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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 09:57


«Du jamais vu !» Tel est le commentaire de tous les analystes politiques, y compris les plus chevronnés. Le président de l’Assemblée lors de la 64ème session ordinaire de l’ONU, le libyen Ali Triki, ce 25 septembre en soirée, avait pourtant annoncé tranquillement la prise de parole de «Andry Nirina Rajoelina, président de la Haute autorité de transition». Mais le ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo, au nom de la SADC, avait demandé à apporter un point d’ordre.

 

Pour un point d’ordre, ce fut un point d'orgue ! «Avec votre autorisation… Monsieur le président, je prend la parole au nom de la Communauté de développement de l’Afrique australe, SADC, à savoir, l’Afrique du Sud, l’Angola, le Botswana, le Leshoto, le Malawi, Maurice, le Mozambique, la Namibie, les Seychelles, le Swaziland , la Tanzanie, la Zambie, Le Zimbabwe et mon pays la République démocratique du Congo. Les Comores s’associent également à la présente motion d’ordre. En vertu des articles 71 et 113 du règlement intérieur de l’Assemblée Générale, la SADC voudrait élever sa plus vive protestation face à la décision d’inviter Mr. Andry Nirina Rajoelina à prendre la parole au débat général de notre auguste assemblée, et la république de Madagascar à participer à la 64ème session ordinaire de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies… »

 

Il fut rappelé ensuite toutes les sanctions que la Grande Ile a déjà dû subir à cause du coup d’état, puis du refus d’appliquer les accords de Maputo. Le clou est enfoncé par ces mots : « Madagascar est  représenté à cette session de l’Assemblée par des personnes sans qualités issues d’un pouvoir putschiste».

 

La SADC demande à l’Assemblée de refuser la parole à Andry Rajoelina et au cas où ce dernier monterait quand même à la tribune, de quitter la salle. A partir de ce moment là, ce fut le capharnaüm. Ali Triki, complètement dépassé, demande un vote, procédure rarissime, des membres de l’Assemblée dont la plupart n’ont pas suivi le fond de l’affaire. Le cas de Madagascar va réveiller cette dernière, plutôt habituée à ronronner, mais les représentants qui ne maîtrisent pas le dossier refusent de se prononcer. Seule une trentaine de pays votent : 23 voix contre la prise de parole de Rajoelina, 4 pour et 6 abstentions.

 

Andry Rajoelina n’a pas pu faire son discours. Mais désormais, Madagascar est célèbre dans le monde entier.

 

La vidéo de cette réunion à l’ONU mise en ligne par Vatofototra sur Dailymotion

 

Photo : immeuble de l'ONU (Sobika)

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 19:41


Le Gasy Tia Tanindrazana (Malagasy patriotes) avait réussi à se faire un nom et à acquérir une certaine crédibilité depuis la prestation de Vony Rambolamanana sur France 24 où elle avait défendu avec brio la thèse légaliste le 27 mars 2009. L’association continuait tranquillement son petit bonhomme de chemin, alternant manifestations et communiqués au grand dam des partisans du coup d’état. Son audience auprès des instances internationales provoquait une gêne considérable au point que la HAT (Haute autorité de transition) a cherché par tous les moyens à l’abattre. Elle l’a accusé en juillet d’être un repaire de terroristes à l’origine des «bombes» découvertes à Antananarivo, sans apporter la moindre preuve (voir article : «la fuite en avant») Cette campagne a tourné alors au fiasco, les allégations devenant par trop ridicules.

 

Et puis patatras ! une action violente à l’ambassade de Madagascar à Paris le 8 septembre montre une autre facette des légalistes. Un démenti des GTT qui nient être à l’origine de ces actions révèle l’existence d’une dissidence. Un «collectif GTT» serait la branche extrémiste dont Hélian Ralison, ex-premier conseiller viré de l’ambassade par la HAT serait un des investigateurs. L’intervention de la police ce jour là pour mettre fin à l’escalade (au propre comme au figuré), placera ce groupe sous les feux des projecteurs. Cela semblait être le but visé.

 

Néanmoins, si cette division permet à certains de se propulser en avant, elle affaiblit la capacité de mobilisation des légalistes de la diaspora. Pour les plus anciens, cela rappellera des épisodes de 2002 où les personnes se battant pour la reconnaissance internationale de Ravalomanana, après avoir accompli tout le travail, ont été doublées au moment de la victoire, par des spécialistes de la «lutte des places».

 

D’après un responsable des GTT historique, cette rupture serait due à l’interprétation des attitudes d’Emile Ratefinanahary dit «Vazaha», directeur du foyer des étudiants malgaches à Paris et un des animateurs du mouvement. Au mois de mai, le forcing de Rinah Rakotomanga pour essayer d’avoir sa place au soleil (voir article : «Y a-t-il un ambassadeur de Madagascar à Paris ?») a provoqué des tensions qui ont dégénéré en affrontements dans l’enceinte de l’Ambassade. La situation était telle qu’Emile «Vazaha» aurait été sollicité pour conclure une trêve avec la partie adverse et trouver un terrain d’entente. Mais après avoir accompli sa mission, il a été accusé par ceux-là même qui l’ont envoyé de trahison et de pactiser avec l’ennemi. En gros, il a été piégé et a joué le rôle du dindon de la farce. Cet épisode permettra de l’éliminer et de laisser la place à ceux dont les ambitions s’accommodaient mal de leur rôle mineur au sein de l’organisation.

 

Si ce genre de cabales est monnaie courante dans les milieux politiques de la Grande Ile, il ne l’est pas en Europe, où les mots «éthique» et «loyauté» ont un sens. Les simples citoyens, sympathisants du mouvement sont choqués par cet épisode. Des deux côtés, les bonnes volontés cherchent donc à se rapprocher. Finalement, cet épisode ne sera peut-être qu’une péripétie à intégrer plus tard dans la petite histoire des militants, la grande étant le désastre que la Grande Ile vit actuellement. Et si de plus, il permet à celui qui en est à l’origine de devenir ministre, comme on lui en prête le dessein, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

 

Vony Rambolamanana est, pour sa part, on ne peut plus dans la «légalité». En octobre, à 26 ans, elle va intégrer le barreau parisien. Elle a l’avenir devant elle et tout le temps d’apprendre qu’il ne faut pas faire trempette dans le marigot avec de vieux crocodiles.

