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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 22:58

 

 

Onitiana Really, présentatrice vedette de TV Plus dénonce la veille du scrutin qu’elle n’a pas reçu sa carte d’électrice ainsi que tous les membres de sa famille. Elle révèle en même temps que deux collègues de la télévision ont reçu des cartes d’électeurs à leur domicile au nom de leur grand-père et père, tous deux décédés. «Si à 3 kilomètres de la capitale, il y a de tels dysfonctionnements, on peut craindre ce qui se passera dans la brousse lointaine» souligne-t-elle à l’écran. Les reportages vont se succéder et montrer que la désorganisation est générale sur tout le territoire.

 

Photo 25.10.2013 à 06h45 Fokontany Tsarafara JM Koumba ElLes bureaux de vote ont ouvert dès 6 heures du matin le vendredi 25 octobre. Aussitôt, les photos de longues files d’attente ont afflué sur les réseaux sociaux, sur Facebook en particulier, ainsi que les plaintes de citoyens qui n’étaient pas recensés malgré le passage des responsables du fokontany (administration de quartier) chez eux. D’autres se lamentaient de ne pas avoir reçu leurs carte d’électeurs et étaient ainsi privés de leur droit de vote.

 

La sénégalaise Fatma Samoura, représentante des Nations-Unies à Madagascar, lors  d’une interview à la télévision, a bien montré sa méconnaissance des réalités et des mœurs locales. Elle considérait que les Malagasy privés du droit de choisir leurs dirigeants «n’avaient qu’à s’en prendre à eux-mêmes !». Ils n’avaient qu’à vérifier leurs noms sur les listes, ajoutera-t-elle, et évidemment il n’était plus question pour la CENIT, la commission électorale, de combler les lacunes et de rajouter ces personnes sur les listes entre les deux tours. Et pourtant, Béatrice Atallah elle-même, présidente de cette commission, a cité l’article 31 du droit malagasy qui permet, 15 jours  avant le second tour, la distribution des cartes d’électeurs manquantes si le tribunal de 1ère instance le décide.

 

Le soir même, François Goldblatt, l’ambassadeur français, annonçait via son compte twitter : « Le premier tour du scrutin présidentiel s’avère en première analyse un vrai succès en termes de participation et d’organisation ». Mais la réalité sur le terrain, en termes d’organisation, était bien loin de l’optimisme du diplomate.

 

Les Etats-Unis étaient pour une élection « open » où auraient pu concourir à la fois, Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina. La France, elle, roulait pour le «ni-ni», ni Ravalomanana, ni Rajoelina. Elle a donc crié au scandale et s’est appuyée sur la candidature hors délai et complètement délirante d’Andry Rajoelina (voir article : «Présidentielles : Andry Nirina Rajoelina, mieux que le King Julien XIII») qui n’aurait été acceptée par les juges que sous la menace, si l’on en croit les confidences distillées sur les réseaux sociaux. L’offensive a commencé par le discours du 14 juillet 2013 de l’ambassadeur, un morceau d’anthologie : « Car il y a un avant 3 mai, et un après 3 mai… » proclamera-t-il avec emphase sans réussir à convaincre grand monde. Certains lui ont rappelé qu’il y avait surtout un avant 6 août 1896 et un après 6 août 1896, date de l’annexion de Madagascar par la France.

 

Les médias malgaches n’avaient d’ailleurs pas manqué de rappeler à l’époque qu’Andry Rajoelina débarquait juste de Paris, après son pèlerinage à Rome, quand il a déposé sa candidature. Plusieurs commentateurs ont fait le rapprochement et ont accusé Paris d’être derrière cette manœuvre. Selon la technique classique du cheval de Troie, Andry Rajoelina aurait été introduit à l'intérieur du processus de désignation des candidats pour l’exploser de l’intérieur. Bref, après avoir obligé les Malagasy à se déjuger, éliminé les juges de la Cour électorale spéciale (CES) pour les remplacer par une CES2 qui ont enlevé les noms de ceux et surtout de celle -Lalao Ravalomanana- qui gênaient, la «communauté internationale» a affiché sa satisfaction. Il ne restera plus que 33 candidats sur les 50 en lice. Tout ceci s’est fait au prix de tripatouillages juridiques inouïs, qui violaient allègrement les lois malagasy.

 

Pour faire passer la pilule, la «communauté internationale», grand seigneur, a permis aux candidats éjectés de désigner des remplaçants. Andry Rajoelina s’est empressé de faire adouber son ministre des finances Hery Rajaonarimampianina, par 2 sous-fifres éliminés de la course à la Présidentielle pour dossier non-conforme. Ce nouveau candidat avait déjà fait la une des journaux dans l’attribution de milliers d’hectares de terres à la société italienne Tozzi Green sur le plateau de l’Ihorombe, et ce malgré l’opposition farouche des paysans dépossédés. L’opération aurait été menée avec l’aide de son collègue de l’Aménagement du territoire, Hajo Andrianainarivelo, qui a signé le contrat (voir article : «Présidentielles en république bananière»). Dernièrement, l’ex-ministre des finances a permis aussi la cession des parts du Crédit Agricole dans la BNI, première banque de Madagascar, à un groupe opaque basé aux Iles Vierges, composé de Mauriciens et de franco-karana, et cela en violation de la loi malgache.

 

Lalao Ravalomanana avait droit aussi à un joker. Son ancien président de mari choisira donc son ex-ministre de la santé, le docteur Jean Louis Robinson. Ce dernier est le père des CSBII (Centre de santé de base de niveau 2), qui avaient permis d’améliorer sensiblement la couverture sanitaire de la population et qu’Andry Rajoelina s’est empressé d’abandonner au profit d’hôpitaux « manara-penitra » (aux normes), des éléphants blancs inefficaces. Du jour où il a obtenu la bénédiction de Marc Ravalomanana, Jean Louis Robinson passera du statut d’obscur candidat à celui de favori.

 

Fokontany-Antsirabe-2-a-la-lueur-des-lampes-tempete.jpg

 

Les premiers résultats du scrutin, qui arrivent au compte-goutte, le confortent bien à cette place car il mènera largement devant le candidat d’Etat, avec près de 30% des voix contre environ 15% à ce dernier jusqu’à ce que son avance s’étiole. Les autres candidats, à quelques exceptions qui sont entre 5 et 10%, se contentent de faire de la figuration. Un grand nombre d’entre eux sont à moins de 1% des voix. Mais dès le 28 octobre, la CENIT, qui dispose d’une dizaine de jours pour proclamer les résultats, arrête de publier le décompte des votes sur son site, en faisant état d’un piratage informatique. Or, Béatrice Attalah avait justement affirmé que le logiciel de la commission était sécurisé. Les choses n’iront que de mal en pis car les réseaux sociaux publient des captures d’écran où le nombre d’inscrits changent brutalement et le candidat Robinson chute dans les bureaux de vote éloignés, peu accessibles et dont le contrôle est difficile. On ne sait plus où est la part de piratage, d’incompétence ou de tentative de fraudes mais la méfiance est désormais de mise envers une CENIT de plus en plus décriée, y compris par des candidats comme l’ex-premier ministre Camille Vital qui se plaint de sa lenteur à sortir les résultats. Toujours est-il que des haut-gradés, dont le ministre de la défense, se déplaceront en son siège l’après-midi du 28 octobre pour étudier, semble-t-il, les moyens de la protéger d’une colère populaire éventuelle.

 

Si le docteur Robinson bénéficie encore d’une large avance au 1er tour, rien n’est gagné pour lui. Les observateurs internationaux ne seront pas d’un grand secours en cas de fraudes, de contestations ou de tensions. Le titre de Ndimby dans son édito sur Tribune, les traitant de «touristes» ayant déjà «validé l’élection mal fagotée» résume la perception de la population à leur égard. Ils ne sont pas là pour faire du zèle, mais pour donner une caution morale à une élection au forceps voulue par la communauté internationale et dont l’organisation est contestable.

 

FB-1006368_308816279257003_1442242702_n.jpg

 

Le peuple malagasy s’est exprimé, avec sagesse et dignité, et cela malgré le meurtre d’un chef fokontany à Beninitra, dans le Sud et tous les coups bas. Didier Ratsiraka a accusé, sur TV Plus le 11 septembre 2013,  nommément la France de l’avoir démarché pour organiser le coup d’état de mars 2009. La France aurait donc trahi les démocrates francophiles malagasy pour s’acoquiner avec les  maffieux franco-karana et des individus totalement corrompus dont elle s’est aperçue sur le tard qu’ils ne respectaient aucun principe. Un combat civique et pacifique a été transformé en un putsch sanglant et désastreux.

