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  • Alain Rajaonarivony

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 13:43



Malgré la démonstration de force pacifique de la population descendue sur la place du 13 Mai samedi 24 janvier, le gouvernement a fait la sourde oreille. Et pourtant, plusieurs dizaines de milliers de personnes qui défilent sans incidents, en l’absence de forces de l’ordre, auraient fait réfléchir n’importe quelle autorité ayant une culture républicaine. Mais nous sommes à Madagascar.

 

De retour d’Afrique du Sud d’où il a dû écourter son séjour, le Président a donné des ordres « fermes » pour arrêter Andry Rajoelina le Maire, ainsi que tous les « fauteurs de troubles ». Le Premier ministre n’a pas eu le cran de le raisonner ou de le contredire, car les colères de Ravalomanana font trembler son entourage. Ce dernier ne supporte pas qu’on le contrarie.

 

La voix du peuple a donc compté pour rien, « peanuts ». Vers 3 heures du matin, ce lundi 26 janvier, un commando composé de soldats s’exprimant en anglais a attaqué l’émetteur de Viva Radio à Ambohimitsimbina. Tout Tananarive parle de l’arrivée de mercenaires africains.

 

Les résultats de ce comportement présidentiel sont édifiants.

 

Des barrages d’«Andrim-pokonolona » (comité de vigilance citoyenne) se sont aussitôt érigés dans plusieurs endroits de la ville. Des policiers qui tentaient d’en démanteler un à Ambohipo ont dû s’enfuir. Leur  véhicule a été incendié.

 

Une foule furieuse de ce que l’Etat a fait à Viva Radio s’en est pris aux émetteurs de TVM et RNM, la radio et télévision nationales et ont brûlé une partie des bâtiments. Ces trois médias ont cessé d’émettre. La population s’est aussi dirigée vers le tribunal pour réclamer la libération de trois étudiants arrêtés sans preuves.

 

Les magasins de gros « Magro » appartenant au chef de l’Etat sis à Tanjombato et Antanimena ont été réduits en cendres. Une partie de la flotte de camions de Tiko a été mise à l’abri à Bevalala.

 

La foule a ensuite donné l’assaut aux émetteurs de MBS à Anosipatrana. Les soldats qui défendaient la station présidentielle ont tiré avant de s’enfuir. Ils ont fait 2 morts. MBS a aussi brûlé.

 

A l’heure actuelle, toutes les radios sont muettes à Antananarivo, sauf Radio-Mada qui appartient encore au Président.

 

Les écoles catholiques n’ont pas ouvert et le Lycée Français d’Ambatobe a demandé aux élèves de rentrer chez eux à partir de midi, l’établissement fermant ses portes jusqu’à nouvel ordre.

 

Marc Ravalomanana et le TIM voulaient montrer leur force. Ils sont donc exaucés. D’ors et déjà, les internautes devraient archiver toutes les déclarations des uns et des autres car le sang a coulé et coulera encore. Certains devront en répondre devant le tribunal de l’histoire, sinon devant le tribunal tout court. La population d’Antananarivo est extrêmement déterminée. Andry Rajoelina, leur Maire, a promis de la défendre jusqu’au bout, malgré les forces de l’ordre lancé à ses trousses pour l’arrêter. Il était encore aujourd’hui sur la place du 13 Mai entouré de dizaines de milliers de partisans.

 

Que Didier Ratsiraka utilise les armes en 2002, pour perdurer au pouvoir, c’était ignoble ! Il y avait néanmoins une certaine logique. Il était officier et avait la culture de la confrontation guerrière. Mais que Marc Ravalomanana, chef d’entreprise, vice-président de la FJKM (union des églises protestantes) et affichant un christianisme clinquant, fasse la même chose, il y a là quelque chose qui dépasse l’entendement.

 

Le Président n’a jamais émis un mandat d’arrêt contre son rival. Il a laissé partir Tantely Andrianarivo, Premier-ministre de l’Amiral. Il a même parmi ses collaborateurs, des personnalités qui appartenaient déjà au gouvernement déchu. Par contre, il a fait emprisonner ses compagnons de lutte comme Pety Rakotoniaina et d’autres, et humilié la ville qui l’a fait roi, Antananarivo. Les idéaux de 2002 étaient « Fahamasinana » et « Fahamarinana » (Sainteté et justice). La capitale veut toujours y croire et se bat pour cela.

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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25 janvier 2009 7 25 /01 /janvier /2009 21:30


La manifestation a commencé au jardin d’Ambohijatovo mais s’est terminée sur la place du 13 Mai. Le correspondant de RFI (Radio France Internationale) parlera d'un symbole. Les chiffres divergent, de 30.000 à 500.000, la vérité étant comme d'habitude entre les deux, sans doute autour de 80.000. Ce qui est certain, c'est qu'il y avait du monde et beaucoup plus que la semaine dernière.


Les déclarations du Préfet déclarant ce rassemblement illégal n’aura donc rien changé. Les Tananariviens ont décidé d’exprimer leur ras-de-bol et leur soutien à leur Maire Andry Rajoelina. Ce dernier, devant le blocage total de la situation, a appelé à la grève générale et s’est déclaré prêt à un éventuel gouvernement de transition. Cette journée du 24 janvier ressemblait étrangement à un mix de 1991 et 2002.


Comme la fois précédente, les politiciens n’ont pas eu droit à la parole. Seul Gilbert Raharizatovo, du FCD (Force de Changement pour la  Démocratie), a adressé un appel aux bailleurs de fonds afin qu’ils ne se rendent pas complice d’un régime pratiquant l’impérialisme intérieur (consistant à se conduire comme des colonisateurs, mais envers leur propre peuple). Un représentant des étudiants a dénoncé les arrestations sans preuves de collègues accusés d’avoir lancé des cocktails molotov. Et des émissaires des régions ont montré à la tribune des extraits d’actes domaniaux témoignant que des tractations sont bien en cours pour céder des centaines de milliers d’hectares à des étrangers, au détriment des natifs. Le Maire finira la réunion par son appel.


Le Président, qui s’est offert une sortie impromptue en Afrique du Sud pendant le week-end avec son nouvel avion pour une réunion de la  SADC (communauté des pays d’Afrique Australe), voulait un accueil triomphal à son retour. Ce dimanche donc, des camions et des bus ont effectué un service de ramassage dans toutes les zones suburbaines, y compris à la sortie des églises pour former des haies d’honneur depuis l’aéroport. Le seul hic fut que la foule criait « TGV, TGV… » (surnom du Maire), et  que cela fut retransmis en direct à la radio.