 

Photo : Vony Rambolamanana, lors de la marche organisée à Paris en mai, avec un autre citoyen légaliste

 

 

Alain Rajaonarivony

 



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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 23:30



Le débat fut un peu tronqué. C’était d’autant plus dommageable qu’il est relativement rare de pouvoir parler en profondeur des problèmes de la Grande Ile sur des médias qui ont une couverture planétaire, TV5Monde et RFI (Radio France Internationale) en l’occurrence. Le Vice-premier ministre de la santé de la HAT (Haute autorité de la transition), Alain Tehindrazanarivelo, arrivé au dernier moment dans les studios, n’avait visiblement pas envie de faire des sourires aux autres orateurs. Il a démarré l’émission par un long plaidoyer pour tenter de justifier la position des auteurs du coup d’état. Sur un débat télévisé d’une demi-heure, c’est du temps perdu sans apport concret. Néanmoins, au fur et à mesure, des idées-forces sont quand même apparues.

 

Francis Soler, de «La lettre de l’Océan Indien», a relevé que ce n‘était pas une crise de la pauvreté, mais celle de la richesse. C’est à chaque fois que le pays connaît un décollage économique qu’il se produit un clash entre les dirigeants et une partie de la population. Le diagnostic, unanime, fut que la mauvaise répartition des fruits de cette croissance et son accaparement par une minorité sont les générateurs des tensions passées, actuelles et à venir. Denise Epoté, de TV5Monde, a souligné la similitude entre la crise de 2002 et celle de 2009. 

 

Mamy Andriamasomanana, consultant impliqué de manière discrète dans les accords de Maputo, a précisé quelques points saillants des accords signés dans la capitale mozambicaine par les protagonistes malgaches. Maputo I demandait un premier-ministre de consensus, et surtout «neutre», pour préparer les élections qui permettront un retour à la normalité. Il semble clair que le gouvernement Monja II ne répond pas à cette définition, d’où la condamnation de la communauté internationale ( UA, SADC, OIF, Nations Unies…)

 

L’effectivité du pouvoir de la HAT est reconnue, non sa légitimité, encore moins sa légalité. Il s’agit donc de ramener ce régime, par le biais du dialogue avec les autres forces politiques, sur des bases acceptables au niveau du droit international. Mais la «fluctuation» des positionnements personnels, doux euphémisme pour qualifier les retournements de veste et autres trahisons diverses et avariéss rend la tâche difficile. Le temps a manqué pour développer les scénarii de sorties de crise. Chacun pourra se faire sa propre analyse en visionnant le débat enregistré le 18 septembre sur le site de TV5Monde.

 

Cette émission, qui serait banale en Europe, a eu un impact considérable à Madagascar. Cela tendrait à prouver le déficit de dialogue constructif entre les différentes composantes de la vie publique. Le samedi 19, dans l’après-midi, le premier-ministre, Roindefo Monja, a parlé pendant près d’une heure au téléphone avec Mamy Andriamasomanana. Et dans la soirée, une trentaine d’officiers malgaches en formation en France, s’étaient retrouvés au domicile de ce dernier à Romainville, pour lui apporter leur soutien dans sa démarche de réconciliation et de remise aux normes de la gouvernance. La perspective de l’isolement total de Madagascar, avec en corollaire une catastrophe économique sans précédent rend urgente une solution.

 

 

Photo 1 : Mamy Andriamasomanana et Francis Soler échangent avant le début de l’émission.

Photo 2 : Les protagonistes sont plus détendus après le débat.

Photo 3 : Les officiers chez Mamy Amdriamasomanana à Romainville le 19 septembre. A leur demande, les visages sont floutés.

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 12:18


Le numéro 03 d'Afrique Presse pour la saison 2009-2010 aura lieu le vendredi 18 septembre 2009

 

 

Présentation:

 

Assane Diop

 

Les invités:

 

- Denise Epoté: TV5MONDE

- Francis Soler: La lettre de l'océan indien

- Alain Tehindrazanarivelo: vice-premier ministre malgache chargé de la santé

- Mamy Andriamasomanana: directeur de cabinet du maire de Romainville et consultant.

 

Le thème de la semaine

 

Madagascar: la transition politique, les accords de Maputo, l'exclusion de la SADC...

 

Diffusions TV5MONDE:

 

Afrique, Orient, France, Belgique, Suisse : Samedi à 13h, heure de Paris.

Etats-Unis: Samedi à 17h, heure de Paris.

Europe: Lundi à 9h 15, heure de Paris.

Rediffusion France, Belgique, Suisse: Mardi à 6h 30, heure de Paris.

 

 

Le débat sera retransmis aussi sur Radio France Internationale (RFI)


Europe / France / FM / OM

PARIS 89 FM

Samedi

11h40 / 11h59 TU (rediffusion)

 

Afrique / Madagascar / FM / OM

Antananarivo 96 FM - Antsirabe 92 FM - Antsiranana 98 FM - Fianarantsoa 92 FM – Fort-Dauphin 96 FM - Majunga 96 FM - Nosy Be 96 FM - Sambava 96 FM - Tamatave 92 FM - Tuléar 96 FM

Samedi

08h10 / 08h29 TU

11h40 / 11h59 TU (rediffusion)

19h10 / 19h29 TU (rediffusion)




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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 00:08


 

Le dimanche 13 septembre, l’ancien président Zafy, 82 ans, déclare devant la presse : «...Nous avons conscience de notre devoir envers la nation... Nous n'avons pas peur de ce qu'ils pourront nous faire car tout le monde doit mourir un jour...». Cette réponse à une question sur sa sécurité, loin d’être un coup médiatique, reflète bien l’état des libertés à Madagascar après 7 mois de régime putschiste. Désormais, le droit de s’exprimer et de manifester se paie au prix fort.

 

Le vieux Zafy s’était rendu au rendez-vous convenu par les signataires de Maputo ce jour là. Le but était de trouver enfin une issue consensuelle. C’est Andry Rajoelina qui a fixé le lieu et la date : le dimanche 13 à 10 heures au Palais du Sénat, à Anosy. A sa place, ses interlocuteurs ont trouvé l’armée qui leur interdisait l’entrée de l’hémicycle. Une fois de plus, Andry Rajoelina s’était désisté mais c’est Roindefo Monja qui en a fait l’annonce. Le prétexte était cette fois-ci les manifestations du 11 et 12 septembre qui se sont terminés en affrontement avec les forces de l’ordre. Albert Zafy et Marc Ravalomanana ont condamné ces violences.