 

Hery  Rajaonarimampianina dispose d’un budget de 43 millions de dollars (octroyés par qui ?) selon les analystes. Rappelons que Nicolas Sarkozy a été sanctionné par le Conseil Constitutionnel car il a dépassé de 400.000 Euros en 2012 le plafond de 22,5 millions d’Euros fixé par la loi pour chaque candidat. Avec une telle masse d’argent, le candidat de l’Etat peut se permettre beaucoup de choses. Seul l’engagement citoyen des Malagasy, par leurs votes et le contrôle qu’ils effectueront après, leur permettra de retrouver leur liberté et la reprise en mains de leurs richesses…

 

En ce qui me concerne, j’avais soutenu de tout mon cœur et de toutes mes forces, Nadine Ramaroson, dont les idéaux de justice sociale, de respect retrouvé du peuple malagasy, et de souveraineté économique et politique correspondaient aux miens. Elle a été sauvagement éliminée (voir article : «Premières révélations sur l’assassinat de Nadine Ramaroson»). Néanmoins, ses idées n’ont pas été englouties avec elle dans les eaux de Sonierana-Ivongo. Que ce soit du côté de la HAT ou de l’opposition, beaucoup reconnaissent qu’elle est allée jusqu’au bout de son combat. Des membres de la famille Ravalomanana lui ont rendu hommage et considèrent qu’elle a été tuée parce qu’elle avait défendu le petit peuple. Tout cela m’a amené à demander à ceux qui me font confiance à Madagascar de voter pour le docteur Robinson dès le 1er tour car le candidat présenté par Andry Rajoelina est l’antithèse même des idéaux que nous défendions,  Nadine et moi. Ce choix m’a été d’autant plus simple que je n’ai jamais coupé le contact avec les partisans de l’ancien président.

 

L’erreur fatale de Marc Ravalomanana a été de s’être livré de lui-même aux mains des étrangers, ne pas avoir fait confiance à l’intelligence et au patriotisme des Malagasy et de s’en être fait des ennemis. Il faudra au Dr Robinson revenir au Fihavanana malagasy, que tout le monde proclame sans jamais le respecter, quitte à marginaliser la frange la plus extrémiste de ses sympathisants. Il ratissera alors assez large pour constituer une majorité si écrasante que les manipulations informatiques n’y pourront rien. A l’exception des Etats-Unis, la «communauté internationale» considère les Malagasy comme des «gens de peu», des pauvres dans un pays riche qu’on peut humilier chez eux, dont on peut violer les lois, à qui on peut imposer ses dirigeants… Si le Dr Robinson arrive à rassembler au-delà de ses propres partisans, en s’inspirant de la démarche «Vérité et réconciliation» de Nelson Mandela, Madagascar et les Malagasy pourront enfin relever la tête…

 

Photo 1 : La file s’allonge dès 6 heures du matin devant les bureaux de vote d’une commune rurale d’Antsirabe (Photo Jean-Marc Koumba).

 

Photo 2 : Le décomptage des voix à la lueur d’une lampe tempête. Les Malagasy se battent pour éviter les fraudes mais face à des batteries d’ordinateurs, le combat est inégal… (photo Jean-Marc Koumba)

 

Photo 3 : Le 28 octobre 2013, entre 14h 59 et 20h 53, le nombre d'inscrits a brutalement augmenté de 140 619 (capture d’écran publié immédiatement sur Facebook). Commentaire de TanaNews : «Maintenant, on n’a donc plus 7 823 305 électeurs inscrits sur la liste électorale, on en a 7 963 924, soit 140 619 électeurs en plus. Ça aussi c’est dû à un piratage du site de la CENI-T ?» 

 

Alain Rajaonarivony

 

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 18:00

 

 

Le procès intenté contre moi par Hajo Andrianainarivelo a trouvé son épilogue devant la 7ème chambre de la cour d’appel de Paris le 27 juin. S’étant désisté de son appel, le Vice-premier ministre est débouté définitivement de sa requête. TanaNews a rendu compte des quelques détails pittoresques de l’audience.

 

Mai-2005-JMK--Mikael-a-la-maison-DSCF2238.JPGSi j’apprécie de ne plus perdre du temps à batailler au tribunal avec les dirigeants de la Malgachie à Paris, il semble qu’à Madagascar, ces derniers n’aiment pas du tout être contrariés. Les menaces et les applications «folkloriques» (c’est un euphémisme) de la loi y sont désormais coutumières. Et je reprends la plume pour défendre un ami qui se trouve sous les feux de l’actualité malgré lui. Ancien champion du monde de kick-boxing, Jean-Marc Koumba était le chef des garde-de-corps de Marc Ravalomanana. Nous nous sommes connus en 2002, et cette année là ainsi qu’en 2003, nous nous retrouvions assez souvent au gré des voyages officiels, car j’étais moi-même très impliqué auprès du président. Ce dernier me mettra ensuite hors circuit car les «mafy loha» (têtus) et irréductibles idéalistes n’étaient pas sa tasse de thé. Je retrouverai Jean-Marc en mai 2005 quand il sera  viré comme un malpropre de la Grande Ile par… Marc Ravalomanana.

 

Etant tous les deux relativement loyaux en amitié et abhorrant l’injustice, cela a raffermi nos liens au point qu’en 2011, je lui avais révélé que Nadine Ramaroson allait se présenter aux Présidentielles. J’avais émis le souhait qu’il assure sa protection, le moment venu, connaissant ses compétences très poussées dans ce domaine. En 2001, il avait suivi une formation approfondie de garde-de-corps dans un centre allemand reputé, et de 2002 à 2005, du temps de Marc Ravalomanana, il a été entraîné, toujours dans cette spécialité, par des instructeurs sud-africains. Ce qui fait de lui sûrement un des meilleurs de la place en termes de protection rapprochée.

 

Juillet 2011 Jean-Marc et Nadine IMG 6021


Mon plan est arrivé trop tard ! Nadine sera tuée le 28 août 2011. D’après le rapport d’enquête fourni par Alain Ramaroson, des gardes-de-corps auraient été impliqués dans l’élimination de la ministre (voir article : «Premières révélations sur l’assassinat de Nadine Ramaroson»). Un mois auparavant, Jean-Marc avait encore discuté avec elle d’un projet qui lui tenait à cœur : la prévention et la réinsertion des jeunes délinquants par la pratique du sport.

 

Tous les projets se sont donc écroulés. Jean-Marc menait sa vie de gérant d’un complexe hôtelier tranquillement à Antsirabe avec son épouse. Jusqu’à ce jour de mai 2013 où il m’écrivît qu’il fallait « mettre de côté nos rancoeurs » devant l’ampleur du désastre que vivaient les Malagasy. Il avait décidé d’assurer la protection de Lalao Ravalomanana, candidate déclarée à la Présidentielle, malgré son vécu un peu… euh… chaotique, avec le mari de cette dernière. Jean-Marc est aussi un idéaliste invétéré. Dans un pays comme Madagascar, ce n’est vraiment pas perçu comme une qualité et ses ennuis ont recommencé. Hier, 1er juillet 2013, il a été convoqué à la Gendarmerie de Fiadanana, à Antananarivo. Le soir, il m’écrira qu’on lui a fait bien comprendre le deal : ou il arrête la protection de Mme Ravalomanana, ou il est expulsé sous 48 heures.

 

JM-Koumba-et-Lalao-TanaNews-copie-1.jpgDepuis, Jean-Marc cogite à une solution qui satisfasse tout le monde. Mais le mieux serait que la loi soit tout simplement appliquée. Jean-Marc est marié à une Malagasy et ils ont des enfants. Il est installé à Madagascar le plus légalement du monde. En principe, rien ne lui interdit d’utiliser ses compétences en protection, du moment qu’il ne s’agit pas d’activités délictueuses ou maffieuses. Et bien que ce soit un domaine sensible, Jean-Marc n’est évidemment pas un mercenaire. C’est un père de famille, qui se préoccupe de l’avenir de la génération future et c’est sans doute un de ses principaux moteurs.

 

Les forces de l’ordre ne devraient pas se tromper d’ennemi. Jean-Marc Koumba, par son engagement, donne un signal positif, contrairement aux politiciens qui pourrissent l’atmosphère par leurs querelles haineuses. Que nos officiers ne se laissent pas entraîner dans des luttes qui ne relèvent, ni de leurs prérogatives, ni de leurs intérêts. Les ministères de l’Intérieur ou du Travail peuvent effectuer les contrôles découlant de leurs compétences, sans qu’ils soient obligés de les court-circuiter. Car si jamais il arrive quoique ce soit à Mme Ravalomanana, le discrédit sera jeté sur la gendarmerie…

 

Que la FFKM (Fédération des Eglises) mette en œuvre rapidement le dialogue national, devant aboutir à une réconciliation et au pardon, sans exclure pour autant la justice, sur le modèle de l’Afrique du Sud de Nelson Mandela. Alors, comme me l’écrivait Jean-Marc, Les Malagasy pourront enfin «mettre de côté leurs rancoeurs» pour se consacrer au développement du pays et à l’éducation des enfants…. 

 


Photo 1 : Mai 2005, Jean-Marc avec Mikael et son copain. Ce n’est pas tous les jours qu’il y a un champion du monde à la maison (en France). Jean-Marc venait d’être expulsé de la Grande Ile… par le Président (Marc Ravalomanana).

