, ce dernier déclare : «Ce n’est à vous de partir car je suis le président de séance…C’est moi qui doit partir si je ne sers plus à rien, pas vous». Il sera retenu par Tiébilé Dramé et Edem Kodjo alors que la délégation de la HAT (Haute autorité de transition) quitte la réunion au pas de course Le vieux professeur Zafy, doyen des présidents malagasy, a du mal à cacher son indignation : «Diriger un pays, ce n’est pas comme ça…C’est un tort énorme, énorme, ca lui coûtera très cher… Il est le plus jeune, il ne respecte pas les vieux. Il y a quand même le respect de l’âge… Son comportement… n’est pas très malgache…Ce qu’il a fait aujourd’hui, c’est une honte pour les Malgaches. C’est une honte pour quelqu’un qui prétend diriger le pays…Il n’a quand même pas dix ans».

 

Dans la matinée, Didier Ratsiraka, qui avait fêté ses 73 ans la veille, présentera ses excuses à Joaquim Chissano au nom de ses compatriotes. Andry Rajoelina reviendra finalement en début d’après-midi. Ce psychodrame accouchera d’une solution logique et qui était dans les cartons depuis bien longtemps au cas où : une présidence collégiale où toutes les mouvances seraient représentées. Seule celle de Didier Ratsiraka en est absente car elle hérite de la primature où Eugène Mangalaza est confirmé. Tout le monde participe ainsi à l’exécutif et chacun sauve la face. 

 

Font donc partie de la direction présidentielle collégiale :

- le Docteur Emmanuel Rakotovahiny, présenté par le professeur Albert Zafy, qui passe du statut de vice-président, prévu le 6 octobre au Carlton, à celui de co-président,

- Fetison Rakoto Andrianirina, le représentant de Marc Ravalomanana, lui aussi co-président

- et le plus jeune, Andry Rajoelina, qui sauvegarde son «acquis» en préservant une légère prééminence protocolaire sur ses deux collègues mais sans pouvoir supplémentaire.

 

La France le 7 novembre, par la voix de Bernard Kouchner, son ministre des Affaires étrangères, «salue la conclusion positive… des négociations inter-malgaches». Elle peut ! Sa représentante à Addis-Abeba, Béatrice Lederlé, s’est dépensée sans compter. Andry Rajoelina s’en est finalement sorti mais très affaibli. Aucune décision ne pourra désormais être prise au sommet de l’état sans la signature des 3 co-présidents. Marc Ravalomanana s’est réjoui du fait qu’Andry Rajoelina ne soit plus «le chef». En plus de la primature, Didier Ratsiraka obtient les Finances en échange de 2 ministères moins stratégiques.   

 

En marge des négociations s’est déroulée une autre bataille, plus anecdotique. Les 2 courants du GTT (Gasy Tia Tanindrazana), légalistes, ont chacun envoyé une délégation à Addis-Abeba. Le «GTT international» était représenté par l’emblématique jeune avocate Vony Rambolamanana et un autre militant. La branche dissidente, le «Collectif GTT» a mandaté 4 personnes. L’enjeu était la reconnaissance du «former président» Marc Ravalomanana. La lutte a tourné à l’avantage du «GTT international».

 

Le maintien d’Andry Rajoelina ne peut faire illusion. La HAT, déjà moribonde, termine son aventure par un échec total dans tous les domaines : une économie détruite, des libertés bafouées et une corruption encore plus visible que sous le régime précédent. Le scandale du bois de rose, qui a coûté 120 millions de dollars au pays n’en est qu’un exemple. Pour avoir plus détails sur cette affaire, on peut se référer à un excellent article d’Achille sur son blog (Reflexiums, en lien). La nouvelle transition s’attèlera sans doute à une remise aux normes républicaines des pratiques de l’état. On ne devrait plus voir les membres de la FIS (Force d’intervention spéciale) faire des descentes pour aller arrêter, tabasser ou menacer des citoyens pour la simple raison que leurs idées ne leur reviennent pas.

 

La Grande Ile dispose maintenant de 3 présidents non élus à sa tête mais on s’abstiendra de ricaner (bien que… !). Cette solution apparaît comme la moins mauvaise, en permettant l’apaisement et en ouvrant au peuple la possibilité de s’exprimer enfin par des élections avant fin 2010. Le compte à rebours a d’ors et déjà commencé. On peut raisonnablement espérer que la fin de l’embargo économique par la communauté internationale, ramènera un minimum d’embellie dans le domaine des emplois. Ce sera un peu de soleil pour une population exsangue qui se bat depuis des décennies pour le respect de ses libertés.

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

Repost 0
Published by Alain Rajaonarivony
commenter cet article
1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 22:49


Madagascar est un paradis ! A lire certains éditorialistes pro-HAT (Haute autorité de transition, issue du coup d’état), les touristes se bousculeraient dans les stations balnéaires pour jouir du soleil, de la mer et de la gentillesse des habitants. Les hôteliers et les restaurateurs ne seront pas tout à fait d’accord mais cela n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est le fantasme.