 

Le commandant Charl, promu lieutenant-colonel dès le lendemain de la mise en place du gouvernement Monja II (voir article «Après Maputo II, HAT II vers le même destin»), a pu s’illustrer. Avec ses hommes cagoulés, à bord de quatre 4x4, il a débarqué le samedi 12 au point de chute des parlementaires de province, un hôtel 3 étoiles aux 67Ha. Une fois de plus, ce fut Hollywood : coups de pied dans les portes, gifles, coups de crosse et de rangers distribués généreusement aux serveurs et cuisiniers, vaisselle brisée… L’opération fit presque chou blanc, les élus légalistes ayant quitté l’établissement le matin même, à l’exception d’une sénatrice, Eliane Naika. Les hommes du FIS (Forces d’Intervention spéciales) se sont rattrapés sur les ordinateurs portables et autres porte-documents. Les pièces à conviction, des passeports, présentés par le colonel Richard Ravalomanana, connu depuis l’affaire des bombes où il a donné le nom des coupables avant la fin de l’enquête (voir article : «la fuite en avant»), proviennent de cette razzia.

 

Roindefo Monja, qui s’accroche à son fauteuil de Premier ministre, en sachant qu’il fait courir les pires risques aux accords signés à Maputo, se plaint maintenant. Plusieurs des tout-nouveaux ministres ont voulu déposer leurs démissions, qu’il a refusées pour l’instant. La rivalité entre Andry Rajoelina et lui-même est bien réelle mais le rapport de force n’est pas en faveur du chef putschiste. Monja a la confiance des militaires mutins et il n’y a que lui qui peut décider si on met un premier-ministre de consensus ou non ! Tout le reste n’est que littérature et les tentatives des partisans d’Andry Rajoelina pour le pousser vers la sortie, dont on a vu quelques épisodes dans les médias favorables au régime, ont toutes échoué. Le couple fatal ainsi formé est suicidaire et ne peut avoir ni l’agrément  de la communauté internationale, ni la compréhension des autres forces politiques. Mais comme la peur tenaille chacun des deux, ils continuent de l’avant, en saccageant au passage le pays.

 

Le peuple ne peut compter que sur lui-même, avec la consolation d’avoir un  défenseur inattendu, le vieux professeur Zafy, ulcéré du lapin posé par le jeune putschiste. Il l’accuse de «parjure» et de manquer de respect envers des «raiamandreny» (les anciens, les «parents»). Ceux qui ont défié les militaires lors des manifestations étaient des jeunes que les propagandistes de la HAT (Haute autorité de transition) ont traités illico de «voyous». Il y avait bien des casseurs parmi eux, sans doute aussi des provocateurs et des jeunes gens décidés à ne plus se laisser intimider par un pouvoir qui fait peu cas des droits élémentaires. Leurs actes rejoignaient d’une certaine manière le credo du professeur Zafy : mourir pour mourir, autant que ce soit pour une cause qui en veuille la peine. Quelques intérêts français, comme l’ «Hôtel de France» ont été visés sans trop de conséquences. Mais c’est un signe de la montée des tensions. La France avait soutenu de façon peu discrète la HAT tout en condamnant le coup d’état. Les jeunes sont toujours beaucoup plus réactifs et plus spontanés que les anciens. Mais comme en 1972, les parents risquent de rejoindre leurs enfants dans le combat.   

 

Marc Ravalomanana qui s’était enfui en Afrique du Sud, et n’a pas eu le cran de revenir malgré ses promesses faites à ses partisans, s’écarte de fait du leadership. Cyclothymique (bipolaire précise une de ses proches connaissances), dans ses périodes d’exaltation, il peut être très dur et apparaître comme un chef décidé au point de refuser tout compromis, mais se replie en cas d’échec. Son état du moment se reflète dans ses décisions. Zafy est beaucoup plus stable dans ses convictions. Il reste le même quelques soient les circonstances. Il est donc plus facile à suivre, et par conséquent plus rassurant, qu’on soit en accord avec lui ou pas. C’est de manière naturelle qu’il a pris la tête de l’opposition après la fusion des 3 mouvances des ex-chefs d’état (Zafy, Ratsiraka et Ravalomanana) le 13 septembre. Il a qualifié dans la foulée la HAT de «dictature». Dans sa bouche, ce mot a un sens. Andry Rajoelina sait qu’il a en face de lui un adversaire qui ne variera jamais. Zafy s’est donné jusqu’au 20 septembre pour aboutir à une solution consensuelle afin de tenter de faire échapper le pays aux sanctions.

 

Les vernis craquent avec le temps et les épreuves. Le paraître s’efface en laissant place au vrai, à l’être. Zafy a montré qu’il a des valeurs même si ses analyses ne sont pas toujours affinées, comme le fait d’avoir proposé les 3 postes-clé (présidence, vice-présidence et primature) aux militaires. Ces derniers se sont faits un malin plaisir de refuser, en arguant de leur neutralité politique, tout en participant activement à la répression des légalistes. Les Malgaches, accrocs aux apparences, ont toujours préféré les chefs qui présentent bien (beaux, riches…) et ont la «tchatche» à ceux qui pensent bien. Les gros 4x4 et les costumes bien coupés pèsent plus que des diplômes universitaires ou des principes moraux. Peut-être vont-ils enfin enclencher cette révolution en profondeur prônée par Marc Ravalomanana en 2002 mais jamais initiée : le changement de mentalité.

 

En attendant, la situation  continue de se durcir. Le lundi 14, la partie de cache-cache a continué en plein centre ville entre jeunes et forces de l'ordre. 2 passants ont été blessés assez gravement par des balles en caoutchouc, un troisième a été passé à tabac. Un véhicule 4x4 a pris feu, semble-t-il après un jet de grenades lacrymogènes. Le même jour, la sénatrice Eliane Naika était placée en résidence surveillée à Manjakandriana, en violation des accords de Maputo. Son avocat a constaté qu'elle était couverte de bleus, consécutifs à son arrrestation musclée.