Photo 2 : Jean-Marc Koumba avec Nadine Ramaroson, en juillet 2011. Jean-Marc a proposé un projet de prévention de la délinquance des jeunes et de réinsertion par le sport. La ministre venait de voir les ravages des Foroches à Diego-Suarez. Elle était très intéressée. Un mois après, elle sera tuée.

Photo 3 : Juin 2013, Jean-Marc assure la sécurité de Lalao Ravalomanana. Il est menacé d’expulsion par le président de la HAT (Andry Rajoelina) et a dû suspendre cet engagement le 2 juillet (photo TanaNews).

 

Alain Rajaonarivony

 


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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 10:06

 

Fenêtre du Trésor flamme-1

 

Pour commémorer le 13 mai 1972, jour de révolte des Tananariviens contre la répression du gouvernement Tsiranana, Jeannot Ramambazafy a pondu dans Madagate un long article. Mais ce «dossier» semble surtout prétexte à attaquer Marc Ravalomanana puisqu’il arrive finalement au 7 février 2009. Au milieu de cette prose assez indigeste, entrecoupée de copiés-collés et de photos, TanaNews a relevé une pépite aussitôt relayée sur la toile : «J'ai réussi à prendre des séquences où il y avait bien des éléments de la garde présidentielle aux fenêtres du Louvres. Cependant, dans la débandade, devant l’ancien Shopsprite, je suis tombé à la renverse et ma caméra a été détériorée. Mais je peux témoigner qu’il n’y a eu aucun tir de sommation, aucun jet de grenades lacrymogènes mais immédiatement des crépitements d’armes automatiques issus de trois côtés différents : du Palais, du Trésor et du Louvre…» 

 

Policiers-devant-Hotel-Louvre.jpgL’éditorialiste de Madagate confirme ainsi les analyses des bloggers et sites d’infos qui ont cherché à comprendre ce massacre du 7 février. Les différents éléments et aveux dont on dispose actuellement mènent bien vers un complot destiné à détruire l’image de l’ancien président. Dans mon premier article écrit sur le vif, j’avais fait mention de tirs venant des immeubles bordant les rues menant au Palais, mais sans trop y croire moi-même tant cela me paraissait gros (voir article : «Carnage devant le Palais»). En fait, ce sont mes informateurs qui avaient raison.

 

A l'occasion du procès des présumés coupables de ce bain de sang, en septembre 2010, je replaçais en partie les pièces du puzzle dans un autre article. Mon entretien avec Roindefo Monja, l’ancien premier-ministre nommé sur la place du 13 mai ce jour là et qui a failli être éliminé aussitôt devant le Palais, n’a fait que conforter la thèse d’une tuerie programmée (voir article : «Massacre du 7 février : auto-acquittement de la HAT»).

 

Le lieutenant-colonel Charles Andrianasoavina (le «commandant Charles»), dans ses aveux, en forme de mea–culpa (voir aussi article : «Les lémuriens du 7 février»), avait identifié ceux qui ont ouvert le feu comme des militaires sous les ordres du commandant Lilyson. Promu depuis lieutenant-colonel, Lilyson est un des officiers de confiance d’Andry Rajoelina. Le «commandant Charles» a pris lui aussi une part prépondérante au coup d’état puisqu’il est celui qui a violemment pris à parti ses supérieurs et les négociateurs à l’Episcopat le 17 mars 2009 (voir article : «Ce n’est pas encore le mot de la fin»).

 

Seules les têtes pensantes semblaient être au courant du complot, certains acteurs de la Révolution orange ayant même failli se faire tuer ce jour du 7 février. Le secret était bien gardé. Et jusqu’à présent, la thèse officielle, qui a fait condamner Marc Ravalomanana était simple. La garde présidentielle en faction devant le Palais, sous la pression de la foule, a ouvert le feu inconsidérément, faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. Le général en retraite Dolin Rasolosoa, à la tête des manifestants, avait parlementé pendant une heure avec les responsables de la garde avant de transmettre aux contestataires qu’elle allait tirer s’ils persistaient à vouloir envahir le Palais. Ce que ces derniers firent quand même.

 

General-Raoelina.jpgToute autre hypothèse avait été officiellement rejetée, et surtout la possibilité qu’il aurait pu y avoir d’autres tireurs, car cela pouvait disculper la garde présidentielle. Or, les tirs ont bien eu lieu, mais d’abord dans le dos de la foule avant que la garde, surprise, ne tente de riposter. Ce qui cadre avec tous les récits et rapports connus jusqu’à présent, que ce soit celui de Jeannot Ramambazafy, du «commandant Charles» ou du Général Jean Heriniaina Raoelina. Ce dernier affirme que 19 militaires de la Garde étaient de faction au palais. Or, il y a eu une trentaine de morts et 800 blessés, précise-t-il dans son rapport. Même s’ils avaient tous vidé les chargeurs de leurs AK47 sur la foule, ça faisait 570 cartouches. En considérant que chaque balle ait fait mouche, il pose alors la question : «…cela ne ferait que 570 victimes, alors les 260 autres victimes ont été tuées et blessées par qui ?»

 

Jeannot Ramambazafy écrit qu’ «il y avait bien des éléments de la garde présidentielle aux fenêtres du Louvres…». L’information à retenir est qu’il y avait des hommes armés aux fenêtres de l’hôtel, ce qui a toujours été nié par le pouvoir et jamais relevé par leur commission d’enquête. Il s’agit là d’un témoignage oculaire, parfaitement recevable devant un tribunal.

 

Quant à l’affirmation du journaliste précisant qu’il s’agit de la «garde présidentielle», elle pourrait être facilement contestable. La garde n’avait pas d’uniforme spécifique et à moins de connaître personnellement les individus qui la composent, rien ne les distingue des autres militaires. Le «commandant Charles» avait précisé qu’il s’agissait de «gendarmes armés ne faisant pas partie de l’EMMONAT». On laissera donc le soin à PapiZano (Jeannnot Ramambazafy) de démontrer qu’il s’agit bien de gardes présidentiels.

 

PapiZano JpegMadagate appartient à Augustin Andriamananoro, un membre de la diaspora engagé dans la lutte avec Andry Rajoelina, et que ce dernier a par la suite nommé ministre puis conseiller. Mais c’est PapiZano qui garde la boutique. Après la mort de Nadine Ramaroson, une ministre à laquelle le journaliste vouait une certaine admiration, il a eu le droit de suivre Andry Rajoelina dans tous ses déplacements à l’étranger. Celui qui donne ce témoignage est donc proche du pouvoir et ne peut être suspecté de vouloir faire le jeu de l’ancien président.

 

Ce qu’il écrit en tout cas ouvre la voie à de nouvelles investigations. Au Louvre, on n’entre pas comme dans un moulin. Il y a des gardiens, des réceptionnistes sans parler des propriétaires. Toutes ces personnes sont susceptibles de témoigner et dire qui étaient aux fenêtres. Mais en tout état de cause, les éléments s’accumulent pour démentir le récit officiel.

 

On ne fera pas l’injure à Jeannot Ramambazafy de penser qu’il a sorti ces informations par inadvertance, après s’être tu pendant 4 ans. Peut-être a-t-il voulu allumer un contrefeu devant le faisceau de preuves qui tend à démontrer la thèse du massacre prémédité ?... Ou peut-être pas… Le point à 3 bandes n’existe pas qu’au billard, on peut aussi l’utiliser en communication…

 

On est en tout cas content que Jeannot ait pu réchapper à ce massacre du 7 février 2009. Un jeune confrère de 25 ans, cameraman à la RTA (Radio Télévision Analamanga), Ando Ratovonirina n’a pas eu autant de chance. Il était dos au palais, en train de filmer la foule qui avançait, quand il a été atteint d’une balle dans le cou… sa caméra aussi… Il était idéalement placé pour avoir dans son viseur d’éventuels tireurs postés aux fenêtres… et inversement… Cela peut aussi expliquer pourquoi personne ne se précipite pour témoigner.

 

PapiZano, futur héros des Zanak’i Dada (nom paternaliste des pro-Ra8, «enfants de Dada») ? Comme tout est désormais possible à Madagascar…

 

Photo 1 : Une de ces photos bizarres de ce 7 février 2009. Sur un agrandissement, il semble bien que ce soit des départs de flamme qui sortent des fenêtres du Trésor (photo récupérée sur une enquête de TanaNews).

Photo 2 : Barrage de policiers devant l’Hôtel du Louvre. Ce barrage sera enfoncé par les manifestants.

Photo 3 : Le Général Raoelina n’était plus en charge de la Garde Présidentielle mais il a été condamné de manière inique, pour couvrir les vrais criminels. Toujours en prison, l’officier supérieur a maintenant des problèmes de santé.

