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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 20:47

 

 

Le Mondial bat son plein en Afrique du Sud et pour une fois, les Malgaches sont au diapason du monde bien que leur équipe ait été éliminée depuis longtemps, dès la phase de qualifications. Un ressortissant de la Grande Ile peut s’enorgueillir de ne pas avoir raté ce rendez-vous en étant aux premières loges. Il s’agit de Marc Ravalomanana, l’ancien président en exil, qui a assisté au match d’ouverture opposant le pays-hôte au Mexique le 11 juin au Soccer City Stadium de Johannesburg dans la tribune officielle aux côtés de Jean Ping et Jacob Zuma. Des médias insulaires ont cru bon de préciser qu’il était dans les gradins du tout-venant, ce qui est évidemment faux. Mais il y a une certaine amertume du côté de la HAT (haute autorité de transition) à voir l’ancien chef d’état traité avec tous les honneurs dus à son rang alors qu’elle tente de l’humilier en permanence en le ravalant au rang d’un vulgaire criminel. Marc Ravalomanana a nettement marqué un point.

 

 

Ra8 et Zuma Blog

Soccer City Stadium

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les décisions de justice en faveur de la société Tiko sont systématiquement suspendues par la ministre de la justice, Christine Razanamahasoa. A l’inverse, toute condamnation est immédiatement exécutée. Dans le même temps, elle parle de l’extradition de l’ex-président alors même que la situation gravissime que traverse le pays exigerait de faire preuve de retenue. Ces gesticulations juridiques n’ont aucun sens car la HAT se condamnerait elle-même en ayant été l’instigatrice des troubles qui ont provoqué les répressions sanglantes. La tentative du 7 février d'envahir le Palais présidentiel recèle tellement de zones d’ombre qu’on ne peut que soupçonner une manipulation. D’autre part, elle a aussi réprimé dans le sang des manifestations pacifiques et procédé à des arrestations arbitraires ou des actes de torture. Tout ce juridisme qui n’a rien à voir avec la justice semble porter la marque du conseiller d’Andry Rajoelina, Norbert Ratsirahonana. Ce dernier maîtrise parfaitement les arcanes de la loi ; et pour cause, c’est un ancien haut magistrat. C’est à lui que l’on doit le terme de «changement de pouvoir extraconstitutionnel», doux euphémisme pour «coup de force» ou «coup d’état».

 

L’opposition ne désarme pas après plus d’un an de transition qui a mis à mal l’économie du pays et les institutions républicaines. Des troubles se sont produits à Tuléar cette semaine car Camille Vital, le premier ministre originaire de cette région, y a fait arrêter 4 de ses opposants. Et on parle une fois de plus d’une ultime rencontre entre les différentes mouvances qui se déroulerait cette fois-ci à l’Ile Maurice.

 

Le pouvoir de fait, mis en quarantaine par la communauté internationale, tente de faire bonne figure en préparant le 50ème anniversaire de l’indépendance. Andry Rajoelina se ferait même plaisir en téléphonant aux artistes étrangers pressentis pour animer les festivités. Mais pour la population, écrasée par le chômage et l’insécurité, le cœur n’y est pas. Il y a beaucoup moins de drapeaux sur les balcons et fenêtres, à croire que l’indépendance est de nouveau perdue.

 

Tromelin arton14185-054cfEt de fait, la France a marqué un coup au but magistral, non pas en Afrique du Sud mais non loin de là, à Tromelin. Alors que leurs adversaires, les Malgaches, cafouillaient dans leur ligne de défense à cause d’une mésentente, les Français, bien coordonnés dans l’attaque avec les Mauriciens, ouvrent le score contre le cours du jeu. Tétanisée, l’équipe de la Grande Ile n’arrive pas à organiser une contre-offensive efficace. Mais certains de leurs joueurs, voire même leur capitaine, sont soupçonnés d’avoir été soudoyés. Et leurs supporters crient au scandale, à l’exemple de tous les journaux malgaches qui dénoncent le coup de Jarnac français, à l’exception notable des médias pro-HAT.

 

Joyandet, secrétaire d’état à la coopération,  a annoncé triomphalement à la fin de la rencontre des responsables de la COI (Commission de l’Océan Indien), qui s’est déroulée à Saint-Denis de la Réunion, le 8 juin, que l’îlot de Tromelin sera désormais co-géré par la France et l’Ile Maurice. Or, ce territoire est revendiqué par Madagascar depuis l’indépendance. Il lui était d’ailleurs rattaché administrativement jusque là. Et les seuls habitants que cette île ait jamais connus étaient des esclaves malgaches abandonnés là par des marins négriers français. On peut ajouter que géographiquement, Madagascar est l’état le plus proche. Mais la Grande Ile est tellement déstabilisée que la France peut se permettre tous les forcings. Et sous prétexte de lutte contre la piraterie somalienne, elle veut revenir à Diego-Suarez sans bourse délier. Marc Ravalomanana avait envisagé l’utilisation de cette base par les Américains. Le désastre orchestré par la HAT fait le malheur de la population mais arrange bien les affaires du gouvernement français qui voit loin, en particulier la raréfaction des matières premières et des zones de pêche (voir article : «Coup d’état : les vrais enjeux»).

 

L’attitude ambiguë de la France a été souvent dénoncée par les diplomates (américains et européens), les médiateurs (SADC) ainsi que par les Malgaches eux-mêmes. Andry Rajoelina est caressé dans le sens du poil par quelques députés UMP (parti de droite), des responsables étatiques et des hommes d’affaires de l'Hexagone. Néanmoins, sa perception est négative pour la majorité de la classe politique française. Et dans son pays, il est de plus en plus haï pour son attitude irresponsable qui vire à la traîtrise. Il a encore trouvé le moyen de se féliciter des conclusions de la COI («la nécessité d’élections transparentes», formule sans grande portée concrète) mais n’a rien dit de la violation de souveraineté et du déni des lois internationales sur Tromelin. Il est vrai qu’il est occupé à programmer des artistes pour la fiesta de l’Indépendance.

 

Une bonne nouvelle quand même : il a plu dans le Sud où subsiste une disette endémique depuis que les Français y ont déclenché la première guerre biologique en 1923. Exaspérés par la résistance des autochtones qui utilisaient les raketa (les épineux ou figuiers de Barbarie ou oponces) pour se cacher et mener une guerre de maquis contre l’armée coloniale, les occupants ont fait appel à des scientifiques. Ces derniers ont déterminé quel était le genre d’insectes capables de ravager ces défenses naturelles. Ils ont donc introduit une cochenille, le Cactoblatis cactorum. Mais ces raketa fournissaient aussi une partie de l’alimentation et contribuaient à l’équilibre écologique. La région fut désertifiée et ne s’en est jamais relevée. Depuis, toute chenille est fady (tabou) dans ces contrées. Grâce aux pluies, si le seau d’eau est toujours payant dans l’Androy, son prix est passé de 400 Ar à 100 Ar, le manioc est devenu plus abordable et les cultures se sont étendues. Seul Dieu aurait-il pitié des Malgaches ?

 

Photo 1 et 2 : Marc Ravalomanana avec les VIP et les gradins du Soccer City, un des plus beaux stades d’Afrique (photo 1 récupérée sur Facebook. Merci à l’auteur !)

Vignette : l’îlot de Tromelin appartenant historiquement à Madagascar mais convoité par la France

 

mexique-11A l'instant, la France vient de se faire battre à plate-couture par le Mexique 2 à 0. Comme l'Afrique du Sud s'est fait étriller par l'Uruguay 3 à 0 hier, les 2 pays, parties prenantes dans la médiation de la crise malgache, sont pratiquement éliminés du Mondial. On attend qu'ils soient plus talentueux dans les négociations.

 

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

 

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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 15:12

 

 

 

Saraha G.Saraha Georget Rabeharisoa du parti Vert «Hasin'i Madagasikara» a donc ouvert le bal le 5 juin devant un aréopage de politiciens et de quelques diplomates. La formation participerait aux législatives et aux présidentielles. Une réception conviviale a permis d’exposer le projet de société devant l’ensemble des représentants des autres sensibilités politiques. Le volet écologie et protection des ressources est bien présent mais aussi l’éthique dans la gouvernance, avec la volonté de rompre avec la corruption et autre népotisme. Cette transparence dans le programme  à mettre en œuvre est la norme en Europe et dans les nations démocratiques. Elle est innovante, par contre, pour la Grande Ile où, en général, les politiciens se contentent «d’arroser» pendant la campagne en distillant de vagues et fumeuses promesses. Exit donc les PPN (Produits de première nécessité : riz, sucre, farine, huile…) qui vont baisser miraculeusement de prix, les 35.000 logements sociaux par an jamais construits ou les frigos détaxés pour tous les ménages…

 

Hormis la rupture avec la démagogie, cette annonce sonne aussi comme un renouveau puisque Saraha Georget représentera son parti aux présidentielles. Elle s’attaque ainsi à un bastion masculin. La pionnière en la matière fut Elia Ravelomanantsoa lors du scrutin de 2006 puisqu’elle fut la première femme à  tenter de briguer ce poste dans l’histoire du pays. Avec ses 2,56% des voix, elle obtiendra un succès d’estime et surclassera des candidats dont certains occuperont des hautes responsabilités au sein de la HAT (Haute autorité de transition).

 

Une autre femme commence aussi à faire parler d’elle. Il s’agit de Mialy Rajoelina, la femme d’Andry Rajoelina, le président de la HAT. Depuis que ce dernier a annoncé son retrait de la course à la présidence (voir article : «Fihavanana ? Yes,you can Andry & Ra8 !»), son épouse est montée au créneau en investissant le champ humanitaire dans les traces, sinon sur les plates-bandes, de Nadine Ramaroson, la populaire ministre de la population reconduite à son poste. Si ses actions contribuent à rendre un peu plus sympathique l’image du couple, cette reconversion sur le tard dans l’aide aux plus nécessiteux ne serait pas suffisante pour retourner l’opinion. Mialy Rajoelina a autant de chances que son mari de devenir présidente dans une élection régulière et transparente : à peu près égale à zéro.