 

Si l’on s’en tient aux faits, c’est-à-dire par exemple aux statistiques, ce pays serait plutôt maudit. Au niveau économique, la croissance est passée de 7% à 0% en moins d’un an, la monnaie a dévalué de 25% dans le même temps, les importations sont en chute de 60 % etc… L’indice de développement humain est encore plus parlant. L’espérance de vie, déjà faible – 59 ans -, a baissé, le taux de scolarisation, ascendant depuis 2002, décroît à mesure que les effets de la crise s’abattent sur les parents, le Sud (l’Androy) connaît toujours la disette, en fait une véritable famine. Le taux de mortalité infantile est effrayant…

 

Les chiffres, loin des standards du XXIème siècle, ne seraient normaux que dans un pays en guerre. Le hic, c’est que depuis la rébellion de 1947 contre le colonialisme, la Grande Ile n’a plus connu de conflit. Les tensions ultérieures n’ont été ensuite que le fait des hommes politiques. Dès l’indépendance, acquise en 1960, l’appareil d’état n’a cessé de se dégrader, lentement d’abord puis de plus en plus vite. L’administration s’est mise progressivement au service du pouvoir en oubliant totalement le peuple dont elle est sensée être au service. Le «taux de bonheur brut» tend vers zéro pour la population, comme son degré de liberté, mise en évidence par Reporters sans Frontières. Ce n’est pas le cas des dirigeants dont le comportement fait penser à des affamés se jetant sur un gâteau : sans retenue et sans respect pour les autres.

 

Prétentieux, incompétents, lâches, veules ou félons sont des qualificatifs durs que les observateurs appliquent aux politiciens malgaches. Le dernier «traître» en date de quelque importance est Alain Andriamiseza, un des principaux meneurs des légalistes devenu du jour au lendemain ministre du gouvernement Monja II, sensé être son adversaire, le 8 septembre dernier. Ce que le grand public ignore, c’est qu’un certain nombre d’autres leaders légalistes ont aussi déposé leurs curriculum vitae mais n’ont pas été retenus.

 

La France fait flèche de tout bois pour tenter d’imposer Andry Rajoelina à la tête de la nouvelle transition et «éviter qu’il ne mange son chapeau» comme me l’a dit si bien un responsable français. Mais «il sera sans pouvoir», a-t-il ajouté pour faire passer la pilule. L’ancienne puissance coloniale aurait tort de se gêner. Ce ne sont pas les collabos, prêts à tout pour avoir un poste, qui manquent. Cette classe politique sans scrupule n’a pas arrêté d’humilier et de trahir le peuple.

 

Le 25 septembre à New-York, Madagascar a été mortifié devant la communauté des nations (voir article «Humiliations au Sommet»). On le doit au «ministre des affaires étrangères», Ny Hasina Andriamanjato, dont l’incompétence n’est plus à démontrer. Ce fut «la honte internationale» comme dirait les Pieds-noirs. Dans une autre culture, le responsable se serait fait hara-kiri, dans d’autres, il aurait démissionné. A Madagascar, il continue d’exercer le rôle de chef de délégation du président de la HAT et prend la parole sans gêne apparent.

 

Le 28 octobre est sortie une interview du président Ravalomanana dans «Le Monde», désastreuse. La communication, domaine très sensible, ne tolère pas l’improvisation. Celui qui lui a soufflé les réponses avait sans doute plus à coeur de se faire valoir que de soigner l’image du pays ou celui de son commanditaire.

 

Le sens de l’honneur indissociable de la fidélité à ses principes n’est pas une valeur en vogue à Madagascar. L’intérêt particulier prime toujours sur celui de la nation pour des politiciens prêts à se retourner autant de fois que nécessaire pour se maintenir. Cette incapacité à avoir une vision d’homme d’état qui pense d’abord aux générations futures avant ses avantages immédiats les a empêchés d’initier le moindre dialogue pour sortir de la crise.

 

Les premières rencontres entre les rivaux au Hintsy à Antananarivo fin février (voir article : «D’heure en heure vers l’échec»), porteuses d’espoir pour le peuple, n’étaient qu’une vilénie de plus. Jacques Sylla, responsable de la délégation de Marc Ravalomanana, était de connivence avec la partie adverse et a agi pour piéger son président. Le chef des médiateurs, Monseigneur Odon Marie Arsène Razanakolona, était lui aussi dans le complot. Trahissant à la fois son statut de négociateur et son éthique chrétienne, il mérite largement son surnom de Monseigneur Omar donné par un chroniqueur, en étant doublement traître. Il a détruit la crédibilité de la fédération des églises (FFKM), le seul recours moral qui restait encore aux malgaches. A l’époque, on parlait de la sympathie prononcée du pasteur Lala Rasendrahasina pour Ravalomanana, trop voyante pour qu’il puisse être impartial. Son collègue catholique au sein de la FFKM a été plus sournois.

 

Il n’est donc pas étonnant qu’il ait fallu l’intervention de la communauté internationale pour débloquer la situation. Le round suivant se déroule à Addis-Abeba du 3 au 5 novembre. Nul doute que les Malgaches vont y donner un spectacle lamentable, comme d’habitude. Sauf si… un petit grain de sable n’enraye la machine à descendre toujours plus bas. Depuis son arrivée à Antananarivo, Mamy Andriamasomanana (voir article : «Quitte ou double») travaille discrètement à une remise aux normes du processus et des objectifs des négociations. Il a su se faire apprécier au point qu’Andry Rajoelina lui a proposé de devenir son directeur de cabinet, offre qu’il a poliment déclinée. Mais il devrait être à Addis-Abeba en tant que conseiller technique. Connaissant parfaitement maintenant les deux principaux protagonistes, Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana, et estimé par Didier Ratsiraka, il tentera l’impossible…

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

Repost 0
Published by Alain Rajaonarivony
commenter cet article
24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 17:33


Le Conseil d’état s’est donc défaussé ce 22 octobre. Il a refusé de trancher dans le différend opposant Andry Rajoelina à Roindefo Monja. La cour a argué de son «incompétence» à apporter une réponse sur le fond : qui était le plus illégal des deux ? Un président putschiste qui n’est pas encore reconnu officiellement comme dirigeant de la nouvelle transition consensuelle ? Ou son Premier ministre nommé sur la place du 13 mai le 7 février, tous les deux ayant ensuite entraîné la foule au massacre devant le palais présidentiel ?

