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  • : Le blog de Alain Rajaonarivony
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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 10:00

 

 

mainlandLes révélations qui ébranlent le régime se multiplient à Madagascar mais elles ne viennent pas des opposants officiels trop occupés à se disputer les postes dans le «gouvernement d’union nationale». Alors qu’elle n’est pas franchement en position de force, la mouvance de l’ancien président Marc Ravalomanana s’est tout de même offert le luxe de remettre en cause l’une des leurs, la ministre de la décentralisation Ruffine Tsiranana. Comme cette dernière porte un patronyme prestigieux, celui du premier dirigeant malgache à l’indépendance, il s’en est suivi un mouvement de fronde parmi les légalistes de sa région.

 

A défaut d’une opposition crédible, ce sont les autres qui montent au créneau. Après Alain Ramaroson (voir article : «Premières révélations sur l’assassinat de Nadine Ramaroson»), c’est au tour d’un notable, Patrick Zakariasy, de dénoncer un proche d’Andry Rajoelina. Au cours d’une conférence de presse au Colbert le 12 octobre, ce Tangalamena (prince traditionnel), a nommément accusé Mamy Ravatomanga, un homme d’affaires, et la société chinoise Mainland Mining d’avoir organisé le trafic des bois de rose. Patrick Zakariasy a expliqué, documents à l’appui, toute l’organisation : fausses déclarations, passage en douane hors scanner, etc…

 

Auparavant, l’ancien ministre de l’Environnement, Joseph Randriamiarisoa, avait incriminé lui aussi Mamy Ravatomanga pour le même trafic. Ce dernier avait porté plainte pour diffamation. En tout cas, l’étau se resserre autour d’Andry Rajoelina sans qu’il puisse y faire grand-chose. Si les intimidations et les menaces de poursuites au tribunal amènent certains médias à taire ces informations, ils sont de plus en plus nombreux à passer outre. C’est le cas du quotidien «La Nation» qui a titré en pleine page sur l’enquête menée par Patrick Zakariasy.

 

Hajo Andrianainarivelo, mis en cause par Alain Ramaroson, à défaut de porter plainte contre son accusateur, a tenté de bloquer l’article dans lequel je rapportais ces propos, par l’intermédiaire de son avocat en France. La démarche était un peu bizarre, car logiquement, c’est Alain Ramaroson qu’il aurait dû contrer et s’il obtenait gain de cause, l’information rétablissant les choses aurait suivi tout naturellement.

 

Bon, bref, la France n’est pas encore une république bananière malgré tous ses défauts, et pour l’instant, la liberté d’information a un sens! L’article est toujours en ligne bien que ce blog mettrait «en péril l’ordre public aussi bien à Madagascar qu’en France en raison du libre accès du public au site» et que l’article soit «une provocation gratuite et lâche». Sans vouloir désobliger Me Henry Rabary-Njaka, un complot pour tuer une femme me semble bien plus lâche. Et je ne crois pas qu’attaquer un blogger, sans oser toucher au personnage qui a balancé les noms devant des dizaines de témoins et de médias dans une conférence de presse, soit non plus très courageux.

 

Ceci étant, on n’est jamais trop prudent, Nadine Ramaroson ayant fait davantage trembler les corrompus du régime que tous les opposants réunis. En 4 ans, ces derniers n’ont réussi qu’à avoir quelques postes ministériels pour lesquels ils se disputent. L’ancienne ministre avait promis, sur une télévision privée, de sortir des noms sur le trafic de Bois de rose (tiens, tiens ?) juste avant de disparaître prématurément.

 

2012.10.03 Lettre avt Hajo contre blog p2Des journalistes et des responsables ont le courage de redonner à la population son droit d’être informée et osent maintenant citer des noms. A l’opinion publique de prendre le train en marche et d’appuyer leur démarche afin que leurs prises de risques ne soient pas inutiles. En ce qui me concerne, j’ai été surpris et touché de recevoir des messages de soutien de bloggers et responsables de site malagasy, et je les en remercie au passage. Les mouvements citoyens, la société civile doivent se battre pour que la liberté d’informer et d’être informé demeure effective. Il ne faudrait pas trop compter sur les leaders légalistes, qui sont tombés dans le piège de Hajo Andrianainarivelo dans sa guerre contre Alain Ramaroson (voir article : «Un combat qui change un homme»).

 

Non, les Malgaches ne sont pas tous des lâches même si la majorité d’entre eux se refugient dans le virtuel et le «spirituel» pour échapper à leurs responsabilités. Un intellectualisme à la mode occidentale sans rapport avec la réalité, ou des dévotions qui oublient que la foi doit se traduire dans l’action, sont non seulement stériles mais nuisibles. Nelson Mandela et Monseigneur Desmond Tutu en Afrique du Sud, Martin Luther King aux Etats-Unis ont fait de leur foi une force. C’est elle qui leur a permis d’aller au combat contre des puissances politiques, économiques et militaires infiniment supérieures. L’apartheid a fait place à une société multiraciale exemplaire (là aussi malgré tous ses défauts), et les USA ont maintenant un président afro-américain.

 

Christianisme, fihavanana, sagesse ancestrale sont pour l’instant autant de prétextes pour ne rien faire et attendre que ça passe ou que d’autres fassent le boulot, laissant ainsi la place à tous les arrivistes et les violents qui deviennent de plus en plus audacieux. Les trafics en tout genre -détruisant l’économie et l’avenir des générations futures-, et la déchéance morale n’ont jamais atteint un tel niveau. Il n’y aucune raison que cela s’arrête puisque les Malgaches ne bougent pas (à part ceux qui seront sacrifiés). Et pourtant, seuls quelques officiers corrompus composent la force qui reste à un pouvoir qui mène le peuple à l’abattoir.

 

Quand Marc Ravalomanana a commencé à dériver, si la conscience citoyenne avait été assez forte pour mettre le holà, il n'y aurait jamais eu de coup d'état car les politiciens auraient vu qu'il y avait une limite à ne pas dépasser. Ra8 a piqué les terres des paysans, et attaqué les riches industriels qui le concurrençaient, de manière illégale et déloyale, en utilisant les prérogatives de la puissance publique. Mais la classe moyenne, en particulier celle d'Antananarivo, ne se sentait pas concernée bien que les principes républicains aient été bafoués. Maintenant, elle souffre (comme tout le monde) de la gouvernance d’Andry Rajoelina et de sa clique, mais elle aura du mal à entraîner les bas-quartiers pour la défendre étant donné qu'elle n'a rien fait quand Ra8 remblayait les rizières des pauvres. Ce sont pourtant ces démunis des bas-quartiers qui se battent et sont prêts à mourir dans les manifestations si on leur offre un espoir de changer leur sort. Les autres, en général, se contentent de tirer les dividendes de leur courage…

 

Le combat contre les injustices implique qu’on lutte contre toutes les injustices. Les principes de la République ne sont pas relatifs. Les richesses de Madagascar sont immenses et excitent toutes les convoitises, ce qui explique ces transactions maffieuses et l’implication de Chinois, Karana, Français de la Françafrique, etc… Les Malgaches ne profiteront pas de leurs biens tant qu’ils ne dépasseront pas le stade de la défense d’intérêts particuliers (ma pomme et ma famille d’abord, cause merina, cause côtière, petite bourgeoisie contre ancienne noblesse, etc…) pour intégrer les notions de «nation» et «d’intérêts nationaux». Ils pourront alors tenir la dragée haute face aux prédateurs, étrangers ou autochtones… D’ici là, les meilleurs d’entre eux continueront de se faire tuer, les autres de ramper…

 

Photo 1 : Le quotidien «La Nation» : Le nom d’un proche (encore) d’Andry Rajoelina en pleine page comme composant de «la mafia sino-malgache». Des journalistes malgaches prennent des risques pour informer l’opinion. Ils expliquent dans leur version en ligne : «…Il est de notre devoir de les aider à véhiculer les informations… Et le trafic de bois de rose constitue une forme de cette injustice qui tue à petit feu le pays… A travers la mise en ligne de la version internet de notre journal, sur www.lanation.mg, notre combat va s’intensifier. Et notre seul souhait est que tous les confrères osent également dénoncer les actes qui tendent, d’une façon ou d’une autre, à détruire le pays, pour ne pas devenir complices des auteurs de ces actes. C’est, pour nous, une lutte permanente, pour la liberté de presse, la liberté d’expression et la libération du pays…».

