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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 11:47


Le Père Pedro n’est plus à présenter. Tout le monde connaît (et reconnaît) son action en faveur des plus vulnérables à Madagascar. Nous nous sommes connus en juin 2002 à Paris où nous avons manifesté ensemble en faveur de Marc Ravalomanana. Ce dernier représentait alors l’espoir et avec beaucoup d’autres, nous voulions alerter l’opinion internationale.

Je l’ai revu en septembre 2008 à Antananarivo. Akamasoa, la cité qu’il a construite pour les personnes sorties de la pauvreté jouxte une décharge qui en s’étendant, empoisonne maintenant l’air que respirent les milliers d’habitants de cette colline de l’espoir. Il m’avait affirmé qu’avec de la volonté politique et un budget honnête, on pourrait sauver tous les enfants, les 4 Mi (comme Misère), qui traînent et se perdent dans les rues de la Capitale.

Le Père Pedro avait été nominé pour le Prix Nobel de la Paix. Sa parole a un sens car elle est en cohérence avec ses actes. Cet appel a été lancé après le « Black Monday ».




Appel à la Paix Sociale !



Après avoir entendu le commentaire profond et attristé d'un journaliste de la Radio Antsiva présentant le drame actuel, je voudrais prolonger sa réflexion.

Bien que la situation reste très difficile et même chaotique, nous sommes en face d'une explosion sociale. Il y a déjà trop de morts et de dégâts matériels.

La destruction des infrastructures est déjà inestimable. A qui peut-elle profiter ? La colère est toujours aveugle. Lorsqu'en politique, l'hypocrisie des apparences l'emporte sur la vérité, on en paie le mensonge ! Qu'on ne s'étonne pas que des émeutes puissent surgir à tout instant !

Les politiciens se bercent dans de paroles douces et creuses, seulement pour la forme et le plaisir du moment ! Les pauvres subissent, se taisent jusqu'au moment où ils explosent telle une soupape. Certains jeunes, qu'on qualifie de bandits sont cependant tous des enfants du pays. D'où viennent leur violence, leur désir de casser et leur révolte ?

Nous pouvons tous, dès maintenant, nous interpeller sous la forme d'une responsabilité collective : l'Etat, l'Eglise, la Société Civile, les artistes et les parents. Quand on sème l'égoïsme, l'indifférence, le chacun pour soi, le capitalisme sauvage, on ne peut récolter aucun progrès. Combien de dirigeants passent leur temps de réception en réception, de séminaire en séminaire et de réunion en réunion ! Pendant ce temps des dizaines de milliers de jeunes cherchent désespérément un emploi pour se préparer un avenir ou simplement survivre.

De l'oubli de tant de jeunes, laissés en marge du progrès, on ne peut attendre la paix : la violence aveugle surgit des coeurs blessés.

Cette barbarie, ce vandalisme, cette violence sont la manifestation des laissés pour compte.
Bien que les faits soient condamnables, il est temps de se demander ce que nous pouvons faire pour ceux qui, n'ayant plus rien à perdre, ont pillé, saccagé et brûlé. Ils se sentent étrangers à une communauté humaine et nationale à laquelle ils n'ont jamais été intégrés. Beaucoup de parents malgaches n'arrivent pas à croire qu'une telle violence puisse exister chez leurs enfants.
Par ces faits les jeunes attirent notre attention. Mais combien de vieillards, de femmes seules, d'handicapés n'ont aucun moyen d'exprimer leur souffrance ! Ils représentent pourtant la partie de l'iceberg immergée, invisible, des 70% de pauvres.

Avec les dirigeants, sortons du sommeil, faisons notre travail avec un amour vrai qui débouchera nécessairement sur le partage, le respect et la dignité. Et que faisons nous pour empêcher que le pauvre soit la proie facile et manipulé par les gens sans scrupules ?
Le temps est venu de commencer ce travail à long terme. La sagesse ancestrale s'en trouvera honorée. Et que tous ceux qui se disent croyants l'expriment par le concret de leur vie, de leurs actes et leur parole.

Mon expérience de plus de trente-cinq ans au milieu des pauvres prouve qu'avec eux, lorsqu'ils sont reconnus, cet espoir est possible. Ceci est un voeu de tous ceux qui aiment Madagascar.
La Paix de la Nation est entre les mains de chacun de nous !



Père Pedro Opeka
Antananarivo, le 29 janvier 2009

 

Illustration: le Père Pedro à Akamasoa en septembre 2008

Cet appel a déjà paru sur Sobika.com et dans les journaux. Mais je pense qu'il est nécessaire d'amplifier la voix de ceux qui appellent à la raison et à la réflexion dans cette période cruciale. 



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22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 10:15


L’enchaînement des évènements est tellement rapide que certains quotidiens se retrouvent en décalage. Le 20 février, le temps de titrer que le mouvement de contestation avait pris 4 ministères la veille, l’information était déjà périmée. Cette nuit là, vers 2h30 du matin, les forces de sécurité reprenaient le contrôle des bâtiments après un assaut contre les groupes de vigilance citoyenne (Adriamasom-pokonolona) composés de réservistes. Il y eut 50 arrestations mais la Gendarmerie dément des morts. Des rafales avaient été entendues par tout le voisinage mais personne n’avait osé sortir. Des témoignages de plus en plus nombreux tendent à infirmer la version officielle. Les responsables du mouvement parlent, eux, de 9 morts.

 

Le télescopage ne concerne pas simplement les journaux mais aussi les fonctionnaires qui ne savent plus quelle démarche adopter. Ceux qui se sont présentés courageusement dans le quartier des ministères pour rejoindre leurs bureaux ont été arrêtés par des barrages comprenant des blindés. Et pourtant, l’Etat avait appelé à la reprise.

 

A Tamatave aussi, ça a bougé ce jeudi. Le CRN (Comité de Réconciliation Nationale) du Professeur Albert Zafy, ancien Président de la République, voulait tenir un meeting sur la Place de la Démocratie devant la gare des Manguiers, en centre-ville. Les forces de l’ordre ont dispersé les participants à coups de grenades lacrymogènes. L’ex-député Tabera Andriamanantsoa et  Bruno Betiana, ancien sénateur ont été arrêté. Herilala, un journaliste de Viva qui couvrait l’évènement a pris un coup de poing en pleine figure et s’est vu confisqué sa caméra avant d’être emmené au poste de gendarmerie. Il a ensuite été relâché, ce qui ne fut pas le cas des deux personnalités.

 

La tension est encore montée d’un cran dans la soirée du vendredi quand on a appris l’arrestation de l’ancien ministre de la Fonction Publique Jean Théodore Ranjivason à Antananarivo. Il avait rejoint les rangs de la contestation.

 

Face à l’aggravation de la situation, Andry Rajoelina a placé la barre encore plus haut. Il a demandé à ses partisans de prendre de quoi se sustenter car « la marche sera longue » le samedi 21. Il n’avait pas précisé la direction à prendre mais tout le monde avait compris : il s’agissait du Palais d’Etat de Iavoloha, qui fut déjà le théâtre d’une effroyable boucherie, quand le Président Ratsiraka avait fait tirer sur la foule en 1991.

 

D’autre part, le Maire a aussi interpellé les 5 officiers généraux qui ont rencontré Ravalomanana le 16 Février et déclaré ensuite le lendemain, face à la presse, qu’en cas d’échecs des négociations, «les Forces armées, comme dernier rempart de la défense de la légalité républicaine et de l’unité nationale, prendraient leurs responsabilités». Andry Rajoelina leur répondra qu’il ne tolère plus que les armes soient tournées contre le peuple et qu’il se mettrait en première ligne, comme « chef de guerre prêt au sacrifice ». Entretemps, les réservistes avaient eux aussi annoncé qu’ils étaient décidés à prendre les armes pour défendre les manifestants et leurs idéaux.