 

Toujours est-il que le nouveau premier-ministre Eugène Mangalaza, adoubé par le GIC (Groupe de contact international) a repris aussitôt l’avion pour Paris dès que le conflit a éclaté entre les deux «amis». Ce qui a obligé Andry Rajoelina à nommer un premier-ministre par intérim en la personne de Cécile Manorohanta, la ministre de l’intérieur, nomination elle-même sujette à caution. Mais plus rien ne suit les normes légales et juridiques à Madagascar. Car si Roindefo Monja n’est plus premier ministre depuis le 10 octobre, son gouvernement aurait dû démissionner. De «l’extra-constitutionnel», on aboutit fatalement à «l’extra-juridique» qui débouche logiquement sur un aveu d’incompétence des magistrats désirant encore appliquer les lois. La ministre de la «justice» n’a pas manqué d’ailleurs de faire pression sur la cour.

 

La seule loi qui a conduit à cette situation, c’est celle des kalachnichovs de la partie mutinée de l’armée. Tout le reste n’est que sophisme ! Ce postulat explique pourquoi il est si difficile de retrouver les normes du droit international dans la gouvernance. Les militaires  qui occupent des fonctions ministérielles semblent certains de retrouver leurs postes et se paient maintenant le luxe de rester en retrait de cette bataille politique. Ce n’est pas le cas de tout le monde, et les ministres en sursis se démènent actuellement dans tous les sens.

 

Madagascar dispose donc de 3 Premier-ministres, plus ou moins «illégaux» selon la lecture qu’on veut faire de la loi. Le seul Premier-ministre légal, Manandafy Rakotonirina, nommé par Marc Ravalomanana quand ce dernier était encore le seul chef d’état reconnu par la communauté internationale, a été mis hors-jeu après sa mise en résidence surveillée.

 

On peut rendre justice, c’est le cas de le dire, à Roindefo Monja, d’avoir suivi la voie légale pour tenter de régler son problème avec Andry Rajoelina. Il s’est tout de même retranché à Mahazoarivo, le palais de la Primature, avec sa garde fortement armée et motivée en attendant le verdict. Cela a aidé les «autres» d’en face à jouer le jeu des joutes oratoires au lieu d’envoyer la FIS (Force d’intervention spéciale) comme à l’accoutumée. Une spirale vertueuse, le retour vers une normalité démocratique, a été enclenchée, à cause de (ou grâce à) la résistance de Monja. Le feuilleton n’est pas fini car l’ex-toujours Premier ministre, dès le lendemain 23 octobre, a fait part de son intention d’introduire un recours en annulation pour vice de procédure, tout en invoquant l’état de droit. Il ne quittera son poste qu’après la réunion d’Addis-Abeba prévue vers le 3 novembre où les 4 mouvances signifieront officiellement qui doit occuper la Présidence, la vice-présidence et la primature de la nouvelle transition consensuelle.

 

 Roindefo Monja s’est plaint amèrement des propos de certains journalistes. On n’est jamais mieux trahi que par les siens, et si la plupart des médias se sont contentés de rapporter leurs dissensions, le quotidien «La Vérité» et le site «Madagate» ont parlé de sa «trahison» en des termes très durs. Militants, ce sont plus des médias d’opinions que d’informations. La polémique entre Fox News et l’administration Obama a permis au grand public ce mois-ci de mieux appréhender la différence entre les deux. Barack Obama est Prix Nobel de la Paix depuis le 9 octobre 2009 «pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples», dixit le jury. Cela n’empêche pas Fox News de le descendre consciencieusement à chaque édition. L’idéologie primant sur l’honnête analyse, la chaîne casse du Barack  tout en taisant pudiquement les faiblesses des Républicains.

 

Les propagandistes et les journalistes ne jouent pas dans la même cour. Si les premiers sont souvent polémiques, parfois haineux, les autres sont astreints à une certaine sobriété, d’autant qu’une carte de presse n’a jamais fait un bon gilet pare-balles. Quand une junte militaro-civile est au pouvoir, le reflexe est plus à l’auto-censure qu’aux grandes emphases. On a assez parlé des exploits du CAPSAT et de la FIS (force d’intervention spéciale). Madagascar a connu une chute vertigineuse dans le classement de Reporters sans frontières. Tous les critères de liberté sont au rouge : insécurité, menaces, censures, fermetures de médias, emprisonnements de journalistes voire meurtre. La Grande Ile passe de la 95ème place sur 173 en 2008 à la 134ème sur 175 en 2009.

 

Au niveau économique, la descente aux enfers continue. L’Ariary  a crevé le plafond de 3000 Ar pour 1 Euro officiellement depuis le 15 octobre (contre 2400 Ar pour 1 Euro avant la crise) et continue sa glissade. La raréfaction des devises fait les beaux jours du change parallèle. Le secteur touristique est totalement sinistré. Le pays avait reçu 400.000 visiteurs en 2008, chiffre qui aurait dû doubler dans les 3 ans. La HAT (Haute autorité de transition) table sur 150.000 touristes pour cette année, une prévision plus qu’optimiste, soit 3 fois moins que les projections d’avant crise. Cela signifie plusieurs dizaines de milliers d’emplois perdus. Le textile attend dans l’angoisse la fin des négociations. En cas d’échec et de maintien de l’embargo, ce sera des centaines de milliers de personnes, les employés des zones franches et leurs familles, qui seront touchées à court terme. Pour la première fois, ce mois-ci, les fonctionnaires ont un retard dans la perception de leurs salaires. Les seuls à ne pas se plaindre sont l’armée et la police : nouveaux équipements, primes et surprimes, promotions, augmentations des soldes, tout va bien.