 

Photo 2 : «Or, la teneur diffamatoire de cet article est attentatoire à la dignité et à l'honneur de mon client. L'enquête officielle sur le naufrage du bateau ayant entraîné le décès de Madame Ramaroson a conclu à un accident. Aussi en vertu de l'article........je vous mets en demeure de retirer promptement de votre site l'article intitulé " Madagascar ; Premières révélations sur l'assassinat de Nadine Ramaroson" ou en rendre l'accès impossible. Je vous mets également en demeure de me communiquer les coordonnées postales du dénommé Alain Rajaonarivony...etc, etc... ». 2ème page de la lettre de Me Henri Rabary-Njaka, en date du 3 octobre, qui officie à Paris.

 

Alain Rajaonarivony 

 


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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 09:59

 

 

2008.12 CONECS-TGV-FCD

 

 

Pourquoi le bateau a-t-il explosé, en faisant 7 morts parmi les sauveteurs, se rajoutant aux autres victimes, et un huitième qui décédera quelques mois plus tard des suites de ses blessures ? Pourquoi les commissions d’enquête officielles n’ont-elles pas rendu leurs conclusions au bout de 13 mois et n’ont fourni aucune réponse aux demandes des familles ? Pourquoi l’épave du bateau a-t-elle été détruite sur ordre d’une haute personnalité alors que les gendarmes la gardaient comme élément de preuves ? Autant de questions qui auraient pu titiller les analystes et les journalistes quand Alain Ramaroson a fait sa fameuse déclaration et balancé des noms le 28 septembre (voir article : «Premières révélations sur l’assassinat de Nadine Ramaroson»).

 

Ces éléments qui sont des faits auraient pu très facilement expliquer la démarche de l’oncle de la ministre dont la disparition tragique n’a jamais été élucidée. Mais apparemment, à Madagascar, l’état d’esprit (et du pays) est tel qu’il devient difficile de voir le fonds pour ne s’attacher qu’à la forme et à la personnalité des acteurs.

 

Concernant ces fameux acteurs justement, les personnes qui s’estiment injustement «déshonorées» auraient pu rendre la monnaie de sa pièce à Alain Ramaroson par une démarche très simple. Il leur suffisait d’introduire une plainte en «diffamation» qui, on n’en doute pas, aurait été examinée très vite car on connaît la célérité de la justice quand il s’agit de défendre les intérêts du régime. Le «diffamateur» aurait alors été condamné très lourdement au vu et au su de tous et l’affront lavé de belle manière. Oui, mais voilà ! Ce dernier aurait pu apporter ses «preuves» pour se justifier et c’est ce que le pouvoir veut à tout prix éviter. Cela fait plus d’un an que ces dirigeants tentent d’étouffer l’affaire et veulent faire oublier jusqu’à l’existence de l’ancienne ministre. Certaines cérémonies de commémoration de sa disparition le 28 août ont été soient interdites, soient sabotées (voir article : «28 août : Nadine»).

 

Hajo Andrianainarivelo, vice-premier ministre chargé de l’Aménagement du Territoire et du Développement, a profité d’un conseil de gouvernement, en l’absence d’Olga Ramaroson, ministre de la Population et des Affaires sociales et accessoirement la femme d’Alain, pour contrattaquer. Le 2 octobre, il obligeait ses collègues à se montrer solidaire de lui dans une déclaration en se présentant comme une victime touchée dans ses droits car son nom a été cité. Mais il s’est bien gardé de saisir la justice. Outre que ce n’est pas le rôle du gouvernement de sortir ce genre de communiqué, que venaient faire les ministres légalistes dans cette galère ?

 

Pour le général Ravalomanana, cela a été plus radical. Il a fait appel aux responsables des forces armées pour faire une déclaration de soutien mais de plus, il a fait effectuer une perquisition illégale dans l’après-midi du 2 octobre au domicile d’Alain Ramaroson, responsable de la commission «Défense et sécurité» à la Chambre haute, et de son épouse, elle-même ministre. Pour mieux couvrir encore l’officier, Andry Rajoelina a limogé en mode express le commandant de la gendarmerie Wilfrid Bruno Razafindrakoto pour mettre à sa place le Général Ravalomanana, nommé en conseil des ministres dès le 3 octobre. Ce dernier aura donc eu une carrière fulgurante. Colonel au moment du coup d’état, il devient dans la foulée Général, passant devant tous ses collègues des promotions plus anciennes et qui seront désormais sous ses ordres. Cela s’appelle une promotion «TGV», qui est un peu à la HAT la «promotion canapé» pour la Poste française, dans le film du même nom. La première mesure qu’il prendra sera d’enlever les 9 gendarmes qui étaient les gardes-de-corps d’Alain Ramaroson en tant que haut responsable du pouvoir. Et il s’est payé la coquetterie de dire que le travail de détective privé est encore interdit à Madagascar. En clair, cela signifie que si l’état ne veut pas faire d’enquête, vous n’avez plus que vos yeux pour pleurer car vous n’avez pas le droit de rechercher la vérité vous-même…

 

Seule l’une des personnes citées, Riaz Barday, ne s’est pas encore fait entendre. A un représentant d’Andry Rajoelina en France, qui m’a appelé pour me demander pourquoi «Alain Ramaroson faisait cela alors qu’on a tous lutté pour le changement ?», j’ai répondu : «De toute façon, le problème d’Alain sera bientôt réglé, dès que le pouvoir et ses amis karana l’auront assassiné». C’était un peu une réaction d’humeur qui m’a valu des dénégations mais des informations font bien état d’une volonté de l’éliminer physiquement, car il est devenu désormais incontrôlable depuis l’assassinat de sa nièce.

 

Car Alain Ramaroson a changé. A l’époque, j’avais dénoncé les «milices» et les violences qui ont été perpétrées (voir par exemple l’article : «Merci, commandant Charl !»). Je ne pouvais accepter des atteintes aux droits humains ou des injustices même si c’est pour combattre d’autres injustices. Car un coup d’état n’arrive jamais par hasard. Il est souvent la conséquence d’une dégradation de l’état de droit, bafoué par ceux qui sont sensés en être les garants et qui affaiblissent sciemment les institutions pour mieux exploiter le pouvoir à leur profit. Depuis la mort de Nadine, Alain Ramaroson s’est aligné sur les idées de sa nièce : terminé les déclarations politiques radicales, place aux priorités sociales, avec un discours plus posé et plus conciliateur. Les prises de position publiques sur l’impossibilité du retour au pays de l’ancien président Marc Ravalomanana (qui a persécuté sa famille) ont disparu, au grand désarroi des faucons de la HAT qui avaient l’habitude de s’appuyer sur lui. Ce changement devenait visible au fur et à mesure, dans son comportement et ses paroles. Alain Ramaroson n’est plus celui qu’on appelle pour les «coups durs» et les «coups bas» du régime et ses états d’âme ne sont guère appréciés par les dirigeants. S’il arrive à survivre, les idées de Nadine ne seront pas tout à fait remises aux oubliettes…

 

TOKANONO capturée le 15.9.12

 

 

Photo 1 : Andry Rajoelina, jeune maire d’Antananarivo, sympathique mais en état de faiblesse total devant le Président Marc Ravalomanana, était très content d’avoir Nadine et Alain Ramaroson pour le défendre. Ils étaient en permanence menacés d’arrestation. J’ai publié cette photo le 27 décembre 2008, dans l’article : «2009 : une chaude ambiance tropicale». Depuis, le jeune homme s’est émancipé, s’est trouvé d’autre «amis» et a fait bien pire que son persécuteur…

 