 

Dans la soirée du vendredi 20 février, on était donc clairement dans la configuration d’une guerre civile.

 

Chaque partie, y compris les militaires, étant allés jusqu’au bout de sa logique, il ne restait plus comme option que de s’entretuer. C’est cette conclusion inéluctable et irréversible qui a permis la rencontre express du samedi 21 février entre les 2 principaux instigateurs de cette crise, Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana. Elle s’est déroulée sous l’égide du FFKM (Conseil œcuménique  des Eglises)  au siège de l’épiscopat (Eglise catholique romaine) à Antanimena. Madagascar était au bord du gouffre et du bain de sang. Cette perspective, aucun des deux protagonistes ne voulaient l’assumer, ce qui a remis en selle les négociateurs.

 

Les deux rivaux ont eu peur des conséquences ultimes de leurs actes, permettant de justesse d’éviter une tragédie à la Grande Ile. Leurs partisans respectifs continuent de s’attribuer une victoire qui n’existe pas. Pour une fois, la gagnante, c’est la population à laquelle on a pu épargner de nouvelles souffrances. Elle va pouvoir jouir de quelques jours de vie normale.

 

La rencontre a duré un peu moins d’une heure et un rendez-vous a été pris pour lundi afin de démarrer véritablement les négociations après cette prise de contact. D’ici là, il y aura une trêve des rassemblements sur la place du 13 mai, une suspension des arrestations « à caractère politique » et la libération de ceux qui ont été arrêtés à Antananarivo et Tamatave. Chacun s’engage aussi à un répit dans la guerre médiatique, très à l’avantage de Andry Rajoelina, et à assurer la sécurité des citoyens en permettant la fin des pillages.

 

On retiendra les mandats d’arrêt à répétition contre le Maire et ses alliés jamais exécutés, son remplacement par un PDS (Président de délégation spéciale), provocation inutile du pouvoir, et les 50 morts devant le Palais d’Ambotsirohitra, abattus sans sommation. De son côté, Andry Rajoelina s’était autoproclamé chef d’une «haute autorité de transition», nommé des « ministres » sur la Place du 13 mai et avait déclaré qu’il ne négocierait jamais «avec un assassin». L’évolution de la situation l’y contraint.

 

Finalement, il se retrouve sur la ligne préconisée par ses alliés de la première heure, le FCD (Force pour le Changement Démocratique) et la société civile. Devant la radicalisation de la position de Andry Rajoelina après son auto-proclamation du 31 janvier, ils s’étaient retrouvés de fait marginalisés. Alain Ramaroson a quand même défendu les principes républicains en rétorquant à l’ultimatum des militaires. Un Directoire n’est pas recevable par le peuple qui se bat simplement pour le respect de ses droits fondamentaux. La société civile, loyale à la lutte populaire, déplorait l’attitude des politiciens qui avaient poussé le jeune Maire à un durcissement inutile. Il a perdu ainsi une partie de sa crédibilité et de son capital sympathie énorme dont il disposait auprès de la population.

 

Les futures négociations seront sûrement entravées par ces mêmes politiciens qui essayeront de tirer les marrons du feu au détriment de la grande masse. Le jour où l’on déterminera les responsabilités dans les drames que les Malagasy viennent de vivre,  ils ne devront pas être oubliés.

 

 

Alain Rajaonarivony

 


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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 18:05


Cet article a été écrit le 16 novembre 2005 et devait paraître dans une revue. Au dernier moment, il a été enlevé du sommaire sans mon assentiment. Mais il a été quand même lu par les initiés et sans doute aussi par les principaux membres du pouvoir. Prenant acte que mes prises de position gênaient ou faisaient peur, je me suis retiré du contexte malgache pendant plusieurs années, jusqu’à ce que la situation se dégrade tellement que le silence devenait complicité. Nous sommes aujourd’hui le 19 février 2009. Ce qui se passe sous nos yeux était prévisible.

Ci-dessous de larges extraits de cet article.



La tentation fatale



Retour à l’hôtel situé au cœur d’Antananarivo vers 18 heures. Une lumière tamisée baigne le couloir. « Ils ont recréé une certaine ambiance » pensai-je en regagnant ma chambre tout en admirant les bougeoirs dont le scintillement renvoie à l’atmosphère d’une demeure de gouverneur des colonies. Ce n’est qu’après avoir appuyé deux ou trois fois sur l’interrupteur que je comprends. Le fameux « délestage » qui pourrit la vie des citadins depuis des mois a encore frappé. Les bougies ne sont pas là pour la décoration. Nous sommes au mois d’octobre 2005 dans la capitale de Madagascar.


La compagnie d’électricité, la JIRAMA, a pris l’habitude de couper quotidiennement pendant deux ou trois heures son approvisionnement. Les quartiers de la ville s’illuminent ou sont plongés dans le noir à tour de rôle. Les entreprises se retrouvent en chômage technique, leurs machines explosent parfois, les particuliers prient pour que les malfaiteurs ne profitent pas de l’obscurité, les restaurateurs râlent parce qu’ils perdent leurs clients… Bref, tout le monde « profite » largement des économies que la Jirama tente de faire pour tenir la tête hors de l’eau. Surendettée, la société nationale est sous perfusion … 

Le retour des 4’mi


Dès le lever du jour, la vie reprend ses droits. La ville grouille de monde. Les véhicules, mal entretenus, fument à qui mieux-mieux, permettant à Tana de décrocher le titre peu enviable d’une des villes les plus polluées du monde. Près des grands hôtels, à deux pas de la Présidence, une odeur entêtante d’urine se dégage parfois des trottoirs. Les beaux quartiers agissent sur les miséreux comme un aimant. Les 4’mi (« mi » comme « misère ») sont revenus. Venus pour mendier, sans domicile fixe, ils se soulagent sur la voie publique si c’est nécessaire.


Ces déracinés, apparus sous la révolution avec l’exode rural, étaient en voie de disparition grâce à l’action d’Ong et de personnalités agissantes dont la figure emblématique est le Père Pedro. La dégradation économique qui a suivi la dévaluation de 2003, a fait basculer une partie de la population dans la précarité et rejeté dans la rue les plus vulnérables. Et pourtant, cette année là, ces « sans-domicile fixe » ont bénéficié d’un certain nombre de programmes de reclassement qui ont donné beaucoup d’espoirs. Mais le suivi dans le temps a manqué.


Paradoxalement, les réalisations du nouveau pouvoir sont manifestes, voire même spectaculaires. Antananarivo a vu s’ouvrir plusieurs boulevards, des quatre-voies qui n’auraient pas déparé dans une ville européenne, pour fluidifier une circulation chaotique et faire respirer la cité. Mais aussitôt construits, des petites maisons en briques s’édifient tout le long, plus proches de bidonvilles que de building futuristes… Antinomie ! Ce terme semble illustrer les difficultés du régime.


Les infrastructures construites et les réformes lancées sensées améliorer la vie des citoyens n’ont pour l’instant aucun impact sur le quotidien. Transparency International note une aggravation de la corruption alors qu’un organisme a été spécialement créé pour lutter contre ce fléau. Le Président proclame son attachement à la liberté de la presse. Dans le même temps, Reporters sans frontières fait état d’un durcissement des conditions de travail des journalistes. Médecins sans Frontières a quitté l’île au début de l’année, las de faire le boulot du Ministère de la Santé. Ils en étaient arrivés à assurer la couverture sanitaire de la population au lieu de la médecine d’urgence.


