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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 23:46


Paris, le 18 mars 2009

 

A Mr le Président Ravalomanana

 

J’ignore où vous serez quand je publierai cet article, mais j’espère que vous serez assez au calme pour le lire. Je tenais à vous écrire dans ces circonstances où vous devez sentir la solitude. Car je suis certain que les personnes à qui vous avez octroyé postes, honneurs et richesses éviteront de vous contacter.

 

 Depuis octobre 2001 où nous nous sommes connus, je ne vous ai pas été de trop mauvais conseil. Mais quand je vous ai suggéré, dès 2005, de ne pas vous représenter pour un deuxième mandat en 2006 afin de devenir un exemple en Afrique, vous aviez sans doute trouvé que j’y allais un peu fort (1). D’ailleurs, les lèches-bottes et autres lâches qui composaient votre cour ont dû vous conforter dans l’idée contraire.

 

Aucun d’entre eux n’a cherché à vous raisonner et à vous empêcher de dévier. Ils n’étaient de toute façon pas nommés pour cela. Le deal était clair : ils vous servaient de larbins et en contrepartie, ils pouvaient se servir. Vous avez donc continué votre chemin tout seul sans plus personne pour vous dire « non » comme en 2002. Qu’est-ce que ça vous énervait quand on vous résistait ! Qui plus est quand on avait raison ! Mais au moins, cela vous remettait en cause et infléchissait votre décision.

 

C’est pour cela que vos deux premières années à la tête du pays ont été largement positives même si des dérives se faisaient déjà sentir (les détaxations sur mesure pour faire rentrer le matériel de Tiko en juillet 2002 par exemple). Vous aviez encore votre garde d’intellectuels pour vous conseiller et vous défendre. Au fur et à mesure que votre pouvoir se consolidait, ils se sont retirés ou vous les avez virés. Vous pensiez vous en sortir seul et vous avez décidé de vous appuyer sur votre puissance financière pour acheter les consciences et amadouer vos adversaires.

 

Mais on n’achète ni l’intelligence, ni la fidélité.

 

Revenez à vos premiers amours, Mr le Président. « Fahamarinana » (Vérité) et « Fahamasinana » (Sainteté) avez-vous clamé ! Vous les appliquiez déjà si mal au début avant de les renier totalement. Vous avez vu le résultat. On peut se moquer de tout, sauf de Dieu ! Vos devins, «mpanandro» et autres « spécialistes » du genre ne vous ont servi à rien, sauf à vous tromper et à vous donner une fausse assurance. Vous vous êtes rendu compte de vos erreurs, trop tard cependant pour sauver votre fauteuil. Mais il ne l’est pas pour sauver votre âme, et faire en sorte que les années qui vont suivre soient bénéfiques pour vous-même et le pays.

 

Vous avez délaissé vos fidèles mais eux n’ont pas renié leurs idéaux. « Efa eto andala-pandehanana ! » («nous sommes sur le point de partir») avez–vous confié à Mamy Andriamasomanana dès que vous avez signé votre démission. Vous étiez en contact suivi avec lui depuis des semaines, et lui avec moi. Les larmes me sont montées aux yeux quand il m’a répété vos dernières paroles au moment de votre départ de Iavoloha.

 

Je me permettrais de vous conseiller de lire Esaïe 3, Mr le Président. Tout comme Nelson Mandela lors de ses années de privation de liberté, vous pouvez profiter de ce moment de solitude pour retrouver les fondamentaux de la vie et laisser en final une image de vous positive pour les générations futures.

 

Je vous recommande à la Grâce de Dieu.

 

Votre dévoué

 

Alain Rajaonarivony

 


(1) Article : « La tentation fatale » repris en partie dans ce blog : « c’était écrit : une logique implacable et prévisible » du 19 février 2009

 

 


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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 14:21


URGENT

Paris, le 17 mars à 14h30

 

Le Président Marc Ravalomanana  a signé sa démission, aujourd’hui mardi 17 mars à à 11h30 heure de Paris.

 

Actuellement, le chef de l’état démissionnaire est en train d’être exfiltré par une puissance amie, les Etats-Unis d’Amérique.

 

Marc Ravalomanana a remis ses pouvoirs à l’Armée afin que celle puisse instituer un directoire chargé de sortir le pays de la crise. Sa direction incomberait au Vice Amiral Ramaroson Rarison Hyppolite.

 

Ironie du sort, le plus ancien dans le grade le plus élevé serait l’Amiral Didier Ratsiraka.

 

Actuellement, on étudierait la possibilité de faire glisser le pouvoir des militaires à un gouvernement civil.

 

L’article 52.3 de la Constitution permettrait la mise en place d’un gouvernement collégial assurant l’intérim jusqu’aux futures élections présidentielles

 

 

Alain Rajaonarivony

 



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17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 00:56


Le samedi 14 mars, la place du 13 mai a renoué avec ce qui est maintenant une tradition. Après 12 jours d’absence, Andry Rajaoelina est réapparu pour faire son discours, comme d’habitude ponctué d’un ultimatum. Cette fois-ci, le Président avait 4 heures pour démissionner. Cela fait toujours son petit effet et il a eu droit aux ovations.


La fête a pourtant été gâchée par un élément inattendu. L’apparition sur la place du 13 mai de l’ancien Premier ministre Jacques Sylla, sensé être le clou du spectacle, fut une véritable douche froide pour certains militants. Monsieur Sylla était le chef de délégation du Président lors des négociations au « Hinty ». Il est Président de l’Assemblée nationale en titre et un des responsables du parti présidentiel TIM. Willy Razafinjatovo, avocat plus connu sous son surnom de « Olala » datant de sa période estudiantine contestataire, considère que la présence de son confrère (Jacques Sylla est aussi avocat) «pourrait salir le mouvement».


Les trahisons vont s’accélérer puisque dans la foulée ont suivi Kaleta, élu influent du Sud-Ouest apparenté TIM, spécialiste du retournement de veste, et d’autres moins connus désirant ne pas rater le coche. Tout ce beau monde est donc venu au secours de la victoire attendue pour le samedi soir. Dans la matinée, le «Premier ministre de la Transition»,  Roindefo Monja, a pu entrer à la Primature avec son escorte, le bâtiment étant déserté.