Photo 4 : Jeannot Ramambazafy à New-York, cigarette au bec devant un panneau d’«interdiction de fumer». A lui tout seul, il symbolise ces tourments contradictoires du vrai Gasy qui souffre, rien à voir avec ces «faux Malgaches de la diaspora qui n’ont même pas le droit de vote».

 

 

Alain Rajaonarivony

 


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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 22:46

 

CES-En-tete-49-candidats.jpg

 

 

Andry-Nirina-Rajoelina-N-50.jpg49 candidats s’étaient inscrits dont 1, Me Avoko qui s’est désisté. Edgar Razafindravahy, le maire désigné (PDS) d’Antananarivo a fermé la marche à 2 minutes de la clôture des bureaux en ce dimanche 28 avril 2013 (voir article : «Présidentielles en république bananière»), par superstition peut-être. Oui, Edgar pensait que les derniers seront les premiers. Mais derrière lui, il y avait encore quelqu’un…

 

Le communiqué de la CES du vendredi 3 mai 2013 commence ainsi :

«Considérant que depuis le 6 jusqu’au 28 avril 2013 à dix-sept heures, date et heure d’expiration de dépôt de candidature prescrites par le décret n°2013-154 susvisé, quarante-neuf candidats, dont les noms suivent, ont déposé leurs dossiers par ordre d’arrivée, au greffe de la Cour, à savoir : …» 

 

Et très bizarrement finit par un candidat n°50 : Andry Nirina Rajoelina. A ses noms de scène connus comme DJ ou TGV, pour les moins méchants, un autre court désormais sur les réseaux sociaux : NINJA. Car il est resté caché mystérieusement et a surpris tout le monde, adversaires comme amis.

 

Sa candidature aurait été officieusement déposée le 3 mai au matin, hors délai par rapport à la date de clôture des inscriptions. C’est pour cela qu’on ne dispose d’aucune information dessus. Et toujours aussi officieusement, le prétexte était sa visite au Vatican à la fin du mois dernier, où il a rencontré le pape François 15 minutes le 26 avril. Et comme le relève TanaNews, qu’a-t-il fait entretemps ? Il était à… Paris.

 

Ce forcing, au mépris des accords signés et des règlements en vigueur ressemble tellement à une pantalonnade que même le terme de «coup d’état institutionnel» semble trop noble. Plus rien n’est respecté, ni la morale, ni les lois, on ne cherche même plus à sauver l’image. Bref, c’est Madagascar, mais en pire que dans le dessin animé du même nom. Aucun scénariste n’aurait osé imaginer cela, même pas pour le roi Julien (voir article : «Happy King Julien Day !»)…

 

Juges-corrompus.jpg

 

La corruption des juges de la CES est désormais avérée et publique. Sensés représenter l’élite morale et intellectuelle du pays, ils ne sont que le reflet fidèle de la déchéance spirituelle de dirigeants qui devraient êtres des sages mais qui n’ont plus aucune vision de ce qu’ils réservent à leurs descendants, la génération future. Se raccrochant à un présent matérialiste, quelques avantages financiers et honneurs surfaits, ces personnes sont déjà mortes moralement selon la conception malagasy : «Ny fanahy no maha olona». Derrière cette énième trahison du peuple, on pourrait sans doute retrouver Norbert Ratsirahonana, l’homme du «changement extra-constitutionnel»

 

Madagascar est devenue une immense piste de danse : 49 candidats déclarés à la Présidentielle, plus un 50ème, totalement hors-norme.

 

Menteurs, voleurs, tricheurs et assassins, en plus d’être corrompus et vendus à des intérêts étrangers, les politiciens gasy et la pseudo-élite qui gravite autour d'eux sont-ils vraiment représentatifs du peuple ? Andry Rajoelina aurait promis de retirer sa candidature si Lalao Ravalomanana retirait la sienne. On ne sait plus si on doit en rire ou en pleurer mais son comportement relève de l’irresponsabilité totale, et moins de la politique que de la psychologie. Marc Ravalomanana prévoirait de revenir en catastrophe…

 

Je réitère mon appel pour que l’armée soit désormais du côté du peuple, de tout le peuple (voir également article : «Refondation : l’armée malagasy aussi, svp !…») pour éviter tout drame dans les jours qui viennent, tant l’écoeurement chez la population est profond et violent…

 

Si les Malgaches ne veulent pas se lever pour dénoncer cette souillure du «Hasina malagasy» (les valeurs sacrées), alors ils peuvent continuer à danser. Plus personne ne peut rien faire pour eux….

 

Documents : Bla-bla de la Cour électorale spéciale qui se mélange les pinceaux : 49 candidats, 50 noms… (photo Facebook. Merci à l'auteur, Patrick Raharimanana, je crois, jeune candidat à la Présidentielle).

 

Photo : Juges, quels juges ? Ils amènent une malédiction sur le pays et les générations futures et ont droit à tous les noms d’oiseaux sur les réseaux sociaux, "vendus" et "corrompus" étant les plus sympas (photo récupérée sur Facebook).

 

Alain Rajaonarivony

 

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 11:53

 

 

La FFKM, fédération des églises regroupant les catholiques et les grandes organisations protestantes de Madagascar, bataille ferme depuis deux semaines pour essayer de trouver une solution viable à la crise que vivent les Malgaches depuis maintenant 4 ans. Par sa grande concertation ouverte le 18 avril et réunissant les parties antagonistes, elle essaie de se racheter de son indignité de 2009. A cette époque, elle s’était totalement départie de son rôle de recours moral.

 

La FFKM parle maintenant de refondation de l’Etat, de la nation, de la Constitution, etc… Je lui propose aussi très pragmatiquement de se pencher sur une refondation de l’armée. Car cette institution a été instrumentalisée depuis 1975 par les politiciens et a perdu son âme au même titre que la magistrature ou d’autres institutions. Mais sa déchéance a des conséquences terribles sur la vie de la nation. Plusieurs officiers ont participé au coup d’état. Certains généraux ont accepté d’être corrompus par Marc Ravalomanana avant de se mettre au service de son rival. D’autres ont cru vraiment agir pour quelque chose de positif, comme le «commandant Charles» qui n’en finit pas de faire son mea-culpa (voir article : «Les lémuriens du 7 février»). Certains enfin, ont été mis en prison sous une fausse accusation, comme le Général Raoelina, afin de couvrir les agissements d’officiers félons.  

 

Soafara-et-Ratsirahonana-2.JPG

 

Didier Ratsiraka, dès son accession au pouvoir après l’assassinat du colonel Ratsimandrava le 11 février 1975, a fait emprisonner plusieurs de ses collègues, abattre d’autres, des témoins gênants. Il a fusionné les états-majors de l’armée de Terre, Mer et Air pour mieux les contrôler et institué le recrutement ethnique en lieu de la compétence à l’Académie militaire, introduisant ainsi une rivalité malsaine qui se retrouve dans l’armée jusqu’à présent. De cette manière, il a réussi à maîtriser cette dernière, devenue le pilier de son pouvoir. C’est lui qui a commencé à nommer des généraux, sans tenir compte de l’importance numérique des troupes. On en est maintenant à 150 généraux pour 30.000 hommes (un chiffre pléthorique totalement hors-normes) car ses successeurs ont perduré dans l’habitude de nommer leurs «copains». A son crédit, parce qu’il était lui-même officier, il avait modernisé l’armée, en particulier l’aviation. N’importe quelle puissance aurait réfléchi à 2 fois avant d’intervenir à Madagascar et ce n’est pas pour rien que dans les années 80, la France avait pré-positionné des Jaguar à La Réunion. La Grande Ile pouvait parler de souveraineté.

 

Après sa chute en 1991, tout s’est écroulé au sein des militaires. Il n’en restait plus que les mauvais côtés : indiscipline, corruption, incompétence, matériel non entretenu et non renouvelé… une armée au service des politiciens et non du peuple. Cela s’est ressenti particulièrement durant la période 2009-2012. Sentant sans doute le vent tourner, des généraux sont passés des déclarations tonitruantes contre le retour de l’ancien président à une discrétion plus conforme à leur statut, d’autres prônent une neutralité de leurs corps. Trop tard ! Le peuple a bien vu la déliquescence de cette institution, plus efficace pour combattre les femmes légalistes pacifiques que les dahalo de Remenabila. Le général Richard Ravalomanana lui-même, devenu responsable de la gendarmerie à la vitesse du TGV, reconnaît que ses troupes ne savent pas se battre et prônent des sanctions contre ceux qui s’enfuiraient lors des combats. Ces derniers mois, plusieurs militaires ont été littéralement violés par les dahalo avant d’être libérés. 

 

Or, Madagascar a besoin de son armée pour se protéger des périls qui montent. Ce pays est tellement riche en matières premières que des puissances en décadence économique n’hésiteraient pas à y intervenir pour s’en emparer si nécessaire. On l’a vu en Libye. Et si la Syrie ne connaît pas encore une invasion des troupes occidentales, c’est que sa défense anti-aérienne efficace et le soutien sans faille de la Russie la protègent des appétits déguisés en croisade pour les Droits de l’homme et des pénétrations des avions hostiles.

