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  • : Le blog de Alain Rajaonarivony
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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 14:49

 

 

 

Barrage à Ivato IMG 0047 IHeZxGLe 17 novembre, quand le lieutenant-colonel Charl Andrianasoavina prit la parole au nom du Comité militaire pour le salut public (CMSP) à la base aéronavale d’Ivato (BANI), il ne savait pas qu’il allait chambouler mon planning et m’obliger à reprendre la plume. Ce n’est pas que j’ai une sympathie débordante pour Charl. Mais la sollicitation de France 24 m’avait remis dans les ornières de la crise malgache. Le 18 au matin, interrogé par Virginie Herz, j’insistais sur le fait qu’Andry Rajoelina devra faire des concessions après cette mutinerie, quelle qu’en soit l’issue... «C’est un coup d’état à la malgache» lui répondis-je quand elle s’étonnait qu’il n’y ait pas eu de combats, ni de morts. Je ne croyais pas si bien dire…

 

Le Général Noël Rakotonandrasana, ancien ministre de la Défense de la HAT (Haute autorité de la transition), avec une vingtaine d’officiers avaient profité du référendum acquis d’avance au pouvoir, pour tenter un coup d’état le 17 novembre. Le «commandant Charl» s’était de nouveau retrouvé devant les caméras en étant leur porte-parole. Mais il adore ça…  

 

Ces militaires demandaient une véritable réconciliation nationale avec le retour de Deba (Didier Ratsiraka) et Dada (Marc Ravalomanana). Ils semblaient vraiment déterminés et le pauvre Camille Vital, Général et Premier-ministre de son état, se retrouvait bien démuni car tout le monde a vu qu’il n’avait aucun pouvoir sur les militaires. Personne ne voulait donner l’assaut au camp retranché. Après avoir fait mine d’être ferme, son gouvernement a engagé les négociations.

 

Le 19 novembre, le chef d’état-major, le général André Ndriarijoana parlementera pendant près de deux heures avec les mutins. Ca tombait bien, ils se connaissent pour avoir fait les 400 coups (d’état) ensemble ! André et Noël, avec Charl étaient les commandants du Capsat, tombeur de Marc Ravalomanana (voir article : «Attention aux erreurs d’appréciations fatales»). Les discussions furent ardues mais on est finalement tombé d’accord… on ne sait trop sur quoi. C’est à partir de là que tout se complique ! En tout cas, un chiffre revient : 1,5 milliards d’Ariary. Le 20 novembre, tout le monde se rendait. On ne sait qui a trahi qui, qui s’est mis d’accord avec qui et sur le dos de qui, de même qu’on ne sait exactement qui a bénéficié du pactole. La presse officielle se gargarise de l’assaut des FIS (Force d’Intervention Spéciale). Mais il n’y a pas eu de combats, malgré quelques tirs sporadiques, pas plus que de morts ni de blessés, heureusement ! Mais la trahison est avérée !

 

Dans la même journée,  le président de l'association des maires élus, Guy Maxime Ralaiseheno, était arrêté sur l’esplanade d’Analakely, en plein centre de la capitale, où il voulait lire une déclaration. Le 25 novembre, il était condamné à 2 mois de prison. Comme dirait TanaNews, ça met «la seconde de mégaphone» à un prix exorbitant ! Prendre la parole est devenu est un crime ! Il paraît qu’Andry Rajaoelina a inauguré une place de la démocratie (voir article : «Le cœur d’Antananarivo bat pour la liberté»)…

 

Cette révolte de militaires aurait pu se terminer en drame. Beaucoup d’officiers détestent Andry Rajoelina et veulent le dégager, mais ils haïssent encore plus Marc Ravalomanana qui a humilié l’armée (voir article : «L’armée ? De l’air…»). Cette dimension ainsi que les problèmes de leadership ont affaibli le mouvement. Mais pourquoi le général Rakotonandrasana tient-il tellement à diriger la transition ? Pour se racheter car Andry lui doit, ainsi qu’au «commandant Charl» et à quelques autres, d’être au pouvoir ? Au nom de certains idéaux de la place du 13 mai aujourd’hui dévoyés…? Il semble en tout cas désapprouver totalement le chemin pris par la Transition, loin des promesses de démocratie et de renouveau.

 

Mais les vrais cocus de l’histoire sont les légalistes. Les quelques officiers favorables à l’ancien président se sont retrouvés directement en maison de force à Tsiafahy, en particulier le général Raoelina. Le gros des mutins, ratsirakistes, ont d’abord été simplement retenus dans des camps alors que ce sont bien ceux qui ont mené cette mutinerie. Le colonel Coutiti a eu droit à un traitement spécial car il aurait menacé Andry Rajoelina. Le 23 novembre, on apprenait que ce dernier ainsi que le Général Raoelina étaient sérieusement blessés suite aux coups reçus après leurs arrestations…

 

Fetison et Raharinaivo 11.11.09 IMG 6457Comme lors de l’incarcération de Fetison Andrianirina, le pouvoir a bien séparé les ravalomananistes des ratsirakistes. Le leader de la mouvance Ravalomanana et deux de ses compagnons, Edouard Tsarahame et Zafilahy Stanislas, ont été mis en prison à la suite d’une manif, le 10 novembre, d’abord autorisée puis interdite au dernier moment. Les quelques échauffourées qui s’en sont suivies ont servi de prétexte pour les mettre à l’ombre alors que les autres dirigeants du mouvement ont été laissés en liberté. Depuis, les captifs sont «balladés» d’une geôle à l’autre, d’Ambatolampy à Fianarantsoa en passant par Vatomandry. Leur procès était prévu pour le 23 novembre mais le pouvoir les ayant escamotés - leurs avocats ne savaient même pas où ils étaient -, l’audience est reportée au 25 janvier 2011.

 

Ce même jour, le professeur Raymond Ranjeva, juriste, ancien magistrat à la Cour Pénale Internationale,  et qui aimerait diriger une Transition neutre, était appréhendé, sa fille l’ayant déjà précédé en garde à vue. Ils seront relâchés quelques heures après mais cette action du pouvoir provoquera un véritable émoi à Antananarivo. Ce n’était que partie remise car trois jours après, le 26, ils seront de nouveau arrêtés. Le père sera libéré sous caution, Riana, la fille, enceinte, condamnée à la prison pour…«insultes». Elle sera finalement transférée à l’hôpital sur intervention de l’ambassadeur de France.

 

Le fameux referendum est considéré par le Comité national d’observation électoral (Cnoe) dans son rapport comme la consultation la plus calamiteuse depuis 20 ans. Des morts ont voté tandis que des vivants n’étaient pas inscrits sur les listes électorales (cela rend plus facile les falsifications). Le pouvoir a utilisé tous les moyens de l’Etat, en faisant un véritable forcing pour le «oui» et des actes d’intimidation ont eu lieu. Malgré cela, le taux de participation est resté faible. C’est pour cela qu’il a été gonflé (de 34% à Antananarivo, il est passé brutalement à plus de 50% en une journée).

 

La HAT vire au régime fasciste : arrestations arbitraires, tortures, atteintes aux droits fondamentaux, élections bricolées, menaces sur la presse... Roindefo Monja, l’ancien Premier ministre, a qualifié Radio Viva de «Radio Mille collines». Incitations à la haine, diffamations, dénonciations calomnieuses sont monnaie courante sur ses antennes. Dire qu’on a défendu cette radio quand elle avait été fermée par Marc Ravalomanana, au nom de la liberté d’expression (voir article : «Viva la libertad !»). Les feuilles de choux électroniques de la HAT sont obligées de se faire de la pub dans les forums de Sobika.com, un des sites de référence de la diaspora. Eux-mêmes ont supprimé leurs propres forums. Ce qui ne les empêche pas de donner des leçons aux autres journalistes. TvPlus, Matv et la radio Fréquence Plus ont reçu des lettres de mise en demeure de la part du pouvoir dès le 18 novembre. Ils ont eu le tort d’avoir couvert les évènements de la BANI.

 

Fin de cet épisode ! On espère qu’Andry Rajoelina mettra cette alerte à profit pour reparler avec Marc Ravalomanana et trouver une solution pacifique et pérenne à la crise car la chance ne sera pas toujours au rendez-vous. La représentante de l’Union Européenne, Catherine Ashton, demande à tous les protagonistes de reprendre «urgemment» le dialogue. Ce qui vient de se passer n’est pas un simple épiphénomène. La prochaine fois, l’armée ne ratera pas Andry Rajoelina, en état de faiblesse comme son devancier qu’il a contraint à l’exil. La première fois, Andry Rajoelina s’était réfugié à la Résidence de France (voir article : «Attention aux erreurs d’appréciations fatales»). Cette fois-ci, des dispositions avaient été prises pour l’exfiltrer… 

 

Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana se ressemblent de plus en plus. «Affaire Daewoo» ou «Bois de rose», c’est du pareil au même! Les Chinois sont en train de s’installer. Et question corruption, l’élève est en passe de dépasser le maître. De plus, tout comme son prédécesseur, Andry Rajoelina commence à manipuler le peuple avec des concepts chrétiens («Je vous aime», «Fitiavana») qui se traduit dans les faits par des arrestations arbitraires, tortures et autres violences de l’état (mais c’est Marc Ravalomanana qui a inauguré l’ère des grenades lacrymogènes). Attention à ne pas aller trop loin dans ce domaine car on ne se moque jamais impunément de Dieu (voir article : «Ravalomanana, le meilleur et le pire»), l’ancien président en sait quelque chose !