 

Un motif d’optimisme dans cette sinistrose : Le haut débit (l’ADSL) arrivera enfin à Antananarivo, grâce à Orange, dans les prochains jours. L’opérateur français aura réussi son challenge lancé en mars 2008. Marc Ravalomanana savait mieux que personne ce qu’il doit à Internet, et depuis 2002, on annonçait une liaison par câble, toujours reportée. Ce temps perdu, dû à un manque évident de volonté politique, aurait peut-être permis à Tiko de prendre pied dans ce domaine. En attendant, les Malgaches accumulaient les retards sur le reste du monde. Le haut débit, c’est des plateformes d’appels, des délocalisations de services, une incitation pour les sociétés en pointe utilisant systématiquement les transferts de données et de fichiers à s’installer… Ce que l’état malgache n’a pas été capable de faire en 7 ans, une société française l’a fait en un peu plus d’un an et pour peanuts, une trentaine de millions d’Euros (35 exactement), à comparer avec les 60 millions de dollars qu’a coûté Force One II aux contribuables. Il aura fallu le sommet de l’Union Africaine prévu pour le mois de juillet dernier, le haut débit étant prévu pour cet événement, pour que la connexion devienne effective. Notons que 90% de l’équipe d’ingénieurs qui procède aux installations sont des Malagasy, 100% en ce qui concerne la société informatique prestataire.

 

L’ADSL (ou «liaison numérique à débit asymétrique» en français)  permettra une connexion moins onéreuse et beaucoup plus rapide au reste de la planète. Elle prendra aussi une autre dimension pour les Malgaches, internet étant un espace de liberté. Ils pourront s’évader plus facilement en esprit pour échapper à une situation politique et une insularité devenues étouffantes. En attendant la vraie libération… aux élections où ils pourront enfin dire ce qu’ils pensent à tous ces individus qui prétendent parler en leur nom…

 

Photo 1 : Roindefo Monja sur la tribune du 13 mai, le 7 février 2009

Photo 2 : Le câblage sous-marin qui relie Madagascar au reste du monde

 

 

Alain Rajaonarivony




Repost 0
Published by Alain Rajaonarivony
commenter cet article
19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 12:53


Le capitaine Moussa Dadis Camara devient infréquentable. Ce 16 octobre, le gouvernement français a invité ses 2500 ressortissants à quitter la Guinée car selon Alain Joyandet, secrétaire d’état à la coopération, «on ne sait plus qui peut assurer la sécurité des civils». Depuis le massacre du 28 septembre, où 50.000 contestataires réunis dans un stade ont été pris sous le feu de l’armée et de la police, faisant au moins 157 morts et un millier de blessés, la situation n’a cessé de se dégrader. Il est désormais impossible de circuler la nuit dans la capitale, des hommes en uniformes vous y dépouillent et vous agressent.

 

Le putschiste, qui avait pris le pouvoir à la mort du «président général» Lansana Conté le 22 décembre 2008, avait promis de ne pas se présenter aux élections présidentielles prévues pour janvier 2010 avant de se raviser. Sa volte-face a conduit à cette vague de protestations réprimées dans le sang. Quelques jours avant cet épisode tragique, Patrick Balkany, un proche de l’Elysée, affirmait que la candidature de l’officier «ne posait pas de problème» car c’était son droit comme  pour tout autre citoyen. Cette déclaration était en contradiction avec les positions officielles françaises.

 

Les atermoiements de la politique africaine de l’Hexagone ont été relevés par «Le Monde» dans un article en date du 16 octobre intitulé «L’ambiguïté française face aux régressions démocratiques sur le continent africain». L’ancienne puissance coloniale semble avoir la nostalgie des réseaux Foccart. Mais outre que 2009 n’est pas 1960 (remarque déjà valable en 2002 lors de la crise malgache de l’époque), il y a une différence psychologique de taille. De Gaulle était reconnaissant à l’Afrique de lui avoir donné la première capitale de la France Libre, Brazzaville, en 1940. Jacques Chirac adore le continent noir et y entretient des amitiés fortes. Nicolas Sarkozy a, le moins qu’on puisse dire, fourni relativement peu d’efforts pour y être apprécié. La France dispose de moins en moins de relais efficaces malgré la présence dans la cellule Afrique de quelques vieux baroudeurs. Les amitiés personnelles au plus haut niveau ont souvent sauvé les intérêts français.

 

La Guinée est un exemple caricatural du changement d’époque en Afrique. La France a voulu sauvegarder ses positions en rentrant dans les bonnes grâces de Dadis Camara. Avec la dégradation de la situation, elle se retrouve maintenant en porte-à-faux avec ses idéaux démocratiques partagés par ses partenaires européens. Il y a 30 ans, on aurait pu taire les informations et minimiser l’ampleur des répressions. C’est devenu impossible avec la globalisation, la multiplicité des sources et l’accélération de la transmission des données, y compris les vidéos prises par téléphone portable et diffusées par Internet. Au moins l’Afrique a avancé dans ce domaine, rendant caduque la formule si commode auparavant, «nous ne savions pas !». La Chine, moins regardante ou moins hypocrite en matière de droits de l’Homme, a signé un accord de partenariat dans le domaine minier pour 7 milliards de dollars avec la junte au pouvoir, le jour même où la France demandait à ses ressortissants de partir. Cela s’appelle perdre sur les deux tableaux, sa crédibilité de démocratie (comment donner des leçons après avoir fait preuve de complaisance) et son influence économique.