 

 

Lieutenant Colonel ANDRIAMASINARIVO Lalaina, Pilote de chasJ’en veux particulièrement à Marc Ravalomanana d’avoir détruit l’armée de l'air car ses ressentiments personnels ont pris le dessus sur l’intérêt de la nation (voir article : «L’armée ? De l’air...»). En février 2003, à Paris, je lui avais suggéré lors d’un entretien de remettre en état l’aviation de défense. Il m’avait alors répondu «qu’un avion qui ne vole pas coûte cher». Mais Madagascar n’est pas une immense laiterie (pas plus qu’une piste de danse géante comme a tendance à le penser un DJ inculte) et la souveraineté nationale a un prix. Au lieu de cela, il a fait détruire les hélicos Mi8 qui pouvaient servir contre les Dahalo ou amener du secours pendant les cyclones, parce que les pilotes de ces appareils ont convoyé des armes contre lui pendant la crise de 2002. Il a fait de même pour les transports Antonov ainsi que les chasseurs Mig qui coûtaient des millions de dollars pièce. Il a même commencé à détruire la base aérienne d’Ivato sous prétexte d’agrandir l’aéroport. Avec le prix de Force One II, à 60 millions de dollars, on aurait pu remettre en état une escadrille. Fin 2008, les avions de Tiko et les hélicos de la présidence pouvait constituer une force plus puissante que l’armée de l’air. C’était sans doute un traumatisme de 2002 mais c’était indigne et l’ancien chef de l’état a commencé à creuser sa propre tombe dès 2003. La réaction d’une partie de l’armée en 2009 n’est qu’une façon de lui rendre la monnaie de sa pièce. Marc Ravalomanana aurait pu faire de l’armée son alliée, mais il n’a su se comporter en vrai homme d’état.

 

Il a agi d’ailleurs de même avec les autres industriels malagasy. Au lieu d’être leur leader et de les pousser à constituer un pool économique national puissant comme l’ont fait les Coréens du Sud, il a cherché à les détruire pour assurer son pouvoir. La réponse à cette attitude, on la connaît aussi, toujours en 2009. En fait, Marc Ravalomanana avait prôné le «changement de mentalité» mais il est redevenu finalement très gasy, un mpamisavy malemy, un sorcier aux faibles pouvoirs qui ne touche que ses proches et affaiblit les siens, avec un esprit revanchard. Andry Rajoelina a agi de même, en pire. Il a fait brûler et piller les entreprises Tiko, mettant au chômage des milliers de personnes. Ces usines auraient pu continuer à tourner, quitte à ce que l'Etat les nationalise éventuellement en partie pour rembourser les arriérés d’impôts.

 

Cette crise horrible qui est en train de détruire le pays doit au moins servir à quelque chose. Il faut redonner à chacun sa place dans la nation. Concernant l’armée, elle doit redevenir républicaine, ne plus se mêler de politique, ni tirer contre le peuple qui se saigne aux quatre veines pour payer leurs soldes. Les officiers les plus engagés dans le coup d’état doivent être sanctionnés par une cour martiale à moins qu’ils ne bénéficient des mesures d’amnistie et de réconciliation. C’est à eux de faire en sorte que le peuple ne demande pas leurs têtes, en se rachetant d’une manière ou d’une autre, par exemple en appuyant toutes les mesures d’apaisement et en cessant de réprimer tous les individus qui exercent leurs droits légitimes à manifester.

 

Mig 21 biplace pour la formation des futurs pilotesDans les démocraties, la population applaudit les soldats qui la défendent, à Madagascar, les simples citoyens ont plus peur des uniformes que les malfrats. Désormais, les états-majors doivent bien être dissociés comme dans toute armée moderne. Il n’est pas normal que la gendarmerie, la police et l’armée s’unissent au sein de l’Emmo-Reg pour taper sur les manifestants pacifiques alors qu’elles sont incapables d’assurer un minimum de sécurité dans les villes ou les campagnes. L’armée de l’air doit être réactivée, et pas avec des Alouette II pourris achetés d’occasion en Belgique, juste pour permettre aux corrompus et leurs amis intermédiaires blancs de toucher des commissions juteuses. La Russie dispose d’appareils performants et bien adaptés. Il ne s’agira pas d’une décision idéologique mais patriotique. L’armée malgache disposera de nouveau de ses propres avions et n’aura pas besoin d’aller former ses parachutistes ailleurs. Dans le temps, les paras sautaient des Dakotas, puis des Antonov. Sans la corruption au plus haut niveau, le pillage organisé des ressources, la destruction psychologique des forces vives par la terreur et l’injustice, Madagascar aurait les moyens d’assurer son développement et sa défense. Le jour où il y aura une conférence internationale à Madagascar, ce ne sera pas à la marine américaine, encore moins à l’armée française d’assurer la protection du sommet, mais à l’armée malagasy. Ceux qui ne lui feront pas confiance n’auront qu’à aller se réunir ailleurs. Aucun contingent militaire étranger ne devra plus intervenir sur le territoire national…

 

Le chantier est immense pour la FFKM. Quant à l’armée, jusqu’aux élections, que les dates soient maintenues ou reculées, elle ne doit plus apparaître en tant que force d’oppression. Si c’était le cas, le prochain gouvernement démocratiquement élu et le peuple s’en souviendront et c’en sera fini d’elle. Car elle apparaîtra alors comme une corporation de traîtres et de vendus aux intérêts étrangers dont la nation n’a pas besoin…

 

Photo1 : Soafara Raoelina, la fille du Général Raoelina, demandant des comptes à Norbert Ratsirahonana de passage à Paris le 3 février 2013, sur l’emprisonnement de son père, le Général Raoelina. Ce petit bout de femme, courageuse, est intervenue à visage découvert et sans violence, avec une pointe d’humour noir dans ses pancartes. Cela n’a pas empêché des soutiens du régime de parler de «terroriste», et les membres de l’AVI de «procès». La mésaventure juridique du Vice-premier ministre Hajo Andrianainarivelo, débouté pour l’instant de son procès à Paris contre moi (en attendant son appel), devrait calmer un peu leurs ardeurs belliqueuses (photo fournie par Soafara Raoelina).

 

Photo2 : Cet article a été inspiré par une discussion avec un lecteur et par une photo dans le fil info Facebook, présentée comme celle du Lieutenant-Colonel Andriamasinarivo Lalaina, la seule femme Pilote de l'armée de l'air malagasy, avec comme précision, Base Aéronavale d'Ivato (BANI) en 1997, 3ème Escadrille Malagasy. Mais un autre lecteur m'a précisé qu'il s'agit plutôt d'une pilote de la Corne de l'Afrique, dont plusieurs pays disposaient effectivement des mêmes appareils que la Tafika Anabakabaka Malagasy. Il s'agit en fait de la lieutenant Haimanot Gebremariam, une pilote de l'armée de l'air éthiopienne, qui s'était opposée avec 3 de ses collègues pilotes à la dictature de leur pays en 2007. Ils avaient été condamnés à mort et ont dû s'exiler.

 

Photo 3 : Chasseur Mig21 biplace pour la formation des jeunes pilotes, de la Tafika Anabakabaka Malagasy.

 

 

Alain Rajaonarivony

 

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 21:52

 

 

Le dernier délai pour le dépôt de candidature était fixé au dimanche 28 avril 2013. Et le jour fatidique, ils étaient encore près d’une dizaine à se précipiter pour tenter leur chance à ce gros loto que sont les élections présidentielles dans cette île de plus en plus abandonnée des dieux et cumulant tous les mauvais paramètres économiques, politiques et sociaux. C’est donc l’occasion unique de devenir milliardaire sans effort, ni qualification. Elle est offerte à presque tout le monde sauf à Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, victimes du «ni-ni», terme désignant leur retrait obligatoire du tirage de la cagnotte imposé par la communauté internationale. Il faut dire qu’ils ont déjà bien profité durant leurs années de règne de tous les abus, et ont été sommés de laisser la place à d’autres.

 

41 noms sur 48

 

Ils seront ainsi 48 à tenter de briguer le mandat présidentiel, un record du monde, qui confirme Madagascar à sa place de nation la plus ridicule de la planète, où quatre ans de gouvernance transitoire chaotique l’ont placé. Auparavant, les candidats devront passer quand même par les fourches caudines de la Cour électorale spéciale qui validera ou non leur participation.