 

Virginie Herz DSCF5890Madagascar va encore connaître de graves turbulences. Sur France 24, j’ai parlé de la nécessaire «intelligence politique» pour que le pays s’en sorte sans trop de casses. Mais c’est sans doute trop en demander à des dirigeants qui ne sentent plus et se croient tout permis. Ils sont en train de transformer Madagascar en enfer...

 

Demain sera un autre jour, le peuple finira par trouver le moyen de se débarrasser de la HAT et de son inconscient de président qui mène la nation vers le gouffre. Andry Rajoelina est bien en train de faire en 2 ans ce que les autres n’ont pas réussi en 50 : détruire tous les repères moraux… Il mériterait d’avoir les honneurs de la série «Lie to me» basée sur les travaux du psychologue américain Paul Ekman, spécialiste de l’expression faciale des émotions. Les policiers sont sensés deviner quels sont les vrais sentiments des suspects en analysant les mouvements de leurs sourcils ou de leur bouche. Andry Rajoelina renie ses signatures, ment et entourloupe le petit peuple avec un merveilleux aplomb et un sourire enjôleur…

 

Pour finir, un petit proverbe italien à méditer : «La faute est d’autant plus grande que l’amour est petit !»

 

Bon ! Cette fois-ci, je vous laisse…

 

Photo 1 : Certains ont cru à la réussite du coup d’état et ont commencé à ériger des barrages pour soutenir les mutins. Espoir déçu… !

Photo 2 : Fetison rend visite à Raharinaivo en prison et en grève de la faim en novembre 2009. Un an après, les rôles se sont renversés. Mais la HAT continue tranquillement à emprisonner et à détruire des vies.

Photo 3 : Virginie Herz qui m’a interrogé sur France 24. Elle connaît le dossier Madagascar pour y avoir été aux heures chaudes du coup d’état. C’est son équipe qui a filmé les vieux ripoux en train de cogiter sur la façon d’accuser Ravalomanana d’être un criminel. Ils y réussiront le 7 février.

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 08:38

 

 

2001.10.16 Ra8 à son bureauLe 14 octobre, jour de la proclamation de la république, non célébré par le régime issu du coup d’état du 17 mars 2009, Marc Ravalomanana semblait désolé au téléphone en parlant avec ses partisans réunis au Magro. Ses députés TIM étaient en train d’intégrer avec entrain l’ersatz de parlement mis en place par la HAT (Haute autorité de transition). Congrès de la Transition (CT) et Conseil supérieur de la transition (CST) remplaceront l’Assemblée nationale et le Sénat. Aucun de leurs membres ne sont élus et l’opposition légaliste n’y est représentée que par les transfuges et les dissidents. L’apparence d’ouverture n’a pas trompé la communauté internationale qui demande toujours une véritable consensualité, base nécessaire à une paix véritable.

 

Quelques heures auparavant, l’ancien Premier-ministre  Tantely Andrianarivo débarquait à l’aéroport d’Ivato, accueilli par une foule importante, mettant ainsi fin à 7 ans d’exil. «Je ne reviens pas pour rechercher un poste… mais pour être avec le peuple et partager sa vie et ses aspirations» a-t-il déclaré dès sa descente d’avion. Il a aussi rappelé ce qu’a subi sa famille lors de la crise de 2002. Pierrot Rajaonarivelo, l’ex-ministre des finances, est déjà revenu, juste après le coup de force (voir article : «Ra8*, le retour»). L’Arema pourra recevoir bientôt chaleureusement Didier Ratsiraka, qui a déjà annoncé son arrivée incessamment, dès que son fils hospitalisé ira mieux, a-t-il précisé! La HAT n’y verrait pas d’inconvénient !

 

C’est donc l’heure des grandes retrouvailles, sauf pour les «zanak’i Dada», les partisans de Marc Ravalomanana (qui se sentira bien esseulé en exil). La HAT est prête en effet à jouer son va-tout, quitte à couler économiquement le pays, pour empêcher ce retour. Les conséquences sont terribles pour la population et Roindefo Monja l’a rappelé lors d’une émission télévisée. Chômage massif qui s’intensifie de jour en jour, déscolarisation des enfants -les parents n’ayant plus les moyens de payer les frais d’inscription-, dégradation de la santé des citoyens due au stress et au désespoir (infarctus, suicides…).

 

Raharinaivo Andrianatoandro, un des rares leaders légalistes rentré en résistance et qui a payé de la prison sa fidélité (voir article : «La fuite en avant»), a été élu par ses pairs le 15 octobre, président du Congrès de la transition par 140 voix sur 238. Apparemment, il ne fait plus du retour de Marc Ravalomanana un préalable à la réconciliation. Ce dernier perd un de ses soutiens les plus courageux. Les Tikoboys surdiplômés ont tous fui à l’étranger dès les premiers coups de feu. Ceux qui n’avaient pas de compétences à vendre sur le marché international ont tout simplement retourné leurs vestes. Ils remplissent les travées du nouveau «parlement».  

 

Cette série de désaffections et de trahisons doit-elle étonner l’ancien chef de l’état alors qu’il a lui-même choisi ses collaborateurs en fonction de ses critères : compétence technique mais moralement pas trop rigide pour permettre quelques entorses à l’éthique? Pour certains, il les a même «retourné». A la base donc, c’étaient déjà des traîtres. En 2002, les meilleurs cerveaux, en particulier ceux de la diaspora, étaient prêts à se mettre au service du pays. Mais Ravalomanana ne les a pas retenus. Outre une pléthore d’assistants étrangers, il a préféré des Gasy plus malléables. Il en paie le prix actuellement. Non seulement, il est trahi mais il manque cruellement de conseillers pointus et crédibles.

 

Que peut faire maintenant l’ancien président pour remonter la pente ?

- Relancer toutes les entreprises Tiko au pays, en engageant une bataille juridique contre la HAT, recréera des milliers d’emplois qui seront des sympathisants potentiels. Mais surtout, cela soulagera des milliers de familles et contribuera à sortir l’économie de l’ornière.

- Deuxièmement, plutôt que de perdre des milliards à financer des officiers ou des politiciens corrompus et traîtres, il devrait investir dans le social. C’est l’arrogance des nantis et le sentiment d’abandon des pauvres qui ont précipité sa chute. On peut avoir réussi et montrer de la compassion, aider les plus humbles à avoir leur part de soleil. Nadine Ramaroson, ministre de la Population et des Affaires sociales, est sans doute la seule membre de la Transition dont la côte de popularité continue de monter.

- Enfin, il ne devra pas refaire l’erreur de 2002 et s’entourer des vrais élites, y compris et surtout de la diaspora. Eux seuls sont capables de jouer les interfaces entre la culture malgache en perdition, réduite à une caricature (voir ce que fait la HAT des notions de fihavanana ou de raiamandreny…), et le reste du monde qui continue d’avancer.

 

Pour éviter toute mauvaise interprétation de ce dernier point, je narrerai un épisode  très personnel. Un soir de 2003, je reçois un coup de fil.

- «Le président est à côté de moi. S’il t’octroie un poste diplomatique, accepterais-tu de travailler avec Hélian Ralison ?»

- «Non !» Ma réponse était instinctive et lapidaire.

Le président était en visite officielle à Paris et ce soir là, il devait avoir le blues. Il rabrouait souvent l’ambassadeur qu’il avait nommé en public : «Tu es à la place d’un autre !».

 

Mais il m’était impossible de travailler avec une personne que j’avais surnommé «l’Interahamwe». Partout où j’allais, réunions de la diaspora, manifs, palais présidentiel d’Ambotsirohitra…, il y avait Hélian. Il n’organisait rien, ne produisait rien mais rapportait infidèlement les faits et gestes des responsables de la lutte en haut lieu. Pour ses mauvais et déloyaux services, il sera nommé Premier conseiller de l’Ambassade de Paris. C’est à cause d’individus de ce genre que la diaspora s’est petit à petit détournée du président. D’ailleurs, si cette dernière n’a toujours pas le droit de vote, il y est un peu pour quelque chose.

 

Donc, quand j’entends «compétence de la diaspora», il ne s’agit pas des arrivistes qui font des pieds et des mains pour avoir un poste. Ils sont aussi bien chez les «Fôpla» que chez les «Foza» et sont profondément nuisibles (voir article : «C'était un si beau pays : Foza et Fôpla, même combat»). Hélian Ralison, après avoir été viré de son poste par la HAT, a tenté de rebondir et est à l’origine en partie de l’explosion des GTT (mouvement légaliste de la diaspora) (voir article : «GTT and GTT»).

 

Photo-028.jpgLe 19 août, je tombe sur un article de Tribune. Choqué, je décroche mon téléphone et fait part de l’info à Nadine Ramaroson. L’oxygène des enfants asthmatiques va devenir payant à l’hôpital : 1000 Ar de l’heure, une fortune pour les pauvres.

Elle me répond : «Tu sais, c’est une conséquence de la coupure des aides internationales…»

- « Mais on n’a pas le droit de sacrifier ainsi les enfants…Qu’ils fassent des économies sur les 4x4 des ministres… Les gouvernants ont le devoir de sauver le peuple. Si vous ne pouvez sauver tout le monde, sauvez au moins les enfants».