 

Les lémuriens continuent d’être massacrés, les tortues-araignées sont aussi chassées pour être revendues à des collectionneurs étrangers. 4000 illégaux sont actuellement dans des forêts et des parcs nationaux pour couper du bois de rose, exporté par containers entiers. Toutes ces espèces sont protégées. Dans le Sud, suite au naufrage le 26 août du cargo turc Gulser Ana, en liste noire, transportant 40.000 tonnes de phosphates, des baleines sont mortes. Ayant dû dépolluer eux-mêmes les plages et le rivage, plus de 6000 familles de la région de Faux-Cap souffrent actuellement de vomissements, de diarrhées et de problèmes respiratoires. Madagascar possède 2% de la biodiversité mondiale. Peut-être plus pour très longtemps…  

 

Photo 1 : Albert Zafy lors de Maputo II en août 2009

Photo 2 : Eliane Naika, sénatrice TIM de Morondava

Photo 3 : Des jeunes repoussant un camion de la gendarmerie lors des affrontements du 11 septembre

(credit-photos Sobika)

 

Alain Rajaonarivony




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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 16:43


Depuis le début de la crise, les différents ambassadeurs en poste dans la Grande Ile ont joué leurs rôles de messagers. Nonce apostolique, représentant de l’Union Européenne, ambassadeurs ayant déjà présenté leurs lettres de créance ou non, chacun y est allé de sa déclaration ou de son analyse.

 

Du côté malgache, leurs homologues ont aussi parfois été très actifs. Denis Andriamandroso, en Afrique du Sud, est resté aux côtés de Marc Ravalomanana et agit en conséquence. Guy Rajemison, ambassadeur à Genève, s’est clairement positionné dans le camp de la HAT (Haute autorité de transition), et cela depuis le début du coup d’état. Il est même maintenant nommé vice-président de cette entité. Lors de la réunion de Bruxelles début juillet (voir article «TGV* Paris-Bruxelles»), les diplomates en poste dans ce pays ont pris parti en n'accompagnant pas la délégation de Madagascar convoquée par l'Union européenne.

 

A Paris, par contre, les choses sont beaucoup moins claires alors que la crise secouant le pays provoque parfois des tensions au sein même de la chancellerie. Depuis des mois, des personnes désignées par la HAT mais non accréditées par le Quai d’Orsay qui ne reconnaît pas officiellement le gouvernement putschiste, y travaillent en contradiction avec les procédures diplomatiques. L’Ambassadeur n’y trouve rien à redire, ou n’ose rien dire, ce qui provoque l’irritation de membres de la diaspora légalistes. Mais les violences ont été très souvent le fait des partisans du coup d’état, et non l’inverse, contrairement à ce que prétendent les propagandistes de le HAT. Les affrontements ont commencé à l’arrivée de Rinah Rakotomanga, nommée chargée d’affaires par la HAT en mai 2009. Repoussée à plusieurs reprises par des citoyens légalistes qui gardaient l’Ambassade, elle a employé les grands moyens. Un de ses suiveurs, Imbe Lalaina n’a pas hésité à casser la baie vitrée de l’Ambassade. Les vigiles armés de barres de fer et leurs chiens sont ensuite passés à l’offensive. Cela n’a pas suffi pour qu'elle puisse prendre possession de son poste. Ces évènements ont duré plusieurs semaines.

 

Au plus fort des affrontements, l’Ambassadeur, Narisoa Rajaonarivony, s’était fait porter pâle. «Tiko boy» pur jus, comme Guy Rajemison Rakotomaharo, son collègue de Genève, le moins qu’on puisse dire est qu’il n’est pas monté au créneau pour défendre son boss. Mais surtout, il n’a pas fait son boulot d’Ambassadeur, en ne portant pas plainte contre les individus qui se sont rendus coupables de voies de fait au sein de la Chancellerie. En entretenant le silence, il a laissé désemparés les Malgaches sous sa juridiction. Grosso-modo, tout le monde pouvait faire n’importe quoi !

 

L’Ambassade de Paris a ressemblé parfois au 13 mai. Heureusement, nous sommes avenue Raphaël, avec les flics français qui ont quadrillé le périmètre. Paris devait être un poste sympa et prestigieux, c’est devenu le plus casse-gueule ! On compatit à la douleur de son Excellence qui a dû se sentir arnaqué. Certes, ce n’est pas exactement les Ferrero rochers, mais cela fait aussi partie du job. Un mot de lui à l’endroit de ses concitoyens pour les rassurer et expliquer la situation serait bien perçu!

 

Photo : un jeune malgache interpellé par la police française après une échauffourée à l’Ambassade, le 8 septembre 2009 (Sobika)

 

 

Alain Rajaonarivony




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8 septembre 2009 2 08 /09 /septembre /2009 12:18


Andry Rajoelina a donné le 4 septembre 72 heures à Roindefo Monja pour monter un gouvernement dit «consensuel» en l’absence des autres mouvances (celles des présidents Zafy, Ratsiraka et Ravalomanana) présentes à Maputo. Ces dernières ont commis l’erreur de proposer les 3 postes-clé, - la présidence, la vice-présidence et la primature -, aux militaires qui ont refusé. Discréditées par cette démarche, elles ont assisté, impuissantes, à la formation d’un nouveau "gouvernement Monja" présenté avec un léger retard, au bout de 91 heures. Elles n’ont pu qu’essayer de dissuader leurs ouailles de céder au chant des sirènes. Elles pourront néanmoins se consoler à la pensée que la démarche de leur adversaire commun est vouée à l’échec.

 

A la lecture des noms, Guy Rajemison comme vice-président de la transition ou Jacques Sylla pour le Congrès, on se dit que la HAT (Haute autorité de transition) s’est contentée de puiser dans les ralliés de la dernière heure, ceux qui ont abandonné ou trahi le président Ravalomanana au soir de sa déchéance, en mars, lors du coup d’état. Seule Cécile Manorohanta, nouvelle vice premier-ministre chargée de l’Intérieur a eu une attitude honorable. Ministre de la défense lors du massacre du 7 février, elle a eu le courage de démissionner pour protester contre toute cette violence. Elle fut la seule à être en cohérence avec ses idées.

 

Bref, il n’y a aucune ouverture susceptible d’entraîner l’indulgence de la communauté internationale. Le nom de Mamy Andriamasomanana a été cité à plusieurs reprises (voir articles précédents). Bien vu par les diplomates en charge du dossier Madagascar, sa nomination aurait été assurément un plus pour les autorités «de fait». Son cas avait été âprement discuté, certains voyant clairement les avantages que sa présence pouvait apporter, d’autres craignant que ses trop grandes compétences ne leur fassent par trop de l’ombre. Finalement, le poste de ministre des affaires étrangères qu’on lui aurait éventuellement attribué a été remis à son ancien titulaire, Ny Hasina Andriamanjato dont les prestations ont été loin d’être probantes. De Bruxelles à Addis-Abeba en passant par Paris, ce ne fut qu’une série de revers.