Dans le même temps, des rumeurs d’arrestation ont couru sur le Maire Andry Rajoelina, l’adjoint-au-maire Nirhy Lanto Andriamahazo et le journaliste Gilbert Raharizatovo, obligeant ces derniers à disparaître le temps de recouper les informations. En fin d’après-midi, les choses semblaient s’être calmées.


Devant l’intransigeance du pouvoir, la population d’Antananarivo va de désobéissance civique en désobéissance civique, portant à bout de bras son Maire. Contrairement à la propagande officielle, le mouvement s’amplifie et commence à s’étendre à toute l’Ile. Une situation identique aurait, dans une nation démocratique, entraîné une inévitable concertation entre les gouvernants et les contestataires afin de trouver un modus vivendi et éviter une crise. Mais l’expression préférée du Président envers ses ministres étant : « Je vous donne l’ordre de… », il est à espérer qu’il n’ait pas la même réaction devant la fronde citoyenne. Pour l’instant, le signe tangible, ce sont des mouvements de troupes vers la capitale. En face d’un peuple qui a toujours fait preuve de pacifisme et de patience, ce n’est certainement pas la réponse adéquate. Une réplique à l’africaine qui serait de faire couler le sang ou de se lancer dans la répression permettrait aux gens du pouvoir d’éviter une remise en cause immédiate. Mais à terme, il sonnera le glas de ce régime car la violence de l’Etat entraînera fatalement une réaction du peuple.


Discrètement mis sous observation par les instances et analystes internationaux, l’Etat passe un test grandeur nature en termes de respect des libertés, des règles républicaines et démocratiques. Pour l’instant, Madagascar a perdu des points dans tous les classements.  



Alain Rajaonarivony


 


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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 00:01


L’enthousiasme est monté crescendo comme un feu qu’on ne peut maîtriser. Depuis cette soirée mémorable du 20 janvier où Paris était à l’heure de Washington, mes amis et connaissances n’arrêtent pas de s’échanger des coups de fil et des mails exaltés. Congolais, Antillais, Camerounais, Algériens, …. intellectuels ou pas,  tous sont remplis d’un nouvel espoir, parfois encore teinté d’une certaine incrédulité. Et la fièvre n’est pas près de retomber.


Le seul bémol dans cette surexcitation, c’est lorsque j’ai eu un de mes compatriotes au téléphone. Nous sentions bien que nous n’étions pas au diapason de la planète black et métis et au-delà, de tous les hommes de bonne volonté qui voient en l’élection d’Obama la réparation d’une injustice séculaire et la reconnaissance de la dignité du peuple noir. L’humiliation ressentie au pays à cause de l’affaire Daewoo (voir articles précédents), les propos et actes d’un chef d’Etat de moins en moins démocrate, une Constitution réduite à celle d’une république bananière (voir article « révision rapide et chute durable »), il n’y avait en effet pas de quoi pavoiser. Notre pays recule alors que tous les autres avancent.

 

Internet a bien sûr participé à la fête et les posts sur Obama ont fleuri. Les forums de la diaspora malagasy n’ont pas fait exception à la règle et évidemment, les comparaisons entre la situation actuelle de la Grande Ile et celle des Etats-Unis étaient inévitables. Niry, de Sobika.com (un site convivial à recommander), en a fait même un petit édito. Et c’est dans son forum que j’ai déniché une perle. Un internaute a fait un copier-coller d’un bout d'un de mes articles pour déplorer le fait qu’on n’aurait jamais la possibilité d’avoir un Obama à Madagascar à cause de la révision de l’article 46 de la Constitution. Cela a provoqué des réactions des partisans du pouvoir qui viennent maintenant sur Sobika promouvoir leurs idées depuis que leur propre forum officiel a été déserté, les censures et autres insultes y rendant impossibles tout débat.

 

Fidèles à eux-mêmes, la réflexion a démarré par des attaques personnelles n’ayant rien à voir avec le sujet. Mais ce qui est intéressant, c’est l’argument suivant, je cite : «  Enfin, Ra8 a réalisé plus qu'Obama : retour d'un ME.RI.NA au pouvoir !! Et çà, tu le sais pertinement… »

 

Pour ces personnes donc, une des grandes qualités du Président, c’est d’être Mérina. Il est vrai qu’en 2002, on luttait contre la discrimination inverse, où de doctes érudits nous expliquaient dans une théorie fumeuse pourquoi un Mérina ne devait pas accéder à la magistrature suprême, à cause de  la monarchie du siècle dernier. Il y aurait une espèce de compensation que les Mérinas devraient aux Côtiers des générations après. C’était abracadabrant, et surtout un écran de fumée dressé par la Françafrique qui pensait que les Mérina industrieux pouvaient faire échapper Madagascar à leur influence.

 

Et c’est là que se situe le quiproquo, je pense. On ne voulait pas de la discrimination, mais ni dans un sens, ni dans un autre. Un Mérina mauvais est avant tout un mauvais, et le peuple a le droit de lui demander des comptes, tout comme il l’a fait avec Ratsiraka, originaire de l’Est du pays, ou Zafy qui venait du Nord. Et la population d’Antananarivo va prouver dans les semaines à venir qu’elle lutte pour la justice et n’a rien à faire de considérations ethniques.

 

L’arrivée des chefs et rois traditionnels (des « raiamandreny », « Tangalamena » et «Ampanjaka ») venus de toutes les régions de Madagascar, à Antananarivo le 22 janvier pour soutenir le Maire Andry Rajoelina, démontre largement que la population est loin de ces raisonnements racistes.

 

Un autre post était un peu plus constructif car il tentait de démontrer laborieusement que la modification de l’article 46 n’interdisait pas l’arrivée d’un métis à la tête du pays. Mais cet intervenant n’arrive finalement qu’à confirmer ce que j’écris puisqu’au mieux, un métis ne peut postuler à la magistrature suprême qu’au bout de la deuxième génération. Obama a un père kenyan et une mère américaine. C’est un métis, point ! La modification de l’article 46 de la Constitution malgache a crée deux types de citoyens : ceux qui ont les pleins droits et les autres, ce qui est anti-démocratique et discriminatoire. Tout le reste n’est que sophisme.

 

En attendant, ce samedi, les Tananariviens vont de nouveau manifester sur la place de la démocratie à Ambohijatovo, et la diaspora devant l’Ambassade de Paris. Une fois de plus, le pouvoir a réagi par des menaces. Le domicile de l’adjoint-au-maire, Nirhy Lanto Andriamahazo, a été perquisitionné le 22 janvier au matin durant deux heures d’affilé.