Photo 2 : Tokanono, la supposée devineresse de Remenabila, le chef des Dahalo (voir article : «Guerre des Dahalo et minerais stratégiques»). On ne sait pas quelles charges pèsent sur elle (détenir des gris-gris n’étant pas un délit), mais elle a été exposée comme une bête devant des hommes en uniforme qui n’ont pas compris que cette photo était leur honte. Peu de journalistes se sont posé des questions sur la présomption d’innocence ou le respect de la dignité humaine avant de publier la photo. A la place du colonel Lilyson, je me méfierai. Quelques politiciens d’Antananarivo seraient très heureux de le décorer à titre posthume pour le courage qu’il a montré au combat…

 

 

Alain Rajaonarivony

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 18:32

 

 

Alain Ramaroson a fini par tenir sa promesse en livrant les noms des principaux commanditaires de l’assassinat de sa nièce, l’ancienne ministre de la Population et des Affaires sociales, Nadine Ramaroson. Il avait convoqué les journalistes ce 28 septembre, soit 1 an et 1 mois après le naufrage du Black Shark. Les conclusions des enquêtes officielles ne sont jamais sorties. Plusieurs membres de ces commissions ont été mutés quand ils ont commencé à mettre en doute la thèse de l’accident, a révélé Alain Ramaroson. Le mode opératoire a été aussi dévoilé. Pour ceux qui suivent le mur Facebook de l’ancienne ministre, il n’y avait pas de grande surprise car l’essentiel avait été dévoilé par des Facebookers depuis des mois déjà. La vedette s’était arrêtée à l’entrée de la passe, en travers, et quand une vague est arrivée, 3 hommes-grenouilles se sont chargés de la retourner et ont achevé le travail en assassinant la ministre et sa principale collaboratrice. Juste avant, ils ont essayé de se débarrasser d’un témoin, un pêcheur qui était là, en le renversant avec sa barque. Cette personne a pu survivre et voir leurs visages.

 

Derniere-photo-le-28-aout-2011-par-Andry-424286_463033303.jpgIl y avait un bateau plus grand disponible mais on avait embarqué la ministre et sa suite dans une vedette qui n’était pas adaptée au transport de tant de passagers et le départ avait été sciemment retardé alors que la mer pouvait devenir dangereuse. Un des artistes qui était avec la ministre a témoigné que, dans l’eau, il avait été retenu par les pieds, mais qu’il s’était débattu et s’était enfui à la nage.

 

Des gardes-de-corps, des membres du ministère ont aussi été complices dans la mise en place du piège. Au-dessus des exécuteurs des basses œuvres, Alain Ramaroson a cité 3 noms :

- Hajo Andrianainarivelo (devenu vice-premier ministre chargé de l’Aménagement du Territoire et du Développement) dont les altercations très violentes avec Nadine, à propos de la façon dont il aurait spolié les terres des paysans, ne sont un secret pour personne (voir article : «Nadine ne les gênera plus»),

- Le Général Richard Ravalomanana qui avait arrêté les collaborateurs de Nadine (voir article : «Affaire Bionexx : Nadine Ramaroson contredit le Général Ravalomanana»), et le premier, et très tôt, à avoir annoncé la mort de la ministre à des journalistes français, alors que ce n’était pas son rôle (voir article du Figaro). Il a fait poser question à ses collègues officiers car il est en charge de la circonscription d’Antananarivo et non de Tamatave où s’est passé le naufrage.

- Et Riaz Barday qui a menacé de mort Nadine Ramaroson publiquement car elle s’opposait à la façon dont il s’est accaparé les terres des pêcheurs de Nosy Iranja, afin de réaliser son «île de rêve». Ce Français d’origine karana passe pour un homme d’affaires flamboyant alors que ses méthodes sont celles d’un mafioso lâche et sans scrupules (voir article : «Place de la démocratie : Souvenez-vous...»).

 

Nadine avait constitué un volumineux dossier sur Riaz Barday. J’en dévoile ci-dessous une page où ce dernier se vantait de ses relations privilégiées avec la ministre de la justice, Christine Razanamahasoa. Cela lui aurait permis de bafouer toutes les décisions de l’état et de narguer ses victimes (des citoyens malagasy très pauvres).

 

Toutes ces personnes citées appartiennent au premier cercle d’Andry Rajoelina. C’est pourquoi la plupart des journalistes malgaches ont pris toutes les précautions pour éviter de les nommer lorsqu’ils ont rendu compte de la déclaration d’Alain Ramaroson. Cela est compréhensible! Ces individus ont la réputation d’user et d’abuser de leurs pouvoirs, n’hésitant pas à faire usage de la violence physique et verbale, un peu à la mode du «commandant Charles» avant que ce dernier ne s’aperçoive qu’il a été berné (voir article : «Merci, commandant Charl !»). Les magistrats malgaches se sont battus pour retrouver leur indépendance et leur dignité (voir article : «Omer, l’impuissance tranquille…»). Ils ont la possibilité de prouver que cette lutte n’était pas vaine…

 

 

Alain Rajaonarivony 

 

Photo : La vague sensée être «fatale». Dernière photo prise par Andry Rakotonirainy, photographe du ministère, qui a survécu ainsi que son appareil… au grand dam de certains… Cette seule photo démontre déjà le mensonge de la version officielle. On distingue très nettement un passager resté à sa place. Personne ne s’est précipité sur l’autre bord, en déséquilibrant ainsi le bateau.

 

 

DOCUMENT


 

 

VIOLENCES ET VOIES DE FAIT

 

Contre des citoyens malgaches, perpétrés à Nosy Be et Nosy Iranja, par :

- Riaz BARDAY ;

- Serge RASOLOTSIRESY ;

- HIDAYA

 

1. Jugement n° 679 du 23 novembre 2010, rendu par le TPI de Nosy Be

 

- Condamne Riaz BARDAY, Serge RASOLOTSIRESY et HIDAYA

A UN AN DE PRISON FERME

- Décerne un MANDAT D’ARRET A L’AUDIENCE contre ces trois condamnés

 

NB : En violation de toutes les dispositions légales, les trois condamnés circulent librement, sans avoir jamais été arrêtés… et ne cessent pas de menacer leurs victimes !

De plus les condamnés (Riaz BARDAY et Serge RASOLOTSIRESY) déclarent publiquement et en tous lieux que Madame le Ministre de la Justice les a reçus personnellement, alors qu’ils avaient déjà fait l’objet d’un Mandat d’Arrêt, et qu’elle les avait assurés de l’impunité. Ce qui est malheureusement confirmé à ce jour.

De surcroît, ils affirment même que Madame le Ministre de la Justice a décidé de convoquer tous les Chefs de juridiction de la région DIANA pour les communiquer des instructions particulières concernant Sieur Barday et Consorts. Selon ces derniers, les magistrats recevront des instructions très claires pour leur donner gain de cause, tant en ce qui concerne les affaires pénales (criminelles ou correctionnelles), que les affaires civiles et commerciales, pendantes en première instance ou en appel.

En particulier, Riaz BARDAY et son équipe de «IRANJA Sarl» est tellement persuadée de gagner ces procès qu’elle a déjà, formellemnt et par écrit, mis en demeure les habitants d’Iranja Be de quitter les lieux sous huit jours…

 

2. Plusieurs pétitions signées par des centaines de petits citoyens malgaches de Nosy Be et de la région dénoncent l’impérialisme scandaleux de Riaz BARDAY et de ses hommes (Jaffaraly ZAINA, Serge RASOLOTSIRESY, et autres) qui utilisent tous les moyens d’intimidation et de coercition pour les maltraiter et les faire expulser de leurs demeures et terrains familiaux.

NB : Ces pétitions, collectées et authentifiées par les Présidents de Fokontany de plusieurs villages éloignés les uns des autres, sont entravées par des personnalités qui protègent M. BARDAY et Consorts (PDS ; magistrats… et « hauts personnages de l’Etat », selon les délinquants eux-mêmes). Les plaintes des victimes sont enregistrées sur CD, disponibles pour toute vérification.