 

La dérive incontrôlable des putschistes guinéens devrait rendre la France beaucoup plus sensible dans le traitement du cas similaire de Madagascar. Certains décideurs français avaient soutenu Andry Rajoelina dans sa démarche. Ce dernier était bien parti, soutenu par une partie non négligeable de la population, excédée par les dérives autoritaristes de Marc Ravalomanana. Mais les Malgaches ne voulaient pas d’un coup d’état. Pour la plupart des contestataires, il s’agissait d’un rappel à l’ordre. Le président devait tout au peuple. Il avait l’obligation de prendre en considération ses desiderata, une démocratie et une justice sociale effectives. Ils exigeaient aussi la fin de ses abus, dont certains vraiment puérils, comme l’achat d’un Boeing 737 de luxe à 60 millions de dollars, juste pour frimer devant les collèges de l’Union Africaine lors d’un sommet prévu en juillet dernier, alors que le Smig demeure à 30 Euros. On était loin là du contrat passé avec la population, qui s’était sacrifiée pendant 6 mois de grève générale, en 2002.

 

La précipitation de l’ambassadeur français fraîchement nommé au palais présidentiel le lendemain du coup d’état a été interprétée comme l’officialisation d’un soutien aux putschistes (voir article : «ce n’est pas encore le mot de la fin»). Les membres de la HAT (Haute autorité de transition) ne se sont pas privés de s’en prévaloir. Depuis, les positions de l’ancienne puissance coloniale semblent osciller entre les valeurs de la France et celles, incompatibles, de la Françafrique, au gré des déclarations officielles ou officieuses. Du moins elles sont ressenties comme telles par des Malgaches dont beaucoup sont demeurés francophones et francophiles mais qui ne supportent plus l’ingérence, d’autant qu’elle n’est pas spécialement inspirée. Le meilleur moyen pour la France de ne pas commettre d’impair et de garder une certaine influence est d’accompagner les démocrates et la démocratie.

 

Andry Rajoelina a largement démontré ses limites et ses compatriotes ne l’éliront sûrement pas comme futur président. Sa popularité est en chute libre. Son épouse s’est fait huer par le public lors du match international de basket opposant la Grande Ile au Mali le 16 octobre. Même comme chef d’état transitoire, il a du mal à s’imposer dans son propre camp. Le recours déposé auprès du Conseil d’état par Roindefo Monja, le premier ministre de la HAT, a suspendu la nomination d’Eugène Mangalaza comme nouveau premier ministre. C’est une petite victoire psychologique pour ce compagnon de la première heure (du coup d’état), sacrifié au nom du partage du pouvoir nécessaire dans le cadre des accords de Maputo. Andry n’est pas le plus pourri, mais outre ses problèmes (réciproques) quasi-oedipiens avec Ravalomanana, les plus retors de son camp l’ont entraîné loin du chemin du dialogue dans lequel il tente désespérément de revenir. Andry Rajoelina n’apparaît plus comme le représentant incontournable de la HAT, et par conséquent ne devrait pas nécessairement être le nouveau président de la nouvelle transition.

 

Pauvres mais fiers, voire orgueilleux, les malgaches sont aussi très rancuniers. Ce qui se passe maintenant aura des conséquences dans quelques années. Les Français ont été pris de cours en 1972, après la réélection de Philibert Tsiranana, pro-français s’il en était. Ils ont été surpris de la résistance des Malagasy en 2002 alors que Didier Ratsiraka semblait tenir tous les leviers, y compris l’armée. Dans les deux cas, ils ont dû réviser en catastrophe leur analyse. Dans sa conférence de presse par téléphone le 18 octobre, Marc Ravalomanana a tendu la main à la France, après l’avoir mise en cause avec quelques raisons. «Ce n’est pas dans votre intérêt que Madagascar soit déstabilisé… on peut travailler ensemble mais il n’est plus question de domination» a-t-il déclaré, répondant à un journaliste. C’est une opportunité pour la diplomatie française de sortir du bourbier de la HAT et de retrouver des relations normalisées avec la Grande Ile.

 

Photo : Les présidents Jacques Chirac et Marc Ravalomanana à Madagascar en juillet 2005

 

 

Alain Rajaonarivony 

 

 

 

Repost 0
Published by Alain Rajaonarivony
commenter cet article
12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 22:28


Une fois de plus, Andry Rajoelina est resté dans la tradition du coup d’état. Pour se débarrasser de son «ami» et Premier ministre, Roindefo Monja, devenu très encombrant, il est passé en force, en violant la nécessité du consensus de l’esprit de Maputo. Alors que les accords d’Antananarivo du 6 octobre devaient être entérinés par les 4 chefs de mouvance (Albert Zafy, Didier Ratsiraka, Marc Ravalomanana et lui-même) pour pouvoir rentrer officiellement en vigueur, le jeune putschiste a nommé le samedi 10 octobre au soir le nouveau Premier ministre Eugène Mangalaza. Cette précipitation est due à la résistance imprévue de Roindefo Monja, ulcéré d’avoir été jeté comme un kleenex. Celui-ci s’arcboute à son poste et dans une déclaration le même jour, attaque le GIC (Groupe de contact international) qui aurait cherché à le démettre par un simple communiqué de presse. Monja a introduit un recours le lundi 12 auprès du conseil d’Etat pour «surseoir à l’exécution» du décret de nomination de son successeur.

