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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 00:44

 

 

Il y a quelques semaines, au cours d’une de nos conversations, je lui annonçais que j’allais préparer sa biographie car on en aura besoin pour la suite. Elle m’a répondu en riant : «Tu me l’envoies d’abord, je ne veux pas que tu écrives n’importe quoi sur moi !»

 

C’est donc une biographie de Nadine, non officielle, absolument subjective, peut-être du grand n’importe quoi, mais avec beaucoup d’affection et un gros pincement au cœur, par et pour des gens qui l’ont aimé et pour qui elle sera toujours présente.

 

Nadine est née le 28 mai 1958 à Maisons-Alfort, dans la région parisienne. Elle est donc française de part le droit du sol. Ses parents rentrent à Madagascar quand elle a 2 ans. Le temps d’y passer son enfance, de faire un tour à l’école St Joseph de Cluny à Faravohitra, à St Antoine puis au Lycée Français, elle repart pour l’Europe à 15 ans.

 

Elle va fréquenter l’Ecole des Roches à Verneuil-sur-Avre en pensionnat. C’est un établissement réputé internationalement. Ses condisciples et amis seront les enfants des chefs d’état d’Afrique et d’ailleurs. Elle me dira que parmi ses camarades figuraient le fils d’un président congolais et la fille du premier-ministre du Liban de l’époque. Elle passera 2 bacs, littéraire puis économique car elle voulait faire une école d’hôtellerie. Elle intégrera, en 1979, celle de Glion sur Montreux en Suisse, qui se classe parmi les meilleures du monde dans sa spécialité, où elle décrochera un BTS en gestion hôtelière et touristique.

 

15 juin 2002 Nadine à ParisPlus tard, elle se mariera avec Pierre, un banquier suisse. C’est en couple qu’ils débarqueront à Paris en 2002 pour nous aider dans le combat en faveur de Ravalomanana. Ils n’hésitaient pas à faire l’aller-retour Paris-Genève en voiture ou en avion quand c’était nécessaire. La première fois que nous nous étions rencontrés, c’était chez… Mamy Andriamasomanana. Elle y était avec son mari, venus spécialement de Suisse. Nous y avons coordonné les actions pour essayer de défendre Madagascar contre la Françafrique. A cette réunion, il y avait des intellectuels, de simples citoyens militants… et des traîtres qui allaient nous mettre des entraves dans toutes nos actions. Nadine intégrera l’équipe de «tiako.org», et sera notre correspondante en Suisse. Nous étions redoutablement efficaces, et Nadine se créera les pires jalousies et inimitiés parmi les membres du Tim-Genève comme nous avec ceux du Tim-France. Etant des électrons libres, il était impossible de nous récupérer et on ne supportait pas que l’on soit plus proche de Ravalomanana que ceux qui se prétendaient organismes officiels. Notre amitié avec Nadine se renforcera avec le temps.

 

Puis un jour, elle m’annonce le divorce avec Pierre après des années de bonheur. La crise malgache et son engagement total avaient fragilisé son couple et sa société d’import-export, Made In Sun Corporation, basée à Genève. Cette épreuve personnelle, relevant de sa vie privée et relativement banale à notre époque, sera exploitée au maximum par ceux là-mêmes qui étaient déjà nos ennemis en 2002, pour essayer de la salir sur Internet, à coup de fausses informations dans le style presse de caniveau. Son père l’appellera en 2004 pour l’aider à gérer l’entreprise familiale, la Savonnerie Tropicale, où elle occupera le poste de directrice Marketing.

 

André et Odette Ramaroson, ses parents, ont fondé le premier centre pour handicapés de Madagascar, les «Orchidées Blanches». Le soin et la défense des plus faibles est une tradition familiale que Nadine a perpétuée.

 

Nadine a séjourné plus de temps à l’étranger qu’à Madagascar. Fille de bonne famille, elle a voyagé partout dans le monde, parlait couramment les 3 langues officielles de son pays, le malgache, l’anglais et le français, plus l’allemand et l’italien et avait de bonnes notions en d’autres langues. Elle était parfaitement polyglotte. Elle pourrait être qualifiée de produit de la diaspora, caractérisée par une ouverture d’esprit permettant de faire sienne les valeurs positives d’ailleurs tout en gardant fièrement ses racines.

 

Ravalomanana avait promis le «fahamasinana» («sainteté» - éthique), le «fahamarinana» (droiture) et le «changement de mentalité». En fait de changement, ce fut le changement dans la continuité. La première année, malgré certains dérapages, fut magique. Kits scolaires pour tous les enfants, pseudo-réconciliation politique, Bianco pour lutter contre la corruption… Puis il s’est senti en confiance et a commencé à trahir ces idéaux.

 

Après avoir été jetés par le Président en 2003, qui ne supportait pas les gens trop intègres et compétents, ayant le front de le contredire, et qui a préféré promouvoir des arrivistes dociles (et traîtres), nous avions continué à rêver à la façon de sauver le peuple.

 

L’ambition de Nadine était de redonner leur dignité aux petites gens afin qu’ils  prennent conscience de leurs capacités et de leurs forces et changent ainsi leurs destins. Son poste de ministre de la Population et des Affaires sociales étaient le premier à avoir une couleur politique. Auparavant, ses engagements étaient surtout humanitaires et sociaux.

 

Nadine, Marie-Lucie et Mikael Mai 2005Elle avait beaucoup hésité avant d’accepter le poste, se demandant comment elle allait faire avec cette bande «d’affamés», selon ses propres termes (voir article : «De la lutte des femmes au F.A.M» du 6 février 2009). Je lui ai demandé de ne pas joindre ce gouvernement. «Si tu crois que c’est facile !» me répondait-elle. Les gens des bas-quartiers et les petits fonctionnaires ont commencé à faire circuler des pétitions exigeant qu’elle soit nommée ministre. Ni Andry Rajoelina, encore moins Norbert Lala Ratsirahonana n’avaient envie de l’avoir dans les pattes, connaissant ses convictions (voir article : «Démocrates, faites un miracle»). Finalement, c’est Monja Roindefo, en tant que Premier ministre qui prendra la décision. Elle fut pratiquement la dernière à être nommée ministre, et ce ne fut pas sur la place du 13 mai, mais par une procédure très régulière le 17 avril 2009 (voir article : «Deux gouvernements, sinon rien !»).

 

Quand elle a accepté, elle me convaincra en me disant : «on ne peut rien faire en dehors du système». Néanmoins, on s’est beaucoup engueulé à ce propos, mais on s’aimait assez pour que cela n’ait pas d’incidence sur notre amitié. Au contraire, cela nous obligeait à réfléchir aux arguments de l’autre. Son papa, à qui j’ai rapporté ces faits lors d'un de ses passages à Paris, s’en est amusé : «Il n’y a que les vrais amis qui s’engueulent !»