 

 

DOSSIER RB

 

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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 14:54

 

maromby

 

 

La campagne militaire menée dans le bush du grand Sud contre les Dahalo au mois de juin et juillet 2012 avait été un désastre. Outre l’avantage du terrain, ces derniers étaient aussi bien équipés que les forces de l’ordre, et le manque d’hélicos s’était fait cruellement ressentir. Les militaires se sont surtout fait remarquer, non pour leurs prouesses au combat mais pour leurs exactions, en brûlant les villages susceptibles de servir de base de soutien aux Dahalo.

 

Concernant les 4 hélicoptères achetés par la Transition, la réponse d’un officier supérieur, - «…Les pilotes malgaches refusent de conduire ces engins» -, a le mérite d’être claire. Lors des festivités du 26 juin 2012, ce sont des pilotes belges qui ont fait les petites démonstrations à Mahamasina. Exit donc les vieux coucous, pardon, les Alouettes II, dont l’achat par appel d’offres pipoté avait été dénoncé en son temps par l’ancien Premier-ministre Roindefo Monja. Le pouvoir avait présenté ces acquisitions comme des instruments que l’armée pourrait utiliser contre les Dahalo. En fait, ces hélicoptères devaient être utilisés pour la future campagne présidentielle d’Andry Rajoelina, une application pour laquelle ils sont bien mieux adaptés. Fin août, Omer Beriziky a fait part de la situation chaotique et de l’insécurité prévalant dans le Sud à Mikhaïl Marguelov, l’envoyé de Vladimir Poutine. La Russie s’est proposée de fournir des hélicos dignes de ce nom. Il est vrai que les Mi8 seraient très utiles et très efficaces actuellement, si l’ancien régime ne s’était pas chargé de les transformer en casseroles (voir article : «L’armée ? De l’air…»).

 

Le «repli stratégique» décidé par les généraux bien engraissés d’Antananarivo contraint les paysans à pratiquer l’auto-défense. Ces derniers se battent désormais à coup de sagaies, de lance-pierres et de fusils de chasse contre des Dahalo armés de kalachnikovs, depuis que l’armée a battu en retraite après avoir perdu plusieurs des leurs sur le terrain.

 

Dahalo alignés devant les villageoisLes affrontements de la nuit du vendredi 31 août et des jours qui ont suivi entre paysans et Dahalo ont fait près de 120 morts. La presque totalité des victimes «civiles» était des assaillants. Dans la foulée, les Dahalo auraient lancé une opération de représailles à Betroka et massacré une cinquantaine de personnes à coups de machettes.

 

Quant à l’armée, elle continue de payer un lourd tribut. Le dimanche 2 septembre, 800 zébus avaient été volés près de Jangany, puis 400 à Isoanala, dans la région de Betroka. Les forces de l’ordre ont réagi et il s’en est suivi un accrochage très violent avec les Dahalo dans la nuit du lundi 3 septembre. 6 militaires perdront la vie dont le commandant de la gendarmerie de Ihosy. Submergés par le nombre (entre 150 et 200 Dahalo d’après les rapports), après avoir tué une vingtaine de leurs adversaires, les 51 militaires survivants se sont enfuis vers Betroka. Les 7 disparus qu’on comptait parmi eux ont finalement été retrouvés. Et les Dahalo, après ces combats, ont volé 500 zébus à Mahabo vendredi.

 

Toujours ce même lundi, les Dahalo ont bloqué le poste de Gendarmerie d’Ikalamavony en clouant les portes et ont pu vaquer à leurs «occupations» (voler les zébus). Et dans la même nuit, à Belo-sur Tsiribihana, le capitaine commandant la 510ème compagnie de Belo-sur-Tsiribina, le commandant de la brigade de gendarmerie et un gendarme stagiaire ont aussi été tué dans une embuscade.

 

Les généraux de salon d’Antananarivo, très à l’aise devant le micro, mais dont les seuls faits d’armes sont pour l’instant la chasse aux manifestants pacifiques et aux vieilles femmes légalistes, sont très loin de leurs hommes sur le terrain. Les Dahalo attaqueraient les militaires en criant, en imitant des cris de chiens («manao feon'amboa ») et en utilisant des sifflets. Malgré les rafales des fusils-mitrailleurs et des kalachnikovs, ils monteraient à l’assaut des positions très vite, non pas debout, mais en rampant. Et contrairement aux soldats, ils ne semblent pas devoir rationner leurs munitions. La cruauté est de mise dans cette guerre sans prisonniers. Il vaut mieux pour les militaires ne pas être capturés par leurs ennemis. Les Dahalo, avant de les tuer, leur enlèveraient les yeux et les canines pour leurs «ody» (gris-gris). Qui a dit déjà : «Les Malgaches ne sont pas des Africains. Nous, on ne se coupe pas la tête avec des coupe-coupe» ? (voir article : «Madagascar n’est pas l’Afrique… !»)

 

Les têtes de zébus volés se chiffrent en dizaines de milliers et les victimes de tout bord en centaines. Ce n’est pas près de s’arrêter. Car le véritable enjeu de cette véritable guerre civile qu’on est en train de susciter n’est sûrement pas le bétail.

 

PAMA, Pan Africa Mining Atomics, possède une concession d’uranium situé à Maromby, disposant d’un aéroport privé. On constate que les bourgs les plus proches de cette concession sont Esira (fief du fantomatique Remenabila, chef des Dahalo) et Mahaly.

 

Dans ce coin, on trouve aussi du cristal et du mercure. Toujours dans la région Sud, du coté de Sakaraha, d’Ankazoabo et ailleurs dans la province de Tuléar, on a découvert les fameuses terres rares, des minerais stratégiques que toutes les puissances se disputent. Cette liste n’est pas exhaustive.

Les Dahalo disposent d'une stratégie très élaborée et d’un armement lourd. Il semble qu’ils n’aient aucun mal à recruter, ce qui suppose un financement conséquent.

 

La tradition ancestrale du vol de zébus a bon dos. Si Madagascar veut survivre, un état de droit doit reprendre en mains le contrôle du pays. Cela implique la fin dans les plus brefs délais de cette Transition à rallonge qui a permis le pillage et l’anarchie sur toute l’étendue du territoire.

 

 

Alain Rajaonarivony

 

Carte :

- En A, le site de Maromby et le projet PAMA, branche Uranium de Pan Africa Mining, avec une logistique complète, notamment une infrastructure aéroportuaire.  

- B : Mahaly, où a eu lieu des affrontements

- C : Esira, le fief de Remenabila et épicentre de cette «guerre du Sud»

 

Photo : Des cadavres de présumés Dahalo alignés dans la cour d’une école devant la population dont les enfants. Une catastrophe morale… ! Photo récupérée sur TanaNews (qu'on remercie), mais elle a d'abord été diffusée sur Facebook avec d'autres photos encore plus violentes. On ne peut plus se cacher les yeux. Les valeurs humanistes malagasy appartiennent bien au passé...


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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 08:47

 

 

 

2011.01 Nadine à Mandritsara 164056 176927615679303 100000Cela faisait plusieurs jours que les différents responsables sollicités prenaient la tangente. Finalement, c’est Andry Rajoelina lui-même qui téléphonera à Olga Ramaroson, ministre de la Population et des affaires sociales pour lui signifier qu’une marche blanche en souvenir de Nadine n’était pas souhaitable. En clair, la marche prévue d’Ambohijatovo (Place de la démocratie qui porte bien mal son nom) à Mahamasina, était interdite.

 

Ce 28 août 2012, jour anniversaire de l’assassinat de l’ancienne ministre, seule une cérémonie du souvenir au Palais des sports sera tolérée. Le pouvoir aurait mieux apprécié l’oubli complet. Lui-même s’y emploie en faisant le black-out total.

 

On peut attendre longtemps les résultats des enquêtes officielles. Le propriétaire du Black Shark n’a pas été auditionné. Sur l’ordre du chef de région d’Analanjirofo, l’épave du bateau qui était gardée pour les besoins de l’enquête a été détruite. Il y a donc eu destruction d’éléments matériels qui auraient pu permettre une reconstitution.