Simultanément, tandis que le Maire demandait la démission du chef de l’Etat, une demande de déchéance était déposée à la Haute Cour Constitutionnelle. On ne sait trop d’où les proches d’Andry Rajoelina tenaient l’assurance que le chef de l’Etat allait céder. Dans l’après-midi, ce dernier sortira à la rencontre de ses partisans, massés devant le Palais d’Iavoloha pour le « protéger », et déclarera : «Oui, bien sûr, je suis toujours le Président». Il ajoutera plus tard : «Je ne démissionnerai jamais».


 Le dimanche 15 mars fut plus calme avec deux cultes organisés, l’un sur la place du 13 mai avec des participants vêtus de blanc « pour chasser les ténèbres », l’autre devant le Palais de Iavoloha. Certaines prières devaient être antagonistes. Mais le Seigneur étant ce qu’Il est, Il a dû faire le tri.


Le lundi 16, les prières étaient remisées jusqu’au dimanche suivant pour faire place à l’action. Le Maire a demandé à la frange de l’armée obéissant à ses ordres d’arrêter le Président. Dans le même temps, le «Cercle de réflexion des gendarmes (Officiers généraux, Officiers supérieurs, Officiers subalternes, Sous-officiers)» sortait un communiqué précisant qu’il ne prenait «ni le parti de Monsieur Marc Ravalomanana, ni celui de Monsieur Andry Rajoelina». Il ne cautionnait en outre ni «les conflits armés,  ni toute autre forme de violence» et ne pouvait accepter «un coup d’état». Les divergences au sein des forces armées apparaissent ainsi de manière claire. Dans la soirée, une centaine de militaires ont pris « d’assaut » en plein centre-ville un Palais vide, celui d’Ambotsirohitra, mais devant les caméras des télévisions étrangères. Ce fut une belle opération de communication.


Pour l’autre Palais, où habite le Président, les hésitations sont perceptibles. Iavoloha est défendu par la Garde Présidentielle qui a consolidé ses lignes. Sauf défection de ses éléments, toute attaque se soldera par un bain de sang, aussi bien des militaires que des civils qui ont établi des barrages. L’Etat-major proche des contestataires tergiverse donc et assure ne pas vouloir en arriver à cela. 


Le référendum proposé par le Président pour sortir de la crise a été rejeté par Andry Rajoelina car «le peuple s’est déjà exprimé». La situation est pour l’instant bloquée. Paris en appelle à «un dialogue élargi conforme à l’état de droit» afin «de trouver une issue pacifique», par la voix du porte-parole du Quai d’Orsay. Le «Peace Corps», une agence indépendante du gouvernement américain va rapatrier ses 112 volontaires travaillant dans l’éducation, la santé, la lutte contre le Sida ou l’agriculture.


 Il y a maintenant deux peuples, celui du 13 Mai et celui d’Iavoloha. La démarche du Maire prend de plus en plus l’aspect d’un coup d’Etat. Un véhicule blindé défonçant le portail du Palais d’Ambotsirohitra, au JT (Journal Télévisé) de 20 Heures sur les chaînes européennes ne renvoie pas franchement à une image de démocratie.



Alain Rajaonarivony

 

 


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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 08:45


"La seule solution à la crise actuelle à Madagascar est la reprise du dialogue", a encore répété le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, hier jeudi 12 mars. Il n'a fait que reprendre les exhortations des diplomates présents à Madagascar qui aimeraient enfin voir les Malgaches s'asseoir à une même table pour négocier. Les nouvelles dispositions du Président, en état de faiblesse car abandonné par l'Armée, représente une opportunité.

L'Ambassadeur américain Niels Marquadt, dans son plaidoyer le 10 mars pour la tenue des "Assises Nationales" a parlé de "raiamandreny" (parents emplis de sagesse) et de "fihavanana" (bons rapports avec autrui), puisant au fond de la culture malgache pour tenter de convaincre ses interlocuteurs. L'ensemble du corps diplomatique et des institutions internationales ont fait comprendre que leurs aides ne pourraient être débloquées en cas de prise de pouvoir par la force.

La diatribe violente de Jeannot Ramambazafy intitulée "Madagascar : Communauté internationale, halte au chantage!" parue sur Madagate.com le 11 mars a laissé plus d'un pantois. Ne la cherchez pas! Elle a été opportunément (et promptement) éffacée du site. Comme il s'agit d'un confrère que j'estime, je me garderai d'enfoncer le clou. J'aimerai seulement relever que ce dérapage est sans doute dû à la tension qui domine la vie nationale depuis des mois maintenant et qui met les nerfs à rude épreuve.

Car sinon, comment expliquer que ce partisan passionné et courageux d’Andry Rajoelina puisse coucher des mots si durs pour les diplomates en place. « Ce sont eux (les Malgaches) les vrais bâtisseurs d’un pays riche et prospère qu’on aurait du être si les dirigeants passés et présent n’étaient pas assurés d’impunité totale et de protection comme vous le faites. L’unique et seule solution à cette crise est de commencer par dégager les dirigeants parjures, menteurs et assassins. Et non les protéger au nom d’une constitution pourrie et de la légalité qui n’a plus sa raison d’être sans légitimité. Moralité : vous voulez vraiment aider Madagascar ? Engagez-vous à préparer le texte d’une nouvelle constitution basée sur le «Teny nierana» bien malgache ou bien taisez-vous ! Car de richesses, Madagascar en regorge. Coupez les vivres et vous vous en mordrez les doigts".

Jeannot Ramambazafy sait aussi bien que moi qu'Andry Rajoelina ne serait peut-être plus de ce monde s'il n'y avait pas eu ces diplomates. La France a couru le risque d'un incident diplomatique en exfiltrant ce dernier de sa demeure assiégée le 6 mars au matin et en le cachant dans la résidence de son ambassadeur pendant plusieurs jours. La Présidence et le TIM (parti présidentiel) le savent si bien qu'ils ont organisé une manifestation devant l'Ambassade de France le 10 pour marquer leur désapprobation.