Explosion assurée


Les Malgaches, et les Tananariviens en particulier, pour l’instant encaissent et serrent les dents. Leur sentiment peut être résumé par cette réflexion d’un cadre des Douanes. « Ravalomanana a construit les routes. C’était nécessaire pour faire sortir les récoltes et permettre aux gens de se déplacer. Nous lui reconnaissions bien volontiers ce mérite car les autres avant lui n’ont rien fait. Mais maintenant, il faut qu’il pense aux gens, à leur donner un salaire décent, car la vie avec la dégradation de la monnaie est devenue très dure. S’il ne fait rien, et quelles que soient ses réalisations, cela explosera… »


Mais l’Etat ayant largement vécu au-dessus de ses moyens et dépassé son budget à cause de réquisitions financières non programmées, on ne voit pas trop comment il pourrait répondre de manière satisfaisante à ses fonctionnaires malgré quelques efforts de rattrapage. Pour leur restituer simplement leur pouvoir d’achat de 2002, il faudrait les augmenter de 50%. Totalement concentré sur les réformes économiques, le pouvoir a négligé l’accompagnement social. Le Smig, salaire minimum légal, est toujours à 21 Euros par mois, le plus bas du monde… Les conséquences sont dramatiques dont une des manifestations évidentes se voit dans les rues de la capitale : des familles entières dorment sur les trottoirs... Mais tout le long de la RN7, les 1000 kilomètres qui séparent la capitale de Tuléar, au bord de la mer, on peut aussi le percevoir. Le paysage est désolé, tout est carbonisé. Ceci n’est pas dû simplement à la fameuse culture sur brûlis, une coutume désastreuse entretenue par la pauvreté ambiante. Les paysans en plus se sont mis à la fabrication du charbon de bois, rentable et très en vogue depuis le renchérissement du prix du pétrole…et du gaz domestique. Taxis-brousse et camions de tous gabarits remontent sur la capitale chargés de sacs de charbon. Cette exploitation se fait de manière sauvage, sans respect des règles et des reboisements. Elle s’apparente plus à une lutte pour la survie qu’à une production rationnelle. N’importe quel arbre est abattu, âgé ou pas, le moindre bosquet fume tristement. Le renouvellement de la forêt n’est pas assuré.


Pendant ce temps, dans les salons huppés des grands hôtels, on multiplie les séminaires sur la préservation de l’environnement et le gouvernement engrange des millions de dollars offerts généreusement par les pays riches pour créer des zones préservées.


Une minorité toujours plus riche


Marc Ravalomanana, soutenu par un immense élan populaire, a commencé son mandat sous les meilleurs auspices après la fuite de Didier Ratsiraka, son prédécesseur, en France.


A un an de la fin de son mandat pourtant, le bilan du nouveau président est des plus contrasté : des réalisations indéniables, en particulier dans le domaine des infrastructures et un désastre social tout aussi patent. On est très loin des promesses de l’amélioration du niveau de vie de la grande masse. En moyenne, le pouvoir d’achat a baissé de moitié. Et si la plupart des entreprises locales continuent de souffrir et de tirer le diable par la queue, quelques groupes dont celui du Président, ont réussi à tirer leur épingle du jeu. Ce qui permet aux Tananariviens de proclamer ironiquement : « Le pouvoir a quand même tenu une partie de ses promesses. Les riches sont devenus effectivement plus riches… », allusion à une formule présidentielle pouvant être résumée ainsi : « les riches resteront riches et les pauvres s’enrichiront ! ». Au-delà de l’humour noir, cette constatation tourne presque à la révolte lorsque des citoyens de base ( employés et cadres confondus) jettent rageusement : « Les routes ont été construites pour que les riches puissent y rouler avec leurs belles voitures. Pour nous, même le bus devient hors de portée… ». Le tarif des transports urbains est passé de 200 à 300 Ariary, augmentation du prix du gazole oblige. 


..

Une opposition en déphasage


Si l’on exclue les « miracles » comme l’exploitation du gisement pétrolier de Bemolanga, à l’ordre du jour depuis quarante ans, ou les gesticulations destinées à reconquérir le cœur des Tananariviens (mais qui ont plutôt le don de les exaspérer) - la réhabilitation « rapide » annoncée du Rova par exemple -, le gouvernement n’a plus beaucoup d’atouts dans sa manche. Les dettes ont été effacées, les aides se sont chiffrées en centaines de millions de dollars sans aucun impact sur le quotidien. La population a accepté stoïquement trois ans de sacrifices sans pratiquement d’augmentation de salaires malgré une inflation galopante. Elle arrive maintenant à bout de résistance. En guise de réponse à leurs angoisses, les citoyens ont droit à la crispation du pouvoir. Dans ce contexte, on peut se demander pourquoi l’opposition ne fait pas un carton. La réponse est simple. La plupart de ses membres ont eu l’occasion de diriger le pays et ont réussi à le mener dans une crise économique et politique dont le bouquet final fut, si l’on peut dire, l’incendie criminel du Palais de la reine, le fameux Rova.


N’ayant pas beaucoup changé dans leurs conceptions, ils se retrouvent en déphasage avec une population en attente de vrais débats sur l’avenir de la société, à l’exemple des grands partis européens, loin d’une gestion à « l’africaine », où déstabilisation institutionnelle et gouvernement de transition sont les normes. Leur incapacité à s’adapter à une évolution très rapide de la réflexion de leurs concitoyens reste la chance du gouvernement.


Dans cet univers politique proche du cloaque, seul Alain Ramaroson, responsable du « Mouvement des citoyens » tente de relever le débat en dénonçant les dérives sans remettre pour autant en cause la légitimité du chef de l’état. Mais son passé de conseiller du Président Zafy, dont les déclarations tonitruantes et extrémistes frisent souvent le ridicule, est un véritable boulet. Ses adversaires ne se privent pas de le lui rappeler.


Débats absents, contre-pouvoirs inexistants, responsables politiques sur leurs gardes et prompts à crier au complot, le décor est planté pour une dernière année de mandat de tous les dangers. Si la colère populaire s’exprime, la police, chouchou du nouveau régime, ne pourra pas plus la contenir que la Garde présidentielle de Didier Ratsiraka.


......


De tentations en tentations


Depuis son élection, le Président est tombé dans plusieurs tentations. D’abord celle de mélanger les intérêts du pays avec ceux de son groupe industriel, attitude dénoncée de manière virulente par les opposants et faisant la une des journaux de manière récurrente. On ne prête qu’aux riches et Ravalomanana l’était déjà avant son arrivée au pouvoir. Mais il n’est un secret pour personne que Tiko a profité très largement des détaxations ainsi que des voyages à l’étranger de son directeur-chef d’état. Péché véniel peut-être, Tiko étant déjà à l’origine un groupe florissant, sauf qu’à force de toucher à tout, il a fini par fausser les règles du jeu et la concurrence. L’entreprise présidentielle importe par exemple du savon bénéficiant de préférences douanières de L’Ile Maurice au grand dam des 35 savonneries locales dont la taxation des intrants se verra augmenter en 2006. Cela ne s’appelle pas pratiquer la préférence nationale ou favoriser la création d’emploi. Les industriels ont tenté d’alerter le gouvernement sur cette incohérence pour l’instant sans succès.