Les enquêteurs cherchaient des éléments pouvant compromettre le Maire, armes ou documents, mais sont repartis bredouilles. D’autres collaborateurs du Maire pourraient subir le même sort dans les jours qui viennent. Et des contrôles fiscaux sont prévues le 27 et 28 janvier pour les deux sociétés Injet et Doma Pub, gérées par l’épouse du maire.

 

Les citoyens de province commencent aussi à subir les foudres du pouvoir. Une radio a été fermée à Manakara pour avoir osé parler du meeting d’Ambohijatovo, d’autres à Fianarantsoa et Diego-Suarez ont été fortement invitées à ne plus parler de ce genre d’évènement sous peine de connaître le même sort.

 

Malgré le comportement de plus en plus agressif du gouvernement, la contestation s’amplifie.

Il y a déjà un effet TGV (surnom du Maire) moins spectaculaire certes que l’effet Obama, mais très positif. Le Président s’est de nouveau intéressé au peuple, visité des hôpitaux et des quartiers populaires. Il a promis d’engager un programme pour réhabiliter les infrastructures de santé. Il était temps !

 

En 2002, les Malagasy voulaient forcer le destin. « We have a dream », celui d’une société plus juste où les enfants auraient droit au même avenir.

Maintenant, avec Andry et ses compagnes et compagnons, ils peuvent dire : « Yes, we can ! »

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 08:30


Depuis la journée du 17 janvier, le pouvoir s'est lancé dans la contre-offensive. Dès le lendemain, le Ministère de la communication a saisi les émetteurs de la télévision Viva. C'était dimanche, vers quinze heures. Des éléments des forces de l'ordre sont entrés dans l'enceinte de Viva à Ambohimitsimbina, après avoir neutralisé les gardiens, et ont raflé le matériel. A cette nouvelle, une foule nombreuse est venue "protéger" la radio Viva, après un appel du Maire. Hier, lundi 19 janvier, le ministre Bruno Andriatavison, a adressé une mise en demeure à cette même radio, une véritable attitude de mépris envers la population. D'autres évènements vont sûrement suivre. Mais pour vous rappeler cette journée historique, voici d'abord un reportage d'atmosphère signé Gilbert Raharizatovo.







Vers 7h30, le parc lui même est encore très calme. Les routes ne sont pas encore coupées et il n'y a aucune voiture de police ou de gendarmerie à l'horizon. C'est si tranquille qu'on entend même jusqu'au Cinéma Ritz les décibels  des essais de la sonorisation. Par contre, quelques endroits sont déjà occupés par des attroupements importants : l'un sur l'esplanade du vieux marché d'Ananlakely devant la Banque BNI, le deuxième à proximité du magasin du célèbre tailleur Gilbert Rakotomanana et le dernier à la sortie du tunnel vers le côté est. A cette heure matinale, le nombre de personnes dépasse déjà approximativement le millier.

Vers 10 heures, le soleil a complètement chassé la pluie matinale. Il fait même trop chaud, aux alentours de 25 degrés Celsius. J'ai refait mon trajet de ce matin. Sur toutes les routes qui convergent vers le site, on voit des colonnes de piétons. Ce sont des tableaux inhabituels en fin de semaine, annonçant sans équivoque que le rassemblement sera important. A 10h30, je suis devant le portail du parc. D'un seul coup d'oeil, on peut évaluer leur nombre aux environs de 50.000 personnes. Aucune exagération quand on sait que le stade municipal de Mahamasina, quand il est plein à craquer lors d'un match de foot d'envergure, peut contenir ce même nombre de spectateurs.

Dans le parc, presque aucun mètre carré vide hormis la partie boueuse à l'entrée. Les deux routes sur les deux côtés sont devenues des véritables gradins, du fait  de la dénivellation entre eux et le parc, qui atteint presque un mètre. Les flancs des collines, les cours, les vérandas se transforment en balcons où se hissent des spectateurs privilégiés. C'est la première fois dans son histoire que le jardin d'Ambohijatovo reçoit une telle affluence.

"Le régime nous a tous rassemblé ici. Cette ambiance nous ramène sept ans en arrière. C'est le début de la fin..." Ces phrases sont presque sur toutes les lèvres. C'est le seul signe qui montre qu'il ne s'agit nullement d'une rencontre festive mais d'une manifestation populaire. La foule est immense mais aucun élément des forces de l'ordre n'est présent sur les lieux. Seule une ambulance de la commune, garée devant le parc peut faire penser à un évènement à risques. Personne ne souhaite le moindre débordement car dans cette vallée profonde en auge, il n'existe que deux sorties possibles sur les deux extrémités et encore, le tunnel est un goulot d'étranglement qui peut créer des dégâts énormes en cas de bousculade. La place n'est pas vraiment adéquate pour une manifestation de masse. Lors des précédents mouvements de rue, le nombre des manifestants pouvait atteindre 120.000 personnes, voire 200.000, soit le triple ou le quadruple de ce samedi.

Tous les matins, les interventions du Club de la presse privée animée par le trio de choc Rolly Mercia, Lalatiana Rakotondrazaka et Soava Randriamarotafika et l'accès direct à l'antenne, par appels téléphoniques, des auditeurs, rappellent immanquablement  l'ambiance de 2002. Mais à l'époque, en lieu et place de Viva, il y avait Radio Ravinala et MBS. L'histoire est, dit-on, un éternel recommencement!

A 11heures, je suis toujours devant le portail où les militants des partis regroupés au sein du mouvement FCD ou "Force pour le Changement Démocratique" déploient deux banderoles dénonçant la dictature. Tous les membres du bureau national sont là pour attendre à la fois l'arrivée de leur président Alain Ramaroson et la star du jour, le Maire d'Antananarivo Andry Rajoelina. La femme de Pety Rakotoniaina (en prison actuellement), Mialy Rakotoniaina, est parmi les siens car le Tambatra créé par son mari est membre de ce mouvement.

Il était 11h20, les responsables de la sécurité civile s'activent à ouvrir un couloir vers l'entrée du parc. Des coups de sifflets tonitruants de la police communale brisent soudain le silence. Une voiture Pick-Up bourrée d'éléments du service d'ordre suivie d'un 4X4 gris flambant neuf s'approchent tout doucement de la foule compacte devant le portail. Instantanément, une vague humaine déferle dans un désordre indescriptible pour se rapprocher de la voiture de Andry Rajoelina. Ce dernier ne résiste pas à la tentation du bain de foule. Un exercice dont le péril est difficilement appréciable en cette circonstance. Le jeune Maire, épanoui et dans son grand jour, salue la foule et touche à grands coups de paume de la main les milliers de doigts en l'air sur son passage. "Andry TGV! Andry TGV!" scande la foule, exaltée. Andry Rajoelina n'est plus simplement une star, il est devenu un héros à cet instant. Un autre Maire bénéficiait en 2002 d'un pareil élan populaire.