 

Avec Nadine Ramaroson mourront plus d’une dizaine de personnes (collaborateurs ou simples sauveteurs). Ce jour du 28 août 2012 est celui du souvenir. Alain Ramaroson, son oncle, a promis de sortir les résultats de sa propre enquête. Quelques soient les conséquences, il faut qu’il tienne parole… 

 

Un des plus grands hommages que l’on a rendu à Nadine se trouve dans un rapport américain. Très critique envers la HAT, accusée à juste titre de violer les Droits de l’homme, une seule action trouve grâce aux yeux de l’équipe d’Hillary Clinton : «The de facto Malagasy government made negligible efforts to protect victims. One of the few de facto government officials to demonstrate commitment to working on trafficking, the de facto Minister of Population and Social Affairs who formerly coordinated the repatriation of victims from Lebanon, died in an accident in August 2011. Following the March 2011 repatriation of 85 women, government officials – including the honorary Malagasy consul in Lebanon – failed to organize any additional repatriations or support repatriations organized by NGOs during the year. In March 2011, over 600 Malagasy awaited repatriation from Lebanon, 140 of which were classified as victims in need of emergency repatriation. In 2011, an NGO organized the repatriation of 427 Malagasy citizens, 153 of whom reported physical, psychological, or sexual abuse…»

 

 

Photo 016 Jao Jean

 


Nadine Ramaroson avait donné à ce pouvoir un visage humain, loin des violences envers les manifestants, du trafic de Bois de rose ou de la pédophilie triomphante. Il est probable que d’autres initiatives auraient été relevées si la ministre n’avait pas été arrêtée violemment dans la mission qu’elle s’était assignée. Elle avait dénoncé, par exemple, Jao Jean, «sénateur désigné» par Andry Rajoelina, pour ses agressions pédophiles, ce qui a fortement déplu en haut lieu. Mais c’était une promesse qu’elle avait faite à ses «amis» Facebook...

 

Il y a un temps pour tout. Le temps de la justice et du châtiment viendra…

 

 

Alain Rajaonarivony

 

Photo 1 : Nadine traversant à pied une rivière à Manditsara avec son équipe lors d'une mission. On est loin des fastes du pouvoir.

Document : Lettre de Nadine Ramaroson à Andry Rajoelina concernant le cas Jao Jean datée du 4 août 2011. Le genre de missive qui n’était pas appréciée…

 

 

 

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 08:58

 

 

La Une sur la mort de Nadine

 

 

Le crime paie ! C’est une conclusion évidente pour beaucoup de Malgaches. Tandis que la majeure partie de la population s’enfonce dans le désespoir et la misère plus noire, les nouveaux riches affichent insolemment leur réussite fulgurante au volant de 4x4 de luxe comme les Hummer ou lors de mariages princiers à x milliards d’Ariary. Les villas poussent comme des champignons et tout le monde connaît les bases de cette richesse voyante : trafics en tout genre (Bois de rose entre autres), spoliation des terres des paysans, corruptions, commissions occultes, détournements de fonds, meurtres, abus de pouvoir… De même, la cause première de tout cela est clairement définie : le coup d’état du 17 mars 2009...

 

La crise politique mine petit à petit les fondements de la culture et de la société malgaches. Outre l’effondrement économique du pays, ce sont surtout les valeurs morales régentant la vie sociale qui se délitent. Le train de vie fastueux des dirigeants politiques et économiques du moment contraste violemment avec la descente aux enfers des honnêtes gens et constitue un puissant aimant. Cette «élite» est en train de servir de modèle à tous ceux qui versent dans la criminalité. Il ne faut pas chercher plus loin l’explosion de la violence et de l’insécurité.

 

Andry Rajoelina occupe indûment le fauteuil de chef d’Etat en toute illégalité depuis maintenant trois ans. Entretemps, il ne s’est pas contenté de réduire à néant Tiko, le fleuron de l’agro-alimentaire malgache, il a tout simplement détruit le pays. L’ancien président Albert Zafy l’a accusé publiquement d’être impliqué dans le trafic de Bois de rose et avait porté plainte. Le dossier a disparu du tribunal et l’affaire classée.

 

Andry Rajoelina est devenu une malédiction pour le pays. En trois ans, les putschistes, à force de passages à l’acte, ont ruiné les bases même du «vivre-ensemble». Et pourtant, le destin de Andry Rajoelina aurait pu être autre. Le 17 janvier 2009, il inaugurait de manière solennelle la Place de la Démocratie, symbole s’il en est de la liberté et du respect des citoyens, avec Nadine Ramaroson (voir article : «J’y étais»), déjà très engagée dans les actions sociales et qui lui apportera le soutien des quartiers populaires. Tout aussi symboliquement, cette place sera cadenassée et interdite dès sa prise de pouvoir (voir article : «Place de la Démocratie : souvenez-vous…»).

 

Non seulement, il trahira les espoirs que les Tananariviens, aspirant à une véritable société moderne et libre, mettaient en lui mais il n’aura de cesse d’essayer de se débarrasser de sa campagne de lutte en qui il voyait une rivale. Depuis avril 2010, Andry Rajoelina se méfiait de Nadine Ramaroson qu’il accusait de vouloir fomenter un coup d’état (voir article : «Madagascar : bientôt la fin…»). La ministre s’était opposée aux abus de pouvoir de Marc Ravalomanana mais elle dénonçait aussi avec autant de détermination ceux de la HAT. Sa popularité était telle qu’elle devenait plus dangereuse que les opposants officiels (facilement achetables) pour le régime corrompu.

 

 La commission officielle d’enquête n’a jamais rendu ses conclusions finales sur le fameux «accident» de Sonierana-Ivongo (voir article : «Les vrais hommes de ce pays sont…les femmes»). Et le pouvoir fait tout pour effacer Nadine Ramaroson de la mémoire des Malgaches. Mauvais calcul qui se retournera contre lui ! (voir article : «Rapport sur l’assassinat de Nadine Ramaroson»).

 

Plusieurs enquêtes sont en cours dans l’ombre et des révélations sont faites régulièrement sur le mur Facebook de la défunte ministre que je gère maintenant en accord avec sa famille. Certains renseignements ne peuvent émaner que de personnes proches des cercles de décisions. Nadine Ramaroson avait des amis aussi bien au sein de la HAT que des légalistes. Elle représentait une voie, celle de la réconciliation des Malgaches. Elle était certaine de sa popularité et était prête à affronter Marc Ravalomanana dans une élection, contrairement à Andry Rajoelina. C’est pour cela qu’elle ne s’est jamais prononcée publiquement contre le retour de l’ancien président (voir article : «Nadine ne les gênera plus»). Et c’est cet espoir qu’on a tenté de tuer avec elle.

 

Dès la mort de la ministre, Andry Rajoelina s’est empressé de signer des accords de paix  tant il était déstabilisé (voir article : «Accords signés… mais à quel prix ?»). Depuis, il cherche à contourner sa signature et tente d’empêcher le retour de l’ancien président par tous les moyens, aidé en cela par la France (voir par exemple l’article : «Omer, l’impuissance tranquille…»). 

 

Le peuple avait cru enfin que le «Fihavanana», mode de résolution des conflits qui privilégie l’apaisement, le pardon et le respect mutuel au détriment de la stricte justice ou des intérêts personnels (voir article : «Fihavanana ? yes, you can, Andry & Ra8»), allait prévaloir et le pays sortir de l’impasse. Espoir déçu par des putschistes aussi insatiables que morts de peur. Car la peur est en train de changer de camp.

 

Et comme les femmes et les hommes libres n’accepteront jamais le triomphe de l’injustice et de l’iniquité, avec Elimberaza Mandridake (professeur Limby pour ses étudiants) (voir articles : «Le monstre entre deux eaux» et «L’appel d’un citoyen»), nous avons décidé de lancer le «Mouvement des Citoyens Patriotes Malagasy».