Le deuxième travers auquel n’a pas échappé le chef de l’Etat est sa propension à gouverner seul. Son expérience de dirigeant de société l’y prédisposait sans doute. Il voit plus dans ses ministres et conseillers des subordonnés que des collaborateurs à écouter et à suivre. Lors d’un voyage officiel à La Réunion, il a laissé échapper lors d’une conversation : « il faut des secrétaires exécutifs… car les ministres sont lents… ! » Le manager commande, les autres exécutent. Mais au-delà de cette caricature, il y a peut-être une autre raison plus profonde. Ravalomanana a réussi à Madagascar, dans un contexte très dur moralement où trahisons, lâchetés et perfidies étaient des valeurs en vogue. C’était pendant la Révolution où il était de bon ton de se moquer des conceptions simples des honnêtes gens comme la droiture ou la compassion. De fait, on raillait même abondamment la Bible dans les discours officiels. Est-ce un hasard si le slogan du candidat à la Présidence a fait justement référence à ces sentiments et au Livre Saint ? Le meurtre pour des motifs politiques était courant, le degré de bassesse morale atteint étant abyssal. Dans ce contexte, secret et solitude étaient une nécessité vitale. Les réflexes sont restés. On lui reproche souvent de préférer  s’entourer d’experts étrangers. Mais il est trop bien placé pour ne pas savoir que ses plus proches collaborateurs ont placé toutes leurs familles et amis aux postes de responsabilité au détriment des véritables compétences. C’est déjà une forme de trahison et de sabotage qui explique aussi en grande partie le déficit en ressources humaines dont souffre cruellement le pays. Les meilleurs sont ailleurs. Le népotisme comme la corruption est mortel pour le développement d’un pays. Au-delà de sa tendance naturelle à prendre des décisions de manière unilatérale, Ravalomanana n’a sans doute pas grand monde à qui il peut déléguer de lourdes responsabilités sans risques de dérapage. « On n’est jamais mieux trahi que par les siens » est un adage bien assimilé à Madagascar, et cela depuis que Ranavalona III, la dernière reine, a été abandonnée par ses propres généraux et gouverneurs aux mains des Français…



Pas de développement sans prise de risques


« High risk, high profit !» a lancé le Président devant une assemblée de la diaspora captivée en février 2003, au Palais de l’Unesco à Paris. Mais pour l’instant, les mesures innovatrices comme la détaxation ou le droit de propriété aux étrangers n’ont pas produit les effets bénéfiques escomptés. Les risques n’ont pas été assumés jusqu’au bout, la détaxation a été limitée à deux ans, provoquant une ruée des spéculateurs qui en important en masse pour stocker, ont fait chuter la monnaie. A quelques exceptions près, les industriels, à la trésorerie saignée à blanc par la crise de 2002, n’avaient pas les moyens d’en profiter pour changer leurs machines. La détaxation aurait dû être pensée sur le long terme comme, par exemple, à l’Ile Maurice. Quant aux investisseurs, il leur aurait fallu des interlocuteurs crédibles, pour  être rassurés et les inciter à franchir le pas, non seulement à Madagascar mais surtout dans les ambassades qui sont leurs premiers contacts. Mais là encore, les nominations n’ont pas suivi. Le seul résultat perceptible est une dégradation de l’image du pays ces deux dernières années. En n’allant pas jusqu’au bout de leur logique, les Malgaches ont perdu sur tous les tableaux.



Pour un destin exceptionnel


Il reste cependant un dernier challenge à tenter que seul le Président pourrait relever.

Risque important certes, mais avec à la clé un profit maximum, à condition qu’il ne tombe pas dans la tentation fatale de considérer que rester au pouvoir à tout prix est la seule solution. Sa popularité est en chute libre mais il peut la remonter en une seule opération qui prendrait à contre-pied tout le monde : annoncer qu’il ne veut pas briguer un second mandat.


Zafy a quitté le pouvoir après avoir perdu les élections en 1996. Il est néanmoins très respecté par ses pairs africains car il est l’un des rares sur le continent à avoir accepté l’alternance démocratique. Ces derniers mois, Togo ou Côte d’Ivoire ont continué de rappeler au monde que les élections s’y terminent plus souvent en bains de sang qu’en poignées de mains. Le comportement de Didier Ratsiraka et de ses sbires en 2002 suffit largement à faire comprendre pourquoi l’ex-président Zafy est devenu une référence. S’ils sont quelques-uns à avoir quitté leur fauteuil présidentiel pacifiquement, encore plus exceptionnels sont ceux qui ont accompli cette démarche sans qu’ils en aient eu l’obligation. On les compte sur les doigts d’une seule main. Parmi ces Sages de l’Afrique figurait l’ancien Président du Sénégal, Léopold Sedar Senghor  et actuellement le Sud-africain Nelson Mandela. Ce dernier continue d’être reçu avec tous les honneurs, des Etats-Unis à la Russie en passant par le Japon ou le monde arabe. Ses avis sont écoutés avec la plus grande attention. A chaque fois que les Grands désirent entendre la voix de l’Afrique, c’est à lui qu’ils s’adressent naturellement.

Son prestige personnel et celui de son pays n’ont jamais été aussi grands que depuis qu’il a décidé de se retirer…


Nelson Mandela est envié mais peu de responsables sont capables de suivre son exemple. Il faut plus de courage pour renoncer au pouvoir que pour s’y accrocher. En théorie, disposer d’une telle stature, être honoré au niveau mondial, est des plus séduisant. Un avenir semblable vaudrait bien de sacrifier un mandat  aléatoire de quelques années où il faut batailler pour échapper aux foudres des opposants et ne pas basculer dans les poubelles de l’histoire. Bien d’ex-puissants en exil doivent regretter amèrement de n’avoir pas su quitter la scène au bon moment. Pour pouvoir prendre ce genre de décision, il faut disposer d’une certaine étoffe que Marc Ravalomanana semble posséder.


Si au niveau international, sa voie serait tracée, sur le plan intérieur, sa popularité remonterait au zénith. Les Malgaches seraient fiers d’un Président capable d’un acte d’une telle portée  et ne retiendraient que les côtés positifs de sa législature, comme la construction d’infrastructures qui resteront pour les générations futures. Quant à l’opposition, elle serait réduite à néant. Pour l’avenir, ce serait tout bénéfice pour le Président. En cas de réussite de son successeur, il pourra dire que ce dernier aura bâti sur les fondements solides qu’il a posés. On fait d’ailleurs toujours référence à Nelson Mandela pour tout ce qui est positif en Afrique du Sud. Les échecs doivent par contre être assumés par Thabo Mbeki qui souffre de la comparaison. 


A un an des échéances, tous les observateurs politiques considèrent que Marc Ravalomanana va tenter un deuxième mandat. Mais le maître du jeu n’a pas encore abattu ses cartes ...



Ecrit le 16 novembre 2005

Alain Rajaonarivony




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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 07:31


Le 17 février, pour éviter les barrages de l’Emmo-nat sur Analakely, comme la veille, les manifestants sont passés par le quartier populaire d’Isotry pour rejoindre les ministères. De nouveau bloqués non loin du Carlton par les forces de l’ordre, ils ont attendu patiemment les résultats des négociations qui se sont déroulées au Toby Ratsimandrava (camp de la Gendarmerie) entre le ministre de la Défense de Ravalomanana et la délégation conduite par Andry Rajoelina.

 

Comme c’est le cas presque chaque jour maintenant, ils sont nombreux, autour de la dizaine de milliers, à marcher et tout Antananarivo suit leur progression en direct à la radio. Et l’on s’étonne de la discipline de cette foule qui suit les ordres du Maire sans rechigner. Les incidents se produisent toujours à la fin des manifestations, quand elle a l’impression d’être trahie car ceux qu’elle a suivis négocient pour éviter une confrontation violente. Ce mardi n’a pas fait exception à la règle : Monja Roindefo a été sifflé quand il a annoncé un rendez-vous avec les responsables du pouvoir central pour le lendemain. Cela signifie que les « ministres de la Transition » ne peuvent pas encore entrer en fonction.