 

«Il ferait mieux de s’occuper de sa campagne présidentielle», soupire mon vieil ami Jean Faure, ancien sénateur et ancien président du groupe d’amitié parlementaire franco-malgache. Je venais de lui apprendre que l’avocat d’Hajo Andrianainarivelo avait fait appel de la décision de la XVIIème chambre correctionnelle de Paris qui l’avait débouté de sa plainte contre moi (voir article précédent : «Vice-premier ministre contre le blog»). Hajo Andrianainarivelo fut en effet le premier à déposer son dossier pour tenter sa chance aux Présidentielles. Il a annoncé sa décision dès le 3 avril, c'est-à-dire le lendemain de la décision de la cour qui a suivi le ministère public, et donc l’état français. Il aurait pu s’arrêter là et s’occuper de choses plus importantes pour le pays, d’autant que dans son programme figure en bonne place «la promotion de la liberté d’expression». Mais ce procès semble lui tenir à cœur. C’est vrai qu’il n’a rien pu faire contre Alain Ramaroson, qui l’avait cité nommément dans sa conférence de presse sur l’affaire Nadine Ramaroson. Il a tenté, tardivement, de porter plainte contre lui en décembre 2012, mais a été désavoué par le premier-ministre Omer Beriziky lui-même, et sa démarche s’est finie en queue-de-poisson.

 

Alain Ramaroson, justement, voulait aussi se lancer dans la course à la Présidentielle, et m’avait fait part de ses intentions. Au dernier moment, il se ravisera pour garder une certaine dignité, me dira-t-il, et ne pas participer à une foire d’empoigne qui fait de nous la risée du monde. Il considère que dans ces conditions, aucune élection crédible ne peut se tenir.

 

Il y a de tout dans ces prétendants : des jeunes sympathiques sans aucune chance de gagner, un ex-sénateur condamné pour chèque sans provisions, un ministre fraîchement amnistié d’une condamnation de détournements de fonds, la femme d’un «former president» en exil après un coup d’état, un vieil amiral revenu vite fait au pays après un exil dû à quelques massacres, une flopée de putschistes sous la condamnation de la communauté internationale dont un vice-premier ministre, le maire désigné d’Antananarivo, un général, etc… Bref, que du beau monde…

 

Certains vont sans doute se désister, d’autres seront radiés par le CES, mais ce qui est sûr, c’est qu’il y aura des retournements et des tensions…

 

Fozaland* ? Yes, we can…

 

*Fozaland, nom donné à la Grande Ile par ceux qui sont écoeurés de la dégradation de la situation. De Foza, écrevisses, surnom des tenants de la révolution orange qui s’est muée ensuite en coup d’état militaro-civil.

Photo : Plaquette de TanaNews avec 48 noms. Me Avoko Rakotoarijaona s'est retiré, Alain Ramaroson a renoncé, sinon on aurait atteint le chiffre de 50 candidats. Le bulletin unique sera ingérable (photo TanaNews. Merci!)


 

Signature Hazo Tozzi Green JPEG

Document : signatures de Hajo Andrinainarivelo pour l’état malagasy et de Tozzi Green, une entreprise italienne, pour 7000 Hectares de terrain pris sur des villages, des cours d’eau, des pâturages, des tombeaux sur le plateau de l’Ihorombe le 17 août 2012. Les paysans tentent jusqu’à présent de résister contre l’accaparement de leurs terres. Un gouvernement transitoire ne doit pas signer ce genre de contrat d’autant que Marc Ravalomanana est tombé à cause de l’affaire Daewoo. C’est avec les «économies» de sa «famille» que le vice-premier ministre paierait sa campagne présidentielle. En sachant qu’il faut compter aux alentours de 8 millions d’Euros pour mener à bien ce genre d’action, on ne sait trop si tous les aspirants pourront compter sur une «famille» et laquelle…

 

Alain Rajaonarivony

 

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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 08:57

 

 

En attendant que je reprenne la plume, je reproduis ci-dessous un petit article de TanaNews pour que mes lecteurs puissent être informés de la suite de la campagne judiciaire menée contre moi et ce blog par le Vice-premier ministre malgache Hajo Andrianainarivelo.

 

Hajo Andrianainarivelo continue de s’acharner sur le journaliste Alain Rajaonarivony

 

16/04/2013 à 11:15

 

L’avocat d’Hajo Andrianainarivelo, joint au téléphone par Christine Courrégé, l’avocate du blogueur, lui a confirmé qu’ils décidaient de faire appel.

 

Le 2 avril, la XVIIème chambre du tribunal de Paris avait débouté le Vice-premier ministre malgache de sa plainte contre le blogueur Alain Rajaonarivony et cela à la demande du ministère public qui avait présenté des points de nullité. Le responsable gouvernemental malgache refuse cette décision de la cour.

 

L’affaire continue donc mais c’est l’image d’Hajo Andrianainarivelo qui est atteinte par cette tentative de harcèlement judiciaire d’autant qu’il a déposé sa candidature aux élections présidentielles. Dans son programme figure en bonne place « la promotion de la liberté d’expression ».

 

A noter enfin que Alain Ramaroson, à l’origine de la conférence de presse qui a provoqué la colère d’Hajo Andrianainarivelo, a promis au blogueur de venir témoigner à son procès, si celui-ci devait avoir lieu, sauf « empêchement majeur ».

 

 

Vice-premier-ministre-contre-petit-blogueur-illustration.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo TanaNews : « Le Vice-premier ministre s’acharne contre un petit blogueur »… pour l’instant, en vain…

 

 

 

TanaNews

http://www.tananews.com/

 

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 08:39

 

7-Fev-Ambohitsorohitra.jpg

 

Les noms de ces petits animaux, si mignons et emblématiques de Madagascar, dérivent en fait du terme «lémure» désignant les spectres, les fantômes des morts, dans les croyances des Romains de l’Antiquité. Ces derniers les auraient aperçus parfois passer dans la nuit. Les lémures étaient fêtés à Rome au mois de mai. Les lémuriens procurant souvent l’effroi chez les villageois malgaches par leurs cris nocturnes, leur nom fut tout trouvé.

 

D’autres fantômes hantent aussi les nuits des politiciens malgaches, ceux des pauvres gens sciemment tués le 7 février 2009 devant le palais présidentiel d’Ambotsirohitra. Les dessous et le déroulement de cette journée d’horreur sont connus depuis longtemps. J’en ai même retracé les grandes lignes dans ce blog dès septembre 2010 (voir article : «Massacre du 7 février : auto-acquittement de la HAT»). La thèse du complot, avec des hommes qui ont tiré dans le dos des manifestants, a depuis été confirmée par le lieutenant-colonel Charles Andrianasoavina (le «commandant Charles»), un des acteurs majeurs du coup d’état du 17 mars 2009 (voir article : «Ce n’est pas encore le mot de la fin»). Ses révélations ont été reprises par les journaux et les sites d’informations. Les réseaux sociaux les ont commentées abondamment tout comme la population, les milieux politiques ou les chancelleries. Il a donné moults détails, y compris le nom du chef de ce groupe armé, qui serait le colonel Lilyson, un de ses alter-ego et commandant comme lui à l’époque (voir la lettre du colonel Charles, écrite et signée de sa main). Seule la justice malgache ne semble pas être au courant.

 

7-Fev--Lettre-de-Charles-impliquant-le-commandant-Lilyson.jpgLe sang versé ce jour là restera une malédiction pour le pays, tant que la justice ne sera pas rendue. Ce court article est écrit pour que ces morts ne soient pas une fois de plus manipulés par des politiciens sans scrupules. Le «commandant Charles» a demandé pardon «devant Dieu et le peuple malgache» (voir ses confessions sur le site de TanaNews). Pour l’instant, des «petits lémuriens» (tout petits, méprisés, des «bas-quartiers») rôdent dans la conscience, noire comme la nuit la plus profonde, des dirigeants de la Transition. Les âmes ne seront en paix que lorsque la lumière de la justice dissipera les ténèbres de la nuit.

 

A la mémoire de ces hommes et de ces femmes dont la vie s’est arrêtée ce jour là, car certains en ont décidé ainsi…

 

 

Alain Rajaonarivony

 

P.S. : photo célèbre récupérée sur TanaNews, qui l’a reprise d’ailleurs. Merci à l’auteur que je ne connais pas.

 

Document : lettre manuscrite du «commandant Charles» impliquant le commandant Lilyson dans le massacre du 7 février.

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 22:52

 

 

Pour ce premier article de l’année, je ne peux me déroger à la tradition et présente mes vœux à tous mes lecteurs et en particulier à tous ceux, proches ou lointains, qui m’ont fait part de leur soutien, journalistes ou simples citoyens, dans le procès intenté contre moi,

 

Et je forme le souhait qu’en cette année 2013, le peuple malgache retrouve le droit de vivre libre sans l’angoisse d’une insécurité au quotidien, que les enfants puissent aller à l’école, manger équilibré dans des cantines, être soignés…

 

La situation d’insécurité, de violence politique avec des procès iniques contre ceux qui dénoncent les dérives du régime, la dégringolade économique qui a vu l’explosion de la prostitution de survie, déstabilisent toute la société. De plus en plus d’enfants ne vont plus à l’école. 50% d’entre eux sont en carence alimentaire selon la FAO et près d’un million sont déscolarisés depuis le coup d’état d’après les chiffres de l’Unicef. Cela signifie tout simplement qu’on est en train de sacrifier la génération future aux ambitions politiques d’adultes dénués de toute morale, dont certains font partie du 3ème âge comme celui que TanaNews appelle maintenant le «juriste fou».