 

D’autres noms sont aussi avancés comme celle de l’éphémère ministre de la communication, Nathalie Rabe, limogée pour n’avoir pas été assez «musclée» dans les conflits opposant le régime aux journalistes. Libérée de son devoir de réserve, elle pourrait prendre sa revanche par les urnes. Yvette Sylla, veuve de l’ancien Premier ministre, Jacques Sylla, veut conjurer le sort en se lançant à son tour dans l’arène politique. Elle a monté son parti, «Madagasikara Mandroso»,  dont l’acronyme très franco-malgache, MaMan, est déjà tout un programme. La population est en effet tellement traumatisée qu’elle a plus besoin de sollicitude maternelle que de combats bien virils où les «héros» tabassent toujours les plus faibles et des civils désarmés. Yvette Sylla a fait part de son intention de solliciter les suffrages des électeurs (et électrices).

 

Bien entendu, il y a pléthore de prétendants masculins à la magistrature suprême dont certains ont sans doute bien moins de qualités que les descendantes d’Eve. Mais depuis la success story d’Andry Rajoelina, beaucoup se sont mis à rêver. Marc Ravalomanana aimerait faire son come-back. La HAT tremble à son retour comme si sa réélection était assurée. Grâce à ses millions de dollars, il pourrait acheter tout le monde assurent les putschistes. Et pourtant, rien n’est moins sûr. Même dans une élection très ouverte, il a peu de chances de rempiler. Ses abus de pouvoir ne sont pas oubliés, sa fuite et ses multiples promesses de retour non tenues ne lui ont pas donné l’image d’un homme extrêmement courageux, y compris auprès de ses propres partisans. Etre légaliste ne signifie pas forcément vouloir un troisième mandat pour l’ex-président… 

 

En fait, pour la première fois, une femme peut devenir chef de l’état car le moment s’y prête. En matière de gestion, on peut difficilement faire pire que cette année HAT : corruption à grande échelle, y compris au sein de présidence, violations des droits de l’homme, insécurité, impunité des maffiosi en uniforme ou en col blanc, sanctions internationales… L’Union Européenne vient encore de confirmer ce 7 juin le gel de près de 500 millions d’Euros d’aide à cause du «transfert de pouvoir par la force» du 17 mars 2009. Les Malgaches veulent changer d’air.

 

Nonobstant toutes ces difficultés, Andry Rajoelina veut marquer l’histoire et le 5 juin, au cours d’une cérémonie à l’organisation calamiteuse,  il s’est fait présenter l’hymne et un logo pour le 50ème anniversaire de l’indépendance. Mais que faisaient sur l’emblème ces deux mains ouvertes sur Madagascar, se demandaient beaucoup ? En plus d’être moches, elles n’ont rien à voir avec le zébu, le ravinala, le papango (rapace) ou lémurien, symboles traditionnels de la Grande Ile et leur signification n’est pas évidente, à part peut-être pour dire que Madagascar est entre de bonnes mains.

 

 

logo-26-juin

         LOGO-PDGmain pour blog 

 

 

 

Cette question rejoint finalement un sujet de conversation qui agite autant ceux qui sont dans l’orbite du pouvoir que les analystes : l’implication de la franc-maçonnerie dans le soutien au régime. Loin des préoccupations de la grande masse occupée à survivre, toutes les théories s’échafaudent, noyées dans une bonne dose de préjugés. Réelle ou fantasmée,  une telle chose ne devrait pourtant pas étonner ceux qui suivent les affaires franco-africaines. Les présidents du Gabon Omar Bongo, Denis Sassou Nguesso du Congo et Idriss Debi du Tchad ont tous appartenu à la GLNF (Grande loge nationale française), située à droite de l’échiquier politique.

 

Omar Bongo affichait sans complexes son appartenance à la franc-maçonnerie contrairement à d’autres chefs d’état. La devise de son parti, le PDG (Parti démocratique gabonais), «Dialogue, Tolérance, Paix» reprend les noms de loges. Le titre du journal de cette formation, «Dialogue» y fait aussi référence et son logo, la main, est un des symboles maçonniques (qui renvoie à la chiromancie et aux lignes de vie de la main). Le fils d’Omar Bongo, Ali Bongo, a été intronisé « Grand maître de la loge du Gabon» (GLB) par François Stifani, lui-même «Grand maître» de la GLNF le 31 octobre 2009 après son accession au pouvoir, suite à sa victoire aux présidentielles du 20 août 2009.

 

Andry Rajoelina aurait ainsi exploré à toute vitesse tous les réseaux : françafrique, branche réactionnaire catholique, franc-maçonnerie... Le précepte maçonnique «Je te protège, tu me protèges» est d’autant plus intéressant pour un pouvoir que sa légitimité ne repose pas sur le principe démocratique des élections. Les dirigeants de l’Afrique francophone pourraient en témoigner. Les loges africaines traînent une réputation sulfureuse, contrairement à leurs homologues européens. Des chefs d’état connus, des responsables de services secrets ou de médias importants suivent ce mouvement philosophico-spirituel. Cela peut toujours servir pour venir à la rescousse d’un «frère» en difficulté… Mais les francs-maçons ont aussi souvent des idéaux et des principes…heureusement !

 

Photo 1 : Saraha Georget Rabeharisoa, candidate à la Présidence (Sobika)

Photos 2, 3, 4 : Logos du 50ème anniversaire de l’indépendance, du Parti Démocratique Gabonais et illustration d’un article sur la chiromancie. Madagascar entre de bonnes mains. Lesquelles : celles de la Françafrique, de la franc-maçonnerie... ?

 

Pour ceux qui s’intéressent aux interconnexions  des réseaux francs-maçons, françafricains et des pouvoirs en Afrique, on peut recommander un livre, déjà ancien mais retraçant bien l’historique : «Affaires africaines», Pierre Péan, Ed. Fayard, 1983.

 

Alain Rajaonarivony 

 

 

 

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31 mai 2010 1 31 /05 /mai /2010 23:46

 

 

Aujourd’hui s’est ouvert à Nice le 25ème sommet France-Afrique. Les puissances du continent noir, comme l’Afrique du Sud et le Nigéria, sont particulièrement choyées. Un déjeuner a été prévu par les responsables français avec Jacob Zuma le premier jour, et un tête-à-tête avec  le Nigérian Goodluck Jonathan le lendemain. Tous les pays d’Afrique sont représentés à l’exception de deux absences remarquées : celle du Zimbabwe dont le chef, Robert Mugabe, est interdit de séjour dans l’Union Européenne, et Madagacar, pour cause de gouvernement de transition non consensuelle et non reconnue par la communauté internationale.

 

Et pourtant, Andry Rajoelina espérait être invité après sa déclaration du 12 mai où il annonçait son intention de ne pas se présenter à la Présidentielle (voir article précédent). Il avait alors déclaré sur RFI (Radio France Internationale) qu’il serait «honoré de rencontrer les autres présidents». Alain Joyandet, le secrétaire d’état français à la coopération, n’a pas caché sa satisfaction à cette décision et l’a conforté dans cet espoir. Mais les autres pays africains, en particulier ceux de la SADC, ont émis les plus grandes réserves, dont la France a dû tenir compte.

 

DSCF2846.JPGEntretemps, un débat politique sur les antennes de Fréquence Plus le samedi 15 mai s’est très mal terminé pour les participants. En pleine émission, des individus dont des membres des FIS (Forces d’intervention spéciale), la garde prétorienne d’Andry Rajoelina, ont investi violemment la station. Cassant tout sur leur passage, tabassant employés et journalistes, ils ont arrêté les intervenants de manière très «vigoureuse», et en envoyant certains à l’hôpital. La cible visée était «Tonton Ambroise», un leader légaliste qui aurait manqué de respect au jeune dirigeant de la HAT (Haute autorité de la transition). C’était payer très cher son franc-parler. Il a été condamné ce 31 mai à 8 mois de prison avec sursis pour outrage au chef de la transition. L’ambassadeur de France, Jean-Marc Châtaigner, s’est fait envoyer sur les roses quand il a tenté d’avoir des nouvelles de «Tonton Ambroise», qui dispose de la double nationalité. Il a été accusé «d’ingérence» par Hippolyte Ramaroson, le ministre des affaires étrangères.

 

IMG 0521Le 20 mai, des «combats» ont eu lieu en plein Antananarivo entre des membres de la FIGN (Forces d’intervention de la Gendarmerie Nationale) et d’autres corps, dont les FIS. La fusillade a duré toute la journée, rafales de fusils-mitrailleurs, jets de grenades et tirs de lance-roquette. Il n’y a eu «que» 3 morts. Le chauffeur du lieutenant-colonel Lilyson, commandant des FIS, un gendarme de la FIGN, et un pasteur. Le premier a pris la balle destinée à son patron. Lilyson n’a été que légèrement blessé au bras. Son excès de zèle a fini par exaspérer un grand nombre d’officiers de l’armée. Le second a été tué par erreur. Les assaillants de Fort Duchesne, la caserne de la FIGN, avait reçu l’ordre de ne pas tirer sur des hommes en uniforme pour ne pas tuer des camarades. Mais l’infortuné gendarme était en survêtement. Il a été pris pour un mercenaire. Et enfin, le troisième semble avoir servi d’exemple. Un groupe d’ecclésiastiques et de fidèles avaient rejoint la FIGN. L’avertissement est assez violent. En final, si ces «combats» n’ont occasionné que des dégâts très limités, les conséquences collatérales, par contre, hormis bien sûr l’image de la Grande Ile absolument dégradée, sont gravissimes  pour …les journalistes.