 

En mai 2010, j’étais à Madagascar pour enterrer mon père, que Nadine connaissait et estimait. Comme d’habitude, elle m’avait offert l’hospitalité, tout comme elle venait chez nous quand elle était en France. Dans sa voiture, en suivant le corbillard, elle me dit : «Ton père a combattu ! C’est à toi de prendre la relève !» Comme je lui répondais que pour l’instant, j’étais plein de questions, elle a simplement ajouté : «Tu n’as pas le choix !» En écrivant, je m’aperçois que moi aussi, je lui ai répété cette expression souvent. Le sens du devoir, les mêmes valeurs et la même éducation, voilà ce qui nous rapprochait. Le sens du devoir… jusqu’à la mort ?

 

On était parfaitement sur la même longueur d’ondes. On prenait des précautions pour communiquer car son téléphone était sur écoute et souvent, elle me coupait : «Ne dis rien au téléphone !». Mais on préparait sa  future entrée en lice aux Présidentielles. J’étais sûr qu’elle allait gagner même contre Ravalomanana. Dieu en a décidé autrement !

 

Mais les pleurs et les lamentations du petit peuple tout le long du chemin jusqu’à sa dernière demeure prouvent qu’elle n’a pas lutté en vain.

 

 «Nous sommes maudits, Mr Alain ! Chaque fois qu’il y a quelqu’un de bien, il meurt !» me disait mon vieux-garde-de-corps au téléphone d’une voix blanche. La lutte va continuer, car «on n’a pas le choix !»

 

Dieu décide du jour et de l’heure, l’issue du combat lui appartient.

 

A Nadine, ma sœur de combat, ma petite sœur tout court!

 

Photo 1 : Nadine, à la première manifestation de masse de la diaspora organisée par «Tiako.org» le 15 juin 2002 à Paris, devant l'Ambassade.

Photo 2 : A la maison, avec Mikael et Marie-Lucie en mai 2005.

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 02:01

 

 

«Il ferait mieux de pourchasser les trafiquants de bois de rose au lieu d’arrêter nos collaborateurs». Nadine était anéantie, oscillant entre colère et incompréhension. «Nous défendons quand même une centaine de familles». C’était l’affaire Bionexx. La gendarmerie malgache avait accepté obligeamment de servir de vigiles à des hommes d’affaires karana et avait donc arrêté le 4 août des inopportuns, des fonctionnaires malgaches en mission. Ces derniers étaient chargés d’écouter les différents protagonistes afin de trouver une solution. Le Général Ravalomanana s’était ensuite chargé «d’enfoncer» ces serviteurs de l’Etat. Leur ministre, Nadine Ramaroson a dû monter au créneau pour les défendre (voir article précédent).

 

2011.06 Nadine et un gaminPuis vint Majunga le 20 août, avec des affrontements entre des civils soutenus par des militaires contre d’autres militaires qui venaient les déloger de leurs terrains à coup de grenades lacrymogènes. Ce jour là, Nadine avait tenté d’appeler Andry Rajoelina à plusieurs reprises, pour qu’il intervienne afin d’arrêter ces expulsions musclées décidées par Hajo Andrianainarivelo, ministre de la Décentralisation et de l’Aménagement du territoire. Elle finit par lui envoyer un SMS sans plus de succès. Son interlocuteur était, semble-t-il, absorbé par sa réunion avec les hauts-gradés de l’armée. Elle avait alors envoyé l’équipe de son ministère sur place et demandé à son oncle, Alain Ramaroson, responsable de la sécurité au sein de la HAT, de les superviser et de faire valoir l’autorité.

 

Le lendemain, rebelote, 3 camions de l’Emmo-Reg (gendarmerie et d’autres corps) sont sur place pour exécuter l’ordre de Hajo. Mais Nadine réussit cette fois-ci à joindre Andry Rajoelina au téléphone. Ce dernier l’assure qu’il n’a jamais été question d’expulsion, d’autant qu’il ne s’agissait plus de 23 personnes comme l’affirment le ministre de la décentralisation et le chef de région, mais de presque un millier de citoyens. Andry lui confirme que le conseil de gouvernement avait déjà tranché sur l’arrêt des démolitions. Nadine lui rapportera alors les propos que Hajo aurait tenu : «Le conseil, ce n’est qu’une proposition, il n’y a que moi qui peut se servir et faire ce que bon me semble des terrains».

 

Après enquête, le ministère de la population avait trouvé des emplacements disponibles pour les lotissements populaires (Trano Mora). Mais utiliser des terrains appartenant encore à la Seimad (société immobilière de l’état) pouvaient rapporter, semble-t-il,  des millions par le jeu d’écritures. Il fallait au préalable dégager les pauvres qui y avaient trouvé refuge sans autre forme de procès. Hajo est tombé sur un os avec Nadine.

 

Cette dernière avait accumulé les preuves impliquant le ministère de la Justice et celui de la Décentralisation et de l’Aménagement du territoire dans ces opérations et avait décidé d’écrire à Andry Rajoelina pour dénoncer toutes les injustices. Non seulement, il y avait les litiges fonciers, mais aussi des actes de tortures perpétrés par des membres de la HAT sur les individus récalcitrants.

 

Dans ses sorties publiques, Nadine commençait à hausser le ton. Pédophilie impunie, Bois de rose, corruption à haut niveau, litiges fonciers… elle était sur tous les fronts. Il y a 2 semaines, elle me confiait encore : «Je ne peux pas accepter cela. Je vais le dénoncer. Cela aura des répercussions sur mon poste». Ma réponse était simple : «Tu n’as pas le choix !». C’était une question de conscience. Ces prises de paroles provoquaient des réactions. Riaz Barday n’aurait pas arrêté de la menacer alors qu’elle n’exposait que les faits.

 

Ces dernières semaines, on passait beaucoup de temps au téléphone tous les deux, presque tous les jours. Elle s’était décidée à se lancer dans la course aux Présidentielles pour rester fidèle à ses idéaux. Elle était convaincue que Andry Rajoelina était berné par son proche entourage. Sur mes conseils, elle ne s’est jamais prononcée publiquement sur le retour ou non de Marc Ravalomanana contrairement à d'autres politiciens. L'essentiel, c'était le social sur lequel elle se concentrait. Et elle se préparait à aller aux élections, quels que soient ses adversaires. Elle croyait en «la fortune du bien».

 

Le 23 août, elle avait eu un entretien d’une heure avec Jean Faure, président du groupe d’amitié parlementaire franco-malgache au Sénat français. J’avais arrangé le rendez-vous depuis Paris. Jean Faure est un ami. Le soir de leur discussion, il m’appelle : «j’ai vu ta petite protégée. Elle m’a parlé du manque de budget de son ministère. Mais elle m’a l’air un peu triste».