Il aura fallu quinze minutes pour que la voiture de l'élu atteigne le podium. Des milliers de voix, doublées par des morceaux de musique qui vrillent l'atmosphère, noient cette vallée profonde dans un tumulte assourdissant. L'émotion est à son summum. On ne peut décrire cette ambiance extraordinaire et bizarre où se mélangent à la fois le souvenir du temps passé, l'amertume et l'espoir, la haine et le "fihavanana" (la bonne entente sociale), la peur et le possible renouveau. Tout s'entremêle pour constituer encore un flou qui ne laisse pas voir clairement même le lendemain le plus proche.

Les termes "Zandry kely" ou "Boy kely" (petit gars immature) que ses adversaires accolaient au jeune élu étaient péjoratifs. Il est en train d'en faire une marque de fabrique. Ce samedi, il devient l'emblème de la nouvelle génération. Sa réelle popularité l'amène vers la stature d'un chef politique.

Nadine Ramaroson, la femme la plus médiatisée de l'année, est considérée par les journalistes comme le symbole de la battante. Mais en même temps, on lui attribue une certaine fragilité à cause de sa sensibilité reconnue envers les plus démunis et les plus vulnérables. Elle ouvre la série de discours par un hommage au Maire. "Andry Rajoelina, ce jeune qui ose et qui n'a pas peur, quelle mère ne serait pas émue devant ce jeune qui accepte volontairement d'être le sacrifice pour sauver cette nation qu'on détruit..., cette population qu'on appauvrit?"

Nadine Ramaroson a été choisie par Andry Rajoelina en personne pour représenter la société civile, en tant que secrétaire générale du Conecs (Conseil économique et social). Tout au long de son message, elle sera ovationnée, confirmant son image de "pasionaria du peuple". Issue de la grande  bourgeoisie d'affaires, et élevée dans les meilleures pensions d'Europe durant sa jeunesse, ses propos et sa popularité suscitent une réaction épidermique chez les gouvernants, entre jalousie, inquiétude et admiration. Pourquoi une gosse de riche s'intéresse-t-elle aux injustices sociales? Le pouvoir l'a, en tout cas, dans le collimateur.

En terminant son discours, elle dédiera à la foule un titre de Black Jack "Mba saino kely lesy", une chanson de circonstance qui invite les citoyens à réfléchir sur le devenir du pays, avec l'arrivée massive d'étrangers venant piller les richesses nationales et réduisant les Malagasy au rang de nouveaux colonisés. Les représentants des régions apporteront ensuite leurs témoignages quant aux vols de terres perpétrés par les hommes du pouvoir.

Andry Rajoelina prendra la parole en dernier. La première partie de son discours est lue, avec des mots forts. "Quoiqu'il arrive, je ne me laisserai jamais faire. Je mènerai jusqu'au bout cette bataille pour la liberté et la démocratie". La seconde, plus improvisée est le déballage promis. Il dénoncera la location pour une somme symbolique d'un site de la commune urbaine d'Antananarivo par la station MBS du groupe Tiko et les remblaiements de rizières sur la route-digue qui n'a pas reçu l'autorisation de la Mairie.

Presque à chaque minute, Andry Rajoelina galvanise la foule par son talent d'animateur. On note même quelques attaques dont la cible bien déterminée est le chef de l'Etat. C'est pour la première fois peut-être que dans un discours, la foule demande un bis "averenokely indray mandeha" comme pour bien s'assurer qu'elle a correctement entendu.

Le Maire demandera à deux ministres, celui de l'aménagement du territoire et celui des finances et du budget, de déposer leurs démissions d'ici à mercredi. Les affaires Daweoo (1,3 millions d'hectares de terres offertes à la société coréenne) et Force One (l'avion présidentiel) ont trop choqué l'opinion. Un appareil qui a coûté plus de cinq cents milliards de nos francs, précise l'élu. Cette somme aurait pu assurer le ravitaillement en riz de tous les Malagasy pendant cinq ans ou permettre l'achat de voiture 4L pour trois cent mille familles, ajoute-t-il, cette dernière pique étant un rappel ironique d'une des promesses de Ravalomanana en 2002.

Le Maire donne rendez-vous à la population sur cette place de la démocratie le samedi 24 janvier. Entretemps, il a promis d'ouvrir par la force populaire la télévision Viva. Samedi prochain, un autre jour pour la démocratie et l'espoir...


Gilbert Raharizatovo / Alain Rajaonarivony




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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 00:50







Ambohijatovo était noir de monde ce samedi 17 janvier pour l’inauguration de la place de la Démocratie. Près de 50.000 personnes remplissaient le square ainsi que les collines avoisinantes. Le peuple a réussi sa démonstration face à un pouvoir de plus en plus affaibli. 


Le préfet, si prompt à interdire toute réunion, sauf celles organisées par les dirigeants, a dû lâcher du lest. Il s’est contenté de signifier que sa responsabilité était dégagée en cas de dérapages, la Mairie ne lui ayant demandé aucune autorisation. Mais malgré la foule impressionnante, il n’y a eu aucun incident à signaler durant le rassemblement.

 

La première à prendre la parole fut Nadine Ramaroson, secrétaire générale du Conecs, au nom de la société civile. Elle a exhorté ses concitoyens à garder l’espoir. Puis deux représentants des régions lui ont succédé pour faire part de ce qu’endure la population. C’est Andry Rajoelina, le Maire qui a clos cette petite série de discours en mettant l’accent sur la solidarité et l’audace nécessaires pour réussir devant l’adversité. Beaucoup d’hommes politiques étaient présents mais n’ont pas pris la parole.

 

Les scandales récents qui ont défrayé la chronique et entaché la réputation de Madagascar au niveau mondial, ont été évoqués par les intervenants : l’octroi à titre gracieux de 1,3 millions d’hectares de terrains à la société coréenne Daweoo et l’achat de l’avion présidentiel pour 60 millions de dollars non budgétisés. Par conséquent, les ministres concernés, celui des Finances Haja Razafinjatovo et Marius Ratolojanahary, responsable de l’Aménagement du territoire, ont été invités à déposer leur démission. Ce genre de demande est la règle dans les grandes démocraties après de tels faits. Mais dans la Grande Ile, les responsables n’ont pas l’habitude d’assumer leurs inconduites et bévues.