 

Les hommes en treillis n’ont pas eu la même retenue dont ils ont fait preuve entre eux envers les responsables de Radio Fahazavana. Dès le lendemain, la radio protestante accusée d’avoir soutenu les insurgés, était perquisitionnée et ses 6 journalistes arrêtés, ainsi que 4 techniciens. La ministre de la communication, Nathalie Rabe, a tenté courageusement de plaider la cause des journalistes auprès de sa collègue de la Justice, mais ses bonnes intentions ont été cassées par son limogeage. Le Collectif des journalistes réclame la libération de leurs collègues de Radio Fahazavana et la lumière sur ce qui s’est passé à Fréquence Plus. Ils révèlent sur leur page Facebook que des confrères à Tamatave, à Diego (Antseranana) ou Moramanga ont été victimes de coups et blessures volontaires. Et dans la capitale elle-même, «des maisons de presse et des journalistes sont… menacés par téléphone ou verbalement». Se souvient-on seulement que le mouvement de protestation contre Ravalomanana fin 2008 avait démarré avec la fermeture de Viva TV (voir article «Viva la libertad!») ?

 

Le 24 mai, le nouveau gouvernement promis par Andry Rajoelina après son retour tonitruant de Prétoria (voir article précédent) est enfin sorti des limbes. L’armée fait une entrée en force avec 4 généraux et un lieutenant-colonel, qui viennent donc épauler le Premier ministre, lui aussi récemment promu général. Au total, 10 postes ont changé de titulaires, dont la communication. Nathalie Rabe n’était pas jugée assez «musclée». En clair, ses états d’âme dans l’affaire de Radio Fahazavana ont déplu. Gilbert Raharizatovo, ministre de la culture s’en va lui aussi. Ministre de la communication dans le premier gouvernement de Roindefo Monja, il a dû accepter l’emprisonnement d’un journaliste, le premier d’une longue série. Depuis, il réclame le dialogue et la réconciliation. Manifestement, il ne représente pas encore le courant majoritaire au sein de la HAT.

 

Copie-de-Dada-et-Alain2.jpgLe 21 mai, Victor Rajaonarivony, mon vieux papa, s’en est allé sans crier gare, me laissant un peu désemparé et sans interlocuteur au bout du fil. Il a été nommé magistrat en 1960, à l’Indépendance et a été tout de suite envoyé comme juge à Tuléar. Ses sympathies de gauche ne plaisaient pas spécialement au gouvernement néo-colonial et on lui avait donc réservé une mission un peu particulière. Ils n’étaient que 4 Malgaches dans le corps de la magistrature, tous les autres étant des Français, coopérants techniques selon la nouvelle terminologie, mais dont beaucoup étaient déjà en place pendant la colonisation. Le pouvoir voulait arrêter le nationaliste Monja Jaona mais les Français considéraient qu’il n’était pas judicieux que ce soit un de leurs ressortissants qui accomplisse cette opération. C’est ainsi qu’à 5 ans, je prenais l’avion pour la première fois, avec mon père, jeune magistrat de 31 ans plein d’idéaux et d’illusions.

 

Après avoir procédé à toutes ses enquêtes, en tant que juge d’instruction, mon père a rendu son rapport : «Je ne peux pas arrêter cet homme qui n’a rien fait de répréhensible !». Le vice-président Calvin Tsiebo a pris l’avion à son tour pour tenter de le raisonner. Comme mon père semblait avoir pris à la lettre son serment de rendre la justice avec droiture, nous nous sommes retrouvés à l’aéroport encadrés par les gendarmes. Quand nous avons décollé, direction Tananarive, Monja Jaona a dit à ses compagnons : «L’homme juste est parti (Lasa ilay olo-marina). Maintenant, nous sommes perdus !». Quelques temps après, il sera arrêté.

 

Le gouvernement a hésité sur le sort à réserver à mon père. Il ne doit de ne pas avoir subi le même sort que son ami Monja Jaona qu’à l’intervention d’un assistant technique, un haut magistrat, détaché auprès de la Présidence : «Victor, tu as fait ton devoir, je mettrai en jeu mon poste pour te défendre !» Pour l’éloigner un peu de la capitale, mon père sera envoyé comme observateur international au Congo-Léopoldville, chargé de suivre les élections qui ont suivi l’assassinat de Patrice Lumumba. Il me racontera qu’il était bloqué dans son hôtel, avec les autres observateurs. Il est devenu le frère de sang des chefs Vezo. J’ai eu l’occasion de raconter au téléphone cet épisode de ma vie au fils de Monja Jaona, l’ancien Premier-ministre Roindefo Monja. Mon père finira sa carrière comme président de la Cour Suprême et deviendra ensuite avocat. Il continuera à être menacé en plaidant pour des pauvres face à des puissants. Vieux protestant convaincu, mon père a demandé à ce que ses enfants se mettent en blanc pour ses obsèques. Un oncle m’a fait discrètement remarquer que ce n’est pas tout à fait conforme aux traditions. Mais il m’aurait demandé de me mettre en bermuda à fleurs et d’entonner une chanson des Rolling Stones, je l’aurai fait. C’était ma petite séquence : «La gloire de mon père».

 

Andry Rajoelina s’est auto-proclamé, paraît-il, «président de tous les Malgaches» et «Raiamandreny». Pourquoi pas ? On peut être «raiamandreny» à 36 ans à condition d’être courageux et juste. S’il libère tous les prisonniers politiques et les journalistes arbitrairement détenus, on pourra en reparler. La violence est un piège qui a toujours dénaturé les plus beaux idéaux. Elle est l’arme des faibles. C’est quand Ravalomanana a commencé à en user qu’il a perdu son aura. Un raiamandreny est fort par définition et donne sa vie pour défendre les autres. C’est donc le contraire de ceux qui tuent et font du mal pour s’accrocher au pouvoir. Le respect ne s’achète pas et c’est ce que Andry recherche désespérément. Il n’y a qu’un seul chemin pour l’obtenir : la justice et la droiture, hors des chemins de la violence.

 

Photo 1 : "Tonton Ambroise", bien mal en point, soutenu par 2 gardes à la sortie du tribunal le 27 mai

Photo 2 : Combats entre le FIGN et l'Emmo-Reg le 20 mai (photo Sobika)

Photo 3 : Un homme que j'aimais et admirais. Je ne mets jamais ma photo. Je fais une exception cette fois-ci.

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 20:58

 

 

Le discours d’Andry Rajoelina ce 12 mai  sur TVM, la radio nationale, avait démarré sur un réquisitoire de la gouvernance des 50 ans d’indépendance. Comme d’habitude, il mettait sur le dos de ses prédécesseurs la crise extrêmement profonde dans laquelle se trouvent plongés les Malgaches. Mais à mi-propos, il avait réservé une surprise de taille : l’annonce de sa non-candidature aux futures présidentielles.

 

Dans la foulée, il a déroulé la suite du programme. Le 12 août, ce sera le référendum constitutionnel, le 30 septembre les législatives. Ce cycle se terminera en apothéose par les présidentielles, le 26 novembre 2010. Auparavant, un «Dialogue national», le troisième donc (voir article : «L’avenir en mode rétro ?»), sera initié du 27 au 29 mai pour concevoir la nouvelle Constitution. 

 

Promis de manière tonitruante par Andry Rajoelina lui-même dès son retour de Prétoria le 1er mai (voir article précédent), le Gouvernement de Salut Public, le fameux plan B, n’a pas encore vu le jour. Sa présentation devait se faire dans les 48 heures, puis repoussée au 6 mai, ensuite au 10 et pour finir aux calendes grecques… 

 

Andry Rajoelina avait un rêve, ce puissant moteur qui pousse parfois à se transcender. Il s’est battu pour le réaliser et a réussi. On l’appelle maintenant «Monsieur le président». Dans sa bande, il a intégré des personnes qui avaient le même rêve que lui. Norbert Ratsirahonana, son conseiller très écouté, ancien chef d’état par intérim, qui s’est planté aux élections présidentielles de 1996 face à Albert Zafy et Didier Ratsiraka. Son score, en 2006, face à Marc Ravalomanana, fut très modeste (4,22%). On l’a appelé «Monsieur le président», mais pour si peu de temps qu’il en reste un arrière goût d’amertume et de frustration. Il y a aussi Alain Ramaroson, dont la passion de la politique a été peu payée de retour. A la fin de sa carrière, il se retrouve avec une image exécrable car il est tenu pour responsable d’une partie des violences du régime….

 

Cet entourage a bloqué le processus de rapprochement avec l’opposition. Ses membres n’ont aucun intérêt à ce qu’on arrive à une solution sereine - qui signifierait la fin de leurs rêves -, avec les autres composantes du monde politique et de la société. Alain Ramaroson a même demandé que Madagascar démontre son indépendance en tenant tête à la communauté internationale. Du haut d’une Mercedes ou d’une Hummer, il est vrai que la situation n’est pas si dramatique que ça. Au ras des trottoirs qu’on arpente parce qu’on a perdu son boulot à cause des sanctions, la perspective est un peu différente… 

 

Andry Rajoelina a dû trouver une autre solution. L’armée lui avait opposé une fin de non-recevoir le 6 mai, par la voix du chef d’état-major et du responsable de la gendarmerie, en refusant d’intégrer officiellement son gouvernement de Salut public. Pour éviter l’explosion, il a dû sacrifier ses ambitions présidentielles, du moins pour l’instant. A 35 ans, il peut se permettre d’attendre quelques années. Il a déjà vécu une aventure extraordinaire, qui se serait finie sûrement très mal, s’il n’avait pris cette décision, logique. C’est la démarche adoptée par tous les putschistes d’Afrique (Guinée, Niger…) pour donner une dimension morale à leurs prises de pouvoir. Et en l’absence de résultats dans les négociations, c’était la seule possibilité qui lui restait pour simplement sauver sa peau (voir article : «Madagascar : Bientôt la fin…»).