 

Plusieurs analystes ont noté que lors de la première tentative avortée de la prise des ministères le 16 février, Andry Rajoelina a été débordé par ses propres troupes. On a le sentiment que ce n’est pas une cohabitation que désire le « petit peuple » - dans un autre contexte, on aurait dit les prolétaires – mais une révolution. En 2002, ils avaient mis tous leurs espoirs dans un des leurs, un petit laitier pauvre devenu businessman, parfait exemple que le destin n’est pas toujours écrit quand on se donne la peine de se battre. La trahison a été d’autant plus violemment ressentie.

 

Car le garçon courageux qui trimballait ses bidons de lait a renié ses origines et préfère la fréquentation du grand monde. Il a essayé même de complaire aux Andriana (la noblesse locale) qui n’osent se moquer ouvertement de sa naïveté mais n’en pensent pas moins. L’ancien petit pauvre a préféré construire des hôtels 5 étoiles et des villas luxueuses pour ses pairs de l’Union Africaine, plutôt que des logements sociaux. Il a acheté un Boeing 737 configuré en VIP à 60 millions de dollars mais a laissé le Smig (salaire minimal) aux environs de 30 Euros.

 

Marc Ravalomanana ne s’aime pas vraiment, il n’est donc pas très étonnant qu’il n’aime pas les autres. Son agressivité permanente n’est qu’un mécanisme de défense psychique pour éviter de montrer les défauts de la cuirasse. Il est dommage pour lui et ceux dont il a la charge qu’aucun n’ait osé lui dire qu’il a rejeté ce qui était justement sa force.

 

Le fait d’avoir des origines modestes et d’avoir malgré tout réussi en self-made man l’avait rendu extrêmement sympathique auprès des Américains et des intellectuels de la diaspora. Que les  acculturés se moquent de son accent en français n’avait pas grande importance. Il était la fierté des Malagasy et les meilleures intelligences avaient établi un bouclier autour de lui, ridiculisant ses adversaires en 2002. Sa foi simple parlait aux plus modestes : justice, vérité, droiture pouvaient soulever des montagnes.

 

Les Malagasy avaient accepté tous les sacrifices, parfois jusqu’à perdre la vie.

Sept ans après, les résultats de la série de reniements sont là. Dieu n’est plus qu’un argument politique. L’argent règne en roi dans toutes ses actions, à croire qu’il s’appuie sur sa richesse pour se protéger. En 2002, il parlait de tolérance et de pardon. Depuis, il a envoyé pas mal de ses défenseurs en prison mais a laissé partir tranquille les cerveaux ayant mis en place les barrages et les milices à cette époque.

 

« Les gens ne veulent plus entendre parler de prières et d’églises après tout ce qui s’est passé » me confiait une vieille amie croyante, le cœur serré. C’est le résultat de l’action, non d’idéologues marxistes particulièrement efficaces, mais d’un vice-président de l’église protestante (fonction qu’occupe encore le Président). Il a tapé dans les caisses de l’Etat, trahi ses amis et dernièrement fait massacrer une cinquantaine de manifestants devant son palais. Dieu ou Mammon, il faut choisir mais on ne peut pas servir les deux en même temps.

 

Toujours le 17 février, CARE (association de solidarité internationale) a lancé un appel en faveur du sud de Madagascar. « Les populations locales ne mangent plus à leur faim depuis déjà plusieurs mois. On rencontre déjà des enfants sous-nutris », a déclaré Philippe Lévêque, directeur général de CARE France, qui s’est rendu sur place en janvier pour évaluer la situation. La priorité du pouvoir semble pour l’instant la réception du sommet de l’Union Africaine en juillet prochain.

 

Le Président Abdoulaye Wade du Sénégal, sollicité, a accepté de jouer le rôle de médiateur entre les deux parties. En 2002, en pleine crise, ce pays était à peu près le seul à être au côté du peuple malagasy et s’était fait son avocat auprès des autres nations.

 

 « La vie d’un homme vaut plus que toutes les richesses de la terre ». La Bible



Alain Rajaonarivony

 

 

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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 21:19




Madagascar était une légende, une espèce de continent à part avec ses lémuriens, ses orchidées et une population au pacifisme à toute épreuve. Si la situation actuelle perdure, elle deviendra un pays africain ordinaire. Des pauvres qui se révoltent, une dictature qui réprime dans le sang, des richesses immenses entre les mains d’une minorité et des multinationales, des militaires dans les rues, ce n’est pas encore « Blood diamond » mais on y arrive.


Ce 16 février, on a donc retrouvé les « mpiandry » (diacres protestants) tout de blanc vêtus en première ligne, comme en 2002, entre une rangée de fusils des forces anti-émeutes et des manifestants prêts à en découdre. Le but était de pénétrer dans des ministères et d’y installer les « ministres de transition ». Ce fut le fiasco, un nouveau rendez-vous est pris pour le lendemain. Des pierres ont été lancées en échange de grenades lacrymogènes et de tirs à balles réelles, en l’air mais pas toujours. Les affrontements ont duré plus de deux heures à Andohan’ Analakely, en plein centre d’Antananarivo. Il y a eu plusieurs blessés graves aussi bien parmi les policiers que les protestataires.


Et pourtant, c’était bien parti avec la nomination de deux nouveaux ministres de la transition sur la place du 13 Mai avec une grande première car ils sont issus de la diaspora. Il s’agit de Julien Razafimananjato, nommé à l’Education et du bien connu Augustin Andriamananoro, webmaster de Madagate.com, très engagé dans la défense de Andry Rajoelina, aux Télécommunications et Nouvelles Technologies.


La marche s’est arrêtée devant les cordons de l’Emmo-nat ( Etat-major mixte opérationnel). Les tractations ayant échoué, le Maire et son « Premier ministre » voulaient redescendre vers la place du 13 Mai mais la foule les en a empêché. Leurs partisans voulaient installer les « ministres » quel qu’en soit le prix. Le « petit peuple » n’est peut-être pas tout le peuple, mais on ne peut pas leur enlever le bénéfice du courage et de la volonté d’en finir avec un régime corrompu jusqu’à l’os. Tout le monde savait que les militaires pouvaient tirer mais personne n’a reculé. Et les responsables du mouvement se sont fait houspiller quand ils ont tenté de faire marche arrière.


La population d’Antananarivo est clairement divisée en deux. D’un côté, le « petit peuple », qui à l’image de Violette sur Arte considère que son existence ne vaut plus rien à cause d’une pauvreté sans nom et est prête à mourir pour le salut de ses enfants. De l’autre, la classe moyenne, ceux qui ont encore quelque chose à perdre (un travail, une entreprise, des biens durement acquis…), favorable à un compromis entre les deux partis, pour sauver ce qui peut l’être.


Au-dessus de tout cela, se trouvent les vrais responsables de cette situation, ceux qui ont détruit jusqu’à l’espérance des plus pauvres, le Président et sa cour, riches à milliards de tout ce qui a été amassé, détourné, spolié, y compris les terres des paysans données à des sociétés étrangères. Ils ne peuvent gagner dans cette confrontation qu’en usant d’un maximum de violences comme ce fut le cas du « samedi sanglant ».


Le Président est acculé, c’est pourquoi il s’est montré brutalement conciliant samedi. Ceux qui le connaissent savent bien qu'en position de force, il aurait plutôt tendance à humilier et à démolir sans pitié ses adversaires. Mais en face de lui, il y a une détermination telle qu’il doit composer. C’est presque trop tard ! Andry Rajoelina pose comme préalable à toute négociation la démission du Chef de l’Etat. Or, c’est une condition à priori impossible.