 

Au dernier conseil du gouvernement, elle avait reçu une invitation spéciale du ministre du tourisme pour le Festival de la baleine, baptisée «Tsolabe». Elle est arrivée le 26 à Sainte Marie et s’était étonnée d’être seule alors qu’elle devait y rencontrer plusieurs de ses collègues du pouvoir. Même le ministre qui l’avait invitée n’était pas là.

 

Au retour, le 28, sa vedette s’est retournée à quelques centaines de mètres du rivage et a explosé au moment où les secours arrivaient. Elle est morte avec plusieurs de ses collaborateurs et des sauveteurs.

 

01.JPGSur sa page Facebook, que je gérais conjointement avec elle, des centaines de messages de condoléances et de désespoir ont commencé à défiler. «Qui va maintenant défendre les pauvres et le petit peuple ?» peut-on y lire. «La Mère des Pauvres», surnom qu’on lui donnait, n’est plus. En quelques heures, plus d’une centaine de personnes ont demandé à être son ami sans doute pour pouvoir écrire sur son Mur. En Inbox, il y avait aussi des dizaines de messages de sympathie.

 

Ailleurs sur Internet, sur les forums dits «légalistes», c’est un déferlement de haine et de bassesse d’esprit qui ont foulé aux pieds ce qui restait de beau dans la culture des Malagasy. «Ny fanahy no maha-olona (c’est l’esprit qui distingue l’être humain)» disaient les ancêtres. La crise est passée par là. Désormais, les Gasy affichent sans complexe leur inhumanité sur la Toile. Ces personnes qui passent à l’acte dans leurs commentaires, au nom de la «légalité» ne savent pas qu’elles viennent sans doute de perdre leur meilleure alliée au sein du pouvoir et qu’elles sont descendues plus bas que les «Fozas» qu’elles méprisent.

 

La haine rend aveugle. Il y a très longtemps, les Malgaches avaient des proverbes de sagesse pour permettre à la vie de s’épanouir… Ceux d’aujourd’hui les ont oubliés.

 

Photo1 : Nadine, avec des enfants pauvres, en juin 2011

Photo2 : 1 heure avant l’embarquement à Sainte-Marie, Nadine joue et donne à manger à un petit lémurien, une des dernières photos (photo Andry Rakotonirainy)

 

 

Alain Rajaonarivony

 

Le prochain article que je publierai sera encore sur Nadine Ramaroson

 

 

 

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 00:46

 

 

Ce 11 août 2011, Ralitera Andrianandraina, responsable de la sécurité de la HCC (Haute cour constitutionnelle) était libéré avec ses 4 co-accusés militaires par le tribunal d’Anosy, après presque 2 ans et demi de détention. Arrêtés le 27 avril 2009, incarcérés le 6 mai, ils n’avaient cessé de clamer leur innocence. Les motifs d’inculpation étaient un fourre-tout et comprenaient des actes de violences, des meurtres et même une tentative d’assassinat contre Andry Rajoelina. Les juges ont estimé qu’aucun dossier ne tenait, faute de preuve. Seul Ralitera a écopé d’un an pour détention illégale d’armes mais est ressorti libre étant donné qu’il a été détenu bien plus longtemps dans les geôles du pouvoir. La HAT avait tout fait pour retarder le procès.

 

Nadine Facebook 24051 100168283355237 100000861963680 2150Le même jour, la ministre de la Population et des affaires sociales, Nadine Ramaroson, dénonçait à partir de sa page Facebook les agissements du Général Ravalomanana, responsable de l’Emmo-Reg. Elle accuse ce dernier d’avoir menti pour justifier les arrestations violentes et arbitraires dont étaient victimes ses collaborateurs le 4 août 2011. Ces fonctionnaires étaient en mission pour comprendre le fonds du litige opposant des paysans expulsés de leurs terres par une société dénommée Bionexx. Derrière cette entreprise se trouve un homme d’affaires connu, Akbaraly.

 

« Ma version sur l’affaire Faharetana / BIONEXX et l’arrestation de mes collaborateurs » est écrite de la main de la ministre elle-même.

 

 

Ma version sur l’affaire Faharetana / BIONEXX et l’arrestation de mes collaborateurs

 

 

Vous avez été nombreux(ses) à avoir réagi et surtout à demander des éclaircissements sur cette énième affaire foncière opposant des paysans à une société privée étrangère. Je vous livre ci-après et dans les détails le déroulement des faits qui inclut l’arrestation humiliante, dégradante et discréditant de 3 membres de mon cabinet le 04 août 2011.

 

Les motifs évoqués :

- les membres du cabinet seraient entrés en effraction dans un domaine titré et borné

- ils  auraient distribué des terres au « FOKONOLONA »

- ils auraient clôturé les terres en question et   planté des drapeaux dessus

- ils  auraient incité le Fokonolona  à la rébellion

- ils  auraient forcé un barrage des gendarmes et auraient pris la fuite

- ils  auraient été interceptés à Ambatomirahavavy.

 

Ces informations ont été transmises par le Général RAVALOMANANA Richard par téléphone le Jeudi dans la soirée en réponse de ma demande d’explication.

 

Le vendredi 05 Août, j’ai demandé au Général RAVALOMANANA de recevoir mon Directeur de Cabinet, le Colonel RALAIVAO Pierre Louis Charles, signataire de l’ordre de mission, et Monsieur RAKOTONIRINA Angelo, Inspecteur du Cabinet, dans le bureau du Général RAVALOMANANA avec le chauffeur de la voiture 4X4 qui a emmené les missionnaires (les 3 membres de mon cabinet) sur place et un représentant du Fokonolona. Objet de cette visite : la confirmation que ces membres du cabinet étaient bel et bien  porteurs d’un ordre de mission pour constater sur terrain les doléances présentées par des représentants du Fokonolona qui étaient venus au Ministère. Ces représentants du Fokonolona étaient venus pendant trois mois, solliciter notre Ministère pour leur venir en aide.

 

Le lundi 08 Août 2011, avec tout le STAFF du Ministère, nous nous sommes rendus sur les lieux aux fins de recoupement des accusations portées à ces membres du Cabinet en présence des Autorités Locales (Adjoint Chef District, Maire, Chef Fokontany ) et accompagnés de journalistes. Il s’est avéré que les membres du Cabinet ne sont ni entrés en infraction dans le domaine en question, n’ont distribué de lopins de terres, ni clôturé des terrains ou planté des drapeaux. Ils sont venus écouter le Fokonolona, et ont demandé à s’entretenir avec les responsables de la Société exploitante dénommée « BIONEXX »  en présence de quatre gendarmes qui assuraient la sécurité de ladite société.