 

Si ce pouvoir, appuyé par des kalachnikovs, pourrit la vie des citoyens sur une Ile où l’on aurait pu être heureux, la diaspora est préservée de cette atmosphère oppressante même si elle souffre à l’unisson de leurs familles et compatriotes au pays...

 

René, Constantin, Marie-Lucie, Mahery, Simone, Espéré DS

 

Quoique…, pas tout à fait, puisque je me suis présenté le 8 janvier 2013 devant la XVIIème chambre correctionnelle à Paris, et cela à l’initiative du «vice-premier ministre chargé de l’Aménagement et du Développement du territoire de la République de Madagascar». Je n’ai pas eu l’honneur de le connaître puisqu’il n’était pas là, pas plus que son avocat Henri Rabary-Njaka, absent lui aussi, et qui a envoyé une jeune avocate à sa place.

 

Après les négociations faites sur la consignation des frais de justice (voir les détails –qui ont fait rire la salle- dans l’article de TanaNews) que doit payer le plaignant, le ministère public a soulevé «deux points de nullité» dans la procédure. Ils portent sur les articles 31 et 32 de la loi sur la presse ainsi que sur un alinéa manquant de l’article 32 dans la citation. C’est bien le ministère public qui a soulevé ces points, et non pas moi et mon avocate. La prochaine audience, prévue le 19 février 2013, à 13heures 30, déterminera si la plainte est recevable ou pas.

 

Si le tribunal décide finalement que le procès peut continuer, une 3ème audience aura lieu vers le mois de Novembre 2013.

 

L’avocate d’Overblog, lui aussi assigné, était présente et détendue. Il semble bien que leur défense soit prête. De mon côté, je reste serein et avec Christine Courrégé, mon avocate,  nous nous préparons aux différentes éventualités. La plupart des médias malgaches qui suivent ce procès parlent de «l’affaire Nadine Ramaroson» et non de «diffamation» car ils ont bien saisi que derrière cette attaque juridique se profile quelque chose de bien plus important : Pourquoi Nadine Ramaroson a-t-elle été tuée ?

 

Nadine Ramaroson distribuant des cadeaux aux enfants 294547Le 2 septembre 2011, soit 5 jours après sa mort, elle devait présider les «Etats Généraux du Social» à Antananarivo où plus d’un millier de participants était prévu (voir article de Nadine à ce sujet sur son compte Facebook en date du 17 août 2011). Elle devait, à cette occasion, dénoncer les grands trafics et la corruption à grande échelle, exiger du pouvoir qu’il accorde la priorité au social, ce qu’elle appelait le «Plan d’urgence social» et éventuellement dans la foulée, annoncer sa candidature aux Présidentielles.

 

Et quelques jours avant de disparaître, elle était montée au créneau sur une télévision privée. Elle affirmait ne pas vouloir cautionner les sales affaires du régime, du trafic de Bois de rose aux accaparements de terre en passant par les crimes de pédophilie. Elle disposait d’un listing avec des noms de hauts responsables politiques et d’opérateurs économiques mouillés dans ces affaires et se savait en grand danger. Plusieurs menaces de mort lui sont parvenues, ainsi qu’à ses collaborateurs, sans que le pouvoir daigne les prendre en considération. Au contraire, juste avant sa mort, la pression s’est accentuée sur elle (voir article : «Nadine ne les gênera plus»)…Le vrai enjeu du procès de Paris, c’est ça...

 

«C’est hallucinant !», «…ils veulent vous intimider?…», propos d’un élu français qui suit le dossier malgache et avec qui j’ai parlé longuement de la situation de l’Ile et de mon procès… C’est bien l’impression première que cela donne. Si Hajo Andrianainarivelo voulait démontrer son innocence dans cette histoire, il dispose d’un moyen très simple en tant que responsable de l’état : demander à ce qu’une enquête officielle, sérieuse et impartiale sur la mort de la ministre et de ses collaborateurs puisse enfin aller jusqu’au bout. La victime, de part ses responsabilités, a même droit à la venue d’experts internationaux spécialistes du domaine maritime. De cette façon, les conclusions qui seront rendues publiques ne souffriront pas de contestations.

 

Pour l’instant, au-delà des points et des virgules sur lesquels on pourra débattre dans mon article, l’objectif ressemble, aux yeux des observateurs, à une tentative de me faire taire et d’étouffer l’affaire Nadine Ramaroson. Et accessoirement de démontrer aux autres journalistes malgaches qu’il y a des dossiers auxquels il vaut mieux ne pas toucher… Nul doute que si j’étais à Madagascar, j’aurais déjà connu les joies de la garde-à-vue et des interrogatoires à la gendarmerie, comme ces malheureux journalistes ou simples citoyens dont les propos et les écrits ont déplu.

 

Et ce n’est absolument pas un hasard si le premier vrai procès intenté contre un membre de la diaspora ne vise pas un politique (ce ne sont pas les mouvements pro-Ravalomanana qui manquent) mais un blogger qui défend des idéaux moraux. Entre politiques, on peut toujours s’arranger sur le partage du gâteau, mais pas avec des individus intransigeants sur la justice sociale et le respect des droits humains.

 

Au-delà des calculs politiques, la diaspora devrait s’engager vraiment dans le combat maintenant, car elle dispose encore de la liberté et des moyens de s’exprimer et peut devenir la voix des sans-voix. C’est de l’avenir de nos enfants dont il est question désormais : prostitution enfantine, déscolarisation, ventes de terre aux étrangers, destruction du patrimoine (forêts de Bois de rose)… Si nous ne nous levons pas, ce ne sera pas la peine de pleurer dans vingt ans sur ce que sera devenue notre descendance…

 

Pour terminer, une sentence de l’archevêque Desmond Tutu qui sonne comme un rappel :

«Si vous restez neutre en situation d’injustice, vous avez choisi le parti des oppresseurs».

 

Photo 1 : René, Constantin un responsable des Verts, Marie-Lucie, Mahery (le fils de qui vous savez), Simone, Espéré (MyDago) devant le Palais de justice. L’audience est levée depuis bien longtemps mais certains ont continué à refaire le monde à la «Brasserie des deux palais» sur le trottoir d’en face. Certaines révolutions en Afrique ont commencé dans les chambres de bonnes des étudiants à Paris, alors…

 

Photo 2 : Nadine Ramaroson, distribuant des cadeaux aux enfants,… bien avant que ce ne soit la mode en politique. Derrière elle, Mme Aimée, sa chargée de missions, qui périra en même temps que sa ministre...

 

Alain Rajaonarivony

 

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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 09:10

 

 

J’étais parti pour écrire un article sur la réélection d’Obama. Mais le pouvoir malgache a de nouveau attiré l’attention par des massacres, des diatribes et ces circonvolutions juridiques dont il a le secret. Dans sa lutte contre les Dahalo (bande de voleurs de zébus), la force spéciale engagée dans l’opération «Tandroka» (cornes) dirigée par le colonel Lilyson a incendié une vingtaine de villages, tué des dizaines de personnes parfois à coup de lance-roquettes et semé la terreur. Des milliers de paysans ont fui leurs villages. Les témoignages commencent à remonter, ce qui a fait réagir Amnesty International, mal informée bien sûr, selon le pouvoir. Cette dernière demande «qu’on mette fin aux massacres et qu’on enquête sur les forces de sécurité».

 

2012 villa ge brûlé dans le Sud. Image récupéré sur FDe retour dans la capitale après plusieurs semaines passées sur le terrain, le colonel René Lilyson a accusé, pour se disculper, l’ancien président Marc Ravalomanana, en exil depuis bientôt 4 ans en Afrique du Sud, d’être responsable de l’action des Dahalo. Les preuves qu’il affirme détenir, l’opinion publique les attend toujours. Mais ces déclarations tonitruantes ainsi que celles du Général Richard Ravalomanana ont, semble-t-il, fait déborder le vase. D’habitude très pondéré dans ses propos, Mamy Rakotoarivelo, président du Congrès de la Transition et chef de la mouvance de l’ex-président est sorti de ses gonds : «ce n’est plus de la dictature qui existe actuellement mais du fascisme» s’est-il exclamé lors d’une conférence de presse (très tendance en ce moment) au Colbert le 15 novembre. Devant le flot d’«allégations» et d’ «accusations gratuites» fortement médiatisées, il a donc décidé de porter plainte contre ces 2 officiers pour «diffamations», terme aussi très à la mode depuis que ce régime est en place… Mais pour une fois, ce ne sont pas les caciques du pouvoir qui saisissent la justice à leur profit mais des opposants. Il ne reste plus qu’à voir si elle agit avec autant de célérité lorsqu’il s’agit de plaintes contre les dirigeants.