- «Tu as raison ! Je te promet de voir ça !»

L’après-midi, elle me rappelle : «Ca y est ! C’est réglé ! Les enfants auront leur oxygène».

 

Le 11 octobre, j’étale mes états d’âme, toujours au téléphone, sur la rentrée des classes et les frais d’inscription exorbitants pour la plupart des parents, «…et il n’y a même plus de kits scolaires».

- «Magro faisait des affaires avec. Il recevait les commandes de l’Etat».

- «Ce n’est pas le problème… C’était un acquis pour les pauvres et une aide vitale pour eux…»

- «Tu as raison !...»

Deux jours après, je recevais les premières photos de distributions de kits scolaires faites par ses soins. Dommage que son ministère ait un budget si rikiki.

 

Cela ne marche pas toujours. Je lui avais demandé d’intercéder pour que l’anglais demeure langue officielle dans la nouvelle Constitution élaborée par la HAT. C’était une chance pour les générations futures dans le contexte de la mondialisation. Les jeunes Malgaches auraient pu réduire le gap avec les autres nations. Mais pour certains hauts responsables, la haine de Ravalomanana devait être plus forte que l’intérêt des enfants. Le référendum, prévu pour le 17 novembre pour la valider ou non sera une formalité puisque les dirigeants usent des mêmes vieilles recettes : délai trop court, propagande à sens unique, fermeture de radios… 90 % des citoyens n’ont pas lu les textes mais le «oui» l’emportera…

 

L’article 6 de cette fameuse Constitution donne la nouvelle devise de la République : «Fitiavana-Tanindrazana-Fandrosoana», «Amour-Patrie-Progrès». La «Liberté» a été zappée ! Outre qu’il est incongru de voir le mot «Amour» dans un texte officiel, la langue malgache a en commun avec le français d’être très pauvre pour le définir. Le grec dispose de 3 termes : filia, eros et agapé. Le premier a donné «l’amour filial», l’amitié, le second «érotique», l’amour sensuel, et le troisième parle du grand amour prêt à se sacrifier pour l’être aimé, utilisé dans la Bible pour parler de l’amour de Dieu. Etant donné le saccage systématique de toute démarche de réconciliation par la HAT, et la haine visible pour l’ancien président, je pencherai pour le second terme grec dans l’esprit du législateur. Cela ira très bien pour Madagascar, en passe de devenir une destination privilégiée pour le tourisme sexuel, conséquence de la pauvreté et du laxisme des autorités. 

 

Comme je suis moi-même un grand enfant, j’ai aussi besoin de respirer. Je vais donc suspendre mes articles et me consacrer un peu plus à des choses personnelles, ce qui soulagera certains et désolera peut-être quelques uns de mes lecteurs. Mais comme il est écrit, «il y a un temps pour tout !». Peut-être reprendrai-je la plume dans quelques mois, si la situation l’exige. Mais je souhaite que Madagascar s’en sorte avant… ! 

 

Merci de m’avoir suivi si fidèlement dans mes bafouilles et que Dieu vous garde !

 

Photo 1 : «Jeune Afrique», où j’avais affuté mes premières armes quelques années auparavant, recherchait désespérément une photo du challenger de Didier Ratsiraka en décembre 2001. Quand ils m’ont téléphoné, je leur ai fourni cette photo que j’avais prise en octobre, juste avant de repartir sur Paris. L’image du futur président à l’international sera entièrement façonnée par la diaspora.

 

Photo 2 : Nadine Ramaroson en train de distribuer des kits scolaires en octobre 2010.

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 22:28

 

 

Mandridake-a-Paris.JPGLe professeur Elimberaza Mandridake («Limby» pour ses étudiants) est de retour au bercail. Le 18 septembre, vers 5 heures du matin, il débarquait à Paris, mettant fin à l’angoisse de ses proches. Mais 7 membres de sa famille ont été arrêtés au pays et sont toujours en détention pour délit d’opinion. Quand on est du mauvais côté de la kalachnikov, nul besoin de casser ou de voler pour se retrouver à l'ombre. Il suffit de vouloir «l’ouvrir»…

 

Les pétitions et les appels pour sa libération n’ont plus de raison d’être. Il s’est débrouillé tout seul pour s’en sortir. Certes, il a été arrêté chez lui, à Tuléar, vers minuit dans la nuit du 27 août, après une manif avortée sur la Place de la démocratie, par des hommes encagoulés. «Dans ma tête, je pensais qu’ils allaient m’emmener dans un camp militaire ou en prison. Mais je me suis retrouvé dans une maison où ils ont tenté de m’intimider pendant 2 jours».

 

«De toute manière, cela ne sert à rien ce que vous faites. Et si vous continuez, on va s’en prendre à votre famille». Le message était clair. Pour ce professeur d’université, spécialiste des radars chez EADS, le groupe européen d’aéronautique et de défense, la réalité du pays de ses ancêtres apparaissait dans toute sa dureté. Mais il avait quelques atouts. «L’Etat ne maîtrise plus les forces armées à Madagascar… J’étais au courant des ordres me concernant dès qu’ils étaient émis. Mais je suis mal à l’aise pour parler de tout cela car ce serait trahir». Il sera relâché au bout de deux jours. Après avoir vu ses partisans discrètement dans différentes villes, il réussira à s’échapper de la Grande Ile malgré un Notam transmis aux aéroports stipulant qu’il était interdit de sortie du territoire.

 

Pour quel crime cet universitaire était-il pourchassé ? Celui d’avoir tenu des conférences de presse à Antananarivo et à Tuléar où il dénonçait les conditions désastreuses du coup d’état sur la vie de la population. Il aurait été sollicité par le pouvoir mais aurait refusé de faire partie d’un «gouvernement Bois de rose». Très réservé, Limby est néanmoins connu par la haute sphère puisqu’il a été en contact aussi bien avec Didier Ratsiraka qu’avec Andry Rajoelina ou Marc Ravalomanana. A l’époque des médiations à l’Episcopat puis au Hintsy en février 2009 (voir article : «La rencontre : un peu de sagesse inspirée par la peur»), il avait rencontré le chef des négociateurs, l’évêque Odon Razanakolona et avait préconisé «la réconciliation avant la vérité» afin d’éviter le chaos. Mais son interlocuteur avait récusé cette idée en considérant que l’ancien président devait être puni pour ses actes. Drôle d’évangile et surtout drôle de médiateur! En fait, le coup d’état était déjà programmé et son dénouement sera accéléré par les atermoiements de Marc Ravalomanana.

 

Comme beaucoup de ses concitoyens, Limby Mandridake a dénoncé les abus et dérives de l’ancien président, exilé depuis en Afrique du Sud, mais sa conscience de républicain n’a jamais accepté la prise de pouvoir par la violence (voir article : «Tous pourris sauf…»).

 

Pendant que le professeur était en cavale, se tenait  à Antananarivo une énième conférence «nationale» de sortie de crise où les principaux opposants, les 3 mouvances des anciens chefs d’état élus, étaient absents. Du 13 au 18 septembre, les congressistes ont discuté des graves problèmes du pays. Initialement, il devait y avoir 12 représentants par district, mais ils sont passés brutalement de 2000 à plus de 4000, le surnombre étant des partisans du régime. On retiendra surtout les batailles pour les packs d’eau minérale, la «grève» de plusieurs centaines d’entre eux pendant une matinée pour toucher une indemnité de 100.000 Ariary (38 Euros) et leur incompréhension totale du statut de journaliste, ce qui entraînera une protestation de ces derniers. Sur la page Facebook du Collectif des journalistes, on pourra lire des commentaires sarcastiques comme : «Ils ont confondu la Charte de Munich avec la charte de Maputo». Sur d’autres forums, l’humour noir l’a aussi emporté : «Au moins, ce sont des Gasy comme nous qui crèvent de faim et qui se battent pour pouvoir manger». On est très loin de la nomenklatura qui s’étale avec les millions de dollars du Bois de rose.

 

Les résolutions votées sans surprise (et pour cause) vont exactement dans le sens prôné par le pouvoir.

- L’amnistie sera sélective et ne comprendra pas les évènements de 2008-2009. En clair, tout le monde échappe à la justice sauf Marc Ravalomanana, le but étant d’éliminer ce dernier.

- L’âge minimum requis pour pouvoir se présenter à une élection présidentielle est abaissé de 40 à 35 ans. C’est une revendication d’Andry Rajoelina depuis son coup de force. Il veut devenir un «vrai»  président, quitte à tricher comme ses prédécesseurs. Il s’y préparerait d’ailleurs. Son PC de campagne serait déjà prêt. Il a donné sa parole de ne pas se présenter. Mais comme on ne compte plus les engagements et les signatures reniés par le jeune chef de la transition, tout demeure donc de l’ordre du possible…

 

Cette fameuse conférence a aussi demandé la destitution des maires élus pour les remplacer par des PDS (président de délégation spéciale). Devant le tollé, Andry Rajoelina a proposé des élections anticipées pour les municipales. Ce serait pour le 20 décembre.