 

L’esprit de Maputo est bien mal en point. Ces réunions étaient une chance historique de sortir de la crise sans davantage de violences. Mais Madagascar n’est pas l’Afrique du Sud. Un gouvernement de bric et de broc, qui n’est qu’une continuation du coup d’état, ne peut que s’attirer la réprobation internationale. Dès l’annonce officielle de sa composition, il a été immédiatement récusé par les médiateurs de la SADC. Les trois autres chefs d’Etat signataires des accords de Maputo l’ont également condamné. Didier Ratsiraka le qualifie d’ «unilatéral».

 

Insécurité, chômage, injustice et une catastrophe économique sans précédent comme seul horizon, le peuple est effaré du comportement de ses politiciens. L’immoralité, la trahison et la corruption s’affichent sans complexe. Les manifestations légalistes prennent de l’ampleur. Bon appétit, messieurs !

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 00:06


La délégation de la HAT (Haute autorité de transition) avait embarqué pour Maputo dans 2 avions le 24 août. Il n’en fallait pas moins, elle comportait une trentaine de membres. Andry Rajoelina avait pris un Cessna Citation, un petit jet, avec quelques personnes, le «premier ministre» Roindefo Monja un vol affrété avec tous les autres. Officiellement, la HAT venait en force aux négociations pour faire valoir ses idées, ce qui expliquerait ce nombre pléthorique. Officieusement, il avait été conseillé à Andry d’embarquer avec lui toutes les fortes têtes, ce qui leur aurait évité la tentation de perpétrer un coup d’état quand lui-même serait en train de négocier.

 

Voilà pourquoi ce sont ceux qui ont eu les mots les plus durs envers le GIC (Groupe international de contact) qui ont eu le privilège de faire un peu de tourisme dans la capitale mozambicaine.

 

Didier Ratsiraka est arrivé avec sa suite à bord d’un Falcon mis obligeamment à sa disposition par les autorités françaises. Etre le «meilleur ami» implique quelques devoirs. La France était présente à Maputo par l’intermédiaire de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) qui possède le statut d’observateur.

 

La grande attraction du début de la réunion fut Manandafy Rakotonirina, premier ministre légal, libéré dans la journée du 24 août par les putschistes. Il avait pris aussitôt l’avion avec la leader des femmes légalistes, Ihanta Andriamandranto, et d’autres détenus politiques de poids comme Raharinaivo Andrianatoandro, porte-fanion des contestataires, eux aussi libérés en application des accords de Maputo I.

 

Dès le début des discussions le 25, les débats s’étaient focalisés sur l’attribution du poste de président de la nouvelle transition revendiqué par Andry Rajoelina. Son prédécesseur s’y est fortement opposé en arguant qu’il ne faut pas un «putschiste» à ce poste, ce qui serait un «mauvais exemple» pour l’Afrique. Il était soutenu par Didier Ratsiraka qui n’avait pas apprécié que Tantely Andrianarivo, son premier ministre en 2002, ait accepté de postuler pour le siège de premier ministre à la demande de la HAT.

 

Pour ceux qui n’ont pas tout suivi, un petit récapitulatif. Albert Zafy avait pris la tête d’une révolte en 1991 et avait failli être tué devant le Palais de Didier Ratsiraka, alors chef de l’état, le 10 août  1991 quand la garde présidentielle a tiré sur la foule. Finalement, Zafy a battu Ratsiraka à la régulière au second tour, le 10  février 1993, lors de l’élection qui a suivi cette fronde populaire. Mais Zafy a été ensuite «empêché», c’est-à-dire destitué, le 5 septembre 1996 par le Parlement mené en sous-main par Norbert Ratsirahonana, son allié – croyait-il - et actuel conseiller d’Andry Rajoelina. A la suite de cette action, Didier Ratsiraka a pu revenir au pouvoir en remportant les élections, pas très transparentes, qui suivirent, fin 1996. Il en fut chassé en 2002 par Marc Ravalomanana après une longue crise et des élections contestées. Ratsiraka a dû prendre le chemin de l’exil vers Paris et y est resté jusqu’à maintenant. Ravalomanana a été réélu pour un 2ème mandat en 2006, en trichant (les ordinateurs du ministère de l’intérieur sont tombés en panne quand les courbes se sont inversées en défaveur du Président). Il a pris en grippe, un jeune entrepreneur, Andry Rajoelina, dont il a voulu couler la société de publicités. Pour se défendre, ce dernier s’est présenté à la mairie d’Antananarivo et a battu le poulain du Président. Commence alors une guérilla d’un an. Le jeune Maire ne pouvait plus rien faire. Enlever les ordures, s’occuper de l’éclairage public, toucher les recettes fiscales lui devenait impossible, une loi ou un décret sortant systématiquement pour contrarier son action. Révolté, il a initié des manifestations civiques et pacifiques au départ, qui a fini par le coup d’état du 17 mars. Il a été briefé en cela par Didier Ratsiraka qu’il est venu voir plusieurs fois à Paris. Norbert Ratsirahonana s’est occupé de l’habillage juridique «extra-constitutionnel». A son tour, Marc Ravalomanana s’est retrouvé en exil en Afrique du Sud et a nommé un premier ministre, Manandafy Rakotonirina, un des conseillers (CSR : conseiller suprême de la révolution) de Didier Ratsiraka dans les années 80. Andry Rajoelina l’a aussitôt mis en résidence surveillée et ne l’a libéré que pour Maputo II. Une actrice qui n’est pas citée apparaît toujours à un moment ou à un autre, c’est la France. Si vous n’avez pas tout compris, c’est normal, prenez un doliprane et reprenez lentement en essayant de retenir simplement les noms. Les alliances ne sont pas très importantes puisque toutes les combinaisons sont possibles. C’est juste une question de timing.

 

C’est tout ce beau monde qui s’était retrouvé du 24 au 28 août dans la capitale mozambicaine, où les mouvances Ratsiraka et Ravalomanana se sont liguées, de temps en temps soutenues par celle de Zafy, plus modérée, contre Rajoelina.