 

Selon les témoignages que nous avons recueillis sur place, aucune des accusations n’est fondée. Ils n’ont forcé aucun barrage mais ont dû contourner la route suite au fait qu’un tracteur de ladite société a été mis en travers de leur chemin. Ils ont dûment informé les quatre gendarmes qu’ils allaient déjeuner au village où ils ont été appréhendés par des éléments de la gendarmerie, et  emmenés dans l’un des deux véhicules 4X4 de la société BIONEXX et suivi en renfort par  deux camions entiers de gendarmes.

Nos membres du cabinet ont été brutalisés et poussés de force dans un des 4X4 de la société « BIONEXX » immatriculé 6866 TAH.

 

Il n’y a eu à aucun moment aucune incitation à la désobéissance civile ou à la rébellion. Le seul fait qui a été rapporté par les quatre gendarmes est que, la veille, le Fokonolona s’est couché devant le tracteur pour empêcher la destruction de leurs cultures.

 

Nous avons écouté les récits des représentants du Fokonolona à savoir l’historique du terrain et les raisons de leurs doléances, ce à quoi ils ont répondu qu’ils ont eu à faire à plusieurs sociétés :

1965 : CENTRE NATIONALE AVICOLE

1973 : FERME D’ETAT

1983 : LIMA HOLDING

1989 : MAGRI

1991 : PICOR  puis GENIA

2008 : SOPRAMAD

2010 : BIONEXX

 

Durant quarante ans, ils avaient exploité les terres en toute quiétude et même après la convention  obtenue par  LIMA HOLDING avec l’Etat. L’arrivée de la société BIONEXX  en 2009 aurait  tout remis en cause : cette société leur aurait demandé  soit  de quitter les terres soit de les louer à la société pour Ar 400,000 HTVA/Ha/An. Une poignée de  paysans de la commune voisine aurait accepté de payer ce loyer mais tout le  Fokonolona des Fokontany Fenomanana et Antanimarina ont refusé aux motifs qu’ils ne vont pas louer leur propre terre qu’ils ont mise en valeur depuis quarante ans  et pour faute de moyens. Faut-il encore préciser que ceux qui ont accepté de payer seraient des employés de BIONEXX. Il est également à noter qu’on parle d’une prétendue  décision d’expulsion alors que le Fokonolona n’a jamais été convoqué au Tribunal dans ce sens.

 

Ce Fokonolona a instamment prié le Ministère de la Population et des Affaires sociales de se pencher sur son cas depuis trois mois mais c’est la démolition de leurs habitations et de leurs tombeaux ancestraux qui a amené le Ministère à dépêcher une mission d’urgence sur place.

 

 

Nadine Ramaroson

Ministre de la Population et des Affaires sociales

 

 

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 14:57

 

 

blood-duels.jpg«Entre nous, je ne serai pas plus nul que lui». Clin d’œil appuyé à Virginie Herz, reporter de France24 qui l’interviewait, Andry Rajoelina était sûr de lui et de bonne humeur en parlant de Marc Ravalomanana, en ce jour de mars 2009, au moment du coup d’état.

 

Un demi-mandat présidentiel plus tard sans être élu, -un exploit réalisé par le «plus jeune putschiste d’Afrique» en titre-, Madagascar est classé par le PNUD, troisième pays le plus pauvre du monde, partageant ce podium avec l’Afghanistan et Haïti.

 

Et dans son numéro du 5 juillet 2011, le magazine économique américain Forbes a installé le pays à la première place du «top 10» des «World’s worst economies». Sous le règne de Andry Rajoelina, la Grande Ile est donc enfin leader mondial en quelque chose. Les 220.000 emplois perdus en 2010 (selon un rapport de la Banque Mondiale), la dégringolade dans l’échelle des libertés, aussi bien  dans le classement de «Reporters sans Frontières» que dans la perception de l’administration Obama, ne font que confirmer cette descente aux enfers.

 

Andry Rajoelina semble avoir remporté son challenge sur Marc Ravalomanana. Il fait au moins jeu égal avec son adversaire dans les mensonges et promesses non tenues, l’accaparement des biens publics et la répression de ses opposants. Mais plus jeune, il dispose encore d’une bonne marge de progression. Riche, grâce au trafic du Bois de rose et autres juteuses combines, il peut maintenant envisager une retraite sans soucis dans un pays de son choix (qui parle d’exil ?). A moins qu’il ne veuille remettre en jeu son titre ! Mais alors, attention au combat de trop !....

 

Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'Union africaine (UA) a confirmé le 12 juillet 2011 que le champion déchu, Marc Ravalomanana, devait être autorisé à revenir à Madagascar «sans condition». Il pourra tenter de reconquérir sa couronne aux prochaines élections présidentielles.

 

Pauvreté accrue depuis 2008, avec 72% des Malgaches qui vivent dans des bidonvilles (chiffre UN Habitat), explosion de l’insécurité, du chômage et du tourisme sexuel, les Malgaches n’en peuvent plus. Il faudrait plus que les dizaines de 4x4 et les containers d’équipements divers et avariés offerts à l’armée pour contenir leur colère si le match est truqué…

 

photo 427 (Small)

 

Photo : Du haut des bennes à ordures, devenues instrument de survie, le spectacle offert par les deux prétendants, un duel d’Egos à coups de millions de dollars, est des plus insoutenable. Il est temps pour les Malgaches d’y mettre fin…

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 13:08

 

 

President Obama P022109JB-0125Amin’ny anaran’ny vahoaka Amerikana dia satriko ny hiarahaba ny vahoaka malagasy amin’izao fankalazana ny fetim-pirenenareo ny 26 jona izao.

Amin’izao fotoana ankalazanareo ny fahaleovan-tenanareo izao dia ambaran’i Etazonia fa tohanany hatrany ny foto-kevitra hoe mendrika ho an’ny vahoaka malagasy ny higoka ny voka-tsoa entin’ny fitantanana feno fandraisana andraikitra sy mandala ny demokrasia, ny fanajana ny zon’olombelona ary ny fanjakana tan-dalana. Mijoro eo anilan’ny vahoaka malagasy hatrany izahay, ary manantena fa ho tafaverina amin’ity taona ity ny fanarahana ireo filamatra ireo.

                                              

                                             Barack Obama

 

 

Photo : US Embassy Madagascar

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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 14:09

 

 

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11 May 2011. The following is a near-verbatim transcript of today’s noon briefing by Farhan Haq, Acting Deputy Spokesperson for the Secretary-General.