 

Pourquoi «Citoyen Patriote» ? Parce que c’était le pseudo de Nadine dans le forum du site «Tiako-i-Madagasikara.org» dont j’étais un des responsables en 2002. Elle y ferraillait alors pour me défendre contre les ratsirakistes et nos autres adversaires. Parfois, j’étais en voiture quand je recevais un coup de fil de Genève : «Tu te fais attaquer sur le forum. Mais ne t’inquiètes pas, on te défend !». Les anciens de 2002 se souviennent sûrement de ses interventions.

 

A mon tour de défendre donc sa mémoire et ses idées. Elles sont simples : nous nous battrons pour que la démocratie véritable règne à Madagascar, avec le respect absolu de la législation, des règles républicaines et des Droits de l’Homme,

Pour que le choix du peuple, lors d’élections libres et transparentes, soit respecté et qu’aucun groupe, soutenu par l’armée ou non, ne s’arroge le droit de parler à sa place,

Pour qu’il y ait une véritable équité sociale avec une redistribution juste des richesses du pays,

Pour que la question sociale soit au centre des préoccupations politiques (couverture santé, éducation, logement, retraites, lutte contre la pauvreté…),

Que le fokonolona, qui est une structure de proximité adaptée à la psychologie et à la culture des Malagasy, retrouve sa place dans la gestion administrative et sécuritaire,

que la justice soit véritablement indépendante et…

qu’Andry Rajoelina quitte sans délai le pouvoir. Non seulement, nous sommes convaincus qu’il a le sang de Nadine sur les mains mais trois ans sont un délai de grâce largement suffisant s’il voulait vraiment faire quelque chose de positif.

 

D’autres propositions suivront mais rien ne pourra se faire dans le contexte actuel. Etant donné l’ampleur du mal et le sang versé, plus que de Fihavanana, Andry Rajoelina, et le pays tout entier, a désormais besoin de repentance. C’est à cette condition qu’on pourra éviter que le sang ne coule de nouveau.

 

La non-violence est l’arme de l’esprit et elle est tout sauf de la lâcheté, car il faut du courage pour se tenir debout face à des adversaires qui peuvent aller jusqu’au meurtre. Si je suis l’initiateur, avec le professeur Limby, du «Mouvement des Citoyens Patriotes Malagasy», et si nous en sommes pour l’instant les seuls responsables officiels, ce mouvement est ouvert à tout le monde. Selon les mots même de la famille de Nadine, «son héritage appartient à tous» et ses parents nous ont donné le «tsodrano» (la bénédiction), quand nous leur avons fait part de notre projet…

Le sacrifice de Nadine a déterminé cet engagement. Quoiqu’il arrive, au moins, on ne pourra pas nous reprocher de ne pas avoir combattu…

 

Photo : La Une du journal malgache TeloNohorefy qui met en cause les plus hauts dirigeants et des ressortissants français d’origine karana dans l’assassinat de la ministre.

 

 

Alain Rajaonarivony

 

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 00:31

 

 

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L’Airbus A340 d’Air Madagascar est suivi de près par les milieux aéronautiques spécialisés. A peine mis en service, il a connu deux grosses pannes. La première a eu lieu lors de son premier vol commercial le 17 avril. Le décollage d’Ivato a été retardé de 24 heures. La défaillance d’un détecteur d’incendie sur un réacteur a immobilisé l’appareil car il a fallu attendre la pièce de l’île Maurice.

 

La seconde, plus grave, a eu lieu à Roissy Charles-de-Gaulle le dimanche 22 avril. Le train avant a refusé de sortir. Une remise des gaz a été nécessaire ainsi qu’une attente au-dessus de l’aéroport, le temps que le train soit descendu manuellement. Les pompiers étaient en alerte à l’atterrissage de «Elatra» (nom de baptême de l’avion).

 

Ceux qui ont voulu frimer par l’achat de cet appareil sont donc servis. «Elatra» se fait bien remarquer. Il n’est pas certain toutefois que ce soit positif pour l’image de la compagnie Air Madagascar. Mais pas de panique! D’ici quelques mois, quand la garantie sur ces deux aéronefs d’occasion (14 et 12 ans d’âge, c’est très bien pour le bon vin, pour un avion, ce n’est pas avéré) n’aura plus cours, en cas de panne, Air France se fera un plaisir d’embarquer les passagers sur ses Boeing 777 flambant neufs.

 

Contrairement aux dires du ministre des transports malgache, il ne s’agit ni d’un «incident mineur», ni «courant». Un train qui ne sort pas, c’est un atterrissage sur le ventre, et parfois la mort pour les passagers. Le mode de communication de ce pouvoir, pour justifier une décision inadéquate ou cacher une responsabilité, tend à prendre les citoyens pour des demeurés et des ignares…(voir aussi article : «Madagascar aide Air France»).

 

Photo : Les pompiers à la rescousse de «Elatra» à Roissy-CDG.

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 15:21

 

 

Coluche---Pauvre-France-serait-le-veritable-slogan-395965_.jpgLes légalistes ont beau répéter depuis 3 ans, «la clé est avec Dada (surnom de l’ex-président Ravalomanana)», ils n’arrivent à rien pour l’instant. Leurs leaders ont trahi au fur et à mesure pour un poste de ministre ou d’autres places rentables. Quelques rentes de situation suffisaient à les retourner. Ceux qui ont intégré le dernier gouvernement Beriziky gardent quelque dignité mais ils sont en minorité. Quant aux militants, ils évitent les manifestations de rue à cause des risques d’affrontements avec des militaires sans scrupules. Cette peur arrange bien le pouvoir qui se soucie peu des Droits de l’Homme.

 

Marc Ravalomanana n’a pas plus la clé pour mettre fin à la crise et arrêter la destruction du pays qu’Andry Rajoelina dont, pour l’instant, le seul objectif est de se faire appeler «Monsieur le président». En ce sens, ce dernier a réussi même s’il est rejeté par la population et  la communauté internationale.  Mais il n’a pas la clé. Tout comme Ravalomanana en son temps, ses laudateurs l’enfoncent dans ses erreurs, histoire de continuer à profiter de la situation.

 

De plus en plus haï, Andry Rajoelina tient grâce aux kalachnikovs du Capsat et à la faiblesse de ses adversaires. Et surtout grâce au soutien de la France dont la diplomatie hypocrite vire à l’ignominie quand on voit dans quel état en est maintenant réduit le peuple malgache.

 

Nicolas Sarkozy, qui avait promis de mettre fin à la Francafrique en dénonçant les rapports incestueux entre les dirigeants africains et ceux de l’ex-métropole a, en fait, fait pire. Les interventions françaises en Côte-d’Ivoire ou en Libye, avec les dégâts collatéraux gravissimes au Mali et dans toute la sous-région resteront comme l’œuvre de la France. Bernard Henri Levy, intellectuel qui sait allégrement mélanger la défense des droits de l’homme et celle des intérêts d’Israël était monté au créneau pour demander la protection pour les «Libyens libres» de Benghazi. L’épopée a fini par l’assassinat commandité de Mouammar Kadhafi. Quant aux «Libyens libres», on s’aperçoit maintenant que ce sont des chefs de clans rétrogrades, dont certains sont affiliés à Al-Quaïda et qui se font la guerre entre eux. Mais BHL ne pipe plus mot devant les massacres de populations noires, qu’elles soient autochtones ou immigrées, dans la nouvelle Libye. Mouammar Kadhafi croyait en la force et en l’avenir de l’Afrique unie, et était populaire sur tout le continent noir. La diabolisation orchestrée par les occidentaux n’y changera rien.

 

Les Syriens sont en train de payer pour les bombardements effectués par les Français, en violation du mandat de l’Onu, en Libye. La Chine et la Russie n’acceptent plus les petites aventures colonialistes de la France et lui montrent qu’elle n’est pas grand-chose quand les vraies puissances s’opposent à elle.