Au début, le Maire voulait se rendre avec une simple délégation dans les ministères. Mais la foule les a suivis. Sentant la tragédie possible, Andry Rajoelina déclara : « Ankinina amin’ny  Andriamanitra ny dihantsika », « Je remets entre les mains de Dieu notre marche ».


Ce sera une longue marche dont l’issue est incertaine. Les médiateurs devront accomplir des miracles.

 "La sagesse vaut mieux que les armes de combat..." Ecclésiaste 9:18



Les forces anti-émeutes à Andohan’Analakely. Photo de Sobika.com. Merci, Niry !


Alain Rajaonarivony




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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 00:08


Antenne 2, ARTE, RFI, BFM Tv, I télé, TV5, etc…, Madagascar était partout. Le dossier spécial de France Inter le 5 février faisait un petit récapitulatif des évènements juste avant le « samedi sanglant » pour ceux qui auraient raté le début du feuilleton dont les Malgaches étaient les acteurs et victimes. Depuis, c’est du direct live et il faudrait le faire exprès pour ne pas savoir que cette île du bout du monde vit des heures dramatiques.


Dans Le JT de 20 heures d’Antenne 2 du vendredi 13 février, le dossier « Grand format » était consacré à la situation politique de la Grande Ile. L’envoyé spécial parlera à un moment de la longue file de jeunes gens venant se faire payer pour de la figuration au Stade de Mahamasina lors du meeting de soutien au Président. Ces quelques plans ont ridiculisé le pouvoir aux yeux du monde. La démonstration était destinée aux médiateurs internationaux présents dans la Capitale. Elle devait prouver la popularité du chef de l’Etat. La supercherie fut découverte.


De sont côté, ARTE a aussi analysé la tragédie que continue de vivre le pays en parlant d’ « une révolution orange qui vire au rouge », allusion à la couleur du FCD (Force pour le Changement démocratique) et au « samedi sanglant » le 7 février. Son reporter a eu droit à quelques exclusivités, dont une qui devrait rentrer dans les archives de l’histoire. Il a pu assister à la réunion du Maire avec les responsables de la « plateforme de l’opposition », qualifiés de « vieux routards ». On y remarque entre autres la présence du doyen, le pasteur Andriamanjato, dont le fils Ny Hasina a été nommé « ministre des Affaires étrangères de la Transition ». A un moment, un des participants, à la question  « jusqu’où êtes-vous prêt à aller ?… », aura cette réponse : «Face au peuple, on ne peut rien faire, c’est tout ! On pense que le gouvernement n’osera pas envoyer l’armée contre la population». Erreur fatale de jugement ! 


Samedi 14 Février, Antananarivo a connu deux manifestations concurrentes, l'une sur la place du 13 Mai pour l’opposition, l'autre au stade de Mahamasina pour le pouvoir. Marc Ravalomanana, présent cette fois-ci, a dans son discours en malgache proclamé «qu’il n’y a rien qui ne puisse être résolu par le dialogue ». Et en français, à la sortie du stade : « il faut négocier tout de suite. Il faut dialoguer, çà c’est vrai, c’est la solution. C’est la tradition malgache ». TV5 a rapporté ces scènes et ces propos en contraste total avec les menaces coutumières. Des billets de banque tout neufs, semblant sortir tout droit de la Banque, seront utilisés pour payer des personnes pour qui la présence au stade est devenue un gagne-pain.


Certains des participants se sont croisés lors des dispersions des deux rassemblements. Il y eût quelques échauffourées sans gravité qui a fait dire que les « Malgaches ont retrouvé leur sagesse »


Sur la place du 13 mai, les révélations ont démarré avec l’annonce par le «ministre des Finances du gouvernement de transition» de la dette de 240 milliards d’Ariary  que Tiko devrait à l’Etat. Le «ministre de la Défense » a été nommé. Il s’agit du général de division Raonenantsomampianina. Fait inhabituel, des militants, exaspérés de voir des illustres  « nominés du 13 mai » absents pendant la lutte, ont lancé une pétition. Des milliers de signatures ont été récoltés par les fonctionnaires, les syndicalistes et autres associations pour demander la désignation de Nadine Ramaroson, secrétaire générale du Conecs (Conseil économique et social), comme «ministre de la population». Cette dernière s’apprêterait à refuser cet « honneur ». L’attachement de ses partisans lui va droit au cœur mais la fidélité à ses principes lui commanderait de se mettre à l’écart de ces « responsabilités », du moins pour l’instant.


A Paris, près de deux cents personnes se sont retrouvées sur le parvis du Trocadéro pour demander la paix à Madagascar ce samedi 14 février. La vie quotidienne est devenue difficile à Antananarivo. Les déplacements sont entravés par les points de contrôle, les denrées de première nécessité ont augmenté et l’insécurité règne. 



Alain Rajaonarivony



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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 00:10


La Croix Rouge malagasy a donné une estimation révisée de la journée sanglante du 7 février. On compte maintenant une cinquantaine de morts et près de 433 blessés. Comme le souligne si bien un journal de l’Ile de la Réunion, dans un autre pays, un tel évènement aurait donné lieu à un moment de recueillement et à un deuil national. Mais ce n’est pas le cas.


Dès le 11 février, le TIM a organisé une fête pour soutenir le Président Ravalomanana au stade municipal de Mahamasina. D’une capacité de 30.000 places, il fut rempli. Certes, des minibus ont convoyé des participants payés, venant parfois d’Ambatolampy (à 70 kilomètres de la capitale), les fonctionnaires ont aussi été « invités » et plus curieux, on a retrouvé de-ci de-là des petites gens des quartiers populaires présents sur la place du 13 mai. Les manifs sont devenues une source intéressante de revenus en ces temps de crise économique d’autant que les deux partis n’hésitent pas à payer.


Au-delà de ce folklore, des personnes sont venues de leur plein gré dont des partisans de Andry Rajoelina de la première heure. La schizophrénie n’est pas loin. Par leur présence, ils veulent signifier que Ravalomanana représente la « légalité », et que ses manquements ne justifient pas une prise de pouvoir par la rue. Des fans purs et durs du Président, à part ceux qui profitent du système, familles et membres du cercle des gouvernants, sont difficiles à dénicher.    


De ceux-là font partie Yvan Randriasandratriniony, Président du Sénat et du parti présidentiel TIM. Il n’a pas hésité à soutenir effrontément devant des journalistes étrangers qu’il y a eu des tirs de sommation lors de la tuerie d’Ambotsirohitra malgré les témoignages et les vidéos attestant du contraire.


Entre un assassin « légal » et un provocateur de moins en moins « légitime », les Tananariviens qui ont soutenu les deux tour à tour cherchent désespérément une issue. « Ni TIM, ni TGV, simplement démocrate » m’écrivait un internaute. Cela semble être le credo d’une population déboussolée. Aucun des deux « chefs » ne donne satisfaction à la majorité, qui ne se résout pas à les rejeter totalement.


L’idéal semble être une condensation de TGV pour le courage de dénoncer, de Ravalomanana pour la légalité internationale et de « il doit bien exister quelque part une élite honnête » pour l’éthique et le respect des règles républicaines. Bref, en pleine dissonance cognitive, les Malagasy sont perdus.


« Une troisième force », « une voie alternative » permettant de réconcilier leur passé (Ravalomanana et 2002), leur présent (Andry en 2009) et leur futur (des plus incertains) leur ferait retrouver un peu l’équilibre.