 

Question:  I want to ask another question about Ban Ki-moon, if I can.  It’s… I guess maybe you can confirm this, that while at the LDC [least developed countries] meeting in Turkey, he met with Mr. [Andry] Rajoelina, the disputed leader of Madagascar, who is not recognized by the AU [African Union], and I’m just wondering — I didn’t see any readout, but it is in the Madagascar press that he did meet with him.  There is a lot of wonders why the Secretary-General would meet with this… why he was in Istanbul, although that’s not your concern, but did Ban Ki-moon meet with him?  If so, why, and can we get a readout of this controversial meeting?

 

Acting Deputy Spokesperson:  I am not aware of any meeting.  I’ll check with the travelling delegation whether that happened or not.  Yes?

 

[The Acting Deputy Spokesperson later said that the Secretary-General did not have a meeting with Mr. Rajoelina in Istanbul.]

 

 

Version medias pro-HAT

 

Madagate

 

Le Président de l'Union des Comores, Ahmed Abdallah Mohamed, présente le Président Andry Rajoelina au Secrétaire des Nations Unies, Ban-Ki-Moon, qui salue le Chef d'Etat malgache d'une poignée de main ferme et franche, avant de discuter avec lui.

 

La Vérité

 

Ainsi, le Président de la Hat, Andry Rajoelina, se trouve dans le monde des Grands, lors du Dîner que le Président turc a offert. L’Homme fort de la Transition a eu, entre autres, à ses côtés, outre le Président Gül, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban ki – Moon, le Président de l’Assemblée générale des Nations Unies, Joseph Deiss, et le Premier ministre de Bangladesh, Sheikh Hasina.
Si la France, par la voix de son Ambassadeur, Jean - Marc Châtaignier, refuse d’admettre le caractère officiel du prochain entretien du Chef de la diplomatie français, Alain Jupé, avec le Président de la Hat, la Turquie accorde tout l’honneur qui revient à un Chef d’Etat à Andry Rajoelina.
Le Dîner a également été une occasion pour le Président Rajoelina de discuter avec ces hautes personnalités internationales du cours des actualités mondiales ainsi que de celui des affaires malgaches… 

 

 

Les faits : le 9 mai 2011, Ban Ki-moon a salué tous les participants de la 4ème conférence des Pays les Moins Avancés, y compris Andry Rajoelina qu’on a dû lui présenter car il ne le connaissait pas. Une poignée de mains polie est devenue une reconnaissance internationale pour les «analystes» pro-HAT. Ces derniers ont manipulé l’information pour la faire coller à leurs convictions. Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations-Unies, a été obligé de démentir. 

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 12:52

 

 

 

I survivedCela faisait plusieurs jours que Niry balançait des messages sibyllins à ses amis sur Facebook. Mais ils n’ont eu le fin mot de l’histoire que dans l’édito sorti dans la nuit du 29 mars, date symbolique s’il en est*. Niry annonçait qu’il quittait Sobika.com, site devenu incontournable en 10 ans, très sobrement...

 

Nous avions fait connaissance en 2002. C’était aussi une année mémorable. A l’époque, j’étais le rédacteur-en-chef de « tiako.org » qui menait la vie dure à la Francafrik et aux ratsirakistes, «le» site de référence avec 1 million de connexions au bout de…euh…1 an... ! Chiffre ridicule maintenant, à l’époque, c’était top…et ça en faisait le premier portail malgache. Sobika démarrait mais possédait déjà en germe ce quelque chose qui allait lui permettre d’exploser.

 

Quand l’équipe de «tiako.org» a tiré sa révérence, Niry m’a fait l’honneur de m’interviewer. Le contact professionnel s’est mué en amitié au fil des années. En 2003, je lui livre le fruit de ma réflexion : «c’est sûrement toi qui prendra notre succession car la diaspora ressent le besoin d’avoir un lien qui le rattache au pays». Niry protestait alors : «Tu sais, ce n’est qu’un petit site qui n’annonce que les soirées et les manifestations artistiques gasy. La politique, ce n’est pas mon truc». Je lui répondais simplement : «Tu verras !» 

 

Presque 10 ans après, au rythme de 2,5 millions de connexions par mois et d’un édito politique tous les soirs depuis le début de la crise, on rigole tous les deux quand je lui rappelle cette conversation. Depuis fin 2008, on se téléphonait presque tous les soirs pour recouper et échanger nos infos, plusieurs fois dans la journée aux moments les plus chauds. Il arrivait alors parfois qu’il y avait un peu de moi dans ses éditos et inversement. Une de nos préoccupations était d’éviter la désinformation et la manipulation.

 

Les éditos de Niry s’écrivaient dans la nuit : des convictions fortes, des idées originales et…des fautes d’orthographe. A la fin, les forumistes ne relevaient même plus et c’est devenu une marque de fabrique… «Mais pourquoi tu n’utilises pas le correcteur de Word ?» finis-je par lui demander. «J’écris directement sans passer par Word et je n’ai pas toujours le temps de corriger». Cela n’empêchait pas des dizaines de milliers de personnes de le lire tous les jours. Beaucoup d’ouverture d’esprit, pas mal de culture générale contrairement à ce que certains pourraient penser, une analyse teintée d’une ironie permettant la distance, c’était l’esprit Sobika… Sans avoir l’air d’y toucher, Niry faisait souvent mouche, ce qui lui valait l’ire aussi bien des TIM que des TGV… et l’approbation du plus grand nombre. 

 

Que dire de plus ? Le repreneur de Sobika ? Euh…lisez les posts des forums, le nom est sorti plusieurs fois. Quand Niry a voulu vendre, trois personnes étaient intéressées dont Marc Ravalomanana. Un outil identique se négocie des millions d’Euros ailleurs (en Europe ou aux Etats-Unis). A Madagascar, on n’en est pas là car peu de décideurs ont compris la puissance et la capacité d’influence d’Internet. Mais si l’ancien président a trouvé le prix trop élevé, l’accord avec l’heureux acquéreur a été assez incitatif pour que Niry saute le pas et en profite pour tourner une page et en ouvrir une nouvelle dans sa vie.

 

Sobika possède une réputation bien établie. Ce n’est pas par hasard si Niry est régulièrement invité par les médias internationaux pour commenter l’actualité de Madagascar ou si le site est cité dans les dépêches d’agence. Mais sa va vraie richesse, c’est la fidélité de ses lecteurs. Le challenge du repreneur sera de garder cet esprit où se mélange liberté, impertinence et amour de Mada… Avec ce site, les Gasy ont l’impression d’avancer au rythme du monde tout en revendiquant leurs racines… Modernité rime avec démocratie et liberté de parole… d’autant plus précieuses qu’elles sont mises à mal au pays…

 

Et qui dit lecteurs, dit audience….et de la valeur ajoutée car la diaspora et ceux qui s’intéressent à Madagascar dans le monde, c’est aussi du pouvoir d’achat.