 

Les orateurs ont aussi demandé la réouverture d’ici à samedi de Viva TV et de toutes les radios fermées autoritairement sur le territoire national, à Tuléar, Fianarantsoa ou Tamatave. L’intégralité de la manifestation a d’ailleurs été retransmise en direct sur les stations provinciales via des téléphones portables. Il a été fait mention de MBS, la station radio-Tv du Président, qui occupe un domaine de la commune à des conditions assez effarantes puisqu’elle le loue pour une somme symbolique et pour 50 ans. Ce contrat a été passé quand le premier magistrat de la ville, élu entretemps à la tête du pays, et le propriétaire de MBS ne faisait qu’un.

 

Les entraves à la liberté d’expression dont se rend responsable le pouvoir ont été rappelées par le nonce apostolique Monseigneur Augustin Kasujja, lors de la présentation des vœux du corps diplomatique la veille. Le Chef de l’Etat n’a pas du tout apprécié.

 

La diaspora a, elle aussi, manifesté à proximité de l’Ambassade de Madagascar à Paris ce samedi. Ils étaient plus nombreux que samedi dernier, autour de la centaine. Par la voix de l’un des principaux organisateurs, Augustin Andriamananoro, les protestataires ont fait part de leur détermination. Les exilés étaient aux abonnés absents et le mouvement prend au fur et à mesure de l’ampleur.   

 

Antananarivo est devenue la capitale des libertés. Plusieurs représentants des provinces ont promis de suivre son exemple. Le message, clair et pacifique, demande le strict respect des libertés garanties par la Constitution. Pendant l’inauguration, on sentait une sourde colère monter à l’égard des gouvernants. Si le régime continue sa fuite en avant et refuse de prendre en considération les aspirations du peuple, il sera entièrement responsable de tout ce qui se passera par la suite. Qu’il ne cherche pas des fauteurs de troubles car le premier d’entre eux, ce sera lui !

 


Alain Rajaonarivony



 
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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 01:44


On l’a bien compris, le Président était en pétard ! Tous les journalistes l’ont remarqué en cette journée du 13 janvier. Une visite à l’hôpital auprès des « raiamandreny » (anciens) malades, c’est rare ! Des dérapages verbaux (« preneurs d’otages » effacés rapidement du site de la Présidence), une colère mal contrôlée, ses interlocuteurs avaient du mal à saisir le message. Ils en ont déduit une grande fermeté à l’égard du Maire Andry Rajoelina.

 

De fait, le chef de l’Etat s’adressait à ce dernier et non pas à l’opinion. Il y avait 2500 personnes à la présentation des vœux au Palais le 9 janvier mais la seule dont la présence importait n’était pas là. Dans ce conflit quasi-oedipien, on dépasse l’analyse politique. L’affect est largement engagé, ce qui explique pourquoi le Président avait du mal à se contenir. Le fait d’aller à l’hôpital voir les anciens était déjà un message en soi. Insister lourdement ensuite sur le respect dû aux « raiamandreny » ne fait que le conforter. Le Président ne supportait pas d’avoir été snobé par le « fils ».

 

De son côté, le Maire, en butte à toutes les tracasseries possibles et imaginables de la part du gouvernement, s’est demandé à plusieurs reprises « pourquoi le Président ne m’aime pas ? ». Vaste question ! Toujours est-il qu’il a fini par rentrer en rébellion en refusant d’honorer l’invitation. Un esprit cartésien considérerait cela comme une prise de position politique mais sans grande conséquence puisqu’il ne  s’agit que d’une simple démarche protocolaire. En France, les politiciens pratiquent couramment ce « langage en acte » que les analystes qualifient de « mouvement d’humeur » ou de « rendez-vous manqué ». Mais nous sommes à Madagascar, où la symbolique du relationnel revêt une importance différente.

 

Depuis, le Président s’est bloqué là-dessus. « Zanaka » (enfant, fils ou fille) et « raiamandreny » (parents, anciens) reviennent en boucle dans les communiqués officiels. La rencontre avec les quatre responsables écclésiastiques représentant la confédération d’églises  le 12 janvier fut celle d’un « zanaka » avec des « raiamandreny ». Celle qu’il a eu avec des anciens collaborateurs le 14 janvier fut celle d’un « raiamandreny » avec ses enfants. Le chef de l’Etat qui est plutôt partisan de l’action n’a visiblement pas digéré celle de Andry Rajoelina..

 

Le refus du Maire semble avoir été perçu par le Président, qui en a pourtant vu d’autres, moins comme un geste politique qu’une défiance qui l’a atteint personnellement. On se trouve à deux niveaux différents d’interprétation. C’est ce que Ferenczi, psychologue spécialiste des traumatismes causés aux enfants par les parents, appellerait la « confusion des langues ».

 

« Zanaka - raiamandreny », le couple infernal auquel personne n’échappe à Madagascar touche aussi les responsables d’église, « raiamandreny » par excellence. Après s’être inconsidérément engagé auprès de Marc Ravalomanana, ils ont soutenu discrètement le Maire de la capitale avant de tenter de se repositionner en tant que « parents responsables », qui traiteraient de manière égale leurs « enfants » (le chef de l’Etat et Andry Rajoelina). Cela donne des valses-hésitations assez pénibles à suivre.

 

Pratiquement, la situation est sans issue ! Malgré les cris de victoire des uns et des autres, il est impossible de discerner clairement la suite des évènements car tout dépendra de la population. Pour l’instant, Andry Rajoelina a su gérer son image d’homme pacifique, ne cherchant que l’application effective des lois fondamentales concernant les libertés. Le président malgré ses menaces n’a pas franchi le point de non-retour. Il n’a pas fait matraquer la foule, ni surtout fait couler le sang comme son prédécesseur. Ils se neutralisent donc mutuellement. Mais la moindre agression de l’un ou de l’autre ferait basculer la situation avec des conséquences incalculables. Antananarivo tient entre ses mains le sort de son Maire et celui du gouvernement. Aucune force de police n’y changera rien.  

 

Une des possibilités de faire avancer les discussions de manière positive serait… que les deux hommes se reparlent. Comment un « père - raiamandreny » blessé et un « fils - zanaka » traumatisé peuvent-ils renouer le dialogue ? Hors de la psychothérapie, la  sagesse ancestrale malagasy dispose peut–être encore de quelques ressources. On n’ose penser aux « raiamandreny » de la FFKM (fédération des églises) qui se sont plus ou moins disqualifiés.