 

Mais elle peut se permettre de faire de l’ingérence dans un pays comme Madagascar surtout lorsque l’armée combat son propre peuple. Raison pour laquelle la France a continué les provocations en multipliant les manœuvres militaires conjointes, les formations, les envois d’instructeurs (voir article : «Omer, l’impuissance tranquille») pour l’armée malgache au moment même où l’on dénonçait l’implication de cette dernière dans les répressions. Et pourtant, l’Hexagone avait quelque légitimité à s’intéresser à l’Ile du fait des liens affectifs très profonds et des intérêts communs importants. Mais au lieu d’apaiser les tensions et en retirer aussi bénéfice, elle les a au contraire exacerbées pour placer son pion, au détriment de la démocratie et de la stabilité du pays. Plus «françafricaine» comme démarche, on ne peut pas ! La France de Sarkozy a trahi les démocrates de la Grande Ile et les valeurs de la République. Les principes républicains sont universels et il n’y a aucune raison que les libertés qu’on reconnaît à un citoyen français deviennent caduques lorsqu’il s’agit d’un pauvre malgache.

 

En 2002, j’avais lancé un appel aux Franco-malgaches et aux amis de Madagascar pour qu’ils votent «Ecologie-les Verts» au 1er tour, étant donné que c’était le seul parti français qui avait soutenu la lutte du peuple malgache. Je l’avais fait à partir du site «Tiako-i-Madagasikara.org» (rien à voir avec le site TIM actuel).

 

Cette fois-ci, pour le 22 avril, les choses sont plus ouvertes et plusieurs candidats à la Présidentielle montrent un certain intérêt pour les diasporas franco-africaines car chaque voix va compter. La diaspora congolaise appelle à soutenir Marine Le Pen (extrême-droite, plus présentable qu’en 2002) qui a promis de mettre fin aux pratiques de la Françafrique.  François Hollande (PS) affirme que «le regard français sur l’Afrique doit changer». Eva Joly (Les Verts) appelle les jeunes à lutter contre le racisme et promet d’arrêter le pillage des multinationales en Afrique (voir aussi lien vidéo). Jean-Luc Melanchon (Gauche de la gauche) a condamné l’interventionnisme en Côte-d’Ivoire et lance une ode au «métissage» lors de sa campagne à Marseille le 14 avril. François Bayrou (Centre) insiste sur l'idée de développer l’aide à l’Afrique et de lutter contre la corruption…

 

L’Afrique est le continent d’avenir et tout le monde le sait, des Etats-Unis à la Chine en passant par les puissances en devenir (Brésil, Corée, Inde, etc…). Les chances de la France ne doivent pas être saccagées par la Françafrique. Car les Africains ont de la mémoire et commencent à réagir diplomatiquement et économiquement…

 

Photo : «La France forte» aurait sans doute fait rire Coluche, une des personnalités préférées des Français avec l’Abbé Pierre. Oui, «Pauvre France» serait un slogan plus adéquat (Photo et slogan  récupérés sur Facebook, merci à l’auteur !)

 

 

Alain Rajaonarivony

 

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 12:19

 

 

«Quand on travaille, Dieu bénit !». Le Président de la Transition concluait ainsi son annonce de l’achat de 2 Airbus A-340 d’occasion à Air France, face à  Onitiana Realy, journaliste vedette de TV Plus le 23 mars. Mais pourquoi Dieu était-il ainsi mis à contribution pour une opération dont Andry Rajoelina s’annonçait si «fier» ?

 

C’est vrai que les Malgaches ont d’autres préoccupations et l’acquisition de ces deux appareils a provoqué, au mieux du scepticisme et au pire de l’écœurement, chez le citoyen et la ménagère de base. Une dépense s’élevant en final à plusieurs centaines de millions d’Euros est mal perçue par l’opinion publique quand le minimum vital manque. 336.000 emplois formels perdus depuis le début de la crise en 2009 selon le BIT, 950.000 enfants déscolarisés comptabilisés par l’UNICEF, une insécurité non maîtrisée qui touche tout le monde, etc…, les chiffres et les faits sont cruels. La population, très croyante, s’en remet plus au Créateur qu’au pouvoir pour s’en sortir...

 

Emblème d'Air MadagascarC’est pour cela qu’Andry Rajoelina, qui n’est plus à une contre-vérité près, s’est empressé d’ajouter qu’Air Madagascar «n’aurait rien à débourser». S’agissant d’un leasing, c’est évidemment faux, et avec les intérêts, on finit toujours par payer le prix maximal, surtout quand il s’agit d’avions obsolètes. Car, précision d’importance oubliée par l’interviewé, il s’agit d’A340-300. La série 300 est la version sous-motorisée, c’est-à-dire la moins performante et, en terme économique, la moins rentable de cette lignée d’appareils, bien moins réussie que les versions 500 ou 600 disposant de moteurs plus puissants et d’une autonomie plus grande. Cette sous-motorisation se révèle particulièrement pénalisante au décollage, c’est pourquoi la piste de Nosy-Be doit être rallongée (montant estimé des travaux : 15 milliards d’Ariary).

 

L’A-340 est un échec commercial pour Airbus, qui a dû en arrêter la production en 2011, faute de commandes. Les grandes compagnies aériennes préfèrent toutes les biréacteurs Boeing 767 et 777, l’A-340 quadriréacteurs étant trop budgétivore en carburants. Elles se débarrassent donc de leurs A-340, y compris Air France qui a plusieurs 777 en commande, ou Air Mauritius qu’Andry Rajoelina a cité dans son allocution. Air Madagascar est la seule compagnie au monde à faire le chemin inverse.

 

Il serait intéressant de savoir combien auront coûté exactement ces appareils quand les Malgaches auront fini de payer le leasing, dans 6 ans. On a fait tout un foin pour Force One II (voir article : «Champagne pour Romeo Papa»). Les Malgaches sont en droit d’être informé du montant qu’ils paieront pour renflouer les caisses d’Air France, une compagnie dans le rouge qui a annoncé le 8 mars dernier un déficit record de 353 millions d’Euros pour l’exercice 2011 et prévoit pire pour 2012 :  458 millions d’Euros de déficit. Tout est donc bon pour faire des économies : gel des salaires, suppression d’escales, vente d’actifs… Jean-Cyril Spinetta, le PDG du groupe, a justifié ces pertes par le niveau «historiquement élevé» du pétrole car la hausse du baril a coûté 904 millions d’Euros au groupe Air France-KLM l’an dernier. Mais les analystes constatent que les compagnies rivales comme Lufthansa ou British Airways-Iberia ont réussi à afficher des résultats d’exploitation largement bénéficiaires et pointent du doigt le manque de compétitivité de la compagnie française.

 

Madagascar, en ouvrant son ciel via l’adhésion à Skyteam, permet à Air France de renforcer les destinations rentables sur l’Océan Indien. Quant à la vente des 2 Airbus A-340, des avions peu performants face à ceux des concurrentes, c’est assurément une bonne affaire pour la compagnie française, bien moins pour son homologue malgache. Ce ne sont pas des partenariats win-win car ces appareils plombent l’avenir d’Air Madagascar. Pendant un temps, il fut question de louer provisoirement deux A-340 avant l’acquisition de deux A-330 neufs, ce qui était une démarche pertinente. C’est donc la pire solution qui a été retenue.  

 

Rappelons que c’est la mise sur liste noire de ses 2 Boeing 767 en avril 2011, après des défaillances sur l’entretien constatées lors de contrôles à l’aéroport de Roissy, qui a précipité la décision. Et en 2002, Paris avait trouvé un prétexte pour bloquer les 2 Boeing d’Air Madagascar sur son sol, à la demande soit-disant des compagnies de leasing qui auraient craint pour la sécurité des appareils, étant donné la situation de troubles. En fait, la décision s’inscrivait dans le combat que le gouvernement français menait contre Ravalomanana et le peuple malgache. Le but était d’isoler et de mettre sous blocus le pays. Dans le même temps, Paris bloquait les avoirs malgaches… Corsair avait pu néanmoins poursuivre ses vols, et Air Madagascar s’était débrouillée pour louer les services de la compagnie italienne Blue Panorama.