Cette protection tant décriée par les contestataires, elle a été et est toujours accordée à Andry Rajoelina. Alors, un minimum de retenue, à défaut de remerciements, serait une attitude adéquate. C'est maintenant qu'il faut garder la tête froide car le pays a besoin d'une réflexion sereine. Certes, les diplomates défendent les intérêts de leurs nations respectives. Mais s'ils font preuve d'une certaine éthique en prônant une solution négociée sans effusion de sang, c'est tout bénéfice pour les Malagasy. Qu'on fasse en sorte que ces "Assises nationales" ne soient pas un marché de dupes est une chose. Qu'on en récuse même le principe en est une autre.

Ou alors, préférons-nous un assaut sur le Palais d'Iavoloha défendu par la garde présidentielle? Peut-être qu'avec quelques centaines de morts de plus, la crise se résoudra-t-elle plus vite? Je ne crois pas. A chacun d'assumer ses prises de position. Comme le nouveau chef d'Etat-major, le colonel André Ndriarijaona a déclaré le 12 mars après une rencontre avec le FFKM (Conseil oecuménique des églises) et une délégation de diplomates qu'il aimerait que les "Assises" soient organisées "au plus vite", ceux qui n'en veulent pas devront chercher des troupes.

Marc Ravalomanana est mis hors d'état de nuire et ce n'est pas seulement le fait des quelques personnes de la HAT ("Haute Autorité de Transition"). Des milliers de citoyens se sont engagés dans ce combat car ils croyaient en un avenir meilleur. Et ces Malagasy, sans lesquels Marc Ravalomanana ne serait jamais arrivé au pouvoir en 2002 pas plus qu'Andry Rajoelina n'aurait tenu en 2009, ne veulent pas d'une guerre civile.

Que le chef de l'Etat soit de mauvaise foi, personne n'en disconvient. Maintenant qu'il a les crocs limés, au point de présenter des excuses à la nation, c'est le moment ou jamais de lui faire tenir ses promesses.

Comme en 2002, les Malagasy peuvent montrer au monde qu'ils ont une culture et des valeurs. La démocratie peut aussi se gagner avec panache. La situation de Madagascar n'est pas aussi dramatique que celle de l'Afrique du Sud au moment de son basculement de l'apartheid à la démocratie. C'est vrai qu'elle avait Nelson Mandela, d'une lignée royale Xhosa mais qui avait passé 27 ans en prison. Il en sortait à 71 ans, sans désir de revanche sur ses adversaires et avec l'objectif de sauver les futures générations en leur évitant les affres de la division et de la haine.

La classe politique malgache a trop peu de noblesse, de sagesse et d'humilité. Ce sont de vrais handicaps et les véritables raisons qui pourraient entraîner l'échec des négociations. Tout le reste n'est que littérature et la dialectique est un domaine où les Malgaches excellent.


Photo : l'Ambassadeur Niels Marquadt (photo Présidence)


Alain Rajaonarivony


 
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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 01:08


En général, lorsque deux belligérants engagent des négociations, ils conviennent d’une trêve pour se trouver dans un climat moins tendu et se donner toutes les chances d’aboutir. Marc Ravalomanana avait cru plus intelligent de faire le contraire. Il avait brutalement engagé l’Emmonat (Etat major mixte opérationnel, forces conjointes de la police, de la gendarmerie et de l’armée) dans une répression tous azimuts dès le 4 mars pour arracher la décision.

 

Les commentateurs les moins avertis ont cru à l’efficacité de cette stratégie et en ont déduit le début de la fin du mouvement de contestation et de son chef Andry Rajoelina. Sur ce blog, vous avez pu lire que cela allait sans doute entraîner une violence accrue et la division de l’armée (voir l’article du 5 mars : « Le « Fihavanana », une conception devenue virtuelle »). La mutinerie de la garnison du CAPSAT (Corps d'Administration des Personnels et Services de l'Armée de Terre) le dimanche 8 mars a été le prélude à cette scission. Les soldats se sont mis sous les ordres du colonel Noël Rakotonandrasana et ont refusé d’obéir aux officiers de l’Emmonat. Ils ont expliqué que « c’est à la demande du peuple » qu’ils ont pris cette décision et ne veulent plus participer à un maintien de l’ordre qui vire à la « répression ».

 

La violence a connu plusieurs pics à l’initiative du pouvoir. L’attaque du domicile du Maire Andry Rajoelina dans la nuit du 5 au 6 aurait pu tourner au drame étant donné la proximité du Lycée français et ses 1600 élèves (voir article précédent). Et le 7 mars, la soirée a encore été chaude mais cette fois-ci du côté du « Tana Water Front », où se trouve l’immeuble de Viva Tv et Radio. L’Emmonat n’a pas fait dans le détail et saccagé les locaux. Ce qui a fait dire à certains que les forces de l’ordre se sont finalement comportées comme les casseurs qu’ils sont sensés combattre.

 

L’ONU, qui parraine les négociations menées par le FFKM (Conseil œcuménique des Eglises) entre les deux partis, a très moyennement apprécié l’attitude du Président. Les diplomates ont exfiltré le Maire de sa demeure assiégée et l’ont caché en « lieu sûr », c'est-à-dire à la « Résidence de France ». 

 

Le 9 mars, les protestataires sont revenus timidement sur la place du 13 Mai, incrédules de la voir de nouveau accessible. Des jours de violences, de courses-poursuites entre l’Emmonat et des manifestants, des nouveaux morts, souvent totalement étrangers à ce conflit, un gamin de 12 ans, une étudiante tuée dans sa chambre, un marchand de beignets atteint à la tempe, autant de souffrances qui auraient pu être économisées.