 

Pour l’instant, la « filiation » est assez évidente : même réussite dans les affaires (malgré des cursus scolaires écourtés), trajectoire politique en copier-coller, appels au peuple identiques, une ferveur « chrétienne » analogue qui met dans des situations impossibles les chefs d’église et des ennuis similaires avec le pouvoir central en tant que Maire.

 

 

Alain Rajaonarivony

 



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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 00:34


Le Président, au cours d’une visite à l’hôpital de Befelatanana, aussi « impromptue » que ne l’était la fermeture de VivaTV , a donc profité des micros ouverts pour faire une déclaration. Cela tombait bien ! Le 13 janvier était la date-butoir que le Maire Andry Rajoelina a donné aux responsables étatiques pour trouver une solution à la réouverture de sa station. (voir l’article « Viva la libertad »).

 

Il a d’emblée traité le jeune élu de « terroriste », qualificatif  désormais usuel pour ceux qui contrarient le régime. Le Premier ministre a déjà utilisé ce terme pour désigner les journalistes. Pour l’instant, les seuls actes terroristes que le Maire ait commis furent l’organisation d’un culte œcuménique le dimanche 11 janvier et son absence à la présentation des vœux chez le chef de l’Etat. Ce terme d’une extrême violence démontre que les gouvernants jouent la carte du pire et espèrent pousser le Maire à la faute. Les menaces pour l’instant viennent exclusivement du pouvoir, et cela de manière récurrente depuis plusieurs jours.

 

Le Président est passé maître dans l’art de manier les mots et les concepts importants dans la culture malagasy. Il parle de « Fihavanana » (respect mutuel) pour justifier une attitude qui ne laisse aucune place au dialogue. En 2002, le « Fahamarinana » et le « Fahamasinana » (droiture et sainteté) ont fait recette puisqu’ils lui ont permis de gagner le cœur d’une population profondément croyante. Pourtant, ces notions ne sont pas à l’ordre du jour dans la gestion de l’Etat. Une corruption à grande échelle, des abus en tout genre, et depuis peu des intimidations à l’encontre des citoyens dénonçant les manquements aux libertés constituent le lot quotidien.

 

Voici donc un petit lexique à l’usage des étrangers qui risquent de mal comprendre les communiqués officiels et nous regardent à travers le dessin animé « Madagascar » I et 2.

 

Chez nous, dans la Grande Ile, les terroristes écrivent dans les journaux ou sont élus au suffrage universel.

Le gouvernement est républicain et démocratique, c'est-à-dire qu’il peut violer les lois et n’écouter personne. Les lois d’ailleurs peuvent être changées au gré des intérêts des dirigeants car le peuple est très gentil (traduire pour les « investisseurs-prédateurs » : « corvéables et manipulables à merci »).

 

Il y a une seule tendance représentée au Sénat (100% Tim et ses satellites) car nous sommes une grande démocratie. Il en est de même à l’Assemblée nationale (98% Tim et ses alliés) à l’exception de quelques « Fosa » qui s’y sont glissés. Elle vient d’ailleurs d’amender l’article 15 de la Constitution (voir l’article « Révision rapide et chute durable »), le 13 janvier, en une journée. Ailleurs, cela aurait provoqué des mois de débats et un référendum. Mais les discussions intellectuelles sont épuisantes et dans sa grande bonté, le pouvoir les évite aux citoyens.

 

« Madagascar 2 » contient quelques inexactitudes. Notre roi, pardon, notre Président n’utilise pas un Dakota pourri pour se rendre en Afrique, mais un Boeing 737-700 configuré en VIP. Sinon, il est tout à fait vrai que les ministres obéissent au doigt et à l’œil de peur de se faire taper sur les doigts. Même quand le Président dit des bêtises pour rigoler, ils courent pour essayer de lui faire plaisir. Cela donne des décrets qu’on n’applique jamais tellement ils sont ridicules. De temps en temps, un ministre est content parce son travail est récompensé comme celui qui a réussi à fermer Viva TV. Le résultat est quand même catastrophique, mais ce n’est pas grave sous les Tropiques.

Comme nous sommes un peuple de « Babakoto » (lémuriens paresseux), il est tout à fait normal que nous ne soyons payés que 30 Euros par mois.

Notre pays est un paradis (pour les étrangers). Et nous avons tort de râler car notre vraie vocation, c’est de chanter et danser sous les cocotiers (pour les touristes).

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 


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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 00:34


Une marée blanche a donc convergé vers le stade couvert de Mahamasina à l’appel du Maire Andry Rajoelina ce dimanche 11 janvier. Le bâtiment était rempli et des milliers d’autres personnes se trouvaient à l’extérieur. C’était la journée de prières « contre le mal » que l’élu a organisé et il avait demandé aux participants de s’habiller symboliquement en blanc, couleur de paix et de pureté. Recueillement et dignité furent à l’ordre du jour.


Le Maire a gagné son pari malgré les intimidations du pouvoir. Le 9 janvier, dans son discours aux corps constitués, Marc Ravalomanana avait encore réitéré ses menaces contre ceux qui osent braver l’Etat. Au dernier moment, pour affaiblir l’impact de cette manifestation pacifique, des distributions de riz ont eu lieu et des chefs fokontany (chefs de quartiers dépendant du préfet) ont organisé des réunions. Il faut savoir que les résidants convoqués qui ne s’y présentent pas écopent d’une amende. Mais les Tananariviens se sont quand même déplacés.


Le préfet avait interdit la réunion en plein-air au square d’Ambohijatovo, arguant des dangers que représentaient les criminels échappés de trois prisons pratiquement en même temps. Personne n’était dupe de l’explication, qui ressemble à une démonstration d’incompétence de l’Etat incapable d’assurer la sécurité de ses citoyens. Mais le Maire s’est rangé à ces « raisons » par conscience afin d’éviter d’attiser les tensions inutilement.


Ce fut une fin de semaine chargée. L’absence du Maire à la présentation des vœux au Président fut remarquée. Dans la tradition, la marque de respect aux  « raiamandreny », littéralement « père et mère »,  désignant de manière large les anciens, a une charge culturelle assez lourde. C’est une reconnaissance de la sagesse des cheveux blancs. Il se trouve que le « père », le chef de l’Etat, a voulu faire la peau au « fils », le Maire, et continue d’ailleurs dans cette voie. Andry Rajoelina a donc rompu avec l’hypocrisie car il est difficile de reconnaître une quelconque autorité morale à quelqu’un dont le dessein avoué est de vous détruire.