Ce sera difficile ! L’émergence de l’élite (elle existe) ne peut se faire que dans un environnement sain. Dans un contexte de concurrence déloyale au niveau économique, d’intimidations sur le plan politique, de népotisme dans les attributions des postes à responsabilité…, les meilleurs vont ailleurs et appliquent l’adage : « pour vivre heureux, vivons cachés ». Très vicieusement, Ravalomanana a récupéré les méthodes de Ratsiraka alors qu’on attendait de lui qu’il les dénonce. Andry Rajoelina a repris le flambeau, ranimant l’espoir, mais il a lui-même dérapé le 31 janvier, jour de son auto-proclamation. Depuis, les Malagasy ne savent plus à quel saint se vouer. Quant au FFKM (Fédération des Eglises), ses représentants se sont fait huer lors de la chapelle ardente en l’honneur des victimes du « samedi sanglant » (« Bloody Saturday » pour les agences).


L’ambassadeur américain Niels Marquardt se voulait modérément optimiste le 11 février : « Le dialogue commence, il faut le maintenir et c’est dans ce dialogue qu’il faut trouver une issue malgache ». Haile Menkeiros, l’émissaire de l’ONU est reparti. Amara Essy, le représentant de l’Union Africaine parle d’une « affaire interne » et semble déjà avoir jeté l’éponge.


Le secrétaire d’état français à la coopération, Alain Joyandet, qui a rencontré les deux rivaux, pense tenir une dynamique. Les «deux délégations sont en train de travailler. Ces négociations sont conduites par les représentants des Eglises qui sont très importantes ici...nous avons entendu le souci d’améliorer le sort, sur le plan social et économique, de la population malgache. Et c’est important pour que cette crise prenne fin». Les insulaires ont toujours été réputés pour leur art de recevoir et ont fait preuve d’une exquise politesse envers leur hôte. Mais les promesses n’engagent que ceux qui veulent y croire. Des informations confidentielles incitent à plus de pessimisme.

 

Rien n’a avancé. Chacun campe sur ses positions. Les « sages » du FFKM ne sont pas écoutés et la société civile, un des éléments modérateurs, s’éloigne de la contestation. Elle ne participe plus à aucune décision depuis deux semaines. D’ailleurs elle aussi n’a plus été écoutée, sinon il n’y aurait jamais eu d’auto-proclamation. Les « 13may-boys », ces jeunes (et moins jeunes) loups propulsés sur le devant de la scène par la seule volonté du Maire font pendant aux « Tiko-boys ». On a vu le comportement du Président du Sénat, niant l’évidence pour défendre le « boss ». L’attrait du pouvoir rend peu lucide. Deux clans extrémistes sont maintenant face à face.

 

Ceux qui se sont vraiment battus pour  le respect des libertés fondamentales comme le FCD (Force pour le Changement Démocratique) n’arrivent plus à contenir le Maire, poussé à la surenchère par les nouveaux-venus. D’autres groupes périphériques jusqu’ici veulent aussi leur part de gâteau. Tous ces acteurs œuvrent dans l’ombre et n’ont aucun intérêt à ce que les choses s’arrangent.

 

Parce que le chef de l’Etat n’a jamais fait montre de bonne volonté, ni pour négocier (remettant toujours au lendemain les rendez-vous pris), ni pour écouter, il a fini par marginaliser tous les éléments modérés du mouvement de contestation favorables au dialogue et à la cohabitation. Il va donc se retrouver en face d’interlocuteurs parlant le même langage que lui : la force brutale et la puissance de l’argent. Ce sera un combat à mort pour avoir le pouvoir et s’enrichir très vite. Ils suivent en cela l’exemple du Président lui-même qui a fait des «petits» mais dans le mauvais sens.

 

Une seule chose peut encore sauver Madagascar : l’apparition de la « troisième force ».

 

 

Alain Rajaonarivony



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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 00:58




« Un peu de douceur dans un monde de brutes ! » Ainsi peut-on qualifier les réactions des femmes dans cette crise. La Ministre de la Défense, Cécile Manorohanta a démissionné, immédiatement après le carnage d’Ambotsirohitra. Elle a motivé sa décision ainsi : « En tant que mère de famille, la foi et l’éducation que j’ai reçues ne me permettent pas d’accepter ce bain de sang dont mes compatriotes sont victimes… Il a été convenu au niveau du gouvernement que les forces de l’ordre ont pour mission de protéger les gens et leurs biens ». Elle a été remplacée dans la foulée par le vice-amiral Mamy Ranaivoniarivo.


De l’autre côté, Nadine Ramaroson, Secrétaire générale du Conecs (Conseil économique et social), a toujours fait preuve d’un courage exemplaire, acceptant tous les risques pour une cause qu’elle estime juste. Au côté d’Andry Rajoelina dans les moments les plus difficiles, après l’auto-proclamation de celui-ci le 31 janvier, elle prit ses distances pour ne pas participer à « la lutte des places ». Elle a jugé qu’elle devait s’engager pour la défense des libertés, pas à une prise du pouvoir par la force. «  Quand tout vous réussit, on a du mal à écouter les autres ! » confiera-t-elle à propos de son compagnon de lutte. Elle a donc préféré consacrer son temps au F.A.M. (Firaisankinan’ny Andriambavilanitra Malagasy), une association féministe destinée encore et toujours à protéger la démocratie (voir l’article : «De la lutte des femmes au F.A.M.»).


On murmure fortement que la ministre de la justice, Bakolalao Ramanandraibe Ranaivoharivony, aurait elle aussi présenté sa démission.

 

Michèle Ratsivalaka, la nouvelle PDS (Présidente de Délégation Spéciale) nommée le 4 février par le Maire pour le remplacer à la tête de la commune, est beaucoup sur le terrain. A la chapelle ardente pour les victimes du carnage de samedi, elle a déclaré : « La foule n’avait pas d’armes, des chars envoyant de l’eau auraient suffi. Au pire, en tant que femme d’un ancien général, je peux dire qu’ils auraient dû tirer aux pieds, mais pas à la tête comme ils l’ont fait ». Si les blessés n’ont pas des dommages spécialement localisés, 90 % des tués, selon le médecin-chef de l’hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona (HJRA) ont été touchés dans la partie supérieure du corps, dont la tête ou le cou. Figurent dans ces tristes statistiques plusieurs jeunes filles et jeunes gens d’Antananarivo dont le profil n’a rien à voir avec les voyous des bas quartiers en première ligne. Mais les balles portent loin, très loin, trop loin…


Quand la fusillade a commencé, on a vu la 4X4 du Maire démarrer en trombe. Dans des circonstances similaires, le 10 Août 1991, le Professeur Zafy est resté à la tête de ses partisans.


Guy Rivo Randrianarisoa, le PDS nommé par le pouvoir se fait très discret. Une consœur du quotidien Tribune écrivait dans son papier du 5 février : « …Tous ces faits peuvent signifier que Guy Rivo Randrianarison…a besoin d’une protection particulière. Mardi dernier, lors de la notification de la désignation d’un PDS à la tête de la CUA (Commune Urbaine d’Antananarivo), la peur se lisait sur le visage de Guy Rivo Randrianarison. Son chauffeur avait reçu comme consigne de ne pas éteindre le moteur de sa voiture. Des hommes musclés en tenue civile étaient installés autour de la porte et dans la cour du bureau de la mairie. Guy Rivo Randrianarison s’est montré assez nerveux lorsqu’il a répondu aux questions des journalistes, mardi dernier à Mahamasina…».


Etre doué dans les magouilles de couloir pour avoir un poste peut jouer des tours quand la situation devient dangereuse sur le terrain. La petite erreur de cette collègue sur la fin du patronyme du PDS (« on » au lieu de «oa »)  n’est pas fortuite et est récurrente dans les journaux malgaches. Elle est due au fait que ce dernier laisse parfois traîner le doute sur son véritable rôle en 2002, entretenant la confusion avec une personne très engagée au niveau de la diaspora à l’époque dans le soutien à Marc Ravalomanana.