 

Dans le même temps, toujours le 10, un groupe d’officiers de la gendarmerie de Fort Duchesne mettait en garde contre la division de l’armée si on l’obligeait à suivre des directives politiques contraires aux intérêts de la nation. En clair, une destitution du Premier ministre en place, dont la nomination jusqu’à la fin de la transition a été validée par la HCC (Haute cour constitutionnelle) serait considérée comme une atteinte à l’indépendance et à l’autonomie de décision du pays.  Rappelons que le 11 mars, juste avant la chute du président Ravalomanana, c’est cette même garnison qui avait dénoncé l’illégalité des opérations de maintien de l’ordre d’alors ayant entraîné la mort de manifestants, et cela juste après la mutinerie du Capsat. Ce sont les piliers de la HAT (Haute autorité de la transition) qui sont en train de désavouer Andry Rajoelina.

 

La veille, l’ex-président Ravalomanana avait rejeté la place d’Andry Rajoelina à la tête de la nouvelle transition et accusé nommément la France d’être à l’origine et du coup d’état et des dernières tractations visant à légitimer le jeune putschiste comme chef d’état transitoire de la Grande Ile. Il a lancé un appel à la résistance à l’ex-puissance coloniale qui reçoit un certain écho dans la population. Pour la signature des futurs accords, Ravalomanana propose Madagascar ou un pays d’Afrique et refuse catégoriquement Paris. «Qu’est-ce que j’irai y faire ?» a-t-il dit, «subir des pressions ?». Néanmoins, les 4 chefs de mouvance se sont convenus de se rencontrer bientôt pour examiner leurs points de divergence.

 

Andry Rajoelina, quant à lui, a justifié dans une émission télévisée dans la soirée du vendredi 9 son divorce d’avec son compagnon et complice. Ce serait l’intérêt supérieur de la nation, le désastre économique imminent, qui l’aurait poussé à prendre cette décision. C’est la condition sine qua non pour que le boycott international cesse. En fait, la vraie condition est un retour à l’état de droit. Le chef des putschistes est au moins aussi coupable que son bras droit. Ce dernier sert de fusible, rôle qu’il ne veut apparemment pas jouer. Comme l’a fait remarquer Marc Ravalomanana, pourquoi l’un plutôt que l’autre serait plus blâmable et écarté?

 

Madagascar commence à lasser la communauté internationale, y compris les nations les plus démocratiques. Si Roindefo Monja avait pris contact beaucoup plus tôt avec Marc Ravalomanana et engagé un véritable dialogue inter-malagasy, il aurait sans doute sauvé sa tête et évité au pays des mois de décadence sociale et économique. Les événements s’accélèrent et on aura encore droit à quelques coups de théâtre. Andry Rajoelina aimerait conjurer l’infamie de passer dans l’histoire comme le plus jeune putschiste d’Afrique. Déjà l’humiliation de New-York est très lourde à porter. Cette fois-ci, il ne veut pas louper le coche mais son co-équipier n'accepte pas d'endosser les habits du ripou dans la scène du règlement de compte final.

 

Dans le domaine social, le père Pedro Opeka a fêté les 20 ans du centre Akamasoa la semaine écoulée. Il a sauvé des dizaines de milliers d’enfants des rues et de sans-logis. Il a réussi à faire construire des logements décents, des écoles dont le niveau a permis à plusieurs élèves de décrocher le Bac et de poursuivre des études universitaires, des marchés, un stade….et même un cimetière pour permettre à ses protégés d’avoir une fin de vie digne. A la fin de l’année dernière, lors de mon passage dans le village qu’il a créé, je lui avais demandé à combien il estimait le nombre de SDF et de gosses obligés de survivre sur les trottoirs d’Antananarivo.

«Il doit y en avoir une dizaine de milliers» m’avait-il répondu.

«Pourrait-on les sauver tous ?»

 «Oui, il suffit de quelques millions d’Euros et d’une volonté politique».

Encore un étranger qui ose donner des leçons et qui ne connaît rien aux vrais problèmes de Madagascar, diront les pseudo-nationalistes bien-pensants.

 

Photo : le père Pedro Opeka en septembre 2008 à Akamasoa avec des enfants du centre

 

Alain Rajaonarivony

 


Repost 0
Published by Alain Rajaonarivony
commenter cet article
9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 12:13


Débloquer à tout prix la situation et effacer l’échec de Maputo II, tel était l’objectif de la réunion d’Antananarivo du 6 octobre. La communauté internationale n’a pas lésiné sur les moyens. Elle a déployé une équipe renforcée de médiateurs comportant une cinquantaine d’intervenants et de diplomates. Et parmi eux, des poids lourds comme Tiébelé Dramé, émissaire des Nations Unies, Philip Carter, responsable des affaires africaines au States Department, Alain Joyandet, secrétaire d’état français à la coopération, Jean Ping, président de la Commission de l’Union Africaine, les représentants de l’Union Européenne… Le Carlton devenait une annexe des Nations Unies avec aussi la présence des ambassadeurs de la Chine ou de la Russie.