A Paris, la diaspora a organisé sa première manifestation pour cette année par -5° Celsius le samedi 10 janvier. Les observateurs se demandaient si cette dernière n’allait pas se transformer plutôt en un meeting des exilés. Comme l’Amiral a fait son cheval de bataille de l’opposition des provinces avec la capitale,  la dichotomie Côtiers – Mérina risquait de réapparaître. Ce ne fut pas le cas et  au-delà du nombre de protestataires assez modeste, ce fut l’élément remarquable.


L’histoire montre que la diaspora a toujours soutenu Antananarivo. Bon nombre de personnes ne supportent plus le Président actuel mais ne tenaient pas pour autant à défiler avec des Ratsirakistes dont on n’a pas oublié les méfaits. La ligne de défense des partisans du régime consiste d’ailleurs à jouer sur cette crainte en associant systématiquement le nom de Andry Rajoelina à celui de l’ancien dictateur.


A Madagascar, ce discours ne fait plus recette. Tout le monde a intégré que les vrais soutiens de Andry Rajoelina sont la population tananarivienne, la société civile, le FCD (ensemble de forces politiques regroupées pour la défense de la démocratie) et les églises, même si elles sont discrètes. La preuve en est que sur les listes des personnes à arrêter figuraient Andry Rajoelina, mais aussi Nadine Ramaroson du Conecs et d’autres personnalités mais aucun membre de l’opposition officielle, bien fatiguée et ne représentant aucun danger. Elle peut éventuellement apporter sa voix, mais en aucun cas elle n’est prépondérante et surtout, cela ne lui donne aucun droit. Le combat est mené par une nouvelle génération qui se bat pour l’avenir et non pour régler des comptes avec le passé. Dans la diaspora, le regroupement des exilés et leur activisme brouillent encore le message. Mais l’évolution suit le même chemin et la différence sera de plus en plus nette entre un mouvement démocratique, épousant les thèses de la société civile et les ratsirakistes en fuite en France dont les idéaux républicains sont sujets à caution. 


En tout cas, le succès du culte de Mahamasina et le frémissement qui se fait sentir parmi les Malagasy de l’extérieur, est un indicateur de plus pour le pouvoir. C’est le moment pour lui de se comporter en vrai «raiamandreny», et non point de manière brouillonne en bousculant tout, y compris la Constitution, et en menaçant tout le monde. Pour prendre une référence culturellement admise, l’Evangile conforte les personnes justes devant affronter une épreuve par cette parole : « C’est dans le calme et la confiance que sera votre force ». Le gouvernement s’agite et parle beaucoup…



Alain Rajaonarivony




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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 01:58



                                 
                                      Assemblée Nationale : Qui défendra le peuple?



Le Président tenait absolument à faire le tour de Madagascar avec son nouvel avion. Diégo-Suarez, Tuléar, Tamatave puis Majunga, ce petit périple lui a fait retrouver le sourire…et la volonté d’éliminer ses adversaires présents et futurs.

 

Les parlementaires seront donc convoqués le 12 janvier pour amender l’article 15 de la Constitution sous prétexte de le mettre en conformité avec les nouvelles lois sur les partis. Mais l’objectif non avoué est d’empêcher la candidature d’un indépendant aux futures élections présidentielles. Des fois qu’une personnalité de la société civile dont les prises de position rencontrent de plus en plus l’adhésion de la population ait des idées…

 

Une Assemblée à 98% TIM, un Sénat à 100% de la même couleur, ce sera un bel exercice de démocratie. Au vu des sessions passées, très peu sans doute oseront dire que pour une question de cette importance, il aurait mieux valu consulter les citoyens.

 

Article 15 - Tout citoyen a le droit, sans aucune discrimination fondée sur l’appartenance ou non à un parti politique ou sur l’obligation d’être investi par un parti politique, de se porter candidat aux élections prévues par la présente Constitution, sous réserve des dispositions de l’article 46 ci-dessous et des conditions fixées par la loi.

 

 

Ce bel article ne sera bientôt plus qu’un souvenir. Après sa révision, il faudra être mandaté par un parti. L’élimination des rivaux potentiels par le biais de la réduction des libertés accordées par la Constitution est bien sûr un art consommé pour nos amis africains, ceux-là même qu’on va recevoir en grandes pompes en juillet. Jusqu’il y a peu, Madagascar faisait figure d’exemple. Maintenant, on peut dire que le pays est rentré dans la norme continentale, c'est-à-dire au fond des classements en matière de droits et de démocratie.

 

La constitution a déjà été amendée en 2007 par un référendum organisé très rapidement après les élections présidentielles, sans véritable débat et qui a pris de court la population. Le taux de participation s’en est ressenti (57% d’abstention). La façon dont la question a été posée donne d’ailleurs une idée de la volonté de manipulation : " Acceptez-vous ce projet de révision de la Constitution pour un développement rapide et durable de chaque région et pour l’amélioration des conditions de vie des Malgaches ?"

 

C’est à ce moment que le Conseil Economique et Social a été éliminé au niveau des régions, le droit de grève davantage encadré, les pouvoirs du chef de l’Etat élargis et …une réforme raciste introduite.

 

Article 46 - Tout candidat aux fonctions de Président de la République doit être de nationalité malagasy d’origine par le père et la mère, jouir de ses droits civils et politiques, avoir au moins quarante ans à la date de clôture du dépôt des candidatures, et résider sur le territoire de la République de Madagascar au moins six mois avant le jour du dépôt de candidature.

Il est interdit à toute personnalité exerçant un mandat ou accomplissant des fonctions au sein des Institutions et candidat à l’élection présidentielle, d’user à des fins de propagande électorale, des moyens et prérogatives octroyés dans le cadre de ses fonctions.

 

Auparavant, dans la Constitution de 1992, la formulation était : « Tout candidat aux fonctions de Président de la République doit être de nationalité malagasy, jouir de ses droits civiques et politiques…. »


 

On a bien introduit une dimension ethnique dans la Constitution, en la noyant sous un certain nombre d’autres bouleversements. C’est ce genre d’amendement qui a déclenché la guerre civile en Côte-d’Ivoire. Le but était alors d’exclure le premier ministre Alassane Ouattara de la candidature à la Présidence. Les conseillers juridiques du chef de l’Etat ont suivi le même chemin pour un objectif identique : faire avorter des ambitions éventuelles de Jacques Sylla. Du même coup, ce changement met sur la touche la moitié des enfants de la diaspora et…les petits-enfants du Président. Ils ne seront jamais considérés comme des citoyens à part entière, malgré la fierté et l’amour du pays que leur ont transmis les parents.