 

C’est bien cet esprit qui a entraîné la réussite économique. Les centaines de posts de sympathie reçus par le fondateur de Sobika à l’annonce de son départ sont explicites. Ils le remerciaient d’avoir ouvert cet espace unique ou tous pouvaient s’exprimer et appréhendaient qu’il ne se referme avec le nouveau repreneur… Crainte qu’il appartient à la nouvelle équipe de dissiper. Les spots publicitaires pourront ainsi continuer de clignoter au milieu de pages de forums où tout le monde peut écrire n’importe quoi !

 

Le soir même où Niry écrivait son dernier édito, Mamy Rakotoarivelo bénéficiait d’une liberté provisoire (voir article précédent). Aucun lien… sauf peut-être le goût de la liberté.

 

A+, Niry

 

Alain

 

*29 mars 1947 : début de l'insurrection des Malgaches contre l'oppression et l'exploitation coloniale française.

 

 

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 19:51

 

 

Le 17 mars 2011, Andry Rajoelina a voulu fêter ses deux ans d’accession au pouvoir en offrant une image d’ouverture. Il a donc remplacé son Premier ministre Vital Camille par… Camille Vital. La HAT (Haute autorité de transition) est passée experte dans l’art de respecter la lettre des textes ou des accords tout en en violant l’esprit. Le général Camille Vital, partisan incontestable d’Andry Rajoelina, est maintenant qualifié de «consensuel» et de «neutre». Depuis le «changement extra-constitutionnel», doux euphémisme que Norbert Ratsirahonana a trouvé pour «coup d’état», la sémantique est bien rodée.

 

Les opposants, composés des trois ex-présidents (Ratsiraka, Zafy et Ravalomanana) ont rejeté en chœur cette mascarade, tout en perdant dans l’histoire encore quelques lieutenants, comme Yves Aimé Rakotoarison. Ce dernier, membre de la mouvance Ravalomanana et animateur des réunions du Magro a trahi (un de plus) dans l’espoir de devenir «premier-ministre de consensus». En guise de consolation, il deviendra ministre chargé des relations avec les institutions. Les dirigeants s’amusent et amusent la galerie tout en  poursuivant tranquillement leur plan initial : perdurer le plus longtemps possible aux commandes. L’astuce consiste à mettre sur le dos des autres la prolongation d’une gouvernance désastreuse sur le plan économique et social. La Hat procède donc en permanence à une inversion des valeurs et des responsabilités. Mamy Rakotoarivelo, ancien président de l’Assemblée nationale, et un des porte-paroles des légalistes, est en train d’en faire l’expérience.

 

Arrêté le 15 mars, suite à la dénonciation de deux individus, sa garde-à-vue a été prolongée de 15 jours. Tsimba et Misa l’auraient impliqué dans la ténébreuse histoire de l’attentat contre Andry Rajoelina qui aurait eu lieu dans la nuit du 2 mars. Ni victimes, ni dégâts, encore moins de témoins, la famille des deux hommes accusent la DST (Direction de la sécurité du territoire) de les avoir torturés pour les obliger à accuser l’ancien député. La DST est à la police judiciaire ce que la FIS (Forces d’intervention spéciale) est à la gendarmerie : une entité directement rattachée à la Présidence, donc à Andry Rajoelina, aux statuts et missions peu clairs et qui peuvent tout se permettre, y compris des violations de procédure et des atteintes aux Droits de l’homme.

 

Cette tentative d’éliminer un adversaire politique est si cousue de fil blanc que la France, le 17 mars, par la voix de Bernard Valero, porte-parole du Quai d’Orsay, n’a pu que prendre note «avec une certaine préoccupation, de la procédure judiciaire». Contrariés par la réaction française, des médias pro-HAT demandent que les bi-nationaux (comme l’ancien parlementaire) qui s’impliquent politiquement à Madagascar renient leur citoyenneté hexagonale. Emportés par leurs ressentiments, ils ont oublié qu’Andry Rajoelina et Camille Vital possèdent eux aussi la double nationalité, des comptes en banque et des propriétés en France.

 

On ne change pas une méthode qui a montré son efficacité. Raharinaivo Andrianatoandro (voir article : «La fuite en avant»), puis Fetison Rakotonirina (voir article : «Demain sera un autre jour…»), représentants successifs de l’ancien président, sont aussi passés par là. Rien de tel qu’un bon séjour à l’ombre pour se remettre les idées en place. A la sortie, on leur propose d’intégrer une équipe gouvernementale «consensuelle» afin d’isoler Ravalomanana de ses bases. Raharinaivo a cédé, la HAT ne désespère pas que Fetison et Mamy Rakotoarivelo fassent de même.

 

Dans cet imbroglio politico-judiciaire, -la DST a doublé l’Emmoreg (la gendarmerie) du général Ravalomanana (homonyme de l’ex-chef d’état)-,  une voix s’est fait entendre, celle d’Alain Ramaroson, qui prétend mener sa propre enquête. Ce responsable de la commission de sécurité de la HAT n’a évidemment pas vocation à ce genre de tâche. Mais lui aussi fait ce qu’il veut. Fils de bonne famille, «chouchou» des Tananariviens en son temps, qui voyait en lui un champion de la démocratie, comme le furent Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, son image a changé du tout au tout avec le coup d’état. Il a été nommément accusé par le lieutenant-colonel Charles Andrianasoavina, actuellement en prison après le coup de force de la BANI (voir article : «Demain sera un autre jour… »), et par Albert Zafy. Il aurait planifié et organisé avec quelques autres le «Black Monday » et la tuerie du 7 février (voir articles : «C ’est la guerre …» et «auto-acquittement de la HAT») parce qu’«il fallait que du sang soit versé» pour retourner l’opinion.

 

 

Ordre d'Andry Rajoelina de faire le coup d'étatLes aveux écrits de l’officier qui a participé activement au coup d’état (c’est lui qui a menacé les généraux à qui Marc Ravalomanana a remis le pouvoir) sont parfaitement recevables par un tribunal. Mais chose curieuse, il s’est fait traiter de «dérangé mental» par la ministre de la justice. Quant à Alain Ramaroson, sa réputation est si sulfureuse que la plupart des journalistes n’ont pas osé écrire son nom quand ils ont rapporté les propos du «commandant Charl» et du vieux Zafy. Il y a quelques raisons à cela. Ses hommes de main sont ces fameuses «milices» dénoncées aussi bien par les légalistes que l’Union Européenne.