 

Tout ce beau monde aurait été impuissant si le principal obstacle à la suite des négociations n’avait pas été levé. Les accords de Maputo stipulaient qu’il fallait un «premier ministre de consensus et neutre», conditions que Roindefo Monja ne pouvait remplir étant donné qu’il était impliqué au premier chef dans le coup d’état. Une porte de sortie honorable était nécessaire. L’intervention de Mamy Andriamasomanana semble avoir été décisive. Sachant ce que les promesses valent à Madagascar, seul ce dernier pouvait inspirer confiance à Roindefo Monja car les deux hommes se connaissent bien. La loyauté en amitié aura été plus efficace que les lieutenants-colonels Charl et Lilyson des FIS (Forces d’Intervention spéciale),  rentrés bredouilles après avoir tenté vainement de dissuader l’ancien premier ministre de la HAT (Haute autorité de transition) de renoncer à son poste. Roindefo Monja avait décidé quelques jours auparavant de nommer Mamy Andriamasomanana Vice premier ministre chargé des Affaires étrangères mais ce dernier avait refusé, estimant que c’était prématuré. 

 

Les négociations auront abouti à quelques progrès. Les principaux acteurs ont réussi à accoucher des noms des futurs responsables de la transition. Le Vice-président de la nouvelle entité sera Emmanuel Rakotovahiny, de la mouvance du professeur Albert Zafy. La primature, poste convoité, revient à Eugène Mangalaza, sur proposition de Didier Ratsiraka. Cet universitaire devra gérer un gouvernement de réconciliation nationale où les 4 mouvances (Rajoelina, Zafy, Ratsiraka, Ravalomanana) auront droit chacun à 5 postes ministériels et la société civile 8. Didier Ratsiraka avait réactivé les quotas ethniques et le clivage Merina/Côtiers pour emporter la décision. Si Andry Rajoelina, un Merina, demeurait chef de la transition, le Premier ministre devait être côtier.

 

Le(a) dirigeant(e) du Congrès de la transition sera désigné par la mouvance Ravalomanana, celui ou celle du Conseil supérieur par celle de Rajoelina. Le mouvement de Zafy aura la présidence du Conseil national de la réconciliation et la société civile héritera du Conseil économique et social.

 

Les Nations Unies et les organisations faisant partie des médiateurs se sont félicitées de ces avancées significatives. Ban Ki-moon demande des concessions réciproques aux dirigeants malgaches. «C’est un bilan super positif» estime pour sa part l'émissaire de l'Union africaine, Ablassé Ouedraogo. «Cet accord va permettre le retour de Madagascar dans la communauté des Nations respectant l'ordre constitutionnel», a déclaré Alain Joyandet. «Le grand gagnant, c’est d’abord le peuple malgache » dira un juriste autochtone interrogé par la Deutsche Welle. Les Américains, qui ont été très virulents à l’égard des putschistes, encouragent aussi à la poursuite des efforts. Cet accord, récusé pour l’instant par Marc Ravalomanana qui n’admet pas de voir Andry Rajoelina diriger la nouvelle transition, a le mérite d’exister. Albert Zafy l’a, quant à lui, validé.

 

La question qui peut venir à l’esprit après cette réunion est : pourquoi les Malgaches n’ont-ils pas été capables d’initier un dialogue national effectif en 7 mois de crise et qu’il ait fallu attendre l’arrivée d’étrangers pour pondre enfin quelque chose de constructif? Cela leur aurait évité de crier maintenant à l’ingérence, aussi bien du côté des putschistes que des légalistes.

 

Photo : Mamy Andriamasomanana au Carlton le 6 octobre en compagnie de médiateurs (Sobika)


Alain Rajaonarivony

 

 

Repost 0
Published by Alain Rajaonarivony
commenter cet article
4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 16:16


Après avoir rencontré à Paris différents protagonistes de la crise malgache, en particulier Andry Rajoelina (voir article précédent), Mamy Andriamasomanana a pris l’avion «à l’arrache» dans la nuit du 2 octobre pour Antananarivo. Sa présence semble être ardemment souhaitée par tout le monde lors ce round de négociations.

 

L’implosion de la HAT (Haute autorité de la transition) n’est plus un secret pour personne, pas plus que les tensions entre les deux têtes du mouvement. Dès son arrivée le samedi, Mamy Andriamasomanana s’est entretenu à plusieurs reprises avec Roindefo Monja, le premier ministre «de fait». Le dimanche matin, il était à la présidence, avec Andry Rajoelina. L’après-midi, il accueille Joaquim Chissano, ancien président du Mozambique et chef des médiateurs de la SADC qui débarque à Madagascar ce jour après avoir vu l’ex-président Ravalomanana en Afrique du Sud la veille.

 

L’agenda de Mamy Andriamasomanana est donc très chargé. Il représenterait une des dernières cartes pour sortir de l’impasse des négociations qualifiées de la dernière chance. Son atout est de connaître tous les acteurs, d’avoir la réputation d’une rigueur intellectuelle sans faille et d’une crédibilité auprès des instances internationales que très peu de malgaches possèdent. L’enjeu est vital. C’est tout simplement la levée de l’embargo économique et le retour à un minimum de consensus acceptable, donc l’arrêt des répressions et des actes arbitraires du pouvoir. S’il échoue, ce sera la mort économique, malgré les fanfaronnades de la HAT, et l’explosion sociale.

 

Sa présence fait donc l’unanimité ou presque. Après l’émission du 18 septembre sur TV5, le principe d’une rencontre a été arrêté entre lui et les responsables du GTT (Gasy Tia Tanindrazana) historique. L’objectif était de lever les ambiguïtés et de permettre, si possible, la synergie de toutes les énergies pour sauver la Grande Ile. Le rendez-vous a été décalé à cause de l’accélération des événements. Au même moment, le 24 septembre, l’aile dure dissidente du GTT menée par Hélian Ralison envoyait quelques personnes distribuer des tracts hostiles devant la mairie de Romainville. Mamy Andriamasomanana est directeur de cabinet du premier responsable de la ville.