 

Le président de la HAT, quand bien même cela ait été par calcul et sous la pression, a enclenché une spirale vertueuse par sa décision, même si celle-ci est tardive. Pour transformer la surprise en sympathie, il doit continuer dans le même sens. Les politiciens comme les autres, ecclésiastiques ou membres de l’armée, ne parlent actuellement que du «Fihavanana», qui a tellement manqué il y a un an et aurait pu éviter tant de souffrances (voir article : «Le "Fihavanana", une conception devenue virtuelle»). Cette notion plonge ses racines dans la psychologie malgache.

 

Il s’agit d’une stratégie d’évitement des conflits, permettant la canalisation des violences dans un compromis entre les parties, permettant de sauvegarder l’image des uns et des autres (enamaso). Le Fihavanana consiste à ne pas trop appuyer sur les faiblesses (les fautes) de l’adversaire afin de ne pas provoquer une réaction agressive en retour induite par l’humiliation. La violence est intériorisée et doit se sublimer dans des grands principes de pardon et d’humanisme (Fahendrena, sagesse). Le fait de ne pas écraser son vis-à-vis donne à ce dernier une porte de sortie honorable, qui lui permet à son tour de porter un regard positif sur son interlocuteur.  

 

C’est une stratégie socialement très rentable car elle met la communauté à l’abri de conflits sanglants mais elle est très anxiogène pour l’individu, qui se demande toujours si l’autre va jouer le jeu alors qu’il se met volontairement à sa merci, en baissant sa garde et en n’utilisant pas tous ses atouts (en ne dénonçant pas et en ne profitant pas de toutes les fautes de l’adversaire)… Subtil jeu d’équilibre qui intègre aussi la notion de raiamandreny (vieux sages, arbitres) capables de passer outre leurs propres intérêts pour penser à ceux de la communauté.

 

Dans l’idéal du Fihavanana, il n’y a ni vainqueurs, ni vaincus ce qui évite une atteinte irrémédiable à l’image de soi. Mais le défaut de cette démarche, qui est son pendant naturel, c’est que les choses ne sont jamais résolues totalement. Les sources du conflit ne sont pas clairement identifiées, ni les fautifs dénoncés ouvertement. Sa réussite repose sur la capacité de l’individu à se corriger («une réprimande fait plus d’effet sur le sage que cent coups sur l’insensé» Proverbes 17:10, La Bible) et à s’amender. C’est pour cela qu’un esprit cartésien va parler d’hypocrisie ou de lâcheté.

 

Il faut «laisser le temps au temps» dans cette démarche car toute précipitation pourrait être une source d’incompréhension et de tension.

 

Le refus de l’une des parties de suivre ces codes débouche immanquablement sur le passage à l’acte dans la violence. Et quand un raiamandreny viole les règles du Fihavanana, c’est le désastre assuré. C’est ce qui s’est passé en 2008 et 2009.

 

Le premier à avoir transgressé cette sagesse ancestrale fut Marc Ravalomanana quand il a humilié ses adversaires (il est connu pour manquer totalement d’égards, y compris envers ses proches), et surtout quand il a tenté d’écraser le jeune maire Andry Rajoelina. On était plus proche de la culture de Dallas que de celle de la Grande Ile. Ensuite, ce fut un festival de trahisons et de vilénies. Une des plus marquantes fut l’attitude de l’évêque Odon Razanakolona, un médiateur qui ne s’est comporté ni comme un raiamandreny, ni comme un chrétien, en approuvant la violence et le coup d’état. On était aux antipodes du Fihavanana. Quand ceux qui représentent l’autorité et la sagesse dévient à ce point, il ne faut pas s’étonner qu’un petit commandant délire dans le passage à l’acte.

 

Dans le Fihavanana, le plus fort, c’est celui qui accepte de sacrifier une partie de ses droits, pour le bien de la communauté. Dans d’autres cultures, on parlerait de «l’intérêt supérieur de la nation». En retour, il acquiert le respect de ses semblables pour sa sagesse. La force est dans l’esprit, «ny fanahy ny maha-olona» («c’est son esprit qui fait un être humain»). On est loin du bling-bling arrogant.

 

A Andry & Ra8 de prouver maintenant qu’ils sont encore dignes de la confiance de leurs concitoyens en trouvant un terrain d’entente. S’il y a une chose qui est grave dans la culture malagasy, c’est de laisser son nom en imprécation au peuple.

 

Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonie a salué ce 13 mai «la décision courageuse du président de la Haute autorité de la transition». La France l’a fait peu de temps après l’intervention d’Andry Rajoelina par la voix d’Alain Joyandet, le secrétaire d’état à la coopération. Mais on ne saurait trop conseiller à l’ex-puissance coloniale de faire preuve de discrétion même si elle désire être «aux côtés du peuple malgache pour l'aider à relever les défis qui l'attendent». La moindre action intempestive, le plus léger soupçon d’ingérence pourraient remettre le feu aux poudres, au moment où l’espoir renaît.

 

Pour terminer, rendons à César ce qui est à un ou une forumiste. Ci-dessous un post publié sur Sobika.com et qui m’a inspiré une partie de cet article. L’auteur de cette «analyse sauvage» (c’est un terme professionnel) non dépourvue d’humour est sûrement un(e) familier(e) des arcanes de la psychanalyse et se reconnaîtra. Avec mes remerciements.

 

«Psychanalyste
Invité

NirinaAndryRajoelina sy isika malagasy rehetra.
Posté le: Mer Mai 05, 2010 09:30

 

Carence éducative, préjudice affectif vécu en mode post traumatique avec flash back. Réactualisé dans une identification à l'agresseur (Dakar 2 = Pretoria 1; Deba nitifotra Zaf; 8 nivadika an'i Deba; V nanongana an'i 8 ets). Passage à l'acte agressif dans une structure qui n'est pas la sienne.

Ce mode de fonctionnement vient se greffer sur un socle commun à nous les malgaches qui est celui d'un moi hypertrophique (be hambom-po), sur une communication à tendance alexithyme (tsy be teny) occasionnant ainsi une intériorisation (marary fo @'izany eo). Le dialogue se retrouvant en panne laissera s'exprimer un agir violent dans une incapacité d'introspection (mamely ambadika).

Fihavanana, moramora, fifankatiavana, fifanajana firahalahiana (ao @ Tompo) ets sont des stratégies d'évitement anxiophobiques. Autrement dit fahendren'ny kanosa, miala tsiny tompoko.»

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

 

 

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 22:00

 

 

La réunion de Prétoria s’est donc achevée le 30 avril, dans la nuit, sur un optimisme forcé de Joaquim Chissano, le médiateur : «A l'issue de ces consultations, les leaders des quatre mouvances se sont engagés à se rencontrer dans 15 jours en Afrique du Sud pour résoudre toutes les questions en suspens. Pour ce faire, ils poursuivront le dialogue et les consultations avec toutes les parties prenantes», a déclaré à la presse l'ex-président mozambicain.

 

Didier-Ratsiraka-a-Pretoria-IMG_0076.jpgOfficiellement, personne n’a parlé d’«échec», ni les médiateurs, ni les émissaires français, pas plus que les politiciens des 3 mouvances, pour ne pas être accusé d’avoir allumé la mèche… Sauf Andry Rajoelina qui, aussitôt arrivé à Antananarivo le samedi 1er mai, s’est précipité pour démentir son retour pour un Prétoria II, reniant une fois de plus sa parole. Ce qui fera réagir Didier Ratsiraka au micro de RFI (Radio France Internationale) : «…C’est la palinodie, c’est la valse-hésitation, c’est un velléitaire. On ne peut pas jouer avec le sort du pays, le sort de 20 ou 21 millions de Malgaches comme ça. On dit une chose la veille, on dit autre chose le lendemain. On n’insulte pas ses hôtes comme ça, en disant que ce n’est pas un terrain neutre. Mais on ne l’a pas obligé à venir…Est-ce que c’est un chef…est-ce qu’il a l’étoffe d’un homme d’état ?...»

 

Et pourtant,…prévue pour débuter le 24 à Johannesburg, reportée au 25, la première rencontre débutera finalement à Prétoria le 28 avril. Andry Rajoelina avait bien pris l’avion pour voir Marc Ravalomanana et n’a pas claqué la porte le premier jour bien qu’il lui ait fallu entrer dans une véritable négociation et non pas simplement signer un protocole préparé d’avance comme il l’avait laissé entendre. Mais il n’avait vraiment pas le choix.

 

Une semaine auparavant, le dimanche 18 avril, ses «amis» de la HAT (Haute autorité de transition) lui avaient concocté un «coup d’état» fait maison avec, comme pour les bombinettes (voir article : «La fuite en avant»), des commanditaires connus d’avance. Les journalistes étaient conviés à l’arrestation en direct de ceux chargés de l’exécution de l’opération : une vingtaine d’individus, civils pour la plupart, à l’apparence plus de chômeurs malnutris que de redoutables commandos. L’investigateur aurait été, bien entendu, Marc Ravalomanana. Ce dernier a démenti le jour même, toute implication. Le but était de dissuader Andry Rajoelina d’effectuer son périple en terre sud-africaine. Les extrémistes de la HAT ont raté leur objectif et se sont mis en plus à dos les officiers de la FIGN (Forces d’intervention de la Gendarmerie nationale). Ils avaient accusé ces derniers d’avoir trempé dans ce coup foireux, histoire de leur faire payer sans doute le scandale de 500 millions d’Ariary (voir article : «Les illusions perdues…mais pas pour tout le monde») qu’ils avaient soulevé.

 

Mal leur en a pris ! De chasseurs, ils sont devenus gibiers car les gendarmes ont menacé de les attaquer s’ils tentaient la moindre arrestation d’un des leurs. Dès cet instant, le «coup d’état», dont le scénario très «cheap» avait provoqué les moqueries des chroniqueurs, (un seul pistolet de 9 mm pour une vingtaine de personnes sensés prendre d’assaut une Primature où sont stockées 800 kalachnikovs), a disparu de l’actualité.