 

Les anciens officiers putschistes, en particulier le «commandant Charl» et le général Noël Rakotonandrasana se sont rachetés aux yeux de beaucoup de Malgaches. Du fond de leurs cellules, ils ont donné moult détails et des noms, permettant de mieux  comprendre les évènements. Ils ont innocenté de ce fait plusieurs personnes, dont l’ancien chef de l’état sur les chefs d’inculpation les plus graves. On comprend pourquoi la HAT n’a pas profité de sa volonté de retour pour l’arrêter à son arrivée et s’est évertuée à l’empêcher de débarquer le 19 février dernier.

 

La HAT continue ainsi son aventure en s’étant débarrassée au passage de ses «petites mains». Les officiers côtiers qui se sont battus pour l’arrivée d’Andry Rajoelina au pouvoir sont presque tous virés ou en prison. Il en est de même pour Roindefo Monja, dont Norbert Ratsirahonana ne voulait pas. C’est normal ! L’idéologie de ce dernier, c’est : «un Mérina au pouvoir». On peut dire ce qu’on veut de ces putschistes issus du Sud (et je l’ai dit, il suffit de relire mon blog) mais ils étaient courageux, et pour certains d’entre eux, sincères dans leur désir de changement. Ils ont été trompés. Les bénéficiaires du coup d’état sont pour la plupart des originaires des Hauts-Plateaux, qui ne sont apparus sur la place du 13 mai que mi-mars 2009, lorsque tout danger était écarté. On peut remercier ces officiers d’avoir tenté de réparer leur folie du 17 mars 2009 et de redonner ainsi un peu d’honneur à l’armée et au pays. L’histoire les jugera moins sévèrement que les traîtres et les retors qui cherchent désespérément à échapper à l’indignité quitte à tuer et à emprisonner des innocents…

 

Le nouveau gouvernement présenté le 26 mars, qui n’est, ni d’union nationale, ni de réconciliation ne sera pas reconnu par la communauté internationale. Une arrivée remarquable cependant : celle de Pierrot Rajaonarivelo, toujours sous le coup d’une condamnation pour détournement de biens publics et pas encore amnistié, comme ministre de l'Economie. La France l’avait déjà proposé en 2002 dans un gouvernement transitoire, où il y aurait eu des ravalomananistes et des ratsirakistes. Je le sais, c’est moi qui étais au Quai d’Orsay avec Guy Rajemison pour défendre Ravalomanana. L’ancien président se serait sans doute évité beaucoup d’ennuis s’il avait nommé une équipe diplomatique digne de ce nom à Paris, qui aurait désamorcé certains soutiens extérieurs de la HAT en amont.

 

Seule note d’espoir : Nadine Ramaroson a été reconduite à son poste de ministre de la population bien qu’elle ne soit pas en odeur de sainteté auprès de certains caciques du pouvoir. Elle agace avec ses dénonciations de la corruption et ses appels à la prise de conscience du peuple pour qu’il ne se laisse plus manipuler par les politiciens, qu’elle qualifie «d’affamés».  Mais Camille Vital lui a rendu un hommage appuyé lors du retour de 86 petites bonnes du Liban et d’un enfant par un vol spécial le 23 mars. C’est un dossier qu’elle a porté à bout de bras pendant des mois tandis que certains de ses collègues s’occupaient de business de bois de rose avec les Chinois. La popularité de la ministre est telle que la HAT aurait pris un risque inconsidéré en la changeant. Elle m’avait confié qu’en 2009, «on» ne voulait pas lui donner un poste. Et Roindefo Monja m’a confirmé que c’est lui qui a fait le forcing pour qu’elle ait sa place de ministre. Il ne lui reste plus qu’à se faire un prénom puisque le nom a été préempté par quelqu’un d’autre…

 

Photo : Les aveux manuscrits, circonstanciés, détaillés, datés et signés du lieutenant-colonel Charles Andrianasoavina où il décrit le déroulement de la journée folle du 17 mars 2009. Mais la ministre de la justice a décrété qu'il était "un irresponsable...qui devrait se faire consulter...", s'arrogeant ainsi les compétences d'un psychiatre et d'un expert médical...

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 12:19

 

 

 

Docteur en traitement du signal, expert radar au sein d’EADS, Elimberaza Mandridake, «professeur Limby» pour ses étudiants, n’a jamais oublié son île. Il a payé le prix de cette affection puisqu’il a été arrêté avec des membres de sa famille et des partisans lors de son passage au pays, il y a quelques mois (voir article : «Le monstre entre deux eaux»). Si les dysfonctionnements au sein de la chaîne de commandement (bon nombre d’officiers désapprouvent la HAT) lui ont permis de s’échapper, ce n’est pas le cas pour plusieurs de ses proches. Jusqu’à présent, ils croupissent en prison sans motif d’inculpation défini. L’interdiction de retour de Marc Ravalomanana, dernier président élu, malgré les 50.000 personnes qui l’attendaient à l’aéroport, la panique que cela a provoqué au sein du pouvoir, n’ont fait que renforcer sa conviction d’un nécessaire engagement citoyen pour éviter l’irréparable. Le peuple tient entre ses mains sa destinée et c’est à lui de faire entendre raison à des politiques, sensés être à son service.

 

 

 

Ô peuple Malgache, donne toi encore un espoir … !

 

 

 

Depuis deux ans, nous sommes en crise. Mais c’est une vision parcellaire de la situation de notre pays. Nous sommes en crise depuis bien longtemps. Notre jugement varie simplement selon les personnes et les faits analysés.

 

Sur ce point, notre vision est atteinte de ce qu’on l’on pourrait appeler le syndrome du  «Scotome central (au milieu de la rétine)»: La personne perçoit très bien son environnement mais ne peut voir ce qui lui est central. Cette vision latérale lui rend difficile la lecture de toute signalétique.

 

Cet appel est lancé pour que les Malgaches de bonne volonté reconnaissent les erreurs et les pratiques ayant fait de notre cher pays une contrée sans justice, ni liberté dignes. La soif de bien-être du peuple, si légitime, demeure inassouvie.

 

Si nous sommes d’accord, pour une fois arrêtons de faire jouer la division entre nous selon nos origines ethniques, nos classes sociales, nos opinions politiques, nos confessions religieuses. Si c’est la division que nous voulons, rassurons-nous, nous trouverons assez de critères pour diviser même des frères siamois. Mais cela nous mènera où, si ce n’est à nous enfoncer chaque jour davantage?

 

Soyons acteurs et partie prenante d’un nouvel état d’esprit. Cet objectif ne pourra être atteint que si nous sommes prêts à nous donner la main, à oublier nos différences et à ne considérer que l’intérêt commun. Ce sera difficile car nous avons toujours eu pour habitude de ne voir que les erreurs de nos adversaires, et de chercher d’autres coupables et d’autres fautifs. Notre propre remise en cause s’avère bien plus difficile.