 

Concernant les deux A-340, le discours officiel inverse les rôles et fait croire que c’est Air France qui «aide» la compagnie de la Grande Ile à redécoller. C’est faux ! Ce genre de manipulation était la norme durant la colonisation et il est symptomatique qu’Andry Rajoelina utilise les mêmes artifices sémantiques. Les pots cassés, c’est le peuple malgache qui les paiera. Mais nul doute que les commissions ont dû être juteuses…

 

Photo : l’emblème d’Air Mad sur les empennages. La fierté de tout un peuple dans le monde.

 

 

Alain Rajaonarivony

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 00:01

 

 

Dès que le vol Airlink SA 8252 se fut posé à Ivato, avec 2 heures de retard et sans Lalao Ravalomanana ce 4 février, Mamy Rakotoarivelo, chef de la mouvance de l’ancien chef de l’état et président du Congrès de la transition, la chambre basse, a fait une déclaration. Abandonnant sa réserve habituelle, il a demandé à la communauté internationale de prendre des sanctions fermes à l’égard de la HAT pour ses «violations répétées de la feuille de route». Il a aussi surtout fustigé la position «très ambigüe» de la France. La mise en cause officielle de l’ancienne puissance coloniale par un haut responsable de l’Etat malgache, de l’opposition mais haut responsable quand même, est une première… 

 

Militaires français et leur Transall 408023 3046329289819Trois jours après, Jean-Marc Châtaigner, l’ambassadeur de France, assure avoir «pris connaissance avec étonnement» de cette réaction. Dans le même temps, une quarantaine de militaires français débarquaient à Ivato, sous couvert de coopération de l’armée malgache avec la Fazsoi (Forces armées de la zone Sud de l’Océan Indien), basée à La Réunion. Ils viennent s’ajouter aux coopérants déjà sur place, plus la frégate «Floréal» qui mouille à Diego pour des mois, dans le cadre de la lutte contre la piraterie somalienne. En fait, il n’y a jamais eu autant de soldats français sur le sol malgache depuis la fermeture de leurs dernières bases en 1975. Plus que leur nombre inhabituel, c’est le timing choisi par la France pour les déployer qui surprend. Andry Rajoelina et ses derniers fidèles sont en grande difficulté, rejetés de plus en plus ouvertement par la population qui n’hésite donc pas à faire facilement le lien. Ces militaires français seraient là pour les protéger…

 

Lalao Ravalomanana a dû descendre de l’avion à Johannesburg, c’était la seule certitude au moment du retour manqué jusqu’à ce que les pièces du puzzle puissent être reconstituées dans la soirée, car personne ne voulait en endosser la responsabilité. Le ministre des transports avait annoncé la veille qu’il n’y aurait pas de Notam comme lors du 21 janvier (voir article : «Madagascar : Assez !!!»). Tenu par cette promesse, il a contourné la difficulté en adressant une mise en garde à Airlink l’avertissant qu’il ne garantissait en rien la sécurité de ce vol si l’ex-première dame se trouvait à son bord. Dans le même temps, le ministre de la Sécurité intérieure, le contrôleur général Arsène Rakotondrazaka, téléphonait à Rodger Foster, un des responsables de la compagnie aérienne, pour le menacer dans le même sens, intimidations confortées ensuite par l’ACM (Aviation Civile de Madagascar). Mis au courant, Marius Fransman, vice-premier ministre sud-africain et médiateur dans la crise malgache, aurait alors conseillé à Airlink de partir sans son illustre passagère. Lalao Ravalomanana est descendue de l’appareil. Ses bagages et ses compagnons de voyage sont par contre arrivés à bon port.

 

LalaoMalgré une foule aussi importante que lors du 21 janvier, il n’y a pas eu d’incidents à déplorer. Il est vrai de l’Emmo-Reg du Général Ravalomanana, qui avait pourchassé de paisibles citoyens en train de rentrer chez eux ce jour-là en provoquant la mort de l’un d’eux, s’était fait discret (voir article précédent). A l’annonce de ce retour refusé par la HAT au mépris de toutes les conventions internationales, les sympathisants de l’ancienne Première dame ont simplement souligné qu’ils n’étaient pas découragés et qu’ils reviendraient. Les observateurs ont été surpris du calme et de la maîtrise de ces dizaines de milliers de personnes. Comme d’habitude maintenant, Omer Beriziky, le premier-ministre, a avoué n’avoir pas été au courant des manigances de ses subordonnés et a convoqué le ministre des transports…

 

Cela fait maintenant 2 mois que les magistrats exercent leur droit de retrait après l’assassinat du procureur de Tuléar, Michel Rehavana, par des policiers furieux de voir l’un des leurs inculpé dans une affaire d’attaques à main armée. Sur TVplus le 6 février, les représentants de la justice ont déclaré que la loi est faite actuellement par ceux qui possèdent les armes et «les premiers responsables de l’Etat en ont peur». Quand les militaires réclament quelque chose, ils sont exaucés tout de suite, «de crainte qu’ils ne se retournent ». Les autres corps de la fonction publique, de l’Education nationale à la Santé en passant par la Justice peuvent toujours attendre… «Ce qui s’est passé à Tuléar est une violation au plus haut niveau de l’état de droit», car des policiers ont assiégé une prison pour tenter de libérer un des leurs ont-ils asséné. Les militaires et les gendarmes ont refusé d’intervenir pour défendre le procureur de la vindicte des policiers. Les magistrats se battent désormais pour une véritable indépendance et pour «pouvoir juger simplement selon la loi et leur conscience», en faisant fi des pressions de la hiérarchie et du pouvoir politique. Ils seraient prêts à donner leur avis sur le déroulement du jugement de Marc Ravalomanana, en sous-entendant des vices de procédures…

 

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Ce 6 février, pendant que les magistrats expliquaient qu’ils préparaient des Assises nationales pour exiger leur indépendance effective, le commissaire Charlie Nakany, de la DST (Direction de la sécurité du territoire), un organisme rattaché directement à Andry Rajoelina, débarquait à des heures indues chez Tojo Ravalomanana, le fils de l’ancien président, à Antsirabe. Se fiant à une intox lancée par un journaliste travaillant pour le ministère de la communication (et limogé depuis), il pensait y trouver des armes et des hommes prêts à se lancer dans une opération de déstabilisation. C’était ridicule car le déplacement de 5000 hommes, équivalent à 4 régiments, aurait forcément attiré l’attention depuis les régions Sud (Tuléar et Fort-Dauphin) d’où ils étaient sensés venir. Perquisitionnant bien au-delà des heures légales, après 19 heures, Charlie Nakany et ses fins limiers ont usé de la violence, tirant en l’air pour intimider le maître des lieux et le fokonolona venu à la rescousse, blessant un gardien et faisant un carton sur le chien, découpant à la meule électrique les cadenas. N’ayant rien trouvé, ils ont accusé Tojo de trafic de drogue, les policiers ayant pu ramasser fort opportunément quatre paquets de cannabis dans les écuries au moment où ils y passaient. L’avocate de la famille a démenti toutes ces allégations… Euh, comme d’habitude, Omer Beriziky, le premier-ministre, n’était pas au courant  de cette perquisition et s’est dit «consterné» etc, etc…

 

Il faut avouer que si l’efficacité d’Omer Beriziky est pour l’instant proche de zéro, c’est quand même le plus sympa et le plus cool de la bande. Raison pour laquelle tous les regards se tournent vers lui et qu’on commence à le voir comme une alternative crédible pour mener le pays vers l’apaisement et une véritable réconciliation… Son impuissance semble être portée à son crédit par l’opinion. Il lui reste à le transformer en force morale et politique…

 

Photo 1 : Les militaires français sur le tarmac à côté de leur Transall, «sans Notam», comme le feront remarquer les Facebookers…

Photo 2 : Lalao Ravalomanana empêchée de revenir par 3 fois. La peur et la rancune amènent Andry Rajoelina à s’en prendre à l’épouse et au fils de l’ancien président.

Photo 3 : Jean Omer Beriziky, le Premier-ministre, le plus sympa à défaut d’être le plus respecté par ses subordonnés…

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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Published by Alain Rajaonarivony
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