 

La rencontre de Prétoria s’est donc bien déroulée avec tous les participants attendus. Le Quai d’Orsay a ménagé au maximum les susceptibilités de Didier Ratsiraka et d’Albert Zafy qui ne voulaient pas juste jouer les simples faire-valoir. Leur présence était indispensable pour la solennité et la légitimité des accords. Andry Rajoelina, qui les avait récusés, n’a pas eu gain de cause.

 

alain_joyandet_red.jpgLa France a tout fait pour faire passer son protocole, proche des thèses de la HAT, mais n’a pas réussi. Alain Joyandet, le secrétaire d’état français à la coopération, qui conduisait la délégation tricolore avait tenté d’obtenir un entretien en tête-à-tête avec le «former président», le 2ème jour, mais celui-ci avait diplomatiquement refusé. Officiellement, c’était par respect pour les deux autres anciens chefs d’état qui ne devaient pas être exclus des discussions. Et les mandataires français n’ont pas obtenu l’aval des autorités sud-africaines pour rentrer dans la salle de l’Union Building où se déroulait la rencontre entre les 4 mouvances. Ces dernières ne voyaient pas très bien à quel titre les Français participeraient à des explications malgacho-malgaches.

 

Andry Rajoelina, qui avait tout misé sur la présence française et son fameux protocole, a été déstabilisé par les propositions de Joaquim Chissano, qui bénéficie toujours de la confiance de la communauté internationale. Celui-ci a repris les grandes lignes des précédents accords en y incluant des enquêtes internationales sur les crimes du 7 février entre autres ou un audit sur l’empire Tiko y compris sur les destructions et pillages de ses entreprises après le 17 mars. Les atermoiements du chef de la HAT a fait dire au président sud-africain Jacob Zuma : «Andry Rajoelina does not know what he wants» («Andry Rajoelina ne sait pas vraiment ce qu’il veut»). Mais le jeune dirigeant avait l’esprit pris par un autre problème. Le 30 avril, le 3ème jour, il avait dû demander par téléphone aux militaires de la Grande Ile de prolonger l’ultimatum arrivant à expiration qu’ils avaient posé à son égard (voir article : «Demi-tour général»).

 

Pris entre le marteau et l’enclume, Andry Rajoelina joue sa survie. C’est pour cela qu’il parle maintenant de monter un gouvernement civilo-militaire. C’est un plan B qui ne rencontre ni l’assentiment de la majorité de l’armée, ni celui de la classe politique. Il n’aura d’autre choix que de reprendre les négociations et d’aller enfin jusqu’au bout. Aucune de ses initiatives unilatérales n’aura l’aval de la communauté et des partenaires internationaux. L’Europe vient de suspendre l’appui budgétaire prévu dans les PIN (Programmes indicatifs nationaux) du 9ème et 10ème FED (Fonds européens de développement) en ce début mai.

 

Twitter a marché à fond pendant les négociations et les Malgaches et autres Zanatany se sont défoulés dans les commentaires laissés sur le blog d’Alain Joyandet qui a dû entendre ses oreilles siffler.

 

Niels Marquardt et Manandafy IMG 0058 lAPe54Niels Marquardt, l’ambassadeur américain en poste à Antananarivo a été invité par les autorités sud-africaines à suivre ces négociations. Contrairement aux Français qui se sont affichés pendant le premier round de Prétoria, les Etats-Unis ont été très discrets mais restent vigilants en coulisses. Il n’est pas sûr que la diplomatie-spectacle soit le meilleur moyen de mener à bien des tractations rendues encore plus complexes par la psychologie peu cartésienne des Malgaches. Joyandet en sait quelque chose… De toute façon, tous les acteurs de cette crise y sont maintenant jusqu’au cou. Sans issue positive rapide, le peuple malgache fera payer à chacun son éco…

 

 

 

 

 

Photo 1 : L'ancien président Didier Ratsiraka à Prétoria. En pleine forme!

Photo 2 : Le secrétaire d'état français à la coopération Alain Joyandet : les négociations furent ardues.

Photo 3 : L'ambassadeur américain Niels Marquardt avec Manandafy Rakotonirina au Sheraton de Prétoria.(Photos Sobika)

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 22:18

 

 

Si Andry Rajoelina voulait consolider son pouvoir en se débarrassant de son ministre de la Défense, le Général Noël Rakotonandrasana, il a été très mal inspiré. La réaction de l’armée a été virulente lors du face-à-face qu’il a eu avec ses représentants  le 12 avril, quelques jours après ce limogeage. Les officiers ont confirmé dans une conférence de presse tenue aussitôt après qu’ils ont exigé du pouvoir une «feuille de route» pour sortir de la crise, exigence que beaucoup de journaux ont traduite par «ultimatum», ce qui n’est pas inexact.

 

Dans son faux-direct télévisé du 14 avril, le président de la HAT (Haute autorité de transition) annonçait qu’il était prêt à se rendre à Johannesburg pour rencontrer son rival, l’ancien président Marc Ravalomanana. Le pouvoir de facto avait juré que l’heure n’était plus aux discussions et qu’il fonçait vers les élections. L’armée en a décidé autrement et Andry Rajoelina s’est exécuté, effectuant ainsi une véritable volte-face. La rencontre est fixée pour le 25 avril.

 

Contraints de se déjuger, les dirigeants ont tenté d’affaiblir leurs adversaires en essayant de découpler Marc Ravalomanana de ses alliés de circonstance, les anciens présidents Albert Zafy et Didier Ratsiraka. La manœuvre a fait long feu et ces derniers seront bien présents dans la capitale sud-africaine. Mais il n’y a pas que les putschistes à avaler leur chapeau puisque le «former président» fait depuis quelques jours des œillades à la France après l’avoir accusé, non sans quelques raisons, d’être derrière le coup d’état. Mais quand on sait qu’il projette de se rendre à Paris le 28 avril, on comprend mieux ce revirement.

 

Les tractations vont bon train et l’autre actrice, souvent citée par l’un ou l’autre camp, «nos amis français» ou «les soutiens des putschistes», c’est selon, se démène pour apparaître de manière plus positive. Elle aussi a tourné casaque et considère maintenant qu’il faut au moins respecter l’esprit de Maputo après avoir affirmé haut et fort que la seule solution était des élections rapides, les accords étant dépassés. Elle est partie prenante dans ce futur round de négociations, aux côtés de l’Afrique du Sud et la Sadc.

 

Il est certain qu’une solution émergera car les belligérants sont à bout de souffle. Si Andry Rajoelina revient les mains vides, il n’aura plus qu’à reprendre l’avion pour Paris et tenir compagnie à Didier Ratsiraka. Au moins, ce sera un binational qui aura l’heur de plaire à Jean-Marc Châtaigner, l’ambassadeur de France qui s’est fendu d’une «interview» sur «Sobika.com», le site de référence avec ses 2 millions de connexions par mois. Mais en fait d’interview, il s’agit plutôt d’un publi-reportage, le texte ayant été fourni «clés en mains» à la journaliste du site. Ce sont les responsables de la com de l’Ambassade qui ont fait les questions et les réponses. La journaliste a quand même affirmé à sa direction ne pas avoir touché de «felaka» (enveloppe). A défaut de transparence, la déontologie sauve les meubles.

 

Sachant cela, il devient intéressant d’analyser les propos de l’ambassadeur. Le ton est volontaire, parfois agressif. L’implication personnelle sonne comme une blessure. Il est vrai qu’il participe lui-même de cette ambiguïté hexagonale, qu’il aimerait effacer, en débarquant à Madagascar dès le surlendemain du coup d’état, le 19 mars 2009, et en se précipitant illico au Palais d’Ambotsirohitra pour voir Andry Rajoelina (voir article : «ce n’est pas encore le mot de la fin»). Pour la petite histoire, il était dans le même avion qui ramenait Mialy Rajoelina de Paris. Lors de la réception du 14 juillet, il ne s’est pas gêné pour critiquer vertement le président en exil alors qu’il n’avait pas encore présenté ses lettres de créance, enfreignant largement son devoir de réserve. Cet acte indispensable ne pourra être accompli qu’au retour d’Andry Rajoelina d’Addis-Abeba le 10 novembre 2009 (voir article : «Ambassadeurs et protocoles»). Il sera le seul diplomate à devoir se faire accréditer par la Transition.

 

En réalité, en 2002 comme en 2009, la France a pratiqué l’ingérence et a été contre ses propres valeurs (et donc contre ses ressortissants) et le peuple malgache au nom de la défense de ses intérêts géopolitiques et économiques. Total, Bolloré, les îles éparses… valent bien quelques entorses aux principes de la république et de la démocratie. Dès septembre 2008, Andry Rajoelina me disait que des diplomates français venaient le voir en lui confiant qu’il était «leur seul espoir» face à un président francophobe et proche des Américains. On était en pleine période Le Lidec, le prédécesseur de Châtaigner, qui en avait pris plein la figure et mal fini sa carrière. Et quand on voit ce qui est arrivé à Ravalomanana, le «mauvais œil» a bel et bien frappé !

 

Très cyniquement, la France a pris acte du rapport de forces qui tourne en défaveur des putschistes. Ce n’est pas faute de s’être impliquée, en continuant à soutenir militairement le régime par exemple, en livrant des armes et en maintenant ses instructeurs, ce qui lui a valu une remarque au vitriol du département d’état américain. Mais le peuple, diaspora compris, comme en 2002, a résisté.  

 

Que l’ambassadeur s’appuie sur une interview «préparée», pour ne pas dire «pipotée», pour justifier la diplomatie tricolore illustre la guerre de communication qui se déroule sur Internet. Coïncidence fâcheuse, Midi Madagasikara, quotidien proche des légalistes, suspendait ses forums où, il est vrai, l'ancienne puissance coloniale était attaquée de manière virulente, le 14 avril, le jour même où le texte de l’ambassadeur était envoyé à Sobika.com.