 

Dans cette crise de 2009, Internet a encore montré ses capacités de réaction et d’information tout comme en 2002. L’épisode de l’ONU est symptomatique. Tandis que les Malgaches de l’intérieur étaient soumis au black-out, y compris les officiels, la diaspora et ceux qui avaient la chance de se connecter (une infime minorité dans la Grande ile) pouvaient suivre en direct la navigation hasardeuse de la délégation de la HAT au sein de l’immeuble des Nations Unies et les «empêchements» d’Andry Rajoelina le 24 et 25 septembre. Les propagandistes attitrés de la HAT en ont perdu la voix (et la plume) et oublié d’attaquer la diaspora comme à leur habitude

 

La toile est une véritable bouffée d’oxygène pour les Malgaches. En quelques mois, l’évolution a été spectaculaire. Les sites et les blogs se sont multipliés, avec une qualité rédactionnelle et technique, au niveau de l’interactivité (vidéos, audios, liens) par exemple, en amélioration constante. La confrontation permanente des idées et l’ouverture obligatoire sur le monde ont sans doute été le moteur de ce bond qualitatif (n’y voyez aucune malice ou une allusion à un autre événement), entraînant moins de manichéisme et plus d’approfondissement dans les sujets.

 

Les forums ou les commentaires sont maintenant indissociables de tout article. Ils font partie des normes appliquées par les médias démocratiques. Ils permettent l’expression libre du citoyen et son interaction avec l’auteur et les autres lecteurs. Les dérapages sont inévitables  d’où l’existence d’une modération que la loi impose. C’est la règle du jeu. Midi Madagasikara, une vieille dame de la presse malgache, s’y est mise en ce mois de septembre 2009 et ses articles peuvent désormais être commentés.

 

Tout ça pour dire que pour participer à cette convivialité et cet échange, j’ai décidé de mettre en lien Madkudeta et Reflexiums, deux blogs, entre autres, que je suis depuis un certain temps. Le premier accorde une place importante aux témoignages vidéos, le second aborde ses sujets sous un angle original, celui d’un membre d’une minorité. Car Achille est karana, paraît-il, et ses analyses intègrent parfois des éléments peu connus du grand public. C’est Solofo (qui a du mal à trouver du temps pour écrire) qui me l’a fait découvrir. Mais des blogs et des sites, il y en a beaucoup d’intéressants et leurs rédacteurs ne sont pas tous payés par Marc Ravalomanana ou un autre protagoniste malgré certaines affirmations. Détail remarquable, Madagate a fait le chemin inverse du mouvement général et supprimé ses forums. Allez savoir pourquoi…!

 

 

Alain Rajaonarivony



Repost 0
Published by Alain Rajaonarivony
commenter cet article
1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 10:08


Il en est des villes comme des personnes : certaines laissent indifférentes, d’autres vous marquent. Paris fait partie indiscutablement de la seconde catégorie. Il se dégage d’elle une personnalité qui séduit les amoureux, les cœurs meurtris, les artistes et les idéalistes. Généreusement, elle accueille tout le monde au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité qu’elle défend depuis 1789. 

 

 

C’est ainsi qu’un jeune homme a débarqué de «Big apple» (New-York), le 27 septembre, l’amertume dans l’âme. Il pensait pourtant y faire un triomphe mais New-York n’est pas Paris. Il a pris une grosse claque et perdu toutes ses illusions, y compris sur ses «amis». Il ne devait que transiter par la capitale de la belle France. Il y est resté plusieurs jours, pour panser ses bleus, sans donner des nouvelles au pays dont il est sensé être le «président», suscitant les interrogations de tout le monde «là-bas». Ceux qui étaient à Paris, par contre, ont pu suivre pas-à-pas ses pérégrinations, via les forums et les fils infos. Ainsi, il a rencontré un de ses vieux compagnons, Didier Ratsiraka, avec qui il avait une petite brouille à propos d’une autre ville, Maputo. Il a pu parler aussi avec des médiateurs, qui aimeraient le réconcilier avec le reste du monde ainsi qu’avec Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée.


Et puis, il a eu une discussion de plus d’une heure le 29 septembre avec un certain Mamy Andriamasomanana qu’il ne connaissait que de réputation. Pour la première fois, ils se voyaient face-à-face. La discussion s’est bien déroulée. Sa nouvelle connaissance pourrait peut-être l’aider à ne plus se fâcher avec la terre entière en lui permettant d’appliquer enfin les accords de Maputo.


Toujours à Paris, Rinah Rakotomanga, qui tient décidément à se faire remarquer (voir l'article : «Y a-t-il un ambassadeur de Madagascar à Paris ?»), a encore envoyé ses sbires au foyer des étudiants à Arago dans la nuit du 28 au 29. Le but était de déloger le directeur Emile «Vazaha». Les vigiles africains et leurs chiens ont perturbé la vie des résidents. La police est venue et tout est à peu près rentré dans l’ordre. Il n’est pas certain que la réputation que Rinah est en train de se faire l’aidera à obtenir ce poste diplomatique tant désiré dans la ville-lumière.

 

 

Le jeune homme a repris l’avion le 30 septembre, un peu rasséréné, pour Antananarivo. Il devrait y convaincre certains «amis», en particulier un, de laisser leurs fauteuils auxquels ils sont désespérément accrochés, à d’autres invités. C’est une question de savoir-vivre qui, comme tout le monde le sait, est une grande qualité.

 

Photo :  La Tour Eiffel en août 2007 (photo personnelle)

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

Repost 0
Published by Alain Rajaonarivony
commenter cet article