 

Depuis fin 2008, ces personnes n’ont été capables que de se haïr, voire de tuer et aucune vraie médiation interne n’a pu être initiée. Il a fallu l’intervention de la SADC, chapeautée par les Nations Unies, pour qu’on aboutisse aux réunions de Maputo. Et au milieu de cette atmosphère suffocante où trahisons riment avec bassesse d’esprit, un malgache a pu aider le GIC dans sa démarche en ayant des contacts secrets avec toutes les parties. Il s’agit de Mamy Andriamasomanana,  dont la réputation de technicien de haut niveau et de républicain intègre,  séduit aussi bien les partenaires étrangers que les chefs ou membres influents des différentes mouvances. Cela  lui vaut d’être cité comme un premier ministre de consensus possible. On lui doit la clause interdisant à tout membre du gouvernement de la nouvelle transition, hormis le président, de postuler aux prochaines élections afin de ne pas dénaturer la neutralité requise pour bien préparer ces consultations.

 

A Maputo, les journalistes malgaches étaient, pour une fois, en nombre. Certains n’ayant pas l’expérience de ce genre de sommet avec leur complexité se sont fait piéger. Ils ont relayé les intox, en lançant des noms improbables que certaine tendances ont sorti pour dérouter l’adversaire.

 

On pourra retenir que Roindefo Monja, premier ministre de la HAT, a fait la tournée des popotes pour sauver sa place et a visité successivement les différentes délégations. Mais lui aussi serait prêt à céder sa place à Mamy Andriamasomanana qu’il estime.

 

Dans l’après-midi du 27 août, les 4 chefs d’état se sont réunis en comité restreint pendant plusieurs heures sans succès. En fait, il était clair que Marc Ravalomanana s’était de nouveau laissé dominer par ses vieux démons et voulait à tout prix l’élimination d’Andry Rajoelina  de la tête de la nouvelle transition. Le chef de l’état déchu a écorné l’image de dignité qu’il a donnée lors de Maputo I. Si philosophiquement, l’argument d’éviter le «mauvais exemple» est respectable, politiquement, il est insensé dans le contexte. Le fait de laisser Andry Rajoelina présider la nouvelle transition ne signifie pas qu’on valide un coup d’état mais qu’on stabilise une démarche de paix et de réconciliation. Plutôt que de regarder en arrière, il aurait fallu penser à l’avenir. Andry Rajoelina est l’assurance-vie pour les mutins et le savoir réhabilité aux yeux du monde leur aurait permis de relâcher les kalachnikovs.

 

D’autre part, Andry Rajoelina a voulu maintenir Roindefo Monja à la Primature ce qui est «inconcevable» selon le professeur Zafy. Ce dernier appuyait pourtant la candidature du jeune putschiste à la présidence mais ne peut accepter qu’un seul groupe s’accapare de tous les postes stratégiques.

 

Un schéma presque idéal était pourtant envisageable :

- Andry Rajoelina,  comme président pour la stabilité et pour lui permettre de sauver la face,

- Manandafy Rakotonirina, vice-président pour la légalité et le contrôle,

- Mamy Andriamasomanana, présenté par le GIC et ayant la sympathie de toutes les mouvances, premier ministre pour la préparation des élections dans la sérénité, hors de toutes passions et de tout calcul de carrière.

Comme ce dernier bénéficie d’une bonne image auprès de la communauté internationale, les relations se seraient normalisées assez rapidement avec les bailleurs de fonds et l’économie aurait redémarré. Tout le monde, Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana compris, aurait pu alors rentrer au pays dans un climat apaisé. Mais pour arriver à ce genre de solution, il faut mettre son orgueil dans la poche et l’intérêt de la population au centre des discussions.

 

Le monde aura quand même appris quelque chose de ce cirque. Les lémurs sont rancuniers et revanchards, et ces sentiments peuvent les amener à mettre en péril la survie du groupe. Ils ne sont pas si sympathiques que ça. On parle là des grands lémurs qui font des grands sourires quand on leur tend une liasse de billets de banque, pas de ceux qui se font massacrer en ce moment pour leur viande par les braconniers dans la région de la Daraina (nord du pays), alors qu’ils font partie des espèces protégées. Il aura fallu qu’une organisation américaine, «Conservation International», lance l’alarme pour que l’opinion s’émeuve. Tout Madagascar devrait être classifié pour être à l’abri des prédateurs. Des soldats mutins attendaient Manandafy à son arrivée à Ivato le 28 août pour l’arrêter. Ce dernier à pu s’échapper car un officier s’est interposé : «20 Capsat contre un RFI (Régiment des forces d’intervention)» titre le site des GTT (légalistes). Manandafy, qui avait été arrêté et humilié au Carlton en avril, a eu un qualificatif savoureux pour les militaires lors de la Conférence, «miaramila ranompotaka», littéralement «soldats de boue», bref des «gros nazes». Ils n’ont pas apprécié. Maputo II est mort, vive… le couperet qui tombera le 4 septembre, date-butoir donnée par les médiateurs aux Malgaches pour trouver un consensus général.

 

Photo : Mamy Andriamasomanana

 

Alain Rajaonarivony




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24 août 2009 1 24 /08 /août /2009 00:02


Joaquim Chissano a débarqué à Ivato le vendredi 21 août en début d’après-midi. Il s’est immédiatement entretenu avec le colonel André Ndriarijaona, chef d’Etat-major de la HAT (Haute autorité de transition) et ses officiers. Le responsable du Groupe de médiateurs internationaux a clairement indiqué que l’article 22 des accords de Maputo concernant l’armée ne sera pas révisé, au nom du respect de la parole donnée, mais que les desiderata des militaires seront transmis aux 4 chefs d’Etat signataires.

 

Dans la soirée, il s’est entretenu à huit-clos avec Roindefo Monja, «premier ministre de la HAT». Les deux ont affiché leur satisfaction, sans dévoiler leurs sujets de discussion.  L’arrivée de la délégation du GIC (groupe international de contact) en terre malgache rentre dans le cadre de la préparation de Maputo II qui devrait avoir lieu le 25 et 26 août. Elle a surtout fait comprendre, diplomatiquement, aux putschistes nostalgiques que la scène internationale n’est pas la place du 13 mai. La HAT implose et ses propagandistes ont le plus grand mal à le cacher. Des luttes internes et féroces pour être dans le prochain wagon de la nouvelle transition s’étalent au grand jour. Pour détourner l’attention, certains n’hésitent pas à menacer les médiateurs et à les désigner comme les responsables d’un chaos probable. Mais pour l’instant, les tensions sont dues aux lenteurs de l’application de Maputo I. Le premier ministre légal, Manandafy Rakotonirina n’a pas encore été libéré malgré l’engagement du chef de la HAT dans la capitale mozambicaine.