 

La France n’a qu’un moyen pour renverser le sentiment d’hostilité, non seulement du peuple malgache mais aussi des citoyens français établis à Madagascar, de plus en plus violent à son égard : contribuer au retour le plus rapide possible de la légalité. En 2002, l’alerte a été chaude et De Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, a dû se rendre en catastrophe à Antananarivo pour renouer les liens. Les Etats-Unis avaient reconnu le pouvoir de Marc Ravalomanana lors de la cérémonie de l’Indépendance du 26 juin, boycottée par l’ambassadeur de France, cette année là. En 2010, après des mois d’errements, la réaction a été plus rapide mais la moindre erreur de l’Hexagone se paiera désormais cash.

 

Car contrairement à ce que semble penser les responsables de la diplomatie française, les Malgaches et leur intelligentsia font très bien la différence entre les intérêts de la Francafrique et les valeurs de la France et en ont assez de la confusion des genres. Comme le souligne Nirina Rajaonison dans son petit ouvrage, «Première démocratie, Madagascar IVème république?» (Azalées éditions), «dans la crise actuelle… la politique sarkozienne s’est engouffrée dans une voie qui rappelle approximativement la «Françafrique» et qui, de ce fait, l’oblige à prendre un double langage diplomatique inintelligible». L’auteur est un ancien de l’Institut d’études politiques de Strasbourg et son livret est une contribution intéressante à la réflexion générale pour sauver les générations futures. 

 

En attendant, ce 18 avril, un énième coup d’état aurait été déjoué. Des réservistes auraient programmé d’attaquer le palais de la Primature à Mahazoarivo, à  une heure du matin. Ils n’avaient pas d’armes, qui leur auraient été distribuées avant l’attaque… Ca tombe mal (ou on ne peut mieux, ça dépend où l’on se place) juste avant Johannesburg !

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 13:50

 

 

Photo 016Ce fut chaud ! Nadine Ramaroson est sortie de ses gonds. Mais la question posée n’était pas non plus très cool ! Andry Rajoelina était simplement en train de lui demander si elle préparait un coup d’état. La ministre de la population a si peu mâché ses mots que son interlocuteur a dû tenter de la calmer : «Il ne faut pas me menacer !» Mauvaise pioche en tout cas pour le président de la HAT (Haute autorité de la transition) qui s’est vu suggérer par sa ministre de décréter plutôt «un état d’urgence social» pour s’occuper des pauvres.

 

Cette «conversation» s’est déroulée le jour même où le lieutenant-colonel Charl Andrianasoviana, de son nom de scène «commandant Charl», avait mis en état d’alerte ses hommes autour du Palais présidentiel d’Ambotsirohitra. Les lance-roquettes étaient de sortie pour contrer une hypothétique attaque ce vendredi 2 avril. Alain Ramaroson, responsable de la cellule tactique de sécurité de la HAT, a été cité comme un des possibles auteurs de cette éventuelle action. Ce qui tend à prouver qu’il n’a aucune autorité sur les FIS (Forces d’intervention spéciales), qui assurent la sécurité d’Andry Rajoelina. Ce corps tristement célèbre est considéré par la Commission des Droits de l’Homme de l’Union Européenne comme une police politique.

 

Cette démonstration de force a ensuite été dédramatisée par les membres de la HAT. L’armée serait unie derrière le régime. C’est sans doute pour cela que ce 7 avril, le ministre de la défense, le général Noël Rakotonandrasana, a été démis de ses fonctions. Cet officier, commandant du CAPSAT, est un de ceux qui ont permis le basculement de l’armée en faveur d’Andry Rajoelina le 8 mars 2009 (voir article : «Attention aux erreurs d’appréciations fatales»). Il est soupçonné de tremper dans la préparation d’un coup d’état. Depuis la mi-mars, la HAT a cherché à arrêter l’ancien Premier-ministre Roindefo Monja, sans y parvenir. Il paie aussi sans doute pour le peu d’empressement des militaires à obéir à cet ordre. Ses fonctions sont désormais assurées par le colonel Camille Vital, Premier-ministre.

 

On aurait pu craindre que ce dernier ne soit surchargé de travail. Heureusement pour lui, cela fait maintenant une quinzaine de jours qu’il n’y a plus de conseil de ministres. Il est vrai que la dernière fois, Gilbert Raharizatovo, le ministre de la Culture favorable au dialogue avec l’opposition et à la réconciliation nationale, a fait une sortie qui a plombé l’ambiance. Depuis, Andry Rajoelina assure la direction du pays avec quelques proches, ceux-là même qui ont susurré le nom de Nadine Ramaroson...

 

L’ambassadeur américain, Niels Marquardt, sur le départ après 3 ans de mission à Madagascar, a profité de l’inauguration de la nouvelle ambassade ce 2 avril pour mettre les points sur les i : «Pas d’élections reconnues sans réconciliation». Il répondait ainsi à Alain Joyandet, secrétaire d’état français à la coopération, en visite-éclair le 30 mars et dont la position avait été résumée dans un communiqué : «La clé d'une sortie de crise consensuelle réside dans l'organisation et la tenue d'élections crédibles dans les meilleurs délais possibles». La France n’arrivera donc pas à rendre obsolètes les accords de Maputo et l’acte additionnel d’Addis-Abeba pour passer directement à la case «élections».

 

DSCF7918 ambassade usa

 

La nouvelle chancellerie des Etats-Unis, s’étendant sur presque 5 hectares, est la plus grande existant sur la Grande Ile. Construite aux dernières normes de sécurité, c’est un véritable bunker qu’on ne peut rater en débarquant à Antananarivo. Il se situe entre la ville et l’aéroport. Il a été terminé avec 4 mois d’avance et les Américains ont loué les compétences des ouvriers malgaches qui leur font économiser ainsi 5 millions de dollars. Le diplomate aura eu cette satisfaction après un séjour qui ne fut pas de tout repos. S’il est détesté par certains dirigeants putschistes, à qui il a dit leurs faits, il est par contre considéré un défenseur de la démocratie par nombre de citoyens et laissera des regrets

 

Depuis le 30 mars, 18 détenus politiques sont en grève de la faim pour réclamer leur libération. Ces personnes ont été arrêtées entre avril 2009 et janvier 2010 et attendent toujours leurs jugements. Andry Rajoelina prend le même chemin que son prédécesseur. L’autoritarisme de son régime est de plus en plus décrié. Il est totalement coupé de sa base. Le jeune leader prend ses décisions sans en référer à quiconque. Les ministres se plaignent de n’être au courant de rien, à l’image de celui de la défense, limogé sans avoir été tenu informé de la décision le concernant. Un groupement de la société civile demande un audit des finances publiques car les cas de corruption et d’enrichissement rapide de certains dirigeants sont trop flagrants.

 

Le cortège présidentiel se fait siffler maintenant systématiquement dans les rues de la capitale. La popularité d’Andry Rajoelina est au fond des abysses. L’enquête sur le massacre du 7 février 2009 risque de tourner en sa défaveur. La thèse de tireurs, autres que ceux de la garde présidentielle semble se confirmer. Les autopsies des victimes révèlent des calibres de balles différents de ceux des kalachnikov utilisés ce jour là par la garde. Des Mat-49 seraient à mettre en cause. D’autre part, l’attitude d’Andry Rajoelina pose aussi question. Il aurait dû monter vers le Palais aves Roindefo Monja, mais un de ses proches l’a pris à part et après leur conversation, il disparaîtra. Enfin, la chaîne de commandement a connu une faille qui se situe quelque part entre le ministre des forces armées de l’époque et les officiers. Tous ces éléments seront rendus publics en cas de procès. Si Marc Ravalomanana réclame une enquête internationale avec insistance, ce n’est sans doute pas par hasard.  

 

Le président de la HAT se trouve exactement dans la même position que son prédécesseur, il y a un peu plus d’un an : isolé et entouré d’incapables qui le poussent à sa perte. Ces derniers ne veulent pas d’un rapprochement pacifique avec l’opposition car ils profitent largement du système. Ceux qui récusent la violence sont donc mis sur la sellette. L’armée commence à prendre ses distances. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Andry Rajoelina connaîtra sans doute à brève échéance le même sort que Marc Ravalomanana. Il n’y aura pas de coup d’état, tout juste un «changement extraconstitutionnel». Comment ça, c’est la même chose ? La seule possibilité qui reste au président de la HAT pour retourner le cours des évènements serait d’annoncer qu’il ne présentera pas à la présidentielle, comme il l’a d’ailleurs proclamé dès janvier 2009. Il se repositionnera ainsi comme responsable d’une simple transition et annihilera les accusations de dictateur en devenir. Pour être respecté, il faut se respecter soi-même, c’est-à-dire tenir sa parole ou sa signature. Le temps est court, très court, pour prendre la bonne décision. La fin de la période d’incertitudes approche très vite de toute façon. Pour le meilleur ou pour le pire !

 

Photo 1 : Nadine Ramaroson, la populaire ministre de la…Population n’est pas toujours souriante. Andry Rajoelina l’a appris à ses dépens le 2 avril. Mais quelle idée aussi de poser des questions qui fâchent ?

 

Photos 2 et 3 : La forêt de grues a laissé la place à un domaine diplomatique s’étendant sur plusieurs hectares, le plus grand implanté à Madagascar. Les Etats-Unis affichent leur intérêt et leur puissance.