 

Un Barack Obama, de père kenyan et de mère américaine, ne sera jamais possible dans la Grande Ile qui va à contre-sens de l’histoire. C’est même une véritable régression. Le droit de vote de la diaspora relève maintenant du phantasme alors que tout paraissait possible en 2002. Le Sénégal, le Mali, le Maroc ou l’Algérie font participer leurs ressortissants résidant à l’étranger à la vie politique. Ces pays africains veulent récupérer leurs enfants car ils sont une richesse. Quant à Madagascar, la descente continue…

 

 

Alain Rajaonarivony




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7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 02:55


On ne va pas bouder notre plaisir surtout quand il a coûté 60 millions de dollars. Un nouveau jet, cela se fête ! Immatriculé auparavant N66ZB, aujourd’hui 5R-MRP, « Roméo Papa » dans le jargon aéronautique, rien que son code est déjà tout un programme. Il remplace un autre Boeing 737, « Roméo Mike » (RM), Repoblika Malagasy, ou Ravalomanana Marc ou encore Ranavalona Manjaka, selon les sensibilités de chacun.

 

En configuration VIP, seulement 25 places, avec salon, bar et autres commodités pour ses illustres hôtes pour une capacité théorique de 140 passagers, c’est un beau joujou. Seuls les traînes-savates et autres parasites qui avaient l’habitude de s’installer à l’arrière de l’ancien Force One, les journalistes et autres utilités, y trouveront à redire. Cela ne sera plus possible ! Mais bon, cet avion, c’est pour le Président, et pour ses copains chefs d’Etat africains qui viendront en juillet à Madagascar. Malgré un emploi du temps chargé, peut-être auront-ils l’occasion de faire un saut à Antsirabe ? La piste de l’aéroport de cette ville vient justement d’être allongée pour pouvoir recevoir un Boeing 737 ou l’équivalent.

Et puis Antsirabe, c’est sympa ! il y a l’usine Tiko à visiter, l’hôtel des thermes qui a reçu feu le roi Mohamed V. Restons dans la « classe » !

 

Force  One première version avait coûté à l’époque 11 millions de dollars en 2002 et avait déjà fait jaser. J’avais alors défendu le Président pour plusieurs raisons.

On venait de sortir d’une crise de 6 mois où celui que le peuple avait soutenu n’avait pas de moyen de locomotion. Pour se rendre à Dakar, il avait dû emprunter un Falcon mis à sa disposition par le gouvernement français, hostile à l’époque. Les pilotes recevaient leurs ordres d’ailleurs. A cause d’un retard important, à un moment, la foule rassemblée à Ivato dans l’attente de son retour a ressenti le souffle de l’angoisse quand on a annoncé que l’avion était saboté.

 

D’autre part, Ratsiraka avait l’habitude de réquisitionner les appareils d’Air Madagascar pour ses déplacements laissant sur le carreau des centaines de passagers ayant déjà payé leurs billets. Et comme l’ancien chef de l’Etat ne s’acquittait que peu de ses dus, la compagnie nationale s’était retrouvée en quasi-faillite. Elle fut sauvée in extremis en 2002.

 

Enfin, « Roméo Mike » était un avion de ligne ordinaire, ex-Lauda Air et donc utilitaire, malgré son nom ronflant. Il a pu d’ailleurs être reversé dans la flotte d’Air Madagascar avec des modifications minimes, ce qui ne sera pas le cas de « Roméo Papa ». Sa réelle utilité, son coût encore de l’ordre du raisonnable et le contexte très particulier ont permis au premier Force One d’être accepté par l’opinion.

 

Actuellement, au prix catalogue, un Boeing 737-700 neuf, du même type que le nouveau « Force One » oscille entre 57 et 67,5 millions de dollars selon les options (et un 737-600 de 50 à 57 millions). Mais comme le précisent bien les magazines économiques, ce prix est donné à titre indicatif car d’entrée de jeu, on peut avoir un rabais (pour éviter que le client n’aille chez Airbus), et suivant l’âpreté de la négociation, il peut devenir très important.

 

Le gouvernement annonce que « Roméo Papa » a coûté aux contribuables malagasy 60 millions de dollars. Le site spécialisé « planespotters.net » donne l’historique de cet appareil.

 

Aircraft Type : Boeing 737-74(BBJ)

 

Reg                    Airline                            Delivery Date            Seat Conf

                                                                    (livraison)

N4AS          Air Shamrock Inc                      12.02.1999      

N66ZB        Felham Enterprises Ltd          27.06.2007                   VIP

5R-MRP     Government of Madagascar   03.01.2009                    VIP

 

Il a volé pour la première fois en 1999. Un avion de 9 ans, même configuré en VIP et en superbe état ne revient en général pas aussi cher qu’un neuf. Mais ne soyons pas rabat-joie. A ce niveau, on n’est plus à quelques millions près.

 

Et puis le Président pour justifier l’achat, a affirmé qu’il perdait du temps pendant le « refueling ». Cette opération dure grosso-modo 50 minutes mais suivant le trafic, l’attente sur le tarmac peut être plus longue. Même si un aéronef présidentiel bénéficie en général de toutes les priorités, c’est vrai que « le temps, c’est de l’argent ! »

 

Bref ! Ces histoires d’argent sont d’un pénible… Je laisse donc aux autres journalistes le soin de tenter d’avoir une réponse à la question qui les taraude depuis des semaines : «  A quelle ligne du budget est programmée cet achat ? »

 

Dans les forums, les esprits chagrins relèvent déjà que les 10% d’augmentation promise aux 120.000 fonctionnaires malagasy équivaudront sur l’année à peine à 9,6% du prix de l’avion. C’est vraiment pas cool !

 

Et puis, le peuple aurait sûrement trinqué avec les gouvernants rassemblés à Ivato pour la réception de l’appareil s’il n’était pas trop occupé à survivre. Mais il n’est pas oublié. En nommant ses nouveaux ministres de la Sécurité intérieure et de l’Intérieur, le Président a précisé que l’Etat dispose des capacités de réprimer tous les « fauteurs de troubles », en clair, d’éventuels manifestants ou tout citoyen qui participerait à un rassemblement. Eux aussi, pourraient bénéficier à leurs corps défendant de nouveaux matériels.

 

Alain Rajaonarivony

 

             


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