 

Car l’accusation de «diffamation» est désormais utilisée à grande échelle. Le prince Patrick Zakariasy qui a dénoncé le trafic de Bois de rose (voir article : «Madagascar : Un pays trop riche, des dirigeants trop pourris, un peuple trop… ?»), en prison actuellement, en sait quelque chose. L’Etat a tout simplement violé la procédure, dixit Me Olala, son avocat. Le 12 novembre, après une nouvelle audition à la Gendarmerie dans la matinée, alors qu’il s’apprêtait à rejoindre le prétoire pour entendre, confiant, le verdict, le procureur en a décidé autrement. Sous prétexte de  vouloir plus de temps pour étudier les dossiers, il l’a renvoyé à la gendarmerie qui l’a mis illico sous mandat de dépôt. Le procureur a «innové» dans la procédure…

 

Prince Zakarias 1107 557895844237015 816729886 nLes compagnons d’infortune du Tangalamena, quatre journalistes eux aussi accusés de «diffamations» et de «propagations de fausses nouvelles» par Mamy Ravatomanga, visé par les révélations, auront plus de chance. Appartenant à la rédaction de Midi Madagasikara, La Nation et Gazetiko qui avaient rendu compte de la conférence de presse du Tangalamena, ils se retrouveront libres alors que Zakarias était traîné en prison. Il est vrai que le 11 novembre, veille de leur déferrement au parquet, Reporters sans Frontières avaient sorti un communiqué pour dénoncer le harcèlement judiciaire dont fait l’objet les gens de presse ainsi qu’un blogueur (euh… c’est moi !). Le Syndicat des journalistes malgaches a lui aussi réagi en parlant d’une «plainte qui s’apparente à un acte d’intimidation» à leur égard. Cette médiatisation et cette mobilisation ont sûrement joué en leur faveur. Le Syndicat ne s’est pas arrêté là mais a organisé une table ronde le 16 novembre à laquelle assistaient des représentants de l’Ambassade américaine, sud-africaine, française, de la SADC et de l’Union Européenne. Les journalistes ont dénoncé l’attitude partiale du Ministère de la communication (dirigé par Rolly Mercia), à la fois «juge et partie», la collusion trop fréquente des patrons de presse avec le pouvoir, la corruption qui gangrène tout, l’acharnement de certains individus proches des cercles dirigeants à l’encontre des médias d’opposition…

 

Quant à Patrick Zakariasy, il n’a retrouvé le juge le 13 novembre que pour être ramené en cellule. L’humour noir ayant encore droit de cité sur les forums, un internaute écrira que c’est parce que «Princes sans frontières» n’existe pas encore. Un système corrompu et maffieux ne peut tourner que si l’omerta est appliquée. Le chanteur populaire Savory est menacé de mort car il a participé à un documentaire produit par  Alexander Von Bismarck (pour la petite histoire, lui aussi descendant de la grande noblesse allemande) qui a enquêté sur le trafic du Bois de rose. Savory n’a trouvé le salut que dans le soutien de ses amis étrangers qui l’ont fait s’enfuir du pays.

 

2011 Enfants dans les bennes à ordures photo 427 (Small)


Plutôt que des procès en «diffamations» à répétition pour tenter de mettre sous le boisseau des faits très graves, laissant les citoyens ayant le courage de témoigner en danger, l’Etat malgache ferait mieux d’ouvrir des enquêtes sur ces affaires. C’est ainsi que l’on procède dans les états de droit, et ce sera la seule façon de regagner la confiance des citoyens. Alain Ramaroson, qui a les pires ennuis avec le régime depuis sa conférence de presse, se bat pour lancer des commissions d’enquête parlementaire sur les Massacres dans le Sud, le trafic de Bois de rose et la disparition de l’ancienne ministre de la Population et des Affaires sociales…

 

Trafics en tout genre, prostitution pour survivre, déscolarisation des enfants, manque d’oxygène dans les hôpitaux, insécurité, pauvreté en hausse vertigineuse, massacres, dirigeants criminels et arrogants prêts à tout… Constat amer d’un politicien : «Il n’y a plus que dictature, persécutions et abus de pouvoir à Madagascar !» Les évêques, à la fin de leur Assemblée plénière le 17 novembre ont sorti un communiqué au vitriol dénonçant la « spoliation des richesses nationales» en détaillant «bois de rose, fer, pierres précieuses, pétrole, bœufs… et confiscation des terrains».  Entre autres phrases assassines : «le règne de l’Anarchie : corruptions, cambriolages, feux de brousse, assassinats…» et la «justice … pour les protégés du régime». Mais l’impasse est faite sobrement sur le rôle de Monseigneur Omar (Odon Marie Razanakolona) qui a approuvé la violence dans la prise de pouvoir mais amorcé depuis un début de repentance…

 

Nadine à Maintirano Photo 151En ce qui me concerne, l’audience est prévue le 8 janvier 2013 à Paris, suite à la plainte pour «diffamations» initiée par le vice-premier ministre du Développement et de l’Aménagement du Territoire malgache. Ce sera à 13h30, à «la 17ème Chambre du Tribunal Correctionnel de Paris, sis 4, boulevard du Palais – 75004 Paris».

 

Cette affaire fait suite à la conférence de presse d’Alain Ramaroson du 28 septembre dernier (voir article : «Madagascar : Premières révélations sur l’assassinat de Nadine Ramaroson»). L’historique de ce litige a été décrit de manière très détaillée par TanaNews (voir leur article : «Ennemi d’Internet : Quand le Vice Premier ministre Hajo Andranainarivelo s’acharne sur un petit blogueur journaliste malgache»). La suite s’écrira donc le 8 janvier, au tribunal de Paris où je serai présent. Reporters sans Frontières a intégré cette démarche de Hajo Andrianainarivelo dans le harcèlement que subissent les gens de médias de la part des dirigeants. Plusieurs journaux malgaches ont repris ce communiqué.

 

Certains sont déjà en prison, d’autres sont convoqués à la gendarmerie comme de vulgaires malfrats, menacés ou pire… Je n’oublie pas que Nadine a été tuée pour avoir défendu les idéaux que nous avions en commun…

 

Il y a clairement un prix à payer pour qui veut se révolter contre l’injustice. Tant que les Malgaches trouveront que c’est trop cher payé, et considèrent que c’est plus facile de profiter du sacrifice des autres (exprimé par une métaphore : «Tsy namono voay fa miravaka ny vanginy»), ils occuperont les dernières places dans tous les domaines. Ce sont celles qui reviennent de droit à ceux qui ne veulent prendre aucun risque.

*(«Se parer des crocs du crocodile qu'on n'a pas tué»)

 

Nelson Mandela est issu d’une famille royale de l’ethnie Xhosa, et était avocat, mais il s’est levé pour lutter pour l’égalité des droits avec l’African National Congress (ANC). Cela lui a coûté 27 ans de prison mais il en est sorti vainqueur. Il se répétait un poème dans sa cellule de Robben Island, celui que William Henley avait écrit en 1875 quand ce dernier était cloué, amputé du pied, sur son lit d’hôpital, «Invictus».

 

Dans les ténèbres qui m’enserrent,mandela-prison
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

             

Le 20 avril 1964, avant d’être condamné à la prison à vie, Mandela déclarera : «J’ai défendu l’idéal d’une société démocratique et libre dans laquelle tous les individus vivraient ensemble en harmonie et bénéficieraient de chances égales. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et que j’espère voir se réaliser. Mais c’est un idéal aussi pour lequel, s’il le faut, je suis prêt à mourir». 

 

Il sera relâché le 11 février 1990 et sera élu Président le 9 mai 1994.

Les premiers seront les derniers…

 

L-homme-au-drapeau.jpgIl y a ceux qui sont prêts à tuer pour défendre leurs intérêts (transformés en «intérêts supérieurs de la…ration», pour utiliser un jeu de mots cher aux éditorialistes de TanaNews). Et puis, il y a ceux qui sont prêts à mourir pour leurs idéaux, qui paient de leurs libertés et de leurs vies. C’est avec ceux-là qu’une nation se bâtit.

 

Aux Malgaches qui ont encore le courage de se lever et de se tenir debout…. !

 

Photo 1 : 2012, village brûlé dans le Sud de Madagascar. Photo récupérée sur Facebook

Photo 2 : Le Prince Patrick Zakarias jeté en prison le 12 novembre pour avoir dénoncé le trafic de bois de rose

Photo 3 : Des enfants en train de fouiller une benne à ordures. Image de la (sur)vie quotidienne à Antananarivo

Photo 4 : Nadine Ramaroson. Trop populaire, elle a eu tort de dénoncer la corruption à grande échelle, le trafic de Bois de rose, la spoliation des terres…

Photo 5 : Nelson Mandela, un exemple pour l’Afrique, respecté dans le monde entier. Une force morale qui a préservé son pays du désastre, de la vengeance et de la haine. Tout le contraire du pouvoir malgache actuel.

Photo 6 : Mars 2009, un homme avec son drapeau. Razily est debout, seul face aux brutes casqués et armés. Combien de spectateurs? Liens de l’article qui raconte cet épisode et de la vidéo de cette scène historique.



Alain Rajaonarivony

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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