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 


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29 mars 2010 1 29 /03 /mars /2010 14:31


medicis.jpgMédicis, un musicien de talent révélé par l’Alliance française, a succombé à ses blessures dans la nuit de vendredi à samedi. A la sortie d’un concert, l’accordéoniste malgache avait voulu défendre sa femme, alors qu’ils étaient attaqués dans une rue d’Antananarivo. Il a pris un coup de couteau. Triste nouvelle! L’insécurité règne désormais dans la Grande Ile. La capitale a perdu sa joie de vivre. Il y a quelques jours, c’est la police qui abattait en plein jour et en centre-ville deux bandits équipés de Mat-49, un fusil-mitrailleur utilisé par... la police. Les circonstances de cette fusillade sont tellement rocambolesques qu’on ne peut s’empêcher de se poser des questions. Mais de manière plus discrète, des épiceries, des villas, des passants dans la rue sont victimes de braquages se terminant parfois en meurtres. En plus des car-jacking pour vous délester de votre 4x4, il existe la version locale du scooter-jacking. Sur les routes nationales, les taxi-brousse roulent en convoi de 10 véhicules, ce qui ne les empêche pas d’être attaqués par des bandes armées de kalachnikovs. Dans les campagnes, ce n’est pas mieux, et un gendarme a été récemment tué après l’attaque de leur poste, toujours à la kalachnikov.

 

Madagascar était un pays tranquille, la délinquance restait dans l’ensemble à des niveaux très raisonnables. Mais cette dernière connaît une véritable explosion et une escalade dans la furie et la barbarie depuis l’avènement de la HAT (Haute autorité de transition), il y a un an. Outre le fait que des militaires se livrent désormais au trafic d’armes, la violence qui a précédé et accompagné la prise de pouvoir a contribué à détruire les repères moraux de la société. En brutalisant pasteurs, vieillards ou femmes (le pasteur Lala, négociateur pendant la crise, Manandafy Rakotonirina, un politicien de 71 ans ou la sénatrice Eliane Naika) devant les caméras pour terroriser leurs adversaires, les auteurs du coup d’état ont ravagé sans le savoir toutes les normes culturelles et les codes de conduite. La transgression des tabous a été en quelque sorte légitimée par le comportement des gouvernants. La désinhibition venant d’en haut, le retour aux valeurs morales devra aussi passer par là.

 

Pour l’instant, on n’y est pas encore ! Andry Rajoelina est dans sa bulle, avec ses proches conseillers, et continue de croire à la fiction d’une violence légitime. Menaces et arrestations sont toujours au programme. Il faudrait casser cette spirale infernale…

 

Ils se sont rendus eux-mêmes «inéligibles» par une ordonnance qu’ils ont signée le 12 mars. «On ne peut que se réjouir d'une telle décision qui vient confirmer un engagement qu'ils ont fait… trois jours après le coup d'Etat», a déclaré Saïd Djinnit, représentant du secrétaire général de l'ONU en Afrique de l'Ouest.

 

Les putschistes avaient affirmé vouloir mettre fin aux dérives dictatoriales du président élu, qui s’était fait prolonger son mandat au mépris de la Constitution, et non s’emparer du pouvoir. Ils sont en train de tenir parole. Parce qu’ils se conforment jusqu’à présent à leurs engagements, on ne parle pas de sanctions mais d’élections. Ils sont applaudis par la population quand ils sortent dans les rues de la capitale, sont reçus au Quai d’Orsay ou à la Francophonie et obtiennent le satisfecit des Nations Unies.

 

Il s’agit bien sûr des putschistes du Niger. Ah ! Vous pensiez que… ? Non, à Madagascar, il n’y a pas eu coup d’état mais «changement extraconstitutionnel» et depuis peu un «auto-putsch». Après avoir attaqué avec des blindés le Palais présidentiel devant les caméras (encore !) dans la nuit du 16 mars 2009 (voir article : «Le Président résiste»), les militaires ont contraint son locataire à la démission et à l’exil. Comme ils ont appelé les reporters internationaux, ça fait des vidéos qui se baladent un peu partout y compris dans les commissions des droits de l’homme et les réunions de diverses instances mondiales.

 

Le président justement, enfin, le «former président», a donné une conférence de presse par téléphone le 25 mars. Pendant presque une heure, en direct sur Radio Fahazavana, il a répondu aux questions des journalistes. Et il a fait allusion à la Guinée en demandant à ses interlocuteurs de suivre l'évolution de la situation dans ce pays. «Les militaires doivent prendre leurs responsabilités. Leur devise est «pour la patrie»… C’est pour cela que je leur ai transmis le pouvoir… » a-t-il argumenté.

 

«Les accords (de Maputo) sont clairs. Il faut préparer les élections mais il faut d’abord passer par une réconciliation». En attendant, l’ancien chef de l’état joue au golf ou au tennis avant de participer à des safaris. D’ailleurs, il a 12,8 de tension, ce qui est excellent pour son âge. Marc Ravalomanana a toujours su trouver les mots pour ulcérer ses adversaires. Le pauvre Andry Rajoelina, lui, court dans toute l’île, pour tenter de secourir les sinistrés du dernier cyclone et se donner une petite stature. Accessoirement, cela lui évite de rester à Tana, où il subit plus qu’il ne dirige les derniers développements de la crise.

 

DSCF8038Il a remis à l’armée 4 vieux hélicoptères Alouette II, achetés d’occasion à la Belgique ce 27 mars. Son Premier-ministre Camille Vital n’a pas réussi à monter son ersatz de gouvernement d’union nationale avec d’éventuels transfuges des 3 mouvances. Il reste donc avec la totalité de l’équipe de son prédécesseur, Roindefo Monja. C’est un Premier-ministre qui n’aura nommé aucun de ses ministres, à l’exception de celui des Affaires étrangères dont le titulaire a démissionné. Et Ravalomanana ne l’a même pas cité une seule fois durant ses différentes déclarations, ce qui l’a mortifié.

 

Sinon, en ce 29 mars, on commémore le soulèvement de 1947 contre les forces coloniales qui a fait entre 80.000 et 200.000 victimes, quelques centaines d’Européens, le reste étant des autochtones. Jacques Chirac avait reconnu la responsabilité de la France lors de son passage dans la Grande Ile en juillet 2005. Tout le monde se dispute évidemment l’héritage de la résistance et fait le parallèle avec la crise actuelle sauf… qu’on combat ses compatriotes, parfois son voisin ou sa famille. 

 

Il est temps pour les politiciens malgaches de quitter les chemins de la violence verbale, physique ou psychologique. Sinon, ils s’y perdront, et le pays avec…

 

Photo 1 : Médicis, victime d'un crime crapuleux la veille du week-end (photo Sobika)

Photo 2 : En arrière-plan, une Alouette II sur l'aire de...Radio Viva en 2008. Andry Rajoelina l'utilisait quand il était Maire.


 

Alain Rajaonarivony




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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 11:03


Touriste
 

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Textile




















17 mars 2009 – 17 mars 2010 : Un an, ça se fête. Grenades lacrymogènes, tirs en l’air des FIS (Forces d’intervention spéciale, tristement célèbres), ce fut la fiesta dans tout Tana, de Behoririka à Anosy, Analakely ou Ampefiloha. Le but des groupes de manifestants semblait être de rejoindre le lac Anosy, quartier du Sénat…et du Carlton, point de chute habituel des diplomates. Bilan : 3 blessés.

 

Pour cet anniversaire, plutôt qu’un long discours, deux diagrammes du Rapport intermédiaire de l’Union Européenne publié le 20 février 2010 sur l’évolution de la situation économique de la Grande Ile seront plus parlants. Il s’agit de celui du tourisme et du textile mais il y en a d’autres. L’inventaire apparaît des plus négatif…

 

Le Premier-ministre de la HAT (Haute autorité de transition) a lui-même autorisé l’exportation du Bois de rose, en violation des conventions signées par Madagascar concernant cette espèce protégée. Le groupe français CMA-CGM et sa filiale Delmas qui en assure l’embarquement à partir du port de Vohémar ont beau jeu de s’appuyer sur ce genre de texte pour affirmer qu’ils sont en conformité avec les lois malgaches. Le «Kiara», bateau de la compagnie, est parti le 17 mars à destination de l’Asie avec 273 containers de bois à bord. Ce sont les biens et ressources des générations futures qui sont pillés, par une déforestation massive et durable, mais l’enrichissement rapide est à ce prix. Selon une enquête de l’EIA (Environmental investigation agency) et de Global Witness, l’abattage des bois précieux  dans les parcs et zones protégés a rapporté à leurs auteurs de 88.000 à 460.000 dollars par jour, dans les mois qui ont suivi le coup d’état. Cela fait donc des centaines de millions de dollars volés au pays. En 2003, Marc Ravalomanana s’était engagé à conserver 10 pour cent du territoire national comme sanctuaire naturel.

 

Ce scandale des bois précieux est une parfaite illustration de la trahison des idéaux de la place du 13 mai. Plusieurs membres de la HAT sont devenus millionnaires en dollars américains en très peu de temps. Les entreprises du groupe Tiko ont été détruites ou pillées pour le plus grand profit de certains dirigeants actuels mais leurs organes de propagande continuent à faire leurs choux gras des abus économiques de Ravalomanana lors de sa législature. En termes de prédation, la HAT n’a rien à envier à l’ancien président, elle fait même pire car son temps est compté. Comme le disait Nadine Ramaroson, ministre de la population, dès janvier 2009 : «Ce sont tous des affamés !» (voir article : «De la lutte des femmes au F.A.M.»)

 

Nadine-a-Antsohy-Picture_221_Medium_Large_.jpgElle est une des rares à être restée fidèle au sens de son combat. Pratiquement la dernière à être nommée, après une pétition de militants, elle a pris en charge un ministère que les précédents régimes avaient supprimé. Ses actions et son dévouement en font la seule responsable gouvernementale à bénéficier encore d’une certaine popularité. Des personnes âgées aux orphelins, elle tente d’organiser une protection sociale. Elle s’est engagée dans la défense des 6.000 petites bonnes malgaches qui travaillent au Liban parfois dans des conditions effroyables, puisque plusieurs d’entre elles ont été violées ou assassinées. Elle veut les rapatrier et engager des poursuites pénales. Mais bien des responsables du pouvoir sont loin de ce genre de préoccupations.