 

Mais mis sous pression par l’Union Africaine, le Président a tenté son va-tout. Comme prévu, ce fut totalement contre-productif. Des « touristes » très spéciaux ont dirigé les manœuvres de l’Emmonat sur la place du 13 Mai. « Instructeurs » selon la terminologie officielle, mais plus proches de mercenaires, leur présence témoignait du manque de confiance du Président envers ses officiers.

 

Andry Rajoelina a dû se terrer et n’osait plus réapparaître en public mais paradoxalement, c’est le Président qui a le plus perdu. Sa crédibilité a été anéantie. Il était manifeste aux yeux des observateurs qu’il a perdu le contrôle de la situation. Il a été obligé de promettre le lundi 9 à Tiébile Dramé, le représentant de l'ONU, de ne pas arrêter Andry Rajoelina et de laisser libre ses collaborateurs de leurs mouvements.


Le mardi 10 mars à Paris, le porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères, Frédéric Desagneaux, révélait que son pays a accordé l’asile au Maire pourchassé en le cachant dans la résidence de son Ambassadeur depuis l’attaque du vendredi, en précisant qu’il venait d’en partir pour un autre endroit sécurisé.


Dans le même temps, le ministre de la défense, le vice-amiral Mamy Ranaivoniarivo, était obligé de signer sa démission sous la contrainte, une centaine de soldats l’ayant retenu dans ses bureaux pendant près d’une heure jusqu’à ce qu’il abdique. Dans la journée, on apprenait le ralliement de pratiquement tous les corps de l’armée au mouvement initié par le CAPSAT.

 

Plusieurs centaines de partisans du régime qui manifestaient devant l’Ambassade de France ont failli en venir aux mains avec les contestataires venus de la place du 13 Mai, située non loin de là mais la police a dispersé tout le monde.

 

Dans une émission radio-télévisée, le Président a fait son mea-culpa, déclarant qu’il n’était qu’un « homme, pouvant faire des erreurs ». « A ceux qui ressentent de la colère, je peux le comprendre…Je voudrais vous dire que je suis prêt à vous écouter et je vous fais la promesse de rechercher des solutions à vos motifs de plaintes ». Repentance trop tardive, estiment les opposants les plus radicaux qui rejettent même l’idée des « Assises nationales » que le FFKM tente de mettre en place du 12 au 14 mars. De cette réflexion élargie devrait sortir une solution consensuelle.

 

En sabotant cette initiative et en demandant le départ du Président, les extrémistes de l’opposition feraient la même erreur d’appréciation que Ravalomanana en mode inverse. Fort du ralliement de l’armée, ils estiment pouvoir arracher la décision au forceps et régner sans partage. Cela entraînera encore plus de désordres et plombera leur crédibilité internationale. Hors du dialogue, il n’y a point de salut sauf à préférer des tensions larvées qui déboucheront fatalement sur une autre explosion.

 

Bizarrement, le chef d’Etat-major (CEMGAM), le général Edmond Rasolomahandry, a donné 72 heures aux politiques pour résoudre la crise, faute de quoi, l'armée prendrait  "les affaires en mains pour sauvegarder les intérêts supérieurs de la nation". Il sait pourtant que les "Assises nationales" doivent débuter dans deux jours. Pour compliquer encore la situation, un groupe d'officiers composés de colonels et de lieutenants-colonels disposant de commandement stratégiques, ont nommé un des leurs, le Colonel André Ndriarijaona, comme nouveau CEMGAM. Ils ont déclaré refuser toute idée de « directoire militaire » que semble caresser leurs ainés. Ils rejettent aussi tout ordre venant du Président.

 

Le PDS (Président de délégation spéciale) nommé par le pouvoir, Guy Rivo Randrianarisoa, qui a joué les matamores à la télévision en tenant des propos provocateurs incitant à la violence, l’a payé très cher. Son domicile a été incendié en début d’après-midi.

 

Le Maire a commis énormément d’erreurs qui lui a aliéné une bonne partie de la sympathie dont il bénéficiait. Il a démontré son immaturité en se laissant embobiner par les « has been » de l’opposition, des vieux politiciens qui lui ont resservi le plat réchauffé de 1991 ayant conduit le pays au désastre. Ses appels à une grève générale impopulaire et sa marche tragique devant Ambotsirohotra (voir article : « Carnage devant le palais ») lui ont été inspirés sans doute par ces « cerveaux » ayant eu à maintes reprises l’occasion de démontrer leur incompétence et leur volonté de se faire une place au soleil sur le dos du peuple. Mais Ravalomanana n’a pas su exploiter ces faiblesses et à chaque fois l’a remis en selle par des prises de décision irréfléchies allant toujours dans le même sens : l’autoritarisme et l’oppression. Son manque de clairvoyance et de tolérance lui a coûté très cher.

 

Les deux rivaux ont montré leurs limites et  c’est peut-être la seule chose positive pour les Malagasy qui seront désormais beaucoup plus critiques à leur égard mais aussi envers ceux qui vont les suivre. Le Secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf,  enverra le 12 mars son émissaire, l'ancien Premier ministre togolais Edem Kodjo, à Madagascar, pour "contribuer à une sortie durable de la crise". L’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) devrait tenir son sommet à Madagascar en 2010.

 

Il s’agit maintenant de trouver des solutions conservatoires et non transitoires si on veut que le pays retrouve une sérénité pérenne permettant à ses dirigeants de ne plus être contestés à chaque poussée de fièvre. Ce soir du 10 mars, le Président s’est mis à l’abri dans un lieu sûr. Les rôles sont inversés.  

 

 

Alain Rajaonarivony

 


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7 mars 2009 6 07 /03 /mars /2009 16:21



Après la claque reçue par Alain Joyandet, secrétaire d’Etat français à la coopération lors de son passage à Antananarivo le 11 février, la France se faisait très discrète. Il avait alors eu droit à quelques minutes d’entretien avec le Président malgache, dans une atmosphère glaciale, de quoi refroidir les meilleures bonnes volontés. Et pourtant, l’ex-puissance coloniale avait pris la précaution de s’intégrer dans une délégation de bons offices de la COI (Commission de l’Océan Indien), regroupant les états de la région dont elle fait partie grâce à l’Ile de la Réunion, pour être moins voyante. Cela n’avait pas suffi ! Dans la journée, lors du meeting de soutien au Président, les banderoles anti-françaises (« Français, arrêtes ton cinéma sinon dehors ! ») étaient bien visibles.