 

La charte des valeurs dont Andry Rajoelina s’enorgueillit d’être l’auteur stipule pourtant 7 points :

1. La non-violence
2. La non-discrimination
3. L’assistance aux pauvres
4. Le respect de la parole donnée
5. La tolérance
6. Le pardon
7. La réconciliation et le respect mutuel

On est loin du compte pour l’instant. La fin peu glorieuse d’un régime, jamais reconnu sur le plan international en 5 mois d’existence et contesté fortement à l’intérieur, est à l’image d’un pays en déliquescence. Les gesticulations de politiciens, partie prenante dans le coup d’état, sont réduites à un épiphénomène face à l’intransigeance des médiateurs réitérée lors de la conférence de presse, le dimanche matin 23, au Carlton. La violence verbale et l’arrogance, sans les moyens financiers ou intellectuels ne suffisent pas pour rivaliser avec des interlocuteurs s’en tenant à des normes reconnues par les Nations Unies. Elles n’impressionnent que les pauvres Gasy qui tentent désespérément de tenir la tête hors de l’eau. La fourberie et le sophisme n’ont pas cours dans les négociations de haut niveau.

 

Maputo II aura bien lieu. Andry Rajoelina l’a répété aux médiateurs ce même jour. La présidence de la nouvelle entité sera discutée comme tout le reste, mais le poste de Premier ministre est sans doute le plus stratégique pour le pays. Ce dernier aura à gérer un gouvernement de cohabitation, dont les membres proviendront des 4 mouvances politiques principales, celles des chefs d’état  signataires. Son profil a été défini.  Il doit être :

- un homme de consensus,

- accepter d’être inéligible,

- être un spécialiste des élections (qu’il doit préparer)

- maîtriser les relations internationales,

- et être féru de finances publiques.

 

Autant dire que c’est une perle rare. Sa mission sera de sortir le pays du gouffre en évitant les pièges de la violence et de la division. Parmi les quelques noms qui circulent figure celui d’un membre de la diaspora qui a participé à la rédaction des accords de Maputo mais aussi de ceux de Dakar en 2002. Il a la sympathie de 3 mouvances et présente toutes les compétences requises.

 

La diaspora ("zanak'ampielezana" ou "enfants vivant ailleurs" en malagasy) baigne dans un environnement international et n’a pas besoin d’un temps de latence pour s’adapter aux exigences de la mondialisation. Elle est de la génération Obama dont le métissage est une richesse, et qui sans oublier ses racines, a intégré toutes les valeurs universelles, en termes politiques, économiques ou intellectuels. On ne parle pas là des personnes qui se raccrochent à leur groupe d’appartenance pour ne pas se sentir perdu dans leur pays d’accueil mais de ceux qui sont à l’aise aussi bien avec leurs compatriotes, qu’avec des Européens ou des Américains. C’est un vivier dans lequel puise leur seconde patrie pour avoir des compétences. La diaspora en est à la troisième génération. Après l’élite de l’Indépendance dans les années 60, ceux qui ont «galéré» dans les années 80 (période noire de la Révolution) ont maintenant des situations bien assises et leurs gamins sont à l'université ou en école d’ingénieurs.

 

Voilà la différence avec Madagascar. Dans les grandes démocraties, nul besoin de faire partie de la nomenklatura pour vivre décemment ou envoyer ses enfants dans un établissement prestigieux : le travail et la compétence suffisent. En 2002, j’avais écrit que l’implication de la diaspora ferait gagner 10 ans de développement  à Madagascar. Elle dispose déjà de l’expertise et de l’expérience d’un milieu international. Elle est une chance pour la Grande Ile. Reste à savoir si ceux qui tremblent pour leurs fauteuils et sont prêts à couler le pays pour les conserver verraient d’un bon œil son engagement. Ils n'ont aucune vision de l'avenir.

 

La France désire se dégager du bourbier «hatéen» qu’elle a soutenu pour se débarrasser de Marc Ravalomanana. Mais elle s’est assez vite aperçue qu’elle n’avait pas en face d’elle des idéalistes démocrates. Les Français rêvaient d’autres partenaires que d’arrivistes incultes ou de corrompus. Entretemps, profitant de la désorganisation de la Grande Ile, elle a fait main basse sur les périmètres d’exploration pétrolière de Juan de Nova, - île revendiquée par Madagascar depuis 1972 -, par un arrêté du 22 décembre 2008. La conférence des Non alignés à La Havane en 1976 ainsi que celle de l’OUA en 1979 reconnaissaient les bien-fondés de l’exigence malgache et demandaient la restitution des îles éparses par l’ancienne puissance coloniale. Mais même sans aller jusque là, les Français empiètent sur les zones économiques malgaches. Seul le MFM, le parti du Premier ministre légal a lancé un cri d’alarme dans un communiqué en date du 6 juillet 2009 : «…les périmètres des permis de recherches de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux accordés par arrêtés (DEVE0829172A et DEVE0829170A) du Ministre d’Etat, ministre de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire en date du 22 décembre 2008 dans le Journal Officiel de la République Française, empiètent sur les Zones Economiques Exclusives de Madagascar et du Mozambique. En fait, l’île de Juan de Nova se trouve à 250 km des côtes mozambicaines, à une centaine de kilomètres des côtes malgaches et à plus de 400 km du nouveau département français de Mayotte».

 

Ce n’est pas tous les jours dimanche, et l’Hexagone sait bien qu’elle devra rendre des comptes sur ces violations du droit international répétées en défaveur de son ancienne colonie. Elle aurait donc voulu avoir des interlocuteurs crédibles mais non hostiles à priori le jour où les négociations s’engageront. Elle espérerait un accord «win-win». Ce genre de stratégie à long terme, engageant une diplomatie de haute volée est la seule à même de sauver la génération future. Le doute est permis quant aux aptitudes des politiciens ayant vociféré pour obtenir des postes à mener ce genre de programme. Toujours «nationalistes» quand il s’agit de préserver leurs intérêts, en 50 ans d’indépendance, ils n’ont gavé le peuple que de démagogie et de populisme. Madagascar a la capacité de parler d’égal à égal avec les plus grands pour peu qu’il soit représenté par les meilleurs de ses enfants.  