 

De part cette attitude, Nadine Ramaroson gêne énormément et des politiciens de tout bord, y compris au sein de la HAT, ne verrait pas d’un mauvais œil qu’elle se casse la figure. On tente de l’atteindre à travers l’entreprise de son père, la Savonnerie Tropicale, unité industrielle créée il y a une quarantaine d’années. Persécutées durant la Révolution dirigée par Didier Ratsiraka dans les années 70-80, la société et la famille ont souffert. En 2002, ils se sont engagés auprès de Marc Ravalomanana, et la Savonnerie Tropicale a accordé des facilités de trésorerie à Tiko. En retour, l’ancien président a importé du savon illicitement détaxé, le fameux «Citron Plus», sensé être fabriqué à l’Ile Maurice pour bénéficier des facilités douanières, mais en réalité produit en Asie. Le pouvoir avait même sorti une loi pour essayer d’empêcher les camions de la Savonnerie de rouler (voir article : «Conduite à droite, conduite facho ?»). Et actuellement, d’énormes quantités de savon illégalement importé sont déversées sur le marché. L’argent des trafics n’est pas perdu pour le monde et en même temps qu’il est blanchi, il permet d’éliminer un adversaire politique. De vieille souche protestante, André Ramaroson, le père de la ministre, a aussi créé le premier centre pour handicapés de la Grande Ile, les «Orchidées blanches». La sensibilité sociale de Nadine prend ses racines dans la culture familiale.

 

Comme prévu, l’Union Africaine a appliqué à l’encontre des putschistes malgaches  ce 17 mars les sanctions individuelles après leur refus d’appliquer les accords de Maputo et l’acte additionnel d’Addis-Abeba. 109 personnes, proches du pouvoir, sont touchées par l’interdiction de visas ou le gel des avoirs à l’étranger. Le rejet de la parole donnée par Andry Rajoelina aura des conséquences beaucoup plus graves que ne le pense ce dernier…

 

Le cyclone Hubert a fait des ravages : plus de 50 morts et 90.000 sinistrés en quelques jours. Des régions rizicoles sont sous les eaux. Le pays sera incapable de secourir ses citoyens malgré les bonnes volontés car la préoccupation des politiciens est ailleurs.

 

Jean-Ferrat-ajf.jpgJean Ferrat, de son vrai nom Jean Tenenbaum, vient de mourir à 79 ans ce 13 mars. Il était qualifié d’«homme fidèle», fidèle à ses convictions et à ses affections. Fils d’un immigré juif de l’est et d’une mère française, il a vu son père arrêté par les Allemands et déporté à Auschwitz alors qu’il n’avait que 11 ans. Lui-même ne devait rester en vie que par le courage et l’affection de militants communistes qui l’avaient caché. Quand il était enfant, il rêvait de voyager. C’est ainsi que devenu chanteur, il débarqua à Cuba pour 2 mois et demi en 1967, un séjour qui l’a marqué. Mais parmi ses pérégrinations, il mentionnera aussi une autre île, Madagascar. Jean Ferrat restera un sympathisant communiste, mais dénoncera la répression du printemps de Prague et chantera jusqu’au bout la tolérance et l’amour. On est toujours marqué par son vécu et l'artiste a su faire passer le message du refus de la haine apportant ainsi du baume aux cœurs meurtris.

 



Photo de Nadine : T-shirt trop grand, pantalon infâme et bottes en plastique. On est loin du Glamour mais on ne peut pas reboiser et s’occuper des pauvres en Chanel. Et pourtant, de Genève à Paris, Nadine était plutôt habituée aux 5 étoiles. Nous avons eu beaucoup de discussions au téléphone quand on lui a proposé son poste. Je lui avais conseillé de refuser pour préserver son image mais elle m’a répondu : «Qui va s’occuper du peuple ?» Avec le recul, je pense qu’elle a eu raison de prendre ce risque. La fidélité en amitié consiste aussi à le dire. Nadine fait partie des personnes de cœur dont le pays a besoin (voir article : «Où sont les grandes consciences ?»)

 

 

Alain Rajaonarivony

 

 



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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 18:18


Andry Rajoelina a retenté le coup des Assises nationales. La première fois, ce fut au mois d’avril 2009, juste après sa prise de pouvoir (voir article : «Robin des Bois») et ce fut un fiasco total. L’inclusivité unilatérale sont deux termes incompatibles mais les têtes pensantes de la HAT (Haute autorité de transition) semblent avoir du mal à le comprendre.

Centre-de-conferences-Ivato-IMG_5721.jpgLes autorités de fait ont encore dépensé des millions d’Ariary pour monter un Atelier destiné à redorer leur blason le 4 et 5 mars 2010 au centre de conférences internationales d’Ivato, joujou légué par Marc Ravalomanana qui a servi à tout sauf à des conférences internationales. Ce colloque n’avait même pas l’envergure d’un dialogue «inter-partis» puisqu’il a été boudé par les principaux opposants. Les premières assises furent une grande messe pro-HAT. Cela aurait pu être encore le cas cette fois-ci. Mais en l’absence des courants des 3 anciens chefs d’état (Didier Ratsiraka, Albert Zafy et Marc Ravalomanana), la fronde fut interne. Des 912 inscrits le premier jour, ils ne furent plus que 515 à voter le second, les autres ayant montré leur mauvaise humeur en claquant la porte. 203 ont choisi le referendum constitutionnel et 308 approuvé le projet de constituante présenté par le pouvoir. Cela fait donc moins de 34% des inscrits. Et pourtant, les vrais adversaires n’étaient pas présents.

Qu’en restera-t-il sinon une humiliation de plus pour la HAT ? Car elle sera non seulement récusée par la communauté internationale mais aussi par la majorité des politiciens de la place. Même Roindefo Monja, l’ancien Premier-ministre à qui Andry Rajoelina doit beaucoup, a déclaré que «ce ne sont pas 500 personnes qui vont décider de l’avenir du pays déjà sombre». Cet entêtement a empêché les responsables de discerner que la démarche du GIC (Groupe international de contact), qui avait convoqué une réunion des 4 chefs de file du 8 au 10 mars, était en fait une dernière perche tendue. Cette session d’urgence était destinée à éviter les sanctions à Madagascar.

Andry Rajoelina a refusé de s’y rendre alors que sa présence était considérée comme impérative pour la réussite du sommet. Il avait décidé d’y envoyer une délégation composée, entre autres, du Premier ministre Camille Vital et d’Hyppolite Ramaroson le nouveau ministre des Affaires étrangères. Le GIC a tout simplement supprimé la rencontre et rendu inutile ce déplacement mais la HAT veut à tout prix présenter ses conclusions.

La RNM (radio nationale), le 7 mars, a prétendu que cette annulation était due à l’état de santé d’un des anciens chefs d’état, ce qui a obligé Didier Ratsiraka à transmettre qu’il allait bien. Il ne reste plus qu’à attendre stoïquement les sanctions individuelles qui tomberont le 17 mars.

50 ans d’indépendance ont été lamentablement gaspillés par des politiciens dont la sale mentalité semble faire école. En 50 ans, la Corée du Sud dont le niveau de développement n’était pas très éloigné de celui de la Grande Ile, a vu sa production multipliée par 50 et son PIB par 40. La fierté nationale avait poussé les grands patrons à se solidariser contre les firmes étrangères et les ouvriers à accepter des sacrifices pour faire tourner leurs entreprises et se donner une chance pour l’avenir. C’était la période du «capitalisme d’état».

A Madagascar, la démarche serait plutôt inverse. Beaucoup de sociétés locales ont subi une concurrence déloyale désastreuse et jusqu’à présent, des nouvelles entités comme Madamobil-Life dans la téléphonie ou le brasseur NBM (la bière Skol), prêtes à créer des centaines d’emplois, sont victimes de tracasseries administratives. Des collusions d’intérêts politico-économiques et des considérations politiques détruisent tout dynamisme et toute créativité. La mentalité des Malgaches ressemble plus à celle des Haïtiens que des Coréens. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le complexe du colonisé amène à rejeter les siens. Vazaha, Karana ou Chinois peuvent faire fortune mais un Malgache expatrié est traité de «faux Malgache» par certains zélateurs du pouvoir de fait. Inutile donc d’attendre une évolution, des idées nouvelles transmises par des enfants de la Grande Ile ayant eu l’occasion de se confronter au monde extérieur.

C’est la pauvreté morale qui entraîne la misère économique à Madagascar et non l’inverse. C’est à ce point vrai que le pasteur Rajakoba, ecclésiastique et politicien farouchement opposé à Marc Ravalomanana, a fini par reconnaître que «tous les politiciens actuels ne pensent qu'à l'argent, au pouvoir et sont tous des pourris». Diagnostic tardif mais pas forcément faux.

Andry Rajoelina est entraîné à sa perte par un environnement hyper-malsain qui règne depuis 50 ans. Lui qui est sensé incarner la jeunesse et le changement applique des recettes datant des indépendances pour essayer de se faire reconnaître. Inutile de préciser quelle génération de politiciens lui sert d’inspiratrice. La gérontocratie n’est pas le reflet idéal de l’audace et de la nouveauté. Les méthodes utilisées pour tenter de donner le change datent de la Guerre froide. Depuis, même l’Afrique a évolué. Si le président de la HAT ne se ressaisit pas, c’en sera bientôt fini pour lui !

Pour revenir à notre époque, on peut saluer Sobika.com qui a lancé le fil Info en malagasy et un autre pour les infos internationales. Certains Malgaches y croient encore et veulent continuer à mettre leur pays au diapason du monde…

Photo : le centre de conférences internationales (Sobika)

 

Alain Rajaonarivony

 

 

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