 

Ce blog semble avoir quelques lecteurs fidèles. A peine avais-je suggéré qu’Andry Rajoelina invite les anciens chefs d’état au pays pour faire la paix (voir article : «Issue de secours») que l’idée était reprise au point d’être maintenant une des principales revendications de la mouvance légaliste. Quelques heures après la mise en ligne de l’article, «Massacre du 7 février : auto-acquittement de la HAT» où je critiquais la ligne de défense de l’ancien président, un recentrage était effectué. Le communiqué de Marc Ravalomanana mettait enfin l’accent sur des tirs venant de l’extérieur, reprenant ainsi mon argumentation.

 

vignette-lemonstredespangalanes.jpgLe 17 septembre, France 3, dans son émission «Thalassa», diffusait un reportage sur «le monstre des Pangalanes». Un petit village, Ambalavontaka, se trouvant au bord de ce fleuve, était terrorisé par un énorme saurien depuis 8 ans. «Le crocodile du Nil, si c’est un mâle qui a atteint un certain poids et a goûté à la chair humaine,… éloigne ses congénères et se choisit un village isolé pour servir de garde-manger…Il ne tolère pas la présence d’un autre mâle…» explique Marc, le scientifique blanc. Il fait partie de l’équipe appelée à la rescousse par les habitants et qui comprend aussi un chasseur malgache, Arfa, d’origine karana, semble-t-il.

 

Après avoir étudié la situation et repéré le coin favori du reptile qui nageait tranquillement entre deux eaux, le scientifique propose un plan pour le capturer. Mais sa fiabilité n’est pas assurée totalement et ses failles n’échappent pas aux villageois. Si la bête déjoue le piège, il disparaîtra pour revenir au moment opportun. Le conseil du village opte donc à l’unanimité pour la solution radicale. Le chasseur tuera le monstre d’une seule balle entre les deux yeux, «là où se trouve le cerveau», en pleine nuit et sans lunette de visée…

 

Andry Rajoelina manque de sagesse mais ses conseillers encore plus, malgré parfois leur âge avancé. Marc Ravalomanana devrait donc être sage pour deux et éviter les coups tordus car il ne sera jamais aussi retors que Norbert et ses AVI. Maputo III fut la stupidité du siècle (voir article : «Exceptionnel bazar de Noël»). «Fahamarinana» et «Fahamasinana» seraient la bonne démarche… Dans les futurs accords, Andry Rajoelina doit être assuré d’être respecté, et dans sa personne et dans son éventuelle fonction…

 

Les dirigeants malgaches ont besoin d’un peu de plomb dans la tête. Il serait dommage pour eux que ce soit de manière irrémédiable. Si la souffrance devenait intenable pour la  population malgache et si les politiciens continuent de se comporter en prédateurs, grande serait la tentation de faire confiance à n’importe quel chasseur… Plus que jamais, l’esprit de conciliation, la pondération et la sagesse seront de mise dans les semaines à venir…

 

Photo 1 : le professeur Limby le 19 septembre. Il est venu en voiture à notre rendez-vous mais je lui ai demandé de poser devant un arrière-plan typiquement parisien pour rassurer ses étudiants et ses partisans, du moins ceux qui ne sont pas en prison.

 

Photo 2 : Les villageois d’Ambalavontaka en fête après la mort du crocodile. «Celui qui tuera le caïman sera honoré et revêtu de ses crocs». Quand les responsables du pays respecteront les gens honnêtes et compétents en leur accordant les places qui leur reviennent, ils se feront moins trahir et le pays décollera…

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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7 septembre 2010 2 07 /09 /septembre /2010 09:23

 

 

 

Réunions et rencontres se multiplient depuis des semaines entre les membres de la société civile et les politiciens de tout bord. Le but : trouver une solution pacifique et la plus large possible pour sortir le pays du désastre. Pour tenter de sauver l'île à la dérive, chacun y met du sien. Et juste à ce moment, Andry Rajoelina et la HAT (Haute autorité de transition) montent un procès inique contre l’ancien président Marc Ravalomanana.

 

Droits de la défense bafoués, avocats commis d’office au dernier moment, absence de l’accusé interdit de retour sur le territoire, le procès d’un crime qui aurait dû demander une enquête internationale pour assurer son impartialité a été liquidé en quelques jours par une cour criminelle ordinaire. Toute cette manipulation juridique porte bien sûr le sceau du gourou d’Andry Rajoelina, Norbert Ratsirahonana, son conseiller. Ancien président de la Haute cour constitutionnelle, ancien chef d’état par intérim, ex-candidat malheureux aux élections présidentielles, il demeure surtout l’ennemi irréductible du président en exil.

 

Le samedi 28 août, le verdict, sans surprise, est tombé dans l’indifférence générale : condamnation à perpétuité pour Ravalomanana. La cour s’est déshonorée et toute la justice malgache avec. Mais le régime de transition n’est plus à cela près. Depuis qu’elle gouverne, la nation n’a cessé d’être humiliée.

 

Les faits sont assez faciles à retracer (voir l’article écrit à chaud : «Carnage devant le palais» où je mentionnais déjà les rumeurs sur des snipers). Mais ce sont les circonstances qui ont amené à l’irréparable qui restent des plus mystérieuses. Le premier moment d’émotion passé, le doute s’est insinué dans l’esprit des analystes. L’enchaînement des évènements est tel qu’on ne peut qu’arriver à la question : Et si ce massacre avait été voulu et programmé ?

 

Roindefo-Monja-lors-de-notre-conversation.JPGAu moment même où ça tirait de partout, les informations que d’autres tireurs étaient embusqués au ministère des finances ou à l’hôtel du Louvre m’arrivaient aussi bien sur mon ordinateur que mon téléphone. La veille, un coup de fil m’annonçait qu’il y aura un bain de sang le lendemain. Sur l’instant, je n’y accordais pas trop foi, sachant que Ravalomanana était plus mégalomane que sanguinaire. L’info se révèlera malheureusement vraie. Qui avait intérêt à un carnage devant les caméras des reporters du monde entier ? Et pourquoi Ravalomanana n’avait pas été informé par ses services secrets ?

 

Petit à petit, la trame du complot commençait à se préciser. Les trajectoires des balles et les douilles relevées qui ne correspondaient aux kalachnikovs de la Garde présidentielle attestaient qu’il y avait d’autres tireurs. C’est devenu un secret de polichinelle au premier anniversaire du drame (voir en particulier l’enquête remarquable de Njnb sur son blog). 

 

Depuis, j’ai eu une longue conversation avec Roindefo Monja.

- «Pourquoi êtes-vous allé à Ambosirohitra (le palais présidentiel) ?»

- «Je ne le savais pas. Pour moi, c’était Mahazoarivo, la Primature. Je n’ai appris qu’on montait au palais d’Ambotsirohitra que sur la Place du 13 mai. Je ne pouvais plus reculer. Il fallait que j’assume.»

- «Vous saviez que vous étiez le seul leader du mouvement à être présent ? Andry a été prévenu par un de ses proches et a quitté la manifestation juste avant l’arrivée devant le palais. Vous n’aviez pas l’impression d’être le dindon de la farce ?»

- «Effectivement !... »

 

Son garde de corps sera blessé. Lui-même tentera de secourir une femme qui s’est affalée sur lui, criblée de balles. J’ai la conviction que Roindefo Monja devait mourir ce jour-là. Portant un nom très respecté dans le Sud, il s’en serait suivi immanquablement une révolte des provinces côtières contre Ravalomanana. Les têtes du complot tirant les ficelles ont manipulé aussi bien Andry Rajoelina que l’ancien président. Ce procès bâclé n’a pour seul but que de protéger leurs arrières et d’empêcher toute enquête sérieuse qui mettrait en évidence d’autres responsabilités que celles des deux gogos (Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana) qui pensaient jouer les premiers rôles.

 

L’ex-chef de l’état s’était entouré de traîtres (il ne supportait pas les intellectuels à la trop forte personnalité), qui l’ont mené exactement là où on voulait : s’enferrer dans une position inextricable. Quant à Andry Rajoelina, son inconscience l’a empêché de voir les implications gravissimes de ses actes et de ses paroles. Sur la place du 13 mai, il avait martelé : «Ni les fusils, ni les canons ne nous feront reculer» mais il s’est enfui avant, laissant Roindefo Monja se faire canarder aussi bien de face que de dos…

 

Ce procès devra être réouvert sous contrôle international afin d’en garantir l’équité. Pour l’instant, la défense de l’ancien président est absolument brouillonne et contre-productive. Il a accusé Charles Rabemananjara, son ancien premier-ministre, d’avoir donné l’ordre de tirer. Ce dernier s’est défendu d’être intervenu dans ce sens. Les manifestants ont violé sciemment une «zone rouge». Un Américain a été tué récemment devant le Capitole, à Washington, par les forces de l’ordre pour n’avoir pas respecté une telle zone. Ce n’est donc pas la réaction des responsables de la sécurité du lieu qui est à blâmer mais sa disproportion. L’ordre de tuer a bel  et bien été donné, mais sans doute pas par les gouvernants de l’époque…

 

Les militaires impliqués ont tous été relâchés à trois exceptions près. L’armée a remarquablement couvert les siens. Mais l’ancien président a payé un max. Pour le plus grand bien des criminels en col blanc…

 

Photo : Monja Roindefo lors de notre entretien. L’étoffe et l’inconscience d’un héros mais encore trop vert face aux vieux crocodiles de la politique prêts à tout…

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

 

 

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 23:47

 

 

RAHAINGOSON iharizaka[1]«La HAT (Haute autorité de transition) devient infréquentable !» Mon interlocuteur ne croyait pas si bien dire en cet après-midi du 17 août. Dans la foulée, j’apprends que le jeune ministre de la communication, Iharizaka Rahaingoson, vient juste de démissionner mais qu’on tente de faire passer cela pour un limogeage. Le motif officiel est «qu’il a croqué». La vérité, c’est que dans l’affaire Life-Madamobil, un opérateur de téléphonie dont la Transition bloque la licence pour des raisons inavouables de collusion d’intérêts, il a eu le courage d’envoyer une lettre à toutes les entreprises de ce secteur. Nous sommes dans un état de droit, a-t-il dit en substance, et d’après la loi, rien ne s’oppose à ce que Life démarre ses activités. Deux heures après, il recevra une injonction du Premier ministre lui intimant de faire marche arrière. Et à peine a-t-il quitté ses fonctions qu’il fera l’objet d’une enquête du Bianco, le bureau anti-corruption.