Le vendredi 6 mars, les élèves du Lycée Français de Tananarive (LFT) se sont retrouvés coincés entre les forces de sécurité et les comités de vigilance populaire (andriamasom-pokonolona) protégeant le Maire. Dans la nuit du 5 au 6 mars, le Président avait donné l’ordre d’arrêter son adversaire mais l’intervention a échoué devant la résistance des citoyens défendant les barrages. Andry Rajoelina ayant été exfiltré dans la matinée du 6, les affrontements se sont ensuite déroulés devant une résidence vide.


 Il était totalement irresponsable de la part du pouvoir d’ordonner des combats à deux pas d’un établissement scolaire qui accueille 1600 jeunes. Il était tout aussi ignoble d’instrumentaliser les enfants comme l’ont fait les responsables des barrages. La situation a dégénéré quand une ambulance est arrivée au LFT. Elle a pu passer sans encombre mais à un moment, la rumeur s’est répandue dans la foule que ce véhicule devait servir à récupérer en douce quelques rejetons de ministres. Les manifestants ont alors exigé des contrôles. L’arrivée d’un des hélicoptères de la Présidence au-dessus de l’établissement a brutalement accru la tension alors que les négociations étaient sur le point d’aboutir pour la sortie des élèves.


Si tout s’est finalement terminé de manière heureuse, c’est beaucoup grâce au sang-froid des responsables du Lycée. Cette prise en otages non préméditée de ses jeunes ressortissants devrait en tout cas inciter la France à se montrer un peu plus active sur le plan diplomatique. Après tout, en tant que vieille nation démocratique ayant gardé des liens très forts avec la Grande Ile, aussi bien économiques qu’affectifs, elle a autant de légitimité que d’autres, pays ou organisations amis, à aider au dialogue et à la réconciliation inter-malagasy.


A côté de la France étatique, il y a aussi la France citoyenne représentée par ses élus. Jean Faure est de ceux-là. Questeur du Sénat en 2002, il n’avait pas hésité à prendre fait et cause pour le peuple malagasy et son champion de l’époque, Marc Ravalomanana, contre les positions officielles du Quai d’Orsay. Son intérêt pour la Grande Ile ne s’est pas démenti depuis et ce vécu apporte une certaine crédibilité à son analyse. Président du groupe interparlementaire d’amitié France-Madagascar et pays de l’Océan Indien, il donne son sentiment sur les évènements actuels.



Jean Faure le 5 mars au Sénat, 

 juste avant les incidents du LFT.


« C’est trop douloureux de voir ce qui se passe actuellement. Madagascar est un pays qui possède une culture de non-violence. Historiquement, mises à part quelques flambées, toutes les crises se sont toujours réglées par l’écoute.


Depuis 50 ans,  Madagascar a pris l’habitude d’évoluer lentement mais sûrement vers un fonctionnement démocratique. Il faut retrouver les chemins du dialogue. On peut régler les problèmes sans affrontements brutaux. Il est impensable de voir le sang versé dans un pays où la discussion est une des bases de la culture.


Les rouages de l’Etat ont été institués de façon démocratique. Il faut juste les faire fonctionner correctement, y compris pour l’opposition. On ne prend pas le pouvoir à la pointe du fusil contrairement aux révolutions maoïstes. C’est valable pour tous les acteurs de cette crise. On doit avoir un mode d’expression qui n’est pas basé sur la force.


On ne peut gagner le pouvoir vite dans une démocratie. C’est bien ce qui évite les morts et les abus. Une jeune démocratie comme Madagascar doit évoluer à son rythme et ne pas revenir en arrière ».



Photo 1 : le LFT accueille des gosses de ministres ou de diplomates mais aussi des petits Malagasy méritants, bénéficiaires d’une bourse et des enfants de simples citoyens.


Photo 2 : Jean Faure, Président du groupe interparlementaire d’amitié France-Madagascar le 5 mars au Sénat.



Alain Rajaonarivony




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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 00:52




Les Malagasy aiment à passer pour un peuple d’esprit, ayant une haute idée de la tolérance et de la dignité humaine. Cela se reflète dans les différents proverbes émaillant les « kabary » (discours) à chaque moment fort de la vie comme un mariage, un deuil, ou l’inauguration d’une réalisation quelconque.


Ils ont cultivé l’art du lien social avec la notion de « fihavanana » (les bons rapports avec autrui), permettant de désamorcer les conflits, de trouver des compromis satisfaisants en évitant si possible les humiliations, bref, de trouver ce qu’on appellerait des accords « win-win ».


Devant cette tension qui perdure, la capacité des dirigeants à retrouver la réalité de leur culture semble réduite et se limiter à son vernis. Le mot d’ordre serait plutôt le credo moderne, « profit-rentabilité » par tous les moyens y compris si nécessaire en sacrifiant l’humain et sans faire l’économie de la violence.


Ce mercredi 4 mars 2009 marque un tournant dans la crise qui secoue Madagascar depuis des mois. Dès 7h30, l’Emmonat (forces mixtes de maintien de l’ordre) ont bloqué tous les accès à l’avenue de l’Indépendance au milieu de laquelle se trouve la Place du 13 Mai, lieu devenu habituel pour les rassemblements de la contestation.


Dès que les premiers militants sont arrivés, les échauffourées ont démarré. Elles dureront toute la journée dans les différents quartiers de la ville : grenades lacrymogènes et balles en caoutchouc contre jets de pierres. Les étudiants déclareront l’Université « zone rouge » pour les forces de l’ordre. Les radios Viva et Antsiva, favorables à la contestation, sont brouillées.