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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16 août 2009 7 16 /08 /août /2009 14:34


Les 4 signataires des accords de Maputo, les chefs d’état malgaches élus de 1975 à 2009, Didier Ratsiraka, Albert Zafy et Marc Ravalomanana, plus leur cadet Andry Rajoelina ont finalement fait preuve de dignité et rehaussé un peu l’image du pays. Au-delà de leurs intérêts respectifs, ceux de la nation ont été aussi préservés. L’environnement international, les politiciens étrangers de très haut niveau servant de médiateurs, ont permis aux Malgaches de donner le meilleur d’eux-mêmes. Ils ont joué loyalement le jeu, sauvant ainsi leur pays. A la fin de la conférence, Marc Ravalomanana déclarait sereinement aux journalistes : « je suis maintenant un « former president » (ancien président) comme Joaquim Chissano ». Quant à Andry Rajoelina, il a accepté le principe d’une vraie transition consensuelle regroupant les grandes tendances représentées par ses prédécesseurs.

 

Les partenaires privilégiés de la Grande Ile, comme les Etats-Unis, ont salué cette avancée et encouragé à continuer «dans un véritable esprit de négociation et de compromis».

 

Las, c’était compter sans les politiciens du pays à la mentalité tellement dégénérée qu’ils ne saisissent plus la gravité d’un manquement à la parole donnée. Si les légalistes ont arrêté toutes manifestations pour respecter l’esprit de Maputo, les tenants du coup d’état n’ont pas cessé de multiplier les crocs-en-jambes à celui qui est sensé être leur leader.

 

Andry Rajoelina est à peine revenu de Maputo, qu’il a dû affronter certains de ses «amis». L’accueil qu’il avait reçu à son arrivée était déjà loin d’être triomphal le 9 août et les officiers putschistes faisant partie de son gouvernement n’ont pas pris la peine de se déplacer à l’aéroport. Ces derniers l’avaient mis en garde sur ce qu’il allait signer et n’ont apparemment pas apprécié.

 

Les militaires se sont un peu calmés, surtout depuis qu’ils ont appris qu’ils étaient aussi concernés par l’amnistie accordée à Maputo à tous les acteurs de la vie politique malgache s’étant rendus coupables de délits, crimes et autres méfaits de 2002 à aujourd’hui. Cette concession au droit a été acceptée pour permettre à un droit encore plus important d’advenir : celui du peuple de vivre dans la paix, la sécurité et le respect de ses libertés fondamentales. Les 3 officiers désignés par la HAT (Haute autorité de transition) pour diriger l’armée et la gendarmerie ont néanmoins fait une déclaration publique le 13 août pour contester l’article 22 de Maputo demandant la création d’un Comité de réflexion sur la défense et la sécurité nationales.

 

La remise à zéro de Maputo n’arrange pas certains qui voient passer sous leur nez les postes et les rentes de situation tant convoités. Regroupés sous l’obscure étiquette «Forces du changement», en fait pour la plupart des groupuscules qui ne représentent rien, ils remettent en cause les accords signés sous l’égide des Nations Unies. Ils considèrent que les responsabilités de la future Transition ne doivent pas simplement être assumées par les 4 signataires mais que les 150 partis existants devraient aussi avoir leur place. Rappelons que la majorité d’entre eux ne pèsent que quelques dizaines de membres, et parfois ne comprennent que les responsables de l’association. Ils ne disposent évidemment d’aucun élu. Au risque d’humilier Madagascar qui s’est engagé par l’intermédiaire de ses 4 chefs d’état, le pasteur Andriamanjato, 79 ans et toute sa verve, s’est fait le porte-parole des «oubliés du partage».

 

Ce qui est étonnant, c’est que son propre fils, Ny Hasina Andriamanjato, «ministre des Affaires étrangères», faisait partie de la délégation officielle de la HAT et a donc participé aux négociations.

 

Les «amis» d’Andry Rajoelina ont aussi ergoté sur «l’amnistie» de Marc Ravalomanana ou son «retour». De tous les belligérants de cette crise, seul Marc Ravalomanana, selon eux, aurait dû rester incriminé et être le seul à ne pas avoir le droit de revenir dans son pays. Cette logique simplement compréhensible des putschistes prend à contre-pied l’esprit de Maputo. Ces comportements ont obligé le groupe de médiateurs internationaux à dépêcher un émissaire. Le 11 août, Edem Kodjo, dans une conférence de presse tenue à Antananarivo, a remis les pendules à l’heure et les politiciens malgaches pro-HAT devant leur irresponsabilité.

 

 Face à la détresse vécue au quotidien par la population, seule la ministre, justement chargée de la population et des affaires sociales, Nadine Ramaroson a mis de côté les polémiques stériles pour essayer d’être un peu efficace. Elle avait donné l’exemple en prenant le balai dans les rues de la capitale lors d’une campagne d’hygiène, initié des mesures en faveur des enfants déshérités et des personnes âgés, cherché des financements pour des bornes fontaines... On est très loin des discussions sur les avantages des dirigeants. Mais il est vrai que la ministre a un profil atypique (voir article : «Deux gouvernements sinon rien !»).

 

Pour la classe politique malgache, qualifiée de «la plus bête du monde» déjà en 1997 par un conseiller de Zafy, elle n’est sûrement pas l’exemple à suivre. Cupide et stupide, l’urgence maintenant est de déstabiliser Andry Rajoelina pour avoir part au gâteau, quitte à décrédibiliser définitivement Madagascar aux yeux du monde. Pour beaucoup de ces politiciens, c’est certainement le chant du cygne.

 

Les accords de Maputo rentrent dans leur phase active. Pour ne pas se faire griller sur le poteau, Andry Rajoelina s’est de nouveau autoproclamé chef de la nouvelle Transition dans un discours le 14 août alors qu’il était prévu de désigner tous les responsables en concertation lors de Maputo II, dans quelques jours. Les quatre dirigeants légalistes accusés d’être les «commanditaires» des poseurs de bombes (voir article : «la fuite en avant») ont été libérés le vendredi 14 août dans la soirée. Le seul suspect survivant qui les aurait dénoncés, présenté comme superficiellement blessé, est finalement décédé entretemps à l’hôpital.

 

Sous les coups de butoir de ses «partisans» qui le poussent à renier sa signature, Andry Rajoelina se retrouve bien seul. Marc Ravalomanana ne peut même plus servir de bouc émissaire, il s’est retiré du jeu, et avec dignité, le 8 août à Maputo. Soit donc, il affronte encore la situation et sera sans doute enfin reconnu à Maputo II, soit, il cède aux exigences de plus en plus insistantes des dinosaures et des véreux qui lui demandent de faire l’impasse sur ce second rendez-vous et perdra toute sa crédibilité. La nation ou les «amis», il lui faut choisir !

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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