 

Alors qu’en Europe et dans d’autres pays, la vie politique tournait plutôt au ralenti, l’heure étant au farniente estival, à Madagascar, elle s’était brutalement emballée. Cette accélération est parfaitement datable : le 14 juillet 2010 (voir article : «Le sursaut de dignité»), jour où l’ambassadeur français dénoncera les exactions du régime, sonnant pour la HAT (Haute autorité de transition) la fin d’un silence coupable et complice de l’ex-puissance coloniale. Cela a donné du cœur aux démocrates et annihilé les velléités de répressions violentes des opposants par les gouvernants. La France de toute façon portera une responsabilité aux yeux de la population pour les souffrances qu’elle a endurées pendant plus d’un an. Mais le geste de l’ambassadeur redonne à l’Hexagone une image plus conforme à ce que les Malgaches attendent d’une nation prétendument amie.

 

«Le temps joue contre vous !» Jean Faure n’a pas tourné autour du pot bien qu’il ait employé un langage diplomatique. «Même si vous n’avez pas l’âme d’un putschiste, chaque jour qui passe vous affaiblit aux yeux de la communauté internationale !». A la tête d’une délégation parlementaire tricolore venue s’informer sur le terrain de la situation courant juillet, le sénateur a fait comprendre à Andry Rajoelina qu’il avait intérêt à sortir au plus vite d’une voie sans issue.

 

Gilbert RaharizatovoLe vendredi 13 août, une plateforme regroupant 87 petits ou micros partis malgaches ont signé un accord avec le président de la HAT. Andry Rajoelina, après avoir menacé leur mouvement, a tenté de le récupérer à son profit. Un des responsables de cette coalition, l’ancien ministre Gilbert Raharizatovo, qui a fondé le RPM (Rassemblement pour Madagascar), un petit parti centriste, ne se fait guère d’illusions : «C’est une étape importante mais pas une fin en soi… Rien ne peut se faire sans la société civile et les 3 mouvances».

 

Son discours, qui lui a valu son limogeage du gouvernement n’a pas changé : «Il faut un Grand pardon et la rupture avec le passé… On ne peut pas gérer un pays dans un cycle de violence et de vengeance… C’est amer, quand on voit qu’on réprime un petit fonctionnaire qui détourne 40.000 Ar (14 Euros) mais il faut savoir arrêter un jour si on veut une base solide pour l’avenir». Depuis, le rapprochement avec la CNOSC, «Coordination nationale des Organisations de la Société civile», s’est effectué. Et Marc Ravalomanana, autant qu’Albert Zafy, semblent accorder du crédit à cette démarche.

 

Parce que pour vivre, il faut l’espoir, on ne peut qu’encourager toutes ces bonnes volontés, plus ou moins sincères, qui concoctent des solutions malgacho-malgaches aussi complexes que les accords de Maputo et s’en inspirant largement. Une voie beaucoup plus simple et immédiate existe pourtant. Andry Rajoelina devrait convoquer respectueusement les trois anciens présidents à Antananarivo et ils signeraient solennellement un accord de paix. Cela impliquerait que le président de la HAT et Marc Ravalomanana mettent leurs égos dans leurs poches. Cela ne sert à rien qu’Andry Rajoelina invite simplement Didier Ratsiraka et Albert Zafy comme il l’a fait récemment. Les deux vieux présidents lui ont opposé une fin de non-recevoir. Andry Rajoelina doit aller jusqu’au bout de cette logique.

 

L’armée retrouverait aussi sa dignité en assurant la sécurité de tout le monde. Cette initiative débloquerait les aides internationales et donnerait aux politiciens et à la société civile le temps et la sérénité nécessaires pour préparer les élections. Andry Rajoelina sera crédité du courage de cette décision, et son image se métamorphosera de jeune inconscient en grand homme d’état. Sur la place du 13 mai, on a utilisé toutes les attentes des plus pauvres pour arriver au pouvoir. On a volé jusqu’à leurs rêves. Andry Rajoelina avait beaucoup promis…. A lui de réparer un peu cette injustice, qui lui permettrait de se sauver lui-même…

 

La paix donnera la base d’une véritable solution durable puisqu’on peine à trouver une solution qui apportera la paix.

 

Photo 1 : Iharizaka Rahaingoson, une démission pour sauvegarder son honneur

Photo 2 : Gilbert Raharizatovo, apôtre de la tolérance et de la réconciliation, valeurs peu en vogue chez les dirigeants pour l’instant.

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 19:09

 

 

joachim_chissano.jpg

Alors que le 15ème Sommet de l’Union africaine s’ouvrait à Kampala, Joaquim Chissano débarquait à Antananarivo. Loin de l’Afrique qui décolle économiquement et diplomatiquement, il a écouté les différents protagonistes d’une crise qui s’éternise. Comme d’habitude, diraient les plus blasés! Il y eut quand même une nouveauté : la présence de la coalition de la société civile, capable si elle s’en donne les moyens, de jouer le rôle d’interface entre les belligérants. Elle pourrait, avec l’aide de la communauté internationale, amener les politiciens à accepter enfin des élections crédibles qui mettraient fin à une Transition, de plus en plus honteuse pour le pays. Chissano est reparti le 27 juillet, «avec une image claire de la situation» et en espérant avoir trouvé une alliée pour une solution malgacho-malgache en synergie avec la médiation internationale (voir interview dans Sobika.com).

 

La Grande Ile s’embourbe pour l’instant, comme les camions chargés de Bois de rose de contrebande sur les pistes des zones sensées être des réserves protégées. Un rapport d’enquête indépendant (voir article précédent) signale que la «Task Force» (mission interministérielle chargée de faire appliquer la loi)  y est surnommée par les autochtones «la «Tax Force», en raison du droit qu’elle prélève à chaque passage du bois interdit, au lieu de…saisir» les cargaisons.

 

Une richesse qui s’en va ailleurs, des autorités corrompues du haut en bas de l’échelle et une population réduite à la misère et à l’impuissance, c’est l’exacte image de Madagascar en 2010. Le 25 juillet, le «président» de cette île de plus en plus lointaine s’est épanché pendant plus d’une heure sur la situation du pays à la télévision nationale. Les téléspectateurs ont davantage retenu son look que son discours. Majunga, une ville de la côte Ouest d’où l’émission a été enregistrée, ce n’est pas encore Saint-Tropez mais on s’y croyait presque. Très décontracté et tout de blanc vêtu, Andry Rajoelina semblait descendre de son yacht (qu’il n’a pas encore). 

 

Sur le trafic de Bois de rose, où des hautes personnalités sont impliquées, il n’a pas révélé grand-chose et a incité ses ministres «à dévoiler l’identité des trafiquants». Hilarité générale ! Officiers supérieurs ou membres du gouvernement sont mouillés dans cette histoire. Sans cela, les mesures prises pour enrayer cette destruction des forêts primaires, biens de l’humanité, pourraient être efficaces. Pour l’instant, seul le nom du propriétaire du «Soavina III», le bateau qui a convoyé 300 tonnes de bois de rose clandestinement vers les Comores a été balancé le 29 juillet à la presse. Mais comme il serait en cavale à La Réunion, il ne risque pas de donner les noms des commanditaires.

 

Jacques Le Guen, député UMP chargé par Nicolas Sarkozy d’une mission d’évaluation de la dégradation des forêts dans le monde s’indignait sur RFI le 18 juillet : «C’est scandaleux, c’est scandaleux, cette affaire,… l’année dernière a vu quitter Madagascar 56.000 tonnes de bois précieux, de bois de rose. En sachant que c’est vendu 6 Euros le kilo, ça fait 370 millions d’Euros. C’est la moitié de l’aide accordée par les bailleurs de fonds au développement de Madagascar. On marche sur la tête ! Il faut de la transparence, il faut mettre en prison les gens qui trafiquent et qui détruisent le patrimoine environnemental de Madagascar. Ce n’est pas acceptable ! Les Brésiliens ont inventé une cour de justice spécialisée sur les crimes environnementaux. Et bien, il faudra faire la même chose à Madagascar et passer au tribunal tous ces gens qui se conduisent comme des voyous, des malfrats et des maffieux.» Oui ! Mais les villas poussent, les Hummer et limousines remplissent les rues d’Antananarivo. Les générations futures n’auront que leurs yeux pour pleurer ! Qui a dit : «Après moi, le déluge !» ?...