 

Nous connaissons tous les errements de nos dirigeants successifs. Nous ne les oublions pas, pour ne pas les reproduire à l’avenir, mais laissons la place à la construction du futur. Il doit être incarné par une vision digne, noble, désintéressée, volontaire, et animée par une conviction  très forte afin de faire naître un nouvel espoir pour tous.

 

Si nous sommes de bonne foi, nous ne pouvons qu’admettre, cinquante ans après notre indépendance, que notre pays en est toujours aux balbutiements de la vraie justice et de la vraie liberté, malgré des avancées économiques à certaines périodes.  Or, sans ces deux piliers de la démocratie, un taux de croissance n’amène qu’à la frustration qui débouche immanquablement sur l’instabilité. Comme le syndrome du scotome central, on insiste sur la périphérie et on occulte le centre du problème.

 

Faut-il rappeler que la première mission d’un Etat, quelles que soient sa structure et son origine, c’est de veiller au bien-être de ses concitoyens? Mais la préoccupation principale de l’élite, c’est la course à l’accession au pouvoir. Despotisme, arrogance, crimes et délits commis en toute impunité deviennent des acquis. Si elle tombe de son piédestal, elle va tout faire pour revenir aux affaires en se servant du peuple, qu’elle méprise, comme marchepied.

 

Les dirigeants se succèdent mais la mauvaise gouvernance reste.

 

Et pendant que les pouvoirs dilapident nos ressources, bafouent nos droits, s’arrogent des prérogatives nulle part allouées, nous nous contentons d’observer. De temps en temps, quand cela nous arrange et quand il n’y a aucun risque à prendre, nous consentons à murmurer quelques critiques. Dans le «nous», il y a les complices, profiteurs du système sans en être aux commandes et qui se contentent d’en tirer les bénéfices maximums.

 

Nous ne parlons pas d’eux. Cet appel s’adresse à la majorité silencieuse. Cette fois-ci, ne cherchons pas d’autres coupables: il s’agit de NOUS. Oui, nous sommes coupables de laisser perpétuer des pratiques que nous savons répréhensibles. Certes, certains d’entre nous sont peut-être résignés à leurs tristes sorts, lassés d’un combat qui semble perdu d’avance.

 

Notre épuisement est compréhensible mais moralement, nous n’avons pas le droit de laisser croire à la génération future que gouverner c’est trahir en permanence la confiance du peuple, promettre indécemment, dilapider le patrimoine commun.

 

Jusqu’à quand accepterons-nous d’être dépossédés de ce qui constitue notre être essentiel, de cet esprit et de cette raison faisant de nous des femmes et des hommes dotés d’une conscience individuelle et collective ? Devenons des acteurs du changement.

 

Des pays ont récemment montré la voie. Les brutalités des tenants du pouvoir, appréhendées, étaient effectivement au rendez-vous provoquant morts, blessés et traumatismes durables. Mais les espoirs se sont aussi concrétisés. Des systèmes qu’on croyait solides, inébranlables, se sont effondrés, entraînant la fuite de dictateurs arrogants. Ils ont oublié que ce pouvoir qu’ils ont tant monopolisé venait du peuple !

 

Mais ne voir que ces exemples venus de contrées lointaines serait une insulte pour nos ancêtres. Ces derniers, nos parents, le 29 Mars 1947, il y a à peine 60 ans, avaient montré la voie. Contre le pouvoir colonial, la lutte semblait pourtant inégale, mais la détermination l’a emportée.

 

Notre combat d’aujourd’hui n’est pas contre un autre peuple qui vient nous envahir ou nous coloniser, mais contre nous-mêmes, ou plus précisément contre une partie de nous-mêmes qui ne remplit plus sa fonction.

 

Car ceux qui sont au pouvoir sont nos frères, nos sœurs, nos parents, nos amis. Mais ils ont oublié l’intérêt commun et surtout trahi la confiance déposée en eux. Ils sont prêts à tout pour préserver leurs avantages.

 

Une hésitation nous serait fatale. Si nous décidons ce combat, soyons donc prêts. Il sera rude, plein d’embûches, lourd de conséquence mais aucun pouvoir ne résiste à la détermination de son peuple. C’est la clé de la réussite pour instaurer une gouvernance garantissant le respect des libertés fondamentales. Une fois libre, chaque Malgache apportera sa contribution dans le rayonnement de notre pays dans tous les domaines. La réflexion et l’action doivent aller de paire. Que Dieu nous inspire !

 

Pour nos enfants et nos petits-enfants !

 

 

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Elimberaza Mandridake

 

 

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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 00:01

 

 

Ce jour restera dans l’Inconscient des Malgaches comme un traumatisme collectif, bien au-delà des attentes de ceux qui ont prémédité ce massacre pour faire tomber le pouvoir du président Marc Ravalomanana. Les aveux et les révélations du lieutenant-colonel Charles Andrianasoavina et du Général Noël Rakotonandrasana, acteurs majeurs du coup d’état, apportent une lumière nouvelle sur cet évènement.

 

Un moment de recueillement pour ces pauvres gens sciemment sacrifiés, pour un second anniversaire inscrit en lettres de sang. Ils se battaient pour l’espoir, ils ont été trompés…

L’heure de la justice, la vraie, viendra en son temps…

 

Parce que le crime ne s’effacera jamais dans l’oubli…

L’hommage qu’Erika Cologon a publié sur sa page Facebook

 

 

 Devoir de mémoire pour un samedi rouge

 

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Aujourd'hui, soyons le maximum de Malgaches de coeur et de sang pour ce triste et tragique jour, le 7 Février 2009 - sur facebook, ou sur votre site web, faites un geste visible.

****En effet ce qui est mortel doit se revêtir de ce qui est immortel;
...ce qui meurt doit se revêtir de ce qui ne peut pas mourir.
Lorsque ce qui est mortel se sera revêtu de ce qui ne peut pas mourir
alors se réalisera cette parole de l'écriture:
"La mort est détruite;
la victoire est complète!"
"O mort, où est ta victoire?
O mort, où est ton pouvoir de blesser?"
...
Mais loué soit Dieu qui nous donne la victoire
par notre Seigneur Jésus-Christ!
La Bible, 1 Corinthiens 15.53-57"

*****Des mères ont perdu leurs chairs, des enfants ont perdu des pères, tombés sous les balles. Nos pensées aux familles proches ou lointaines qui ont perdu un des leurs, qui est aussi, un des Nôtres.

N'OUBLIONS PAS
ceux qui sont restés pris au piège des flammes, dans les incendies des jours précédents, peu importe la raison d'un seul homme, elle ne justifiera jamais la perte de vies humaines

 


Erika Cologon

 

 


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