Quant au Président, il a déclaré n’avoir «pas donné l’ordre de tirer». Alors, qui a pris cette décision? De toute façon, en tant que « chef suprême des armées », sa responsabilité est engagée. On ne tire pas à balles réelles sur des personnes désarmées en démocratie : balles en caoutchouc, tazers (pistolets à impulsion électrique), grenades lacrymogènes, matraques électriques, canons à eau, etc…, le choix des armes non létales est vaste. Maintenant, si on prend comme référence le Zimbabwe, le pouvoir est dans la norme.


Les derniers monarques de Madagascar étaient des Reines, dont la gentille Ranavalona III, capturée par les Français dans son palais après avoir été trahie par ses généraux. Certains avaient rejoint leurs maîtresses plutôt que de combattre, d’autres avaient abandonné leurs armes et leurs hommes sans avoir cherché à résister un minimum.


La lâcheté pourrait apparaître comme une grande qualité car elle permet de survivre. Mais survivre n’est pas vivre ! La devise du F.A.M. : « Femmes malagasy, source de vie, source de développement » prend tout son sens dans ces moments troubles. Elles se battent pour les enfants, pour les générations futures. Merci, mesdames !

 


Photo : La Secrétaire générale du Conecs au chevet des victimes du carnage du 7 février


Alain Rajaonarivony


 


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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 18:37




Des dizaines de milliers de personnes s’étaient de nouveau donné rendez-vous sur la place du 13 Mai ce samedi 7 Février. Bien que la foule fût bien plus importante que la dernière fois, une espèce de routine s’était installée. On imaginait qu’il n’y aurait pas d’incidents et que les forces de l’ordre ne s’opposeraient pas violemment. En effet, les responsables de l’Emmo-Nat (Etat-major mixte opérationnel) ont toujours su trouver un terrain d’entente avec les dirigeants de la contestation pour éviter tout débordement. C’est ce qui a d’ailleurs valu le limogeage de son plus haut responsable la semaine dernière par le Président.


Il faisait beau,  les ombrelles étaient de sortie et les vendeurs de limonade ne se plaignaient pas de leur journée. Comme promis le Maire Andry Rajoelina a révélé le nom de celui qui devrait diriger son gouvernement de transition, Roindefo Monja. Les qualités du « Premier ministre » sont surtout d’être originaire du Sud, région délaissée depuis toujours, et d’être le fils de son père Monja Jaona, un grand nationaliste irréductible, qui a connu la prison à plusieurs reprises pour ses idéaux. Car le cursus politique de Roindefo est pour l’instant des plus minces.


Le Maire a promis devant la foule enthousiaste que toutes les régions seraient représentées dans son gouvernement. Le « Premier ministre » de ce contre-gouvernement s’est ensuite dirigé de concert avec la foule vers le Palais d’Ambotsirohitra, situé non loin de là avec l’intention de s’y installer. Tout le monde n’a pas suivi, mais ils étaient quand même nombreux, surtout issus des  bas quartiers. Certains jeunes ne semblaient pas très fréquentables puisqu’ils ont failli molester un photographe et ne lui ont laissé son appareil qu’en échange d’un peu d’argent. Du racket, quoi !


La marche s’est déroulée sans incidents jusqu’au Palais où l’immense cortège s’est retrouvé face à des cordons de forces anti-émeutes mixtes (policiers, gendarmes et militaires). Le statut-quo a duré une bonne heure. Pendant ce temps, le général Dolin à la tête d’une petite délégation essayait de parlementer avec les officiers. Il informa ensuite les manifestants qu’il n’y avait aucun « décideur » à l’intérieur du Palais. Sur un mouvement de la foule, tout d’un coup, une explosion retentit (sans doute une grenade), suivi de coups de feu nourris.


Les témoignages, y compris des journalistes présents, convergent pour dire que les rafales provenaient de l’intérieur du palais, par des hommes encagoulés, qui ont tiré à balles réelles sur des manifestants qui ne semblaient pas encore avoir franchi la zone rouge.


Ces tirs tendus ont immédiatement couché par terre des dizaines de victimes, mortellement ou gravement blessées. Parmi elles figure un caméraman de la RTA, tué en première ligne pour le droit d'informer. On se précipite pour transporter les blessés. Une seconde salve cueille les secouristes.


Il n’y a pas eu de tirs de sommation préalables en l’air, contrairement à ce qu’affirme la version officielle.


Ensuite, c’est la panique et l’heure des rumeurs. On parle de mercenaires, de snipers sur les toits des immeubles, de saccages de l’hôtel du Louvre et du Colbert. Quelques casseurs ne perdent pas la tête et tentent de s’en prendre au Ministère des finances ou à des commerces à proximité. Au milieu des blessés, on les verra courir avec des ordinateurs et autres babioles sous les bras.


La morgue de l’Hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona est vite remplie. On fait appel aux donneurs de sang et aux étudiants en médecine. Dans la soirée, Médecins du Monde annonce l’envoi de matériels chirurgicaux pour le traitement de 300 blessés. Des tirs sporadiques seront entendus jusqu'à 4heures et demi du matin.


Ce dimanche 8 février, le bilan de la gendarmerie fait état de 28 morts et 212 blessés, les sources hospitalières de 43 morts. Beaucoup de familles cherchent encore les leurs, disparus depuis hier.


 Une veillée mortuaire s’est tenue au stade couvert de Mahamasina dans l’après-midi. Monseigneur Odon Razanakolona  a pris la parole mais pas ses autres collègues du FFKM (Fédération des Eglises), hués par l'assistance.


Depuis le Black Monday du 26 janvier, la situation n’a cessé d’empirer. Juste avant l’auto-proclamation du Maire du samedi 31 janvier, des négociations prévues entre les deux parties avaient été annulées car le Président avait choisi de partir en province.


La veille de ce samedi rouge, les émissaires des deux camps avaient pu enfin se parler. Ils étaient trois de chaque côté de la table. Jacques Sylla, Président de l’Assemblée Nationale, Noël Rakotondramboa, vice-président du Sénat, Harison Edmond Randriarimanana, ministre de l’environnement représentaient le pouvoir. Nirhy Lanto Andriamahazo, adjoint-au-maire de la Capitale, le journaliste Gilbert Raharizatovo et Ny Hasina Andriamanjato portaient les propositions de la partie adverse. Pour qu’une négociation soit efficace, il faut qu’il y ait un minimum de concessions réciproques. Les émissaires présidentiels, semble-t-il, n’auraient rien voulu lâcher. Les discussions avaient duré toute la journée.


L’image du Président est irrémédiablement ternie, celle de Andry Rajoelina aussi. Le sang versé éclabousse tout le monde. Un lecteur indigné m’a écrit qu’il fallait organiser des élections anticipées. C’est du pouvoir du législateur et de l’exécutif, mais c’est effectivement une des portes de sortie possible.


Un représentant de la diaspora m’a appelé de Dakar pour que je transmette leur appel aux deux belligérants :


«  Il est inadmissible que des Malagasy meurent car des politiciens ne sont pas capables de trouver un terrain d’entente. Nous demandons aux parties en présence de se parler maintenant afin de sortir une solution honorable et acceptable pour tous car cette situation a assez duré. Les Malagasy ont déjà beaucoup trop souffert. » 



Merci aux photographes dont certains ont risqué leur vie pour passer l’information.

Je ne publie pas les photos des personnes tuées par respect pour elles.


Alain Rajaonarivony




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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 18:02








































































































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