 

Loin du succès planétaire de l’Afrique du Sud et de sa Coupe du Monde de Football ou des 11% de croissance de l’Ethiopie, les gouvernants malgaches appliquent les méthodes d’Idi Amin Dada pour faire disparaître la pauvreté. Il suffit de ramasser les pauvres en camions. Plus de 800 personnes du bidonville dénommé «La Réunion kely» situé le long de la voie ferrée ont été délogées et leurs abris de fortune détruits. Certains affirmaient qu’ils étaient des employés mis au chômage par la fermeture des zones franches, d’autres qu’ils avaient soutenu le mouvement du 13 mai. Ce qui a entraîné les sarcasmes de certains forumistes sur «les Oranges déversés dans la rue». Le 25 juillet, une dizaine de 4’mis (les gamins des rues), ont été embarqués dans un minibus devant le Palais des Sports. Antananarivo finira bien par être présentable pour les touristes.

 

L’Afrique étant le continent qui monte, on s’intéresse aussi à sa diaspora qui enverrait 40 milliards de dollars par an vers les pays d’origine, ce qui représenterait entre «9% et 24% des PIB» de ces derniers et «entre 80% et 750% de l’aide publique au développement», selon Séverine Deboos du projet BIT/Migrant basé à Dakar. Les gouvernements se penchent donc sur la façon de canaliser et d’utiliser au mieux cette manne. Les dirigeants malgaches se penchent aussi sur leur diaspora, en commençant par filtrer leurs sites Internet, en particulier «Sobika.com», le site de référence. Ses membres auraient dû obtenir le droit de vote après 2002, comme leurs homologues sénégalais, algériens, maliens ou marocains mais Marc Ravalomanana a changé d’avis sous l’impulsion de «vrais Malgaches*» et de quelques faux-jetons qui guignaient  les postes diplomatiques à Paris. Ils aident quand même, à l’instar des dignes filles et fils du continent noir, leur pays d’origine, leurs familles ou leurs villages.

 

Mais ne dites surtout pas que Madagascar, c’est l’Afrique ! Reporters sans Frontières rapporte les propos d’Harry Rahajason, connu sous son pseudonyme de Rolly Mercia dans le milieu journalistique et  récemment promu conseiller en communication d’Andry Rajoelina. «Les Malgaches ne sont pas des Africains. Nous, on ne se coupe pas la tête avec des coupe-coupe». Non ! A la kalachnikov, c’est mieux ! Des officiers ont reconnu que des militaires d’active ou démobilisés ont rallié, avec armes et bagages, les bandes de malfrats qui terrorisent la population dans tout Madagascar.

 

La Grande Ile a été retirée ce mois-ci de la liste des «pays sûrs» par le Conseil d’Etat français. Avec la Turquie, le Mali et l’Arménie, elle rejoint le groupe des pays n’assurant pas ou plus le «respect des principes de liberté, de la démocratie et de l’état de droit,…des droits de l’homme et des libertés fondamentales». Les Malgaches sont loin, très loin des pays-phares du continent dans tous les indices de développement, pratiquement dans les derniers mais fiers de l’être…

 

Des responsables malgaches de la HAT ne veulent en aucun cas être assimilés à des Africains… Heureusement pour l’Afrique, qui aspire à rentrer la tête haute dans le concert des nations, en demandant des sièges permanents au Conseil de sécurité!

 

* Certains défenseurs du régime, pour disqualifier les citoyens de la diaspora qui refusent en majorité le coup de force, les ont discriminés comme «faux Malgaches», les seuls vrais étant donc ceux qui ne voyagent, ni ne s’expatrient.

Photo : Joachim Chissano, le médiateur, à son départ d'Ivato le 27 juillet (Sobika).



 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 22:05

 

 

 

Jean-Marc-Chataigner--Blog-IMG_0487_98QdUg.jpgLe discours de Châtaigner du 14 juillet a décoiffé. Certains petits-fours ont dû mal passer. Mais qu’est-ce qui lui a pris de balancer tout ce qu’il avait sur le cœur ? Toujours est-il que tout le monde en a pris pour son grade, en particulier la HAT (Haute autorité de transition) qui se gargarisait de «l’amitié» du gouvernement français. Si Andry Rajoelina a été félicité de sa décision de ne pas se présenter aux élections présidentielles, interdite de toute façon, de par son âge, par la Constitution et à condition qu’il ne change pas d’avis, la mauvaise gouvernance générale a bien été pointée du doigt.

 

Violations des Droits de l’homme, non-respect de la liberté de la presse, corruption des dirigeants, trafic du Bois de rose, violences étatiques…Tout y est passé. Il insistera particulièrement sur La FIS (Force d’Intervention Spéciale), «…coupable de graves manquements, je peux en témoigner, aux droits humains », précisera-t-il. L’ambassadeur a purement et simplement demandé sa dissolution, ce qui est d’ailleurs le vœu des Européens. Le chef de ce corps sans statut, créé de toutes pièces pour caser les militaires qui ont soutenu Andry Rajoelina dans son coup d’état, s’offusque évidemment de cette «ingérence». Mais étonnement, le ton est plutôt modéré. Pas de menace, pas de groupe d’hommes armés qui débarquent à l’ambassade comme à l’habitude… La FIS est responsable de brutalité et d’actes de barbarie envers les opposants et ceux qui se trouvent simplement sur leurs chemins comme ce séminariste, des serveurs ou des journalistes.

 

Les 3 mouvances ont été invitées à ne pas faire un blocage sur les accords de Maputo et à saisir toutes les opportunités de reprise du dialogue. Bref, Jean-Marc Châtaigner a fait du Niels Marquardt (l’ancien ambassadeur américain), coutumier de ce genre de déclaration jusqu’à son départ au mois de juin de cette année (voir article : «Madagascar : bientôt la fin…»). Il subit donc les mêmes critiques de la part des griots du pouvoir. En contrepartie, il obtient l’approbation de la majorité de la classe politique et de la population. Ce changement de ton permet enfin à la France de se repositionner clairement. L’ambassadeur allemand avait constaté que «la France soutenait la HAT», le département d’Etat américain critiqué l’aide militaire française qui ne s’est pas interrompue. Ce discours constitue un tournant.

 

Effet Rufin (voir article : «Madagascar : La Francafrique à l’œuvre»), message en service commandé ou ras-le-bol personnel devant les exactions? Toujours est-il que Jean-Marc Châtaigner a décidé de «parler vrai». Cette sortie qui sonne comme une véritable révolte de dignité, fait retrouver une cohérence et des couleurs à la diplomatie officielle, mise à mal par l’entregent de la Francafrique. Même si elle n’a comme effet que de permettre aux francophiles de la Grande Ile de ne plus raser les murs, elle aura eu son utilité.

 

Son coup de pied dans la fourmilière a en tout cas fait réagir positivement l’ancien président Marc Ravalomanana, bien qu’avec circonspection. Dans un communiqué le 17 juillet, il se déclare favorable à un dialogue national si certaines conditions sont respectées : inclusivité véritable avec la participation de tous, respect des procédures de médiations déjà menées et des principes édictés lors des précédents rounds à Maputo et Addis-Abeba, et une situation politique apaisée, ce qui suppose une amnistie large…

 

«Vatofototra.com» a offert le premier aux internautes la possibilité de télécharger en totalité le rapport de deux enquêteurs Hery Randriamalala et Zhou Liu sur le trafic de Bois de rose. « Le chaos de la réglementation forestière n’est qu’apparent, il cache en effet un ordre supérieur. La finalité de la classe dirigeante n’est pas de développer le pays, mais de conquérir le pouvoir puis de le conserver en favorisant les relations interpersonnelles et le jeu du clientélisme. Sa responsabilité dans la campagne de 2009 est à cet égard totale …» Le constat est sans appel. Marc Ravalomanana a bien commencé à entrouvrir les vannes de ces abattages illégaux en prenant soin de l’habiller, comme à son habitude,  d’une fallacieuse justification juridique (exportation des arbres tombés durant les périodes cycloniques). Mais c’est Andry Rajoelina, et la HAT, qui a démarré «l’exploitation» intensive à leur profit. La filière tendrait à devenir de plus en plus maffieuse du fait de son interdiction par la loi.

 

Andry Rajoelina suit les traces de l’ancien président. Après Force One II, les terres cédées à Daewoo, c’est maintenant la destruction des forêts, biens de la génération future… L’expression «mivarotra kitay», littéralement «vendre du bois de chauffe» fait actuellement fureur dans certaines sphères. Elle signifie dans le milieu du business, «disposer d’un stock de bois de rose à négocier».

 

 Nelson-Mandela-Vote.jpgLa Transition s’est donnée 15 mois pour revenir à la normalité démocratique après son coup de force du 17 mars 2009. Elle a dépassé le bail qu’elle s’est elle-même fixée sans changer quoique ce soit à la corruption et à la mauvaise gouvernance, bien au contraire. Elle a rajouté des atteintes graves à la liberté de la presse et aux Droits de l’homme. La HAT ne dispose plus d’aucune argumentation pour rester au pouvoir, à part celle des kalachnikovs… Là aussi, on aimerait un sursaut de dignité des dirigeants et des opposants qui leur éviterait de finir dans les poubelles de l’histoire. Trouver un schéma de sortie de crise très rapide, positif car réconciliateur, à l’image de l’Afrique du Sud de Nelson Mandela n’est qu’une question de volonté. Ce dernier vient de fêter ses 92 ans ce 18 juillet et est vénéré comme une icône dans le monde entier pour avoir réussi à transformer «le mal en bien», l’apartheid en une société multiraciale exemplaire. «La paix avant tout» fut son mot d’ordre à sa sortie de prison en 1990, après 27 ans de détention, et il a gagné son pari contre tous les scepticismes. Mais y-a-t-il un politicien malgache capable d’avoir une telle hauteur d’esprit ?