La vie de la cité a été complètement bouleversée. Si le centre-ville était interdit aux manifestants, il l’était aussi pour les automobilistes et les transports en commun. Dans plusieurs quartiers, les protestataires ont élevé des barrages de bric et de broc,  blocs de pierres ou bacs à ordures. Et comme les affrontements n’étaient plus circonscrits à un endroit mais se déplaçaient en fonction des courses-poursuites entre contestataires et forces de l’ordre, des embouteillages se sont formés un peu partout.


Le pouvoir passe à l’action et menace dans le même temps tous les médias audiovisuels qui n’épousent pas la ligne officielle. Le Président affiche un ton décidé dans son appel à la population et déclare qu’il n’acceptera pas de transgression de la loi. Cette escalade dans la violence de l’Etat n’est pas la conséquence de prises de positions de l’opposition mais d’un ultimatum de l’Union Africaine.


Son représentant, le diplomate algérien Ramtane Lamamra, a demandé à Marc Ravalomanana de rétablir la paix dans les quinze jours sous peine de perdre l’organisation du Sommet prévue au mois de juillet. Le Président malgache a donc réagi à cette injonction par la fermeté prenant de cours les médiateurs du FFKM (Conseil œcuménique des églises) soutenus par l’ONU et engagés dans des négociations difficiles entre les deux partis.


On déplore encore la mort d’un jeune homme d’une vingtaine d’années à Antananarivo et celles de deux personnes, dont un petit garçon de 12 ans, à Ambositra, tombés sous les balles des forces de l’ordre. A cela s’ajoute, le décès de deux manifestants blessés gravement vendredi dernier à Fianarantsoa.


Le mouvement de fronde s’étend maintenant à tout Madagascar et le pouvoir n’a toujours pas trouvé le langage approprié pour favoriser la recherche d'un terrain d’entente avec ses opposants. La répression généralisée s’avèrera sans doute contreproductive. Surprise par le changement de stratégie du régime, la contestation a déjà commencé à organiser la résistance. La violence va redoubler pour une raison simple. Les opposants doivent tenir coûte que coûte une quinzaine de jours afin de faire couler le Sommet. Pour des motifs exactement inverses, le gouvernement va vouloir mater la révolte d’une bonne partie de sa population dans le même laps de temps. Après le massacre d’Ambotsirohitra (voir l’article : « Carnage devant le palais »), on ne peut s’empêcher d’appréhender un autre coup de folie possible.

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Cette rencontre internationale semble être une véritable obsession pour le pouvoir au point qu’elle l’amène à mettre en péril les efforts déployés par les conciliateurs. La première série de prise de contacts entre les deux belligérants s’est terminée en queue de poisson (voir l’article : «jusqu’à la lie»). La seconde pourrait pâtir de ces nouveaux rebondissements. De nouveau, l’impartialité du FFKM est remise en cause, chose curieuse, par les deux camps.


Ce régime a en tout cas réussi à diviser les Tananariviens, les chrétiens et bientôt sans doute l’Armée. Plusieurs officiers supérieurs n’approuveraient pas la répression menée par l’Emmonat, considérant que leur mission est de défendre la population et non de leur tirer dessus. On leur prête l’intention de sortir un communiqué sous peu.


On est très loin du « Fihavanana ». Après le « Fahamarinana » et « Fahamasinana » (« droiture » et « sainteté » ou « éthique »), ce n’est qu’un concept sacré des Malagasy de plus qui est foulé au pied. Avec des « Raiamandreny » (« parents empreints de sagesse ») indignes qui font tirer sur leurs «enfants» ou utilisent la violence verbale, la misère morale s’ajoute à l’indigence matérielle. Ce pays a besoin que ses hommes et femmes de conscience se lèvent. C’est devenu une urgence vitale.



Alain Rajaonarivony


 


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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 10:31




La journée du 28 février a failli mal commencer pour Alain Ramaroson, le responsable du FCD (Force pour le Changement Démocratique). A 5 heures du matin, des hommes en uniforme se sont invités chez lui défonçant la porte, molestant trois personnes qui se sont retrouvées à l’hôpital. On aurait dit une scène d’un film d’action, diront les témoins. Mais celui qui était recherché n’était plus là, prévenu à temps par certaines autorités au sein même du pouvoir.


On est donc revenu au temps des arrestations et des menaces. Quant à la place du 13 Mai, elle  est de nouveau le centre de la vie politique malgré sa déclaration en zone rouge et les différentes répressions les jours précédents, en particulier celle de la manifestation de Fianarantsoa le 27 février qui a fait 2 morts et une dizaine de blessés.


Le faux bond de Ravalomanana lors de la quatrième séance de négociations (voir article précédent) a été le signal du regroupement de toute l’opposition. Le jour même, les contacts ont été pris. La décision a été officialisée le vendredi 27.


Alors que le Président abandonnait ses partenaires malagasy comme des malpropres, il s’est par contre empressé d’aller chercher en Afrique du Sud l’émissaire de l’ONU, Haïlé Menkerios. A la demande de ce dernier, Monseigneur Odon Razanakolona est passé sur l’humiliation cuisante que lui a infligée le chef de l’Etat mais pose maintenant ses conditions pour servir de médiateur : respect des engagements pris par chacun, de la liberté d'expression, la fin des arrestations politiques et des répressions sanglantes.


Seule nouveauté sur la place du 13 Mai ce samedi 28 février : les pancartes anti Guy Rivo Randrianarisoa, PDS (Président de délégation spéciale) nommé par le pouvoir, les casseroles qui rappellent 2002 et les mpiandry (diacres protestants). Alain Ramaroson était là, au milieu d’une foule importante. Entretemps, il a déposé plainte sur les agissements des individus qui ont tout saccagé chez lui, sous prétexte de perquisitions mais sans aucun mandat.


La situation s’enlise, la lassitude gagne tout le monde, chefs d’entreprise comme simples citoyens. Avec 100% d’annulations des séjours dans le secteur touristique, la catastrophe économique guette le pays.


Alors pourquoi ne trouve-t-on pas d’issue ? La réponse est très simple. Elle est loin des calculs politiques savants. A chaque fois qu’Andry Rajoelina, peu  enclin à faire des concessions, avance sur la voie de la détente, le Président casse la dynamique. Le jeune Maire répond alors en allant encore plus loin.


Par deux fois, cela s’est vu de manière dramatique. Juste avant son auto-proclamation du 31 janvier, une rencontre devait avoir lieu, parrainée par les diplomates. Mais Ravalomanana a pris son avion pour aller en province. Le lendemain, le Maire qui déclarait encore quelques jours auparavant qu’il était prêt à une cohabitation sur TV5, changeait d’avis et demandait à prendre la place du chef de l’Etat. Et ce 25 février, les mêmes causes produisant les mêmes effets, après le rendez-vous non honoré par son interlocuteur, Andry Rajoelina se retirait des négociations et s’alliait avec des opposants qu’il évitait jusque là de fréquenter.


Pourquoi cette attitude du Président ? Parce qu’il veut en faire baver un maximum à son jeune rival, même si les dégâts collatéraux touchent le pays entier. Quand le Maire, très fougueux, arrive à être un peu canalisé par les éléments modérés de son mouvement, Ravalomanana se débrouille pour que cela aboutisse à une impasse, générant une frustration qui produit une autre surenchère. C’est imparable! On ne compte plus les occasions perdues alors qu’on pouvait se croire proche d’un dénouement relativement heureux.


Le Président a confié : « Je sais que je vais devoir signer un protocole. Mais avant, je vais lui en faire voir ! » (la sonorité est plus savoureuse en malgache). 


Les médiateurs se battent donc pour trouver une base minimale qui permettrait de refaire asseoir à la même table les deux principaux acteurs qui désespèrent maintenant la population entière.


Ce protocole, que Marc Ravalomanana accepterait de signer, existe. Il inclut des clauses assurant la continuité des engagements internationaux (en clair, la tenue du sommet de l’Union Africaine), et aussi la continuité, la neutralité et l’indivisibilité conservatoires de la République. Autrement dit, il doit rester le Président. De là peuvent ensuite découler les concessions sur le gouvernement de réconciliation, et d’autres mesures réclamées par les contestataires. 

 

Oui, mais voilà ! Depuis le 25 février, les responsables du mouvement demandent de nouveau le départ du Président. Et pour eux, il n’est plus question d’un sommet, considéré comme un véritable piège avec l’arrivée de tous ces chefs d’Etat à l’esprit clanique, prompts à protéger l’un des leurs.


Les Malagasy auront un jour ce pays de libertés, avec un bonheur minimal garanti (valeur introduite par le roi du petit royaume himalayen du Bhoutan). Mais pour y parvenir, ils devront peut-être boire jusqu’à la lie la stupidité et l’orgueil imbécile de leurs dirigeants.  

 

Photo 1 : Alain Ramaroson le 17 janvier sur la place de la démocratie à Ambohijatovo

Photo 2 : 28 février 2009, les casseroles résonnent de nouveau sur la place du 13 mai


Alain Rajaonarivony

 

 


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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 22:35


Les trois premières rencontres entre Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana avaient une caractéristique déconcertante pour les observateurs étrangers. Elles ne duraient à chaque fois qu’entre trois-quarts d’heure et une heure. Etant donné la situation catastrophique du pays, on s’attendait à des discussions-marathon passionnées.


Rien n’a filtré des entretiens, hormis la sortie du Maire après le deuxième contact (voir article : «second round des négociations tendu»). Le silence était imposé par les facilitateurs. Les communiqués de ces derniers mentionnant une « ambiance fraternelle pendant les discussions » avaient quelque chose de surréaliste. Il est vrai qu’il s’agissait des ecclésiastiques du FFKM (conseil œcuménique des églises) et que leur sémantique avait plus à voir avec la théologie qu’avec la politique, mais quand même… ! Si le Président et le jeune Maire étaient capables de se parler de manière « fraternelle », on l’aurait su depuis longtemps.


De la troisième réunion, le 24 février, on n’a rien su sauf qu’elle s’est déroulée au même endroit que la précédente, « Le Hintsy » d’Ambohimanambola.


De la quatrième, il y a encore moins à dire puisque le Président a posé un lapin à Andry Rajoelina qui l’a attendu vainement. Il a préféré prendre son avion pour faire un saut à Tamatave puis à Majunga.


L’exaspération a gagné l’équipe du Maire. Avant la rupture, elle avait proposé que la discussion se déroule sur 48 heures d’affilé pour avoir une chance d’aboutir rapidement à quelque chose de viable.


Les contestataires constatent qu’aucune de leurs sollicitations, y compris les plus simples, n’ont été prises en considération. L’accès équitable aux médias nationaux (TVM et RNM) pour tous les acteurs politiques, qui est la règle et la norme dans tous les pays démocratiques, par exemple, n’a reçu aucun écho.


La crédibilité du FFKM a surtout été plombée par la présence en son sein du Pasteur Lala Rasendrahasina, protestant (FJKM) totalement inféodé au pouvoir. Les financements présidentiels ont eu comme vertu de le rendre très compréhensif envers toutes les dérives. C’est à cause de lui que ses pairs ont été hués lors de la chapelle ardente en l’honneur des victimes du « samedi sanglant » au stade couvert de Mahamasina (voir l’article : « Carnage devant le Palais »). Il avait refusé de signer un communiqué du FFKM condamnant le massacre, oubliant jusqu’à ses fondamentaux, comme le 6ème commandement : « tu ne tueras point ».


Les médiateurs ne semblaient pas disposer de la neutralité et de la force morale nécessaires pour imposer aux protagonistes des concessions réciproques. L’évêque Odon Razanakolona, président en exercice du FFKM, un des seuls à être encore écouté, en a tiré les conséquences et annoncé l’échec et le retrait du processus. " Les deux parties se sont vues à trois reprises mais nous devons admettre que le débat n’a pas vraiment avancé... Le FFKM a donc décidé de se retirer de la médiation. Nous demandons aux Nations unies de prendre la suite", a-t-il déclaré.