 

Photo 1 : Jean-Marc Châtaigner le 14 juillet à la Résidence de France (Sobika)

Photo 2 : Nelson Mandela, rayonnant, en train de voter. Il a sauvé sa nation devenue «arc-en-ciel».

 

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

 

 

 

 

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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 17:57

 

 

 

Nicolas-Sarkozy-avec-porte-drapeau-malgache-blog-jpgNicolas Sarkozy a annoncé la veille du 14 juillet aux chefs d’état africains présents à Paris que les anciens combattants originaires de leurs pays toucheront désormais les mêmes retraites que leurs frères d’armes issus de Métropole. Beau geste mais tellement tardif qu’on peut se demander si la France ne se donne pas bonne conscience à bon compte. Sur les centaines de milliers de bénéficiaires potentiels après la Seconde Guerre mondiale, celles du Vietnam ou d’Algérie, il ne reste plus que 10.000 anciens combattants et 20.000 veuves. La facture s’élèvera donc à 150 millions d’Euros au lieu des milliards que la mesure aurait coûtés si elle avait été prise quelques années plus tôt.

 

Les troupes africaines de 13 pays ont eu l’honneur d’ouvrir la parade du 14 juillet sur les Champs-Elysées : les Amazones du Bénin bien sûr, mais peut-être aussi dans le tas quelques tortionnaires, troupes de répression et autres gardes de dictatures comme le craignent les ONG. Mais c’est cela qui fait le charme de l’Afrique si exotique et terre d’aventure comme chacun le sait… Elles sont passées par ordre alphabétique, pour ménager toute susceptibilité, à l’exception de la Côte d’Ivoire. Cette dernière a refusé d’envoyer ses hommes mais s’est fait quand même représenter par son ministre de la défense. Jacques Toubon, grand ordonnateur de ces retrouvailles franco-africaines, qui arguait de «l’histoire commune» pour tenter de convaincre les Ivoiriens s’était vu rétorquer : «Laquelle ? La colonisation ?» Mais le contentieux entre les deux pays remonte bien sûr à une période beaucoup plus récente.

 

Après la libération de Paris en août 1944, les troupes coloniales ont été interdites de défilé de la victoire sur les Champs Elysées car il fallait entretenir la fiction d’une libération du pays et des Parisiens par les Français. Sur toutes les images d’actualité de l’époque, tout ce qui était basané et indigène était soigneusement effacé, en particulier dans les scènes de combats et de libération de villes. C’est une revanche à titre posthume de ces tirailleurs sénégalais, dahoméens ou guinéens sur lesquels les Allemands, écoeurés de leur courage et de leur résistance, ont fait passer leurs chars pendant la campagne de France en 1940, violant toutes les conventions sur les prisonniers de guerre. Les régiments des colonies étaient souvent la dernière ligne de défense quand leurs collèges blancs s’étaient déjà tous débinés à des kilomètres. Le président malien Amadou Toumani Touré, à qui on demandait son sentiment, a fait allusion à cette période en considérant que ces armées invitées étaient «héritières des troupes noires qui ont participé à la Seconde Guerre Mondiale en France». 115.000 Africains sont morts sur le sol de France pour la libérer.

 

Le poids de l’histoire est là et la dette de la France est lourde envers l’Afrique. Il y a des choses qui ne peuvent s’effacer. La première capitale de la France libre n’était pas quelque part du côté de l’Europe de l’Est, mais au Congo, à Brazzaville. Cet aspect affectif passe encore mieux quand il y a quelques champs de pétrole, d’uranium et des grands chantiers à la clé. Malgré sa pauvreté, l’Afrique dont le taux de croissance est beaucoup plus élevé que celui de l’Europe, présente un potentiel énorme.

 

Tout le monde se retrouve donc en ce mois de juillet 2010 à Paris, ex et nouveaux Français (jusqu’en 1960, tous ces Africains étaient Français), sauf un...  Andry Rajoelina n’a pas été invité. Mais l’armée malgache était là. Chacun interprètera à sa façon ce superbe grand écart diplomatique. De toute façon, à Madagascar, ils sont pour l'instant tourmentés par le Bois de rose. On vient d’en dégotter un stock dans un entrepôt de Tiko. Cela occupera les médias pro-HAT pendant quelques jours. Roindefo Monja, que j’ai rencontré dans la région parisienne récemment, m’a affirmé «qu’aucun Premier-ministre ne peut autoriser la sortie de Bois de rose sans l’aval ou l’ordre d’Andry Rajoelina». Les plus hauts responsables de la HAT sont donc mouillés dans ce trafic. Cette «découverte» devant les caméras officielles permettra à ces derniers de respirer un peu. Si Ravalomanana n’avait pas existé, il faudrait l’inventer…

 

Photo : Le président français Nicolas Sarkozy devant le porte-drapeau malgache à la fin de la parade

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 10:17

 

 

«… Nous sommes fiers de ce que nous avons fait après les coups d'Etat en Mauritanie, au Niger, ou à Madagascar», lance Bernard Kouchner, le 6 juillet à l’Assemblée nationale alors qu’il se faisait interpeller par les parlementaires. Mais de quoi le ministre des Affaires étrangères français pouvait-il être fier ? D’avoir «sinistré» son département, selon le mot de son ex-ami et ancien ambassadeur au Sénégal Jean-Christophe Rufin ? La politique africaine a été déléguée à une cellule élyséenne qui fantasme sur les réseaux Foccart et rêve de les ressusciter. Sous la direction de Claude Guéant, un préfet devenu secrétaire général de la présidence, elle court-circuite le Quai d’Orsay. La personnalisation des rapports, sur le modèle de la Francafrique des années 60, laisse peu de place aux fonctionnaires, spécialistes des rapports franco-africains, qui préconisent par exemple une fin très rapide de la Transition à Madagascar.

 

Jean-Christophe Rufin 1717824-2324840Il existe toutefois une différence fondamentale selon l’ancien diplomate, mis sur la touche à la demande du Président Wade : «Ces réseaux sont construits à l'inverse des réseaux Foccart qui existaient du temps du général de Gaulle et étaient censés servir les intérêts de la France. Aujourd'hui, il s'agit de réseaux de lobbying qui cherchent à faire valoir les intérêts de tel ou tel régime africain auprès des autorités françaises. Le pire est qu'ils parviennent à faire croire en haut lieu que leurs analyses sont plus désintéressées que celles fournies par les ambassadeurs, alors qu'ils sont stipendiés et ne font qu'exprimer l'opinion de leurs clients ».

 

Cette dichotomie dans la conduite de la diplomatie explique le message incompréhensible, qualifié de «double langage» et donc hypocrite de la France. Elle est parfaitement illustrée à Madagascar où la montée de la francophobie chez une population que le coup d’état a plongée dans la misère est perceptible par tout le monde.

 

Le traitement par les médias locaux du sort d’Alain Joyandet, dont la démission sert de fusible à Eric Woerth (voir article précédent), est assez révélateur. Dès que le secrétaire d’état à la coopération a annoncé sa décision sur son blog, le dimanche 4 juillet, l’information est reprise dans la foulée par plusieurs forums et blogs malgaches. Les posts ont des accents de revanche.  Cet évènement politique hexagonal, normal et courant dans une démocratie après un scandale, est ressenti dans la Grande Ile comme très important. Alain Joyandet avait fini par personnifier aux yeux de beaucoup d’insulaires le positionnement ambigu, sinon le soutien du gouvernement français au régime issu du coup de force, dirigé par Andry Rajoelina. Les légalistes crient victoire, les putschistes se morfondent.

 

Et pourtant, c’est le jet privé loué 116500 Euros pour un déplacement en Martinique le 24 mars dernier, plus la fausse déclaration pour avoir un permis de construire pour sa villa dans le Var, révélé par «Le canard enchaîné» qui lui auront été fatals. Les turpitudes de la diplomatie française n’y sont pour rien ou pas grand-chose. Christian Blanc, secrétaire d’état au grand Paris, sera aussi remercié dans la foulée par le Premier ministre François Fillon. En 10 mois, de juillet 2009 à mai 2010, il s’est fait offrir aux frais de la princesse, du contribuable français, pour 12000 Euros de cigares, devenus donc hors de prix puisqu’ils lui ont coûté son poste. Les Malgaches ne l’ont même pas relevé. Ce qui les intéresse, c’est ce qu’ils estiment avoir un impact sur leurs propres vies.