La trêve est en tout cas respectée même si la population, dont la situation s’aggrave de jour en jour, commence à s’impatienter et s’angoisse de ces rebondissements. Le temps n’a pas la même valeur quand on risque de perdre son travail à chaque instant à cause du marasme dû à la crise. Elle attend des résultats concrets. 


La désinvolture du Président démontre à l’évidence le peu de cas qu’il fait de ces « raiamandreny » (anciens respectables) et des discussions en cours.


Marc Ravalomanana fait une fixation sur la tenue du sommet de l’Union Africaine pour des raisons aussi bien politiques que financières. Tant qu’il n’aura pas obtenu satisfaction sur ce point, il continuera de jouer la montre et tapera sur les nerfs de son jeune challenger. Aucune négociation ne semble pouvoir aboutir si on n’intègre pas la continuité des engagements de l’Etat, en clair, le sommet du mois de juillet.


Les défections se multiplient dans le camp présidentiel, contribuant à créer une psychose de fin de règne de plus en plus dangereuse. Pour les ralentir, le chef de l’état aurait promis 12 millions d’Ariary à chaque député pour leurs dépenses individuelles ainsi qu’une nouvelle 4X4 et les fonctionnaires qui pointent auraient droit à une indemnité de 9.000 Ariary par jour. Qui prendrait encore le risque de jouer les médiateurs dans cette situation de plus en plus incontrôlable ?


On ne peut que reprendre la supplique d'Odon Razanakolona : «J’espère que chacun d’entre nous se tournera vers Dieu et que nous puissions prier ensemble pour notre pays».


Alain Rajaonarivony



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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 01:53



Ce lundi 23 février a eu lieu la seconde rencontre entre Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana. Comme la première fois, l’endroit a été tenu secret jusqu’au dernier moment. Les deux hommes ont pu se parler pendant une heure au complexe hôtelier  «Hintsy» d’Ambohimanambola. Enfin, « se parler » est peut-être un terme inadéquat car le jeune Maire est sorti furieux, se plaignant de l’attitude du Président.

 

Ce dernier ne lui en aurait pas laissé placer une, monopolisant la parole et le soûlant avec le Map (Plan d’action pour Madagascar concocté par l’équipe du Président) et le sommet de l’Union Africaine prévue pour le mois de Juillet qui semble être la priorité absolue pour le pouvoir. Le chef de l’Etat a eu tout loisir d’exposer ce qui lui tenait à cœur.

 

Le Maire a ensuite tenté d’avancer ses desiderata, la libération de l’ancien ministre Jean Théodore Ranjivason arrêté vendredi soir, l’accès des opposants aux médias nationaux TVM et RNM, la démission des membres du gouvernement, le renvoi du PDS (président de délégation spéciale) Guy Rivo Randrianarisoa… Mais l’heure ayant tourné, tout cela fut remis à la prochaine réunion.

 

Bref, ce fut davantage un monologue qu’une négociation. Andry Rajoelina a demandé un respect de l’ordre du jour auprès de la FFKM (Conseil œcuménique des Eglises), faisant office de médiateurs, pour éviter la même mésaventure.

 

Un autre rendez-vous est pris pour aujourd’hui, mais le Maire a prévenu que s’il devait se dérouler comme le précédent, il quitterait la table des négociations.

 

Le résultat immédiat de cette attitude présidentielle, aussitôt connue, fut une remobilisation de l’opposition. Toutes les tendances, jusque là disparates et tirant à hue et à dia, ont décidé de mettre en commun leurs forces. Cela donnera naissance à un mouvement d’envergure qui s’étendra à tout Madagascar si elles arrivent effectivement à s’unir.

 

La population n’en peut plus de l’attitude des responsables du pays qui font un pas en avant pour deux en arrière. Le 24 février sera donc la rencontre de la dernière chance et on peut dire que l’issue dépendra essentiellement de l’attitude de Marc Ravalomanana.

 

Pour l’instant, les riverains de la RN2 allant de Tamatave à Antananarivo ont vu passer un convoi militaire composé de  plusieurs porte-containers et de 2 chars.

 

Et la SADC (Southern African Development Community) à qui personne n'a rien demandé (à moins que...) se déclare prête à envoyer une brigade en alerte (BEA) pour aider à maintenir la paix dans la Grande Ile. Cette annonce a été faite à Luanda le week-end dernier par le chef de la mission de l'exercice Golfinho Fase1 «Mapex» de la SADC, Matthendele Moses Dlamini.

 

Des troupes africaines tentant de débarquer à Madagascar, même avec les meilleures intentions, provoquerait une levée de boucliers qui signera la fin de ce régime. Les Malagasy n’accepteront pas de se laisser dicter leur conduite par qui ce soit, l’histoire l’a assez démontré. Et jusqu’à preuve du contraire, il existe toujours une armée nationale même si Marc Ravalomanana a tout fait pour l’affaiblir.

 

Ce sont en tout cas autant de mauvais signaux. Et c’est dans ce contexte qu’«Africa Intelligence » révèle le nom du futur ambassadeur de France accrédité dans la Grande Ile. Il s’agirait de Jean-Marc Châtaigner.

 

L’ambassadeur américain Niels Marquardt considère que «la situation est critique» et «qu’il n’y a plus de temps à perdre».

 

Comme beaucoup de journalistes, je dispose de différentes sources, y compris au sein du mouvement de contestation. Nos conversations sont bien sûr écoutées, ce qui a fini par devenir un sujet de rigolade tellement c’était flagrant. Depuis quelques jours, la technique s’est affinée. Sur certains numéros, le brouillage est tellement efficace que mon interlocuteur n’arrive plus à m’entendre. Il me fait donc des comptes-rendus à l’aveugle, en me répétant de temps en temps, «tant que tu ne raccroches pas, je sais que tu m’entends». Pour réduire la pauvreté, le pouvoir n’est pas très efficace, par contre, il s’améliore de plus en plus dans la répression. Cela augure mal de l’avenir.

 


Alain Rajaonarivony

 

 

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