 

Bernard Kouchner 921933-1092006[2]Bernard Kouchner, ulcéré, a feint l’ironie, en parlant de son ex-ami Jean-Christophe Rufin, un ancien «french doctor» comme lui. «De qui parlez-vous ? Ah ! L’homme que j’avais nommé, qui n’était pas ambassadeur…et qui a écrit un livre…Il n'a pas l'air mécontent de s’alimenter à la bonne source». Mais l’ironie a tourné à l’amertume quand il persiflera «qu’on n’est jamais trahi que par les siens». Jean-Christophe Rufin, une forte personnalité, médecin, écrivain, lauréat du prix Goncourt et académicien, pensait être à l’avant-garde d’une diplomatie de rupture. Il est tombé de haut quand il a vu les réseaux à l’ancienne piétiner les plates-bandes de son ambassade.

 

Après Eric Woerth et Joyandet, Bernard Kouchner se trouvent sous les feux des critiques. Deux anciens ministres des Affaires étrangères, Alain Juppé et Hubert Védrine, dans une tribune au «Monde» le 6 juillet, considèrent qu’il faut cesser «d’affaiblir» l’appareil diplomatique «au point de le rendre d’ici à quelques années incapable de remplir ses missions, pourtant essentielles», c’est-à-dire faire entendre la voix de la France. 

 

Bernard Kouchner ne trouvera pas la compréhension chez les socialistes qui ne lui pardonnent pas sa trahison pour aller frayer avec la droite en échange de son poste. Lorsqu’il devra prendre la porte comme son secrétaire d’état, ce qui risque de lui arriver assez vite, il ne se trouvera pas non plus beaucoup de Malgaches pour compatir. Diplomatie illisible oblige !

 

Photo 1 : Jean-Christophe Rufin, qui a quitté son poste au Sénégal le 30 juin

Photo 2 : Bernard Kouchner, dans la tourmente

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

 

 

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 15:23

 

 

«Après tout, ce n’est que du football. Remettons les choses à leur juste place !» Les quelques commentateurs encore un peu lucides ont été balayés par la déferlante des passions et des politiques désireux de surfer sur l’évènement. Un dernier match, le 22 juin, a clos un périple désastreux des Bleus en Afrique du Sud dont l’équipe les a justement défaits par 2 buts à 1. Ce jour là, Itélé a dû inviter un journaliste de TropiquesFM, une radio antillaise de la région parisienne  parmi les commentateurs du match France-Afrique du Sud pour compenser un peu les dérapages clairement racistes de certains chroniqueurs et politiciens.

 

«Va te faire enc…, sale fils de p…» : c’était la belle formule qui barrait la Une de L’Equipe, qui, comme tout le monde le sait, est un titre dédié au sport et à ses valeurs (lesquelles ?). Leurs ventes, en chute, ont été boostées. Le 19 juin, Patrice Evra, le capitaine des Bleus, voulait chercher le «traître» qui a balancé aux journalistes des mots prononcés dans l’intimité d’un vestiaire. Le dimanche 20 juin, les Bleus faisaient la grève de l’entraînement, avant leur match contre l’Afrique du Sud. Leur communiqué avait été lu par Raymond Domenech, un coach réduit au rôle de pompier. Jean-Louis Valentin, un des directeurs de la fédération, présent sur le terrain à ce moment là, totalement effondré, a démissionné sur le champ.

 

Nicolas Sarkozy a jugé que les propos d’Anelka envers son entraîneur seraient «inacceptables» s’ils s’avéraient véridiques. Mais étant donné que lui-même avait lancé un «Casses-toi, pauvre con !» devant les caméras à un de ses concitoyens qui refusait de lui serrer la main, il n’a pas trop insisté sur le sujet, faisant montre d’indulgence. Dès son retour en France, le 24 juin, Thierry Henry rencontrait le Président à l’Elysée. Officiellement, c’est à la demande du capitaine désavoué des Bleus, officieusement, Nicolas Sarkozy tenait à connaître les dessous de l’affaire.

 

Le 28, Jean-Pierre Escalettes, président de la fédération française de football, présentait sa démission, le 29, le président de la FIFA, Sepp Blatter, mettait en garde le gouvernement français contre toute tentative d’ingérence dans la gestion du football : «La FFF peut compter sur la FIFA en cas d'ingérence politique même si c'est au niveau présidentiel, a assuré le président de la FIFA. C'est un message». Et le 30, Raymond Domenech était entendu par une commission parlementaire. Il a attribué le scandale à la Une de l’Equipe et «explique» : «...Ca marche ou pas. On est sur de l’humain».   

 

Néanmoins, la ministre des Sports, Roselyne Bachelot, considère que c’est un «désastre». Cette élimination au Mondial prend des airs de psychodrame national qui n’est pas prêt de se terminer. Alain Finkielkraut, philosophe et professeur à Polytechnique règle ses comptes avec la banlieue et n’hésite pas à parler de «décivilisation». Dans une remarquable inversion des causalités, il considère que «l’esprit des cités» (les zones d’immeubles populaires qui ceinturent les grandes villes) gangrène l’élite. Mais ce seraient plutôt les footballeurs qui seraient la caricature des hommes politiques.

 

Nouvel avion de Sarkozy 979372 p3Dominique de Villepin l’a insidieusement rappelé lors du lancement de son mouvement, «République Solidaire» le 19 juin : «Nous n’acceptons pas que le Kärcher tienne lieu de politique» a-t-il lancé. L’énarque élégant, l’ancien ministre des Affaires étrangères qui a rattrapé le coup en catastrophe en juillet 2002 à Madagascar, ne se sent pas beaucoup d’affinités avec le locataire actuel de l’Elysée qui voulait nettoyer au Kärcher les jeunes des quartiers.

 

Tout ceci se passe sur fond de polémiques impliquant le ministre du travail Eric Woerth, accusé de faire un mélange des genres entre «affaires publiques» et «affaires privées». Sa femme, qui vient de démissionner suite à cette controverse, était une collaboratrice de Liliane Bettencourt, la femme la plus riche de France, poursuivie pour «évasion fiscale». L’opposition veut la démission du ministre qui symboliserait la connivence entre les milieux d’affaires et les dirigeants politiques, en vogue depuis l’arrivée de Sarkozy au pouvoir.

 

Au milieu de toutes ces turbulences, le président pourra se consoler avec son nouveau Force One, un Airbus A330-200, qui coûtera 176 millions d’Euros au contribuable français et dont l’heure de vol reviendra à 20000 Euros au lieu 8000 pour un appareil ordinaire. Il restera une soixantaine de fauteuils business sur les 324 places initiales. Il fallait de l'espace pour la chambre à coucher avec douche, la salle de réunion et le mini-bloc opératoire… Les journaux français se gaussent abondamment de ce nouveau joujou «façon Roi-Soleil». Juste pour rire, je vous renvoie à l’article sur le Force One de Ravalomanana, à 60 millions de dollars et qui lui a valu de se retrouver en exil… La différence essentielle réside dans la transparence de la transaction…

 

Andry Rajoelina en uniforme style Michael JacksonEt du côté de la Grande Ile? Tout va bien, merci. La fête de l’Indépendance s’est bien déroulée, autant au pays que dans les ambassades. Andry Rajoelina n’a pas eu le droit de passer les troupes en revue car un certain nombre d’officiers ne lui reconnaît pas le titre de «chef suprême des armées», apanage d’un «président élu». Il a donc mis un uniforme, façon Michael Jackson, et arboré toutes ses breloques de chef d’Etat, pour son discours à la nation. Il est vrai que le chef de la transition est un fan du «Roi de la pop» décédé un 25 juin, soit à un jour près, à la date-anniversaire de l’Indépendance. Tout en faisant son boulot de chef d’état, il a pu rendre hommage à son idole. D’ailleurs, le couple présidentiel a pu assister aux concerts de Kassav, de Big Ali (un rappeur américain) et invité des artistes à la maison.

 

A Paris, plusieurs centaines de personnes ont pu fêter l’Indépendance à la résidence de l’ambassadeur. Il n’y a plus d’ambassadeur de Madagascar accrédité, depuis que la HAT (Haute autorité de transition) a viré le dernier, il y a plus d’un an. Mais les ressortissants malgaches ont pu profiter de sa propriété. L’un des organisateurs, Organès Rakotovao, un responsable du TGV Europe, voulait une «fête pour tous les Malgaches… S’il y a des dissensions avec les GTT (mouvement légaliste), ça nous regarde ! Personne d’autre ne doit s’en mêler !». A priori, il a réussi son challenge. Le service d’ordre était important mais ce fut plutôt convivial. Il y avait plus de policiers français (dix cars de police) que de manifestants légalistes qui avaient fait une apparition dans la matinée.

 

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Une quarantaine de militaires de la Grande Ile qui doivent défiler pour le 14 juillet sont depuis hier à Paris. 36 officiers malgaches ont été décorés pour «service rendu à la France». 8 militaires français ont reçu en retour des distinctions, on ne sait trop pourquoi. Roindefo Monja a profité de son séjour hexagonal pour déposer une gerbe au monument des soldats malgaches morts pour la France, au Bois de Vincennes. Et le ministre de l’Education est en train de détricoter complètement les réformes de Marc Ravalomanana pour s’aligner sur le système français. On revient aux trimestres au lieu des bimestres, et au Lycée, on aura désormais les filières S (scientifiques) et L (littéraires) comme en France. Quand on vous dit que tout va bien… !

 

Photo 1 : l'aménagement du nouvel avion de la Présidence française

Vignette : Andry Rajoelina en "uniforme"

Photos 2 et 3 : une belle réception à l'Ambassade, bien protégée par la police

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

 

 

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